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Critiques les plus appréciées

Là où chantent les écrevisses
  01 août 2020
Là où chantent les écrevisses de Owens Delia
Ce roman est une pépite, une histoire à la fois passionnante, magnifique dans un style épuré, poétique et palpable. Une histoire qui nous fait lever les yeux là où brillent les lucioles dans la nuit.



L’histoire est celle de Kya qui très jeune se retrouve abandonnée par les siens au cœur du marais. Un climat familial difficile avec un père agressif et brutal que chacun fuira les uns après les autres laissant la petite dernière Kya seule avec ce monstre jusqu’au jour où lui aussi partira.

La solitude mais aussi la nature bienveillante la façonneront. Le marais deviendra sa mère. Du haut de ses dix ans, Kya devra se débrouiller, ce ne sera pas toujours facile, analphabète, craintive, naïve, elle deviendra une petite Robinsonne. Bercée dans cet environnement vert et isolé de tout, Kya n’aura de cesse de contempler et d’observer le fourmillement de la vie autour d’elle, se passionnant par les goélands, les coquillages, l’herbe, les oiseaux, elle deviendra la fille des marais, la fille-terre, la fille-arbre, la fille que personne ne voit si ce n’est que comme une bête curieuse.



Elle fera des rencontres qui elles aussi la façonneront, des heureuses et des mauvaises.



Ce roman m’a passionnée du début à la dernière page. J’aurai aimé qu’il ne s’achève pas tant je m’y sentais bien. Il y a le poumon de la terre dans ce chant des écrevisses, une nature exacerbée et mise à l’honneur de façon magistrale. Le personnage de Kya est travaillé, complexe, attachant comme jamais. Même au summum de mon extase littéraire, l’auteure me surprend encore et présente vers la fin un chat avec son mini rôle bien à lui. Quoi demander de plus. J’ai tout aimé dans ce livre. Un gros coup de cœur.

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Ineffaçables
  04 août 2020
Ineffaçables de Clarence Pitz
INEFFAÇABLES - Clarence Pitz - Éditions Nouvelle Bibliothèque - Thriller - lu en juillet/août 2020.



Petit à petit, je me mets à apprécier les policiers et thrillers.



J'ai découvert "Ineffaçables" sur Babélio.



Clarence Spitz est une compatriote, je me suis donc lancée dans cette lecture avec intérêt d'autant plus que toute l'histoire se déroule dans ma ville, Bruxelles, peu de temps après les attentats de l'aéroport et de la station de métro Maelbeek de triste mémoire (22 mars 2016).



D'étranges fresques géantes apparaissent les unes après les autres à intervalle régulier sur les façades d'immeubles de la ville, suivies après chaque apparition de l'une d'elles d'une agression sexuelle particulièrement violente.



Y a-t-il un lien entre ces fresques et ces crimes odieux ?



C'est ce que vont tenter de découvrir Karel, Fred, Franck, Virgile, membres de la Police locale de la Rue Marché au charbon et de la Police fédérale de la rue Royale dans une course effrénée pour découvrir le/les auteur-s de ces fresques et des crimes qui en découlent à travers les communes de Bruxelles-ville, Molenbeek-Saint-Jean, Saint Gilles, Koekelberg, le musée MIMA (Le Millennium Iconoclast Museum of Art, plus communément appelé le MIMA est un musée d'art urbain et de la culture 2.0 situé à Molenbeek-Saint-Jean en région bruxelloise) qui se trouve dans une ancienne brasserie.



Les chapitres sont courts, percutants, c'est affolant.

Clarence Spitz se met littéralement dans la tête de ses personnages, certaines descriptions des scènes sont dantesques.



L'autrice utilise régulièrement des belgicismes, ce que j'ai adoré, c'est savoureux. Chacun d'eux est expliqué en bas de page.



Jusqu'à la fin, j'ai fait un tas de suppositions quant à/aux coupable-s de ces méfaits sordides, Clarence Spitz maintenant le suspense jusqu'au bout.



J'ai aimé ce livre dont j'ai pu terminer les 3/4 restant hier après-midi d'une seule traite, l'ayant commencé il y a une quinzaine de jours. Je ne l'ai pas lâché jusqu'à la conclusion.



J'ajoute que ce thriller est basé sur un fait divers réel, les fresques clandestines de Bruxelles.



Clarence Spitz a dirigé les Casiers judiciaires de Bruxelles durant 7 ans, puis, change radicalement de carrière et devient professeur d'Anthropologie et d'Histoire de l'Art. En 2017, elle se lance dans l'écriture. Son premier roman "La parole du chacal" a été finaliste du concours VSD du polar (VSD, magazine généraliste d'actualité et de loisirs hebdomadaires, devient mensuel en 2018) .



Et pour tous ceux et celles qui veulent découvrir les fresques de Bruxelles, un parcours est organisé.

https://vivreabruxelles.be/parcours-bd-et-street-art-a-bruxelles.html



Prenez soin de vous IL es toujours là !



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L'Epuisement
  29 juillet 2020
L'Epuisement de Christian Bobin
« La poésie c’est suivre son cœur en allant à la fête. »



Cette petite phrase résume à elle seule l’effet Bobin. Ouvrir un de ses livres, c’est vêtir sa petite robe de fête. C’est un rendez-vous nécessaire avec le soleil.



Si l’épuisement guette, plongez dans ce petit livre de Bobin, le magicien conteur du soleil levant.



Comme un funambule dans la toile de la Beauté, comme un baladin dansant dans les jupes de la vie, Bobin expire le souffle de ce que la vie offre de meilleur. L’épuisement guette, personne n’est à l’abris dans la machine infernale de notre société, Bobin offre ici un excellent palliatif pour voir la vie en rose. C’est au cœur du pessimisme et du malheur qu’il renverse la tendance pour nous offrir un uppercut qui résonne comme le plus beau chant qui soit: la vie qui bat dedans et dehors, la vie partout, la vie elle et seulement elle.



Il se penche ici sur divers sujets pour faire jaillir de cet épuisement un regard empreint de bienveillance et de musicalité. De la solitude, il fait jaillir l’essence du bonheur, ses quarante-trois ans à l’époque deviennent un trois ans et quarante ans, si les chômeurs sont épuisés c’est à cause de la trop grande présence du travail que corrobore notre société, si les vieux n’ouvrent plus les yeux c’est parce qu’ils ont oublié l’enfant qui sommeille en eux.



