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Citations de Stéphane Théri (19)


Il savait que toucher un rêve, même seulement du bout des doigts, faisait oublier mille blessures ou misères.
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Ce petit bout de terre donnait, au derrière de l’église, une culotte colorée de mille et une fleurs, un air champêtre, et faisait oublier à notre curé qu’il était citadin.
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Même qu’un jour, je volerai très haut dans le ciel.
Mais moi, je ne volerai pas comme les avions, qui vont toujours tout droit.
Je volerai comme les oiseaux, dans tous les sens.
Je volerai au-dessus de maman, pour la protéger.
Je volerai tellement haut qu’elle ne pourra même pas me voir, et je la suivrai, juste pour la regarder marcher jusqu’à son travail.
Des fois, les oiseaux, eh bien, ils font caca sur les gens, et ça me fait bien rigoler. Quand je volerai, je ferai caca sur les gens qui sont méchants avec maman.
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Achille leva les yeux pour plonger son regard dans les yeux du vieux monsieur, alors inondés de tout l’amour qui les rendait si proches. Ils se serrèrent un long moment dans leurs bras, avant de rejoindre la bibliothèque où Achille se retrouva planté devant des milliers de livres. Il n’en cru tout simplement pas ses yeux. Du sol au plafond, de toutes tailles et aux couvertures de multiples couleurs, les livres tapissaient les quatre murs de l’immense pièce. La hauteur sous plafond était telle qu’une échelle à roulettes y avait été installée. Sans elle, il eût été impossible d’accéder aux dernières étagères. Il n’avait jamais rien vu de semblable. Bien sûr, la Bibliothèque Municipale lui offrait, elle aussi, une quantité impressionnante de livres. Mais la salle n’avait rien de comparable avec la beauté et l’ambiance de celle-ci. C’était tout simplement magique. Il y régnait une atmosphère indicible, qui forçait le respect. Même au risque de passer pour un crétin, il se décida à interroger le vieil homme sur cette sensation :
- Puis-je vous demander quelque chose, s’il vous plaît ?
- Oui, bien sûr !
Achille cherchait ses mots, et tardait à poser sa question quand le vieil homme le relança :
- Allez-y ! N’ayez pas peur d’être ridicule. Si, de façon indéniable, les livres que nous ouvrons nous parlent à tous, sachez que, fermés, ils ne peuvent qu’entendre ce que nous disons mais sans pouvoir le répéter. Personne d’autre que moi ne peut se moquer de vous, et je ne crois pas en avoir envie.
- Et bien, je voulais savoir si, comme moi, vous avez le sentiment étrange que tous ces livres nous surveillent. Ma question est idiote, non ?
- Non Achille ! Moi aussi, je ressens toujours une sensation quand je m’installe ici pour lire. Je dirais que ce qui m’imprègne ressemble, non pas à une surveillance, mais à une attente. Peut-être est-ce leur désir commun de ne pas être oubliés, d’être à nouveau ouverts. En ce qui me concerne, je crois que toutes les pages que j’ai pu lire et tourner dans cette pièce ont libéré leurs âmes ou celles de leurs auteurs. En tout cas, il me plaît de le penser.
