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Critiques à l'affiche

Une vie
23 septembre 2017
Une vie de Guy de Maupassant
Une vie... 1er roman De Maupassant, dont je n'avais lu jusqu'ici que des recueils de nouvelles. Souvent comparé à Madame Bovary, que j'ai étudié au lycée, ce livre m'a pourtant laissé une impression complètement différente. Pas que j'aie détesté Madame Bovary, mais ce roman m'avait un peu laissée de marbre. Alors que j'ai eu beaucoup de plaisir à lire Une vie, qui me marquera probablement plus durablement.

Comment expliquer une telle différence d'appréciation alors que les deux oeuvres sont très souvent mises en parallèle ? Déjà, si le sujet au premier abord semble similaire, c'est trompeur : Emma et Jeanne sont certes des jeunes femmes de province pétries de rêves, leurs réactions face au désenchantement sont diamétralement opposées : Mme Bovary n'a de cesse de courir après les illusions, de remplir son existence de couleurs chatoyantes, et connaît une fin brutale. Mais elle est actrice de sa vie.

Jeanne à l'opposé subit passivement les épreuves, mène une vie bien fade et s'efface peu à peu jusqu'à se fondre dans le paysage délavé de la Normandie. L' approche psychologique du personnage est donc bien différente.

On pourrait penser, au vu du sujet, que l'on doit bien s'ennuyer en lisant Une vie, plus que pour Madame Bovary ; et c'est là toute la virtuosité De Maupassant, dont l'écriture m'avait déjà séduite dans ses nouvelles. Je trouve dans sa plume une fraîcheur et une spontanéité qui me manque chez Flaubert.

En conclusion donc, je conseille ce livre à toute personne désireuse de découvrir la condition féminine au XIXème siècle, et si Madame Bovary vous a déplu, peut être que la lecture d' Une vie sera pour vous une révélation !
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Les naufragés : Avec les clochards de Paris
20 septembre 2017
Les naufragés : Avec les clochards de Paris de Patrick Declerck
Ce livre est de loin le meilleur de tous les temps sur le monde de la rue, à savoir ceux qui n'ont que les étoiles comme toit. Chaque ligne m'arrache une larme de souffrance et une autre d'incompréhension. Comment dans une société dite moderne on peut laisser des hommes crever à petit feu dans la gangrène, l'alcool, l'abrutissement, l'oubli ? Oui cela fait mal de voir ces survivants peu à peu disparaître dans le sous-vivant.



L'auteur a fait plus que les suivre, il s'est immergé dans ce labyrinthe souterrain, chez ceux qui n'appartiennent plus au monde des hommes. Il les a côtoyés ivres, vociférants, comateux, hagards, obscènes, malades, incontinents, mourants et toujours puants. Il s'est joint à eux pour mieux les comprendre, lui le psychanalyste spécialisé dans l'écoute des gens en détresse. Quelle abnégation rare de nos jours !



Ce livre n'est pas un chef d'oeuvre pour cette unique raison, le style est bon, l'oeil vif, le trait perspicace. L'humour n'est pas absent, l'espoir non plus. Si le monde des clochards était l'enfer sur terre, la condamnation de l'homme déchu, de la créature dénaturée ? Personnellement je ne peux pas observer un SDF dans la rue sans me remettre en cause. Moi, pas lui. Moi et la société. Moi qui comme la plupart de mes chers concitoyens laissent plus ou moins se dérouler cette misère à ciel ouvert. Moi qui comme vous tous ou presque acceptons des dirigeants politiques qui par leur inaction cautionnent cette hécatombe ! Qui pour voter un revenu minimum universel sans traiter les bénéficiaires de profiteurs et d'assistés ?



Mais bordel de pétard de courge... les vrais assistés dans ce pays ce sont les députés, les cumulards qui s'endorment sur leurs biftons, pas les gens dans la rue, pas votre voisin, pas votre collègue, pas les réfugiés ! On est tous dans la même merde ! Tous des victimes des capitalistes qui se moquent du peuple, qu'importe sa couleur ! Les assistés ce sont ceux au sommet, ceux qui font mine de servir la patrie alors que leur patrie c'est leur compte en banque ! Ceux qui dépensent toujours plus et donnent toujours moins !



Ils marchent en titubant, en claudiquant, en geignant, en gueulant, en buvant. " Vaisseaux fantômes et mystérieux ". Que faisons-nous.... nous les navires de plaisance ? C'est si normal d'aider les plus démunis que l'on oublie souvent de le faire. Ils ne sont pas beaux à voir, alors on ne veut pas les voir. Leur monde est aussi cruel que le nôtre, parfois plus. Les règles sont aussi injustes que celles du Moyen-Age mais leur donner des leçons est hors de question. Notre société ne vaut guère mieux. On s'y bat pour une place de parking, pour une place dans une file d'attente, pour un regard de travers, pour une critique littéraire qui déplait. Quelle différence entre eux et nous ?



