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Critiques les plus appréciées

Les terres promises
  21 juillet 2021
Les terres promises de Jean-Michel Guenassia
Avec Les Terres Promises de Jean-Michel Guenassia (Le Club des Incorrigibles Optimistes, Trompe-la-mort, La Valse des arbres et du ciel), je suis justement reparti sur les traces de ces Incorrigibles Optimistes, pour une nouvelle saga s’étalant de 1964 jusqu’au début des années 2000.

Avec sa verve intarissable, l’auteur m’a entraîné dans un tourbillon historique un peu long au final mais la plupart du temps passionnant.

Dans l’histoire des frères Marini, Franck et Michel, difficile de savoir quel pays tient la vedette car la France, l’Algérie, Israël et la Russie sont les principaux théâtres de leurs aventures et de celles de leurs amis.

Fils de parents séparés, Michel et Franck ne se voient plus car l’aîné, Franck, militaire en Algérie, a déserté après avoir tué un officier qui voulait l’empêcher de quitter le pays avec Djamila, une femme qu’il aimait et qu’il laissa, là-bas, enceinte. Revenu en France, il a retrouvé Cécile, prof de français, qui donnera le jour à Anna, leur fille, que Franck n’a pas connu car obligé à nouveau de fuir pour échapper aux poursuites. C’est avec lui que se déroule un bon passage dans l’Algérie devenue indépendante.

Écrivant de façon très vivante, Jean-Michel Guenassia m’a passionné en me replongeant dans l’Histoire tout en me faisant partager la vie des gens pris dans ce tourbillon.

Toujours alerte, le récit passe de l’un à l’autre, m’apprend que Paul, le père de Franck et Michel, est revenu vivant du stalag, grâce à un trèfle à quatre feuilles trouvé là-bas par le plus grand des hasards. Il n’hésitera pas à en fabriquer un de plus et ces porte-bonheur passeront de l’un à l’autre. Pour l’efficacité, il suffit d’y croire. C’est comme pour la religion qui surgit de temps à autre car Franck est devenu fan de Charles de Foucauld alors qu’il est un marxiste convaincu.

Avec la famille Marini, il ne faut pas oublier les frères Sacha et Igor Markish. Le premier était membre éminent du KGB et, sans se faire connaître, a réussi à prévenir son frère de son arrestation imminente. Ainsi, Igor qui est médecin, a pu fuir, laissant femme et enfants. Quand ça tourne mal pour lui, Sacha quitte aussi l’URSS pour Paris mais est rejeté par les membres du Club des Incorrigibles Optimistes, tous réfugiés du bloc de l’Est. Même Igor qui lui doit la vie sauve, ne lui parle pas. Aussi, Sacha, à bout, se pend.

Après un long épisode algérien très instructif, Igor et Michel arrivent en Israël où ce dernier retrouve Camille, sa petite amie, partie avec ses parents, vivre dans un kibboutz. Là aussi, le roman est passionnant car il démontre le fonctionnement du pays comme il l’a fait pour l’Algérie et le fera ensuite pour l’URSS.

Franck veut retrouver Djamila. Michel cherche Camille. Igor prend tous les risques pour revoir femme et enfants. Ces quêtes fructueuses ou infructueuses, souvent dangereuses, émaillent un roman qui sacrifie beaucoup, hélas, dans sa dernière partie à la religion orthodoxe.

Tout cela est habilement mené, bien articulé par Jean-Michel Guenassia. Libre à tout un chacun d’y croire ou non mais la lecture de ce roman-fleuve : Les Terres Promises, m’a fait passer des moments passionnants, rappelé des événements historiques pas si lointains mais un peu oubliés. C’est un roman que je suis content d’avoir dévoré.


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Kukum
  24 juillet 2021
Kukum de Michel Jean
Michel Jean nous offre à hauteur de femme l’histoire de son extraordinaire arrière-grand-mère, Almanda Siméon. Elle se tient au bord du lac Pekuakami ( lac Saint-Jean au Québec. Elle est au crépuscule de sa vie et se raconte.

« Venir me réfugier au lac, comme ce matin, m’apaise, car il me rappelle qui nous avons été et qui nous sommes toujours. Le vent de l’est porte les parfums du Péribonka. Tant que cela existe dans mon cœur, cela vit encore. »



Et son cœur est immense, empli de souvenirs qu’elle déroule dans un « je » omniprésent qui enveloppe le lecteur dans une narration à la fois assurée et sereine, comme suspendue au temps qui passe. Née en 1882, orpheline d’une famille de migrants irlandais fuyant la famine, elle est élevée au Québec par un couple de fermiers avant de voir son destin chamboulé à 15 ans par la rencontre avec un Indien innu, Thomas, qu’elle épouse.



Michel Jean choisit un tempo adagio pour peindre de façon très immersive le mode de vie innu qu’Almanda va adopter autour du lac Pekuakami : nomadisme et chasse aux Passes-Dangereuses le long de la rivière Péribonka, vie en forêts, vente des peaux aux Blancs. On est saisi par la capacité d’accueil des Innus qui font d’Almanda une des leurs, la guide et l’entoure avec tendresse. On est touché par l’histoire d’amour fusionnelle entre Almanda et son mari, au point de briser un tabou en accompagnant, malgré la tradition innu, Thomas lors des expéditions lointaines de grande chasse. Emu par la soif de liberté de ce peuple autochtone.



A mesure qu’elles s’ancraient dans le récit, la douceur et la bienveillance qui irradient ce roman m’ont d’abord décontenancée, habituée à trouver dans la littérature abordant le sort des Amérindiens des Etats-Unis ou du Canada multiples violences, âpre dénonciation et profonde colère. Et pourtant, jamais Kukum ne sombre dans une niaiserie romantique sur le mode de vie amérindien. Surtout, jamais Kukum n’occulte les déchirements qu’a connus la communauté amérindienne au Québec et plus largement au Canada.



Lorsque Michel Jean choisit, au bon moment, dans le dernier tiers, d’évoquer le traumatisme intergénérationnel des Innus, il le fait avec subtilité et sans aigreur, toujours par la voix puissante d’Almanda, afin de laisser au lecteur toute sa place pour comprendre et compatir. Le grand chamboulement du mode de vie autochtone commence avec la destruction du cadre de vie par déforestation, l’exploitation des arbres, la drave sur le Péribonka. Puis vient la sédentarisation forcée dans la réserve de Mashteuiasch. Et enfin les enfants arrachés à leur famille, enfermés dans des pensionnats pour les « blanchir » et les éduquer, faisant écho aux récentes découvertes de tombes anonymes d’enfants indiens qui secoue le Canada ( on estime à près de 150.000 enfants le nombre d’enfants envoyés de force dans les 139 pensionnats recensés de 1831 à 1997 ).



