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Partemps   17 juin 2021
Grains de Mil : poésies et pensées de Henri Frédéric Amiel
XLVII. — LES DÉLICATS.



Tout besoin en général est une humiliation, presque une ignominie, et il se dissimule d’autant plus que l'âme a plus de fierté et de pudeur. Les besoins du cœur n’échappent point à cette loi. Mais les honteux ont toujours tort et ce sont les audacieux qui sont les habiles. De même que l’épiderme trop sensible est une cause permanente de douleur, ainsi la délicatesse trop scrupuleuse, apanage des belles âmes, leur attire mille ennuis et maint échec. L’hermine de la fable reste sur le bord du marais que le pourceau franchit. Vous êtes discrets et timides, dans le marché de la vie : vous serez dupes.
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Partemps   17 juin 2021
Grains de Mil : poésies et pensées de Henri Frédéric Amiel
XLVI. — MULTIPLICATION DE LA VIE.



Les rêves conséquents ont, comme les romans réfléchis ou les pièces de théâtre sérieuses, un immense avantage : celui d’étendre l’expérience en l’anticipant, et par conséquent de multiplier notre vie unique par toutes les vies, fictives, mais possibles, que nous traversons en eux et par eux. En effet, notre existence officielle et unique n’est qu’un des exemplaires de notre vie réelle, et si nous avions réellement vécu en cent ou en mille individus, nous aurions eu réellement mille vies. L’homme, qui ne peut ajouter un travers de doigt à sa taille, peut cent fois davantage : limité dans le monde extérieur du temps et de l’espace, il peut se multiplier indéfiniment lui-méme dans le monde intérieur de l’esprit.
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Partemps   17 juin 2021
Grains de Mil : poésies et pensées de Henri Frédéric Amiel
XLV. — DEUX MONDES OPPOSÉS.



Singulière substance que l’âme et insolemment rebelle aux lois du monde matériel ! Son élasticité latente et indéfinie ne se révèle qu’à proportion de l'épreuve : plus elle porte, plus elle peut porter ; c’est le fardeau qui la rend forte et le sacrifice qui la rend joyeuse ; elle a plus de ressources pour deux que pour un, et la responsabilité l’allège ; en se prodiguant elle thésaurise ; en se partageant elle se multiplie ; en soutenant elle se soulage. Donc le matérialisme est insoutenable, et y a bien deux mondes, le monde physique et le monde moral.
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Partemps   17 juin 2021
Grains de Mil : poésies et pensées de Henri Frédéric Amiel
XLIV. — COMPENSATION.



L’âme ne se met guère à toutes ses fenêtres à la fois, et, par une sorte de compensation instinctive, redevient d’autant plus discrète sur un point, qu’elle a montré plus de hardiesse sur un autre. Quand le regard ou la voix parle, alors la parole se tait ; quand le discours accorde, le chant refuse ; quand le sentiment est le plus puissant, le geste est souvent le plus contenu. La timidité a ses oublis et la témérité ses regrets.
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Partemps   17 juin 2021
Grains de Mil : poésies et pensées de Henri Frédéric Amiel
XLIII. — L’ÉQUILIBRE.



J'ai remarqué un phénomène consolant : quand nous tendons à nous fermer une perspective, à devenir incomplets, exclusifs, en oubliant quelque aspect de la vérité, quelque élément de la vraie vie, presque toujours une lecture ou une circonstance fortuites viennent rouvrir ce sens endormi et ramener à l’harmonie intérieure ; — fortuites, disais-je, n’est-ce pas plutôt providentielles ? La nature morale, comme la nature physique, tend à l’équilibre.
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Partemps   17 juin 2021
Grains de Mil : poésies et pensées de Henri Frédéric Amiel
XLII. — LES DIOSCURES DE WEIMAR.