Il m'est arrivé récemment d'ouvrir ma maison à un jeune couple (26-27 ans environ) qui faisait la manche dans la rue en jouant de la musique. J'étais révulsé de les voir déballer leur pitance et de manger assis sur le caniveau aux yeux de tous et surtout des miens, les autres passants filant à leurs occupations, comme si je m'étais introduit dans leur salon. Ils ont pris une douche chez moi, ils sont restés un moment et ont ressenti cet instant comme le plus grand bienfait de l'humanité. Ils me remerciaient tout le temps. Pourtant c'était moi le plus gêné, moi qui avais honte de ce luxe que je possédais et qu'ils n'avaient pas.



Une plongée en enfer mais l'enfer est-il sous terre ou sur terre ? Nous qui les avons abandonnés, valons-nous plus que ces gens sans toit qui nous montrent la lumière en nous offrant l'ombre ?



Merci.... merci d'apprécier cette critique ou mieux encore........ sivouplé....... de laisser un commentaire ! :-) Messieurs-Dames, à vot' bon coeur !
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Les cavaliers
20 septembre 2017
Les cavaliers de Joseph Kessel
Hallal, Hallal ! La clameur sacrée s'élève. Les cris du vainqueur résonnent encore dans ma tête. Les fiers cavaliers et leurs montures fourbues ont tout donné. Mais à présent la partie de bouzkachi est finie, le vainqueur a jeté la dépouille du bouc décapité dans le Cercle de la justice (cercle de craie tracé au sol entre deux mâts où la dépouille doit être lancé pour gagner). Il pourra rentré auréolé de gloire dans son village, y être fêté et ses prouesses seront longtemps chantées et contées.



Ouh la la ! Je me demande encore comment j'ai pu passer à côté de ce chef d'oeuvre.

Ah, c'est sûr je ne suis pas prête de les oublier ces sacrés tchopendoz et je crois même qu'ils, Les cavaliers, vont partir avec moi sur une île déserte.

Je suis conquise et fascinée !



Oui, j'ai aimé les tchopendoz, ces hommes perchés sur des bottes à talonnettes, le crâne couvert d'un bonnet fourré de loup, dieux vivants de tout un peuple aux qualités équestres incomparables, leur violence et leur fureur, leur noblesse, leur démarche déglinguée...

J'ai aimé Toursène, le Maître des écuries, au corps torturé et à la face abîmée

J'ai aimé Ouroz, son fils, au rictus de loup rongé par l'orgueil et rêvant de gloire



J'ai aimé leurs serviteurs, les saïs.



J'ai aimé leurs femmes mais pas leurs conditions, confinées aux tâches domestiques et non autorisées à regarder les bouzkachis, ne pouvant même pas être les témoins de la gloire de leurs fils!

J'ai compris Zéré, la fille du petit peuple nomade, écartelée entre ses rêves d'amour et d'ascension sociale, traitée de putain car libre de son corps.



J'ai apprécié la beauté des décors, imaginé la steppe brûlante, la vallée de Bamyan et le défilé des lacs sacrés de Band-e-mir .

Harassée, je me suis reposée dans les tchaïkanas, les maisons à thé.



Je me suis occupée de l'un des plus beaux chevaux: Jehol, le cheval fou.

J'ai respiré l'odeur forte des chameaux, des boucs, essuyé leur sueur .

J'ai tout pris, tout accueilli : la faim, la soif, la fièvre, les couleurs, les parfums ...

Je me suis embrasée à la lecture de ce magnifique et superbe roman.



Alors prenez place pour savoir si le tchopendoz qui a été désigné relèvera le défi lancé par le Maître des écuries de la province de Maïmana: gagner le premier bouzkachi royal organisé à Kaboul sur le plateau de Bagrami où s'affrontent les trois provinces du nord.



Avec ce titre Kessel nous convie à la découverte d' une contrée légendaire, la partie occidentale de l'Afghanistan et , il nous invite à partager la culture ancestrale de cette société, de son peuple nomade qui a su si bien l'accueillir lors de ses reportages dans les années 1950.



Une évasion totale, un voyage époustouflant!

Un roman au souffle épique, riche, foisonnant, inspiré des voyages de Joseph Kessel .

Un vrai bonheur.



Pour finir de vous convaincre, je cite Olivier Weber dans Kessel, le nomade éternel:

« Tout est là: le danger, l'imprévu, les odeurs de l'Orient, des personnages incroyables, la magie des contes, les antiques caravanes, l'amitié et la férocité . » 



De mon côté, je vais aller mettre le nez dans Le jeu du roi dès que je le déniche.
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Les cités englouties
22 septembre 2017
Les cités englouties de Paolo Bacigalupi
"Les cités englouties" se déroulent dans le même univers que l'excellent "Ferrailleurs des mers" (elles n'en sont pas la suite), à savoir, probablement, notre monde dans un avenir proche : les eaux montent, les ressources s'épuisent...

L'action se passe aux Etats-Unis, mais des Etats-Unis qui connaissent la même situation de guerre civile que certains pays africains actuels, comme la Somalie : l'Etat s'est désintégré, des milices se livrent un conflit interminable et sans merci, elles embrigadent des enfants à qui elles ne laissent qu'un seul choix : torturer, mutiler et tuer ou être soi-même torturé, mutilé et tué.