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Achille chercha ses mots et son nez se chargea d’eau, tout comme ses yeux. Il renifla un bon coup, comme pour s’empêcher de pleurer, et reprit le cours de sa révélation : .... Avant, ...avant notre arrivée dans le quartier, maman et mes frères se mettaient tous derrière la porte. Maman ne cessait de répéter que, si par malheur mon père réussissait à entrer, il pourrait bien tous nous tuer. Tu sais, j’étais tout petit. Je devais avoir cinq ou six ans. La plupart du temps, je dormais, et c’est le bruit des coups dans la porte et les cris qui me réveillaient. Je ne comprenais rien à la situation et je ne pouvais rien faire. Mes yeux étaient fixés sur les vis de la serrure et du verrou de la porte d’entrée de notre appartement. Je claquais des dents. Mes jambes tremblaient. A chaque coup de pied ou coup de poing, je voyais les vis du verrou bouger, c’était terrible ! Je regardais ma mère et je pleurais. J’avais peur pour elle. J’avais peur de tous ces cris, de tout ce bruit, sans trop savoir ce que cela voulait dire. Ma mère ne cessait de crier à mon père : « Va-t’en ! Laisse-nous tranquilles ! ». Le seul écho à ses demandes, la seule réponse à ses cris et aux pleurs de mes frères, c’était ces coups dans la porte. Chacune de ces nuits, cela pouvait durer quinze à vingt minutes.... C’était à peu près le temps qu’il fallait compter entre le moment où un voisin téléphonait à la police, et le temps nécessaire à l’arrivée de leur voiture. Il n’y avait que leur sirène pour arrêter ce cauchemar. Jusqu’à leur arrivée, et dès que je le pouvais, je fermais les yeux et je serrais la main de ma maman. Je la serrais très fort. Je concentrais toutes mes pensées sur sa main pour oublier le reste, pour oublier ce que mon père tentait de faire. Je serrais sa main pour ne pas penser au mal qu’il aurait pu nous faire. Je ne sais pas si tu l’as remarqué quand tu viens chez moi, mais je ferme la porte à clé et le verrou à chacune de mes entrées et sorties de la maison, même en pleine journée ! Je regarde toujours dans le judas avant d’ouvrir la porte ! Il m’a fallu des années pour être juste capable de regarder dans le judas de la porte...
La voix d’Achille devint tremblotante et il sembla comme transporté dans le temps par son récit. Mébarek se tut pour laisser cours au récit de son ami.
...Méb...une nuit, une de ces putains de nuit, les flics ont tardé à venir. Cette nuit-là, Charles était en Angleterre avec sa classe. Le verrou a sauté, Méb ! Le verrou a lâché et mon père a réussi à entrer.... Il s’est jeté sur ma mère et l’a rouée de coups. Il était complètement ivre. Mon père est ensuite allé dans la cuisine pour, certainement, s’emparer d’un couteau. Sur le sol du salon traînait l’épée avec laquelle j’avais joué un peu plus tôt dans la soirée... Alors, Méb, j’ai ramassé mon épée, la même épée que celle de Du Guesclin, une épée de chevalier. Je n’avais aucune idée de ce que j’allais faire. J’avais ramassé l’épée par instinct. Les sirènes de la police ont commencé à se faire entendre. Mon père est sorti de la cuisine. Il s’est approché de moi et m’a arraché l’épée des mains. Elle était en mousse, Méb, l’épée était en mousse. J’étais tétanisé ! Je n’arrivais plus à bouger ! Je ne sentais plus mon corps. Mon père a tordu l’épée en deux et a éclaté de rire. Il m’a ensuite soulevé, a collé son visage sur le mien et m’a dit : « T’es qui toi ? ...Et puis merde, qu’est-ce que ça peut foutre qui tu es !... » Et il m’a laissé tomber par terre.... J’ai senti une source de chaleur humide envahir mes jambes et j’ai fermé les yeux pour ne plus rien voir. Je n’ai rien fait, Méb, rien fait ! J’avais trop peur ! C’est un voisin qui a saisi mon père et l’a neutralisé jusqu’à ce que la police arrive. Je croyais que ma mère était morte. Elle ne bougeait plus. Et moi, je n’ai rien fait ! Rien ! Je n’ai rien pu faire, Méb ! J’avais trop peur !
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Stéphane Théri
Dites-moi plutôt pour quelle raison votre petit camarade s’est sauvé.
- Il est tard et son père n’est pas comme vous. Si Dieu est amour, le monde de Mébarek n’a rien à voir avec celui de Jésus, ni même, en tenant compte de sa religion, avec celui d’Allah.
- Connaissez-vous un peu l’église et la religion, Achille ?