Et toujours l’amour :

« L’amour est le réel désencombré de nos amours imaginaires. »



Et aussi l’écriture :

« L’écriture c’est le cœur qui éclate en silence. »



Et évidemment des enfants : « J’aime les enfants de trois ans. Je les vois comme des fous ou des aventuriers du bout du monde. Il n’y a que l’enfance sur cette terre. »



Lire Bobin, c’est respirer la vie, c’est respirer mieux. C’est comme un enfant de trois ans, mettre ses doigts dans tout et le porter à sa bouche pour se nourrir l’âme et le corps. Lire Bobin, c’est prendre le temps de voir la vie autrement, plus doucement, de s’en imprégner tout entier. Lire Bobin, c’est un repos nourricier. C’est une danse dans le vent. C’est une caresse qui dure et dure. Et ça, ça vaut de l’or.



J’aime cet écrivain et j’aime me pelotonner dans ses lignes. J’en ressens une quiétude exceptionnelle, un éblouissement chaleureux. J’en avais tellement besoin. J’ai trouvé cela et plus encore grâce à ce livre.
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Angkar
  29 juillet 2020
Angkar de Christian Blanchard
Le point de départ de ce roman très noir est absolument passionnant : la double confrontation à des origines troubles et violentes d'une mère et de d'une fille. La mère Champey est une jeune femme adoptée, née pendant le génocide cambodgien qui décima un quart de la population entre 1975-1979. Sa fille, Mau, 6 ans, ne connaît pas la vérité sur son père, sa mère lui faisant croire qu'il est décédé lors d'un accident de voiture lorsqu'elle était bébé. Des événements terribles et le retour de fantômes qu'elle croyait du passé vont faire bouger les lignes en forçant Champey à affronter ses cauchemars, la vérité, sa vérité et celle de sa fille.



Je tiens à souligner à quel point la quatrième de couverture est remarquable peu diserte, ne dévoilant rien de plus que ce qu'il ne faut pour préserver la lecture et les surprises qu'elle recèle. Je n'en dirai pas plus sur l'intrigue, mais ce qui est sûr, c'est que ce roman est très addictif et qu'une fois commencé, on est happé.



La première partie est très puissante, autour de la thématique forte de la mémoire transgérationnelle ou épigénétique : Champey rêve de situations réelles qu'elle n'a pas subies mais qui lui ont été transmis par ses aïeuls, comme si des souvenirs qui n'étaient pas les siens remontaient et explosaient dans son surmoi, tant ils seraient ancré dans sa mémoire cellulaire. Christian Blanchard se sert de cette théorie comme un catalyseur de son intrigue, et c'est très bien amené pour déboucher sur la machine de mort khmer rouge. Les pages sur les suppliciés du camp S-21 ( 17.000 prisonniers torturés dont 1200 enfants, 7 survivant en 1979 ) sont absolument terrifiantes de réalisme.



A mi-parcours, le roman bascule vers de l'action pure, le rythme s'accélère et le coeur du lecteur bat la chamade avec une sensation d'oppression très présente. C'est d'une redoutable efficacité mais j’ai préféré l'ambiance plus introspective de la première partie, qui conférait au roman sa force et son originalité. Là, on retombe sur du plus banal.



°°° Lu en tant que membre des explorateurs du polar Lecteurs.com °°°
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Les trois femmes du consul
  02 août 2020
Les trois femmes du consul de Jean-Christophe Rufin
Retrouver Aurel Timescu pour le second volume de ses aventures consulaires a été un véritable plaisir.



En fait, c’est surtout la plume de Jean-Christophe Rufin qui me régale, son style tout en douceur, plein d’humour et toujours très au fait des pratiques de ces gens qui représentent la France à l’étranger, comme il en a fait l’expérience lui-même en tant qu’ambassadeur au Sénégal.

Après Le Suspendu de Conakry, en Guinée, c’est au Mozambique qu’a été nommé cet anti-héros extraordinaire, originaire de Roumanie où il a subi la dictature de Ceaucescu.

Ce musicien de talent, capable de passer du classique au jazz, sur son piano, se retrouve à Maputo, la capitale, adjoint d’un Consul général qui, pour une fois, tente de lui faire confiance.

Mais Aurel sait parfaitement endormir son monde, ne rien faire, jusqu’au moment où une cause le motive subitement. Lui, le solitaire, vaguement marié à une femme vivant à Paris, est très sensible au charme féminin même s’il se trouble facilement en présence de certaines femmes…

Voilà que dans la Résidence dos Camaroes où il avait logé à son arrivé au Mozambique, le propriétaire, Roger Béliot, un homme très désagréable, est retrouvé ligoté, noyé dans sa piscine. Or, sa première femme, Françoise, venait d’arriver de France pour exiger sa part d’héritage. C’est la coupable idéale aussitôt emprisonnée.

C’est pour elle, parce qu’il ne supporte pas l’injustice, qu’Aurel va tout faire. Enquêter alors qu’il n’est pas policier, il sait faire, endormir la vigilance du Consul, Didier Mortereau, il s’y emploie, mais les obstacles sont de taille dans un pays où la lutte contre les braconniers tueurs d’éléphants pour s’approprier leurs défenses, fait croire en son efficacité.

Aurel rencontre Fatoumata, la seconde femme de Béliot puis Lucrécia (19 ans), la troisième, qui attend un enfant, celle qui vivait avec la victime. Avec sang-froid, détermination, imagination, Aurel Timescu est impressionnant.

Il n’oublie jamais son verre de Tokay, voire plus, mais s’offre le luxe de remuer l’Ambassadeur de France, Jocelyn du Pellepoix de la Neuville, excusez du peu !



Modeste, efficace, toujours vêtu de son pardessus en tweed malgré la forte chaleur, Aurel Timescu m’a encore étonné, amusé et captivé jusqu’au bout de ce roman policier hors normes, qui est suivi, cette année par une troisième aventure que j’espère aussi délicieuse : Le Flambeur de la Caspienne.




Lien : http://notre-jardin-des-livr..
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Peau noire, masques blancs
  02 août 2020
Peau noire, masques blancs de Frantz Fanon
BLACK LIVES MATTER!

La statue de l'impératrice Joséphine de Beauharnais déboulonnée et jetée, à terre, par des activistes anti-colonialistes, à Fort de France en Martinique. "Le Parisien.fr le 26/07/2020.

Statue déjà décapitée en 1991...





Le livre " Peau noire, masques blancs" parlait du rapport ambigu du noir Martiniquais envers le blanc de la métropole, en 1952.

Une antillaise "de la société " se refusera à épouser un noir, en prétextant son manque d'éducation ou son machisme, mais in-fine, c'est surtout à cause de sa couleur de peau...





"Dussé je encourir le ressentiment de mes frères de couleur, je dirai que le Noir n'est pas un homme." Ose Frantz Fanon, écrivain, docteur et psychiatre et... Martiniquais.

"Le Noir veut être Blanc, Le Blanc est enfermé dans sa blancheur. le Noir dans sa noirceur."