C'est dans ce monde cauchemardesque que trois personnages particulièrement attachants tentent de survivre : un être mi-homme, mi-machine de guerre, pourchassé par une des milices, et deux adolescents, Mahlia et Mouse, qui vivent dans une communauté à l'écart de la guerre.

Mais cette tranquillité sera de courte durée, l'horreur va s'abattre sur le village, Mahlia et Mouse seront séparés...

Mahlia va tenter de retrouver Mouse embrigadé par une milice : pas de temps mort dans ce roman, pas de répit pour le lecteur, les scènes dramatiques s'enchaînent à un rythme rapide...

La fin de ce voyage au bout de l'enfer s'avère particulièrement émouvante : certains individus, au dernier moment, peuvent retrouver leur humanité première de manière tout à fait inattendue !

Oui, il y a de la cruauté et de la barbarie dans ce roman, mais aussi de l'amitié et de la solidarité : comme dit la présentation, "ce futur sombre n'est pas dénué d'espoir".

Une réussite.

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Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniver..
21 septembre 2017
Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire de Jonas Jonasson
« Même une poule aveugle trouve une graine de temps en temps. »



Rien que pour cette phrase ce livre mérite le prix Nobel de l'humour intelligent !



Détonant, délirant, décoiffant : une grande réussite pour ce livre qui sort de l'ordinaire avec bonheur et qui tranche avec la production actuelle basée sur les conventions éditorialistes. Un livre qui a cartonné dans son pays en 2009 (titre original : "Hundraaringen som klev ut genom fonstret och forsvann", éditions Piratforlaget.) avant d'être publié en 2011 aux Presses de la Cité. Véritable best-seller, ce récit loufoque et absurde a été traduit dans trente-cinq pays et vendu à 6 millions d'exemplaires dans le monde.



L'inspecteur Aronsson semble un lointain cousin d'Adamsberg, le commissaire de Vargas, tous deux possèdent une nonchalance pataude et une attitude désabusée face à l'humanité qui font le bonheur des lecteurs. Il mène l'enquête sans en croire ses yeux tant les personnages qu'il rencontre sont improbables. Qui sont les vrais méchants de l'histoire ? Pétard de courge, que ce fut bon !! Qui plus outre, un roman qui éclabousse par son humour et sa drôlerie tout en donnant de petites leçons de vie très précieuses quand les personnages font leur cominoute.



Si j'idolationne un peu moins le principe du flachebaque notamment concernant les rencontres d'Allan avec le sommelier de Staline ou l'attachée de presse de Mao, j'adore une tripotée de passages dont particulièrement l'ex cent triques où Aronsson discute avec un indicateur facho (page 325) :



" La pire chose à faire quand on était une personne cultivée et lucide était d'envoyer promener ce genre de types et leur raccrocher au nez. Il fallait au contraire élever le débat. Aronsson en avait bien conscience quand il envoya le type promener et qu'il lui raccrocha au nez. "



Je conclurai cette petite critique par une note autobiographique tout en délicatesse, liée justement à la difficulté de se débarrasser des gougnafiers sans trop de grossièreté ni trop d'intolérance crasse. Je fais souvent comme le sieur Aronsson, le personnage de Jonas Jonasson. J'envoie promener ceux que je trouve agir stupidement pour lesquels je n'ai pas envie d'offrir davantage de mon temps et de ma patience. Surtout pas ceux qui ne se remettent jamais en cause et qui prêchent leur réalité comme vérité absolue alors qu'elle n'est qu'ordinaire.



Ne pas mâcher ses mots ou refuser le dialogue, on le fait tous. Nous le faisons tous aussi de faire une bêtise dont on a conscience tout en la faisant. L'être humain a besoin d'un inconfort prémédité et d'un confort médité. Nous n'avons pas construit tout ce que nous avons bâti, ni bâti tout ce que nous avons construit pour en arriver là, bordel de feuilles de mangue séchées !



« Une chose qu'il avait apprise en parcourant le monde, c'était que les plus insolubles conflits de la planète avait démarré de cette façon : « T'es bête ! – Non, c'est toi qui es bête ! – Non, c'est toi ! » La solution était bien souvent de partager une bouteille d'une contenance minimale de soixante-quinze centilitres, puis de regarder vers l'avenir. »



Encore une petite phrase bien jubilatoire n'est-il pas ? Plus qu'un mode d'emploi pour enlever corrosion et défauts d'étanchéité, ce rodemouvie pour agités du bocal turlupine les méandres cervicales jusqu'à la moëlle. Fan de chiffounnette ! à croire que c'est dans leurs gènes, dans leurs synapses, que le machinchose s'affine de générations en générations !



Crénom de chichourle, les pétrisseurs d'angoisses oxydées sont tellement nombreux sur le trottoir de votre désespoir ! Marre de ceux qui n'y vont pas de main morte quand ils tentent de vous apprendre la vie !
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52 petits mensonges et autres vérités
19 septembre 2017
52 petits mensonges et autres vérités de David Dumortier
" J'ai deux jambes, l'autre jour elles se sont croisées et elles ont parlé de moi ".



On dirait du Prévert, du Vian eh non ! C'est du David Dumortier ! C'est simple, efficace, poétique, drôle, naïf et bienveillant, c'est tout ce que j'aime ! C'est déniché dans un livre pour enfants !