Ce roman respire la sincérité. Sa simplicité pleine de sensibilité et sa sobriété empreinte de dignité ont lentement infusé en moi jusqu’à me bouleverser, sans bruit, dans les dernières pages … quelques mots d’amour d’Almanda à Thomas, une photographie, l’émotion de l’auteur qui clôt son roman en prenant lui la parole, cette fois.



Je découvre la maison d’édition Dépaysage avec ce roman et suis totalement charmée par l’objet proposé, superbe illustration de couverture, haute qualité du papier, mise en page aérée fort agréable.
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Middlemarch
  26 juillet 2021
Middlemarch de George Eliot
L'ère victorienne demeure une époque fascinante pour les lecteurs…La complexité de la société victorienne…ses multiples facettes…et…ses profondes mutations…pendant le long….très long règne de la reine Victoria…en font une époque magnifique…une époque glorieuse…une nation industrielle…un empire…Mais n'allez pas croire que le commun des mortels vivait sa guise dans cette Angleterre victorienne…les codes….les us et coutumes font les lois…



L'auteure Georges Eliot propose aux lecteurs de suivre les parcours des résidents de Middlemarch, une ville fictive des Midlands …



« Middlemarch » est un roman écrit par la romancière George Eliot…et publié en 1871…..une époque marquée en Grande-Bretagne par des réformes majeures du XIXème siècle…..



« Middlemarch » est un narrateur omniscient à la troisième personne….



« Middlemarch » est une petite ville fictionnelle des Midlands…à l'époque victorienne…..



« Middlemarch » est Dorothea Brooke alias Dodo : Une jeune femme de dix-neuf ans...orpheline de père et mère … La beauté de cette jeune femme était de la sorte qu'elle apparaît aux yeux du commun des mortels comme la Bienheureuse vierge Marie….



Sa simplicité et ses sentiments religieux renforçaient le maintien de sa dignité…On disait d'elle….qu'elle était remarquablement cultivée…c'était une Brooke…la fierté de la famille !... Néanmoins…Dorothea…malgré toute son impatience de connaître les…vérités sur la vie…gardait sur le mariage…des idées forts puériles…..



« Middlemarch » est Célia alias Kitty : la soeur de Miss Dorothea Brooke…naïve…cette jeune fille considérait les humains comme des animaux costumés ….Comme beaucoup…seules les apparences comptent ! …apparences souvent trompeuses !



« Middlemarch » est le manoir Tipton Grange : Un grand domaine doté d'un personnel de maison…Il y avait à peine un an que Dorothea…et sa soeur étaient venus habiter chez leur oncle ….un sexagénaire… Mr Brooke …un homme au caractère accommodant aux opinions disparates….au vote indécis..…Je traduis sans personnalité !



« Middlemarch » est le baronnet Sir James Chettam : Il jugeait que Miss Brooke avait de la sympathie pour lui !....D'ailleurs…pourquoi…en eût-il été autrement !....d'ailleurs…tout le monde pouvait voir que Sir James était très amoureux de Miss Brooke…..



« Middlemarch est le révérend Edward Casaubon : Cet homme était réputé dans le comté pour son profond savoir… Cet érudit pédant travaillait sur l'interminable "Clé de toutes les mythologies" - "Notre Lowick Cicero"….On disait de lui qu'il avait une richesse suffisante pour donner lustre à sa piété….



« Middlemarch » est demande en mariage : Vois-tu dit Mr Brook à sa nièce Dorothea….Je vois bien que le révérend Casaubon te plait bien…cela fait dix ans que je connais Casaubon…c'est un grand bonhomme qui sera nommé peut-être évêque un jour…ou quelque chose de ce genre…Il a une très haute opinion de toi…..Il s'est adressé à moi…parque tu es très jeune…Il a sollicité ma permission de te faire une demande en mariage…..Tiens ?...ma foi ! Ce serait un beau parti à certains égards !....



« Middlemarch » est rencontre : Qui est ce jeune homme ?...demande Célia…C'est un jeune parent du révérend Casaubon...un petit-fils….Miss Celia…permettez-moi de vous présenter…M. Ladislaw Will…



« Middlemarch » est décision : Il m'est impossible d'épouser Sir James Chettam dit Dorothea…S'il envisage de m'épouser…il se trompe…Mon oncle…dites au Révérend Casaubon que si il me fait une demande…je l'accepterai !...j'ai pour lui…plus d'admiration et de respect que pour…aucun autre homme….Pauvre petite pomme naïve !....



« Middlemarch » est contrat de mariage : Une femme dicte sa volonté avant le mariage… afin de…pouvoir ressentir plus tard…un appétit de soumission….Hum !...J'adore la formule !....



« Middlemarch » est une multitude de personnages y compris des personnages mineurs…des personnages facteurs de récits...des personnages facteurs d'intrigues …



« Middlemarch » est aussi médecine….un roman de médecine…son personnage Lydgate a l'ambition de révolutionner la médecine…



A l'époque…on pouvait absorber nombre de drogues…surtout si on pouvait les avoir à bon compte…obtenus par des ignorants aussi peu encombrés de scrupules que de diplômes…. Lydgate avait une ambition plus vaste….il était exalté de démontrer une nouvelle conception de la médecine…..



« Middlemarch » est un puit de culture…L'auteure George Elliot sème tout au long du récit des allusions à la mythologie…à l'antiquité…à la culture…*



« Middlemarch » est réflexion….la société provinciale a sa part de mouvements subtils…de brillants jeunes dandys membres de professions libérales qui finissent par vivre…au fond d'une courette…avec comme tout établissement…une ribambelle souillon et au moins six enfants…..



Middlemarch…un roman emblématique de plus mille pages de la littérature victorienne est centré sur la vie provinciale dans l'Angleterre du XIXème siècle… George Eliot nous offre sans doute le témoignage le plus riche et le plus complet sur l'Angleterre victorienne…..



Cette Angleterre victorienne…une époque où les demoiselles n'avaient qu'un unique horizon….le mariage…Ben ! …C'est déjà ça !...c'est mieux que rien….



Middlemarch est un roman victorien fondamental pour se nourrir des codes sociétaux du XIXème siècle….Une période où les codes moraux étaient extrêmement stricts…Rassurez depuis ça a bien changé…et pas toujours en bien !....



Ce roman est considéré comme le chef-d'oeuvre de la romancière George Eliot…l'auteure livre aux lecteurs…ses réflexions sur le statut des femmes…sur les notions du mariage….et sur l'éducation…notamment l'éducation des jeunes filles…sur les us et coutumes de l'Angleterre Victorienne !



Middlemarch est un laboratoire idées…Ce roman est une réflexion intellectuelle, ce roman est des analyses, descriptions considérables sur l'Angleterre victorienne…



Ce roman explore toutes les facettes de la psyché humaine et la complexité des relations entre hommes et femmes….ce roman est un délice !



