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Note moyenne 3.85 /5 (sur 217 notes)

Nationalité : France
Né(e) : 1978
Biographie :

De formation dramaturge, Sofia Aouine a suivi des études de lettres modernes.

Quand elle était enfant, son père, travailleur de nuit, s’estimant incapable d’élever seul sa fille, la confiait à l’Assistance publique en 1980. C’était une procédure de placement volontaire dont elle est sortie en 1998.

Sofia Aouine a travaillé en tant que reporter radio et documentariste pour France Culture, RFI et France Inter.

Rattrapée par la fiction, elle écrit aujourd’hui des romans et pièces de théâtre qui sont en cours de publication.

En 2019, elle publie son premier roman, "Rhapsodie des oubliés".

page Facebook : https://www.facebook.com/sofiaaouine/

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Quelques questions à propos de Rhapsodie des oubliés


25/09/2019

« Ma rue raconte l`histoire du monde avec une odeur de poubelles. Elle s`appelle rue Léon, un nom de bon Français avec que des métèques et des visages bruns dedans. » Abad, 13 ans, vit dans le quartier de Barbès, la Goutte d`Or, Paris 18e. C`est l`âge des possibles : la sève coule, le cœur est plein de ronces, l`amour et le sexe torturent la tête. Pour arracher ses désirs au destin, Abad devra briser les règles. A la manière d`un Antoine Doinel, qui veut réaliser ses 400 coups à lui.

Rhapsodie des oubliés est votre premier roman, d’où vous est venue cette envie de raconter le quotidien et les rêves d’ailleurs d’un jeune garçon vivant dans le quartier populaire de la Goutte d’or à Paris ?

Rhapsodie des oubliés raconte cette minute où l’on bascule de l’enfance vers la jeunesse. Un roman d’apprentissage comme la littérature en connaît depuis des siècles, où les deux personnages principaux qui sont Abad et Paris, se croisent, se heurtent, grandissent ensemble entre chaos et beauté, douceur et fureur. Abad, ado de 13 ans, est syro-libanais et essaie de grandir comme les autres dans un environnement dur socialement. Il se noie un peu dans les affres de l‘adolescence. C’est un hommage en filigrane, à Antoine Doinel des 400 Coups de François Truffaut, film qui a changé ma vie, sur l‘enfance en quête d’amour et de liberté. Abad est, sans le savoir, le rhapsode (en grec celui qui coud les chants) et le témoin de sa rue. La rue Léon dans la Goutte d’Or où Émile Zola campait déjà son roman naturaliste L`Assommoir. Là où le déterminisme social du XIXe siècle frappait déjà, le récit des autres personnages raconté par Abad est une radioscopie sans concessions de notre société : violences faites aux femmes, intégrisme, prostitution et précarité sociale ou culturelle. Les oubliés ont une voix à travers Abad et le feront grandir. Derrière ces histoires dures racontées à hauteur d’enfant, le livre résonne toujours comme un cri à l‘amour pour conter ce qui nous lie et pas ce qui nous délite. La dernière phrase du prologue : « Ce qui nous lie, ce sont les enfants que nous avons été » est l‘ADN de cette Rhapsodie.

Dans votre livre, chaque personnage se sert, à sa manière, de l’écriture comme catharsis ou moyen d’exprimer ses aspirations. Partagez-vous avec vos personnages ce besoin presque thérapeutique d’écrire ?

Non, pas comme thérapie, il y a des gens qui le font très bien. Ce n’est pas mon truc. C’est plutôt la lecture qui m‘aide à dépasser les monstres et à inventer des continents. La relation entre les personnages du roman est plutôt d’ordre universel. La mémoire de l‘enfant que chacun a été et la parole sert de lien, de fil à travers les destins qui peuplent un même territoire, le 18e arrondissement.

Votre personnage principal Abad est un enfant presque adolescent qui, malgré des événements difficiles, conserve des préoccupations d’enfant : les plaisanteries avec les copains, l’éveil de la sexualité… Pensez-vous que l’on peut rester enfant dans une vie assez précaire où, très tôt, il s’agit d’assumer de lourdes responsabilités ?