Car, les Blancs s'estiment supérieurs aux Noirs, et les Noirs veulent démontrer le contraire."

Comment s'en sortir?

(Nous sommes en 1952. Mais, les mentalités changent difficilement et lentement, voir les actualités sur les crimes racistes.)





Frantz Fanon parle simplement, clairement (pardon!) et avec humour (c'est un psy!) du rapport entre Noir Martiniquais et Blanc. Car "le Noir se comporte différemment avec un Blanc et un autre Noir."

- Dans le langage:

on interdit l'usage du créole dans certaines familles, ("il faut parler le français de France, le français du Français ")

L'indigène, celui-qui-n'est-jamais-sorti-de-son-trou étant le "Bitaco", le pauvre nègre...





Et "parler comme un livre déchiré", c'est parler comme un blanc".

"Comme un livre déchiré", en créole: c'est parler à tort et à travers :-) Le Noir qui débarque, en France, ne parle que français et ne comprend plus le créole.

Mais... Et l'auteur rapporte des anecdotes "comiques" :

Un prêtre a remarqué, parmi ses pèlerins catholiques, un bronzé et lui demande, doucereux:

"Toi, quitté grande Savane, pourquoi et venir avec nous?"

On en rit, mais Frantz Fanon nous éclaire sur le quiproquo et ce parler petit-nègre condescendant, d'un curé... enfariné.





C'est une lecture amusante et instructive, qui peut faire réfléchir sur le racisme et sur les préjugés. L'auteur y convoque Cheik Anta Diop, JP Sartre et d'autres dont Aimé Césaire (député et maire de Fort de France)





"Je parle à des millions d'hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d'infériorité... le larbinisme." Aimé Cesaire, Poète, écrivain et Député Martiniquais.
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Les Oxenberg & les Bernstein
  04 août 2020
Les Oxenberg & les Bernstein de Catalin Mihuleac
Le roman débute en Roumanie, le 29 juin 2001, à Iași, avec un coup de fil que reçoit Sânziana Stipiuc, 33 ans. Son patron lui demande d'aller accueillir une mère et son fils, Dora et Ben Bernstein, deux Juifs américains, à leur hôtel, pour les conduire au musée, puis au restaurant. Elle devra s'en occuper pendant deux jours, car " Ils ont l'intention de démarrer une affaire chez nous." Après discussion, Ben fait à Suzy, diminutif donné à Sânziana par Dora, une proposition de travail à Washington DC, dans l'entreprise Bernstein Vintage Ltd. dont Dora et Joe son mari sont les patrons. C'est Suzy elle-même, la narratrice.

Quelques 60 ans plus tôt, toujours à Iași, la famille Oxenberg, malgré un antisémitisme de plus en plus présent, est en train de faire sa place dans la bonne société de la ville. Jacques, le père, est devenu le meilleur obstétricien de la région et sa femme Roza veille à élever et éduquer leurs deux enfants Lev et Golda, la littérature restant pour elle un hobby. Il vient d'offrir une voiture à son épouse et ils mènent une vie très agréable et confortable dans leur jolie maison.

L'écrivain Cătălin Mihuleac, né lui-même à Iași, fait alterner la vie de ces deux familles. Si les Bernstein ont fait venir Suzy en Amérique, c'est pour exporter des fringues Vintage en Roumanie. Sa mission consiste à choisir les vêtements qui sont susceptibles de plaire aux Roumains. Bientôt, Ben demande la main de Suzy et celle-ci apprend peu après que la famille Bernstein a des racines roumaines.

Ce n'est qu'à la fin du roman que les deux histoires se rejoindront.

L'auteur a su magnifiquement mener cette œuvre de fiction basée sur un fait historique plus qu'horrible. Il s'agit du pogrom de Iași en Roumanie qui a eu lieu en 27 juin 1941. Ce grand tabou de l’histoire roumaine contemporaine est un crime perpétré pendant la Seconde Guerre mondiale par le régime fasciste roumain dans la ville de Iași contre sa population juive. Cela s'est soldé, selon les autorités roumaines, par la mort d'un dixième de la population totale de la ville à l'époque, soit au moins 13 226 victimes sur les 34 662 Juifs iassiotes recensés.

Cătălin Mihuleac raconte avec un humour très caustique, très particulier, fait d'autodérision, les années 1930 qui ont précédé le pogrom, avec la montée du nazisme et de l'antisémistisme. Le contraste est d'autant plus saisissant avec cette famille Oxenberg qui aime la vie et fait tout pour s'intégrer dans la vie de la bonne société. Ses membres ne croient pas en la méchanceté de leurs concitoyens. Ils sont suffisamment naïfs pour ne pas voir les signes frappants de cette peste brune qui va les broyer.

L’auteur raconte également magnifiquement, de façon tellement satirique mais tellement vraie, la manière dont ces Juifs américains, les Oxenberg ont su profiter de la société américaine qui, en ces années 1990, donne sans compter aux œuvres caritatives qui ont besoin d'argent pour leurs programmes sociaux, pour les alcooliques, les homeless, les anciens détenus, les victimes de guerre... et ces organisations, depuis 2000, collaborent avec la société Bernstein Vintage Ltd qui elle, fait de fructueux bénéfices en exploitant le goût immodéré de gens friands de vêtements Vintage ou Second hand. Leurs clients sont en Amérique centrale, en Afrique, en Asie, en Europe de l'Ouest, de l'Est...

En lisant ce livre de Cătălin Mihuleac, je n'ai pu m'empêcher de penser aux écrits de Egar Hilsenrath qui, d'une manière un peu semblable, par la satire, parfois le grotesque a tenté d'écrire contre l'oubli.

Les Oxenberg & les Bernstein est une fiction d'un réalisme cruel qui m'a fait découvrir un épisode de la Shoah en Roumanie que, à ma grande honte, je ne connaissais pas. Je me demande encore comment des humains ont pu participer à de telles exactions et continuer à vivre.

Dans le roman, l'auteur raconte avec une certaine jouissance comment Suzy vend ces vêtements, ces objets Vintage et d'occasion aux habitants qui ont souvent été acteurs ou spectateurs de cette tuerie et avaient pillé les maisons, récupérant les vêtements directement sur les victimes.

Fabuleux bouquin d'une sensibilité extrême où l'ironie et l'humour permettent de décrire l'indicible. La poésie est aussi présente, il suffit de revoir cette gamine Golda, "la princesse des petits canards en caoutchouc", sans oublier ce coup de théâtre final qui apporte une lueur d'espoir.

Un grand merci à Masse critique de Babelio et aux éditions Noir sur blanc pour la découverte de ce roman inoubliable qui me hantera longtemps !

