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Critiques à l'affiche

Dans une coque de noix
  13 avril 2018
Dans une coque de noix de Ian McEwan
A Londres, une jeune femme, enceinte de son mari, a mis celui-ci dehors du domicile conjugal et y vit avec son frère avec qui elle le trompe. Tous deux projettent de tuer le mari, de vendre la grande maison qui lui appartient et de s’enfuir.

Dis comme ça, c’est un vaudeville plutôt banal. Ce qui l’est moins c’est que le narrateur est le fœtus presque à terme.

McEwan évite l’outrance et on oublie tout de suite le côté improbable de l’affaire. Le fœtus nous décrit et commente tout ce qui se passe grâce à ce qu’il entend et perçoit à travers le ventre de sa mère. Il entend les émissions de radio que sa mère écoute et du coup, il est au courant de ce qui se passe dans le monde. Il est surtout très au fait de ce que sa mère et son amant trament. Il se demande comment éviter le pire à son père, la prison à sa mère et pour lui, comment éviter le tragique sort que sa mère et surtout son amant lui réservent. Il ne veut pas naître en prison et veut sauver sa peau après sa naissance. Mais pour l’instant, il ne peut être que spectateur du complot et sa seule façon d’alerter sa mère quand quelque parole l’inquiète est de lui donner des coups de pieds.

McEwan est expert en descriptions en tout genre. Ses détails sur l’incroyable crasse dans tous les recoins de la maison sont jubilatoires. Et il décrit les échanges « gastronomiques » et alcoolisés entre la mère et l’enfant de manière très crédible.

C’est un roman brillant, drôle, féroce parfois et très bien écrit comme d’habitude.

Ian McEwan glisse aussi quelques critiques du monde actuel avec ses dérives, ses problèmes sur les migrants, le réchauffement climatique, l’intégrisme, les inégalités.

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Dix petits nègres
  19 avril 2018
Dix petits nègres de Agatha Christie
C'est seulement le second roman d'Agatha Christie que je lis et je suis enchantée.

Quel délice, j'aurais voulu le "consommer" doucement et le savourer sauf que je me suis prise au jeu et que l'attente est insoutenable donc j'ai fini par le dévorer telle une ogresse ! Une belle écriture, une intrigue parfaite, un vrai bonheur de lire un livre d'une telle qualité.



Je recommande vivement.
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La Voleuse de livres
  14 avril 2018
La Voleuse de livres de Markus Zusak
Un livre bouleversant sur la seconde guerre mondiale.

C'était fascinant de pouvoir lire ce témoignage côté allemand et de comprendre comment des gens qui n'avaient rien demandé se sont retrouvés au milieu de cette guerre et comment ils ont survécus.

Les personnages sont hyper attachants, les enfants comme les adultes qui les entourent.



La narration par la Mort rend le tout poignant. L'auteur insuffle une certaine humanité à la mort, personnage omniscient qui nous transporte entre le passé et le futur. Finalement, elle se révèle plus humaine que certains humains qui ponctuent ce récit.



J'ai trouvé l'histoire d'un réalisme à couper le souffle. Rien n'est pas caché mais c'est toujours raconté avec une certaine pudeur.

Je referme ce livre le cœur gros mais ravie de l'avoir découvert.
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Madame Bovary
  14 avril 2018
Madame Bovary de Gustave Flaubert
Je le confesse : j’y allais avec un gros a priori. Parce que je croyais que c’était de Proust, et que j’apprécie rarement la personnalité des gens qui disent aimer Proust. (Notez : ceux qui s’en vantent notamment).



Bref, je me suis plongée dans ce livre dont je savais de réputation qu’il relate les états d’âme d’une bourgeoise rurale, comme on goûte, pour ne pas vexer sa grand-mère, des choux de Bruxelles ou des chocolats MonCheri… Avec dégoût et résignation, vite, sans mâcher.

Mais après quelques pages de lecture, je ne pu nier l’évidence : pour une fois, les profs de Français de collèges (et professions assimilées) ont raison, ce livre est stupéfiant.

Au-delà d’une plume remarquable, Gustave Flaubert réussit dans cet ouvrage le tour de force de rendre passionnant une histoire qui ne l’est pas. Il n’y a pas vraiment de suspens, les actions sont limitées, il y a principalement des descriptions de sentiments, les personnages (volontairement) décevants voire plats, pour ma part je ne me suis pas vraiment attachée à eux. Pourtant c’est justement ce qui est brillant : c’est poignant sans les ressorts habituels mélodramatiques. C’est même un jugement cruel, sans concession, mais sans moraliser pourtant, précis comme la description d’une maladie.



