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Note moyenne 3.57 /5 (sur 106 notes)

Nationalité : France
Né(e) à : Annecy , le 12/06/1976
Biographie :

Sébastien Rutés est écrivain et maître de conférences spécialiste de la littérature latino-américaine et plus particulièrement mexicaine.

Il travaille sur les littératures de genres, les questions d’intertextualité et le roman policier hispano-américain en particulier, auquel il a consacré sa thèse de doctorat, "Stratégies de l’intertextualité dans l’œuvre policière de Paco Ignacio Taibo II", soutenue en 2003.

Il a été directeur jusqu’en 2008 de la revue espagnole "Gansterera" dédiée au roman noir et a publié divers articles dans des journaux et revues spécialisées en France, Espagne, à Cuba et au Mexique ainsi que un essai consacré au Mexicain Paco Ignacio Taibo II.

Il est l’auteur de plusieurs nouvelles en espagnol et en français. Il a par la suite publié deux romans aux éditions de l’Atinoir: "Le Linceul du vieux monde" (2008) et "La Loi de l’Ouest" (2009), un roman dans la collection Actes Noirs des éditions Actes Sud, "La Mélancolie des corbeaux" (2011), et "Monarques", avec Juan Hernandez Luna, (2015) aux éditions Albin Michel.

"La vespasienne" (2018) est son cinquième roman.

page Facebook : https://www.facebook.com/sebastien.rutes
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30/01/2018

Entretien avec Sébastien Rutés, à propos de son ouvrage La vespasienne



Si l`on en croit la précédente rentrée littéraire ainsi que l`objet de votre nouveau roman, la Seconde Guerre mondiale inspire actuellement beaucoup les auteurs de tous bords. Comment pourriez-vous expliquer cela ?

Le phénomène a l`air massif cette année mais je ne suis pas certain qu`il soit nouveau. Je me souviens d`avoir lu beaucoup de romans sur la période ces dernières années : le rapport de Brodeck de Philippe Claudel, Monsieur le commandant de Romain Slocombe, Charlotte de David Foenkinos, pour ne citer que ceux qui me viennent en mémoire. Une période qui place les hommes dans des situations aussi extrêmes, c`est tentant pour un romancier : c`est là que l`humanité affleure. Par ailleurs, c`est assez souvent la troisième génération qui revient sur ces épisodes historiques traumatiques. On l`a vu avec la Guerre d`Espagne : les enfants n`en parlent pas, ce pourquoi les petits-enfants éprouvent le besoin de revenir sur le passé, d`interroger leur histoire familiale. C`est peut-être le même phénomène qui se produit aujourd`hui.



Dans La vespasienne, vous suivez donc l`énigmatique Paul-Jean Lafarge, directeur de la Revue des lettres. Nous sommes en 1941. Qu`est-ce qui vous a poussé à écrire autour de cette période ?

En réalité, l`époque vient en second. D`abord, il y a le personnage, tiraillé entre ses aspirations poétiques et sa perversion. Pour moi, il symbolise la facilité avec laquelle le sublime et l`abject peuvent cohabiter en nous. Pour aller encore plus loin, j`ai voulu le placer dans une époque qui exacerbe les antagonismes, qui divise les hommes et les force à faire des choix extrêmes.



Votre personnage principal, Paul-Jean Lafarge, captive le lecteur tant il fédère plusieurs des maux de l`époque (soupçons de collaborationnisme, hygiénisme abusif, plaisirs coupables etc.) Comment êtes-vous parvenu à construire ce personnage central si paradoxal ?

Je voulais un personnage en qui se côtoient le meilleur et le pire de l`humanité : l`aspiration à la beauté, l`idéal esthétique, et à l`opposé des pratiques sexuelles repoussantes, de la lâcheté, de l`égoïsme. C`est pourquoi il devient le réceptacle de tous les comportements extrêmes de son époque, comme le croûton s`imbibe d`urines mélangées. de la même façon, la vespasienne fonctionne comme un modèle réduit de la France occupée, une sorte de métonymie : on y trouve des résistants et des collaborateurs, des Français et des Allemands, des pervers de toute sorte. Lafarge est paradoxal parce qu`il est tiraillé entre toutes ces forces contraires et n`arrive pas à faire de choix, refuse même les choix, fondamentalement par peur : pas de ce qui peut lui arriver mais des autres. Il s`enferme dans la tour d`ivoire de la poésie et de la neutralité.



