AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio

Citations à l'affiche
ChedevC   21 mai 2022
Le malheur indifférent de Peter Handke
[L'auteur parle de sa mère, suicidée.]



Un sanglot ridicule dans les toilettes quand j'étais petit, quelqu'un qui se mouche, des yeux rouges et battus. Elle était ; elle fut ; elle ne fut rien.
Commenter  J’apprécie          361
Sachka   21 mai 2022
Le péché de Zakhar Prilepine
Sonnet raté



Tu marchais de côté. Moi je traversais.

À chuchoter mes sentiments, j'en avais mal aux dents.

De temps à autre, je me battais au pistolet (sans viser).



Tu marchais au milieu. Je tournai à l'angle.

Tous les sentiments sont simples : crayon ou charbon.

La simplicité parfois : fierté d'épouvantails.



Mais à quoi bon tous ces discours !

Si tes mains, en automne, devaient effleurer mon cou

Moins souvent que mon écharpe,

Où puiserais-je l'espoir

Que les fleuves gèleront bien en hiver ?



Tous les sentiments sont simples. Seules les poses sont compliquées.

Nous avons vécu l'automne jusqu'aux premiers givres.

Et on sent le gel, comme s'il était déjà là.

Et la couleur des pluies est grise à en mourir.
Commenter  J’apprécie          3812
Plumeetencre   20 mai 2022
Le Prince des Marées de Pat Conroy
Quand un enfant subit la réprobation de ses parents, surtout si les parents joue de cette réprobation, il n'y aura jamais pour lui d'aube nouvelle lui permettant de se convaincre de sa propre valeur. Une enfance saccagée ne se répare pas.
Commenter  J’apprécie          347
santorin   21 mai 2022
En attendant les barbares et autres poèmes de Constantin Cavafis
TROUBLE







Mon âme au milieu de la nuit

est confuse et défaite. C'est dehors,

en dehors d'elle que se déroule sa vie.



Et elle attend l'aube improbable.

Et je m'use à attendre, et je m'ennuie aussi

en elle ou avec elle.



(Mars 1896)
Commenter  J’apprécie          376
Sachka   23 mai 2022
Le péché de Zakhar Prilepine
Nous jouions à chat dans un terrain vague, derrière le magasin du village. Nous étions une bande de gosses.

Celui que le sort avait désigné se tournait vers la porte et comptait tout haut jusqu'à cent. Pendant ce temps, on devait tous aller se cacher.

Les gamins au visage hâlé, à la bouche édentée, aux épaules anguleuses se dispersaient dans les dédales du nouveau chantier voisin, de la hauteur d'un étage, qui sentait la poussière de brique et l'urine dans les coins sombres. L'un se trahissait en éternuant dans les broussailles épaisses. D'autres s'écorchaient les flancs en se glissant dans les trous de la palissade qui séparait l'école du terrain vague. On grimpait aussi dans les arbres, puis on redescendait des branches, et c'était la course pour arriver le premier à la porte du magasin et toucher le carré qu'on y avait dessiné avec un bout de brique, en criant : Chat !

Parce que, si on ne disait pas le mot, on était bon pour s'y coller soi-même.

J'étais le plus petit, et personne ne me cherchait particulièrement.

Ça ne m'empêchait pas de me cacher soigneusement et de rester sans bouger, à écouter le rire de ces garçons qui avaient déjà de grosses dents, en enviant secrètement leur effronterie, leurs jambes rapides et leurs gros mots. Leurs gros mots à eux étaient faits avec d'autres lettres que les miens : quand ils disaient des obscénités, chaque mot résonnait et bondissait comme un petit ballon gonflé de mauvaises choses.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          364
mesrives   21 mai 2022
L'amour est une saison de Otis kidwell Burger
8



Souffle et fleuris, ô monde, et ouvre-toi grand

Au ciel et au vent, à la nuit et au midi de l’été.

Absorbe cette lumière et cette chaleur pénétrante

Dans tes racines, tes graines ; endors-toi sous la lune

Quand le soleil s’est obscurci à l’ouest ;

Prends ce qui est offert ; cela ne durera pas ;

Et garde tout, sans réfléchir, dans ton coeur…

L’obscurité aussi bien que le jour, la griffe du faucon

et le chant de la grive,

Ne laisse rien partir, rien sauf les regrets,

Ta prise leur est hommage, chaque partie

Ne valant pas moins que le tout. Oublie tous les remords ;

Ils sont un bandeau posés sur les coeurs clairvoyants,

Et il y a du temps – ou peut-être pas – pour regretter

Davantage ce que l’on n’a pas fait que ce que l’on a fait.
Commenter  J’apprécie          563
Nemorino   22 mai 2022
Vous aimez les poètes, ne les nourrissez pas ! de Maryna Uzun
Simha, yearling aux yeux bas, je revis mon ultime coup d’œil sur toi… Oh admire tes runnings ! Elles ont l’air épatantes, tes épouses ravissantes gardant leurs pensées pour elles ! Ton polo du dernier cri, oh n’en sois jamais marri ! Déclare-moi, à plein gosier, mariée à la rue-carillon !

