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Note moyenne 4.28 /5 (sur 47 notes)

Nationalité : France
Né(e) à : Montauban , le 12/02/58
Biographie :

Serge Legrand-Vall est un écrivain français, d'origine en partie espagnole. Son œuvre est marquée par un travail de résilience. Il vit à Bordeaux.

La rive sombre de l'Ebre
Sélection Prix littéraire d'Aquitaine 2013
Reconquista
Sélection Prix du roman historique 2020
Sélection Prix La Boétie 2022



Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Serge_Legrand-Vall
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Rencontre autour de Reconquista à la Librairie La Machine à Lire, Bordeaux, le 20 février 2019. Entretien animé par François Rahier. Images Aurélien Juner et Sébastien Ravizé. Montage Sébastien Ravizé


Citations et extraits (34) Voir plus Ajouter une citation
bhercan   08 avril 2020
Reconquista de Serge Legrand-Vall
Passer l'arme à gauche, ce sera bientôt son tour et pas debout ; il s'affaissera avant de sombrer. Mais il n'en est pas là. Pas encore. Son corps souffre et le harcèle, l'enjoint à l'action et il lui obéit, comme une mécanique délabrée qui tarde à cesser de fonctionner.

En bas, il trouvera bien un village, pour y faire il ne sait quoi. S'y reposer peut-être, se sécher et surtout manger, manger.

Le jour hésite encore à s'émanciper du plafond sombre que rejoignent les vapeurs grises montées du sol, comme autant de fumées émanant de feux mal allumés. Titubant en bas du chemin comme s'il avait bu, Mateu a aperçu une grange derrière le rideau

jaune des arbres, face à une butte que dominent les murailles démantelées d'un château. Les maisons de la bourgade ne sont qu'à quelques dizaines de mètres.

Il est entré dans le bâtiment par la porte amont, qui ouvre sur le grenier rempli de foin. Il y règne un parfum délicieux et une tiédeur de bêtes absentes.

L'homme à bout de forces a grimpé dans un recoin opposé à la trouée qui ouvre sur les mangeoires et s'est enfoncé dans l'épaisseur d'herbe sèche comme un enfant contre le flanc de sa mère. Il s'y est endormi sur-le-champ, malgré ses vêtements trempés et les tiraillements de la faim.

Avant la guerre, le carillon des cloches de l'oratoire voisin de Sant Felip Neri me réveillaient le dimanche matin, lorsque je n'étais pas de service. Et je dois dire que je ne détestais pas ça. Non que j'aie jamais assisté à un office. Mais il y avait dans ce rappel récurrent

d'une journée vouée à ne rien faire quelque chose de très satisfaisant.

Ce n'est pas le son des cloches de Gràcia qu'entend Mateu, mais un tintement plus aigu, plus rapide aussi. L'odeur enveloppante du foin le ramène au présent. Il entrouvre les yeux et se tortille vers la cloison de bois, pour coller son visage dans l'intervalle qui sépare les

planches verticales. Une petite foule endimanchée, venue sûrement de l'édifice religieux qu'il ne voit pas, gravit d'un pas tranquille une longue place inclinée,avant de s'engouffrer sous un porche. Les coups de bourdon s'espacent, annonçant l'apparition d'une silhouette en robe blanche, au bras du garde civil à qui elle vient de s'unir.

Autour d'eux, des uniformes kaki, comme une escorte triomphante.

Les perdants ont toujours tort. Est-ce parce que Mateu n'a pas fait le choix de ce garde civil qu'il en est là aujourd'hui, affamé et traqué ? Non, sa défaite est ailleurs…
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valleg   01 janvier 2013
La rive sombre de l'Ebre de Serge Legrand-Vall
Sans se concerter, ils avaient cesser de parler, comme si la puissance de mort de l'endroit les enjoignait au silence. Éblouis de soleil, ils marchèrent l'un derrière l'autre, les yeux tournés vers le sol, vers cette terre de sang. Les crêtes de cette montagne aride avaient été défendues par des hommes habités d'idéal, qui étaient tombés là par milliers, offrant leurs corps sacrifiés pour un futur qu'ils ne connaîtraient jamais. Et deux grands enfants étaient là aujourd'hui, nés de cette tragédie qui les encombrait, comme une charge trop lourde à porter...

