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Note moyenne 4.36 /5 (sur 14 notes)

Nationalité : France
Né(e) à : Villepinte , le 22/01/1970
Biographie :

Stéphane Le Carre est nouvelliste et écrivain.

Son travail de concepteur-rédacteur publicitaire l'énerve assez pour qu'il se décide à écrire ses histoires avec beaucoup plus de caractère.

Il publie ses premières nouvelles, au label rock et noir, dans des recueils collectifs tels que La Souris déglinguée : 30 nouvelles lysergiques (Camion blanc, décembre 2011) ou The Doors : 23 nouvelles aux portes du noir (Buchet Chastel, mars 2012).

Il est également auteur de deux romans, Cavale blanche (Kirographaires, juin 2012) et À pleines dents la poussière (Antidata, 2014).

page Facebook:
https://www.facebook.com/pages/St%C3%A9phane-Le-Carre/145953635511479

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Citations et extraits (8) Ajouter une citation
Charybde2   29 septembre 2014
À pleines dents la poussière de Stéphane Le Carre
J’avais dû ralentir, curieux. Le grand type m’a regardé.

— Salut, mec. Ça t’intéresse une petite partie ? Je me fais chier comme un rat mort, tout seul.

— Ben, euh…

— Allez, quoi. Il est pas si tard.

J’ai hoché la tête en signe d’approbation. En face de chez moi, j’avais fait le plus dur. Au plumard quand je le voudrais.

— Je m’appelle Patrick. Trick, pour tout le monde. Et toi ?

— Erwan.

— Bon, tu connais le truc ou je t’apprends ?

— Je connais, c’est bon.

— Alors choisis ta triplette et on y va.

J’ai joué du mieux que j’ai pu. Sans la ramener. Mais Trick était bien plus fort que moi. Il m’a mis 13-5. Dans les platanes, au dessus de nos têtes, les merles, déboussolés par la nuit fausse de la ville, me moquaient. J’avais eu le temps d’observer le grand Trick. Il faisait un peu flipper, le bestiau. Barbe éparse, cheveux lustrés par un suint de saleté. Veste en jean et pantalon de survêtement noir, trois bandes blanches sur le côté. Des Converse cerise aux pieds. Et son regard glacé. Bleu ? Vert ? La demi-obscurité m’empêchait de le dire. Évidemment, je n’ai pas pu refuser la revanche. Question d’honneur.

Trick jouait très concentré. Cela faisait toutefois un moment qu’il marmonnait. J’ai demandé :

— Qu’est-ce tu dis ?

— « Un vrai Samouraï consacre tout son temps au perfectionnement de lui-même. C’est pourquoi, l’entraînement est un processus sans fin ».

("La voie du pétanquiste")
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Charybde2   29 septembre 2014
À pleines dents la poussière de Stéphane Le Carre
Celui qui m’a donné le tuyau, c’est le grand Black, après le festival Front Stage dans une rutilante maison associative d’Île-de-France orientale. Lotissements coquets et champs de maïs par paquets. Moi, je m’étais contenté du tabouret de bar et du cylindre de lumière unique sur mon corps penché en avant. La boîte à rythmes cliquetait dans le noir derrière moi. Sur ma gratte, les cordes c’était mes tripes, étirées vrillées. J’étais donc dans mon trip. Jusqu’au quatrième morceau. Quand deux-trois mecs avinés ont commencé à faire du chahut et sifflé sous mon nez. Insupportable. J’étais à cran. J’ai abrégé d’un coup de rasoir sur la guitare. Me suis levé et suis sorti de scène. Élimination directe. Tant pis pour le prix, quelques heures de studio royalement offertes. Dans le public, ça couinait. Backstage, j’ai filé des coups de saton dans les murs. Quelques paroles fraîches avec l’organisation, ces enfoirés d’employés municipaux. Je suis quand même allé claquer mes tickets boisson. Je me suis donc fadé le reste de la programmation. Y avait pas de quoi griller un ampli. À part peut-être, ce grand Black au djembé, accompagné d’un bassiste, blanc et borgne. Du blues totalement improbable. Et pas du tout ma tasse de cidre a priori. Vous connaissez la blague. Quelle différence entre un oignon et un djembé ? Ben, quand on coupe un djembé en deux, y a personne qui pleure. Mais faut admettre que ce type s’y entendait pour cogner sa peau de chèvre et vous emporter dans des deltas inconnus avec l’autre bougre. Ça m’a presque surpris. Je l’ai été totalement quand il a déboulé après sa sortie de scène. Se posant comme ça au-dessus de moi. Flippant. Un vrai léopard. D’ailleurs, je sais pas pourquoi mais il dégageait une méchante odeur de félin. Un truc sauvage. J’ai reculé un peu mais j’étais bien sa cible.

— C’était pas mal, mec, ton truc-là. Du texte. De l’âme.

— Hein ?!

— Ouais, on sent que tu en veux. Mais t’as les nerfs fragiles.

— Pfff, ces connards…

— Ces connards c’est ton public. Faut les massacrer sur place, leur planter un clou dans le cœur.

Il voyait bien que j’avais pas trop envie de m’ouvrir à la causette. Mais il m’a tendu une main immense. J’ai serré. C’était froid et lisse.

— J’m’appelle Seth. Dis, t’es prêt à aller jusqu’où pour y arriver ?

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

— Jusqu’où ?

Sa voix résonnait dure.

— Je sais pas.

— Si, tu sais.

— Jusqu’au bout, putain !

