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3.64/5 (sur 42 notes)

Nationalité : Inde
Né(e) à : Madras , le 09/12/1975
Biographie :

Tishani Doshi est née en 1975 à Madras (Tamil Nadu - Sud-est de l'Inde) d'un père Indien et d'une mère Galloise. Elle vit toujours dans sa ville natale après une parenthèse américaine, en tant qu'étudiante, et britannique. Elle est poétesse, danseuse et écrivain. "Le plaisir ne saurait attendre", qui vient de paraître aux éditions Buchet-Chastel" est son premier roman. Pour l'écrire, elle s'est inspirée de l'histoire de ses parents.


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Le basilic sacré qui envahissait les jardins répandait dans l'air ses pouvoirs magiques.

Il y avait des femmes partout : certaines triaient le riz et retiraient des cailloux, d'autres suspendaient leurs jupes colorées et leurs odhnis sur un fil, oignaient leurs cheveux d'huile ou se peignaient, la saluant au passage.

Autrefois, les commérages seraient allés bon train ; elles se seraient enfermées chez elles et auraient baissé les yeux en apprenant qu'elle était enceinte et sans mari. Mais Ba leur avait fait la leçon. Ba qui avait compris la vraie nature du monde au cours de sa cinquante-troisième année et qui, depuis, guidait les habitantes de Ganga Bazaar ; Ba dont la sœur s'était enfuie avec un musulman et dont le petit-fils avait épousé une blanche.

Bean profiterait de son enseignement, elle aussi. La vieille dame lui apprendrait à distinguer l'amour de la trahison, la colère de l'abandon. Elle ramasserait les morceaux cassés et l'aiderait à retrouver son chemin.
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[La grand-mère Ba a su que Babo et Sian arrivaient]
Ces deux-là lui paraissaient un rêve sorti tout droit d'une autre vie.
Elle les prit à part et leur dit trois choses.

Regardez le ciel chaque jour, car le soleil et la lune sont synonymes de dévouement éternel entre époux.

Regardez la mer, car l'amour plonge dans les abysses et vous devez être prêts à aller plus profond encore.

Voyagez comme les poissons et les oiseaux, car seuls ceux qui acceptent de revenir participeront à la divinité du monde.

Elle versa du miel dans leurs mains et les fit boire au creux des paumes de l'autre, pour qu'ils se comblent de douceur tout au long de leur vie.
Puis elle leur révéla une coutume pour exaucer un vœu en sept nuits.

A Prem Kumar et à Trishala [les parents de Babo], elle rappela gentiment que celui qui trouble un mariage renaissait sous la forme d'un moustique.

Ce n'était encore qu'un début. Une fenêtre qui s'ouvrait. Une libération.
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Nous devons tous être prêts à mourir pour un amour impossible.
Il ne devrait pas avoir besoin de la preuve du temps ou du souvenir.
Il devrait toujours être neuf. Il devrait être une éternité.
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Rien pour distinguer leur maison des autres, si ce n'était le jardin où s'épanouissaient les magnifiques roses de sa mère.
L'intérieur était identique à celui de ses tantes Blodwyn et Carys (...)
Pareil chez l'oncle Rhys un peu plus loin, et chez la tante Eleri au bout du village.
Même agencement des pièces, avec le salon et la cuisine au rez-de-chaussée, trois chambres et la salle de bains à l'étage ; même remise transformée en réserve à charbon à l'arrière, même portail en bois, mêmes fenêtres, même vue.

Sian rêvait d'échapper à cette uniformité depuis ce jour de 1962 (...) Il y avait un groupe de Liverpool ce soir-là : quatre garçons, les cheveux coupés à la Jeanne d'Arc. Sian avait dansé juste devant la scène, dans sa nouvelle robe (...) et l'un des chanteurs, celui qui avait un visage sérieux et doux, lui avait adressé un clin d'œil pendant la chanson Love Me Do.
Ces jeunes hommes seraient un jour les Beatles, mais ce soir-là, ils appartenaient à Sian. Ils étaient des phares pour elle - tous les quatre, des guides qui l'encourageaient à s'envoler très loin d'ici. Alors, elle avait regardé autour d'elle et s'était demandé où elle pouvait aller.