Terminons par cette maxime…toujours d'actualité : « Même si….il n'y a plus de grands défis à relever…il peut avoir une multitude de petites choses à faire…qui d'une façon cumulative…contribuent néanmoins…à écrire l'histoire »...George Eliot !....



Rien n'est plus d'actualité ….Unissons-nous pour écrire l'histoire !....

Challenge 19ème siècle 2021





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L'oiseau bleu d'Erzeroum
  25 juillet 2021
L'oiseau bleu d'Erzeroum de Ian Manook
Ian Manook, Patrick Manoukian, que j’avais adoré lire dans sa trilogie de polars - Yeruldelgger, Les Temps sauvages et La mort nomade – est un fameux romancier.

Cette fois, il s’est lancé un grand défi : raconter l’histoire de ses grands-parents en s’inspirant de ce que lui racontait sa grand-mère. De 1915 à 1939, d’Erzeroum aux rives du lac Baïkal, je me suis laissé prendre par L’oiseau bleu d’Erzeroum, cette ville d’Arménie occidentale, située dans le nord-est de la Turquie, à 1945 mètres d’altitude, là où tout commence.

Araxie et Haïganouch, sont deux sœurs âgées de dix et six ans. Elles vivent avec leur mère, Gaïanée, seule depuis que Vartan, son mari, est parti à la guerre. À la campagne, pas loin d’Erzeroum, la vie est paisible quand arrivent trois cavaliers turcs, des tchété, supplétifs de l’armée turque, des pillards. Et c’est la première scène de violence qui me plonge d’emblée dans l’épuration, l’élimination programmée des Arméniens, leur génocide.

Ayant de peu échappé à la mort, Araxie et Haïganouch sont recueillies par des cousins, à Erzeroum, dans le quartier arménien situé hors les murs car la citadelle leur est interdite. Hélas, au cours de l’agression ôtant tragiquement la vie de sa mère, Haïganouch a perdu la vue. Araxie veille donc sur elle, heureusement, à chaque instant.

Leur oncle, Krikor Karakozian, sait que 55 000 personnes ont déjà été suppliciées et égorgées à Aykestan et à Van et que bien d’autres horreurs ont été commises. Soudain, c’est sur leur communauté d’Erzeroum que s’abat le malheur. Obligés de partir très vite, de tout abandonner, de payer même une taxe, et déjà les premiers massacres, les premiers blessés.

C’est ainsi que, dans cette année 1915, Ian Manook m’emmène sur les chemins de la déportation décidée par la nouvelle République turque. Talaat pacha, le ministre de l’Intérieur, est le grand théoricien de l’épuration et l’ordonnateur de l’extermination des chrétiens. Il est soutenu par Enver pacha, le ministre de la guerre alors que le docteur Nazim a tout planifié pour faire disparaître les cadavres et déporter les survivants dans le grand désert de Deir-ez-Zor où ils ne pourront que crever de faim et de soif.

C’est vrai que dans cette première partie, il faut s’accrocher. J’ai beau avoir entendu parler de ce génocide, ce que raconte Ian Manook est atroce. Ce serait incroyable si tout n’était pas prouvé, avéré.

Des gendarmes encadrent la colonne puis on trie, séparant hommes et garçons de plus de douze ans des femmes et des enfants. Des Kurdes à cheval et d’autres supplétifs se chargent de faire obéir et abattent sans sommation homme, femme ou enfant qui traîne ou tente de résister. Tous les hommes sont tués puis, un peu plus loin, c’est un véritable abattoir humain qui est mis en place près d’une rivière.

C’est justement dans cette rivière que se baigne Hilde von Blitsch, la fille du consul d’Allemagne à Erzeroum, accompagnée d’un jeune citoyen américain, Christopher Patterson. Si Hilde perd la raison devant tous ces cadavres déversés par le courant, Christopher photographie cette abomination qui donne raison à toutes les rumeurs qu’il a entendues.

Pendant ce temps, Araxie et Haïganouch sont arrivées à Diarbekir bien aidées par Chakée, une femme qui les a prises sous son aile. C’est là qu’elles sont vendues comme esclaves auprès d’Assina qui va devenir la seconde épouse d’un riche propriétaire, à Alep.

Lorsqu’elles arrivent dans cette nouvelle résidence, leurs prénoms sont changés et on leur tatoue un petit oiseau bleu entre le pouce et l’index pour marquer leur appartenance à la maison. Araxie dit alors à sa sœur que c’est L’oiseau bleu d’Erzeroum.

Bien des aventures suivent, des événements le plus souvent dramatiques, rarement heureux. Deux jeunes gens hardis et courageux interviennent : Haïgaz et Agop. Ils sont Arméniens et tentent de venger leurs frères lâchement massacrés.

D’Istamboul à Smyrne qui deviendra Izmir suite à l’intervention brutale des troupes de Mustapha Kemal, en 1922, de Berlin à Beyrouth, d’Erevan à Moscou mais aussi de Pont-de-Chéruy à Meudon, l’auteur m’a fait beaucoup voyager et vivre d’importants moments d’Histoire. J’ai croisé des personnages importants pour la suite de l’Histoire et c’est passionnant de bout en bout.

L’attitude des pays européens et des États-Unis d’Amérique devant cet immense massacre d’un peuple est d’une lâcheté immense mais nous savons que cela s’est déjà produit et se reproduira hélas ensuite avec, entre autres, la Shoah et le Rwanda.

Toute cette histoire est bien racontée, réservant des moments de bonheur, de plaisir simple, de délices gastronomiques subtilement détaillés. Impossible de cacher que les grands-parents de l’auteur se retrouveront en France, à Pont-de-Chéruy (Isère) d’abord, puis à Meudon (Seine-et-Oise, Hauts-de-Seine aujourd’hui) où le racisme, la haine des étrangers est bien réelle.

Heureusement, la diaspora arménienne agit et obtient des résultats pour aider les survivants des massacres à refaire leur vie.

Si la Seconde guerre mondiale se profile juste après que le Front Populaire ait obtenu les congés payés et fait reconnaître les droits des travailleurs, en Union soviétique dont fait partie l’Arménie et sa capitale, Erevan, la terreur stalinienne fait des ravages et Ian Manook le détaille très bien.

L’oiseau bleu d’Erzeroum aura-t-il réussi à réunir ces deux sœurs séparées brusquement alors qu’elles étaient encore à Alep ? Pour savoir et vivre intensément comme je l’ai vécu dans ce roman historique et familial, il faut lire L’oiseau bleu d’Erzeroum.