Il me regardait avec un sourire carnassier. J’ai cru lui voir des crocs jaunes et sales dans la demi-obscurité.

— Je m’en doutais. J’ai un truc pour toi.

("Puer le talent")
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Charybde2   29 septembre 2014
À pleines dents la poussière de Stéphane Le Carre
— Tu m’as foutu dans la merde. Mon départ à Las Vegas a été retardé. Je dois former le nouveau, Washington. Imagine un Black taillé comme Shaquille O’Neal. Physiquement, déjà, il va marquer des points. Un expert cul-de-jatte, ça le fait pas. Je crois que Washington a le potentiel d’une vraie vermine. Dis-moi, tu as des projets pour la suite ? Si j’étais toi, je me referais une vie dans un petit coin tranquille. Colle-toi une flopée de médailles sur la poitrine et dis que tu rentres d’Irak.

— Bud, j’ai gémi, j’ai quarante ans et plus vraiment l’allure d’un première classe acnéique.

— Bouffe des boîtes de nourriture pour chien, tu choperas une belle peau de soldat puceau. J’ai eu un client comme ça. Il voulait nous faire raquer, prétextant que son traitement médical l’abîmait. Il était couvert de pustules. J’ai fait ses poubelles. Il n’y avait que ça. Vu ce qu’il s’engouffrait, je me suis toujours demandé comment ce type n’aboyait pas. On l’a saigné au tribunal. Je suppose qu’après, il a dû manger du chien, dans la rue.

— Bud, pourquoi tu fais ça ?

— Comme d’hab’, mon pote. Pas parce que c’est bien ou c’est mal, on s’en fout, mais parce que je peux le faire.

J’en avais assez de son galimatias. J’ai signé. On m’avait pris ma jambe. Pourquoi pas mon boulot ?

("Boukkho")
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Charybde2   29 septembre 2014
À pleines dents la poussière de Stéphane Le Carre
L’hospitalité a ses devoirs. Tu bois le café de Carcass. Une tourbe. Quand il te roule un pétard de beu – sa production, bien entendu – tu ne fais pas ta blondasse. Tu admets ne pas en fumer souvent. Mais tu acceptes de l’allumer et d’en tirer une bouffée. C’est pour toi tout seul, mon grand. Une deuxième. Une troisième. La dernière. Cela va très vite. Une crétinerie fulgurante, la tête te tourne. Ton corps produit des calques de lui-même. Chacune de ces opérations fébriles t’affaiblit.

— Punaise, c’est du costaud, ton machin. Je me sens pas très bien.

— Je sais pas, j’en fume tout le temps

Tu fais un aller-retour à l’extérieur. Se tenir debout. Prendre l’air et la lumière. Sortir de cette taverne diabolique. Mais tu y retournes. C’est impoli d’abandonner une table et une conversation. Pense à te baisser. Le linteau. Tu es déjà trépané. Tu comprends très vite qu’il ne faut pas que tu restes là. Tes forces et ton discernement t’abandonnent. Tu commences à avoir les foies. Qu’est-ce qu’il te veut, ce mec ? Qu’est-ce qui t’a pris de venir ici ? De défier l’inconnu ?

("Presque killed")
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Charybde2   29 septembre 2014
À pleines dents la poussière de Stéphane Le Carre
Je retournai me visser le derche à mon fauteuil, sur le plateau. Battu par les vents contraires. L’open space, ça faisait moderne, méthode de management dernier cri. Tous les poulets en batterie sous l’oeil de Gordon, le responsable trafic. La chiourme. Pas de fouet mais le regard perçant et la langue baveuse. Une vingtaine de mecs et quelques rares nanas au look butch, dans la farce de l’âge, ça ne pouvait que chercher à glander et voler les actionnaires de leurs dividendes. Ils nous avaient foutus en équipes bicéphales, en teams comme on dit. Directeur artistique + rédac, côte à côte dans un coin de boîte aux parois de carton. De la fine fleur de branleurs à qui on demandait de dépoter les idées merveilleuses du marketing publicitaire. Sous la contrainte des vieilles carnes du métier qui avaient pris le manche du département Créa. Gestapettes à foulard et doigts embagouzés ou vieux bougons à barbe sale et rêche. « Faites-moi rêver » qu’ils disaient, au début des plan’s boards. Tu parles, ça te nouait le slip immédiatement.

("Au fond du trou")
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Charybde2   29 septembre 2014
À pleines dents la poussière de Stéphane Le Carre
Je les écoutais, l’air concentré sur l’extérieur. Ce ciel serpillère. Je les matais, coups d’œil, l’air de rien. Nos anciens. Nos pères. Nos pairs. Nos pires. Leurs préoccupations, leur langage, si étrange pour qui n’était pas du coin, me tiraient quand même des demi-sourires. Jacky, je ne sais pas trop comment, avait récupéré en héritage le juke-box d’Alain, le juke-box du Nemo. Peut-on hériter de ses enfants ? Je veux dire, vit-on pour faire une expérience aussi déchirante ou cataclysmique ? Il l’avait mis dans son commerce, Le Chenal. Comme une urne ou un ex-voto. Et dedans il y avait ces morceaux d’avant. Quand la nuit et la vie nous appartenaient. Peut-être, j’étais le dernier à mettre la pièce et faire monter un titre. Oh, y avait des merdes dans le truc. Mais elles sentaient encore aujourd’hui le bon temps. Quand Alain était là pour toujours.

("Bar Le Chenal")
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