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La Côte sauvage
  04 août 2020
La Côte sauvage de Jean-René Huguenin
Jean-René Huguenin - La Côte sauvage - 1960 : "La côte sauvage" est le seul roman écrit par un auteur maudit mort à vingt-six ans dans un accident de la route peu après sa parution. Comme souvent quand un artiste meurt dans la pleine force de son âge on est en droit de se demander si son œuvre devient culte à cause de sa disparition ou si son talent en est le seul responsable. Indéniablement il y avait un vrai potentiel littéraire dans les lignes écrites ici. Olivier rentre de son service militaire au bout de deux ans dans sa famille en Bretagne. C’est un jeune homme traumatisé et mélancolique qui traite avec indifférence sa mère, sa sœur aînée ainsi que ses anciens amis. A t’il combattu en Algérie comme beaucoup de jeunes appelés à son époque ? Son esprit déborde-t-il de la peur et des violences qu’il aurait pu voir dans cet interminable conflit au point de perdre tout sentiment humain ?Frappé d'omerta l'auteur ne nous dira rien sur cette affligeante sécheresse de cœur. De ses proches atterrés par son comportement seule la cadette trouve grâce à ses yeux. Mais son amour pour elle n’est pas que fraternel, il tend dangereusement vers quelque chose de plus possessif et de plus charnel. Le lecteur se demande alors au fil des mots et avec appréhension si cette relation intime ne va pas devenir incestueuse. C’est une lecture au bord de l’abime le cœur serré par la crainte de voir cette histoire basculer dans un dénouement sordide. Le jeune homme heureusement ne passera jamais ce seuil intolérable mais pour garder sa sœur pour lui, il va tout faire pour la décourager de se marier avec un de ses amis d’enfance. Dansant toujours sur la lame aiguisée du rasoir, Il humiliera celui-ci pour le discréditer tant par jalousie et par désœuvrement que par orgueil. Ses manœuvres malsaines, son comportement irresponsable et ses rêves éveillés de petit garçon capricieux finiront par lui faire perdre l’affection de ces deux êtres et l’estime du reste de son entourage. A la réflexion l’autodestruction d’un être semble être le thème principal de ce livre particulièrement bien écrit. Le style clair et aéré retranscrit parfaitement la tension sous-jacente entre les personnages tout en apportant un peu d’oxygène à ce sujet étouffant. Malgré sa simplicité et la perversité de sa trame il est l'objet depuis sa sortie d’un véritable culte chez les amateurs de littérature. Les plus grands écrivains l’ont encensé reconnaissant en Jean-René Huguenin un des leurs. La projection pour savoir si on avait là le futur Albert Camus ou bien même un Maupassant moderne était impossible à réaliser. Seule l’écriture dans les promesses qu’elle refermait pouvait en être la garante. C’était le cas ici et chacun pourra en juger en lisant ces lignes brillantes qui transformaient une histoire familiale banale en drame poignant et désespéré… lumineusement éphémère
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Le Blé en herbe
  31 juillet 2020
Le Blé en herbe de Sidonie-Gabrielle Colette
La critique en herbe.



« il venait d’avoir dix-huit ans, il était beau comme un enfant, fort comme un homme… »



Chacun se souvient de la célèbre chanson de Dalida mais quelle est l’histoire derrière le tube ?



Sous le ciel bleu de Cancale. C’était l’été...évidemment. Des havenets pleins d’écrevisses à rendre jaloux les courlis. Des jambes de bronze pédalent frénétiquement à travers le pré de mer.



Phillipe et Vinca se connaissent depuis l’enfance, mais cet été, c’est différent. L’adolescence les plonge dans un sourd désarroi. La Dame en Blanc n’est pas pour arranger quoique ce soit.



1923. Sidonie-Gabrielle Colette, future présidente de l’Académie Goncourt, Mata-hari bourguignonne du music-hall, figure libre aux amours saphiques, l’une des plus célèbres plumes de la littérature française fait paraitre « Le blé en herbe », roman au parfum iodé et scandaleux.



« Je crève à l’idée que je n’ai que seize ans ! » Que reste-t-il du scandale ? Probablement pas grand-chose à l’aune de nos pratiques amoureuses ce qui permet de découvrir véritablement le talent d’écrivain de Madame Colette. Ses phrases sont un travail d’orfèvre, elle souffrait beaucoup et longtemps pour leur donner précision et richesse du vocabulaire, elles rendent l’atmosphère bucolique, teintée d’humour et de sonorités allégoriques.



Refusant tout idéalisme, l’écrivaine s’inspire de sa propre liaison avec le fils adolescent de son second mari pour la relation entre Philippe et Madame Dalleray.



Camille Dalleray garde tout son mystère, un livre entier pourrait lui être consacré mais son rôle reste secondaire, par quelques mots, Colette entrouvre ce que peut représenter pour sa sensibilité la rencontre de Philippe.



« Le bain quotidien, joie silencieuse et complète, rendait à leur âge difficile la paix et l’enfance, toutes deux en péril. » Les années de puberté sont témoins des plus rapides turbulences et des plus profonds changements qu’il est donné à une existence humaine d’éprouver.



C’est cet « âge difficile » que Colette choisi de raconter, celui où les adultes ne sont plus que des « Ombres » et où les vagues de la sensualité, étincelantes sous l’éros estival, nous entrainent au large. Un âge ingrat dans toutes ses ingratitudes, gonflé d’orgueil et de maladresse où l’on est comme locataire de son propre corps et de ses sentiments en travaux.



La fameuse « première fois », idéalisée, survendue par le cinéma ou bien noircie et inhibée pour mieux la retarder, retrouve ici toute son authenticité et son malaise…et si c’était à refaire ?



Bel été,
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Moi, Tina Modotti, heureuse parce que libre
  29 juillet 2020
Moi, Tina Modotti, heureuse parce que libre de Gérard de Cortanze
Troisième roman de Gérard de Cortanze que je lis. Après Laisse tomber les filles roman assez léger, j'ai eu le très grand plaisir de découvrir Femme qui court (Prix Historia 2019) qui retrace l'épopée de Violette Morris. Et voilà que je découvre à ma médiathèque favorite son dernier roman Moi, Tina Modotti, heureuse parce que libre, qui comme le titre l'indique, va suivre, cette fois la vie de Tina Modotti, que, grande lacune de ma part, j'avoue ne pas connaître.

Le livre débute en 1896 par un mini résumé de la situation un peu partout dans le monde, pour arriver en Italie, à Rome, au Frioul, faire escale à Udine, ville située au cœur de cette région et s'arrêter enfin au numéro 113 de la via Pracchiuso, où le 17 août 1896, une femme accouche. Le bébé est le troisième enfant de Assunta et Giuseppe Modotti. Il s'agit d'une fille prénommée Assunta Adelaïde Luigia, vite surnommée Tina. La mère est couturière et le père, mécanicien, fait partie des 10 à 15 000 activistes qui répandent la théorie marxiste.