En achevant les Correspondances de Schiller avec Humboldt, et de Gœthe avec Zelter, je suis frappé de bien des choses : de l’absence d’esprit religieux dans les deux grands poètes allemands, du manque d’instruction de Schiller, de la sécheresse de Gœthe, du déplacement et de l’élargissement de l’horizon intellectuel d’alors. On sent un autre âge et d’autres hommes et le monde a marché. — L’absence de religion donne, même au sérieux de ces deux grands hommes, quelque chose de superficiel. Le manque de faits, de réalité, de base, rend parfois les idées de Schiller tranchantes et fragiles comme l’abstraction. Gœthe reste étranger à l’histoire, et toutes les luttes de son pays, tous ses malheurs, de 1800 à 1815, ne lui arrachent ni un soupir ni une réflexion. L’égoïsme a été l’étroitesse de cet esprit si large, et, par une juste punition, l’a rendu incomplet et petit par un côté. Initié à la vie de la nature et à la vie de l’individu, Gœthe ne comprend pas la vie historique, l’évolution des peuples. Et quels pas de géants ont fait toutes les sciences de la nature et de l’intelligence depuis le cénacle de Weimar ! comme le point de vue du siècle a changé, comme notre univers physique et moral est plus complexe et plus riche ! — Mais c’est encore Schiller qui nous comprendrait le mieux !
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Partemps   17 juin 2021
Grains de Mil : poésies et pensées de Henri Frédéric Amiel
XLI. — QU'IL Y A DEUX ALLEMAGNES.



Décidément le génie de l’Allemagne méridionale est d’une autre trempe que celui de l’Allemagne du nord. Palpitant des ardeurs de la substance, fêtant le culte de la vie, par opposition à la calme lumière de la pensée, les Germains du midi (par exemple : Baader, Schelling, Eschenmayer, Schubert, Buquoy, Oken, etc., etc.) sont un peu de la religion de Cybèle. Leur style, plus concret et plus chaud, est plus pénétré d’images, de couleurs, de matière pour ainsi dire ; mais en revanche il est plus désordonné, et laisse à désirer plus de netteté et de rigueur. La matière en fusion n’est pas chez eux assez dominée et maîtrisée par la forme. Ils pythonisent plus qu’ils ne raisonnent ; ils font deviner et sentir plus que penser ; ce sont des oracles plutôt que des philosophes.
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Variation6   17 juin 2021
Le Sorceleur, tome 4 : Le Temps du Mépris (Réédition) de Andrzej Sapkowski
La fille aux cheveux courts s'approcha en levant son épée.

- Pitié ! hurla Couinard en tombant à genoux. Épargnez-moi ! J'ai des enfants ... Des tout petits ...

La jeune fille frappa d'un coup net en faisant basculer ses hanches. Le sang gicla, laissant sur le mur blanchi un large trait irrégulier couleur carmin.

- Je ne supporte pas les tout petits enfants, dit la fille aux cheveux courts en essuyant d'un mouvement rapide des doigts le sang sur sa lame.
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Partemps   17 juin 2021
Grains de Mil : poésies et pensées de Henri Frédéric Amiel
XL. — L’INSTANT DE L’IDÉAL.



Chaque bouton ne fleurit qu’une fois et chaque fleur n’a que sa minute de parfaite beauté ; de même, dans le jardin de l’âme, chaque sentiment a comme sa minute florale, c’est-à-dire son moment unique de grâce épanouie et de rayonnante royauté. — Chaque astre ne passe qu’une fois par nuit au méridien sur nos têtes et n’y brille qu’un instant ; ainsi, dans le ciel de l’intelligence, il n’est, si j’ose dire, pour chaque pensée qu’un instant zénithal, où elle culmine dans tout son éclat et dans sa souveraine grandeur. Artiste, poète ou penseur, saisis tes idées et tes sentiments à ce point précis et fugitif pour les fixer ou les éterniser, car c’est leur point suprême. Avant cet instant, tu n’as que leurs ébauches confuses ou leurs pressentiments obscurs ; après lui, tu n’auras que des réminiscences affaiblies ou des repentirs impuissants ; cet instant est celui de l’idéal.
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Partemps   17 juin 2021
Grains de Mil : poésies et pensées de Henri Frédéric Amiel
XXXIX. — L’ALLURE NATURELLE.



