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Critiques à l'affiche

Une étude en rouge
  17 mai 2022
Une étude en rouge de Sir Arthur Conan Doyle
Je continue à explorer l'univers de Sherlock Holmes avec énormément de plaisir et de jubilation, ici je vais vous parler du tout premier récit de Conan Doyle, "Une étude en rouge", qui va nous parler de la toute première rencontre D'Holmes et Watson, un régal !

Etrangement, et contrairement à mes habituelles convictions, je pense qu'il est plus intéressant de connaître déjà le duo pour apprécier au mieux cette rencontre et ce même si le respect de la chronologie pourrait faire penser le contraire, j'ai trouvé cette rencontre tout à fait jubilatoire.

J'ai aussi aimé cette toute première enquête que j'ai trouvé brillante, et j'ai surtout aimé l'ensemble de l'intrigue et ses deux parties, la première à Londres et la seconde en Amérique. Un scénario solide et inventif, une intrigue carrée, je comprends que ce premier essai ait été transformé par la suite avec le bonheur que l'on sait.

J'ai pour l'instant apprécié toutes mes lectures autour de Sherlock Holmes, j'adore cet univers sans réserve.
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Le Docteur Héraclius Gloss
  19 mai 2022
Le Docteur Héraclius Gloss de Guy de Maupassant
Le Docteur Héraclius Gloss est une belle nouvelle de 120 pages que je classerais dans la catégorie "comédie satirique".

Dans la famille Gloss, on est docteur de père en fils depuis trois générations, enfin docteur...

Héraclius Gloss est un érudit oisif et épicurien, il passe le plus clair de son temps à rechercher des manuscrits et à les étudier et les traduire. Si son érudition ne fait aucun doute, il ne possède pas le moindre diplôme et n'exerce aucun métier, a fortiori docteur.

Il mène une vie réglée comme du papier à musique avec entre autres habitudes ses repas dominicaux avec ses amis, le doyen et le recteur pendant lesquels il est beaucoup question de philosophie.

La vie de notre bon docteur va pourtant être chamboulée de fond en comble avec la lecture d'un manuscrit et la découverte de la doctrine de la métempsychose...

Une fois de plus lire Maupassant est un vrai régal, ce format plutôt long va permettre à l'auteur de donner à cette histoire une belle densité à la faveur d'une progression lente et détaillée de la transformation du bon docteur Gloss, un excentrique "made in France" qui n'a rien à envier à ses collègues d'outre-Manche.
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La grande course de Flanagan
  18 mai 2022
La grande course de Flanagan de Tom McNab
« Tout coureur, quelles que fussent ses aptitudes, émettait une affirmation personnelle à chaque fois qu'il courait. « Me voici », disait-il, « Voici ce que je fais. Je cours. C'est ce qui me rend différent. »





J’avais publié cette critique en août 2018, mais le fait de conseiller ce livre à quelqu’un récemment, et de compter depuis quelques années un marathonien dans la famille, m’a donné envie de vous en reparler. Ce roman raconte une grande course à pied organisée de Los Angelès à New York par un certain M. Flanagan, businessman, sur 5063 kilomètres à raison de 80 kilomètres par jours, 6 jours par semaine. Attirée par cette aventure en tant que sportive, je me demandais toutefois si mon intérêt pour ses coureurs et leurs aventures pouvait demeurer durant 650 pages.





« Quand on écrira un jour l'histoire de la Trans-America, elle sera à mi-chemin entre l'Odyssée d'Homère et Huckleberry Finn. »





Contre toute attente, mon intérêt n'a jamais faibli jusqu'à la fin. Tom McNab a signé un roman dans la lignée des "raisins de la colère" de Steinbeck : Tout comme pour le récit de ces agriculteurs américains migrant de petits boulots en petits boulots vers la terre promise, c'est la narration qui nous accroche et ne nous lâche plus : On VEUT savoir quelles aventures nous réservent les personnages profondément humains, comment chaque coureur va trouver les ressources en lui-même alors que les scientifiques prétendent que c'est impossible pour le corps humain, comment les coureurs ont pu avoir l'envie de tenter un tel challenge, mais aussi ce qui se cache derrière cette organisation complexe : Car pour traverser les villes, toute une logistique matérielle, des arrangements financiers et des magouilles politiques font que cette course ne tient qu'à un fil, prêt à se rompre à chaque ville-étape.





« Si vous tuez l'espoir, vous tuez la vie. »





Si les coureurs tiennent à achever cette course, c'est qu'en 1930 aux Etats-Unis les temps sont durs dans cet entre-deux guerres : l'argent manque pour survivre, et tous courent au sens propre après les prix de cette course. Ainsi, les coureurs les plus motivés et résistants donneront tout ce qu'ils peuvent pour aider l'organisateur de la course à la maintenir en vie jusqu'à l'arrivée, même si cela signifie participer à des courses improbables contre des chevaux pour amuser la galerie, porter des t-shirt étranges, s'entraider dans le désert, mettre hors de nuire l'équipe arienne qui représente ce nouveau parti briguant le pouvoir allemand, et prétendant avoir mis au point des coureurs de race supérieure, ou encore traverser la ville d'al Capone lui-même…





« Il faut mourir avant de pouvoir vivre ».





Les aventures se suivent et ne se ressemblent pas, dans cette épopée fantastique qui n'a pas fini de vous surprendre. Chaque personnage, qui nous livre peu à peu son passé et ses raisons d'être ici, nous devient de plus en plus attachant. Même le grand Flanagan qui, pour sauver cette course de la débâcle financière, engage ses coureurs au-delà de leur seuil de tolérance… Et pourtant, tout au bout de cette course et au bout d'eux-mêmes, il ne restera que le meilleur, ce qui transcende tout le reste : l’humanité. C’est pourquoi ce livre pourrait bien toucher un plus large public que seulement des sportifs aguerris.