- Oui, mais je connais aussi ma cité et celle de Mébarek. Croyez-moi ! Ce ne sont pas des endroits où l’on croise des anges, qu’ils soient envoyés par Dieu, Allah ou je ne sais quelle autre force céleste ! Pour en revenir à ce que nous avons fait, croyez-vous sincèrement qu’ils soient nombreux, ceux qui, dans ce quartier, sont prêts à ouvrir leur porte à un bougnoule habillé de fripes et un petit prolo pour leur dire : servez-vous, Dieu est amour ? Moi, je vous le dis. C’est non ! Ils ont trop peur !
- Achille, rien n’est jamais si simple ou si facile. Vous pouvez changer le monde. Ça demande juste un peu de courage et de persévérance. Ne pensez-vous pas que, comme ces gens, vous avez peur ?
- Je n’ai peur de rien Mon Père. Je sais, c’est tout !
- Achille, comme j’aimerais avoir votre assurance ! Mais à mon âge, je crois encore que tout peut arriver, et qu’on ne sait jamais avant d’essayer. Dans ceux que vous nommez
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« tous ces gens », il y a probablement une personne, au moins, prête à partager son lilas ou ses fleurs avec vous.
- Vous rêvez ! Il n’y a qu’au cinéma que l’on voit ça.
- Non ! Vraiment, je crois que vous vous trompez.
A cet instant le visage du gamin s’assombrit. Son regard prit une nouvelle intensité mais, cette fois, l’éclat de sa rétine renvoyait une noirceur certaine. Le ton de sa voix devint simultanément assez brutal.
- Non ! C’est vous qui vous trompez ! Vous vivez dans une bulle. Vous ne savez rien. Alors, je vais vous affranchir. Je sais, je ne crois pas ! Je sais ! Rien, ni vous, ni votre Seigneur ne peut changer cela. Vous m’entendez ? Rien ! Supposons que votre demeuré de Béliard ait, par exemple, appelé la police tout à l’heure, et que Mébarek, pour un brin de lilas, ait été raccompagné par elle jusqu’à chez lui ! Je sais, cela n’a rien à voir avec une supposition ! Je sais que la foudre se serait abattue sur lui !
- Voulez-vous parler de la colère de ses parents ?
- Non ! Enfin vous, vous appelez ça comme ça. Ce que moi je devine, c’est la putain de raclée que lui aurait donnée son père, pour lui montrer que Dieu est amour. Avez-vous une idée de ce qu’auraient pu lui coûter vos trois branches de lilas ?
- J’imagine que...
- Non, vous n’imaginez rien, Monsieur le Curé ! Mébarek aurait reçu des coups de fils électriques et des coups de pieds à en faire s’écrouler le plus costaud des durs à cuir. Même votre chien de garde de Béliard n’encaisserait pas ça !
- Oh, Achille ! Je suis...
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Bouleversé par les propos du gamin, la gravité de ses révélations et les tremblements incontrôlés de sa voix, l’abbé voulu couper le fil de la conversation et calmer le jeu. Mais, il était trop tard. Le visage de plus en plus prisonnier de la colère, Achille s’emballa et continua de plus belle :
- Attendez ! Je n’ai pas fini. Je sais que nous vivons dans la crasse ! Je sais que la violence nous guette et nous colle à la peau à tous ! Je sais que l’ignorance accable mes frères et soeur, mes copains, certaines personnes de mon quartier et, bien évidemment, le père de Mébarek ! Je sais que notre misère la nourrit ! Mais croyez-vous que votre Beliard soit meilleur que nous ? Pensez-vous qu’avec la cervelle qui lui manque, il ferait mieux ? Pensez-vous que tous ces gens ne deviendraient pas des voleurs, si on ne leur donnait rien d’autre que de quoi survivre ?
- Mon petit, personne ne vous...
- Je ne suis pas votre petit ! Je m’appelle Achille et je suis aussi grand que vous.
- Bien évidemment vous l’êtes ! Mais, est-ce dans la colère et la haine qu’il vous faut trouver refuge, Achille ?