A ma grande surprise, Madame Bovary est un de ses livres que j’ai refermé dans un état second, différente de lorsque je l’ai ouvert. Un livre auquel je repense parfois. Qu’il ai été à l’origine d’un nom commun (Bovarisme NDLR) est amplement mérité.

Sinon je n’ai toujours rien lu de Proust… mais l’intention y était.

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Le Négrier
  13 avril 2018
Le Négrier de Lino Novàs Calvo
La lecture du Négrier. Roman d'une vie est un rendez-vous réussi avec Lino Calvo Novás (1903-1983), un auteur cubain d'origine galicienne que je ne cesse de croiser, chez Cabrera Infante (Trois tristes tigres), chez Padura (Le palmier et l'étoile), ou chez les historiens de la guerre civile espagnole, et dont je n'avais encore lu aucun roman.

Calvo Novás publie Le négrier en 1933 lors d'un séjour à Madrid. Le roman, qui est une biographie romancée de PEDRO BLANCO FERNÁNDEZ DE TRAVA, un Espagnol originaire de Malaga, négrier très connu de la première moitié du 19ème siècle, eut un succès public et critique.

L'ouvrage n'a pas vieilli. C'est un excellent roman d'aventures qui se déroule sur trois continents et qui retrace le parcours d'un jeune homme dénué de scrupule bien décidé à faire fortune dans la traite. Le roman nous rappelle Le négrier de Zanzibar de Louis Garneray ou bien les Confessions d'un négrier : Les aventures du capitaine Poudre-à-canon, trafiquant en or et en esclaves, de Théodore Canot. On retrouve aux côtés de Pedro Blanco des figures de la traite que l'on a déjà croisées dans d'autres romans historiques comme Canot justement , ou Cha Cha ( dans l'excellent roman de Bruce Chatwin, Le vice-roi de Ouidah). Le négrier de Calvo Novás possède le souffle des romans maritimes, nous emporte de la vieille Europe sans attrait pour un garçon pauvre qui rêve de fortune, à l'Amérique cynique des planteurs qui gèrent des haras humains, puis vers l'Afrique, sur les côtes du Dahomey où les tribus souvent en guerre tirent elles aussi profit de l'esclavage. Mais la traite est sur le point d'être abolie par toutes les grandes nations.

Lino Calvo Novás dépeint avec maestria le comportement d'individus attirés par l'aventure, et l'appât du gain. Il n'omet pas non plus de décrire les relations stratégiques et économiques qui lient les Européens, les Brésiliens et les chefs de guerre africains. La traite au 19ème siècle menacée par l'abolition c'est la mondialisation avant l'heure. Blanco représente les intérêts des esclavagistes américains et caribéens auprès des rois de Guinée, parcourt le monde, pratique la piraterie, évite les goélettes britanniques toujours redoutables.



Lino Calvo Novás est bel et bien un des grands noms des lettres cubaines. Croisons les doigts pour qu'un jour, ses romans policiers soient réédités. Dans la très belle anthologie de Martínez de Pisón, Partes de guerra, figure un de ses articles "El tanque de Iturbi". On peut désormais se procurer l'ouvrage Un escritor en el frente republicano sur son travail en tant que reporter de guerre . Car contrairement à d'autres écrivains plus connus, Lino Calvo Novás ne se contenta pas de faire un petit tour sur le front et de repartir. Il suivit l'armée républicaine durant toute la durée du conflit, vécut la retirada et connu les camps français, avant de regagner Cuba en 1940.
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La quatrième dimension
  14 avril 2018
La quatrième dimension de Nona Fernández
Morales... Andres Antonio Valenzuela Morales.

C'est peu dire qu'en dehors de son nom il en a pas affiché tant que ça, de la morale. A la solde du renseignement des forces armées chiliennes, l'homme qui torturait a permis d'exterminer un nombre tel de communistes et d'opposants au régime de Pinochet qu'il ne se souvient plus de leurs noms, à peine de leur surnoms. C'est pourtant de sa propre initiative qu'il se rendra le 27 aout 1984 au magazine Cauce pour tout raconter. Nona Fernandez se souvient comme d'hier de cet homme moustachu en une, malgré ses 12 ans à l'époque. Elle tisse à partir de ce souvenir obsédant la toile d'une histoire à plusieurs étages de narration, où sa propre existence y est présente comme un témoin d'époque. Résolument moderne, dans l'air du temps de l'auto-fiction, la docu-fiction ou autre exo-fiction, enclin à mettre en avant l'arrière du décor et même plus en nous faisant entrer en imagination dans la twilight zone, il adopte un ton et un style libertaires accrocheurs en diable, à la portée réflexive non moins absente : on s'interroge sur les dérives morales de l'être humain, ses multiples visages, sa versatilité et sa monstruosité. Un récit prenant et efficace, pour une bien belle réussite finale.