« Ne sommes-nous pas tous des athlètes qui marchons sur la route de nos vies ? Mais pouvons-nous regarder en nos coeurs et dire sincèrement, comme ces coureurs, que nous avions mis tout ce que nous avions dans notre course quotidienne ? Regardez dans votre coeur, regardez dans votre âme, et posez-vous cette question. »





En ce qui me concerne, même si les exploits des personnages me semblaient inatteignables, je suis ravie de ne pas être passée à côté de ce roman. Ca tient parfois à rien que le destin mette sur votre route une lecture qui vous marque : une publication ancienne, une oeuvre oubliée, une heureuse réédition… Un régal de lecture où j'étais toute entière avec ces personnages, et que je recommande !





« On ne court pas seulement avec ses jambes. On court avec tout ce qu'on a. »

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Une aventure de Richard Bolitho, tome 3 : L..
  21 mai 2022
Une aventure de Richard Bolitho, tome 3 : Le feu de l'action de Douglas Reeman
Tout juste promu officier du roi au grade de lieutenant, Richard Bolitho âgé de dix-huit ans, embarque sur la frégate "la Destinée" sous le commandement du capitaine Dumaresq en tant que troisième lieutenant.

Une fois armée, la frégate lève l'ancre et fait voile vers une mission au motif mystérieux dont seul le capitaine connaît le but et la destination.

Ce troisième épisode, à l'instar des deux premiers, va se révéler très animé avec une intrigue mêlant espionnage et action ayant en toile de fond les us et coutumes de la Royal Navy et son protocole rigide et guindé.

Le contexte est définitivement le point fort de cette série qui se révèle passionnante, on finit par s'habituer sans se lasser au rythme des quarts et aux termes techniques employés.

Une fois encore les personnages gravitant autour de "Dick Bolitho" sont bien dessinés, le capitaine Dumaresq "Maître après Dieu", le premier lieutenant Palliser, ambitieux et guindé, Stockdale le colosse, une recrue précieuse au passé mystérieux, et d'autres encore.

Il y a le regard de Bolitho sur les jeunes aspirants, il était à leur place il y a peu et c'est l'un des aspects sympathiques de l'histoire que de le voir manifester de l'empathie pour eux.

J'apprécie toujours autant le déroulement des engagements sur mer avec un style clair et vivant, je vais par contre mettre un bémol sur les engagements à terre que j'ai trouvé plus décousus et imprécis, c'est du moins mon ressenti.

L'autre point fort selon moi est que l'auteur à réussi à camper un personnage principal doté d'une psychologie intéressante aux états d'âmes en rapport avec son âge, ce sera particulièrement évident dans cet opus à différents niveaux.

Voilà, il me reste encore plus d'une vingtaine d'épisodes, ce qui à ce rythme me prendra une dizaine d'années avec je l'espère le même plaisir de lecture à chaque fois.
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À la ligne : Feuillets d'usine
  22 mai 2022
À la ligne : Feuillets d'usine de Joseph Ponthus
Merci à Joseph Ponthus d'avoir écrit sans point aucun son quotidien sa femme le covoiturage le doigt de l'autre amputé l'usine de poisson pané, les carcasses de l'abattoir la douche les chefs les sous-chefs et les audits

Véritable hymne inversé du travail à la chaîne qui dénonce les conditions de travail à l'usine, les corps des hommes qui souffrent comme ont dû souffrir ceux des bêtes

A ne pas lire au petit matin en se réveillant car certains passages sur les mamelles des vaches m'ont pris au dépourvu et j'étais pas loin des larmes à l'aube de ma journée

Et la lettre à sa mère pour ne pas l'inquiéter... my god !

Tout dans ce livre m'a plu à en avoir mal au dos pour lui merci encore monsieur Ponthus d'avoir pris le temps d'écrire au bout de ces journées épuisantes

Je pense à vous là où vous êtes à présent sans plus rien à tirer ni à pousser je l'espère.

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Le Prince des Marées
  21 mai 2022
Le Prince des Marées de Pat Conroy




"Ma blessure a pour nom géographie. Elle est aussi mon ancrage,  mon port d'attache."



***



Grande figure de la littérature du Sud des États-Unis aujourd'hui disparue, Pat Conroy signe ici un roman magistral à la fois sombre, poétique et déchirant. Ces quelques 1076 pages sont un véritable pavé lancé en plein cœur.



Puisant dans sa propre enfance meurtrie la matière de son oeuvre, l'auteur livre un récit éblouissant de justesse,  de profondeur et d'humanité où chacun pourrait bien (re)trouver un bout de soi.



*



"La folie attaque les regards les plus doux et larde les flancs les plus tendres."



Souffrant de troubles psychotiques, Savannah vient d'être hospitalisée après une énième tentative de suicide. Bientôt sortie du coma, elle reste mutique dans un état de prostration totale. 



Si le Docteur Lowenstein - psychiatre en charge de son suivi - veut l'aider à briser cette spirale infernale, il lui faut en apprendre davantage sur elle.



Prêt à tout pour sauver sa sœur, Tom accepte de s'abandonner aux confidences en exhumant les fantômes d'un passé qu'il s'efforçait jusque-là d'oublier.



"Je vivais depuis trop longtemps à la surface de la vie, et elle m'a entraîné doucement dans les eaux profondes où toutes les épaves, tous les squelettes, toutes les coques noires attendaient mon inspection hésitante."



*



D'anecdotes tendres en souvenirs douloureux se dessine peu à peu le portrait d'une famille dysfonctionnelle, engluée dans ses mensonges, rongée par la violence et le poids des non-dits.



L'auteur en décrit brillamment les ravages et explore avec grande acuité toute la complexité des relations filiales sur plusieurs générations.