On te voit toujours inquiet, agité, affairé, et rarement sur ton front soucieux ou distrait apparaît l’expression si douce de la sérénité, signe d’une vie pleine mais normale. Tu as tort. Emploie ta jeunesse et ne l’use pas. Apprends à trouver ton allure et à ne dépenser que le revenu de tes forces. Avec plus de réflexion, de méthode et d’empire de soi, on peut être actif et dévoué sans faire bouillir son sang. L’agitation est une faiblesse et le calme peut être une vertu.
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Partemps   17 juin 2021
Grains de Mil : poésies et pensées de Henri Frédéric Amiel
XXXVIII. — ANALYSE MUSICALE.



Hier au soir, entendu le Fidelio de Beethoven, avec deux des quatre ouvertures composées par le grand maître pour son unique essai dramatique. Douce et pénétrante soirée ! Il faut se sentir bon et sympathique pour comprendre cette musique profonde, où l’harmonie célèbre ses noces éternelles. La première ouverture, colossale, est trop grande pour que j’en aie pu saisir l'idée à une première audition. La seconde ouverture (dite de Lénore) m’a arraché des larmes. J’ai cru entendre chanter le chœur des sphères ; je me suis vu vermisseau noyé dans l’azur et la lumière du monde, plongé dans l’immensité divine, submergé d’adoration et d’amour. Jamais l'infini ne m’avait envahi plus complètement. Ce soir, à la seconde fois, j’ai compris les deux ouvertures. La première, la grande, signifie : Mélancolie ; la seconde : Espérance. Toutes deux jaillissent du centre du sujet, du cœur de Lénore. L’une dit : Triompherai-je ? l’autre : Je triompherai. Dans la première, Lénore recueillie en elle-même, opprimée par le sentiment de la destinée, et visitée par trois ou quatre pensées inquiètes, interroge le sort et se réfugie enfin dans la conviction de la justice de Dieu. Dans la seconde, Lénore est joyeuse dès le début ; Dieu est là, la Providence veille sur l’innocence ; nous pouvons être éprouvés un temps, mais nous sommes sûrs de la victoire. L’âme confiante se laisse aussi entraîner un moment à la rêverie, mais c’est l’adoration, l’harmonie de la nature, qui fait le fond de sa rêverie. La première ouverture enferme ses évolutions d’inquiétude passagère et d’espérance fugitive dans le ton fondamental de la mélancolie ; la seconde enferme sa mélancolie en dedans de l’allégresse. Ces deux Lénores sont de caractère différent, toutes les deux élevées et idéales, mais la première d’une nature plus profonde.
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Partemps   17 juin 2021
Grains de Mil : poésies et pensées de Henri Frédéric Amiel
XXXVII. — UNE LACUNE.



La lyre du cœur doit être mal tendue chez l'homme auquel la musique ne fait rien ressentir, et, sauf le cas d’imperfection organique, il est difficile d’imaginer que sa nature, quoique brillamment dotée peut-être, ne manque pas un peu d’onction et ne souffre pas de quelque sécheresse secrète.
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Partemps   17 juin 2021
Grains de Mil : poésies et pensées de Henri Frédéric Amiel
XXXVI. — LES IMITATEURS.



En littérature, qui dit imitation, dit abdication. L’imitateur est un quidam qui rappelle quelqu’un ; voilà tout. C’est la fiction d’un être et non un être ; la grammaire dirait : un pronom et pas un nom. Si les individualités bien nettes et bien authentiques sont pour ainsi dire des substantifs-racines ; les imitateurs ne sont que des adjectifs et des désinences. Or la renommée, comme la langue chinoise, n’inscrit guère dans son dictionnaire que des substantifs.
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Lesperanza   17 juin 2021
Fruits Basket, tome 19 de Natsuki Takaya
Pour aller de l’avant et pour grandir, il est parfois nécessaire de blesser autrui.
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Partemps   17 juin 2021
Grains de Mil : poésies et pensées de Henri Frédéric Amiel
XXXV. — L'INVENTION.



