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Critiques à l'affiche

Le parfum
  09 décembre 2018
Le parfum de Patrick Süskind
Cette critique sera brève car ce sera la 718e écrite sur cet ouvrage…



Le parfum de Patrick Süskind est un roman que j’ai lu quand j’étais en dernière année du secondaire. Je me souviens encore que j’avais été profondément choquée par les derniers chapitres mais j’avais réellement apprécié la lecture de ce roman et j’étais d’ailleurs une des seules de ma classe (en option scientifique) à avoir lu ce livre avec plaisir et jusqu’au bout.



Aujourd’hui, avec presque 20 ans de plus au compteur, en le relisant, j’ai gardé cette même impression de plaisir : le parfum est vraiment un chef d’œuvre ! Quel talent de parvenir à décrire aussi subtilement les scènes, les paysages, les personnages, en utilisant l’odorat ! Que l’odeur soit agréable ou nauséabonde, on ne peut faire autrement que de la sentir, tout comme on ne peut s’empêcher d’éprouver à la fois de la pitié et un profond dégoût pour le personnage de Jean-Baptiste Grenouille. Et quelle richesse de vocabulaire ! Cela n’en fait certes pas un roman facile à lire, même si le style est fluide, mais quel réalisme, y compris dans tout ce que la réalité peut avoir de plus horrible.



A lire et à relire pour en savourer tout l’intérêt !
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Le Sentier dans la montagne
  11 décembre 2018
Le Sentier dans la montagne de Adalbert Stifter
En ces jours de desarroi social, une lecture bienvenue!



C'est un petit conte frais, optimiste, legerement romantique, ecrit de la facon la plus simple possible, efficace pour oxygener nos cerveaux et calmer les battements de nos coeurs.



C'est l'histoire d'un homme, surnomme Tiburius, d'une excentricite extravagante, hypocondriaque, s'isolant dans sa misanthropie, qui, suivant les conseils d'un docteur farfelu, ou tenu par tous pour farfelu, decide de faire une cure dans une station thermale. Il fait de petites promenades, y prend gout et les allonge de plus en plus, decouvrant les beautes de la nature et les bienfaits de la marche en montagne. Rencontrant par hasard une jeune paysanne, il se plait a faire des randonnees en sa compagnie. Fin du premier acte. Un an plus tard il revient passer une saison dans la meme station, refait les memes rencontres, et se rend compte qu'il est amoureux de la jeune fille. Il en est le premier surpris mais il a change. le contact avec la nature l'a change. Il la demande en mariage, se construit une petite maison campagnarde, et ils y vivront heureux et combles d'enfants. Allelouyah!



C'est candide comme tout. Si la premiere grande randonnee du heros, sur qui la nuit s'abat dans la foret, prend pendant quelques pages des allures de thriller, le lecteur est rapidement rassure et baigne dans un nuage aux couleurs avenantes, dans une ambiance calmement hedoniste. Son pouls, un instant envole, est vite pacifie.



En fait je crois que le vrai heros de de conte n'est pas le susnomme Tiburius mais la montagne, la foret, la nature. Ses descriptions sont captivantes et invitent a les decouvrir, a s'y plonger en randonnees pedestres, a en jouir. Son message sera suivi plus tard en Allemagne par les Wandervogel, ce mouvement de jeunesse qui pronait l'assainissement du corps et de l'esprit par des randonnees en campagne, loin de l'agitation des villes. Et les conseils du docteur soi-disant farfelu etaient eux aussi novateurs a l'epoque et restent de toute modernite: une vie saine et de l'exercice valent mieux que n'importe quelle drogue ou medicament. Qu'on se le dise!



Le sentier dans la montagne (dans d'autres editions titre le sentier forestier) est plus qu'un conte un vrai calmant. A lire, assis sur l'herbe, a l'ombre d'un arbre.



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Des fleurs pour Algernon
  13 décembre 2018
Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes
Ce livre parle d'intelligence. Pas seulement. Avant d'évoquer ce livre, je souhaite revenir sur ce sujet beaucoup plus trouble qu'il n'y paraît.



Nous sommes tous intelligents. À des degrés divers. le verre n'est jamais totalement vide. Ni totalement plein. Et si l'on nous demandait ce que nous entendons par intelligence, nous aurions tous une définition qui nous viendrait à l'esprit comme « La capacité que nous avons à résoudre des problèmes difficiles ». Encore faudrait-il s'entendre sur le substantif « problème » et la notion de difficulté. Longtemps, nous avons cru que l'intelligence se bornait à cela. Trouver une (des) solution(s) à un problème complexe. Et pourtant. Mon oncle n'a pas fait d'études, mais il est incroyablement habile de ses mains. Il peut à partir d'un plan ou d'une photo reproduire des bateaux à l'échelle 1/100 sans qu'il soit possible pour le non-initié de déterminer de manière précise les différences entre la maquette et son modèle. Est-il intelligent ? Einstein, le grand génie du siècle passé, avait compris que le temps et l'espace ne faisaient qu'un. Il a été capable de découvrir ce que personne avant lui n'avait même osé imaginer. Personne ne doute aujourd'hui de son intelligence. En tapant un ou deux mots clés sur Google, on peut même dénicher des sites qui prétendent nous livrer le niveau de son QI. 160 ! Et ce, même si Einstein n'a jamais passé ce test. Selon les mêmes sources, fiables évidemment, Bill Gates aurait un QI de 180. Qu'a-t-il découvert ? Ah ! le QI, cette fameuse mesure de l'intelligence. Oui, car l'on pourrait mesurer l'intelligence comme l'on mesure la quantité de farine nécessaire pour réaliser une pâte à crêpes pour 10 personnes. On pourrait donc évaluer cette notion abstraite dont même les experts dans le domaine sont incapables de donner une définition précise ou borner l'étendue ?



On peut compter, si on a du temps à perdre, le nombre de petits pois contenus dans une boîte de conserve de 200 grammes. On ne peut pas mesurer l'intelligence. On ne le pourra jamais ! Comme on ne pourra jamais compter avec exactitude le nombre d'étoiles dans l'univers. Alors, pourquoi s'échiner à la mesurer ? Parce que nous voudrions tous savoir à quel point nous sommes intelligents. Et nous sommes surtout stupides de croire que l'on peut en avoir une idée.