Ce même personnage fait d`ailleurs renaître la figure du « croûtenard » chère à Céline ou encore Jean Genet, Albert Simonin et Auguste le Breton. Pourquoi intégrer cette caractéristique qui, d`ailleurs, tranche avec son hygiénisme poussé à son maximum ?

Hygiénisme et soupisme, c`est encore une manifestation de des contradictions radicales de Lafarge. Je ne connais les soupeurs que par la littérature, mais ils ont longtemps hanté mon imagination. En travaillant le personnage, je me suis aperçu que les croûtons devenaient un symptôme de ses difficultés à avoir des relations normales avec les gens, à cause de certains traumatismes de son passé. Une autre forme de sa tour d`ivoire : sa vespasienne d`ivoire, où il n`avait pas de choix à faire et où les relations sexuelles étaient médiatisées par les croûtons : jamais directement le corps de l`autre, tellement terrifiant, seulement des fluides anonymes.



Votre livre est si bien incrusté dans son époque qu`on se surprend à croire à l`existence réelle dans l`Histoire de ces personnages, que ce soit Paul-Jean Lafarge ou encore Witold Silcher. Sur quelles personnes, sur quels épisodes de la Seconde Guerre mondiale vous êtes-vous basé pour construire toute votre histoire ?

L`histoire est fictive mais la plupart des personnages d`intellectuels sont construits à partir de figures historiques, auxquelles j`emprunte certains traits de caractère et parfois des phrases, prises dans leurs Mémoires. Je vous laisse deviner…



On vous connaît pour votre goût pour le mélange des genres. Déjà en 2011, Mélancolie des corbeaux s`inscrivait comme une sombre fable philosophique. La vespasienne n`échappe pas à la règle. Pourquoi cette envie de faire se rencontrer des mondes que l`on pense différents ?

Je ne crois pas au mélange des genres parce que je ne crois pas aux genres. Je crois fondamentalement à l`unité de l`art et du réel, qu`il n`y a pas de frontière entre le monde et sa représentation, et que l`art se doit d`être global, intégrant, pour réaliser cette unité. A partir de là, il me semble incohérent d`en établir à l`intérieur de l`art lui-même. Mon précédent roman, Monarques (Albin Michel, 2015) écrit à quatre mains avec Juan Hernández Luna, déjà sur la Deuxième Guerre Mondiale, me semble un meilleur exemple : il mélange des formes romanesques et épistolaires, les époques et les pays, le roman intimiste et le roman d`aventures, et part surtout de l`idée que plusieurs imaginations peuvent travailler ensemble à un même objet artistique.



Sébastien Rutés et ses lectures



Quel est le livre qui vous a donné envie d`écrire ?

L`Aleph, de Jorge Luis Borges.



Quel est l`auteur qui vous a donné envie d`arrêter d`écrire (par ses qualités exceptionnelles...) ?

Jorge Luis Borges (aussi).



Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Dans l`enfance ? Howard Phillips Lovecraft.



Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Les aventures du baron de Münchhausen de Rudolf Erich Raspe.



Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?

La recherche du temps perdu.



Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Bubu de Montparnasse, de Charles-Louis Philippe.



Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?

Le Petit Prince d`Antoine de Saint-Exupéry.



Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Je n`ai pas une assez bonne mémoire pour me souvenir des citations. Mais récemment, j`ai lu chez Julien Green : « c`est une des bizarreries de notre existence d`ignorer parfois jusqu`à la mort ce que n`importe qui aurait pu nous dire ».



Et en ce moment que lisez-vous ?

Je relis le Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline.