- Non, Mon Père ! Dans les livres ! Un jour, je montrerai à mon taré de grand frère que l’on va plus loin avec quelques lignes qu’en tapant sur les autres. Un jour, je serai assez fort pour dire à ma petite voisine Isabelle que les pourritures qui l’ont souillée sont des criminels et qu’ils n’échapperont, ni à leur jugement, ni à la prison. Je lui dirai qu’elle n’a plus de raisons d’avoir honte ni peur. Je lui dirai aussi que c’est elle, la victime.
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Une fois sa révélation terminée, Achille s’essuya les yeux. Mébarek resta un long moment muet. En fait, il ne trouvait pas ses mots. Il n’y en avait, de toute façon, pas, ou alors de trop faibles, pour dépeindre l’indicible horreur de ce sentiment devant lequel aucun être humain, et surtout aucun enfant, ne devrait se retrouver. Après un long silence, il se décida quand-même à se lâcher :
- Achille, je suis de tout cœur avec toi. Pour tout. Dis-moi ce que tu veux que je fasse et je le ferais. De toute façon, je t’ai toujours suivi !
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Depuis l’arrivée de ces fourmis de la télévision, sa tension artérielle n’avait cessé de grimper. Hors norme depuis déjà quelques heures, son pouls trahissait, en effet, des pulsions de plus en plus fortes. Son cœur bousculait ses vieilles artères de flux sanguins tout aussi irréguliers qu’incontrôlables. Le sang de notre curé faisait mille tours, et la rougeur de ses joues en était le témoin lumineux.
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Juste un dernier mot Achille. Ce qui rend votre cité vivante ou morte ne se trouve ni dans ses murs, ni dans le hall de ses immeubles, ni encore sur les bancs, mais dans le cœur de chacun.
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Le gamin était perdu. La finesse qu’il prêtait aux propos d’Isabelle le conduisit à s’interroger sur ce qui était, peut-être, une déclaration d’amour et sur ce qu’elle pouvait être réellement à ses yeux. Il ne put s’empêcher de penser que, dans l’éventualité où elle l’aimerait, il avait été, dès leur première rencontre, assez bête pour ne jamais s’apercevoir de rien, jusqu’à cet après-midi-là et jusqu’à cette phrase empreinte, selon lui, d’un léger voile de pudeur mêlé à une habile moquerie. La gamine le sortit une nouvelle fois de ses réflexions intimes.
- …et parce que tu n’es pas comme les autres.
- C’est gentil de dire ça.
- Non, ce n’est pas gentil, c’est vrai !
Achille et sa fausse modestie ne dupèrent en rien Isabelle. Elle avait, depuis longtemps, pris la mesure de l’individu. Son attitude donnait l’impression qu’elle guettait une faille dans leur conversation, pour y glisser le reste du message qu’elle avait commencé à lui faire passer.
- Bon, dès que j’ai tout lu, je te le dis et on en discute ensemble.
- Non !
- Tu ne veux pas savoir ce que j’en pense ?
- Non !
- Mais alors, pourquoi veux-tu que je les lise ?
- Quand tu les auras tous lus, et plusieurs fois, tu comprendras.
- Pourquoi plusieurs fois ?
- Je te l’ai dit, Achille. Tu es une tête de lard ! Tu n’écoutes pas et tu es borné ! C’est comme l’anglais et Baudelaire. Chiant ou pas, il faudra bien, un jour ou l’autre, que tu acceptes de discuter avec les gens plutôt que de te confronter à eux. Mais, tu ne le feras peut-être pas pour ce que tu penses. Enfin, je ne suis pas ton prof. J’attends autre chose de toi !
Achille était un peu perdu. Il ne savait plus quoi penser, dire ou faire ! Qu’est-ce qu’Isabelle voulait dire ou promettre ? Sa répartie n’égalait en rien ni la finesse d’esprit, ni la justesse avec laquelle Isabelle l’adressait. Cent mille rêves passèrent à la vitesse de la lumière dans la tête d’Achille. Il n’avait qu’une hâte : retrouver Mébarek, récupérer le mot, l’enveloppe et dévorer les textes d’Isabelle. Après, il saurait quoi penser, dire ou faire. Peut-être que l’un d’entre eux parlait de son amour. C’était sans doute pour cela qu’elle le lui donnait ! En plus d’être belle, elle était romantique, poète, et pour lui, décidément, le bout de ce boulevard était le commencement de la vie !