Einstein, encore lui, avait déclaré « L'imagination est plus importante que la connaissance ». Peut-on mesurer l'imagination ? Pas plus que l'intelligence n'est ce pas. Encore moins auriez-vous envie de dire. Et si les deux étaient intimement liés. Comme le sont au couchant le ciel et l'océan. Plus je vieillis, plus j'apprends, plus je me cultive et plus je prends conscience de l'étendue de mon ignorance. Tout le paradoxe est là. Ne croyez jamais ceux qui vous disent qu'ils sont intelligents. Croyez plutôt ceux qui tentent, humblement, de se dénicher une place dans ce monde dont l'étendue, la beauté, nous échappent.



Alors, pourquoi Daniel Keyes, psychologue de formation, a-t-il choisi de nous parler d'intelligence dans son roman ? Peut-être parce qu'il ne s'agit que d'un biais, que l'essentiel est ailleurs. Dans l'incapacité du personnage à contrôler ses émotions avant et après l'opération. Dans cette difficulté d'être avec l'autre. Dans cette quête d'identité intimement liée à la mémoire. À ce qui nous reste lorsque nous croyons avoir tout perdu.



Je n'ai pas accroché au long préambule de ce roman. L'idée d'associer l'intelligence à la qualité de la rédaction, un simple d'esprit écrirait avec beaucoup de fautes (bon, il suffit de tenter une plongée sur certains forums ou réseaux sociaux pour savoir que ce n'est pas un critère discriminant, ou alors...), me semblait ni pertinente ni utile à l'histoire. Néanmoins, ce roman épistolaire narré sous la forme de rapports écrits destinés au suivi d'une expérience révolutionnaire : opérer un gamin (celui qui écrit les rapports) au QI (on y revient) inférieur à 80 pour tenter d'en faire un génie, donne davantage qu'il ne le laisse supposer. Petit à petit, comme dans l'étroit lien qui se noue entre Algernon, la souris sur qui l'expérience fut tentée au préalable, et Charlie, le héros et le narrateur de l'histoire, l'intrigue se densifie.



Ce roman de science-fiction fut tout d'abord une nouvelle. Et par moment, on le ressent. Néanmoins, l'histoire et l'émotion montent crescendo. C'est d'autant plus troublant que dès les premières lignes on comprend l'intrigue et son cheminement parabolique. On s'entend donc à cette fin inéluctable annoncée relativement tôt.



Toutefois, grâce à son style simple et précis et surtout à la justesse de son héros, Charlie Gordon, l'auteur nous embarque avec grâce et douceur jusqu'au terme d'un épilogue empreint d'émotion. Il me semble, je l'ai ressenti ainsi, que quelque chose se passe dans l'histoire à partir du moment où Charlie revoit sa mère. La suite est forte, notamment les derniers mots qui m'ont particulièrement ému. J'avais ressenti la même chose en visionnant « La vie est belle » de Roberto Benigni et « Cinema Paradiso » de Giuseppe Tornatore.



Je suis très sensible à la construction de ce roman que je trouve élégante et juste. Aussi à la vérité de ce personnage, Charlie Gordon. Les deux, qui donnent leur pleine mesure dans les dernières pages de l'ouvrage, injectent à ce roman une épaisseur qu'on ne lui aurait pas accordée au premier abord.

Comme quoi, qu'il s'agisse d'intelligence ou de littérature, mieux vaut se garder de juger sur les apparences.
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Maîtres et esclaves
  10 décembre 2018
Maîtres et esclaves de Paul Greveillac
Tian Kewei, fils de paysans moyen-riches, est repéré par le chef des gardes rouges qui, après la famine liée au Grand Bond en avant, sévissent dans son village. Laissant sa famille et l'Himalaya pour rejoindre les Beaux-Arts de Pékin, le jeune artiste talentueux va connaître un destin exceptionnel.



Comme dans tout bon régime autocratique dans la République Populaire de Chine, fondée par Mao Tse Toung en 1949, règne l'arbitraire, la délation, la corruption, les exécutions sommaires, les tortures, qui broient l'individu et réduisent sa marche de manœuvre à peu de chose. Un monde où soumission et compromission permettent à certains comme Kewei, peintre paysan devenu peintre du régime pendant la révolution culturelle, de passer du statut d'esclave à celui de membre du Parti.



Après un début difficile (un style trop alambiqué à mon goût) j'ai aimé l'histoire de Tian qui rappelle, avec réalisme et poésie, la terrible mise au pas des Chinois par Mao Tse Toung. L'application d'une idéologie à l'origine de la « rééducation » et la mort de paysans — affamés par la collectivisation — et de citoyens soupçonnés d'être des « droitiers ».



Inutile de dire que les victimes ont été multiples, comme pendant la révolution, nommée assez ironiquement culturelle qui en 1966, avec les gardes rouges, a consolidé le pouvoir de Mao, en éliminant des milliers d'intellectuels, élites et cadres du Parti. Une violence à laquelle l’État chinois n’a pas renoncé, comme l’attestent les événements de la place Tian’anmen.



Assurément, un roman d’un grand intérêt pour qui veut tenter de comprendre un pays qui n'a pas fini de nous étonner.

 
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Le poids du papillon
  12 décembre 2018
Le poids du papillon de Erri De Luca
Une de ces lectures qui vous renverse, et que l'on est certain de ne pas oublier. J'en ressors fortement émue, saisie par tant de grâce, de fulgurance et de véracité.

Confrontation entre deux mondes, deux règnes, celui de l'animal et celui de l'homme. Affrontement silencieux entre deux âmes, fatiguées, blessées, fières et solitaires. Mais l'une se montrera plus humble, digne et majestueuse que l'autre. Je vous invite à découvrir qui sera le vainqueur de ce duel, le véritable "roi" de ce conte moral et universel...