Mes mythes ne se greffent pas sur les souches. Mes ongles sont coupés trop court pour qu’ils griffent. Polo sans col, tu me plais trop, sans remède, pour que je puisse t’égratigner de mes lignes ! Mes lèvres bleues, baisers bruineux ne se posent que sur les bouches de métro, peu farouches.

Simha, darling défendu, ma suprême caresse pour toi… Mes méprises de l’espoir : te tenir pour quelqu’un d’autre ou prendre quelqu’un pour toi.
Commenter  J’apprécie          547
HordeduContrevent   23 mai 2022
Espace et labyrinthes de Vassili Golovanov
Sans doute l'homme a-t-il besoin de temps à autre de pénétrer dans d'autres mondes pour ne pas se sentir prisonnier de sa vallée de larmes.
Commenter  J’apprécie          4910
Wyoming   22 mai 2022
L'amour même de Jean Royer
Nés du silence de la nuit, nous inventons l'aube dans l'amour.
Commenter  J’apprécie          420
Wyoming   21 mai 2022
Les Piliers de la Terre, Tome 1 : Ellen de Ken Follett
Visible souvent de très loin, la cathédrale impressionne le visiteur bien avant qu'il s'en approche : c'était l'intention de l'architecte.
Commenter  J’apprécie          392
Ladybirdy   23 mai 2022
Les dédicaces de Cyril Massarotto
Acheter un livre estampillé Mercure de France dans une petite échoppe indépendante est aujourd’hui vu comme un acte de résistance culturelle, voire de résistance tout court. Mais pour vivre il faut écouler du Michel Bussi, alors on les empile par dizaines dans un coin près de l’entrée, à droite, sur un petit tréteau où ils côtoieront Marc Lévy et Virginie Grimaldi ; coin où les habitués ne vont jamais, de peur d’être contaminés par la médiocrité au pire, d’être surpris là par un autre habitué–le syndrome de la sortie du sex-shop.
Commenter  J’apprécie          336
HordeduContrevent   24 mai 2022
Espace et labyrinthes de Vassili Golovanov
J'ai toujours été surpris par le sentiment de plénitude que me procure immanquablement la vision des confins désertés du monde. A quoi comparer le sentiment débordant de paix qui emplit l'âme devant ces vagues de sable ? Il y a l'éternité et il y a soi. Le désert et l'homme. Aucun "problème de civilisation".
Commenter  J’apprécie          414
HordeduContrevent   26 mai 2022
Je chante et la montagne danse de Irene Solà
J'ai la poésie dans le sang. Et je garde tous mes poèmes dans ma mémoire comme dans une commode bien rangée. Je suis un broc rempli d'eau. D'eau toute simple, comme celle des torrents et des sources. Je me penche et je verse un jet de vers. Et je ne les mets jamais sur le papier. Pour ne pas les tuer. Parce que le papier, c'est l'eau douce du fleuve qui se perd dans la mer. C'est le lieu de tous les échecs. La poésie doit être libre comme le rossignol. Comme le matin. Comme l'air léger du soir. Qui va en France. Ou pas. Qui va où il veut. Et aussi parce que je n'ai pas de papier, ni de crayon.
Commenter  J’apprécie          409
HordeduContrevent   22 mai 2022
Espace et labyrinthes de Vassili Golovanov
C'était un matin blanc. Coupant le pacage en direction du lac, seule la trace noire laissée par les pas d'un pêcheur de l'aube serpentait entre les roseaux secs couverts de givre qui fondait en gouttelettes limpides. Avec le lever du soleil, le ciel au-dessus du lac virait au bleu, un bleu d'automne, étincelant. Sur le versant éclairé, entre les sombres broussailles, un incendie rose tourbillonnait, et les feuillages des arbres déjà clairsemés flamboyaient. Les toiles d'araignées planaient en parachute, les feuilles une à une glissaient au sol, dans un silence absolu que rompait, au plus profond de la forêt, le cri brusque du geai ou celui en écho de la corneille : tout ici relevait du prodige.
Commenter  J’apprécie          402
Wyoming   26 mai 2022
Les Piliers de la Terre, Tome 1 : Ellen de Ken Follett
Le vent du nord lui mordait les oreilles et l'herbe gelée crissait sous les sabots de son destrier.
Commenter  J’apprécie          360
HordeduContrevent   25 mai 2022
Je chante et la montagne danse de Irene Solà
Sa bouche s'est desséchée, à grand-père Ton. Comme un raisin sec. Certains hommes, leur langue se coince et se dessèche dans leur bouche, et ils ne savent plus l'ouvrir, même pour dire des jolies choses à leurs enfants, ou des jolies choses à leurs petits-enfants, et c'est comme ça que les histoires de familles se perdent, et tu ne connais plus rien d'autre que le pain sec que tu manges aujourd'hui et la pluie qui tombe aujourd'hui et comme tes os te font mal aujourd'hui. Tristesse de montagne.
Commenter  J’apprécie          396
dannso   24 mai 2022
Ce que je sais d'elle de Béatrice Hammer
Autour de la trentaine, je pense, elle a arrêté de changer d'histoire. Elle n'en a gardé qu'une, une seule, avec l'exergue, la dédicace, la préface, tous les chapitres, les citations, les notes de bas de page, la bibliographie, les remerciements à la fin, une sorte de thèse comprenant le mariage, la belle-famille, les naissances et tout le tralala.