Des raisons économiques et politiques poussent la famille à partir et à s'installer à Klagenfurt, Tina est à peine âgée de deux ans. Ils y resteront jusqu'en 1905 puis la vie en Carinthie devenant de plus en plus difficile, plutôt que de souffrir loin de leur patrie, ils rentreront à Udine. Mais Giuseppe pense comme beaucoup d'autres que la solution ultime pour échapper à la misère est le départ aux Amériques, d'autant qu'il est surveillé de près par la police, eu égard à ses activités politiques.

Il décide donc de partir rejoindre son frère Francesco aux Stati Uniti, le 19 juin 1905. Ce n'est pas une fuite mais un projet. Il partira et fera venir le reste de sa famille dès qu'il aura pu réunir la somme nécessaire au voyage. En 1911, Mercedes, l'aînée sera la première à le rejoindre. Tina se retrouvera en quelque sorte soutien de famille. Elle doit quitter l'école et s'engager dans des ateliers de filatures et travailler douze heures par jour. "Cette lutte incessante contre la pauvreté va la marquer à jamais." Petite lueur d'espoir avec l'oncle Pietro, photographe réputé, qui lui apprend les rudiments du métier. C'est avec lui "qu'elle vit ses premiers contacts avec cet art si particulier." mais cela ne suffit pas au bonheur et à l'équilibre de Tina, épuisée par le travail. Elle décide, un matin de 1913, d'embarquer pour Gènes avec pour destination finale : l'Amérique.

Après une traversée infernale de deux semaines, jusqu'à New York, un voyage de huit jours en train la conduira à San Francisco où l'attendent son père et sa sœur Mercedes. Elle trouve rapidement un emploi de couturière puis de mannequin. D'une beauté légendaire, elle devient une vedette du cinéma muet puis photographe. "Tina vécut pleinement ses turbulentes années de jeunesse avec fougue et liberté." Elle devient amante du photographe Edward Weston qui la fera poser pour lui (À noter le détail d'une de ces photos, magnifique, imprimé sur le bandeau du livre : l'iris blanc).

Elle voyage, se rend au Mexique, côtoie de nombreux intellectuels et artistes dont Diego Riviera, Frida Kahlo et tombe amoureuse de Julio Antonio Mella, révolutionnaire cubain en exil, avec qui elle vivra quelques mois intenses et dont l'assassinat bouleversera sa vie. Elle deviendra alors une militante révolutionnaire à part entière. Expulsée du Mexique, elle se rendra à Berlin, Moscou, Paris, en Espagne...

J'ai été complètement époustouflée par la vie intense de cette femme inclassable, tellement forte et talentueuse, qui s'est cherchée sa vie durant et qui a connu à la fois les montées en puissance du communisme et du fascisme, fascisme qu'elle a combattu toute sa vie. Elle a par ailleurs, toujours défendu sa propre liberté et celle d'exercer son art. J'ai vraiment été fascinée par cette forte personnalité, toujours en recherche d'esthétisme et qui n'a jamais dissocié la politique de la photographie.

Gérard de Cortanze, dans ce livre formidablement documenté où les éléments de la vie de Tina font très souvent référence à des lettres ou à des citations de ses contemporains met en lumière, une fois encore une femme d'exception !

Tous les titres de chapitre sont extraits de lettres écrites ou de propos tenus par Tina Modotti, pour exemple, les deux premiers :

1 - J'aime me balancer du haut du ciel.

2 - Je sens qu'il doit exister quelque chose pour moi, mais je ne l'ai pas encore trouvé.

J'ai lu ce roman avec une grande curiosité, tant il retrace une vie trépidante, hors du commun et menée à une allure plus que soutenue.



À noter qu'une minisérie télévisée de six épisodes sur la vie de Tina Modotti est en développement, avec Monica Bellucci dans le rôle principal et que quatre pièces de théâtre sont également en préparation.

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La femme qui ment
  06 août 2020
La femme qui ment de Hervé Bel
Sophie a quarante-trois ans, elle ne supporte plus sa vie professionnelle qui l’exaspère autour de ces femmes qui tombent enceinte ou ne font que de radoter autour de leurs enfants. En couple avec Alain, son ventre à elle reste désespérément vide. Au bord de l’asphyxie, craignant de perdre son travail qui permet au couple de vivre dans le confort, elle lâche le morceau « je suis enceinte », car personne n’aurait l’idée de virer une femme enceinte. S’en suit un engrenage où les mensonges amènent bien des complications. Déjà ils amènent le fantasme d’un nouveau rôle. Mais le mensonge est difficile à contrôler, surtout ses répercussions.



Hervé Bel offre ici un roman d’une grande complexité où s’entremêlent différents thèmes comme la place de la femme dans la société, le statut d’une femme sans enfant, la confiance dans un couple en proie aux mensonges, l’épuisement professionnel.



L’auteur utilise à bon escient le tout Paris, sa nature, ses ruelles, ses ombres pour accentuer le mal-être de cette femme.

« Dans les rues, les marronniers noirs, taillés et effeuillés, tendent leurs moignons calcinés vers le ciel. »



C’est à travers une ambiance froide voire glaçante d’un Paris déshabillé de toute humanité, d’une nature gelée et percluse, que l’auteur nous raconte l’histoire d’une femme mal dans sa peau, qui accepte mal de vieillir, sous le regard oppressant d’une société régie par des normes.



Une écriture fine, précise au rendu impeccable qui questionne sans jamais lasser.
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Mafioso
  03 août 2020
Mafioso de Ray Celestin
Un régal que ce troisième opus du quatuor The City blues quartet proposé par Ray Celestin ! Je précise qu'il peut se lire tout à fait indépendamment des deux précédents ( Carnaval et Mascarade ) puisque je n'ai lu ni l'un ni l'autre et mon plaisir de lecture a été au zénith !



Dans ce roman très ambitieux, deux enquêtes vont finir par se croiser à mi-parcours. Celle de Michael Talbot, retraité de la police, et de Ida Davis, détective privée pour sauver le fils du premier de la chaise électrique, Afro-américain accusé d'avoir sauvagement assassiné quatre personnes dans un hôtel miteux de Harlem. Celle de Gabriel Leveson, mafieux chargé par le parrain Franck Costello, capo di tutti capi, de retrouver deux millions de dollars qui lui ont été dérobés. Nous sommes en 1947.