J'avais déjà énormément apprécié la plume de l'auteur dans Trois chevaux. Ici, je l'ai trouvée sublimement métaphorique, puissante, tant par sa sobriété que par sa sagesse. Le temps s'est suspendu, avec délectation, je me suis envolée dans le sillage d'un papillon blanc. (...)



NB : récit suivi de "Visite à un arbre" (11 pages, d'une grande beauté également).
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Le Petit Prince
  12 décembre 2018
Le Petit Prince de Antoine de Saint-Exupéry
Coup de coeur avec la découverte d'un classique intemporel !

Je n’avais jamais lu Le Petit Prince, vous y croyez ?!? Et pourtant, j’ai bien fait d’attendre le BON MOMENT ! Je pense que si je l’avais lu plus tôt dans ma vie, il ne m’aurait pas touchée autant. Je crois que parfois, notre inconscient nous fait lire des livres au moment qu’il faut, quand nous sommes prêts. Bref, j’ai adoré les métaphores, j’ai pris quelques notes, parce qu’il y a des citations qui sont de vraies perles !

Je me suis régalée !
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Belle du Seigneur
  09 décembre 2018
Belle du Seigneur de Albert Cohen
Une « énorme histoire », tout en finesse et démesure, tout en cynisme et drôlerie, tout en répulsion et passion destructrice. Une « énorme histoire » au lyrisme échevelé, aux chuchotis ravageurs, aux vérités qui font mal.

Un livre qui vous fait atteindre des sommets, qui vous prend aux tripes, au coeur, et ailleurs ; un livre qui vous fait monter les larmes aux yeux, éclater de rire, bondir de joie ; un livre qui va vous montrer avec un entêtement moqueur les recoins sombres de nos sentiments et les dessous des cartes ; un livre qui vous fera bredouiller d'émotion tant l'écriture y est étourdissante, féérique, magique.

Il y a tant et tant de choses à dire sur ce livre kaléidoscope aux mille couleurs chatoyantes, aux sombres fulgurances…

Comme j'ai aimé Ariane et Solal ! Ariane, la « vive, la tournoyante, l'ensoleillée, jolie comme un coquelicot au vent de l'été ». Ariane dans sa robe blanche, un peu déesse, un peu fillette avec ses « moues de tendresse ». Et puis Solal avec son « visage impassible couronné de ténèbres désordonnées », ce « youpin né en Grèce et naturalisé français », ce Don Juan cruel qui joue avec le coeur et les sentiments des femmes.

Solal voulut conquérir sa Belle avec d'autres moyens que l'habituelle gestuelle du mâle dominateur, sans son « brio de gorille au Ritz, sa parade de coq de bruyère, sa animale danse nuptiale ». L'échec fut total ! Là est peut-être le péché originel car, dès lors, leur passion deviendra ordinaire, échevelée peut-être, flamboyante surement, mais ordinaire. Elle s'usera avec le temps, malgré les artifices, malgré leurs tentatives désespérées et vaines, parfois sublimes, parfois pathétiques, pour sauver leur merveille du naufrage.

Arianne et Solal évoluent dans ce monde de l'entre-deux-guerres qui lui aussi gambade gaiement et avec insouciance vers le désastre. Grand ponte à la Société des Nations, Solal le voit d'ailleurs venir. Quel machin, comme dirait De Gaulle, que cette SDN ! Un repaire d'incapables, d'ambitieux à la petite semaine, de poltrons, et de profiteurs, plus intéressés par leur petite carrière que par la recherche de la concorde entre les peuples. Quelle drôle d'idée eut Solal de cesser soudainement de s'ébattre avec cette bande d'inaptes ? de jouer les princes vertueux ? Il se prendra leur antisémitisme en pleine figure. Un antisémitisme bien comme il faut, poli, de salon, raisonnable. En attendant l'autre qui pointe le bout de son nez.

Que d'images ! Que de rires, que de révoltes, que de tristesse !

Le petit Deume et ses Deumeries, le mari d'Ariane, pathétique flemmard à l'ambition démesurée, cocu errant. Et les cinq valeureux, iconoclastes, bouffons, drôles, menteurs, avides, mais toujours fidèles au prince Solal. Mariette et ses monologues ravageurs si plein de bons sens. Les chuchotis et les délires d'Ariane. Les longs silences lucides de Solal. Les faux dévots bêtes et méchants. Les craquelins de l'infâme Antoinette Deume.

Quelle aventure, mes amis ! Ce fut un long, grand et sublime voyage. Une lecture marathon grandiose et inoubliable.

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Signor Hoffman
  08 décembre 2018
Signor Hoffman de Eduardo Halfon
Eduardo Halfon deambule et se cherche, deambule et se cherche, a travers plusieurs continents. Dans son vecu et dans ses ecrits, ou il refait ses cheminements pour essayer de les comprendre, pour essayer de se comprendre, pour essayer de cerner son identite. Tout ce que j'ai lu de lui , Monastere et Deuils, est dans cette veine, et j'avais vaguement ressenti que ces romans auraient pu etre des recueils de nouvelles qui dialoguent entre elles. Dans Signor Hoffman je me suis donc retrouve en terrain connu: des nouvelles, ou le personnage central est toujours le meme, Eduardo Halfon, et les lieux ou il se perd et se cherche ont deja ete visites en d'anterieures oeuvres.



En Italie on change son nom en Hoffman, un nom a resonance allemande, alors qu'il est invite comme conferencier par les administrateurs d'un ancien camp de concentration reconstruit en memorial. Il est paye en petites coupures qu'il considere comme de l'argent sale, et il cherche a s'en debarasser en se saoulant.



A Harlem il est carrement perdu, et c'est une passante bienveillante qui l'amenera a son but, un autre lieu de memoire, un concert en memoire d'un jeune noir assassine.



Plusieurs nouvelles ont pour cadre le Guatemala ou il est ne. Il est un etranger en son propre pays. Tout lui semble bizarre sinon menacant, et d'ailleurs personne ne le croit quand il se presente comme autochtone: il est trop grand, trop pale de teint, il a un accent etranger quand il parle, et il pousse la mascarade jusqu'a presenter deux passeports a un petit poste de frontiere avec le Belize, un guatemalteque et un espagnol. Du jamais vu dans ces parages.