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L'art de voler
  21 juillet 2021
L'art de voler de Antonio Altarriba
♫J'ai pas choisi de naître ici

Entre l'ignorance et la violence et l'ennui

J'm'en sortirai, j'me le promets

Et s'il le faut, j'emploierais des moyens légaux

Envole-moi, envole-moi, envole-moi

Loin de cette fatalité qui colle à ma peau

Envole-moi, envole-moi

Remplis ma tête d'autres horizons, d'autres mots

Envole-moi

Pas de question ni rébellion

Règles du jeu fixées mais les dés sont pipés

L'hiver est glace, l'été est feu

Ici, y'a jamais de saison pour être mieux...♫

-JJ Goldman- 1984 -

----♪----♫----🕊----Arriba España----🕊----♫----♪----



"Il a laissé 200 feuillets noircis de souvenirs, d'une écriture serrée -stop- Mais ce que je sais de lui je ne l'ai ni lu ni entendu-stop-

Je descends de mon père, je suis son prolongement -stop-avant d'être né je participais déjà en tant que potentiel génétique à tout ce qui lui arrivait-stop-

Je le répète, c'est parce que j'étais en lui ou peut-être avec lui, que je connais sa vie..." Stop ou Alt-Arriba España

Transsubstantiation, Transfert

Transformer l'auteur en son père !

Reconstitution Atmosphère Démocratie Arrogante et Autoritaire

Echecs, frustrations, humiliations, accumulations mortifères

Le témoin des traces que la vie a laissées sur son père...

Plutôt mourir debout que de vivre à genoux

A Gueret , agueri

En s'ancrant dans la terre

c'est le ciel qu'il atteignit

J'ai toujours été en lui

Tous les mots qui restent à dire, tout ce qui s'en suit

Je ne m'enfuis pas ... je vole

90 Ans l'heure de s'envoler

Mai 2001, le père s'est suicidé...

Edifiant !!! Histoire et ravages

Un Vibrant hommage au courage .👍

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À la lumière des étoiles
  28 juillet 2021
À la lumière des étoiles de Thomas Hardy
Qui n'a pas rêvé, en regardant le ciel, de connaître les noms des étoiles et des planètes, de savoir lire un planisphère ou de tout comprendre du système solaire ?...Pour les non-initiés…mieux vaut être accompagné d'un connaissance dans ce domaine….L'auteur Thomas Hardy propose aux lecteurs de suivre les péripéties et amours d'une jeune châtelaine passionnée par le système solaire….



« A la lumière des étoiles « est un titre original : Two on a Tower….



« A la lumière des étoiles » est une date de parution : 1882…..



« A la lumière des étoiles est le neuvième roman de l'auteur Thomas Hardy….



« A la lumière de étoiles » est une tourelle bâtie en 1782…appelée Rings Hill Speer : Nobbs dit-elle au cocher…pouvez-vous vous frayer un chemin et approcher de cette colonne ?....



Cette tourelle construite dans le style toscan de l'architecture classique a été érigée au XVIIIe siècle à la mémoire de l'arrière-grand-père de son mari, un respectable officier tué durant la guerre d'Amérique !...Il parait que l'on pouvait voir jusqu'à….quatre comtés… au haut de cette tour !...Pourquoi s'en priver !



« A la lumière des étoiles » est une jeune châtelaine de vingt-neuf ans: Lady Viviette Constantine, épouse de Sir Blount…un riche propriétaire terrien éloigné de son épouse pour convenance personnelle …..



« A la lumière des étoiles » est serment : Ah ! le Pasteur Mr Torkingham….. J'espère que vous allez pouvoir m'être utile ?…lui dit Mme Constantine….Je l'espère bien…..Alors…voici ma préoccupation….Eh bien…si vous avez promis à Sir Blount Constantine de vivre dans la solitude jusqu'à son retour….vous êtes…me semble-t-il liée par cette promesse !....



« A la lumière des étoiles » est ennui : J'ai vu Madame qui bâillait …Si j'étais elle…je vivrais un peu…c'est vrai qu'il n'y a pas de foire…pas d'excursion…pas de fête…c'est sûr…Mme Constantine est seule…elle s'ennuie à mourir ici….il n'y pas pire que la solitude…….Quoi de pire que la solitude ?...mais si certains osent affirmer que la solitude n'existe pas !......



« A la lumière de étoiles » est rencontre : Un jeune homme…assis sur un tabouret au centre de la plate-forme qui formait le sommet de la tour…regardait par l'extrémité d'un grand télescope…. Que voyez-vous ?...Quelque chose se passe quelque part ?....Quoi ?...Oui…une véritable catastrophe !...Quoi ?....un cyclone dans le soleil !....



« A la lumière des étoiles » est spectacle : Mais aimeriez-vous pas voir ?...C'est un événement dont on n'est témoin que tous les deux ou trois ans…Elle regarda par l'oculaire….C'est le plus étrange spectacle que je n'aie jamais vu !



« A la lumière des étoiles » est un jeune astronome d'une vingtaine d'année : Smithien St. Cleeve…Il demeurait assis…le soleil éclairait son doux visage...laissant apparaitre des boucles de cheveux blonds….C'est une véritable catastrophe déclara-t-il…mais que voyez-vous ?....Quoi ?....Un cyclone dans le soleil….



« A la lumière des étoiles » est système solaire : A l'aide du télescope…le jeune astronaute et Miss Constantine voyagèrent ensemble depuis la Terre jusqu'à Uranus…et…mais ne le répétez pas…jusqu'aux mystérieuses frontières du système solaire….



« A la lumière des étoiles » est demande d'une aide : Voici…j'ai besoin d'une aide…jamais femme n'en a eu plus besoin….J'ai besoin d'un ami de confiance qui pourrait accomplir une…mission secrète…Donnez-moi votre main droite pour sceller un pacte ….Et quelle est cette affaire ?....Cette affaire concerne mon mari !....Je vous très troublée par ce que j'ai appris à son sujet….



« A la lumière des étoiles » est une lettre mystérieuse : Tout le monde me dit que mon mari est en Afrique à chasser le lion….mais une missive mystérieuse m'informe qu'on l'a vu à Londres…dans des circonstances très…très particulières….Je veux vérifier cette information…..Mr l'astronome voulez-vous faire le voyage ?...



« A la lumière des étoiles » est équatorial : Un équatorial…Qu'est-ce que cela ?...Oh…..c'est un instrument splendide…avec un objectif d'un diamètre…disons de dix ou neuf pouces….donc cet équatorial est l'instrument nécessaire à votre bonheur ?....



« A la lumière des étoiles » est rumeur : On dit toutes sortes de choses…sans doute des mensonges…mais…on dit quand même que...c'est ni la Lune…ni les étoiles…ni les planètes…qui….intéressent Madame…mais….le joli garçon…et…je rappelle que Madame est….mariée…Bon c'est sans doute des mensonges…mais on le dit !....



« A la lumière des étoiles » est décision : Lady Constantine…Pourquoi m'avez-vous venir ?...dit le jeune astronome en herbe….Je vais vous en acheter un dit-elle doucement…mais je vais en acheter un pour moi-même…et je vous permettrai de vous en servir….Cela fera sans doute taire toutes les rumeurs qui courent jusqu'à moi…



« A la lumière des étoiles » est décès : Savez-vous ce que est arrivé à Lady Constantine ?....Non …rien de sérieux…Si…c'est très sérieux…Sir Blount a été pris de dysenterie et de malaria….sur les rives du Zouga…en Afrique du Sud….et il a été emporté par ces maladies….On n'a pas tenté de ramener le corps ?...Oh ! Non…. le climat exige l'enterrement immédiat !...



