AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontresLe Carnet

Citation de Seabiscuit


Stéphane Théri
Dites-moi plutôt pour quelle raison votre petit camarade s’est sauvé.
- Il est tard et son père n’est pas comme vous. Si Dieu est amour, le monde de Mébarek n’a rien à voir avec celui de Jésus, ni même, en tenant compte de sa religion, avec celui d’Allah.
- Connaissez-vous un peu l’église et la religion, Achille ?
- Oui, mais je connais aussi ma cité et celle de Mébarek. Croyez-moi ! Ce ne sont pas des endroits où l’on croise des anges, qu’ils soient envoyés par Dieu, Allah ou je ne sais quelle autre force céleste ! Pour en revenir à ce que nous avons fait, croyez-vous sincèrement qu’ils soient nombreux, ceux qui, dans ce quartier, sont prêts à ouvrir leur porte à un bougnoule habillé de fripes et un petit prolo pour leur dire : servez-vous, Dieu est amour ? Moi, je vous le dis. C’est non ! Ils ont trop peur !
- Achille, rien n’est jamais si simple ou si facile. Vous pouvez changer le monde. Ça demande juste un peu de courage et de persévérance. Ne pensez-vous pas que, comme ces gens, vous avez peur ?
- Je n’ai peur de rien Mon Père. Je sais, c’est tout !
- Achille, comme j’aimerais avoir votre assurance ! Mais à mon âge, je crois encore que tout peut arriver, et qu’on ne sait jamais avant d’essayer. Dans ceux que vous nommez
2!5
« tous ces gens », il y a probablement une personne, au moins, prête à partager son lilas ou ses fleurs avec vous.
- Vous rêvez ! Il n’y a qu’au cinéma que l’on voit ça.
- Non ! Vraiment, je crois que vous vous trompez.
A cet instant le visage du gamin s’assombrit. Son regard prit une nouvelle intensité mais, cette fois, l’éclat de sa rétine renvoyait une noirceur certaine. Le ton de sa voix devint simultanément assez brutal.
- Non ! C’est vous qui vous trompez ! Vous vivez dans une bulle. Vous ne savez rien. Alors, je vais vous affranchir. Je sais, je ne crois pas ! Je sais ! Rien, ni vous, ni votre Seigneur ne peut changer cela. Vous m’entendez ? Rien ! Supposons que votre demeuré de Béliard ait, par exemple, appelé la police tout à l’heure, et que Mébarek, pour un brin de lilas, ait été raccompagné par elle jusqu’à chez lui ! Je sais, cela n’a rien à voir avec une supposition ! Je sais que la foudre se serait abattue sur lui !
- Voulez-vous parler de la colère de ses parents ?
- Non ! Enfin vous, vous appelez ça comme ça. Ce que moi je devine, c’est la putain de raclée que lui aurait donnée son père, pour lui montrer que Dieu est amour. Avez-vous une idée de ce qu’auraient pu lui coûter vos trois branches de lilas ?
- J’imagine que...
- Non, vous n’imaginez rien, Monsieur le Curé ! Mébarek aurait reçu des coups de fils électriques et des coups de pieds à en faire s’écrouler le plus costaud des durs à cuir. Même votre chien de garde de Béliard n’encaisserait pas ça !
- Oh, Achille ! Je suis...
2!6
Bouleversé par les propos du gamin, la gravité de ses révélations et les tremblements incontrôlés de sa voix, l’abbé voulu couper le fil de la conversation et calmer le jeu. Mais, il était trop tard. Le visage de plus en plus prisonnier de la colère, Achille s’emballa et continua de plus belle :
- Attendez ! Je n’ai pas fini. Je sais que nous vivons dans la crasse ! Je sais que la violence nous guette et nous colle à la peau à tous ! Je sais que l’ignorance accable mes frères et soeur, mes copains, certaines personnes de mon quartier et, bien évidemment, le père de Mébarek ! Je sais que notre misère la nourrit ! Mais croyez-vous que votre Beliard soit meilleur que nous ? Pensez-vous qu’avec la cervelle qui lui manque, il ferait mieux ? Pensez-vous que tous ces gens ne deviendraient pas des voleurs, si on ne leur donnait rien d’autre que de quoi survivre ?
- Mon petit, personne ne vous...
- Je ne suis pas votre petit ! Je m’appelle Achille et je suis aussi grand que vous.
- Bien évidemment vous l’êtes ! Mais, est-ce dans la colère et la haine qu’il vous faut trouver refuge, Achille ?
- Non, Mon Père ! Dans les livres ! Un jour, je montrerai à mon taré de grand frère que l’on va plus loin avec quelques lignes qu’en tapant sur les autres. Un jour, je serai assez fort pour dire à ma petite voisine Isabelle que les pourritures qui l’ont souillée sont des criminels et qu’ils n’échapperont, ni à leur jugement, ni à la prison. Je lui dirai qu’elle n’a plus de raisons d’avoir honte ni peur. Je lui dirai aussi que c’est elle, la victime.
Commenter  J’apprécie          81





Ont apprécié cette citation (6)voir plus




{* *}