" Je n'aime pas la mer par contre j'adore les vagues"

52 petits mensonges et autres vérités est réservé aux 6-9 ans mais soit j'ai cet âge soit j'ai régressé pour kiffer et KIDifier autant ! Attention poésie !



" Les hérissons ont des piquants pour peigner l'herbe de la nuit ! Oui, oui, j'ai tiré la langue mais la bouche fermée ! C'est moi qui ai inventé la cuillères à larmes. "



Magnifiques illustrations (Evelyne Mary), magnifique ouvrage !



" Ce n'est pas le vent qui souffle, c'est quelqu'un qui est loin le jour de son anniversaire ! "
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Point Cardinal
22 septembre 2017
Point Cardinal de Léonor de Recondo
Je ferme ce livre.



Les mots me manquent. Pourtant, je vais tenter d'approcher un tout petit peu de ce petit bijou d'humanité.



Ce livre parle d'amour.



Ce livre parle du chemin pour arriver à soi.



Ce livre devrait parler à chacun d'entre nous.



Premières pages. Cinématographiques. Une femme se change, se démaquille, à l'intérieur de sa voiture, jusqu'à devenir Laurent. Un homme donc.



Puis Laurent deviendra Lauren. Après avoir lâcher sa bombe à femme, enfants, collègues de travail.



Voilà pour le pitch. Après tout est belle littérature et grandeur d'âme.



Léonor de Récondo nous transperce souvent le cœur dans le portrait de cette femme née dans la peau d'homme. Elle nous raconte cette "transformation" et les points de vue de chacun des protagonistes.



Pas une once de cliché. Pas un mot qui tombe à plat. Le lecteur sera bouleversé par le parcours de cette famille qui s'aime, tout simplement.



Un des grands livres de cette rentrée littéraire. Ne passez pas à côté.
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Goupil ou face
22 septembre 2017
Goupil ou face de Lou Lubie
6% de la population souffre de cyclothymie aujourd'hui.

Une BD très instructive sur ce trouble mental, qu'une majorité de personnes méconnaît.

Ici l'on suit les "péripéties" de Lou, 23 ans, qui apprend tant bien que mal au quotidien à apprivoiser / dompter ses sautes d'humeur, changeantes et cycliques, et à cohabiter avec un renard (personnifiant les troubles) constamment pendu à ses basques !...

Cet album, au graphisme agréable, s'attache non seulement à décrire scientifiquement les manifestations et les symptômes de la cyclothymie (dépression, phases d'euphorie, tentatives de suicide, traitements médicamenteux, suivi psychologique ou psychiatrique), mais dresse également un portrait à la fois touchant, dédramatisant (touches d'humour) et réaliste d'une jeune femme en souffrance, particulièrement courageuse dans son combat de chaque instant !



NB : Merci à marina53 et à canel de m'avoir donné envie d'en savoir plus, grâce à leurs critiques. Une BD arrivée à point nommé parmi nos nouveautés au CDI du lycée. :-)
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Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures ..
20 septembre 2017
Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates de Annie Barrows
Juliet ashton, écrivai britannique, en 1946, va correspondre avec un membre d'un cercle littéraire à Guernesey- île britannique proche de la côte française. Au fur et à mesure de la correspondance, d'autres membres du Cercle se mettent aussi à lui écrire. Ils parlent de leur vie pendant l'occupation allemande pendant la guerre, de leur vie actuelle. Juliet correspond aussi avec son éditeur et sa sœur (de l'éditeur), ses amis et confidents.

Cette correspondance lui donne l'idée d'écrire un roman sur la vie dans cette île. Elle va apprendre à connaître ce Cercle et ses énergumènes. Ces personnages sont attachants et forment un contraste avec cette écrivain citadine.

Ce livre présente donc une succession de lettres comme une suite de conversations. Cela ne pas dérouté. Cela se lit très bien et est bien compréhensible. Je recommande.
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La passion selon Juette
22 septembre 2017
La passion selon Juette de Clara Dupont-Monod
Une biographie romancée, découverte au hasard d'achats de livres d'occasion, qui m'a immédiatement attirée, connaissant déjà l'auteure (j'avais beaucoup apprécié "Le roi disait que j'étais diable", 2014). Pourtant, Dieu sait que je suis d'emblée méfiante lorsqu'il s'agit d'histoire, en "médiéviste" que je suis à l'origine... Mais l'interprétation fictive de Clara Dupont-Monod m'a une fois de plus convaincue !

Ce livre narre le combat courageux d'une toute jeune femme contre les diktats moraux et religieux d'un monde impitoyable envers le "sexe faible", traumatisant, injuste et cruel. C'est contre cette société cloisonnée du XIIème siècle, dominée par les hommes (patriarcat, clergé, mariage), que Juette luttera pour vivre librement sa vie et sa foi, au risque de passer pour une hérétique aux yeux de l'Eglise (qui traque le catharisme). Son rayonnement, son exemple de charité et de piété seront tels qu'elle fascinera les foules et fera des émules...

Un roman choral qui m'a envoûtée autant qu'il m'a passionnée : l'époque et sa dimension sociologique, le traitement du sujet (sources solides) ainsi que le choix de la forme narrative, une plume extrêmement maîtrisée et émouvante, la profondeur psychologique et introspective, la portée spirituelle et universelle du propos.