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Stéphane Théri
Elle s'appelle Isabelle. Prenez soin d'elle, s'il vous plait ! C'est une dragée. Vous savez, personne ne devrait jamais toucher à ces bonbons. Ils sont trop fragiles et ça les abimes définitivement.
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Achille venait de toute son innocence, de poser le pied, et sans le savoir, sur la route qui le ferait quitter définitivement ses idées noires. Le ciel jetait depuis toujours un oeil sur son chemin et avait, sur la route de sa vie, posé, le jour où il croisa pour la première fois Isabelle, le caillou qui, d'une façon presque insignifiante, allait heurter le pare-brise de son existence.
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C'est dans ce bourbier oublié que la rue Ampère finissait sa triste courbe, et là, que des familles puisaient au quotidien un semblant de dignité soustrait à tous regards amis, ou à une quelconque compassion.

j'adore toute la description de cet univers d'une pauvreté sans nom qui recèle pourtant une force vive. L'auteur nous emmène dans une France oubliée, pauvre, démunie de tout. Pourtant, Achille, le personnage principal fait naître en nous, à la lecture de ces pages, un sentiment de magie et d'humanité incommensurable.
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Dieu m'a donné une cervelle plus rapide que toutes celles qui s'agitent autour de moi.
Alors, il m'a aussi donné cette jambe un peu bancale pour laisser à ma mère une chance de me rattraper et, à tous les autres, un sujet de moquerie. Mais, mon talent vaut bien mon talon. C'est peut-être un peu pour cela que maman m'a appelé Achille
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L'abbé ignorait encore à quel point le Ciel allait donner écho à sa prière, et combien la vie allait donner du sens à ses pensées. Il ignorait tout autant à quelle vitesse incroyable , et par quel terrible scénario, les forces cosmiques régissant leurs vies allaient de concert, organiser les évènements pour les projeter une nouvelle fois face à face.

La suite est tout simplement bouleversante ! Ce livre recèle des trésors de vie et d'émotion à couper le souffle.
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Originaire d’Algérie, Monsieur Ramdani avait un peu plus de cinquante ans, et tenait la petite épicerie du quartier. Pas plus haut que trois pommes à genoux, ce petit bonhomme travaillait dur et passait, tous les jours, plus de seize heures dans sa petite boutique. Il avait gagné ses galons de personnage haut en couleur par ses rondeurs généreuses, le sourire qu’il affichait à toute heure de la journée et sa gentillesse avec les gamins du quartier. Venir acheter chez lui le petit quelque chose qui manquait à la maison, c’était avoir l’assurance de repartir avec un petit plus. Oubliant en effet, et presque toujours, le vieil adage « les bons comptes font les bons amis », il offrait généralement aux gamins une poignée de cacahouètes qu’il piochait dans l’énorme sac posé près de sa caisse. Du coup, les plus avides de cette petite compensation gourmande étaient toujours volontaires, et voyaient cette petite corvée devenir un plaisir. Si, aux tous premiers jours de l’ouverture de son épicerie, tous ceux qui avaient été chez lui s’étaient « dépannés chez l’arabe », il était très vite devenu, à cause de ce sac aussi grand ouvert que son cœur : Cacahouète. Au fil du temps, sa gentillesse, son allure bon enfant et ses paroles affables avaient fait de lui un être à part. Pour les adultes du quartier, Monsieur Ramdani était devenu « l’ami Cahouète ». Pour les enfants, il était plus simplement nommé Cahouète.