«Beaucoup de noms que j'ai lus dans le témoignage de l'homme qui torturait s'incarnent peu à peu sur cet écran : un visage, une expression, un peu de vie. Bien que virtuelle. Extension des photos accrochées à ce mur transparent, aérien, comme un morceau de ciel. Ou plutôt un morceau d'espace extérieur dans lequel échouent, perdus, comme des arstronautes à la dérive, tous ces visages qui ont été avalés par une quatrième dimension.



Ouvrons cette porte avec la clé de l'imagination. Derrière, nous allons découvrir une autre dimension. Vous entrez dans un monde secret de rêves et d'idées. Vous entrez dans la quatrième dimension.»
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Des souris et des hommes
  14 avril 2018
Des souris et des hommes de John Steinbeck
Je l'avais lu il y a bien longtemps , je me souvenais un peu de Lennie et de George mais si peu, c'est une heureuse relecture.



George et Lennie sont seuls au monde, mais ils sont tous les deux, ils se font du souci l'un pour l'autre et alors la vie est plus douce. Sauf que Lennie est un grand gaillard avec le cerveau d'un enfant de trois ans , qui aime tellement caresser ce qui est doux et qui se met régulièrement dans le pétrin entrainant avec lui George, qui n'en peut plus mais ne l'abandonne jamais.



Quand ils arrivent au ranch où ils ont été embauchés, George n'apprécie pas Curley le fils du patron et il perçoit immédiatement le danger que représente la femme de celui-ci. Pourtant il faut travailler et gagner l'argent pour leur projet .



Je ne saurais dire ce qui me touche le plus, de l'affection pure et infaillible entre George et Lennie, de la tristesse des vies de ces hommes, de Crooks le noir isolé et en danger perpétuel, au vieux Candy pleurant son chien, tous ces hommes sans amour, perdus dans un destin qui semble bien les avoir oubliés, sont infiniment humains et troublants.



L'écriture, les dialogues, les personnages, la scenarisation, tout est parfaitement maitrisé et offre une lecture bouleversante.



Quel magnifique roman !
Lien : http://theetlivres.eklablog...
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Jours barbares
  17 avril 2018
Jours barbares de William Finnegan
Une magnifique odyssée, un road movie épique du surf, voilà dans quoi nous plonge cette autobiographie d'un passionné, addict à la vague d'exception et au spot isolé. Difficile de ne pas penser à Kerouac tant l'esprit qui y souffle rappelle l'épopée des beatniks une bonne partie, même si l'on y croise plus souvent des beach bums, ces marginaux des plages océaniques.



De la Californie à l'Afrique du Sud en passant par l'Indonésie, Hawaï, la Thaïlande, l'Australie ou les iles Fidji, la bio de William Finnegan se déroule en suivant le fil de son obsession dévorante. Dès 10 ans il entrevoit ce jardin secret qui l'extrait du monde et des siens ; jeune adulte il laissera travail et compagne pour un périple à l'amitié tumultueuse dans le Pacifique Sud avec Bryan, tous deux en quête de la vague au sentiment d'immortalité ; enfin son séjour en Afrique du Sud ancrera sa vie dans une optique moins futile, plus politique et engagée.

L'on y croise quantité de vagues aux descriptions personnalisées et minutieuses, sources de sublimes « rides » ou de mémorables raclées. L'on y rencontre des surfeurs avides de plaisir égoïste capables de beaucoup pour la vague idéale, mais pas toujours d'entraide ou de respect. Un monde rebelle et ascétique, où la violence paraît consubstantielle à la puissance des vagues recherchées : « Les surfeurs appellent cette puissance le juice – le jus – et, quand les vagues deviennent sérieuses, le juice devient l'élément critique, l'essence même de ce que nous sommes venus chercher pour nous mettre à l'épreuve – tantôt en l'affrontant avec témérité, tantôt en l'évitant avec lâcheté. Ma propre relation avec cette quintessence, cette dose de violence pure, s'est faite plus vivace avec le temps. »



Loin d'être un manifeste exclusif pour le surf qui sombrerait dans le rébarbatif de technicité ou d'aveuglement prosélyte, c'est avant tout un superbe texte dense et exigeant, à la saveur littéraire avant d'être sportive, où il est aussi question de voyage, de sens de la vie, de famille ou de société. Le jargon du surfeur est certes bien là aussi, impossible en effet d'échapper aux takeoff, ride, lineup et autres subtilités du vocabulaire adéquat. Mais un glossaire retenu par un marque-page peut faire l'affaire, tandis que le talent et le souffle de conteur de William Finnegan s'occupent du reste.