De mon côté, je suis resté fidèle à ma première manière, le recueil de nouvelles, les incursions rapides dans l'intensité d'un regard, la chaleur d'une odeur, la tiédeur du repli d'un bras, la douceur d'une épaule.
Commenter  J’apprécie          321
Bookycooky   20 mai 2022
Deux arbres, une forêt de Jessica J. Lee
Les langues deviennent un chez-soi. En anglais, je trouve mon mental, et en allemand, ma vie actuelle à Berlin. Pourtant, les tout premiers mots de mon enfance étaient du mandarin, la langue de ma mère.
Commenter  J’apprécie          440
HordeduContrevent   21 mai 2022
Le manuel des inquisiteurs de Antonio Lobo Antunes
Ma femme s'affalant doucement comme une pieuvre s'endort, plongeant ses tentacules dans le sable des draps

- Quel soulagement

moi, craignant qu'elle ne me dévore, de m'habiller dare-dare avant qu'elle ne me demande dans son sommeil

- Tu ne me fais pas un bisou Luis ?

et que je ne soit obligé de me couler jusqu'à cette chose flasque en chemisier à volants et de frotter mon menton sur un front enduit de crème hydratante, pendant qu'une paume visqueuse me pincerait l'oreille

- A ce soir Luis

me rappelant une fille brune, boulotte, en train de m'enfiler une alliance au doigt sur la photo de l'album, j'ai fait chauffer du café dans la cuisine en priant pour qu'elle ne s'amène pas en chaussons histoire de m'aider à allumer le gaz, trouver le sucre, ouvrir le placard au-dessus du micro-ondes.

- Tu n'as jamais su où se trouvaient les tasses Luis

et de me quitter sous le porche en me gâchant la matinée avec son petit au-revoir d'adolescente décrépite, j'ai traversé le jardin à pas feutrés, la cravate pendue autour du cou, j'ai fais les nœuds à mes lacets...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          3514
ninosairosse   21 mai 2022
Mapuche de Caryl Férey
Et puis le Golpe était survenu, le 24 mars 1976.

Videla, Massera, Agosti. De par ses origines sociales, Elena se croyait protégée des généraux qui, chacun représentant son corps d'armée, s'érigèrent en gardiens de la morale et de l'ordre chrétien : le fameux Procéssus de Réorganisation nationale. Malgré ses choix de vie, Elena représentait la vieille droite du pays, péroniste à ses heures. Elle dut vite déchanter.

Œuvres étrangères interdites, publications surveillées, autodafé de livres d'histoire et de culture générale trop empreints de "marxisme", le paysage littéraire se dissolvait dans la terreur diffuse et l'autocensure. Des écrivains disparaissaient.

Sociologie, philosophie, psychologie, politique, même les livres de mathématiques devinrent bientôt introuvables. [...] D'après le pouvoir en place, les subversifs étaient "déguisés en homme de la rue", ce qui justifiait une répression tous azimuts.



Deuxième partie - Le cahier triste-

Chap 2 - p229 -
Commenter  J’apprécie          470