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Une poignée de secondes à peine, et le pompier dégagea définitivement ses mains de la tête de la défunte. Son geste fut suivi d’un « Oh !» général. Et la mort put finalement se délecter de sa victoire. Deux infirmiers ramassèrent son butin inerte pour le lui servir sur un brancard et le recouvrirent d’un drap blanc à usage unique. A l’instant même où la victime monta vers le ciel pour être confrontée à l’existence, ou non, de Dieu, Achille et sa mère montaient la dernière marche du passage souterrain et rejoignaient la rue. Les marches précédentes avaient déjà dévoilé à Achille et sa mère, la foule et la lumière bleue clignotante de l’ambulance. Les discussions et autres commentaires suscités par cette fin de vie ne laissèrent s’échapper, quant à eux, et de par leur abondance, qu’un brouhaha malhabile, disharmonieux, duquel ne se dégagea aucune information claire ou précise pour Achille et sa mère.
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Les joues d’Achille se mirent à chauffer et les pores de sa peau ne suffirent plus à réguler la température de son corps. Soudainement emballées et incontrôlables, ses palpitations cardiaques lui firent comprendre que son cœur n’était pas dupe, quant au chambardement que les mots d’Isabelle venaient de provoquer sur lui. Il avait beau essayer de faire le mariol pour camoufler son émotion, son sang, littéralement retourné, venait de lui envoyer une bouffée de chaleur sans équivoque. Isabelle avait pensé à lui ! Elle avait écrit des textes et des poèmes, et c’est à lui, et à personne d’autre, qu’elle voulait les faire lire ! Non d’un chien ! L’évènement n’était pas banal. Peut-être même que l’un d’eux parlait de lui !
- Je suis désolé. Tu n’as qu’à me le donner maintenant.
- Je ne l’ai plus. Je l’ai donné à Mébarek.
- A Mébarek !
La température générale du corps d’Achille monta brutalement à une température probablement équivalente à celle d’un réacteur nucléaire que le préposé au refroidissement aurait oublié. Si son cœur, après ces quelques secondes de légèreté, avait reçu deux ailes pour le faire décoller plus haut et plus vite que n’importe quelle fusée ou navette spatiale, cette dernière déclaration lui assena, cette fois, un coup semblable à la chute d’une enclume qu’un maladroit aurait lâchée du cinquantième étage d’un building, pour le clouer définitivement au sol. Ayant perçu son trouble, la jeune fille ne le laissa pas plus d’une seconde sans complément d’information.
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Achille, quant à lui, ne pouvait, malgré tout ça, contrôler ses impulsions amoureuses. Il ne pouvait s’empêcher d’admirer Isabelle comme il le faisait depuis leur première rencontre, et à chaque fois. Isabelle était ce bonbon pas comme les autres. Elle était, à ses yeux, semblable à l’une de ces dragées pastel que l’on vous donne à l’occasion d’un baptême, d’une communion ou d’un mariage et que l’on n’ose pas sortir de leur tulle, de peur qu’elles ne s’abîment. Pourtant, il y avait eu ce gâchis, cette agression bestiale. Plus rien ne pouvait plus être comme avant. Compassion, désir interdit et réserve remuaient les tripes d’Achille. Devant elle, sa verve ne servait qu’à masquer la pudeur de ses sentiments, son embarras, et tout l’émoi dont il était l’heureux porteur. Planté devant celle qui animait souvent ses rêves, il était en proie à tous les doutes quant à ce qu’il devait dire ou faire. Jamais, avec ce qu’il savait, il n’aurait eu l’indécence de lui avouer son amour. Un courage, cependant, lui manquait : celui de parler avec elle de son malheur ! Proférer des avalanches de qualificatifs haineux sur les agresseurs d’Isabelle ne lui posait aucun problème. Achille était talentueux par son éloquence, reconnue hors du commun par son entourage, et crainte par ceux ou celles qui s’y étaient frottés. Oui, Achille savait remettre, avec une répartie sans faille, n’importe qui à sa place. Une avalanche de mots s’abattait de sa bouche aussitôt qu’il se sentait menacé. Leur âpreté même suffisait à décourager l’empêcheur de tourner en rond de continuer, et l’écartait de lui pour un bon moment. Devant Isabelle, il en était tout autrement ! Empreint de mille et un sentiments, de manque de confiance, de timidité presque maladive, il se sentait incroyablement incapable de se laisser inonder par sa compassion et ses sentiments. Une fois encore, il allait faire le pitre !
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