Un auteur par ailleurs reconnu grand reporter, amateur diplômé de littérature, enclin tout au long du récit à discuter livres et auteurs, écrivant déjà des romans jeune adulte. Surf et littérature, ou quand une passion semble au final en cacher une autre.





« Se trouver au milieu des grosses vagues a un côté onirique. Terreur et extase rodent toutes deux ensemble, menaçant de submerger le rêveur. Une splendeur surnaturelle émane de la vaste arène d'eau mouvante, de ciel, d'une violence latente et explosions bien trop réelles. Ces scènes qui s'offrent à vous semblent déjà mythiques alors même qu'elles se déploient. Je suis toujours la proie d'une ambivalence féroce : j'aimerais être n'importe où ailleurs à cet instant et, en même temps, je n'aspire qu'à être ici.»
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Le Silence de la mer
  14 avril 2018
Le Silence de la mer de Vercors
Dans ma précipitation à vouloir lire ce livre, je me suis trompée en le commandant et me suis retrouvée avec : "Le silence de la mer" suivi de "La marche à l'étoile", alors que mon choix initial ne portait que sur "Le silence de la mer". Naturellement, j'ai lu les deux mais ma note de 4.5/5 ne concerne que la première partie du livre ayant été moins sensibilisée par la seconde.



"Le silence de la mer" est le titre d'une nouvelle parmi les sept que contient le livre éponyme. Dans ces récits, il n'est pas question d'armement, d'engins, de stratégie, de batailles, de défaites ou de victoires. Dans ces récits, la guerre a des visages, les visages des petites gens qui souffrent et subissent. Des visages et des noms que la grande Histoire ne retiendra pas. Et des petites gens dans lesquels on se reconnaît, une douleur que l'on ressent, un désespoir que l'on éprouve.



Ces récits magnifiquement écrits montrent la réalité de la guerre dans toute son absurdité et son horreur. Abomination qu'aucune médaille, commémoration ou poignée de mains entre ennemis réconciliés n'amoindrira jamais ni ne pourra justifier.



Mention spéciale pour la nouvelle intitulée "Ce jour-là" qui m'a bouleversée au plus haut point.
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Un père
  13 avril 2018
Un père de Sibylle Lacan
Voilà un livre qui m'a beaucoup touchée. Sibylle Lacan, deuxième fille issue du premier mariage de Jacques Lacan avec Marie Louise Blondin, y raconte son père avec tendresse et émotion. Mais dans ce récit composé comme un puzzle, elle évoque aussi ses rencontres épisodiques avec un homme pas si bienveillant qui a délaissée sa fille.



« Quand je suis née, mon père n'était déjà plus là. Je pourrais même dire, quand j'ai été conçue, qu'il ne vivait plus vraiment avec ma mère. Une rencontre à la campagne entre mari et femme, alors que tout était fini, est à l'origine de ma naissance. Je suis le fruit du désespoir, d'aucuns diront du désir, mais je ne le crois pas. »



Même si Sibylle a eu une vie riche : écrivain, traductrice de l'espagnol, de l'anglais et du russe, elle a souffert, beaucoup souffert de cette indifférence, voire même de cette cruauté du psychanalyste français le plus célèbre… Sybille Lacan s'est donné la mort à Paris dans la nuit du 7 au 8 novembre 2013. Dans une lettre datée du 7 janvier 2013 confiée à son compagnon elle a écrit :



« Si je me suicide, je veux que les circonstances de ma mort ne soient occultées en aucun cas (presse, amis, etc.) Cette demande doit être considérée comme faisant partie de mes dernières volontés. »