Une belle réussite !! De mon point de vue, bien évidemment.
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Ici repose Nevares : Et autres récits mexicains
21 septembre 2017
Ici repose Nevares : Et autres récits mexicains de Pere Calders
Dans ses « Notes pour deux récits mexicains » l'écrivain Pere Calders (1912-1994), figure majeure des lettres catalanes, écrit ceci: « Durant mon séjour au Mexique, je prenais des notes à propos de faits réels avec l'intention de les transformer par la suite en narrations. Il faut répéter (je l'ai dit en d'autres occasions) que ce que nous nommons réalité prend au Mexique, une autre dimension. Les gens, là-bas, font des choses qu'il faut, sous d'autres latitudes, inventer pour des personnages de fiction. »

A la lecture de ce recueil de nouvelles réunies par Les Allusifs sous le titre Ici repose Nevares et autres récits mexicains, on se dit qu'en effet, rien ne peut se comparer à ce qui nous est donné à lire dans ces six récits aux accents « buñueliens ». Ici repose Nevares (Aqui descansa Nevares, 1967), et Gens de la haute vallée (Gent de l'alta vall, 1957, formé de cinq histoires) sont des bijoux ciselés qui racontent le peuple de Mexico, les gens modestes, Indiens ou métis, dont les existences croquées en quelques lignes sont pétries de tragédies, de violence, d'alcool et de fêtes macabres.

Quand Nevares le rebelle décide de quitter son bidonville pour investir le cimetière du quartier et faire des caveaux de nouvelles demeures pour lui et ses anciens voisins, l'expérience tourne court pour le prophète contraint une fois de plus de chercher refuge ailleurs. On retiendra aussi une scène de veillée funèbre surréaliste, des reconstitutions de bataille qui virent au pugilat et à l'affrontement social, ou encore le parcours d'un sculpteur de Madone aux accents christiques…

Je ne connaissais Pere Calders, militant républicain exilé pendant plus de vingt ans au Mexique que via son récit intitulé "Las minas de Teruel", inclus dans l'anthologie d'Ignacio Martínez de Pisón, Partes de guerra. Je découvre une nouvelle facette de son travail, où la cruauté se mêle à l'humour noir et la satire au rêve. De son exil mexicain, Pere Calders a dit qu'il était dans une sorte de bulle catalane, ne côtoyant que ses compatriotes. Il nous offre pourtant six nouvelles de qualité qui n'ont rien de folklorique, et qui nous transportent dans un pays où rien ne se déroule jamais comme prévu. Au cours de cette lecture j'ai pensé à Max Aub et à son ouvrage Le zopilote et autres contes mexicains. Mais Aub s'est défini comme un citoyen mexicain, ce qui n'est pas le cas de Calders. Les deux exilés ont cependant un point commun, le Mexique et sa culture millénaire les ont touchés, et leur ont offert matière à écrire de belles nouvelles.
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La Vie devant soi
20 septembre 2017
La Vie devant soi de Romain Gary
Né le 8 mai 1914 à Vilnius (Lituanie), Romain Gary (de son vrai nom Roman Kacew) est un aviateur, diplomate et romancier français. Il est décédé le 2 décembre 1980 à Paris.

Il signe La vie devant soi sous le pseudonyme d’Emile Ajar.

La vie devant soi relate l’histoire d’un amour filial totalement improbable entre deux êtres que tout semble pourtant opposer. Le narrateur, Momo, nous raconte dans un langage enfantin et oralisé sa vie de misère en nous faisant partager ses pensées, ses doutes, et ce qu’il croit comprendre du monde qui l’entoure, avec ses mots, dont certains, récurrents qu’il écorche, comme « proxynète » ou « travestite ». L’utilisation de ce langage d’enfant peut à la fois prêter à sourire et à s’apitoyer sur le sort du pauvre petit Momo. Il raconte le pire avec une innocence et un naturel déconcertants. Du haut de ses dix ans (ou peut-être quatre ans de plus), on ne peut que constater une maturité qui ne peut que s’acquérir dans les épreuves d’un mauvais départ. Ce personnage est un petit garçon attachant, sans doute algérien, en tout cas arabe, alors que Madame Rosa est une vieille juive, grosse et laide, rescapée de la Shoah et gardienne « d’enfants de putes ». Un lien indéfectible les unit pourtant, favorisé par leur misère et leur solitude réciproque. Il aurait pu être un pensionnaire parmi les autres mais il est différent.

La grande interrogation de Momo est de savoir si on peut vivre sans amour. Lui, Momo, un enfant de « pute » et peut-être même de « psychiatrique » est un être sensible, peut-être un peu trop, mais bel et bien un être doué d’aimer et d’être aimé.

Mais cette belle histoire d’amour est aussi un plaidoyer sur la tolérance, ridiculisant les idées reçues véhiculées sur les juifs, les arabes ou les noirs. Madame Rosa tient à ce que Momo reçoive une éducation musulmane et le confie aux bons soins de Monsieur Hamil. De son côté, le petit garçon apprend à parler le yiddish et va même jusqu’à apprendre des prières juives.