On reste enfant quoi qu’on en pense, même si on vous l‘arrache, ou on vous la broie. Le môme que vous avez été subsiste malgré tout. Vous avez beau essayer de l‘oublier, il surgit à tout moment. Après, encore faut-il le laisser entrer en vous et lui donner la parole. C‘est ce que j‘ai fait dans ce livre avec mon propre enfant. Enfin, je crois.

Une idée forte ressort de votre récit : la solidarité dans la misère. Est-ce une thématique qui vous est chère, à savoir la coopération (intergénérationnelle et interculturelle) pour permettre l’intégration et peut-être lutter contre diverses formes de radicalisation ?

Oui, c’est la clef pour lutter contre l’ombre. Ce roman est un hommage même si dans la société dans laquelle on évolue, cela peut paraître mièvre, à ce qui nous lie tous dans cette Grande Histoire de France, ce qu‘il y a de profondément humain en nous. Et en sortant de l‘hystérie du débat qui agite les fantômes et les réseaux sociaux, sur le bitume, dans les campagnes les gens sont formidables. Sans angélisme, j‘aimerais qu‘on parle de ce qui est positif et qui réconcilie aux autres dans ces mondes-là.

Vous décrivez un quotidien où l’environnement prend une place très importante. Le quartier est tour à tour un terrain de jeu ou un refuge, mais aussi le théâtre des pires atrocités, ou encore un territoire à conquérir et à contrôler. La rue semble avoir une influence sur les personnages, qui emprisonnerait ses habitants et serait dotée d’une volonté propre. Peut-on considérer l’environnement urbain comme un véritable personnage de votre roman ?

Oui, c‘est le second personnage, comme le ventre de Paris que Zola visitait déjà. Je l‘ai déplacé et copieusement emprunté pour raconter le monde d’aujourd’hui.

Enfin, concernant la suite de votre parcours, la publication de votre premier roman vous a t-elle donné l’envie d’en écrire d’autres ? Quel ressenti avez-vous sur cette expérience ?

Oui, je suis déjà en route vers d’autres territoires de fiction. C‘est un cadeau du ciel, d’avoir envie d’écrire et de pouvoir le faire. Même si cela est difficile. Cette expérience a été comme l’accomplissement d’un destin que je n’ai pas choisi mais que j’ai fini par embrasser.


Quelques questions à propos de vos lectures

 

Quel est le livre qui vous a donné envie d`écrire ?

Tous, depuis que la Mère Littérature m‘a prise dans ses bras.

Quel est le livre que vous auriez rêvé d’écrire ?

Dora Bruder de Patrick Modiano.

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Mon bel oranger de José Mauro de Vasconcelos, encore un gosse qui m‘a bouleversé. J‘étais petite, c‘est resté gravé.

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Les années d’Annie Ernaux.

Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?

Aucun, il ne faut pas avoir honte de ne pas savoir, c‘est le plaisir qu‘on y met qui compte. Sinon, peut être, l‘annuaire téléphonique ?

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Tout Paul Valéry. Pas méconnu mais pas assez lu.

Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?

Je ne me permettrais pas.

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

« La chair est triste, hélas et j‘ai lu tous les livres », Paul Valéry rapportant les mots de Stéphane Mallarmé.

Et en ce moment que lisez-vous ?

Un livre de martyrs américains de Joyce Carol Oates, indispensable.