Une lueur d'espoir naît de cette voix qui se libère enfin, venant soulever la chape de silence qui a ruiné tant d'existences.



*



Porté par un souffle narratif puissant et une prose envoûtante, ce livre m'a happée dès les premières lignes, emportée dans un tourbillon d'émotions intenses.



En dépit de sa tonalité dramatique, il parvient à éviter admirablement les écueils du pathos larmoyant et du manichéisme. 



C'est un patchwork de vies foisonnant, captivant, où se confondent joie et tragédie, douceur et âpreté, beauté et sauvagerie, loyauté et trahison, effondrement et reconstruction.



C'est une mélopée dont les accords ont résonné fort en moi et m'accompagneront longtemps. 



***



Famille,  je vous haime…

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Ma mémoire assassine
  18 mai 2022
Ma mémoire assassine de Young-Ha Kim


En littérature on retrouve habituellement deux sortes de tueurs : d'un côté les psychopathes dont les crimes se nourrissent le plus souvent d'évènements traumatiques liés à l'enfance, pénalement responsables ils sont conscients de leurs actes, organisent méticuleusement leurs crimes, infligent sévices et tortures, enterrent leurs victimes ; de l'autre les psychotiques, qui à l'inverse ne préméditent pas leurs crimes, n'ont pas conscience de leurs actes puisqu'ils répondent à une pulsion violente et désorganisée. Mais alors à quelle catégorie appartient Kim Byeong le narrateur de ce récit ? Je vous avoue qu'au commencement de ma lecture j'avais opté pour la première catégorie, me disant, oui, Kim Byeong est un tueur psychopathe, du moins il l'était, comme on peut l'être quand on découpe en petits morceaux l'amant de sa femme et qu'on le balance dans une porcherie ou que l'on tue froidement la mère de sa fille adoptive mais à l'issue de ma lecture je ne sais plus, je suis pleine de compassion et d'indulgence envers le personnage.



Dans ce récit qui fait moins de 200 pages Kim Young-ha nous livre les confessions d'un tueur pas comme les autres, il donne la parole à un homme vieillissant et fragilisé par la maladie qui pourrait être votre voisin, votre père, votre grand-père si ce n'est qu'il a commis son premier crime à l'âge de 15 ans en étouffant son géniteur avec un oreiller pour protéger sa mère et sa soeur, prémices d'une pulsion meurtrière qui ne le quittera plus durant près de trente ans.



Mais aujourd'hui Kim Byeong a 70 ans, il aspire à une retraite paisible, l'art de la poésie a remplacé l'art du meurtre depuis près de deux décennies, il ne tue plus, il compose des poèmes, nous cite le Sûtra du Coeur, nous conte Ulysse. Une retraite bien méritée, pourrait-on dire cyniquement, pour celui qui était pris des années durant d'une frénésie de nettoyage et faisait disparaître les cadavres de ses victimes en les enterrant dans le petit bois dont il a la propriété situé juste derrière sa maison en contrebas de la montagne, les cadavres de tous les malheureux qui ont eu la malchance de croiser son chemin, devenus désormais le terreau fertile dont se nourrissent les hauts bambous dont les tiges trônent fièrement vers le ciel comme dans une dernière prière à la mémoire des trépassés dont les meurtres sont restés non élucidés à ce jour, certains ayant même été attribués aux espions nord-coréens dans les années 80.



De ses motivations à tuer nous saurons peu finalement si ce n'est une certaine foi et une certaine recherche du bonheur dans l'acte meurtrier car l'ancien tueur froid et insensible, peu enclin aux remords, perd ses mots, perd peu à peu sa raison d'être et d'exister, il est atteint de la maladie d'Alzheimer qui ronge sournoisement sa mémoire, faisant de lui un être sans passé et sans futur et ce qu'il redoute le plus encore : un être dépendant, un poids pour sa fille adoptive Eun-hee qui ne le reconnait plus et envisage de le placer dans une structure adaptée. Alors pour la première fois de sa vie Kim Byeong doute. Il doute quand il se réveille le matin en un lieu inconnu, il doute quand il cherche le chien de la maison qui n'existe pas, il doute car sa fille fréquente depuis peu un individu louche répondant au nom de Pak Ju-tae qui pourrait bien être le tueur en série qui sévit depuis peu dans la région. évènement qui va le pousser à se battre contre un ennemi silencieux et redoutable qui n'est autre que lui même avec un seul but, chaque jour, celui de parvenir à recoller les morceaux de sa mémoire défaillante qui filent pareils à des petits bouts de papier dans un tourbillon de vent, le laissant sans cesse essoufflé de sa course effrénée à les rattraper.



Un récit sombre empreint d'une belle poésie, duquel parviennent à s'échapper quelques rais de lumière, qui nous est narré sous la forme d'une confession et dont la force réside dans la dualité et le caractère ambigu de son personnage principal qui dès les premières pages nous entraîne avec lui dans un jeu de piste troublant dont les indices et l'itinéraire se brouillent au fur et à mesure que nous progressons dans la lecture. Un juste retour des choses, une punition divine nous dit-il, résigné à accepter son sort. Peut-être bien car semble venu le temps des aveux et de la rédemption.



Bien évidemment le personnage qui m'a touchée dans ce récit n'est pas le tueur impassible qui ne connaît pas le remord mais l'homme fragilisé par la maladie, emmuré dans son présent, peinant à discerner la réalité, semant le trouble et la confusion chez le lecteur qui, arrivé en fin de lecture, n'aspire plus qu'à une seule chose : sortir du brouillard dans lequel il s'est empêtré et voir enfin apparaître la vérité. Mais quelle vérité ? Celle d'un tueur indifférent au sort de ses victimes ou celle d'un homme confus qui n'a plus toute sa raison ?