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La vie de Louis-Ferdinand Céline
  15 avril 2018
La vie de Louis-Ferdinand Céline de Frédéric Vitoux
Incontournable et passionnante, cette biographie est une mine de renseignements sur la vie d'un des plus grands écrivains français. Céline y est décliné dans toute sa complexité, sa vie éclairant son oeuvre dans ce qu'elle a de géniale et de détestable. Céline a connu les deux guerres mondiales, la colonisation, l'Amérique glorieuse, la Russie de Staline, il a été un témoin exceptionnel de son temps, tour à tour révolté, haineux, antisémite, réactionnaire, terriblement humain et inspiré. À travers, entre autres, de nombreuses lettres, des confidences de Lucette Destouches, son épouse adorée, Frédéric Vitoux retrace, sans jamais occulter les épouvantables excès céliniens, la vie du génial Louis-Ferdinand Céline.
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My absolute darling
  16 avril 2018
My absolute darling de Gabriel Tallent
Gabriel Tallent est présenté comme un prodige de la littérature, et en effet, selon mes critères, My absolute darling est un roman prodigieux. C'est l'histoire d'une jeune adolescente, Julia, dépossédée de son prénom, transformée en Croquette ou Turtle, dépossédée également de son libre-arbitre, de sa vie et de son avenir par un père monstrueux, Martin, qui a fait d'elle son amour absolu et exclusif, dans une baraque isolée aussi déglinguée qu'eux, au fin fonds d'une Californie bien éloignée des stéréotypes. Pour l'ambiance et l'environnement, on est plus près de Délivrance que de Frisco-la-surdouée. L'auteur adresse d'ailleurs deux clins d'oeil à James Dickey et/ou John Boorman : «-Mec, mec, si tu rentres là-dedans et qu'il y a... et qu'il y a juste, genre, un gamin albinos difforme dans un fauteuil à bascule avec un banjo ? » (p. 73), puis en plaçant le roman entre les mains de la jeune Cayenne (p. 387). Autant dire qu'ici la nature est sauvage et dangereuse, pleine de scorpions, de puces et tiques, d'anguilles et serpents, de ratons-laveurs ou pumas, de veuves noires ou tarentules dévoreuses de souris, à proximité d'un océan Pacifique capable de déchaînements imprévisibles. Pour Julia, faute de points de comparaison, apprendre à manier les armes en éliminant l'hésitation et le doute pour avoir une unique chance de survie lorsque le monde s'effondrera comme son père le croit, manger des racines ou des vers, est la norme.



La lecture de My absolute darling peut s'avérer éprouvante en raison de sa violence incestueuse mais il faut ajouter qu'à aucun moment Gabriel Tallent ne sombre dans le voyeurisme, la glauquerie ou la complaisance malsaine, grâce à un style tout en finesse et délicatesse. La violence subie quotidiennement par Julia rappelle qu'un corps est robuste et peut endurer d'innombrables sévices avant de lâcher prise, que la souffrance peut revêtir de multiples aspects et durer fort longtemps. Il aurait été hypocrite de la part de l'auteur de résumer cette violence en quelques phrases sibyllines pour que le lecteur se voile la face, à l'instar des habitants de Mendocino qui tout en « se doutant », ne font rien. Le lecteur est obligé de regarder la réalité, c'est bien ce qui met mal à l'aise.



La lecture peut également s'avérer éprouvante en raison du caractère ambigu de Martin : écologiste, survivaliste, fin connaisseur de Marc-Aurèle et de philosophes, oscillant entre la gentillesse et la cruauté, la tendresse et la haine, les mots doux et les insultes. Ni psychopathe ni sociopathe, ce qui pourrait excuser son comportement, il est un homme normal, un père, un voisin, un parent d'élève, qui n'a ni la bave aux lèvres ni les yeux injectés de sang.



La lecture peut s'avérer éprouvante en raison de l'ambivalence de Julia, constamment déchirée entre son amour filial et son irrépressible besoin d'émancipation, violée mais qui se refuse à violer ce secret. Mais Julia est une jeune adolescente, soumise aux tourments de son âge et à bien d'autres, sous l'emprise d'un adulte séducteur et manipulateur, elle est donc fragile et déséquilibrée. Grâce ou à cause de son père, elle est capable de survivre à n'importe quel prix, sait exploiter toutes les ressources de la nature et possède en elle une part inviolable, secrète, qui ne peut lui être prise de force. En elle, sommeille un souffle vital indestructible. Jusqu'à quel point pourra-t-elle mener ce combat pour sa liberté et son indépendance ? Est-il perdu d'avance ?



Un roman ambitieux, rare, parfait, qui règle, en plus de tout ce qui précède, leur compte au survivalisme et à la prolifération des armes aux Etats-Unis. A lire, absolument !

