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Citations de Samanta Schweblin (21)


Il revient dans la chambre avec une valise. Résistante, en cuir marron, elle a quatre roulettes et sa poignée se déplie élégamment à hauteur des genoux. II ne regrette pas son geste, pense que les coups de couteau qu'il a donnés à sa femme sont justifiés et que s'il restait un souffle de vie dans ce corps il n'hésiterait pas à finir son travail sans en éprouver de culpabilité. Ce que sait Benavides, parce que la vie est ainsi faite, c’est que peu de gens comprendraient les raisons de son crime. Il décide alors de faire la chose suivante : éviter que le sang coule à flots en enveloppant le corps de sacs-poubelle. Ouvrir la valise près du lit et, malgré tous les efforts requis pour plier le corps d'une femme morte après vingt-neuf ans de vie commune, le pousser vers le bas et le laisser choir dans la valise, puis tasser sans tendresse les chairs débordantes dans les espaces vides afin de loger le cadavre à l'intérieur. Enfin, plus par souci d'hygiène que par précaution, enlever les draps ensanglantés et les glisser dans la machine à laver. Entouré de cuir, hissé sur quatre roulettes qui à présent s'affaissent, le corps de sa femme ne s'est pas allégé. Malgré sa petite taille, Benavides doit se pencher légèrement pour atteindre la poignée dans une posture peu avantageuse, aussi bien d'un point de vue esthétique que pratique, et peu propice à accélérer les choses. Mais comme c'est un homme organisé, quelques heures plus tard il est dans la rue et se dirige à petits pas, sa valise derrière lui, vers la maison du docteur Corrales.
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La nuit venait de tomber et j’avais encore plusieurs heures de route à faire. Je me méfie des relais, ils sont à l'écart de tout, mais j’avais besoin de repos et de boire quelque chose pour me réveiller. L'éclairage intérieur de l'établissement créait une ambiance plutôt chaleureuse et trois voitures stationnaient devant les baies vitrées, ce qui m'a davantage mis en confiance. Il n'y avait pas beaucoup de monde : un jeune couple qui mangeait des hamburgers, un type de dos au fond de la salle, un homme plus âgé au bar. Je me suis assis à côté de lui, le genre de réaction qu'on peut avoir lorsqu'on a trop voyagé ou qu'on n'a pas parlé à quelqu'un depuis longtemps. J'ai commandé une bière. Le barman, un gros homme, se déplaçait lentement.
- C'est cinq pesos, a-t-il annoncé.
J'ai réglé, il m'a servi. Cela faisait des heures que je rêvais d'une bière et celle-ci était bonne. Le vieux semblait absorbé par son verre ou par ce qu’il y voyait.
- Vous lui payez une bière et il vous raconte une histoire, m’a dit le gros en désignant le vieil homme.
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Pourquoi les histoires étaient si ténues, su minutieusement intimes, mesquines et prévisibles ? Si désespérément humaines.
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"Pourquoi les mères font-elles ça?"
Quoi donc?
"Aller au-devant de ce qui pourrait arriver, la distance de secours?"
C'est que tôt ou tard quelque chose de terrible va arriver. Ma grand-mère a prévenu ma mère, pendant toute son enfance, ma mère m'a prévenue, pendant toute mon enfance, moi je dois m'occuper de Nina.
"Mais le plus important vous échappe."
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Une dernière sensation de peur les gagne tous sans exception : ils craignent qu’en arrivant à destination, il n’y a rien
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Un doux murmure semblable à un chant s’éleva et Emilia s’approcha de l’écran pour mieux entendre. Ses haut-parleurs étaient vieux et grésillaient. Quand le son devint plus limpide, elle se rendit compte qu’il s’agissait d’une voix féminine : on s’adressait à elle dans une langue étrangère dont elle ne comprenait pas un traître mot.
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Un doux murmure semblable à un chant s’éleva et Emilia s’approcha de l’écran pour mieux entendre. Ses haut-parleurs étaient vieux et grésillaient. Quand le son devint plus limpide, elle se rendit compte qu’il s’agissait d’une voix féminine : on s’adressait à elle dans une langue étrangère dont elle ne comprenait pas un traître mot. Elle n’avait pas de problèmes avec l’anglais – à condition qu’on le parle lentement –, mais cette langue-là n’avait pas du tout les mêmes intonations. Quelqu’un apparut enfin sur l’écran, une fille aux cheveux clairs et humides qui s’exprima de nouveau. Dans une autre fenêtre, le programme lui proposa d’activer le traducteur. Elle accepta, sélectionna « Spanish », et lorsque la fille reprit la parole, des sous-titres défilèrent sous l’image :
« Tu m’entends ? Tu me vois ? »
Emilia sourit et vit la fille se rapprocher. Elle avait des yeux bleus, un anneau dans le nez qui ne lui allait vraiment pas, et semblait elle aussi douter de ce qui survenait.
— Yes, fit Emilia.
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La première chose qu’elles firent, c’est montrer leurs seins. Elles s’assirent toutes les trois au bord du lit, face à la caméra, retirèrent leurs T-shirts et, l’une après l’autre, dégrafèrent leurs soutiens-gorge. Robin n’avait presque rien à montrer mais elle le fit quand même, plus attentive aux regards de Katia et d’Amy qu’au jeu en soi. Si tu veux survivre à South Bend, avaient-elles dit un jour, il vaut mieux que tu sois du côté des forts.