Pour Madame Rosa, il ira jusqu’au bout, il refusera de l’abandonner à son sort. Il n’a qu’elle et elle n’a que lui, ils ne peuvent aller l’un sans l’autre.

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Jungle
20 septembre 2017
Jungle de Miguel Bonnefoy
Miguel Bonnefoy, avec la langue profondément poétique qui est la sienne, nous convie à une expédition dans la jungle Vénézuélienne. Quinze jours inoubliables au milieu d'une faune et d'une flore exceptionnelles avec le franchissement de la montagne Auyantepuy et la redescende en rappel par la gorge du Diable.



Une aventure dont Miguel explique la finalité : " Je me disais que la grande tâche de ce livre n'était pas de décrire la nature, mais de la servir. Il s'agissait de contribuer, d'une façon ou d'une autre, par le récit ou autrement, à un travail de sauvetage collectif, politique, et de rendre au pays ce qui devait lui revenir. " Une aventure difficile parmi les bois, les torrents, les marécages et les animaux sauvages, qui le fascinent et l'impressionnent. Sujets permanents d'observation et d'interrogation, autant que le sont les porteurs silencieux pour cet habitué de la verbalisation des sentiments et des impressions.



Blessé, par moment épuisé, Miguel ne renonce jamais. La nature somptueuse l'inspire et il écrit un voyage magique et émouvant au bout monde et de soi : " Rien ne parle plus à un homme que la paix d'un fleuve. Toutes les inquiétudes se réduisent, les passions s'élargissent. En le longeant, j'essayais de joindre ma langue à la sienne. Je cherchais des mots liquides, des accents écumeux. Comment tailler un adjectif pour qu'il ait la forme d'une racine ? "



Merci à Babelio et aux Éditions rivages pour la rencontre avec Jungle, Sucre noir, et leur auteur, absolument passionnant et irrésistible.
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Concert baroque
23 septembre 2017
Concert baroque de Alejo Carpentier
Ouvrons grand vos Oreilles! Ouvrons grand votre Esprit! Laissons nous penetrer par le foisonnement musical de cette partition ou les lettres remplacent les notes. Car Alejo Carpentier nous a donne la un vrai concerto ou les mots et les phrases se deguisent, se melangent, se battent, se font l'amour a un rythme effrene. Il faudrait lire ce livre a haute voix .



Et l'histoire aussi est baroque, comme le titre: un magnat mexicain voyage en Europe pour y sentir l'esprit de ses ancetres espagnols, ou tout simplement pour le plaisir. Decu par Madrid, qu'il trouve retrograde, triste, pauvre et opaque, emplie de prostituees moches, il pousse jusqu'a Venise. Carnaval! C'est la fete! Tout est vitalite, couleurs vives, et surtout deguisements. Le carnaval sera le contexte de la deuxieme partie du livre, qui avait commence comme un recit de voyages. Il generera une transfiguration generale, ou les lois du "monde a l'envers" gouverneront le texte et nous feront decouvrir les veritables identities des protagonistes. Le mexicain rencontrera Vivaldi (le pretre roux, le venitien), Scarlatti (le napolitain) et Haendel (le saxon), qui cooperent et s'affrontent en une orgie musicale. Il convainc Vivaldi de composer un opera sur le theme de la conquete du Mexique par Cortes et la perte du dernier roi azteque, Moctezuma (ou Montezuma dans le livre). Assistant a l'opera, il s'indigne contre les libertes que prend le livret sur la verite historique, mais la musique finit par transformer sa plus intime verite: "Je suis le petit fils d'espagnols qui virent le jour a Colmenar de Oreja et Villamanrique del Tajo, fils d'un estremegne baptise a Medellin comme Hernan Cortes. Et pourtant… plus se deroulaient les accords de la musique… plus vif etait mon desir de voir triompher les mexicains… j'epousais le parti des americains, brandissant les memes arcs, souhaitant la ruine de ceux a qui je dois mon sang et mon nom."



Dans un curieux et delirant mélange de styles et de temps, on s'assoiera sur la tombe de Stravinsky, dont Vivaldi denigrera la musique, et on s'extasiera aux sonorities plus-que-baroques de la trompette de Louis Amstrong. (L'Amstrong emblematique du "noir" qui se libere et triomphe par la musique, comme Filomeno, l'esclave noir que le magnat mexicain a amene avec lui, qui apprend pendant le carnaval a jouer de la trompette et se decouvre par elle une nouvelle identite, d'homme profondement libre, aux aspirations sans limites.)



Alejo Carpentier (un cubain au patronyme a sonorite tres francaise) prend un malin plaisir a melanger toutes les facettes de son identite caribeenne et de sa culture musicale. Toutes les facettes de son metissage culturel. Pour notre plus grand Bonheur!



P.S.: C'est la recente critique de Lazlo23 (recente et excellente!) qui m'a pousse a fouiller mon ordi pour en degager ce vieux et oublie billet. Je l'en remercie.

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Des milliards de tapis de cheveux
24 septembre 2017
Des milliards de tapis de cheveux de Andreas Eschbach
J’ai dévoré ce livre. J’ai eu beaucoup de compassion pour ces hommes et ces femmes aux vies brisées et cadenassées par les interdits religieux, le poids insupportable de l’appareil d’état et des traditions.