Les nouvelles ne sont pas toutes de la meme teneur. J'ai plus aime les unes et moins les autres. Mais la derniere, Oh ghetto mon amour, est un petit chef d'oeuvre. Je l'ai deja recensee separement, et j'ajouterai seulement que pour moi elle est la quintessence de l'ecriture de Halfon, la quintessence de sa quete de soi, et ou son style atteint son sommet. Ou, cherchant la maison de son grand pere dans une Pologne etrangement reelle, c'est lui qui devient irreel, muant cette fois-ci de sa propre initiative son nom de Halfon en Hoffman, ce Halfon oriental qui veut justement dire changeant, "en songeant qu'un nom, n'importe lequel, est tellement transcendant, tellement capricieux, tellement irreel, que nous finissons tous par devenir notre propre fiction". Parce que rien n'est simple. Il est aide dans ses recherches par une certaine madame Maroszek, dont les parents avaient a la fois sauve et denonce des juifs. Comment il etait possible d'aider et de trahir a la fois? "Elle a commence par me dire qu'elle ne savait pas, puis qu'elle ne savait pas non plus si c'etait tout a fait vrai, et finalement que cela ne l'etonnait qua moitie, tant les choses de la guerre etaient incoherentes". En fait c'est ce voyage en Pologne qui peut semble incoherent, comme toute cette poursuite de racines, comme la vie meme, et il ne reste a Halfon qu'a faire de temps en temps une petite pause avec un verre de "Wodka Zoladkowa Gorzka", Vodka Amere pour l'Estomac. Dod na, Eduardo, cul sec, a la tienne, a la notre, merci.



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Psychologie sociale
  10 décembre 2018
Psychologie sociale de Jacques-Philippe Leyens
Cet ouvrage n'ayant aucune critique je m'y risque. Qu'est-ce que la psychologie sociale ? Même wikipédia, habituellement si aisé à comprendre par chacun, n'aidera guère les non spécialistes : «La psychologie sociale est la branche de la psychologie scientifique qui étudie de façon empirique comment les pensées, les émotions et les comportements des gens sont influencés par la présence réelle, imaginaire ou implicite d'autres personnes ou encore par les normes culturelles et les représentations sociales. La psychologie procède selon la méthode scientifique soit par l'intermédiaire de questionnaires soit par des mesures du comportement observé lorsque des individus sont placés dans des situations expérimentales ou, au contraire, observés dans des situations spontanées (non-provoquées par le chercheur). ». C'est exact mais j'ai déjà lu plus simple et séduisant…. Ajoutons que ce livre s'adresse en principe aux étudiants de premier et second cycle universitaire et il y a de quoi faire fuir chacun ou presque. Et pourtant…

*

- Et pourtant, en 1964 une new-yorkaise de 19 ans, Kitty Genovese, a été tuée un soir dans une rue. Ce meurtre a duré plus de 2 heures et il a été démontré que 38 individus, pour la plupart chez eux et en parfaite sécurité, ont entendu et n'ont rien fait. Pourquoi ?

- Et pourtant, entre 1939 et 1945, 5 à 6 millions de juifs ont été tués en Europe (orientale puis plus globalement). Comment est-ce possible alors que la plupart des allemands ayant participé à ces génocides n'étaient en rien des fous criminels ou des pervers sadiques ?

*

Diverses situations présentant des éléments comparables se produisent hélas plus ou moins fréquemment (génocide au Rwanda, agressions dans le métro, violences devant des témoins lors de manifestations…) mais d'autres questions nous concernent bien plus fréquemment :

- La violence à la télévision est-elle génératrice d'une montée d'agressivité dans les foyers ou sert-elle au contraire de catharsis ?

- Comment, dans un groupe, les opinions (dont la nôtre) se constituent-elles?

- Qu'est ce qui suscite des comportements altruistes ?

- Par quels mécanismes les publicitaires nous influencent-ils ?

- -Etc, etc….

*

Tout ceci a été étudié de façon rigoureuse par la psychologie sociale et cette dernière apporte nombre de réponses précieuses et fiables à ces questions comme à une multitude d'autres. Si je tente de définir de la façon la plus simple cette discipline je dirai que :

- La psychologie sociale s'intéresse à toutes les dimensions de l'homme vivant en société et cherche à comprendre le pourquoi de l'ensemble de nos comportements dans ce cadre.

- Elle étudie ces sujets en se basant sur une approche scientifique rigoureuse (au sens de Popper et de l'épistémologie). C'est une différence fondamentale par rapport à d'autres branches de la psychologie comme par rapport à la psychanalyse. Les connaissances sont démontrées et vérifiables.

- Elle est un pont précieux entre la psychologie, centrée largement sur l'individu en tant que tel, et la sociologie qui privilégie le poids des structures sociales comme élément explicatif principal.

*

Si vous désirez dans un premier temps vous faire une idée de la discipline voici deux liens qui pourraient vous sembler intéressants et instructifs :

- https://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_du_t%C3%A9moin (L'effet du témoin, à partir des premières expériences des années 1960)

- https://www.dailymotion.com/video/xflij4 (19 minutes du film « I comme Icare » retraçant de façon assez fiable les célèbres expériences de Milgram sur l'autorité, (re(voir Yves Montand n'est pas non plus déplaisant)

*

Leyens est très clair et condense dans cet ouvrage les connaissances actuelles de toute cette discipline. Attention, cela n'a rien d'un roman et, si vous n'avez pas l'habitude d'ouvrages universitaires, j'hésite aussi à vous le conseiller. La lecture de ce livre, si elle n'est pas à proprement parler complexe, est assez aride. En revanche si vous vous posez fréquemment des questions sur les comportements de chacun dans la société et désirez investir quelques heures de lectures mais aussi de réflexion pour tenter d'aller plus loin alors il est possible que cet ouvrage modifie sensiblement votre regard sur le monde comme certains de vos comportements au sein de ce dernier. C'est tout sauf insignifiant.