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Dix petits nègres
  13 avril 2018
Dix petits nègres de Agatha Christie
Deuxième roman que je lui de cet auteur et j'aime toujours autant son écriture. Cela est facile à lire et Agatha Christie sait nous faire patauger. J'ai cru un long moment avoir trouvé le meurtrier mais j'ai dû me rendre à l'évidence lorsque ce personnage fut retrouvé assassiné. Je me suis dit alors qu'il s'agissait d'une autre personne étrangère aux invités... (je ne voyais pas d'autres expexplications^^)

J'ai beaucoup apprécié cette histoire (que j'ai trouvé addictive) ainsi que le dénouement que j'ai trouvé bien pensé et non tiré par les cheveux (même si une fois encore je n'ai pas réussi à le deviner).
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Les âmes grises
  13 avril 2018
Les âmes grises de Philippe Claudel
J'ai su très vite que j'allais adorer ce livre, lu dans la journée.



J'ai adoré l'histoire.



J'ai adoré l'écriture, très belle, recherchée, pleine de descriptions subtiles, parfois truculentes.



J'ai adoré la construction pas linéaire du tout. Philippe Claudel fait de nombreuses digressions dans son récit, commence à raconter quelque chose, puis repart en arrière pour y revenir, parfois beaucoup plus tard. Il nous fait patienter. Le livre paraît décousu mais c'est en fait très construit. Ça fait du bien de lire un roman de cette qualité de vocabulaire, de style.



L'histoire évolue sur plus de 20 ans, 20 longues années pendant lesquelles le narrateur a des remords concernant l'Affaire, le meurtre non élucidé d'une petite fille de 10 ans en 1917 dans une petite ville proche de V (sans doute Verdun). Notre narrateur dont on ne sait rien au départ (il faut attendre plus de 100 pages pour connaître son ancien métier) nous fait partager ses souvenirs qu'il écrit dans des cahiers. Il fait de nombreux allers-retours dans le temps rendant le roman complexe pour notre plus grand plaisir.

Il y a la guerre qui fait rage tout près. On ne la voit pas, mais on l'entend et on voit passer les soldats qui partent et les blessés qui reviennent.

Il y a la mort omniprésente, celle de la petite fille de l'Affaire, celle des soldats, celle de femmes, et puis la dernière, décrite à la fin du livre, ce drame affreux.

Il y a le chagrin incommensurable du narrateur, du procureur et de tant d'autres.



Philippe Claudel nous peint de manière exceptionnelle les acteurs de cette histoire (les notables et les autres), la guerre, la mort, la souffrance, le chagrin. Et il y a cette magnifique et bouleversante histoire d'amour qui perdure au-delà de la mort.



Il n'y a pas de temps morts. Une fois commencé, on ne peut pas arrêter la lecture de ce livre, pas loin du chef-d'oeuvre.

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La rose de Saragosse
  15 avril 2018
La rose de Saragosse de Raphael Jerusalmy
Très jolie infidélité à l'Histoire, La rose de Saragosse est un roman délicat comme une fleur. Raphael Jerusalmy s'inspire de l'assassinat en 1485 de l'inquisiteur Pedro de Arbués dans la cathédrale de Saragosse pour tisser son intrigue. Qui assassina l'inquisiteur provincial chargé de la traque des marranes dans le royaume d'Aragon? On soupçonna les grandes familles de la cité qui voyaient d'un mauvais oeil le pouvoir grandissant du Saint-Office. Pour venger la mort de Pedro de Arbués, Torquemada mit en place à Saragosse un important autodafé au cours duquel on brûla des centaines d'hérétiques.

Raphaël Jerusalmy ne s'intéresse pas à l'identité des assassins de l'inquisiteur, mais à des placards collés le long des façades de la ville représentant le cadavre écorché de l'homme d'église. Le placard est signé d'une rose épineuse. Scandalisé par cette oeuvre subversive qui nargue l'Inquisition, Torquemada lance ses tueurs et ses mouchards sur la trace du mystérieux et talentueux graveur.

La rose est une allégorie de la résistance à l'obscurantisme religieux. Jerusalmy dépeint avec finesse la montée en puissance de l'Inquisition. D'abord réticente, une partie de la population de Saragosse finit par se plier à cette institution qui étend son pouvoir sur tout le territoire, gangrène le royaume d'Aragon, aidé en cela par l'assassinat de Pedro de Arbués, puis quelques années plus tard par le meurtre supposé du Santo Niño de la Guardia. Le décret de l'Alhambra de 1492, qui entraîne l'expulsion des juifs d'Espagne, achève la christianisation de la péninsule et l'unification des Espagne Médiévales.

Comment résister pendant sept ans aux tribunaux religieux, aux autodafés, aux bûchers, à la chape de plomb de l'obscurantisme, ? Deux figures se détachent, deux personnalités ô combien distinctes et pourtant si emblématiques de la société de l'époque, unies par l'amour de l'art.