L'intrigue est excellemment menée jusqu'à révéler un vertigineux complot, dont les racines plongent dans la Deuxième guerre mondiale, impliquant mafia, police et hautes sphères politiques. Si ce roman n'était « que » cela, un super polar rythmé et tendu, ce serait déjà fort bon, mais il est bien plus que cela en offrant aux lecteurs un portrait panoramique et ultra vivant de la New-York post Deuxième Guerre mondiale.



Des ses bouges à appartements de luxe, de ses clubs de jazz, de ses quais à dockers, de Brooklyn à Time square, la New-York de Ray Celestin est criblée de corruption massive et endémique, de racisme, de violences occasionnelles et de crimes organisés. Cet arrière-plan omniprésent aux côtés de l'enquête policière est absolument passionnant. D'autant plus que l'auteur y injecte des personnages réels : des mafieux comme Franck Costello et Vito Genovese, des jazzmen comme Louis Armstrong ou Charlie Parker, Ronald Reagan et le patron de studio Jack Warner, Franck Sinatra et même Stanley Kubrick alors photographe.



Dans ce cocktail jubilatoire fait de violences, de réalités sociales ( déjà les procès arbitraires dont sont victimes les Afro-américains ... ) et de détails historiques ( par exemple le début de la chasse aux communistes dans le milieu du cinéma ) , Ray Celestin parvient en plus à créer de très beaux moments d'humanité et d'émotion, à travers notamment de personnages superbes comme Gabriel Leveson, le mafieux qui veut se repentir et fuir la ville pour mettre sa nièce à l'abri, le mafieux qui brûle de venger l'assassinat de sa soeur par un tueur à gages qui refait surface au moment des faits. Le personnage de Louis Armstrong, mineur dans la trame en elle-même, est tout aussi passionnant, au fond du trou face à la disgrâce des big bands, éclipsé par le prodige be bop Charlie Parker et rebondissant grâce à un producteur mafieux qui s'est reconverti en agent.



Un roman total captivant du début à la fin !



Lu dans le cadre des Explorateurs du polar, Lecteurs.com
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Life Stuff sau Învăţături pen..
  06 août 2020
Life Stuff sau Învăţături pentru Andreea de Cezar Pârlog
« Stuff » se traduit normalement par « trucs », ce qui signifie que ces « chestii de viață » (traduction en roumain que l’auteur propose lui même) sont bien des tranches de vie et des faits divers accompagnés souvent de leur morale plus ou moins explicite. Le sous-titre du livre est d’ailleurs « enseignements pour Andreea ».

Le roman se présente comme une sorte de collage d’histoires comportant des titres et constituant, comme l’indique l’avant-propos, un assemblage (très cohérent à mon humble avis) « d’aventures disparates », « de pensées sur la vie de tous les jours ».

Le narrateur s’adresse à sa fille sur un ton plein de tendresse filiale, d’humour et d’auto-ironie. Il nous raconte, entre autres souvenirs et anecdotes, par une habile mise en abîme, comment il est devenu écrivain : il cite le précédent livre de Cezar Pârlog, ainsi que son « homonyme » Cezar Borgia. Cela instaure très vite une dialectique de la vraie/fausse confession, car nous restons dans le domaine de la création littéraire dont le propre est la fiction. Mais quid du prologue ?

Le style mélange, avec élégance, oralité et recherche d’une grande richesse lexicale, avec l’emploi de nombreuses expressions consacrées ou proverbes qui reflètent un ton délibérément moralisateur.

Un récit contemporain (page 17, la poupée gonflable achetée sur Amazon est un modèle 2012) sur la transmission entre parents et enfants, sur la reconnaissance (cf. la dédicace « à mes parents, là où ils se trouvent... ») envers l’héritage familial, sur l’amour filial contrarié par la séparation des parents qui se font la guerre.

Le livre, qui ne manque toutefois pas de romanesque, s’apparente à un journal, non censuré (Andreea n’a que 5 ans et 7 mois).

Au final un livre sensible, mais qui ne tombe pas dans la sensiblerie sur la séparation entre un enfant et son père, né du besoin impérieux de se sentir proche de son enfant, même quand celui-ci est loin physiquement.

D’aucuns diront que Cezar Pârlog est drôle, mais ici on rit jaune, il fait contre mauvaise fortune bon (et grand) cœur.

Un livre que j’ai adoré et que je trouve fort bien écrit.

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Vocabolario dei desideri
  29 juillet 2020
Vocabolario dei desideri de Eshkol Nevo
Mon auteur israélien fétiche Eshkol Nevo dans son dernier livre d’une centaine de page, nous raconte dans l’ordre alphabétique vingt-six récits faisant appel au désir, dans tous les sens du terme. A comme Amour, B comme Baiser, C comme Confession ,D comme Désir..... Des récits très courts, délicats et originales qui vont droit au cœur de l’amalgame désirs, sentiments et impulsions. Et qui d’autre aurait pû mieux en parler qu’Eshkol, n’est-ce-pas Péco ? De plus chaque récit est accompagné d’une superbe illustration de Pax Paloscia, peintre,illustrateur, photographe italien, le tout un très très beau livre. Une fois encore Nevo m’épate, il excelle même dans le très court, pour moi la forme littéraire la plus difficile à réussir.



J’aurais voulu vous citer un récit entier pour vous en donner le goût, mais même court c’est long pour une citation et en donner une idée avec une ou deux phrases est très difficile vu qu’ils sont compactes avec des chutes superbes et délicates. Juste quand même une tentative, avec le I, comme Italo Calvino, où Nevo lui lance un superbe clin d’œil en le pastichant, le K comme Karaoke, où la chanson d’Éric Clapton « My darling, you are wonderful tonight » va incendier la fête de la quarantaine de six couples d’amis, le M comme Marriage, vraiment superbe, des vrais montagnes russes, et que dire du Q comme Quasi, la vie qui tient qu’à un « quasi » !

Il y a de tout dans ces histoires, même de l’humour !

Le seul problème est que le livre n’est pas encore traduit en français, mais vu que son sublime dernier roman «  La dernière interview » sera le mois prochain en librairie (ne passez surtout pas à côté), celui-ci le suivra sans l’ombre d’un doute, ne le perdez pas de vu 😊!



« ....c’est pour cela que j’écris. Pour être celui que je ne suis pas. Vivre la vie que je ne vie pas. Et forcément c’est pourquoi on lit aussi. »
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Les trois femmes du consul
  02 août 2020
Les trois femmes du consul de Jean-Christophe Rufin
Aurel Timescu, d'origine roumaine, consul-adjoint à l'ambassade de France est depuis six mois en poste à Maputo, la capitale du Mozambique, en Afrique Australe.