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Une question de justice
  08 décembre 2018
Une question de justice de Anne Perry
🏛Dix-neuvième tome de la saga Monk.🏛





Oliver Rathbone a enfin atteint l'apogée de sa carrière en devenant juge. Le succès est total dans sa vie avec une vie professionnelle réussie, des connaissances prestigieuses... enfin pas si totales que cela puisque sa femme, Margaret ne lui a pas pardonné la mort de son père.

Après un premier procès pour fraude magistralement orchestré, Oliver se voit confier le procès du Révérend Taft, accusé d'avoir détourné les fonds de sa congrégation et d'avoir extorqué des membres pauvres en leu soutirant le maximum d'argent. Rapidement, Oliver comprend que les accusations contre le révérend Taft sont avérées, mais que l'un des témoins de la défense, Drew Robertson s'échine à rabaisser les victimes afin de protéger le Révérend. Oliver est encore plus choqué quand il reconnait ce témoin comme l'un des pédophiles sur les photos héritées de son beau-père.

Oliver Rathbone est pris en tenaille entre son rôle de juge impartial et d'homme désirant la justice. Il décide par conséquent de transmettre la photo compromettante à l'avocat des victimes, ce qui oblige Drew Robertson à se rétracter.

Le lendemain la police arrête Oliver pour entrave à l'exercice de la justice. En effet, pendant la nuit, la famille Taft a été tuée. Il serait question d'un homicide suivi du suicide du révérend.





Une question justice n'est pas le plus palpitant tome de la saga. 🙄 L'aspect policier est quasi inexistant, voire légèrement abordé vers les derniers chapitres, mais de manière rapide. Ici, Anne Perry nous propose un tome basé sur des aspects plus psychologiques, plus philosophiques en mettant un avant un de ses personnages phare : Oliver Rathbone.

Ici, il est question de ce qu'il est permis de faire ou non au nom de la justice et le respect des lois.





L'intrigue dans son ensemble est quelque peu décousue et franchement assez grotesque. Nous avons Oliver Rathbone qui arrive au summum de sa carrière, et qui renonce à tout pour permettre à des victimes d'obtenir gain de cause. Le lendemain, il est arrêté pour entrave à la justice parce que "QUELQU'UN" aurait dénoncé monsieur comme ayant transmis une pièce. Bon, j'avais déjà ma petite idée de qui était ce "quelqu'un", bien avant que Scuff ne le découvre.

Cette intrigue basée essentiellement sur l'aspect judiciaire n'est pas du meilleur effet dans cette saga. Anne Perry désirait modifier le comportement un peu guindé de son personnage en lui faisant vivre une tragédie... c'est chose faite, mais c'est trop grossier. Ne parlons pas non plus de l'attirance amoureuse qu'éprouve notre personnage pour une Beata Yorke... Franchement, c'est tellement loin de l'univers que nous propose habituellement cette auteur avec des histoires sombres où sont dénoncés les conditions de vie et les comportements sociaux de cette époque.





Côté personnage, c'est un vrai plaisir de retrouver le petit univers de cette série. La relation entre Monk et Hester n'est pas mise au premier plan dans ce livre. Elle est au contraire étoffée par des sentiments plus larges comme la famille (Scuff), l'amitié, l'honneur et la confiance (Rathbone), le respect (Squeaky). Dans Une question de justice, l'amitié et la solidarité entre les personnages sont mises en avant.





Ce que j'apprécie énormément dans cette série concerne les aspects historiques en rapport avec cette époque. J'avoue avoir été quelque peu déçue de ne pas retrouver cet axe dans ce livre. Ici, il est question de justice, de procès, de loi... Bref, c'est centré sur les aspects judiciaires. Dommage, car cela rend l'ensemble lourd, rébarbatif en raison de la lenteur du récit et du manque d'action.😞





Pour résumer, Une question de justice base son intrigue sur Oliver Rathbone et annonce un tournant majeur en ce qui le concerne. Un roman plus philosophique, et moins policier dans son intrigue, mais qui permet aux personnages de faire preuve de leurs véritables sentiments les uns pour les autres.

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Saules aveugles, femme endormie
  12 décembre 2018
Saules aveugles, femme endormie de Haruki Murakami
La première réflexion qui me vient en lisant cet ouvrage est : "mais au bout du compte on se compte qu'on est toujours tout seul au monde", merveilleusement bien interprété par Maurane.

La plupart de ces vingt-trois nouvelles tournent autour de ça.

Ou alors elles sont comme le bus qui passe, oui évidemment le vingt-trois. Il s'arrête en bas de chez vous, vous grimpez, faites la connaissance de divers personnages, situations, et puis vous descendez à votre station et l'histoire continue sans vous. Vous n'avez qu'une bribe, une parcelle, mais votre imaginaire c'est mise en route. Alors vous inventez une suite, un passé, car l'histoire c'est infiltré au plus profond de votre être et a déclenché en vous ce petit mental qui aime à tout contrôler, quitte à broder, à inventer, qui aime à se raconter un univers dont il est le héros.

H. Murakami c'est de l'or en barre, du nectar, c'est un vieil homme à la terrasse d'un café au bord de la mer, le visage buriné par les embruns, qui attire votre attention et qui vous embarque de sa voix grave et mélodieuse. Tout n'est pas dit, parfois l'intrigue est à peine suggérée mais il a fait l'essentiel, il vous a fait rêver, vous a sorti de votre train-train quotidien et c'est en cela qu'il est incontournable, c'est un admirable conteur d'histoires que je ne me lasse pas d'écouter.

Depuis un temps j'ai appris à lire un recueil de nouvelles. Ne jamais les enchainer ... jamais, et lire d’une traite sans aucun arrêt, même pas pour faire pipi ou se curer le nez. De préférence les lire lors de vacances, enfin pour ceux qui en ont, une de temps en temps, avant d'aller à la plage ou de s'occuper de son petit neveu qui sort de l'eau frigorifié ...



C'est étrange que ce passage de Starmania me soit venu. Je ne suis ni fan et de plus tout est interconnecté …

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Les Profondeurs de la Terre
  12 décembre 2018
Les Profondeurs de la Terre de Robert Silverberg
Un beau roman que nous offre là Robert Silverberg, le récit du pèlerinage d'un homme, à la fois un voyage intérieur et une ouverture sur «l'autre».