Découvrez La vespasienne de Sébastien Rutés aux éditions Albin Michel :




Entretien réalisé par Rémy Watremez

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Trois romans troublants, habités par la mort, au sommaire de ce Cercle polar. Mictlán : portrait saisissant d'un pays d'Amérique du sud en décomposition avancée. Une femme de rêve : à la recherche, non pas du coupable, mais de la victime, perdue entre la vie et la mort. Maître des eaux : traque mortelle d'un revenant décidé à se venger d'un village qui a détruit sa famille. Mictlán de Sébastien Rutés (Gallimard) Une femme de rêve de Dominique Sylvain (Viviane Hamy) Maître des eaux de Patrick Coudreau (La manufacture de livres)

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Citations et extraits (76) Voir plus Ajouter une citation
popie21   08 septembre 2018
Mélancolie des corbeaux de Sébastien Rutés
C'est la règle numéro un : ne pas s'en prendre aux Humains. La cohabitation dépend trop de leur bon vouloir. Les animaux ont payé pour le savoir. Quelques oiseaux fiévreux dans un jardin public ? Ils les empoisonnent tous. Un ou deux Chiens enragés ? Des races entières sont interdites. Qu'y faire ? C'est pareil hors de Paris. Pour quelques Bœufs malades, des troupeaux complets sont abattus. Ils punissent sans discrimination, se vengent plutôt qu'ils solutionnent.
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Pecosa   04 mai 2018
La vespasienne de Sébastien Rutés
Comme tous ceux qui se vautrent dans l'ordure, Paul-Jean Lafarge avait l'obsession de l'hygiène.
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Pecosa   07 mai 2018
La vespasienne de Sébastien Rutés
Rue Caumartin, dans la vitrine d'une autre librairie, on exposait La bête humaine à côté d'un portrait d'Hitler.
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Fandol   07 juillet 2020
Mictlán de Sébastien Rutés
… Vieux n’est plus tout jeune, la cinquantaine, peut-être plus, un âge où on ne devrait pas conduire un semi-remorque, encore moins pendant douze heures d’affilée, encore moins avec un chargement-là, à la réflexion personne ne devrait conduire un semi-remorque douze heures d’affilée, à n’importe quel âge,…
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Cancie   06 février 2021
Mictlán de Sébastien Rutés
Au crépuscule, il fait frais sous les collines. La colère du soleil s’apaise. Le genou qui écrasait la gorge du monde se soulève, on peut respirer. Depuis combien de temps n’ont-ils pas vu d’eau courante ?
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Pecosa   09 août 2019
Le linceul du vieux monde de Sébastien Rutés
C'est la punition des hommes sincères que de mourir dans l'incompréhension. Le châtiment des hypocrites, c'est de faire carrière en politique.
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Fandol   09 juillet 2020
Mictlán de Sébastien Rutés
…, les cerveaux font ça ; le pire arrive mais nos cerveaux cherchent le positif ; c’est l’évolution, Vieux l’a entendu à la radio, d’autres espèces ont des crocs ou des ailes, l’homme a l’espoir, c’est comme ça qu’on survit depuis le temps des cavernes,..
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Cannetille   25 avril 2020
Mictlán de Sébastien Rutés
(…) les larmes lui montent aux yeux à lui aussi, non seulement parce qu’il leur a fait du mal par amour, mais aussi parce qu’il vient de réaliser qu’il a eu dans sa vie des gens qu’il a aimés suffisamment pour leur faire du mal (…)
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Cancie   05 février 2021
Mictlán de Sébastien Rutés
De rares fantômes sur le bas-côté les ont regardés passer sans les voir, prisonniers de leur préhistoire, spectres poudreux des ères minérales. Des âmes en peine sur la rive d’un fleuve asséché. Quelques migrants perdus dans leur rêve de frontière. Des ânes émaciés au regard plus humain que la misère. Personne pour s’étonner du sang sur la carrosserie. Personne pour s’en émouvoir. Qui s’émeut encore sous ce soleil ?
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Cancie   08 février 2021
Mictlán de Sébastien Rutés
- Ma femme a préparé à manger.

Gros traduit : j’en ai pour longtemps. On ne dit pas les choses comme ça dans ce pays. On a peur de fâcher. On cherche toujours une façon positive d’annoncer les mauvaises nouvelles. Question de survie. Encore…
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