Angel Maria de la Cruz y Alta Mesa, dont le patronyme n'est pas garant de privilèges, est le cadet d'une famille de la petite noblesse. Pauvre, méprisé, contraint de frayer avec la populace pour survivre, il ne sait pas encore qu'il est l'homme de la future Espagne. Car il est vieux chrétien et demain la pureté de son sang lui ouvrira toutes les portes. Léa de Montesa, quant à elle, est fille de conversos. Eduquée, cultivée, raffinée, elle est espèce négligeable, contrainte de taire ses capacités intellectuelles et ses dons naturels. « Elle n'est pas un homme. Sa sédition commence par là. En jouant du burin, elle ne défie pas uniquement la gent masculine. Elle menace les autres femmes qui se débrouillent très bien autrement, trichant, à la manière des artistes pour tromper la vigilance des pères et des maris. Léa s'insurge et se cabre d'une façon qui ne sied certainement pas à une demoiselle de la ville haute et que même ses servantes la voient d'un mauvais oeil car elles ne lui pardonnent pas son courage. Et puis, il ne faut pas oublier qu'elle n'est pas vraiment chrétienne. Ni Espagnole. Comme les roses de son patio, elle est greffée sur un plant qui n'est pas le sien. Et a beaucoup d'épines. »

Angel et Léa sont deux esprits libres, deux amoureux du beau, deux esthètes broyés par le fanatisme religieux. En faisant de l'art un outil de subversion, Raphaël Jerusalmy nous offre de très belles pages aussi délicates que la machine de répression est brutale. L'Homme aux yeux gris de Petru Dumitriu, s'ouvrait sur les mésaventures d'un converso fuyant Tolède, puis l'Espagne et se terminait dans l'atelier du Titien. La rose de Saragosse commence en Aragon et se termine avec Botticelli, comme si finalement la seule façon de survivre à la répression résidait dans l'exil, et dans le goût des belles choses.
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Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniver..
  14 avril 2018
Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire de Jonas Jonasson
J'ai passé un bon moment en lisant ce roman même si je n'ai pas trouvé cela sensationnel. J'ai eu un peu de mal au début car je le trouvais très redondant dans certains paragraphes et puis ça s'est atténué.

Les péripéties se sont enchaînées. Les aventures complètement loufoques et les flash-back sur sa vie font que le rythme est agréable. Cependant j'ai trouvé le tout un peu trop invraisemblable.
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King Kong Théorie
  14 avril 2018
King Kong Théorie de Virginie Despentes
Ceci n’est pas un roman.

C’est la vision de Virginie Despentes sur ce qu’implique la sexualité au sein des rapports homme-femme.

Vision en lien direct avec sa propre vie.

Son viol, sa prostitution, son taf de critique de films pornographiques.

Une vie trash, à l’image de sa plume. Ou plutôt à l’origine de sa plume. En parlant de son viol elle dit d’ailleurs : « J’imagine toujours pouvoir un jour en finir avec ça. Liquider l’événement, le vider, l’épuiser. Impossible. Il est fondateur. De ce que je suis en tant qu’écrivain, en tant que femme qui n’en est plus tout à fait une. C’est en même temps ce qui me défigure, et ce qui me constitue. »

C’est toujours un peu gênant pour moi d’apprécier une plume dont l’origine est violemment dégueulasse, mais j’aime lire pour comprendre mon voisin au même titre que la personne vivant aux antipodes. Virginie Despentes est donc à mes yeux un écrivain utile, nous jetant en pleine face ce qu’on se refuse parfois à admettre.

Pour la première fois, je n’ai pas soufflé de désintérêt en lisant un texte féministe.

Pour la première fois, j’ai envie d’arrêter d’user de l’expression «paire de couilles» pour parler de courage. Arrêter cette association systématique du courage avec le masculin. Parce que comme le dit Virginie : « Il y a des hommes plutôt faits pour la cueillette, la décoration d’intérieur et les enfants au parc, et des femmes bâties pour aller trépaner le mammouth, faire du bruit et des embuscades. »