Un excellent polar noir dont le dénouement est particulièrement réussi, adapté sur grand écran par Won Shin-yeon en 2017 (je visionne le film ce soir) mais surtout une belle réflexion sur la maladie d'Alzheimer que je vous invite vraiment à découvrir.







* Merci à Sandrine (HundredDreams) et à la dame Michka (Mh17) dont les critiques ont motivé ma lecture.

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L'homme que je ne devais pas aimer
  20 mai 2022
L'homme que je ne devais pas aimer de Agathe Ruga
Deux livres, j’en retiens deux, de ces livres qui réveilleraient n’importe quel mort et soufflerait le baiser de l’amour fou, de la passion. La Plus que vraie d’Alexandre Jardin l’année dernière et cette année, L’homme que je ne devais pas aimer d’Agathe Ruga.



Qui n’a jamais rêvé d’aimer comme un fou/une folle, qu’on me donne l’envie scandait le crooner, je l’aime à mourir pleurait le français, puis résonnent ces vers,

comme à un rocher

comme à un péché

je suis accroché à toi

tu m'as privée de tous mes chants

tu m'as vidée de tous mes mots

pourtant moi j'avais du talent

avant ta peau…



Comme Lara ou Serge, comme bon nombre d’entre nous, Ariane est tombée malade en tombant amoureuse. Tout se gangrène, toute sa vie devient intox, un combat de boxe contre un paradoxe dans sa vie réglée à l’inox, son cœur une box à trémolos, joue contre jour au son d’une juke-box qui pleure Je suis malade.



Malade d’amour malade de toi.



Pourquoi une femme mariée mère de jolies petites filles se met-elle à fantasmer sur ce bellâtre italien qui sert au bar d’à côté ? Ariane nous le raconte en dévoilant quelques pans de sa jeunesse où les hommes ont toujours eu un pouvoir immense dans la vie de sa propre mère.



Tout homme devrait lire ce roman car oui messieurs, vous y avez ici le premier rôle. On se fout de votre carte de crédit, nous ce qu’on veut, c’est qu’ « un homme attrape nos tripes sans nous parler ni même nous toucher, sentir les fibrillations cardiaques de notre époque, son insouciance et ses idéaux on veut écouter du rap opaque dans des bras déraisonnables. »



Alors si un jour vous rencontrez une femme à qui vous demandez « qu’est ce que tu veux? » et qu’elle vous répond «Je voudrais juste être un beau voyage dans ta vie. », ne la laissez pas partir.



Quand Agathe Ruga parle d’amour, elle le fait avec ses tripes et sa chair, avec ses doigts humides, elle glisse sur les courbes de l’amour, elle s’arrête sur le séant de la passion, elle appuie sur le manque, la faim, elle reprend l’ardeur dans le regard, elle s’arrête bien après l’épuisement, ça sent la bête, ça sent la folie, mais qu’importe car oui, Agathe, c’est dans le brasier de l’amour fou qu’on se sent vivant comme jamais.
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La Carte postale
  19 mai 2022
La Carte postale de Anne Berest
J'ai enfin lu ce roman dont on a tant parlé et c'était magnifique. Anne part à la recherche du destinataire de la carte postale reçue par sa mère il y a quelques années, sur laquelle ne sont inscrits que les quatre prénoms de ses grands-parents et oncle et tante morts à Auschwitz.

Véritable saga familiale autobiographique, on va suivre et apprendre à connaître Ephraïm, Emma, leur famille et leurs trois enfants.

Des années 20 jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale, de la Russie jusqu’à Paris en passant par la Palestine, des temps de paix au désespoir le plus noir, ce sont les vies de ces ancêtres qu'Anne va découvrir. Des personnages complexes, attachants et dont le rapport à la religion varie. Elle sera aidée dans son enquête par sa mère, véritable archiviste de la famille. Grâce à ses recherches, l’autrice, et nous, allons être témoins de la déportation, de la résistance, des fuites, des cachettes, la peur au ventre. Mais aussi des rencontres, des histoires d’amour, d’amitié, de courage, d’espoir, de culpabilité aussi...Il y a beaucoup de personnages intéressants, certains très attachants.



Si le judaïsme a pris une place importante dans la vie de ces ancêtres, ce n’est pas le cas pour l’autrice. Les découvertes qu’elle fait lui font entamer une réflexion sur son identité. L’importance de la transmission est présente tout au long du roman. Le choix inconscient des prénoms, des métiers,...un thème effleuré mais qui questionne.



J’ai beaucoup aimé me plonger dans ces vies et ces souvenirs. Certains passages sont terribles, d'autres très doux. La révélation sur l’expéditeur de la carte n’en est pas vraiment une mais je ne crois pas que c’était le but recherché. L’écriture limpide et sincère m’a tenu en haleine.

Un très beau roman hommage
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Histoires de la nuit
  20 mai 2022
Histoires de la nuit de Laurent Mauvignier
Première lecture d'un livre de Laurent Mauvignier et quelle lecture !

D'entrée de jeu, j'ai été fascinée, hypnotisée par cette écriture qui s'enroule dans un labyrinthe sans fond, cette écriture qui est littéralement fondue enchaînée comme une succession de photos qu'on regarderait en diaporama à toute allure.

Laurent Mauvignier fait plus que développer un suspense qu'on pressent déjà morbide, toutes ces phrases nous mènent sur le chemin du drame qui va se jouer dans cet petit hameau où vit une famille et une voisine.

Marion, la maman de la petite Ida lui lit chaque soir une histoire tirée d'un livre intitulé : Histoires de la nuit. Cette nuit opaque, terrifiante qui en fait repose sur sa maman qui a du fuir l'horreur pour sauver son enfant.