Découvrez Rhapsodie des oubliés de Sofia Aouine aux Editions de la Martinière



Entretien réalisé par Maïlys Le Chêne







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Après le magnifique accueil que vous avez réservé l'année dernière à la rentrée littéraire de notre collection « Rubis » (les textes de Sofia Aouine, Rhapsodie des oubliés, prix de Flore 2019, et La Redoutable Veuve Mozart d'Isabelle Duquesnoy), voici les deux nouveaux bijoux que nous vous confions, avec fierté et espoir. Tout d'abord, un premier roman, magnétique et ensorcelant, qui rappelle parfois l'esthétique lynchienne, parfois l'élégance désespérée de Gena Rowlands chez Cassavetes : Rosa dolorosa. L'écriture métaphorique de Caroline Dorka-Fenech nous a subjuguées, par sa grâce vénéneuse et sa singularité incontestable. Caroline a travaillé près de dix ans à ce livre. Et puis, un roman-monument, un roman-oeuvre que l'on peut comparer sans rougir à l'American Tabloid de James Ellroy, La Compagnie de Robert Littell ou La Griffe du chien de Don Winslow, car comme ces trois maîtres, il nous fait entrer en immersion dans une époque riche et trouble des États-Unis : Avant les diamants. Avec une force semblable à ses illustres prédécesseurs, Dominique Maisons nous livre une fiction qui souligne la violence et la cruauté de l'époque. Cette époque, c'est précisément l'année 1953, à Hollywood, où s'entremêlent et s'affrontent maccarthysme, mafia, armée et producteurs cupides. Merci de votre curiosité toujours intacte, de votre engagement à faire découvrir de nouvelles voix et… belles lectures !, Marie Leroy, directrice et éditrice Jeanne Pois-Fournier, éditrice Feuilleter notre catalogue : https://fr.calameo.com/editions-de-la-martiniere/read/005631067736eb4305d79 Lire un extrait de Rosa dolorosa : https://fr.calameo.com/editions-de-la-martiniere/read/0056310674ed40327063a Lire un extrait de Avant les diamants : https://fr.calameo.com/editions-de-la-martiniere/read/00563106704030cfedaed Suivre notre actualité : Facebook : https://www.facebook.com/lamartiniere.litterature/ Instagram : https://www.instagram.com/lamartiniere.litterature/?hl=fr Twitter : https://twitter.com/ed_lamartiniere #litterature #rentreelitteraire #LaMartiniere