C'était à ce concert qu'était né son rêve de Londres. (...) Un désir poussait en elle, un désir qui ressemblait à une ville immense et bouillonnante où s'affairaient des millions de gens.
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[La vieille dame, Ba, la grand-mère de Dharmesh surnommé Babo, y voit très mal ... Sian est l'amie galloise de Babo, qui a vécu un an en Angleterre pour ses études, en tant que fils aîné. Babo est en conflit avec ses parents jaïns qui souhaitaient qu'il épouse sa fiancée indienne, Falguni. Il a décidé de vivre quelque temps chez sa grand-mère]

Elle l'examina de plus près et toucha sa tête.
"Qu'est-ce que c'est ? La nouvelle mode en Angleterre ?
S'exhiber comme un homme de la jungle, la crinière en bataille ? Et ça ? ajouta-t-elle en tirant sur sa barbe.
C'est la mode aussi ? Ou ce sont les Galloises qui aiment ça ?

- C'est un signe de protestation, déclara-t-il fièrement.
J'ai fait le vœu de ne pas me couper les cheveux et de ne pas me raser pendant six mois, jusqu'à ce que je revoie Sian.

- Oh ! Alors comme ça tu es en grève. Fort bien.
Mais pourquoi devrait-on tous souffrir, uniquement parce que toi tu es malheureux ?
- Parce que je suis ton petit-fils préféré ?
- Oui, c'est une bonne raison. Une excellente raison.
Maintenant, raconte. Raconte depuis le début. Je veux tout savoir."
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[Babo échange avec sa grand-mère Ba, âgée et veuve]
"Est-ce que tu aimais Bapa ? lui demanda Babo un soir, pendant la grève des postes britanniques, alors qu'il n'avait pas eu de nouvelles de Sian depuis dix jours. Quand il est mort, est-ce que tu as eu l'impression que tu allais le suivre ? Est-ce qu'il te manquait à ce point ?

- Ce n'était pas ainsi entre nous, Babo. Il y a bien des manières d'aimer.
Dans notre cas, c'était un sentiment très doux, sans commune mesure avec ce que tu éprouves aujourd'hui.

Nous l'appelons l'ekam. On ne le rencontre qu'une fois au cours de son existence, ou jamais.
Certains disent que c'est une caverne obscure qui n'a ni début, ni fin.
D'autres le comparent à un feu très lent qui consume le cœur.
Quand on connaît l'ekam, on croit être capable d'éradiquer toute la culpabilité du monde, toute la pollution et le malheur.

- Est-ce que tu as éprouvé cela avec quelqu'un d'autre ?
- Non, répondit Ba avec une certaine mélancolie.
C'est une chose que je découvrirai dans une prochaine vie."
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[Extrait d'une lettre de Sian à Babo]

(...) Je pense que le plus douloureux, c'est la manière dont on t'a arraché à moi. Tes parents devaient être dans tous leurs états pour prétendre que ta mère était malade. Tout ça pour que tu rentres !
T'enlever à tes études, ton travail, uniquement pour te séparer de MOI !

Je peux comprendre leur inquiétude, je peux comprendre qu'ils souhaitent te marier à quelqu'un du même milieu, de la même culture - ma famille n'est pas différente -, mais quand même ! J'avoue que je me demande parfois si je parviendrai à m'intégrer en Inde.
Il y a un tas de choses qui me préoccupent - à commencer par la langue.
Tu m'assures que, hormis ta mère, tout le monde a un bon niveau d'anglais chez toi, mais c'est avec elle que je passerai le plus de temps. (...)
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Ba, je cherche toujours ma place.
Tu m'as dit un jour qu'on ne pouvait commettre que deux erreurs au cours de ce voyage qu'on appelle la vie :
ne pas aller jusqu'au bout, et ne pas démarrer.
Alors, voilà, j'essaie de démarrer. C'est difficile, mais c'est un début.
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Peut-on se libérer du temps ?
Peut-on véritablement savoir quoi que ce soit quand on ne cesse de réfléchir et de se lamenter ?
Regardez ce coucher de soleil. Si beau qu'on voudrait l'emprisonner et le mettre en boîte pour plus tard.
Mais ne pouvez-vous pas en profiter maintenant ? Apprécier ses couleurs, sa beauté éphémère ? Puis lâcher prise.
Le chagrin et le plaisir proviennent du même endroit.
Pour comprendre le chagrin, il faut l'affronter, se mesurer à lui, et non tenter de le fuir.
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"Ainsi le temps passa. Six mois d'attente. [...] Six mois de temps : des centaines de millions de secondes pour s'éveiller, des centaines de millions de minutes pour s'endormir. Six mois de souffrance qui s'étendent à perte de vue comme le Sahara. Six mois pour s'étioler et s'épanouir, pour s'arrêter et démarrer. Six mois d'amour : une respiration,un déluge, une éternité; un simple flocon de neige." (Buchet-Chastel - p.87)
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