L'intrigue dont je ne dirais plus un mot est savamment ficelée avec des clins d'œil satiriques et salvateurs de l'art de la peinture. Christine, la voisine et amie de la famille, une personne qui s'est marginalisée ne pouvant vivre en ville sa vie d'artiste avec tous les clichés qui vont avec.

Tous les personnages dans ce roman sont attachants y compris " les méchants" dont leur vie a été abîmée très tôt conduisant l'un d'eux à la folie.

Laurent Mauvignier cultive l'art de nous faire rentrer dans les coeurs, dans ces âmes meurtries en disséquant les sentiments, les nobles comme les plus vils.

Un très bon moment de lecture !
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L'amour est une saison
  18 mai 2022
L'amour est une saison de Otis kidwell Burger
L’amour est une saison et pour Otis Kidwell Burger, un été sera cette saison, l’été 1957.

Dans une préface sincère, l’autrice évoque le contexte dans lequel éclos cet amour : une vieille maison isolée et inconnue, des vacances estivales avec famille, amis, enfants et les Catskills comme terrain de jeu (baignades, barbecues, randonnées, cueillettes de baies etc.), un belvédère vibrant, témoin de chassés-croisés amoureux.



C’est dans ce refuge temporaire, installé au coeur des monts Catskill, dans ce havre de paix et de vie que Otis Kidwell Burger à la faveur de nuits scintillantes écrit des poèmes, des sonnets, une forme particulière adoptée pour la première fois, à l’homme qui l’a éveillée mais cela elle ne le sait pas encore. Un cadre et un lieu inspirant qui dès la première nuit convie l’autrice à coucher ses ressentis sur du papier alors que la présence d’âmes défuntes, de fantômes rodent autour d’elle : une peur présageant d’une grande joie, une solitude aux aguets en attente de partage pressentant une rencontre.



Quarante six sonnets pour Quarante six pauses d’instants capturant l’essence d’une union, d’une harmonie, de son atmosphère. Un recueil, fruit d’une histoire d’amour dont la trame se tisse au gré des fils affectifs et émotionnels. Des mots qui éclatent, jaillissent sans entrave, se dilatent pour devenir intemporels, des visions d’une passion naissante, vivante.



Les mots d’Otis courent, glissent tendrement comme des caresses échangées par des amants. Un débordement de reconnaissance à son homme Pan qui lui offre aux crépuscules, dans la magie d’un été, les mystères et les secrets de l’amour, de la vie et du vivant avec la complicité du ciel et de la terre. Des textes marqueurs d’émotions, des jours et des nuits qui s’égrainent dans le bruissement du vent, le fourmillement de la nature, et les courants des torrents. Oui, l’ amour est une saison .

« L’amour est une vacance, un séjour dans un autre pays. Pourquoi le coeur le confond-il toujours avec un retour chez soi ? » .



Une parenthèse poétique, une célébration de l’amour, de la liberté et de la nature ; une très belle découverte dénichée dans l’étagère d’une petite librairie indépendante.



Retrouvés par Otis Kidwell Burger dans le tiroir d’un vieux bureau ces textes ont été publiés de son vivant sous forme de recueil en 2018. Je remercie Christian Garcin pour cette traduction qui m’ a envoûtée et nous permet de découvrir cette auteure décédée en 2021 à l’âge de 98 ans.

L’amour est une saison a été édité par Rue de l’échiquier en 2022.



Un gros coup de coeur.
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Le Jeune Homme
  20 mai 2022
Le Jeune Homme de Annie Ernaux
Le reflet du temps qui passe.



30 ans de moins et sans argent, l'homme qui consume de passion la narratrice se fait révélateur de son propre désir et de ses manières bourgeoises. Devant l'inconvenance sociale de cette union, elle redevient la fille scandaleuse fière de son genre et de sa classe. Une ode à la puissance de la conscience sociale. 



40 pages à peine, avec une police d'écriture large, mais non moins essentiel. Ce n'est pas la longueur d'un texte qui importe selon moi, mais ce qu'il peut dire ou fait surgir à sa lecture. Un texte court qui parle de sujets que de nombreux longs romans n'abordent jamais : la conscience de classe et la

condition d'être une transfuge qui refuse d'oublier ses origines sociales ; le scandale encore et toujours d'être une femme libre aux yeux de certains hommes et d'autres femmes.



Dans ses yeux se reflète sa jeunesse qui n'est plus, physiquement bien sûr, aussi socialement. Il est

étudiant quand elle est devenue professeure et écrivaine reconnue. Avec lui, elle est de nouveau cette jeune femme que d'aucuns trouvaient effrontée portant des robes courtes sur les plages normandes, mais elle n'a plus honte désormais d'être libre en tenant la main d'un garçon de trente ans de moins qu'elle.



Encore une fois, avec le Jeune homme, Annie Ernaux parle d'elle pour mieux parler de nous tous. Un texte bref et irradiant comme peut l'être une passion, celle d'être une femme ou un homme tout simplement.
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Au-delà des ombres
  17 mai 2022
Au-delà des ombres de Sophie Kester
Emily est une jeune femme que la vie n'a pas épargnée. Elle n'a jamais connu sa mère et son père a fait ce qu'il a pu pour élever seul sa fille en noyant son chagrin dans l'alcool. En plein divorce, Emily se retrouve enceinte et se voit assaillie de doutes elle qui a grandi sans l'amour d'une mère.

Pourtant Emily n'est pas femme à se laisser abattre. Avec son diplôme de sociologue, elle se rend compte que le monde du travail est semé d'embûches. Sous les conseils de sa bonne amie Emma, la voilà à tricher sur son cv et à postuler à un poste d'assistante des finances, un monde à cent lieues d'elle et qui l'amènera à voir sa vie chamboulée.



Sophie Kester signe ici un premier roman réussi sur toute la ligne. Elle campe des personnages clés d'une grande richesse humaine, on s'attache à Emily, à son boss Frédéric, à la petite Sophia et d'autres encore.