La caméra était installée dans les yeux de la peluche qui tournait parfois sur les trois roulettes dissimulées à sa base, avançait ou reculait. Quelqu’un la dirigeait depuis un autre endroit, elles ignoraient qui. C’était un petit panda simple et élémentaire, mais il avait plus l’air d’un ballon de rugby dont l’une des extrémités aurait été tronquée, ce qui lui permettait de rester debout. Quelle que soit la personne qui se tenait de l’autre côté de la caméra, il les suivait en tâchant de ne rien rater, et c’est pourquoi Amy souleva le panda et le posa sur un tabouret pour que leurs poitrines soient à son niveau. Il appartenait à Robin, mais tout ce que possédait cette dernière était aussi à Katia et à Amy : tel était le pacte de sang qu’elles avaient passé le vendredi, qui les liait pour le restant de leurs jours. Et à présent, chacune devant faire son petit numéro, elles se rhabillèrent.
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La caméra était installée dans les yeux de la peluche qui tournait parfois sur les trois roulettes dissimulées à sa base, avançait ou reculait. Quelqu’un la dirigeait depuis un autre endroit, elles ignoraient qui. C’était un petit panda simple et élémentaire, mais il avait plus l’air d’un ballon de rugby dont l’une des extrémités aurait été tronquée, ce qui lui permettait de rester debout. Quelle que soit la personne qui se tenait de l’autre côté de la caméra, il les suivait en tâchant de ne rien rater, et c’est pourquoi Amy souleva le panda et le posa sur un tabouret pour que leurs poitrines soient à son niveau. Il appartenait à Robin, mais tout ce que possédait cette dernière était aussi à Katia et à Amy : tel était le pacte de sang qu’elles avaient passé le vendredi, qui les liait pour le restant de leurs jours. Et à présent, chacune devant faire son petit numéro, elles se rhabillèrent.
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La première chose qu’elles firent, c’est montrer leurs seins. Elles s’assirent toutes les trois au bord du lit, face à la caméra, retirèrent leurs T-shirts et, l’une après l’autre, dégrafèrent leurs soutiens-gorge. Robin n’avait presque rien à montrer mais elle le fit quand même, plus attentive aux regards de Katia et d’Amy qu’au jeu en soi. Si tu veux survivre à South Bend, avaient-elles dit un jour, il vaut mieux que tu sois du côté des forts.
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Eider était loin d’imaginer qu’aujourd’hui, en plus de toutes les spécificités qu’il fallait lire en achetant un produit électroménager, on devait également se demander s’il était digne pour l’objet de partager notre existence. Qui donc se serait interrogé devant le rayonnage d’un supermarché afin de déterminer si le ventilateur était d’accord pour rafraîchir un vieux monsieur pourrait des couches pendant qu’il regardait la télévision ?
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Être un kentuki, songea-t-elle, était une condition bien plus intense qu’être le propriétaire d’un de ces animaux. Si être un anonyme sur les réseaux sociaux était la plus grande liberté dont pouvait bénéficier un usager et, de plus, une condition à laquelle il était pratiquement impossible d’aspirer dans la vie réelle , qu’éprouvait-on lorsqu’on était un anonyme dans la vie d’autrui ?
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Carla ne fait aucun bruit mais parvient à ce que je me lève et m’avance vers elle. Elle m’a plu dès le début, depuis le jour où je l’ai vue porter ces deux grands seaux en plastique sous le soleil, avec son épais chignon de cheveux roux et sa salopette en jean. Je n’avais plus vu quelqu’un en salopette depuis mon adolescence, et c’est moi qui ai insisté pour la limonade et l’ai invitée le lendemain matin à venir boire du maté, cette boisson chaude stimulante, et le suivant, et le suivant aussi. C’est ça, les détails importants ?
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C’est difficile de ne pas savoir ce que je cherche exactement.
Il s’agit de quelque chose de physique. Mais c’est presque imperceptible, il faut être attentif.
C’est pour ça que les détails sont si importants.
Oui, c’est pour ça.
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 Perdre sa maison, c’est ce qu’il y a de pire », puis on vit des choses bien pires et on donnerait sa maison et sa vie pour revenir en arrière et lâcher les rênes de ce satané animal.
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Je suis déconcertée de voir qu’une femme qui a dix ans de plus que moi puisse être tellement plus belle.
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Son image est aussi floue et obscure qu’un mauvais présage au bout de la route
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J'imagine toujours le pire des scénarios. En ce moment même, je calcule le temps qu'il me faudrait pour sortir de la voiture et courir jusqu'à Nina si elle s'élançait soudain vers la piscine et s'y jetait. J'appelle ça la "distance de secours", j'appelle ainsi cette distance variable qui me sépare de ma fille, et je passe la moitié de la journée à la calculer, même si je prends toujours plus de risque que je ne le devrais.
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C’est bien qu’elle sache que nous ne naissons pas tous égaux, qu’elle apprenne à ne pas avoir peur.
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— Elle n’est pas voyante, elle le précise toujours, mais elle peut voir l’énergie des gens, elle peut la lire.
— Comment ça, elle peut « la lire » ?
— Elle peut savoir quand quelqu’un est malade et dans quelle partie du corps se trouve cette énergie négative. Elle guérit les maux de tête, les nausées, les ulcères de la peau et les vomissements de sang. Si on arrive à temps, elle empêche les fausses couches.
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