Edmund Gundersen revient sur la planète Belzagor, ancienne colonie terrienne qui a retrouvé son indépendance une décennie plus tôt. Il ne sait pas trop ce qu'il recherche au départ en effectuant ce voyage, mais c'est l'occasion pour lui de retrouver d'anciens amis restés sur place et de cerner davantage la culture des habitants d'origine, les Nildorors et les Sulidorors.

Les premiers ont une certaine ressemblance avec des éléphants tandis que les seconds font penser à de grands singes aux griffes affutées. Il fut donc facile pour les terriens de les assimiler à des animaux et de les traiter comme esclaves, jusqu'à ce qu'on leur reconnaisse enfin la capacité de penser.

On va donc accompagner Gundersen dans son périple à travers la jungle particulière de cette planète, puis cet énigmatique pays des brumes. Il va évoluer au milieu de ces indigènes si sages, échanger avec eux pour essayer de mieux les comprendre, culpabiliser aussi en repensant à ce passé colonial. Il va s'immerger dans leur culture et leurs rites pour s'élever lui-même...



«C'est en connaissant de nouvelles vies que nous rafraîchissons nos âmes.»



Dans cet ouvrage, Silverberg nous montre l'aveuglement de l'homme face à ce qu'il ne comprend pas, son mépris rapide pour une culture qu'il ne reconnait pas, la tendance à déterminer une société évoluée en se basant uniquement sur ses propres critères... Mais il porte également un petit espoir par la reconnaissance de ses erreurs, la transformation de l'homme et sa communion avec les autres intelligences.



Lu dans le cadre du Challenge «2018, l'année Robert Silverberg...»
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L'odyssée de Noël
  10 décembre 2018
L'odyssée de Noël de Anne Perry
🎄Petite enquête hors-série de la saga William Monk.🎄





Henry Rathbone est sollicité par un ami afin de retrouver son fils, Lucien Wentworth qui a basculé dans les plaisirs les plus crus des bas-fonds. Ne connaissant cet univers où pauvreté, sexe, drogue sont légion, Henry sollicite l'aide de Squeaky Robinson, l'ancien proxénète devenu comptable dans la clinique d'Hester.

Nos deux amis, accompagné de Cork (le docteur des bas quartiers) et de Bessie (une jeune fille) se mettent à la recherche de Lucien. Rapidement, ils découvrent que ce jeune homme s'est épris d'une prostituée sublime, Sadie dont le proxénète n'est autre que l'homme le plus craint dans le milieu...





Les hors-séries de Noël proposé par Anne Perry sont souvent décevants. La qualité de l'intrigue, le contenu sont souvent vite abordés que le lecteur achève le livre. Ici, pour un conte de Noël, j'avoue avoir été estomaqué par la thématique abordée. Il est question dans L'Odyssée de Noël des horreurs d'un quartier. Entre fumeur d'opium, orgie sexuelle, prostitution, exhibition en tout genre, on peut se demander où se trouve l'esprit de Noël ??? 😳 De plus, Anne Perry nous relate le tout de manière expéditive qu'on se retrouve frustrée quant aux raisons de la présence de ces quartiers, des raisons poussant des hommes de bonne famille à s'y complaire, de leur organisation ... et j'en passe.





Le récit de ce petit hors-série est sans surprise. 😖Nos personnages plongent dans l'horreur la plus notoire et retrouvent Lucien. L'intrigue s'inspire d'ailleurs beaucoup de la parabole du Fils prodigue dans la Bible. Il est question comme dans cette parabole d'un fils ayant dilapidé sa fortune, se retrouve sous le pouvoir d'un homme (Sadwell dans ce cas) et qui retourne à la fin chez son père. Le ton est le même que dans la parabole, sauf que l'univers dans lequel baigne le fils est plus glauque.





Le seul point positif de l'Odyssée de Noël est de permettre de découvrir plus intimement les personnages secondaires. Anne Perry nous offre une découverte de la personnalité de Squeaky Robinson, de son passé qui permet de découvrir l'homme qu'il a été avant de croiser Hester et les changements opérés. Un personnage qui extérieurement paraît dur, mais qui au fond est très sensible.

Anne Perry développe également un peu plus le personnage de Cork, le docteur croisé de temps à autre dans la série. Nous découvrons dans cet ouvrage les raisons l'ayant poussé à entreprendre des études de médecine et celles concernant l'abandon de ses dernières.





Au final, pour les lecteurs occasionnels d'Anne Perry, ce roman risque de vous décevoir. L'intrigue est sans surprise du début à la fin, les allusions incompréhensibles si vous ne connaissez pas l'univers de Monk. Le seul point positif de ce petit roman est de mettre en avant des personnages secondaires de l'oeuvre d'Anne Perry et de nous les faire découvrir de manière inédite.🎁

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Ma grena' et moi
  10 décembre 2018
Ma grena' et moi de Gilles Elie-Dit-Cosaque
Si les belles voitures américaines des années 50 sont associées à Cuba, la Motobécane® AV88 est indissociable de la Guadeloupe. La fabrication de la "bleue" a cessé mais les Antillais continuent à parcourir l'île sur leur « Grena ». Pratique pour aller travailler, faire ses courses, se rendre voir ses bêtes, ou en costume pour aller à la messe, c'est une mobylette de bonhomme. Certains louent la bleue, d'autres préfèrent la grenat. On l'entretient, on la bichonne, on la répare.

Le réalisateur et photographe Gilles Elie-Dit-Cosaque a eu la bonne idée de réunir dans Ma grena' et moi une centaine de clichés d'heureux propriétaires de cette mythique mobylette, véritable baromètre social à l'époque où les voitures étaient très peu accessibles. Si mes souvenirs d'enfance sont bons, dans les années 80, les ouvriers de l'usine Gardel étaient encore nombreux à se rendre au boulot en Grena. Fabriquées à Pantin en Seine-Saint-Denis , elles sont pour toujours inscrites dans le patrimoine culturel guadeloupéen. N'hésitez pas à vous plonger dans ce bel ouvrage pour voyager sur les chemins de la Grande-Terre en Motobécane® .
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Carthage
  08 décembre 2018
Carthage de Joyce Carol Oates
C'est un gros livre : 600 pages.