...Aujourd'hui, le soleil caressait la terre martyrisée, les rocs blancs éclatés, comme on effleurerait du bout des doigts un cadavre sec. Le vent agitait les branches des pins noirs, tordus d'une souffrance ancienne, figée. Antoine se sentait gonflé du deuil de tous ces hommes, il entendait, porté par le souffle du vent sur les roches, leurs murmures infinis et fraternels.
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Sergi   27 février 2020
Reconquista de Serge Legrand-Vall
Pages 16 à 18

Ce n’est pas seulement qu’il est épuisé. Cela fait des années que Mateu n’a pas marché aussi longtemps. Lui qui d’habitude ne fait que creuser des tranchées, les reboucher et entretenir les engins de la municipalité d’Ax-les-Thermes qui l’emploie.

Il a pensé qu’il allait enfin pouvoir se reposer auprès d’un des maigres feux allumés dans les baraques de tôle de cette mine déserte, encore une, où ils ont installé le bivouac. Tous ont posé leurs sacs et s’activent, surtout à trouver du combustible, bois humide et noueux de rhododendron, branches sciées aux rares bouquets de sapins qui poussent aux alentours. Mais dès qu’il s’est allongé, il s’est mis à transpirer.

– Quelqu’un aurait un coup à boire ? Il a agrippé le col de celui qui se nomme Portet avec un sourire crispé, histoire d’avoir l’air de plaisanter. Je t’ai offert une gorgée tout à l’heure, à toi de m’en donner !

– J’ai rien pour toi, mon gars, a rigolé l’homme en catalan, tout en se dégageant. On n’est pas là pour se pinter !

Ce n’est pas une surprise. Mateu savait que dès qu’il n’aurait plus d’alcool, ça deviendrait difficile. Depuis le temps qu’il boit sans discontinuer, chaque jour, avec application et répugnance. Il s’était persuadé qu’il réussirait à supporter l’arrêt brutal. Il voudrait se lever, mais ses membres ne lui obéissent plus. Son tremblement qui gagne en intensité n’est pas dû qu’au froid. Il ne contrôle plus rien. Les camarades le regardent d’un drôle d’air. L’un d’eux se penche sur lui.

– Ça va pas, on dirait. Qu’est-ce qui t’arrive ?

Il se contracte de tous ses muscles et donne des coups de pied désordonnés qui n’atteignent personne.

– Eh, Canalis fait une crise ! Tenez-le !

Il halète, serre les dents et les poings, roule sur lui- même, jusqu’à ce que les autres se précipitent sur lui pour l’immobiliser, lui ouvrir la bouche.

– Faites-lui boire de l’eau ! ordonne le commandant Mohedano qui fait irruption dans la baraque. On avait bien besoin d’un épileptique dans la brigade... Toi, va chercher l’infirmier!



Barcelone.

Je ne suis pas épileptique, je ne l’ai jamais été. J’ai une bonne constitution et ça se voit, les yeux des femmes me le disaient, mes soirs de liberté sur la rue Gran de Gràcia, quand je flânais en chemise blanche avec Esperança à mon bras. Au printemps de 1936, alors que tous les éléments de la catastrophe se mettaient en place un à un et que moi, je m’obstinais à ne pas vouloir y croire. Badia, le chef de la police auquel je devais obéissance, s’était fait descendre en pleine ville, rue de Muntaner. Je me serais bien gardé de dire ça tout haut, mais à force de faire liquider des anarcho-syndicalistes, ça ne pouvait que mal finir pour lui. Ces gars-là ont fini par se lasser de se faire massacrer sans réagir. Ainsi que le disait Tomás, mon copain d’enfance qui faisait partie de cette mouvance-là, c’était de la légitime défense.