« A la lumière des étoiles » est ruine : Tous biens personnels de Sir Blount étaient engloutis par le paiement des dettes …et…le domaine de Welland était si lourdement grevé de rentes viagères... que…la pauvre veuve restait avec une minuscule pension…..Rien n'est jamais acquis dans la vie….la chute est toujours plus rapide que l'ascension !.....



« A la lumière des étoiles » est déclaration : L'ardeur que j'éprouve pour vous absorbe ma vie….et…paralyse mes intentions…



« A la lumière des étoiles » Voici le remède…Chère Lady Constantine, permettez-moi de vous épouser….Je veux dire…vous épouser en secret…Nos vies ne seront pas différentes en apparence…car…je sais que dans ma position actuelle…vous ne pourriez me reconnaître publiquement pour votre mari !....



L'auteur Thomas Hardy propose aux lecteurs de suivre les péripéties de trois personnages….Lady Constantine….le jeune astronome en herbe…et un personnage inattendu….la colonne de Rings Hill Speer…cette fameuse tourne qui reprend vie tout le long de la lecture…..ce trio hors pair fait vivre aux lecteurs l'une des histoires des plus fascinantes….



Tout au long du récit….le lecteur découvre pas à pas la fascination de l'auteur pour un monde de la nuit…le monde des étoiles…..



Le lecteur retiendra de ce récit l'une des plus belles scènes d'un amour naissant… la représentation que fait l'auteur Thomas Hardy des étoiles et des planètes…à travers les descriptions du jeune astronome en herbe Swithin et son enseignement patient à Lady Constantine alors qu'ils se blottissent au sommet de la tour avec son télescope, est l'un des éléments vraiment unique et particulièrement charmeur de ce roman….



Cependant ….dès sa parution ce roman a été qualité de choquant par les bien-pensants de l'époque….il est vrai que le romancier Thomas Hardy ose défier les normes sociales de l'époque….



L'issue tragique de la plupart de ses héroïnes de fiction a conduit beaucoup de gens à accuser Thomas Hardy d'être un misogyne….mais en écrivant des récits peu ordinaires pour l'époque….L'auteur Thomas Hardy a permis aux lecteurs de porter réflexion sur nombre de sujets de société…le mariage…. le viol…. les enfants illégitimes, l'adultère…. et le divorce….Savons tous que l'hypocrisie est le meilleur remède du vivre-ensemble !....



Rappelons aux lecteurs que tous ces sujets étaient tabous à l'époque….Il n'était pas correct d'en parler ouvertement…le romancier Thomas Hardy osé…et a permis à nombre de réfléchir sur certains pouvoirs…abus destructeurs de l'homme….



Terminons par cette déclaration…..Je rêve que je te fais tout bas…une déclaration….ma déclaration…. »Cher amour….presse ta main contre mon coeur….dis-moi….N'entends-tu pas les coups frappés dans cette étroite cellule ? »...Henry Thomas !...



Challenge 19ème siècle 2021



CHALLENGE COEUR D'ARTICHAUT 2021



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Les Amazones
  28 juillet 2021
Les Amazones de Fergus Jim
Je viens enfin de pouvoir lire Les Amazones, dernier opus de la trilogie Mille femmes blanches. Mon seul regret est de ne pas avoir pu enchaîner les trois volumes.

Il m’a fallu un peu de temps pour me resituer et refaire connaissance avec les différents personnages, mais ensuite, quel plaisir de renouer avec cette épopée romanesque !

Jim Fergus alterne les journaux de Molly McGill et ceux de May Dodd datés de 1876. Ils vont d’ailleurs se croiser et s’entrecroiser pour notre plus grand plaisir. C’est Molly Standing Bear, une indienne vivant à notre époque qui confie ces journaux à Jon W. Dodd, rédacteur en chef de Chitown, un magazine de Chicago, pour qu’il les publie, sous forme de feuilleton, comme avait pu commencer à le faire son père Will, avant qu’il ne meure brutalement. Molly et Jon sont des descendants de ces deux femmes.

L’auteur nous emporte dans les épreuves qu’affrontent ces femmes et ces enfants presque seuls rescapés du peuple indien en cette fin de XIXe siècle, dans leur fuite, et nous confronte à la lutte continuelle qu’ils doivent mener face à l’oppression. Il nous plonge dans leurs coutumes, leurs croyances, leur magie et leurs superstitions, nous faisant vivre au plus près leur vie quotidienne, tout cela dans un décor grandiose. Il réussit à nous immerger dans cette culture indienne si différente de la nôtre avec un talent fou. Il nous offre un véritable conte où l’humanisme tient un rôle central, sans omettre de parler des différentes tribus et des divisions qui peuvent exister au sein du peuple indien.

En peignant ces fabuleux portraits de femmes, si fortes et si courageuses l’écrivain nous offre un troisième tome qui est un véritable roman féministe, passionnant nous permettant s’il en est encore besoin de revisionner les westerns avec un autre regard !

L’époque actuelle est bien présente avec les personnages de Molly Standing Bear (Molly Ours Debout) et Jon W. Dodd, nous rappelant ce à quoi la politique de « civilisation » des tribus a conduit. Comment rester impassible à la lecture des chiffres publiés dans le New York Times du 12 avril 2019 révélant le sort des femmes Amérindiennes, un bilan que Jim Fergus insère dans son récit page 283 ?

Cette trilogie en forme de saga-fiction époustouflante, vivante, dans laquelle l’homme blanc, une nouvelle fois, n’est pas à son avantage, permet d’approcher au plus près la vie de ces Indiens épris de liberté, respectueux de la terre et des animaux et dont les derniers survivants doivent aujourd’hui vivre dans des réserves.

C’est un récit émouvant, bouleversant, un récit d’aventures avec de nombreux retournements de situations, beaucoup de suspens, de sensualité aussi, et parfois teinté d’humour mais surtout très instructif.


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Robe de marié
  29 juillet 2021
Robe de marié de Pierre Lemaitre
Comment empoisonner la vie de quelqu’un avec méthode et efficacité ?



L’auteur nous livre une collection de moyens, allant des plus simples (ajouter des produits dans un caddie, voler du courrier et notamment les lettres de relances pour impayés), aux classiques (dupliquer un trousseau de clé pour déplacer des véhicules ou des objets, emprunter des carnets de notes personnelles) puis aux numériques (accéder aux courriels, modifier les dates de réservations aux spectacles, modifier des fichiers).