Je préfère prévenir le cossard qui sommeille en toi.

Une jeune fille de 19 ans a disparu.

Tout le monde la recherche et en en premier lieu son père.

On est au States, à Carthage (siège du comté de Hancock, dans l'Illinois).

Le suspect est l'ancien fiancé de la soeur aîné.

Un gars rentré cassé d'Irak : cassé physiquement mais plus encore psychologiquement.

(Il a des amnésies rétroactives.)

L'action se situe à l'été 2005 et c'est pays qui vit dans la soif de vengeance post-11 Septembre.

Rappelle-toi : les fameuses armes de destruction massive.

Dans la famille de la disparue, il y a :

Le père, un avocat colosse, fan de Socrate et septique, ancien maire de la ville.

La mère qui admire et soutient son mari. Croyante.

L'aînée qui est belle et gentille. Croyante comme maman.

La disparue qui est rebelle, atypique et intelligente.

La mère du vétéran qui est une femme seule et qui se sent abandonnée par l'état, pleine de ressentiment, en France ce serait sans doute une yellow jacket.

C'est un livre en trois parties, vachement bien construit.

Ce qui est frappant dans ce livre, c'est l'image que Carol renvoie de l'Amérique.

Le père, lorsqu'il fût maire, essaya d'imposer le tri sélectif : on le traita de Trotskiste !

Un prof de bio pendant son cours évoque Darwin (et se fout un peu des créationnistes) : on l'envoie au tribunal.

Bref, on comprend mieux pourquoi Trump a été élu président.

Il est aussi question de la peine de mort, des violences policières et conjugales, des croisades menées au Proche-Orient, du puritanisme ambiant…

C'est aussi un livre sur la foi, dans ce qu'elle a de pire (le libre-arbitre qui justifie la peine de mort, les croisades qu'elle fait mener) mais aussi de sa vertu consolatrice, dans les pires moments, pour celui qui y croit.

Comme une béquille. (Autre option si t'es athée : l'alcool).

Il est aussi question du pardon.

De deuil impossible avec une disparue.

La longueur de ce roman permet à la complexité humaine de s'y déployer.

Et avec la sœur cadette, en termes de complexité, on est servi.

On pense à Dostoïevski.

Y'a pire comme référence.

C'est vraiment très profond, très réussi.

Ce que sait très bien faire Carol, et quelques autres auteurs américains, c'est raconter à travers une histoire, l'Histoire de son pays.

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La couleur des sentiments
  08 décembre 2018
La couleur des sentiments de Kathryn Stockett
Déjà un nombre impressionnant de critique et je comprends pourquoi ce livre a autant été lu. Il mérite amplement son succès.

Ce roman sonne comme un chant d'espoir et aujourd'hui encore nous en avons besoin. Nous sommes tous différents mais nos cœurs battent tous de la même manière. C'est la manière dont vous vous en servez qui fait de vous une bonne personne.
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Leurs enfants après eux
  11 décembre 2018
Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu
Garçon, un Goncourt siouplaît !



J'avoue, j'ai facilement succombé au Nicolas Mathieu fraîchement goncourisé.

Souvent connement réfractaire au bouquin du moment, je me suis laissé porté par sa plume enjôleuse esquissant les portraits de tout jeunes gamins en passe de verser dans le côté obscur de l'âge adulte.



À la fois tendres, nostalgiques et poignants, ces morceaux de vie parcellaires m'ont touché au plus haut point.

De l'adolescence balbutiante à l'ère nouvelle des responsabilités matures, l'auteur décrit à merveille cette transition si délicate dans un environnement qui, à défaut de vendre du rêve en barre, vous siphonne le moral sans avoir l'air d'y toucher.



Promesse d'un futur sans avenir.

Heillange. Ville sinistrosée dans une région sinistrée.

Difficile d'imaginer écrire quoi que ce soit de lumineux dans un contexte aussi tendu.

Et pourtant.



Ce que j'aime tout particulièrement et qui m'arrange cérébralement parlant, c'est cette faculté d'écrire avec des mots qui parlent bien plus à mon coeur qu'à mon intellect..

Avec une apparente simplicité, Nicolas Mathieu égrène quatre étés mémorables sur une bande-son qui vous larsen les esgourdes.

En entrée, un puissant Smell like teen spirit de Nirvana.

Plats de résistance : You could be mine des Guns n' roses puis La Fièvre d'NTM.

Pour finir sur une p'tite note sucrée, I will survive en remerciant généreusement Gloria Gaynor.

Le tout n'appelle qu'un seul geste propre à apaiser les éventuelles tensions entre voisins, pousser le volume à fond et se laisser porter!



Le sujet n'est certainement pas l'idée novatrice du siècle mais on s'en fout royalement.

Ce retour vers le futur en pays de misère sociale exacerbée est un petit bijou de pureté narrative.

L'interaction entre tous les personnages est d'un magnétisme captivant.

Le tout se déguste au rythme des saisons, au gré des joies simples et des peines abondantes de tous ces protagonistes auxquels l'on s'est attaché, voire identifié.



Leurs enfants après eux méritait-il le Goncourt, j'en sais foutre rien.

Ce que je sais, c'est cette envie pressante de le faire découvrir au plus grand nombre.
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Le signal
  08 décembre 2018
Le signal de Maxime Chattam
Pour une fois, j'écris une chronique en musique!

Afin de pouvoir rester encore un peu dans l'univers de ce roman, je me réfugie une fois de plus dans cette ténébreuse ambiance musicale conseillée par l'auteur.

Une bonne expérience qui fait la différence et que je recommande fortement pour cette lecture.

Je tiens ensuite à souligner le magnifique travail éditorial avec cet objet-livre que je trouve sublime.

Je précise que j'avais la version numérique, mais je n'ai pas pu m'empêcher d'acheter la version papier (oui je suis faible!), notamment pour pouvoir me référer plus facilement au plan de Mahingan Falls que j'ai consulté assez régulièrement en lisant l'histoire.