Je me revois un soir d’avril, sortant de l’immeuble où je louais à ma tante l’appartement du premier étage où elle vivait auparavant avec mon oncle, dans le haut de la rue de Melendez Pelayo. J’étais d’assez bonne humeur pour m’adresser au perroquet vert d’Adrià, le fabricant de jouets du rez-de-chaussée, qui installait sa cage sur le pas de porte de son atelier.

– Je te sors ce soir, Coco ?

Ce à quoi le volatile répondait à chaque fois par la seule phrase qu’il ait réussi à apprendre:

– Tira’t d’allà ! 3

Il y mettait un ton si convaincu que ça me faisait toujours marrer. La brise qui remontait de la mer rafraîchissait l’air, j’aimais en flairer le parfum de large et de liberté. Je suis allé chercher ma moto que je garais dans une cour plus bas dans la rue ; retapée pendant de longs mois, ultime souvenir de mon époque de mécano. Et je suis parti rejoindre Esperança qui vivait encore dans son taudis de Poblenou, embelli par sa seule présence.



3 - Tire-toi de là !
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valleg   05 janvier 2013
La rive sombre de l'Ebre de Serge Legrand-Vall
En Ariège, tous les cols étaient des ports,comme si les montagnards naviguaient dans un océan de vagues pétrifiées et que le havre se situait, non dans le creux de la vallée, mais sur ce passage élevé qui séparait deux sommets de vagues, ourlées de neige en guise d'écume.
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valleg   06 février 2013
La rive sombre de l'Ebre de Serge Legrand-Vall
De l'Espagne, enfant, il ne savait que la tristesse, le deuil de la perte de quelque chose qu'il n’avait jamais possédé et qui pourtant le hantait.Cette même douleur qui faisait s'arrêter sa mère en plein mouvement, les yeux dans le vague, perdue dans un souvenir qui lui était inaccessible. [...] Il n'était pas comme les autres, puisqu'ils le clamaient. Mais il n'était pas non plus comme les siens. Qui était-il donc ? Il ne possédait pas la réponse.
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Sergi   04 février 2011
Les îles du santal de Serge Legrand-Vall
Un vent frais soufflait de l’aval de la rivière, agitant les larges feuilles des figuiers dont les fruits bleuissaient. Il arriva sous les arcades de la grande place et s’engagea sous un porche ouvert alors que les premières étoiles piquaient le voile sombre qui descendait sur le village. Il avait vu, là-haut, de la lumière à la fenêtre de la mansarde d’Émeline. Elle était déjà rentrée de son service. Il s’engageait, euphorique, dans l’escalier du deuxième étage encombré de vieux ustensiles de cuisine quand il ralentit, l’oreille blessée par les sons qu’il percevait. Il monta encore deux marches et s’arrêta tout à fait, le cœur battant trop vite. De la porte en bois ciré qui fermait le haut de l’escalier, lui arrivaient des bruits qu’il n’identifiait que trop bien. De petits gémissements, des ahanements plus graves et les grincements du lit. Ainsi, il n’y avait plus de doute à avoir. Elle s’était bien pressée de l’oublier, de se donner toute à l’autre. Il ne verrait plus ses yeux verts fixés dans les siens. Il ne toucherait plus ce corps à la peau pâle dont l’absence l’obsédait. Une vague de rage l’emporta, le libérant de sa stupeur immobile. Attrapant une casserole de fonte ébréchée posée au coin d’une marche, il la lança à toute volée contre la porte du repaire ennemi. Dans un bruit de tonnerre, l’objet se cassa, brisant dans le choc les planches de la frêle porte et déclenchant un cri strident bientôt suivi d’exclamations dans toute la maison. Il redescendit sourd et aveugle, si vite que les habitants alarmés sortis sur le palier du premier étage eurent du mal à le reconnaître.
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BettyP   08 janvier 2013
La rive sombre de l'Ebre de Serge Legrand-Vall
La mort ne l'effrayait pas, mais il y avait mieux à faire. Vivre. Et emmener avec lui la mémoire, comme un précieux butin. La fille de l'assassin l'accompagnait, sa sœur. Elle qui s'était retournée contre le mal et avait provoqué la dernière mort, celle qui mettait un terme au massacre. Sa sœur était la plus belle chose à laquelle il aurait pu rêver. En reliant les deux pans de l'histoire, elle la transformait en prodige.
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Sergi   26 janvier 2015
La part du requin de Serge Legrand-Vall
L’air épais pèse sur les danseurs couverts de sueur. Pas une feuille ne bouge. Comme si le monde s’était arrêté, figé. Les corps se meuvent avec effort et pourtant, les prêtres ont fait signe aux hommes de recommencer à frapper les tambours, dont certains sont aussi hauts qu’eux. Leurs sons sourds et puissants ricochent sur les troncs, sur les murailles, sur les rochers gravés de dessins magiques, tandis que retentissent les souffles des conques. Les feux brûlent aux coins de l’esplanade et dans les environs. Les torches de coco envoient sous les voûtes végétales des gerbes d’étincelles. Un frémissement gagne l’assistance, massée sur les gradins, quand une voix aiguë monte de la nuit et s’y épanouit en un long appel. C’est l’hommage à l’arbre dont la seule présence assure la vie dans les îles, l’arbre à pain, le dieu-arbre. Et les vehine sortent de l’obscurité, les hanches agitées de mouvements appuyés sur les rythmes, dans un intime dialogue. Le reflet des flammes sur les jupes de feuilles luisantes leur donne des aspects d’incandescence alors que les têtes entraînent dans leurs saccades les longues plumes blanches piquées dans les couronnes de graines. Assis devant le grand banian, le chœur des femmes accompagne les danseuses de son chant plaintif. Un vieil homme parcourt l’arène en trottinant et dresse de temps à autre son bâton emplumé en poussant un cri strident.