Évidemment le lecteur n’est pas obligé d’être en accord avec toutes les réflexions énoncées, mais je vous promets que c’est autrement plus pertinent que le discours de la femme qui se croit au top de l’humour revendicatif en faisant imprimer le mot « connasse » sur son T-shirt.
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Rebecca
  19 avril 2018
Rebecca de Daphné Du Maurier
Rien à reprocher au style de Daphné du Maurier : quelle romancière ! Quand on lit, on ressent l'atmosphère pesante de Manderley, le poids du secret, les tensions psychologiques...Et puis il y a l'aveu de Maxim de Winter coincidant avec un retournement de situation et là le rythme s'accélère car il y a urgence à agir. J'ai souvent lu des rapprochements entre Rebecca et Jane Eyre : une écriture à la première personne, la narratrice est d'origine modeste et peu jolie, elle s'éprend d'un homme plus âgé (marié une première fois à une femme perverse, tourmenté par un terrible secret), une belle propriété dans une nature sauvage mais à l'atmosphère pesante et le feu qui vient dévaster le Manoir...oui, en effet il y a de nombreuses similitudes mais... Dieu que la narratrice dans Rebecca est fade ! Certes, elle se décrit comme timide et craintive mais parfois on frôle la niaiserie ! Et en cela s'arrête la comparaison avec Jane Eyre si forte, si droite, si volontaire. Maintenant il ne me reste plus qu'à regarder l'adaptation cinématographique par Hitchcock.
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La couleur des sentiments
  15 avril 2018
La couleur des sentiments de Kathryn Stockett
Ce livre est une pépite ! Décidemment, un coup de cœur de plus.

Tout d'abord le style m'a beaucoup plu : nous avons trois narrateurs différents qui emploient chacun un langage très différents (c'est du moins ce que j'ai ressenti dans la traduction). Skeeter a un langage un peu plus soutenu, tandis qu'Aibileen emploie une langue un peu plus parlée parfois. Quant à Minny, une femme haute en couleurs, j'ai énormément aimé son style plein de mordant. Elle m'a même fait souvent rire ! Ces femmes sont très touchantes, chacune avec ses peines, ses joies et ses difficultés. Je me suis beaucoup attachées à elles.

Ensuite, l'histoire m'a fait réfléchir : nous avons appris en cours le racisme, les Noirs étant vus comme "inférieurs" aux Etats-Unis (et ailleurs aussi), les femmes noires étant des bonnes au service de femmes blanches etc, et ce jusque très tard. Cependant ce livre met vraiment les mots dessus, il donne de la réalité aux faits appris en cours. En lisant ce roman, je me suis plusieurs fois dit qu'il aurait très bien pu se passer un siècle plus tôt, tant les mentalités et les coutumes me semblaient "en retard". Comment dans les années soixante pouvaient-ils y avoir ce genre de choses ? Faire construire des toilettes dans un garage pour les Noirs afin de "ne pas attraper leurs maladies" ? Ou que des Noirs soient passés à tabac ou même tués sous le moindre prétexte ? Tout cela au XXème siècle...

Nous voyons tout au long de l'histoire la situation des femmes noires, la façon dont elles sont traitées par leurs patronnes, mais il n'y a pas que de mauvais traitement : nous y découvrons aussi malgré tout de belles histoires d'entraide. Concernant les Blanches, heureusement que certaines femmes se sont dressées contre ces mentalités arriérées (je pense à Skeeter) et on fait preuve de courage pour se lever contre tous, quitte à se retrouver seule.

Ce livre restera profondément ancré dans ma mémoire.
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Les voyageurs silencieux
  14 avril 2018
Les voyageurs silencieux de Jeanne - A Debats
Les équilims ont débarqué un jour sur terre dans des vaisseaux automatisés et vivent depuis en troupeaux dans des élevages où ils sont appréciés pour la valeur de leurs cornes.

La famille d’Alix possède un tel élevage, en France. Alix est une jolie et très grande fille noire de 17 ans qui va, sur la demande de son père, et en compagnie du fils du futur propriétaire, convoyer bon nombre d’équilims jusqu’en Australie. Mais l’avion de transport s’écrase en Amazonie...



Un petit livre SF pour des jeunes ados à partir de 11 ans (le vocabulaire n’est pas toujours aisé) qui fait d’abord sympathiser avec une Alix débrouillarde, plutôt mature, au caractère bien trempé et qui sait réagir intelligemment aux remarques racistes et/ou sexistes dont elle est parfois l’objet.

Alix qui pensait que les équilims n’étaient que de paisibles animaux mangeurs d’herbe, va se rendre compte dans l’environnement sauvage de la jungle amazonienne, que ces êtres-venus-d’ailleurs sont en réalité une espèce possédant une intelligence très différente du genre humain.



Un petit roman agréable à lire (ne répondant peut-être pas à toutes les questions qu’on se pose) qui parle d’amitié entre une fille et un garçon (et non d’amour !), de préjugés, de l’acceptation de l’autre et qui ouvre de possibles réflexions sur la définition de notre conception de civilisation.
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