Lors de son arrivée sur place, n'ayant pas eu d'autre choix, il avait dû vivre une quinzaine de jours à la résidence dos Camaroes, hôtel tenu par Béliot, un vieux blanc qui l'avait achetée pour presque rien juste après la décolonisation du Mozambique en 1975. Celui-ci cultivait la haine autour de lui et quasiment plus personne ne s'aventurait chez lui. Aussi, quand il est retrouvé noyé dans sa piscine, personne n'est surpris.

L'enquête va se diriger, semble-t-il arbitrairement vers l'une des trois femmes qui gravitaient autour de lui, celle d'origine française. N'oublions pas que notre diplomate Aurel, déjà à l'action dans Le suspendu de Conakry qui se déroulait en Guinée, adore enquêter, notamment quand il pressent une injustice. Alors, bien que simple adjoint, il va tout faire pour tenter de découvrir la vérité.

J'ai retrouvé avec plaisir ce personnage héros ou plutôt anti-héros, si singulier, si décalé, si mal fagoté, marqué par son passé vécu sous Ceausescu mais tellement sympathique.

Jean-Christophe Rufin, de par son attachement à l'Afrique, crée une atmosphère et un climat très réalistes et très réussis. La corruption, les pressions, le passé historique du Mozambique expliquant la présence de multiples nationalités, l'écologie aussi qui a un rôle important, tous ces sujets abordés m'ont intéressée et l'humour manié avec subtilité par l'auteur m'a charmée.

Néanmoins, cette deuxième aventure m'a beaucoup moins séduite que la première. Il n'y avait sans doute plus l'effet surprise de découverte du personnage Aurel, auquel j'ai trouvé également moins d'épaisseur, cette fois-ci. L'intrigue m'a parue beaucoup plus légère et l'issue assez facile à deviner. Les autres personnages manquent aussi, à mon avis, de consistance.



Un agréable moment de détente toutefois, mais sans plus. Rien à voir, je dirais, avec les autres bouquins de Rufin, que j'adore !
Lien : http://notre-jardin-des-livr..
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Les Piliers de la terre
  02 août 2020
Les Piliers de la terre de Ken Follett
S'il est un livre qui fait l'unanimité c'est bien celui-là, "Les Piliers de la Terre" réussit le prodige de mettre d'accord tous les lecteurs quelles que soient leurs préférences littéraires.

A bien y regarder tout y est, des personnages forts, de l'action, une histoire d'amour, des drames, de l'injustice, une trame historique précise et donc de la culture aussi, après tout, on va quand même construire une cathédrale.

L'auteur nous captive aussi et peut-être surtout par le volume qu'il donne à ses personnages, il leur donne une présence et une aura qui suscitent très vite l'attachement ou la répulsion sans jamais tomber dans la caricature et l'on va se surprendre à vivre pleinement chaque joie et chaque injustice intensément.

Je me rappelle très bien certains passages marquants comme l'accouchement dans la forêt au début de l'histoire qui m'avait pratiquement tiré des larmes, l'auteur sait donner corps aux sentiments de ses personnages et c'est une autre force de ce livre.

Bien sûr ces 1000 pages pourraient faire peur et pourtant tous ceux qui auront franchi le pas vous le diront, on ne les voit pas passer tant c'est riche et addictif, ce livre constitue une quintessence en soit tant tout s'imbrique parfaitement car s'il s'agit d'un roman historique, ses composantes sont multiples et stimulent en permanence notre intérêt.

Le rythme du récit est idéalement rythmé et maîtrisé, gérant parfaitement les différentes histoires dans l'histoire pour nous rendre le tout cohérent et harmonieux.

Pour ce qui me concerne, il s'agit de l'un des livres qui m'aura le plus impressionné, l'un de ceux dont le souvenir de lecture est le plus précis.
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J'ai perdu mon bisou !
  01 août 2020
J'ai perdu mon bisou ! de Natallie
Clémentine est une jolie petite rousse, avec de charmantes tâches de rousseur, qui a perdu son bisou...





-Tu as dit bisou au lieu de bijou! Rigolent ses copines.

-Clémentine a perdu un bisou! Chantonne Lucie, et les 2 filles vont le raconter aux autres, dans la cour de récréation...





- C'est pas malin, se fâche Clémentine.

- Mais non, c'est rigolo, s'exclame Léa.





Un garçon s'approche, ,"il a un sourire un peu timide", ses amis l'observent à distance.

- Tu sais Clémentine, moi je l'ai retrouvé ton bisou.

- Alors, rends le moi! S'exclame brusquement la fillette.

Le garçon ne se démonte pas, et embrasse Clémentine, sur la joue.

Lucie et Léa ouvrent de grands yeux. Les garçons éclatent de rire.

- Non, ce n'est pas mon bisou. C'est un bisou d'escargot tout baveux!

Dit elle en s'essuyant la joue.





Un 2e garçon s'approche, "en ricanant et en jouant les gros costauds, torse bombé, et bras à demi-repliés". On dirait un gorille.

- "J'ai trouvé ton bisou, il était sous le préau.

- Vas y, rends le moi.

Le garçon pose une bise un peu maladroite.

- Non, ça c'est un bisou de chimpanzé".





Un 3e garçon tente sa chance, il est si nerveux qu'il effleure à peine la joue de Clémentine.

- Un bisou de moustique. Zéro !





Un autre élève approche, à la manière d'un boxeur.

Clémentine l'arrête :

- C'est pas la peine. Toi, ce que tu as trouvé, c'est un bisou d'idiot-qui-fait-l'intéressant.

- Ben alors, il ressemble à quoi, ton bisou?

Clémentine hésite quelques secondes.

- C'est un bisou... d'amoureux.





Lucie et Léa félicitent leur amie, pour sa réponse.

- C'est comment un bisou d'amoureux?

- Je ne sais pas, mais comme ça, j'aurai la paix! Fait la petite rousse.





Un petit garçon, aux yeux noirs chuchote, à Clémentine :

- Moi, je sais ce que c'est un bisou d'amoureux.

- Il faut lui donner un rendez-vous, dit Léa qui a entendu.

- D'accord, derrière le platane, murmure la fillette en regardant le garçon.





A la récréation suivante, Léa va délivrer le message, au garçon qui se nomme Abel.

Clémentine ne veut plus, mais c'est trop tard!

Abel est là, qui esquisse un sourire et baisse les yeux.

- Alors, c'est comment un bisou d'amoureux? Demande-t-elle sèchement.





- C'est comme quand ma grande soeur dit au revoir, à son copain, sur le palier.

Les joues du garçon sont comme 2 tomates, bien mûres.

- Et alors?

- Tu vois, il sait pas!

- Moi, je dis que c'est qu'il est pas cap! Fait Léa.

- Si! Mais, je ne rendrai son bisou à Clémentine, que si vous vous en allez!





Les filles sont mécontentes, mais elles acceptent, à la demande de Clémentine.

