AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Citation de de


de   08 juin 2012
Des impatientes de Sylvain Pattieu
C'est un lycée de banlieue comme il y en a beaucoup autour de Paris, un lycée «difficile» selon le journal télévisé, un lycée ZEP comme on a dit à un moment, «Ambition réussite» maintenant, parce que ZEP est devenu stigmatisant et parce qu'il y a moins de moyens ; un lycée qui fait frémir les jeunes profs venus de Paris ou de province et leurs familles au moment des mutations, avec un petit soulagement quand même parce que c'est pas un collège ; un lycée du 93, ce qui produit toujours son petit effet quand on dit son lieu de travail, en général suivi d'un «c'est pas trop dur ?» ou «et ils sont pas trop durs ?» compatissant, ce qui dispense d'entendre les «ah oui c'est bien prof vous vous foulez pas trop, vous avez les vacances» et de répondre «ben vous avez qu'à passer le concours si c'est si bien d'être prof» ; un lycée du 93, un antidote aux réactions antifonctionnaires, somme toute assez injuste parce qu'après tout ça vaut bien un lycée du 94, du 77, de Saint-Dizier ou de Strasbourg, seulement égalé sur l'échelle de Richter du métier qui craint par «prof dans les quartiers nord de Marseille».
Ça a d'abord été un bon lycée tout beau tout neuf moderne, dans les années 1970, construit pour répondre à la fois à la massification scolaire et à la progression de la banlieue au-delà de la petite couronne, quand on croyait encore que la crise allait pas durer, un lycée d'ascension sociale, ceux de la vieille ville, ceux qui s'installent en pavillon, la maison avec jardin, enfin, ou ceux qui arrivent dans une cité avec salle de bains et eau courante. Un lycée post-réforme Haby, plus de classes de pauvres, de classes de riches, en théorie, tout le monde dans le même bateau du collège unique. Puis ça s'est peu à peu dégradé, ceux de la vieille ville ont mis leurs enfants dans le privé ou dans un lycée parisien à option rare, quelques-uns des pavillons ont fait de même et ceux des cités sont restés. Les premiers sont partis, les deux dernières catégories se sont développées avec la ville, mais ce n'est pas le pire lycée. Il a même plutôt bonne réputation sur les forums de profs angoissés par leurs mutations, dans les discussions des routards du remplacement ou des vacataires royalement embauchés année après année par l'Éducation nationale.
Commenter  J’apprécie          90





Ont apprécié cette citation (6)voir plus