Les conséquences sont garanties sur le plan conjugal et professionnel (une présentation power point enrichie de quelques photos X garantit une diffusion large et commentée) et Pierre Lemaitre modernise ainsi « Les Malheurs de Sophie ».



Mais pourquoi les femmes revendiquent elles l’égalité avec les hommes alors que personne n’a jamais contesté leur évidente supériorité ?



Sophie va révéler au fil des chapitres son talent et rhabiller le marié avec un goût incomparable …



Une fois encore Pierre Lemaitre démontre sa fine connaissance de la psychologie (sa formation universitaire) et la malice avec laquelle il manipule le lecteur … pour son plus grand plaisir !
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Les Bostoniennes
  21 juillet 2021
Les Bostoniennes de Henry James
L'éclosion du féminisme aux États-Unis est indissociable de la lutte abolitionniste…parce qu'il s'agit de systèmes d'oppression inter-reliés dénoncés d'une même voix….et parce que de nombreuses pionnières du féminisme américain n'étaient autres que des femmes noires….Le romancier Henry James propose aux lecteurs de suivre la parcours des jeunes femmes Bostoniennes décidées de se faire entendre par l'apport d'idées nouvelles....des militantes convaincues pour la libération des femmes du carcan patriarcal..... ….



« Les bostoniennes » est un roman américain proposé par le romancier Henry James…



« Les bostoniennes » est un titre original : The Bostonians…



« Les bostoniennes » est une date de parution : 1886…



« Les bostoniennes » est narration : le romancier Henry James utilise le mode de narration omniscient à la troisième personne pour la majorité du récit…..



« Les bostoniennes » est opposition : Entre les points de vue traditionnels sur le rôle des femmes dans la société … et…. les points de vue des suffragettes, toutes ces femmes nommées communément aujourd'hui : les féministes !



Pour les non-initiés…le terme de suffragettes apparaît en 1903 en Grande-Bretagne pour désigner les militantes d'un mouvement nouveau, l'Union politique et sociale des femmes, fondée à Manchester par Emmeline Pankhurst……



« Les bostoniennes » est Olive Chancellor : Vous voulez dire que votre soeur est une révolutionnaire ?...une enragée ?...C'est une jacobine…une nihiliste…pour elle…tout ce qui existe est à refaire !....Le lecteur a bien compris…Olive Chancellor est une féministe…une femme engagée….une femme de tête !



« Les bostoniennes » est Miss Luna : La soeur de Olive Chancellor…une assez jolie femme dotée d'une poitrine prêt à craquer sous l'effet de sa pétulance !...ses opinions étaient bien différentes de celles de sa soeur…



« Les bostoniennes » est le sudiste Basil Ransom : Comme l'indiquait son accent…ce jeune confédéré venait du Mississipi… Il a participé à la guerre de Sécession du côté des Confédérés, c'est-à-dire des États des Sud propriétaires d'esclaves…..



Basil Ransom avait des manières à la fois distinguées et provinciales…Il s'était installé avec l'intention d'ouvrir un cabinet d'avocat à New-York….une décision prise après que sa famille a perdu ses biens et ses esclaves durant la guerre de Sécession…..



« Les bostoniennes » est des militantes féministes : Il nous faut des militantes dans ce milieu….de vraies femmes…reçues dans des salons…des salons souvent hostiles à toute idée nouvelle…à toute idée moderne…à toute idée servant la cause…notre cause….notre mouvement s'adresse à toutes les femmes….toutes…y compris les femmes de la Haute Société….Toutes les femmes doivent prendre en main leur avenir….l'avenir de leurs enfants….l'avenir de leurs filles !....



« Les bostoniennes » est Verena Tarrant : La fille du guérisseur hypnotique mesmérien...le Docteur Tarent….Mais cette jeune innocente est douée pour parler en public…Oui très douée…d'ailleurs, cette jeune fille s'est fait un nom dans l'Ouest…On dit que c'est une force qui l'inspire…



Bien entendu….Verena Tarrant ne s'adressait qu'aux femmes…les hommes n'aimaient pas ce qu'elle disait….Selon Verena….ces hommes n'étaient pas très malins…d'ailleurs lorsque l'on regarde ce qu'ils ont fait…il n'y a pas de quoi être fier….Si les femmes avaient mis le monde dans cet état….les hommes gausseraient haut et fort….



« Les bostoniennes » est espoir : Notre succès sera de produire un mouvement d'opinion d'une force irrésistible…d'obliger le Congrès et les parlementaires des Etats à…abroger certaines lois…et…à en voter certaines autres….



« Les bostoniennes » est mariage bostonien : Est nommé mariage bostonien….la relation intime entre deux femmes….deux femmes vivant ensemble, indépendamment du soutien financier d'un homme…..



Le narrateur n'hésite pas à relater la relation intime entre Olive Chancellor et Verena Tarrant avec des détails que l'on va taire aujourd'hui…..un désir lesbien tabou à l'époque….



The Bostonians traite de l'idéalisme dans une démocratie qui se remet encore d'une guerre civile âprement disputée pour des idéaux sociaux…



Henri James a écrit dans la tradition du réalisme….. un mouvement de la fin du XIXe siècle qui était une réponse à Romantisme et transcendantalisme……



« Les bostoniennes » rappelle fortement les écrits De Balzac et de Dickens…nul doute que l'auteur s'est inspiré de leurs styles d'écriture… Cependant…. « Les bostoniennes » est aussi impénétrable qu'un cercle fermé……Tout dans l'histoire semble conçu pour tenir le lecteur à l'écart…..



Il y a peu d'action et peu de personnages auxquels le lecteur peut s'intéresser, et le ou les deux personnages intéressants disparaissent du récit pendant de longues périodes. ….



L'accueil de ce roman a d'ailleurs été grandement contesté…voire détesté principalement au motif que James avait fait une satire de certaines personnalités bien connues … Heureusement…aujourd'hui…il est possible d'adopter un point vue…disons…plus équilibré !.....



Nombreux trouvaient les propos de ce roman inacceptables...Et que dire des Bostoniens n'ont pas apprécié du tout cette satire de leurs aspirations intellectuelles et humanitaires….



Pire…. Léon Edel, le biographe complet de Henry James…a lui aussi été tout aussi peu réceptif ….Il a qualifié « Les Bostoniens "….d'échec par rapport à ses meilleures oeuvres……Comme je le comprends !.....



Challenge 19ème siècle 2021







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Saturne
  29 juillet 2021
Saturne de Sarah Chiche
Sarah Chiche, rencontrée et appréciée aux Correspondances de Manosque 2020, m’avait bien intrigué avec la présentation de son dernier roman : Saturne.

Cette écrivaine est aussi psychologue clinicienne et psychanalyste. Cela se ressent tout au long de cette autofiction qui m’a parfois passionné mais aussi, par moments, lassé, pour finalement me laisser une impression générale très positive.