Terville tressaille, ce vacarme lui donne la chair de poule. À la fois subjugué par cet étrange spectacle et angoissé par sa violence sauvage. Les femmes accomplissent dans un ensemble parfait des pas complexes, alors que leurs hanches tracent dans la lueur mouvante des torches des mouvements d’une inimaginable lascivité. Il a reconnu là-bas celle à qui Manoo a offert la pièce de tissu qu’il lui avait remise sur le pont de la Boussole. Est-elle sa fiancée ? Pour autant qu’il puisse en juger sous ce faible éclairage, sa peau est plus claire que celles de ses voisines. Une métisse ? Les seins de toutes ces femmes se balancent à la même cadence, fruits autrement désirables que ces amoncellements de boulets de l’arbre à pain qui parsèment l’espace et dont les indigènes sont si friands.

Il sent soudain une lourde goutte s’écraser sur son crâne, puis une autre dans son cou. Sans plus de signes annonciateurs, le ciel s’ouvre et un déluge d’eau s’abat sur eux.

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TRIEB   23 février 2015
La part du requin de Serge Legrand-Vall
Ici, le temps n’était pas de même nature qu’ailleurs. Il s’étirait et se contractait suivant les lunes et les vents, se fondait dans la nuit des ancêtres, dans l’immensité du ciel et de l’océan. »
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annechev   19 mars 2015
La part du requin de Serge Legrand-Vall
L'eau phosphorescente glisse sur la peau de Hina, la porte et soutient sa nage souple et silencieuse. Elle se sent heureuse, en paix avec elle-même et avec les hommes, porteuses de vie et d'amour, femme de terre et d'eau, femme 'enana et hao'e, lien de deux mondes qui fusionnent en elle. Elle porte les villes de là-bas, avec leurs rues pavées, leurs voitures à chevaux, leurs femmes en robes et chaussures vernies, leurs maisons de pierre et la vie d'ici, de fruits et de vent, de vagues et de parfums, de liberté et de tapu.
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