- Bon, tu me le rends mon bisou? S'impatiente Clémentine.

- Ferme les yeux !

Abel hésite, puis avance lentement, très lentement... Et donne un bisou, à Clémentine, sur la bouche.

- Voilà, annonce-t-il, fièrement.

Clément rouvre les yeux, et aperçoit 2 maîtresses qui les regardent, bras croisés.

- On peut savoir ce que vous faites ?





Alors... lisez la suite !

Au fait, vous souvenez vous de votre PREMIER bisou? Il y a un jour, il y a un an, il y a un... siècle ?

Et comment était-ce?

Un bisou d'escargot, de chat ou de... cochonnou?

"Zou bisou bisou

Mon Dieu, qu'ils sont doux

Le bruit des bisous

Ce que veut dire un Zou bisou

Ca veut dire, je vous l'avoue

Mais oui, je n'aime que vous." Jessica Paré.
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L'académie de l'air
  06 août 2020
L'académie de l'air de Daniel Marcu
Plus qu’un nécessaire bol d’air frais, ce recueil bilingue nous démontre que l’Absurdistan (page 51) est si proche de nous : on l’atteint presque en tendant la main.

Daniel Marcu manifeste dans les rues poétiques avec la véhémence non résignée de l’artiste qui s’évertue de ramener à la surface des vérités par ces temps chaotiques que nous vivons tous, mais qui chez lui, en Roumanie, prennent d’autres proportions encore. Ces vers résolument engagés pour la vie revêtent cependant une évidente dimension universelle.
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L'homme en rouge
  02 août 2020
L'homme en rouge de Julian Barnes
“La belle époque”,

En 1895 ou 1900 à Paris personne n'aurait dit “nous vivons La Belle Époque, profitons en au maximum “. Cette période de paix de l'histoire située entre la défaite catastrophique de 1870-71 et la victoire catastrophique de 1914-18 de la France, ne sera mentionnée en ces termes que rétrospectivement en 1940-41, date d'une autre défaite française. Une époque dont l'adjectif « belle »semble assez surprenante, vu l'anarchie, la violence ( assassinat du président de la république Sadi Carnot en 1894, de Jean Jaurés en 1914, l'affaire Dreyfus.... ), la corruption et pour finir la colonisation brutale ( l'invasion de la Tunisie au printemps 1881 et l'organisation d'une rébellion en automne) qui marqueront la vie sociale et politique du pays. L'adjectif est uniquement justifié par le milieu florissant des Arts, avec les Impressionnistes, néo-impressionnistes, fauves et cubistes.

Barnes dans son dernier opus nous raconte cette époque, partant d'un tableau de John Singer Sargent, Dr Pozzi at Home (1881). Samuel Jean de Pozzi, chirurgien français d'origine italienne, « médecin à la mode », était le Zelig de la Belle Époque, fréquentant et côtoyant les personnages marquants de son temps,« Pozzi was everywhere », même dans les barres de chocolats Félix Pottin dans les deux premières décennies du XX iéme siècle. Il fut l'amant de Sarah Bernhardt, son « Docteur Dieu » qu'il opéra aussi, et surtout fit parti d'un cercle d'artistes et libertins de l'époque, dont le comte Robert de Montesquiou (« le professeur de beauté », comme le nommait son ami Marcel Proust), le prince de Polignac, l'écrivain scandaleux Jean Lorrain, le non moins scandaleux Oscar Wilde et James MacNeill Whistler. Il fut « l'homme sain d'une ère démente », où les dandys et les duels étaient monnaie courante.



Entre les fastes, potins et querelles d'un milieu excentrique et coloré et la personnalité curieuse et brillante du docteur mondain Pozzi, qui fut aussi sénateur, maire de sa commune, innovateur dans une profession conservatrice pour l'époque, coureur de jupons marié et père de trois enfants,....Barnes nous plonge dans les fastes et affres d'une époque fascinante, “distante, décadente, hectique,violente narcissique et neurotique “. Cette immersion dans ces vies françaises d'un passé assez lointain, dit-il est en partie une réaction de ma part au “départ masochiste et à tort de la Grande Bretagne de l'Union Européenne “, un geste envers l'insularité, une noyade salutaire pour se débarrasser de tout opinions et conceptions superficielles d'un présent qui nous est trop proche pour que nous puissions en saisir la vrai portée. « le chauvinisme est une forme d'ignorance », disait Pozzi, paroles qui illustrent mieux que jamais la situation présente des anglais, lesquels en se cloîtrant se sont condamnés à un misérable isolement. Mais l'auteur dans son épilogue termine par une note optimiste. Ses recherches sur le docteur Pozzi et le livre présent qui en découle et que je vous laisse découvrir, lui a redonné foi en l'homme. le temps nous montrera si cette foi tient la route ou non.....

Un livre brillant, original, foisonnant d'histoire et d'anecdotes intéressantes, souvent sulfureuses. Un bon cru du sieur Barnes.





« I was drawn to Dr Pozzi by the Sargent portrait, became curious about his life and work, wrote this book, and still find the picture a true and dashing likeness. »

( J'ai été attiré par le docteur Pozzi à travers son portrait de Sargent, devint curieux de sa vie et de son travail et ai écris ce livre, et je pense encore et toujours que le tableau reflète une vérité fringante du personnage )









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Gouttière
  31 juillet 2020
Gouttière de Remo Forlani
"On ne possède pas un chat, c'est lui qui vous possède." Françoise Giroud.

"Mimi était aussi jolie jeune dame que j'étais jolie jeune chatte."





Je lui ai fait des clignements, je lui ai fait des mâaaahs, je lui ai fait des avances, des avances flirteuses.

-"C'est plus de la politesse que tu es en train de me faire, c'est carrément une déclaration d'amour."

Elle avait une voix assortie à ses jambes, très belles jambes, à ses cheveux noirs brillant, à ses yeux comme les miens..."





Mimi était l'amour qu'aura perdu Lucie, Dentelle ou Poils d'ange, selon le nom que cette jolie chatte portera...





Lucie a eu 7 vies: chatte de gouttière, de cave, de cimetière, compagne de SDF ou encore un amour de confidente pour psycha(t)nalyste...





Entre un 🐈 amoureux .: "Mon houppette élancé et moi, nous n'étions plus que nous, et plus qu'un", Babeth et Mona... et enfin Vincent, un matou à 2 pattes, Lucie a vécu plusieurs vies...





Lucie fut enjôleuse, câline, joueuse, féline, tendre et... unique!

" Nous chercherons toi, des souris,

Moi des liquides

Qui nous fassent oublier tout

Car au fond, l'homme et le matou

Sont bien stupides." Juliette Gréco.
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