L'écriture est fraîche et élancée, elle nous prend par la main avec délicatesse et douceur. le monde du travail est très bien rendu et malgré le côté romance dont je ne raffole pas en général, ici, tout m'a semblé crédible tant les personnages ont pris corps devant mes yeux.



Sur fond d'enquête et de malversations, ce livre se lit avec grand plaisir grâce aussi aux nombreux dialogues qui animent et dynamisent l'ensemble.

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Après la pluie
  22 mai 2022
Après la pluie de Chiara Mezzalama
Dans un style à la fois épuré et profondément humain, Chiara Mezzalama signe un roman sur les carrefours de vie quand un couple après des années ensemble éclate faute de ne pas avoir conjuguer sur le même tempo le verbe aimer.



Elena s’en doute depuis des mois, son mari Ettore la trompe. Elle quitte tout brusquement, mari et enfants et part se réfugier dans la maison de son enfance en Ombrie.



Ettore lui n’a rien vu venir, son histoire passionnée avec Claudia vingt ans plus jeune, son couple avec Elena qui sombre car la flamme s’en est allée ailleurs. Chacun fermait les yeux pour les enfants, pour les habitudes, pour le « sait-on jamais ».



Pendant ce temps, sur Rome s’abattent des pluies torrentielles après des jours sans fin de sécheresse. Et ce couple où chacun de son côté sombre de plus en plus.



« Depuis un coin du jardin du Hêtre roux, on voyait la vallée du Tibre ; d’en haut, on aurait cru un petit fleuve, une créature tout à fait innocente qui venait pourtant de se transformer en un monstre affamé, furieux et aveugle. »



Il tombe à verse. Le ciel est noir. Les arbres tombent. Les gens crient, pleurent. Dehors ressemble à un exode biblique. Les difficultés pour que le couple se retrouve sont nombreuses. Les obstacles partout. La peur s’infiltre. La solitude amène les regrets, la culpabilité.



Il y a dans ce roman beaucoup de réflexions sur le réchauffement climatique, l’écologie y a certainement le premier rôle où les catastrophes naturelles font écho à ce couple qui voyais, qui savais mais n’a rien fait pour éviter le pire.



L’éveil de la conscience résonne à chaque page en faisant plier la nature, diaboliser l’homme qui consomme à tout va en piétinant la terre qui le nourrit et l’a fait naître.



« Comment, quand le temps sera venu, affronter et sans doute réinventer un avenir ? »
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Oui-Oui au pays des jouets
  20 mai 2022
Oui-Oui au pays des jouets de Enid Blyton
Oui-Oui est taxi driver la nuit à Miniville, une cité ou règne la corruption, le banditisme, la perversion et la violence.

Il vient de transporter Nestor Bouboule, un ourson en peluche, un des ses amis qui porte toujours sa casquette à l'envers. Il deale des champignons hallucinogènes qu'il ramasse dans la forêt du pays des jouets. Après l'avoir déposé près d'un bar, il a pris Mirou pour une nouvelle course. C'est une oursonne très sexy, une de ses amies, une call girl au grand coeur. Puis après c'est au tour de Potiron de prendre place dans le véhicule. C'est un nain futé et le meilleur pote de Oui-Oui. Il porte toujours un bonnet rouge avec une tête de pirate. C'est un escroc à la petite semaine qui arnaque les nigauds qui lui font confiance.

La journée est enfin fini pour Oui-Oui qui retourne chez lui. Il voit dans son rétroviseur une bagnole de flic qui lui fait des appels de phares pour qu'il s'arrête. M. Le gendarme sort de la voiture de police et va voir Oui-Oui. Ce flic est corrompu jusqu'à la moëlle. Il lui ordonne de se rendre à l'arrière du véhicule de police. Notre héros obtempère, il n'a pas le choix. Là l'attendent Sournois et Finaud, deux lutins pervers et sadiques, membres de la pègre de Miniville.

- Et alors notre petit cadeau, tu y as pensé ?

Oui-Oui leur donne la moitié de sa recette et regagne sa voiture. Il regarde dans son rétroviseur la voiture de flics repartir. Bientôt il quittera cette cité pourrie. Il hésite encore pour sa prochaine destination entre le pays de Candy ou celui des Bisounours.

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Proust fantôme
  21 mai 2022
Proust fantôme de Jérôme Prieur
J'ai commencé à lire Proust à l'âge de dix-sept ans, dès lors il ne m'a plus quitté, c'est ma plus belle amitié littéraire.

J'ai découvert le livre de Jérôme Prieur, la semaine dernière au musée juif de Paris où se tient actuellement une exposition sur la judéité de Proust par sa mère.

Dans son livre, Jérôme Prieur part à la recherche de qui était Marcel Proust, les lieux où il a vécu mais aussi la quête "proustienne"

" Quelque chose d'aussi troublant et d'aussi délicieux, quoique des plus immatériels, l'odeur mélancolique, le Parfum impérissable du Passé"



Jérôme Prieur met habilement Proust en relation avec un autre écrivain qui recherche l'usage du Temps. Kafka qui ne survivra à Proust que dix huit mois de plus

Jérôme Prieur nous donne de nombreux éclairages sur l'œuvre de Proust et Proust lui-même, son rapport à la photographie, au cinéma.

Il l'imagine aussi vivant plus âgé, ce qu'il aurait peut-être dit ou pensé.

J'aime beaucoup cette phrase qui correspond le mieux pour moi à Proust et qui sera ma conclusion.