Ne cherchez pas l'ambiance de la trilogie du Mal, car ici on n'est pas dans le thriller. On baigne plutôt dans le fantastique avec de la sorcellerie, de l'ésotérisme et du paranormal.

Au premier abord, je me suis demandée si l'auteur manquait d'inspiration pour faire ainsi référence à son histoire personnelle à travers la famille Spencer. Mais une fois le doute passé, je me suis laissée porter.

Maxime Chattam nous isole dans la ville de Mahingan Falls, un endroit presque coupée du monde, avec Salem à quelques kilomètres... pas très rassurant comme contexte!

L'ambiance générale m'a directement fait penser à Stranger Things (parfois même un peu trop). J'ai également pensé à Ça de Stephen King.



On suit les Spencer qui assistent à des événements étranges dans leur nouvelle maison qui semble être hantée.

Les enfants du couple et leurs nouveaux amis vont former un groupe d'ado qui va explorer les environs et mener une enquête après avoir vécu une scène effroyable et surnaturelle.

En parallèle, un flic fraîchement débarqué dans la ville va être lui aussi alerté par des incidents inexpliqués.

On est vraiment imprégné par l'ambiance spéciale de la ville qui reste au premier plan dans ce livre. A travers les nombreux personnages, on déambule dans les différents quartiers, le port, les forêts, les champs... où partout se déroulent des faits inquiétants, effrayants et inattendus. Les disparitions se multiplient, les morts suspectes également.

L'auteur a su augmenter graduellement l'apparition des phénomènes et les sentiments de frayeur éprouvés par ses personnages.

On a de temps en temps des petits pics d'horreur avec des scènes mémorables.



L'aspect psychologique est très fortement développé.

Le style m'a encore fait penser à du King, notamment avec les fameuses phrases en italique lorsque les personnages se parlent à eux-mêmes pour s'autoflageller.

On sent le malaise s'amplifier au coeur de la ville et les inquiétudes grandir au fil des pages.

La liste des défunts est bien longue et pour chaque cas, la mort est loin d'être douce. Au passage, Chattam nous fait cadeau de quelques viscères et litres d'hémoglobine.

Par contre, je n'ai pas vraiment adhéré à l'explication finale, mais j'ai passé un excellent moment tout au long du livre avec cette atmosphère si particulière.



Un roman d'ambiance horrifique qui change de ce qu'on a pu connaître de l'auteur.
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Frère d’âme
  13 décembre 2018
Frère d’âme de David Diop
Incantatoire, itérative, douloureuse, lancinante, est la complainte d'Alfa pleurant Mademba, mort sur le champ de bataille. Nous sommes pendant la Première Guerre mondiale, les deux amis se sont engagés aux côtés de leurs frères tirailleurs sénégalais. Dans la grande boucherie, parce que Mademba est mortellement blessé, Alfa perd la raison dans son refus d'achever son presque frère. Il tue désormais comme « un sauvage », mutilant l'ennemi aux yeux bleus, en un rituel sacrificiel. Ainsi sorcier maléfique pour ses camarades, craint pour sa force et sa déraison, Alfa est éloigné à l'arrière, où âme égarée sans fin il devient son seul véritable ennemi.



N'aura-t-on jamais fini d'écrire sur le mal absolu de la guerre qui tue et rend fou ? Non probablement, et c'est nécessaire car la mémoire des hommes est courte. Ici David Diop, dans un chant prégnant et beau (si ce n'est l'abus de la répétition, donnant parfois un sentiment de lassitude), rend un hommage à nos frères noirs — près de 200 000 Sénégalais des troupes coloniales, engagés dans une des guerres les plus absurdes et meurtrières.
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Les années 68
  11 décembre 2018
Les années 68 de Patrick Rotman
L'auteur : Patrick Rotman, docteur en Histoire, est un écrivain-enquêteur et un réalisateur qui a « couvert » tous les grands événements de l'Histoire contemporaine de la guerre d'Algérie à celle d'Espagne, ainsi que de nombreux sujets de société, notamment sous la forme de documentaires. Il est aussi le papa de feue l'excellente émission Les brûlures de l'histoire, diffusée sur France Inter. Pour lui, le non-engagement du documentariste est une règle déontologique.





L'ouvrage « Les années 68 » : Une rétrospective de poids, dans toutes les acceptions du mot. Lourd de ses 339 pages richement illustrées de documents d'époque, photos, articles de presse, affiches, graffiti, caricatures ou dessins, Les années 68 est un très bel « objet », un « beau livre », à la mise en page excellemment réussie, colorée et variée. Chaque document iconographique est accompagné de commentaires ou anecdotes instructives et historiquement précises.





Si Patrick Rotman met surtout l'accent sur "Les dix semaines qui ébranlèrent la France" en 1968, il lie également entre eux de nombreux épiphénomènes mondiaux et démontre que les sixties ne se résument pas au millésime exceptionnel de 1968, qui n'est que l'épicentre d'un séisme planétaire dont les premiers frémissements datent du début des années 60, avec la guerre du Viêt-Nam, les premiers soulèvements de la jeunesse qui touchent l'Amérique du Nord mais aussi celle du Sud ou le Japon, pour ensuite irradier de Berkeley à Nanterre, de Cuba à Prague, de Saïgon à Paris, de Berlin à Washington, de Santiago à Katmandou.





Magnifique et sensible travelling arrière, Les années 68 racontent aussi Woodstock, Dylan, Joplin et les Rolling Stones qui suscitent cette angoissante question : « Laisseriez-vous votre soeur sortir avec un Stone ? » ; les yéyés qui envahissent la Place de la Nation en 1963 et dont De Gaulle disait : « Ces jeunes ont de l'énergie à revendre, qu'on leur fasse construire des routes » ; les hippies pour qui l'aventure est au bout de la terre et vivent en communautés, « ces phalanstères de l'utopie »  ; Sartre et Marcuse ; les Black Panthers ; les premiers balbutiements de l'écologie ; et enfin, le mouvement des femmes qui ne perdent jamais leur humour « Libérez la mariée », « Qui fait la cuisine pendant qu'ils parlent de la révolution ? »

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