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Citations et extraits (57) Voir plus Ajouter une citation
hcdahlem   21 novembre 2019
Rhapsodie des oubliés de Sofia Aouine
Adossé à la cheminée, je regarde les grosses lettres qui clignotent…Tati…Tati…Le magasin préféré des daronnes et des blédards, notre tour Eiffel à nous. Un truc que le monde entier nous envie et qui est connu au fin fond de l’Afrique et de la Papouasie. Tati or, Tati maison, Tati chaussures, Tati slips, Tati mariage : la Mecque des jeunes pucelles prêtes à se marier et des mères hystériques qui aimeraient redevenir pucelles le temps d’une nuit de noces. La plus grande salle de jeu du monde, caverne d’Ali Baba des pauvres où tu trouves de tout Tu peux te marier, manger, vivre et peut-être même mourir un jour. Je suis sûr qu’ils finiront par y vendre des cercueils en vichy rose et bleu.
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Cannetille   19 décembre 2019
Rhapsodie des oubliés de Sofia Aouine
La principale religion à la maison s’appelle le silence. Pour éviter les problèmes et espérer être un peu heureux, la tactique à employer est de fermer sa gueule, baisser la tête, raser les murs. Alors, c’est ce qu’on fait, maman et moi. La daronne c’est dans sa peau, elle a pratiqué ça toute sa vie. Ma mère est un fantôme de lait et de rose. Silencieuse et discrète. Le genre de femme qui mourra dans les limbes des mots qu’elle n’a jamais osé dire. Le regard droit et le poing fermé par la rage avortée.
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Bazart   10 août 2019
Rhapsodie des oubliés de Sofia Aouine
Adossé à la cheminée, je regarde les grosses lettres qui clignotent…Tati…Tati…Le magasin préféré des daronnes et des blédards, notre tour Eiffel à nous. Un truc que le monde entier nous envie et qui est connu au fin fond de l’Afrique et de la Papouasie. Tati or, Tati maison, Tati chaussures, Tati slips, Tati mariage : la Mecque des jeunes pucelles prêtes à se marier et des mères hystériques qui aimeraient redevenir pucelles le temps d’une nuit de noces. La plus grande salle de jeu du monde, caverne d’Ali Baba des pauvres où tu trouves de tout Tu peux te marier, manger, vivre et peut-être même mourir un jour. Je suis sûr qu’ils finiront par y vendre des cercueils en vichy rose et bleu.
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llamy89   24 octobre 2019
Rhapsodie des oubliés de Sofia Aouine
Je crois que je vous déteste car vous arrivez un peu à me comprendre, même si je t'aime bien des fois, mais franchement jette ton chat, il sert à rien.
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ValerieLacaille   02 octobre 2019
Rhapsodie des oubliés de Sofia Aouine
Gervaise avait grandi mal et trop vite en passant des nattes et chaussettes blanches aux strings ficelle en l'espace de quelques années, parce qu'il fallait bosser pour rembourser l'argent des grosses dettes de sa daronne accro au jeu, à la bringue et aux amours qui n'en sont pas avec des bleus aux yeux.
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Clubromanhistorique   10 septembre 2019
Rhapsodie des oubliés de Sofia Aouine
Adossé à la cheminée, je regarde les grosses lettres rose et bleu de Tati qui clignotent…Tati…Tati… Le magasin préféré des daronnes et des blédards, notre tour Eiffel à nous. Un truc que le monde entier nous envie et qui est connu au fin fond de l’Afrique et de la Papouasie. Tati or, Tati maison, Tati chaussures, Tati slips, Tati mariage : la Mecque des jeunes pucelles prêtes à se marier et des mères hystériques qui aimeraient redevenir pucelles le temps d’une nuit de noces. La plus grande salle de jeu du monde, caverne d’Ali Baba des pauvres où tu trouves de tout. Tu peux te marier, manger, vivre et peut-être même mourir un jour. Je suis sûr qu’ils finiront par y vendre des cercueils en vichy rose et bleu. Tatillywod, notre Hollywood à nous les métèques avec ses grosses lettres que tu vois de loin, des Champs-Élysées au boulevard Magenta.
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Litteraflure   28 août 2019
Rhapsodie des oubliés de Sofia Aouine
Catégorisé blédard, donc pas de meufs et une condamnation à rester sur le bas-côté de la pécho pour toujours, et s’il arrive par miracle à se marier à une Leonarda de chez lui, il fera la manche et des gosses dans une caravane qui feront la manche aussi dans le meilleur des cas. Bref, on l’avait tatoué à jamais, condamné à rester au fond de la classe pour ne gêner personne, prendre des pains dans la gueule en cours de gym et des tacles pendant les parties de foot si quelqu’un bien-sûr daignait jouer avec lui.
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Warzinette   25 juillet 2020
Rhapsodie des oubliés de Sofia Aouine
J'aime bien les valises. Les valises, c'est toujours des souvenirs de vie. Il y a celles qui ont trop vécu et celles qui vivront demain à vos côtés. Celles avec lesquelles on part, on reste, ou on ne revient jamais. On les bourre, on les transporte, on fait pas attention, on les sort que pour partir en vacances alors qu'elles, elles ont tout vu de nous: les joies, les malheurs. On ne les calcule plus, on oublie jusqu'à leur existence. Et parfois, on les remplit de vieux souvenirs de ceux qui sont morts. On les cache pour pas être tristes et elles finissent par pourrir dans un coin de la maison, parce que c'est trop dur de les regarder. Mais elles, elles continuent de nous regarder vivre et quand on finit par mourir, elles nous survivent. (...) On a presque tous, d'où que l'on vienne, d'où qu'on parle, peu importe notre Dieu, une histoire de valises à vivre et à raconter.
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LaCabaneDeMesLivres   08 novembre 2019
Rhapsodie des oubliés de Sofia Aouine
"Les adultes oublient toujours leur enfance, c'est pour ça qu'ils deviennent des vieux cons,"

"Les parents perchés dans leurs tours d'ivoire veulent toujours vous faire avouer des choses que vous n'avez pas faites. Mais ils refusent de vous entendre."

"On naît en hurlant pour montrer au monde qu'on est là et quand la Faucheuse s'installe à nos portes, on hurle à l'intérieur de nous pour ne gêner personne. Parce que ça ne se fait pas."

"La dame d'ouvrir dedans m'a dit que les souvenirs traversent la peau des familles. Ce qu'il y a au plus profond reste en nous, à travers les enfants, les petits enfants et les petits-enfants des enfants."
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Yokay   21 mai 2020
Rhapsodie des oubliés de Sofia Aouine
A ces générations d'hommes qui souffraient en silence ou le cul entre deux chaises a succédé aujourd'hui un monstre ingérable que ce payx a créé de toutes pièces. Génération avec la rage vissée au corps que les pères et leurs grands frères avant eux n'avaient peut-être pas ou qu'ils cachaient profond à l'intérieur. Un nouvel ennemi intime et invisible, prêt à se faire sauter au nom d'un Dieu qu'ils ne comprennent pas et salissent chaque jour.
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