La narratrice dont l’identité n’est jamais révélée, débute par un prologue qui marque le lecteur : la mort de son père, à 34 ans, d’un cancer foudroyant alors que sa fille n’a que quinze mois. Ensuite, personne ne lui dit à cette fille que son père est mort et cette terrible absence mettra des années à être assumée, la plongeant au plus bas d’une détresse que tous les antidépresseurs, les neuroleptiques et autres thymorégulateurs ne parviennent pas à guérir.

Toute la première partie de ce roman permet de faire connaissance avec la famille d’Harry, le père de la narratrice, qui a eu une enfance heureuse, en Algérie. L’autrice en profite pour recadrer l’historique de la colonisation et le rôle essentiel joué par les médecins, à la fin du XIXe siècle pour éradiquer les épidémies, comme le paludisme qui décimait la population.

Joseph, son grand-père, a épousé Louise, femme très riche. Médecin, il achète une clinique à Alger et bâtit sa fortune là-bas. Lorsque la violence s’abat sur les Européens désirant rester, la famille quitte l’Algérie et Joseph, aidé par des banquiers, recommence, crée une clinique qui devient prospère en cinq ans, le gouvernement favorisant le privé au détriment de l’hôpital public.

Entre temps, Armand et Harry, les enfants de Joseph et Louise, ont été envoyés en pension à Verneuil-sur-Avre. Leurs parents rêvent d’en faire des médecins pour consolider et poursuivre l’empire paternel. Si Armand réussit, Harry stagne, vit la nuit, joue au casino et rencontre cette femme aussi merveilleuse qu’intrigante : Ève, qui donnera le jour à la narratrice.

La rencontre entre Harry et Ève est un véritable coup de foudre mais rien n’est simple dans cette famille qui vit maintenant dans un château entre Louviers et Évreux. Les crises sont fréquentes, allant jusqu’à l’exclusion de Ève. À partir de là, Harry est au plus mal mais cela ne l’empêche pas d’épouser cette femme, enceinte, en décembre 1975. Harry est donc mort quelques mois après. Trois ans passent et son père décède de chagrin ; nous voilà donc, vingt-cinq ans plus tard dans une chambre d’hôtel…

Débute alors la seconde partie, en mai 2002, quand l’oncle Armand apprend à sa nièce la mort de Louise, la grand-mère, dont l’héritage est à partager. C’est le moment d’une grande introspection, de délires psychologiques subis par cette jeune femme après tant de non-dits, de coups bas familiaux, de silences. Louise, cette grand-mère qu’elle n’a plus revu depuis longtemps, elle ne lui a pas dit adieu et ce n’est qu’un des nombreux traumatismes qu’elle doit évacuer. Louise a été tuée deux fois, comme lui dit froidement son oncle : « C’est ta mère et toi qui l’avez tuée. Ta mère par haine, et toi par désespoir. »

Alors, la petite-fille sombre, honteuse, seule, et livre des pages que j’ai trouvées difficiles, pénibles mais finalement très réalistes, justifiant ce titre : Saturne.

Plutôt que le Saturne de la mythologie qui dévorait ses fils, de peur qu’ils prennent sa place, Saturne est, pour Sarah Chiche, « l’autre nom du lieu de l’écriture – le seul lieu où je puisse habiter. »

Cette planète froide, assimilée à l’automne et à la mélancolie, a bien failli engloutir cette fille privée si tôt de son père et traumatisée par les problèmes familiaux. Par la magie d’images de films super 8, elle a pu sortir de ce néant où elle était engloutie et réaliser son rêve : écrire.

Ce roman en est la preuve la plus tangible.


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De Chirico, Max Ernst, Magritte, Balthus
  22 juillet 2021
De Chirico, Max Ernst, Magritte, Balthus de Paolo Baldacci
C'est « L'énigme de l'arrivée et de l'après-midi » de de Chirico qui est reproduite sur la couverture du livre. le mot « énigme » revient souvent dans les titres des tableaux de cette exposition. Ils sont peints entre 1911 et 1954, la période de la « modernité classique ». La plupart de ces peintres n'étaient pas virtuoses de la peinture dans le sens de la grande tradition française (Delacroix, Courbet, Manet, Monet, Degas Cézanne…) et ne voulaient l'être ! le spectateur est face à la solitude et au silence du monde. Des temples dans une chambre, des meubles dans une vallée et des intérieurs forestiers… Souvent ces peintures sont des rêves prémonitoires des villes dévastées, des catastrophes à venir. Oppressée d'un malaise confus, je me disais que j'avais une autre vision du surréalisme : plus gaie, plus légère, plus lumineuse... Mais finalement, ce livre est comme une traversée, longue et difficile, dont on revient plus fort !



L'exposition réunit dix artistes profondément inspirés par Arnold Böcklin, le peintre « le plus profond poétiquement », et par les idées de Friedrich Nietzsche et d'Arthur Schopenhauer. Nietzsche est beaucoup cité dans ce livre : « Si je voulais secouer cet arbre avec mes mains, je ne le pourrais pas. Mais le vent que nous ne voyons pas le tourmente et le plie comme il veut. Nous sommes le plus durement pliés et tourmentés par des mains invisibles. » (Ainsi parlait Zarathoustra).

À part les peintres mentionnés dans le titre : de Chirico, Max Ernst, Magritte et Balthus, il y a le groupe italien (Carlo Carrà, Giorgio Morandi, Alberto Savinio, le frère cadet de Giorgio De Chirico, Arturo Nathan), le peintre français Pierre Roy et le peintre suisse Niklaus Stoecklin. Mais il aurait pu y avoir Salvador Dali parmi les surréalistes et même André Derain et beaucoup d'autres…



DE CHIRICO est fondateur de la peinture métaphysique même si plus tard il se convertit à un style néo-classique puis néoromantique et néobaroque. Jusqu'en 1917, il ne cessera de peindre des tableaux à l'apparente simplicité jouant sur des chromatismes sans nuances et des perspectives aberrantes : horizons bas et lointains, éléments architecturaux monumentaux côtoyant au premier plan des objets les plus incongrus (gant, mannequins de couturier, empreinte de poisson ou de coquillage, artichauts, locomotives), désertification des espaces où ne restent que des têtes sculptées, bustes ou statues en pied. C'est un univers où les objets se mettent à faire des signes. Comme il aime le dire, de Chirico compose des « images révélées » à partir d'éléments connus. « L'Inquiétude du poète » (parfois intitulé « L'Incertitude ») compte parmi les oeuvres les plus représentatives de cette période « métaphysique » : le spectateur rencontre fortuitement un corps de femme, un régime de bananes, des arcades, symboles érotiques, opposés au train en partance et à la représentation du corps féminin par l'intermédiaire d'une statue. Tout cela est censé évoquer une nostalgie d'un rendez-vous manqué. Plusieurs oeuvres comme « La nostalgie de l'infini », « La tour rouge » sont minutieusement analysées dans le livre.