" Engoncé dans ses cols, le plastron bombé, la taille d'autant plus cambrée que ses vêtements étaient trop ajustés _ son habit de soirée datait d'une autre époque _ il donnait l'impression de ne pas vivre dans le présent, mais d'être resté en arrière, une ou deux générations plus tôt, dans les eaux du passé, dans un passé qu'il ne pouvait quitter sous peine d'en mourir. "
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Pourquoi j'écris et autres textes politiques
  22 mai 2022
Pourquoi j'écris et autres textes politiques de George Orwell
George Orwell, journaliste politique.



De courts textes politiques rassemblés dont on pourra retrouver l’échos dans ses romans mais aussi à travers notre actualité : guerre, sort des plus démunis, journalistes aux ordres du pouvoir. Une belle entrée en matière pour mesurer son engagement et son attachement sans relâche dans la lutte contre toutes les injustices.



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Le Serpent majuscule
  21 mai 2022
Le Serpent majuscule de Pierre Lemaitre
Policier. le serpent majuscule, c'est celui/celle qui a tué un sous-préfet milicien, un allemand, son conjoint, Mr Quentin, Constance, Lavergne et un dommage collatéral, Ludo, une asiatique, René, Buisson, un garagiste, Dieter et Henri.

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Dans ce livre, il y a Mathilde, 63, ronde, qui a été belle, avec du caractère ( je verrais bien Josiane Balasko dans le rôle ) ; Latournelle, le commandant de la résistance pendant la guerre, un « colonel Moutarde » dont Mathilde est secrètement amoureuse ; Vassiliev, inspecteur déguingandé qui a du flair ; son chef, le commissaire Occhipinti, orgueilleux, paresseux, jaloux et hypocrite ; Monsieur de la Hosseray, ancien sous-préfet qui « débloque » ( Alzheimer ), son infirmière Tevy, qui en pince pour Vassiliev, fils adoptif de Monsieur ; Lepoitevin, voisin pénible de Mathilde ; Madame Veuve, femme hautaine du PDG Quentin décédé, la femme de ménage qui a versé dans la drogue, mais qui se tient à carreaux pour récupérer son fils ; et enfin le dalmatien très « chien » de la couverture qui appartient à Mathilde.

Le gros vers Occhipinti empêche, par son orgueil, le grand chien mouillé Vassiliev de résoudre le crime du petit serpent ravissant, Mlle Latournelle, crime accompli par le serpent lové quelque part, le serpent majuscule.

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On dit que ce polar est comique. Pour moi, il ne l'est pas. le scénario est bien construit, même si on connaît l'assassin, tueur à gages à forte personnalité dès le début. Deux personnes sont atteintes d'Alzheimer, l'une en est au début, et l'autre, Monsieur, à un stade plus avancé.

Les ravages d'Alzheimer, qui n'est pas nommé par l'auteur sont terribles !

En 1985, date de ce premier roman, cette maladie avait-elle un nom? Pierre Lemaitre utilise « débloque », « gâteux », « démence sénile ».

Ma belle-mère a été atteinte de démence sénile, proche d'Alzheimer, comme Monsieur. Elle a été hospitalisée à Chantilly, comme Monsieur. Ils ne se sont pas rencontrés, car pour elle, c'était en 2016. Je considère que c'est une des maladies les plus tristes, les plus terribles et les plus émouvantes qui soit.

Le suspens réside dans une question :

Monsieur sera t-il capable, pendant ses phases de lucidité, de dénoncer le serpent majuscule insoupçonnable, mais dont il a noté, en tremblotant la plaque d'immatriculation, à la police, et ce, avant d'être interné en établissement spécialisé ?

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Je n'ai mis que trois étoiles car je n'aime plus trop les polars. Comme je n'avais pas de livre sous la main, je l'ai pris chez ma libraire pour passer le temps au café en attendant ma femme :)
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Des fleurs pour Algernon
  24 mai 2022
Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes
Lorsque les avancées scientifiques et les essais sur la souris Algernon semblent prometteurs, une équipe scientifique choisit Charlie Gordon, un simple d’esprit qui s’est distingué par son attitude particulièrement volontaire aux « cours pour adultes arriérés ». Ils vont alors tester sur lui une procédure pour le rendre intelligent.

On suit les avancées de cette expérience au travers des comptes rendus que Charlie doit écrire régulièrement. Cela nous permet de se rendre compte « en temps réel », de ses progrès. Malheureusement, avec l’intelligence vient des changements brutaux sur la vie de Charlie auparavant, et celui-ci va être obligé de remettre en cause l’ensemble de ses souvenirs et de ses rapports humains.

C’est une approche très humaine et clairvoyante tant de l’attitude des gens « normaux » face aux personnes moins intelligentes, mais aussi des limites à une approche uniquement scientifique de certaines procédures médicales. Ce livre est bouleversant, très bien écrit, mais il est très difficile d’en parler sans en dévoiler trop. Si ce livre date des années 60, il reste à lire d’urgence !

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Elle venait de Marioupol
  21 mai 2022
Elle venait de Marioupol de Natascha Wodin
J'ai voulu lire ce livre pousse par son titre, portant le nom d'une ville presente ces jours-ci dans tous les ecrans, pour le mauvais et pour le pire.





C'est un travail de recherche qu'a enterpris Wodin sur sa famille, surtout pour essayer de comprendre pourquoi sa mere s'est suicidee quand elle n'avait que dix ans. Elle utilise des livres d'histoire, l'internet, ainsi que des documents d'autres familles pour compenser les pieces manquantes du puzzle qu'elle essaye de completer. Ainsi, malgre un appreciable effort de rigueur historique, “ce qui fut” se mele au “ce qui surement fut”. Et ce, jusqu'aux moments ou elle a quelques souvenirs de son enfance, devenant alors la narratrice du devenir de ses parents jusqu'a la mort de sa mere.





Le livre est divise en quatre parties. Dans la premiere, la quete hesitante du debut, utilisant le web, m'a ete d'une lecture penible. Trop de sites internet visites, trop de noms et de correspondants dans les essais d'echafauder un arbre genealogique ont failli me faire lacher. Mais je suis un lecteur coriace et j'en ai ete recompense par la suite.