J’ai pensé à un sombre voyage en Absurdie.

Car dans cette lointaine galaxie, qu’y a-t-il de plus absurde pour un homme que de tisser durant toute une vie un tapis de cheveux appartenant à ses épouses et à ses filles, d’organiser toute son existence autour de cette unique activité, et de répéter sans se poser la moindre question cette tradition millénaire jusqu’à la fin des temps ? Des tapis, figurez-vous, qui sont destinés à décorer le palais de l’Empereur. Un palais grand comme une planète, à la dimension de son immensurable empire. L’Empereur Dieu de cet extraordinaire livre de science-fiction est à l’origine de tout. Il ordonne à l’univers et aux peuples qui y vivent. Il est infiniment loin et en même temps très proche d’eux. Il est le Dieu paternel ou vengeur. Il est omniscient, omniprésent. Tous les personnages de ce roman ne sont que de pathétiques marionnettes qui lui obéissent par peur, par devoir ou pire, par habitude. Cette soumission transpire à chacune de leurs tranches de vie qui sont autant de défaites et de désillusions. Le seul sourire, la seule brève éclaircie de ce livre sans concession se passe quand un officier retrouve son libre-arbitre en cachant la vérité à ses supérieurs.

Cette mission absurde et sacrée pour ces tisseurs de confectionner des milliards de tapis de cheveux est une dénonciation implacable de nos grands gourous, tous ces « Petit père des peuples », « Grand timonier », « Il Duce », « Big Brother », « Guide spirituel », « Roi Soleil », « Calife », « Lider Màximo », « El Caudillo », « Grand Prêtre »…, dont la démesure, la tyrannie, les caprices, les rêves fous, détruisent les existences des misérables insectes que nous sommes.

Un petit chef-d’œuvre, je vous dis !

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Celui qui n'aimait pas lire
24 septembre 2017
Celui qui n'aimait pas lire de Mikaël Ollivier
Un court roman autobiographique ou les confessions d'un ancien non-lecteur, repenti depuis, transfiguré par l'amour.

A l'instar de Daniel Pennac et son "chagrin d'école", il faudra 21 ans à Mikaël Ollivier pour découvrir qu'il aime lire. Il fallait simplement ne pas le lui demander sans cesse, à la maison, à l'école, tout le temps. Ce qu'il voulait, lui, c'était juste apprendre à exister...

Un récit sur la quête d'identité, sur le mal-être adolescent, la culpabilité, la libération par la parole et, surtout, par l'image (cinéma). Quelques touchants passages, mais pas assez pour m'enthousiasmer totalement. Je trouve dommage que l'ensemble frise souvent le prosaïsme, que la confession soit si intime qu'elle finisse par laisser le lecteur un peu seul, dans son coin.
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L'île rouge
19 septembre 2017
L'île rouge de Michel Marty
L'île Rouge est un roman initiatique qui nous mène de Bordeaux à Madagascar à la fin du 19ème siècle. Jean-Baptiste Domergue est un modeste commis aux écritures qui vivote dans l'entreprise de son lointain cousin Octave Biraben. Nous sommes en 1895 et la compagnie bordelaise a grand besoin de vanille et de café. Jean-Baptiste est donc envoyé sur l'Ile Rouge (Madagascar), à Fort-Dauphin, afin de gérer le comptoir de la compagnie et d'organiser l'expédition des épices vers la France. Le choc est rude pour le jeune homme qui doit s'adapter à un autre climat, à d'autres cultures, voyager dans l'Océan Indien et surtout oublier la belle Mathilde qui lui a brisé le coeur.

Au cours de ses pérégrinations, le jouvenceau va grandir et faire un apprentissage politique et diplomatique accéléré. Car son arrivée sur l'île a coïncidé avec la seconde expédition française de 1895. Lorsque Domergue fait la connaissance de la cour malgache, le règne de la reine Ranavalona III connaît son crépuscule.

Michel Marty a composé un très joli roman d'amour et d'aventures qui m'a fait découvrir l'histoire passée de l'île rouge, son annexion et sa« pacification » par les troupes françaises: « C'est alors qu'en septembre débarqua, venant de France, un certain « Galani »- comme disaient les indigènes. A quarante-sept ans il venait d'être nommé général de brigade, et par ordre du ministre André Lebon, il concentrait entre ses mains tous les pouvoirs civils et militaires, pouvoirs d'autant plus étendus que les instructions et les messages de la métropole mettaient cinq mois à traverser les mers. (…) Les instructions ministérielles étaient claires: ramener l'ordre dans cette pétaudière sans que cela coûtât un centime à la République. Galliéni obtint cependant de choisir ses collaborateurs. Il désigna deux capitaines inconnus, un certain Joffre et un autre du nom de Lyautey ».