Notre force intellectuelle la plus haute et pourtant la plus négligée dans l’éducation ou même la plus menacée, c’est la faculté de trouver. On l’écrase trop souvent chez la jeunesse au profit de l’assimilation. Nous fabriquons ainsi des écoliers, nous ne façonnons pas des hommes. Répétons-nous souvent deux choses : d’abord que l’acte de créer est le point culminant de la vie intellectuelle ; ensuite, que c’est pour apporter quelque chose de neuf qu’il vaut la peine de vivre. Inventons pour être et pour mériter d’être : l’originalité, en ornant l’existence, la justifie.
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Klinya   17 juin 2021
Le Ministère du Bonheur Suprême de Arundhati Roy
En ourdou, seule langue qu'elle connaissait, non seulement les êtres animés, mais tous les objets avaient un genre. On était masculin ou féminin, homme ou femme. Tout, sauf son bébé.
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Partemps   17 juin 2021
Grains de Mil : poésies et pensées de Henri Frédéric Amiel
XXXIV. — A MINUIT.



Il est minuit. Resté plus d’une heure sans lumière, laissant chanter en moi et arriver à mes lèvres tout un bouquet d’airs mélancoliques. Je me sentais une limpidité de vie peu ordinaire ; il me semblait être dans mon cœur lui-même, éclairé comme ma chambre à cette heure nocturne d’un demi-crépuscule rêveur. L’esprit de solitude et d’espérance agitait doucement ses ailes autour de mon front dans les ténèbres. Je compris l’âme revoyant, dans le calme du tombeau, passer sa vie terrestre au dedans d’elle, et murmurant, dans le vide, quelque mélodie insaisissable. O saint recueillement, silence de tout bruit extérieur dans la vie de l'âme, sanctuaire d’émotion, d’attente et de tendresse, qu'on est heureux de te connaître, bien qu’on te visite peut-être rarement ! Ces moments lyriques, fils de la nuit et de la musique, de la prière et du repos, ont un parfum si suave, une délicatesse si fugitive !... Pourquoi ne pas les fixer par la poésie ?
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iris29   17 juin 2021
Son espionne royale, tome 6 : Son espionne royale et les douze crimes de Noël de Rhys Bowen
C'est pour cette raison que vous êtes venus, n'est-ce pas ? Pour passer un Noël anglais traditionnel. A quoi bon voyager jusqu'ici si c'est pour que tout soit comme chez vous ?
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Juin   17 juin 2021
Sacha l'été de Raffaella Bertagnolio
( le papy)

Les bois appartiennent à tous. Tentons de cohabiter en paix .

( les lapins)

Wouha l'autre hé ! Z'avez entendu Pépé? Cohabitons en pet...

Eh ben PROUT

Prout!

Prout!

Prout !

( Sacha )

Mais il ne sont pas juste grossiers, ils sont demeurés !

p 26
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Partemps   17 juin 2021
Grains de Mil : poésies et pensées de Henri Frédéric Amiel
XXXIII. — A MIDI.



Ce matin, je me suis promené par un chaud soleil printanier. — Tout était gonflé, touffu, riant et fleuri ; la nature joyeuse chantait et verdoyait ; le lac n’était qu’un saphir et les coteaux onduleux se veloutaient d’émeraude. Peu à peu l'allégresse devint en moi moins vive et une insaisissable tristesse s’éleva dans mon sein comme un grain noir au fond d’un ciel d’abord sans nuage. La fuite du temps, le vide de la vie, toutes ces éternelles banalités jetèrent leurs ombres dans mon âme. — Que faudrait-il donc pour écarter à jamais le retour de cette inquiète mélancolie ? Deux choses bien simples hélas ! être ce qu’on doit être et avoir ce qu’on peut désirer. Parfait et tout-puissant, il ne faut que cela pour le bonheur. Dieu seul est donc heureux ! Et l’homme ? L’homme n’a de paix qu’autant qu’il possède Dieu, c’est-à-dire, qu’il se donne à Dieu. — Je soupirai, laissai la nature chanter, et revins demander à un livre l’exorcisme de mon vague ennui.
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