La deuxieme partie resume le journal que sa tante Lidia a redige a 80 ans. Les horreurs de la revolution sovietique a Marioupol; l'ostracisme que subit sa famille parce qu'anciens capitalistes; la faim endemique pendant de tres longues annees. “Il ne s'agit que de survie". En 1934 Lidia est jugee comme dissidente et deportee au camp de Medvejia Gora ou elle est lachee dans la nature sachant qu'elle ne peut s'enfuir: il n'y a autour que marais dangereux, forets, ours et loups. La, elle rencontre son futur mari, Youri, qui lui trouve un poste de prof pour des jeunes criminels dans une colonie d'enfants et adolescents entre huit et dix-sept ans. Des gamins des rues, des orphelins, des fils de prisonniers, certains devenus des criminels, des assassins, et parfois dès l'enfance: “Après le cours, Lidia consulte le dossier d'Ivanov 26 qu'elle a désigné comme délégué. Ce jeune de seize ans aux yeux bleus et clairs a déjà tué trois personnes. Il a étouffé sa grand-mère avec un coussin pour lui voler l'argent qu'elle avait épargné pour lui, il a défoncé le crâne d'un homme au marteau lors d'un cambriolage et tué un policier par balle. Il avait douze ans à l'époque.” Sa peine finie elle reste sur place avec son mari Youri et son fils Igor. Quand la guerre eclate, en Octobre 41, ils sont evacues vers le Kazakhstan.



Dans la troisieme partie elle revient a sa mere, Evguenia: elle a travaille pour les allemands a Marioupol et en 43 elle quitte avec les allemands qui evacuent la ville et passe avec son mari six mois a Odessa. “La dernière image de sa ville qui s'offre à ma mère est celle d'une gigantesque destruction. Il est clair depuis longtemps que la guerre est perdue, mais au dernier moment les soldats allemands dévastent ce qui reste encore de Marioupol. Avec une rage aveugle, ils font sauter un bâtiment après l'autre, visent au lance-flammes les fenêtres et les portes des maisons restées intactes, ils détruisent les écoles, les jardins d'enfants, les bibliothèques, les greniers à céréales et les réserves d'eau pour laisser autant de terre brûlée que possible derrière eux.” Mais “le 10 avril 1944, Odessa est reconquis par l'armée rouge – mes parents quittent l'Ukraine au dernier moment.”



Puis vient le sejour de ses parents en Allemagne d'apres des etudes et des archives. A Leipzig, dans l'usine Flick qui produit des avions, comme travailleurs forces, zwangsarbeiters, devant toujours porter l'insigne OST, ostarbeiter, souffrant de faim, de mauvais traitements et toujours de peur. Quand les americains arrivent ils ne sont pas rapatries (par chance. En Russie on les aurait surement juges comme collabos et liquides) et deviennent des DP, "displaced persons", des deplaces, a Nuremberg.



Quatrieme partie: A Nuremberg ils sont heberges (caches) par un allemand et reussissent donc a fuir les camps de DP. le pere reussit a travailler pour les americains dans une chorale de chants russes. Ils essaient de partir en Amerique mais le visa leur est refuse. Puis ils sont transferes au camp de Valka et la commence pour l'auteure l'ecole et la langue allemande. Avec le temps, de DP il deviennent apatrides avec le droit de rester en Allemagne et on leur donne un petit logement a la limite de la ville. En fait ils arrivent a peine a vivre subissant segregation et haine de la part des allemands. le pere voyage avec sa chorale ethnique et reste toujours absent. La mere se laisse de plus en plus aller pour finir par se noyer dans la Regnitz. Elle n'avait qu 40 ans.





Voila pour l'histoire familiale. Qui est beacoup plus que cela parce que le livre touche quelques episodes parmi les plus noirs du XXe. siecle. Certains tres documentes comme le harcelement des bourgeois par les revolutionnaires russes, d'autres qui commencent a l'etre, comme le holodomor, la grande famine provoquee par Staline qui fit des millions de morts en Ukraine, et un qui reste encore dans une certaine obscurite, l'exploitation de millions d'esclaves amenes de l'est par les nazis pour alimenter le capitalisme du Reich et sa machinerie de guerre en quelques milliers de camps de travaux forces.

Les rescapes des camps de la mort ont produit une importante litterature mais les esclaves non juifs qui ont frole l'extermination et y ont echappe grace a leur travail ont ete beaucoup plus silencieux. Ou meme silencies. Car personne n'aurait pu pretendre ne pas etre au courant, ne rien savoir: dans chaque ville allemande, dans chaque ferme autrichienne, ces etrangers etaient presents, soumis, individuellement ou par milliers, a un travail harassant, sinon a des conditions de vie bestiales. Meme le celebre Oskar Schindler avait etaye son entreprise sur le travail des denommes “ostarbeiter", hommes femmes et enfants, polonais ukrainiens ou russes, que les nazis qualifiaient de “materiel humain de derniere categorie”.

Et apres la guerre? Ceux restes en Allemagne ont continue longtemps a etre discrimines, et leurs enfants ont subi l'aversion (jusqu'a la haine) de leurs camarades autochtones. Mais, comme Natascha Wodin, ils ont reussi a transcender, a vaincre tout cela.





En fin de compte, apres un debut trainaillant, Wodin a reussi a ecrire quelque chose d'emouvant. Un travail de recherche tres pousse a fini par devenir une tres excitante litterature. Je suis sorti bouleverse de ce livre. Je n'oublierai pas de sitot sa mere, cette femme qui n'a pu surmonter le poids des abominations qu'elle avait (elle et sa famille) subies. Ce livre de memoire restera dans la mienne.

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