L'île Rouge sera désormais pour notre héros romantique, non plus un ailleurs lointain, synonyme d'exil temporaire, mais grâce aux femmes, une demeure, promesse d'une existence nouvelle. Car du passé Jean-Baptiste Domergue fera table rase et c'est l'émergence progressive de cette dualité que Michel Marty a si bien mis en oeuvre dans son roman.
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Le collier rouge
21 septembre 2017
Le collier rouge de Jean-Christophe Rufin
Jean-Christophe Rufin est un raconteur d'histoires. Il n'utilise pas de phrases ampoulées, pas de méandres où l'on s'égare, pas de circonvolutions, pas de propos à double sens sujets à interprétation, pas de message hermétique, pas de prise de tête. Des phrases courtes, explicites, vivantes, armées. Un style simple, pur, élégant, racé. Il écrit des dialogues pour donner du relief et déroule son récit tranquillement, retenant ainsi l'attention du lecteur afin de ne jamais le lasser. du bel ouvrage qui invite toutefois à réfléchir.



Le collier rouge est inspiré d'une histoire vraie arrivée au grand-père de Benoit Gysembergh, ami de l'auteur, reporter photographe à Paris-Match, aujourd'hui disparu. Il raconte que son grand-père, au lendemain de la guerre 14-18, décore son chien un jour qu'il avait bu un coup de trop. Il défile dans son village avec l'animal décoré et se retrouve en prison.



Jean-Christophe Rufin interpelé décide d'écrire un roman. Il tient son personnage principal, Guillaume, un genre de briard « à l'allure de vieux guerrier ……..aux cicatrices témoignant de blessures par balles ou éclats d'obus ». Son maître va s'appeler Jacques Morlac. Il sera ancien membre de l'armée d'Orient, décoré de la Légion d'Honneur pour ses exploits sur le front Grec lors de la bataille des Dardanelles. Impulsif, écorché vif, rebelle il sera emprisonné dans un petit village du Berry pour avoir porté atteinte à la Nation.

Et puis deux personnages secondaires donneront du souffle et de la profondeur à l'histoire : Lantier du Grez, un juge militaire aristocrate, patient et attentif, chargé des interrogatoires et Valentine, militante pacifiste, au caractère entier, fidèle et impliqué, l'amour de Jacques Morlac.



Lors des interrogatoires, les échanges sont brefs, puis prennent corps, l'occasion pour l'auteur de nous conter certains pans historiques, de les rendre vivants bien loin des récits académiques. La mesure n'existe plus, en tous les cas elle échappe au lecteur. Nous ne sommes plus dans un fauteuil en train de lire, nous sommes au front. Les pages volent en éclats sous les obus. Ce que nous considérions comme des héros sont devenus des bêtes et nous rendons hommage aux chiens, véritables héros, seuls capables de fidélité.



Ecoutons Jean Christophe Rufin nous parler de son livre.

« C'est un petit hommage à ces chiens qui ont suivi leurs maitres. Il y en avait des centaines de milliers sur les tranchées. le combattant est un animal. Ce qu'on lui demande c'est d'être une bête, d'être d'une cruauté terrible à l'égard de ses ennemis. C'est tout le sujet du livre. Ce qui différencie l'animal de l'être humain c'est la fidélité. C'est toute l'histoire des guerres. La seule victoire, c'est aujourd'hui un siècle après, quand on a pu dépasser ça et faire alliance avec ses ennemis. On a dépassé notre part animale. Ce n'est pas un livre sur la guerre. C'est l'après-guerre. de la barbarie animale à la fraternité. »



Un roman court. Des relations humaines complexes mais décrites simplement. Un chien qui n'arrête pas d'aboyer. Un juge qui arrête de juger et met de l'ordre dans ses idées. Un héros qui n'en est plus un. Une nouvelle photographie de l'Histoire. Une histoire convaincante et réaliste. Une atmosphère très particulière. Une invitation à se remettre en question.



Peut se lire dès le collège à mon avis. L'auteur qualifie ce roman d'humaniste. Je ne peux que souscrire et conseiller cette lecture.

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Train d'enfer pour Ange rouge
20 septembre 2017
Train d'enfer pour Ange rouge de Franck Thilliez
Dans ce premier tome de la série à succès de Thilliez, le commissaire Sharko traverse un enfer émotionnel privé, depuis la disparition à caractère criminel de sa femme, il y a 6 mois.

Mais cette enfer va s'étendre au-delà de la vie intime quand il va être confronté à un tortionnaire et tueur de femmes particulièrement abject et retors.



Une intrigue fiévreuse, lancinante et complexe, amenant le lecteur, en compagnie des protagonistes aux personnalités bien définies, à vivre des horreurs innommables (lecteurs sensibles... etc.).

Dans un style plus travaillé (j'ai eu l'impression), que dans ses polars suivants, l'auteur alterne habilement les introspections éprouvantes de Sharko avec les développements rebondissants -et sanglants- de l'enquête.



Un thriller aussi passionné que passionnant pour "découvrir" la grande noirceur à laquelle l'âme humaine peut être rompue.
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En attendant Bojangles
24 septembre 2017
En attendant Bojangles de Olivier Bourdeaut
Une enfance loufoque, des parents déroutants de fantaisie, un monde extraordinaire, le tout vu par les yeux d'un d'un enfant. Un roman servi par une écriture jubilatoire. Quel plaisir de lecture! Et curieusement boudé par les grands éditeurs, on se questionne sur leurs critères de choix.
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