Le terme du « square italien » chez les critiques d'art apparaît déjà en 1912. Cela ne vient ni de Matisse ni de Picasso ni des impressionnistes. On rencontre des gares ornées d'horloges, tours, statues et grandes places publiques désertes. Des trains de chemin de fer passent à l'horizon et se coupent par le brouillard. C'est étrangement sombre…

Voici une appréciation d'Apollinaire dans les Soirées de Paris : « L'art de ce jeune peintre est un art intérieur cérébral qui n'a point de rapport avec celui des peintres qui se sont révélés ces dernières années. Les sensations très aiguës et très modernes de M. de Chirico prennent d'ordinaire une forme d'architecture. Voici quelques titres simplifiés pour ces peintures étrangement métaphysiques : L'Énigme de l'oracle, La Tristesse du départ, L'Énigme de l'heure, La Solitude et le sifflement de la locomotive. »

Curieusement, même les peintures parisiennes de de Chirico étaient finalement des souvenirs italiens et le peintre les définit comme architecture métaphysique !

Un peintre italien vivant alors à Paris, Ardengo Soffici, qui sera à l'origine des mouvements picturaux d'avant-garde en Italie, écrit en 1914 : « La peinture de de Chirico n'est pas peinture dans le sens que l'on donne aujourd'hui à ce mot. On pourrait la définir, une écriture de songe. Au moyen de fuites presque infinies d'arcades et de façades, de grandes lignes droites, de masses immanentes de couleurs simples, de clairs-obscurs quasi funéraires, il arrive à exprimer, en fait, ce sens de vastitude, de solitude, d'immobilité, d'extase que produisent parfois quelques spectacles du souvenir dans notre âme quand elle s'endort… »





MAX ERNST dont l'oeuvre se rattache aux mouvements dadaïste et surréaliste est également largement représenté : C'est la poésie qui triomphe ici jusque dans les titres des tableaux.

« Oedipe roi », une oeuvre majeur qui reflète le thème du complexe d'Oedipe. « Jeune homme chargé d'un fagot fleurissant »

« Rêve d'une petite fille qui voulut entrer au Carmel » (une parodie de la vie de la petite Thérèse de Lisieux).

« Les hommes ne le sauront jamais »

« Vision provoquée par l'aspect nocturne de la porte Saint-Denis »

« Loplop présente la belle saison »

« Jardin gobe-avions »

« Arbres minéraux-arbres conjugaux »…



Collage, frottage, grattage, les styles et les techniques changent d'une oeuvre à l'autre. On appelle « frottage » la technique où on laisse courir une mine de crayon à papier sur une feuille posée sur une surface quelconque (parquet, chaise cannée ou autre texture) pour faire apparaître des figures anthropomorphes plus ou moins imaginaires. Elle s'apparente à l'écriture automatique des écrivains surréalistes comme Paul Éluard et André Breton.

Le « grattage » est un grattage du pigment directement sur la toile.





Quand MAGRITTE voit pour la première fois un tableau de de Chirico, il est si ému que certains amis parlent même de larmes. Il s'agit de « le chant d'amour ». le tableau de de Chirico « le cerveau de l'enfant » a aussi profondément influencé l'art de Magritte. Selon Magritte, l'art n'a pas besoin d'interprétations mais de commentaires. Il s'oppose à la convocation de son enfance pour comprendre ses productions. Malgré le suicide par noyade de sa mère, il est resté résistant à la psychanalyse.

Magritte est le peintre de l'abstrait. « Son imagerie se déploie sur des scènes aussi artificielles que dans de Chirico : des intérieurs fermés, souvent sans fenêtre. Des morceaux de mannequins se tiennent ou flottent sans relation dans des espaces souvent ouverts derrière des rideaux ; des statues classiques se cachent dans des gouffres ou sur un bord de mer agité. Vénus est pétrifiée, les mains et les têtes se détachent sur les tables et les plinthes. Les tours plongent dans les abîmes, les bannières flottent. Des silhouettes métalliques percent les corps et les entités, des boules extra-terrestres jaillissent du cadre. Les fenêtres et les portes aveugles évoquent l'isolement total. Les toiles sur les chevalets restent vides, les images dans les images défient toute élucidation. Des silhouettes schématiques - des découpes de papier - obstruent la vue. Les masques remplacent les visages, les sosies prennent le dessus. » (J'ai cité un passage du chapitre consacré à Magritte, par Guido Magnaguagno. Dans ce livre, chaque peintre est commenté par un critique d'art différent.)



Voici les principaux titres de Magritte qui figurent dans le catalogue de l'exposition :

« le brise-lumière »,

« L'épreuve du sommeil »,

« le sens de la nuit »,

« La vie secrète »,

« La condition humaine »,

« le pont d'Héraclite »,

« La clef des songes ».



J'arrive à BALTHUS dont l'oeuvre m'a complètement bouleversée.

Sa mère, Elisabeth Spiro (Baladine Klossowska), était artiste peintre aussi et elle avait pour amant Rainer Maria Rilke. Durant son adolescence, Balthus rencontre les nombreuses relations de sa mère et de Rilke qui viennent leur rendre visite : André Gide, Maurice Denis, Pierre Bonnard… Plus tard Balthus entre en contact avec le mouvement surréaliste mais il récuse la notion d'inconscient freudien.

La jeune fille est l'emblème du peintre au même titre que les gares de Delvaux, la pipe de Magritte ou les ready-made de Duchamp. Comme il dit lui-même, « le corps d'une femme est déjà complet. le mystère a disparu. »

J'aime particulièrement les écrits d'Antonin Artaud qui voit en Balthus son double : « Balthus peint d'abord des lumières et des formes. C'est par la lumière d'un mur, d'un parquet, d'une chaise et d'un épiderme qu'il nous invite à entrer dans le mystère d'un corps pourvu d'un sexe qui se détache avec toutes ses aspérités. La technique du temps de David au service d'une inspiration violente, moderne, et qui est bien l'inspiration d'une époque malade où l'artiste qui conspire ne se sert du réel que pour mieux le crucifier. »

L'oeuvre de Balthus est figurative et méticuleuse. Plutôt que d'imiter Picasso, il est profondément influencé par les peintres de la Renaissance. Balthus met dans ses tableaux tout ce qui est caché au fond de nous-mêmes, tous les éléments essentiels de l'être humain dépouillé de sa croûte d'hypocrisie !

« La leçon de guitare » (1934) en est un exemple. Il s'agit d'une jeune fille renversée sur les genoux d'une femme, le sein droit sorti de sa chemise. Une main tire les cheveux de l'élève, l'autre lui écarte les jambes. Cette oeuvre célèbre a provoqué d'intenses controverses auxquelles

Balthus répond dans une lettre adressée à son épouse Antoinette de Watteville : « C'est une scène érotique. Mais comprends bien, cela n'a rien de rigolo, rien de ces petites infamies usuelles que l'on montre clandestinement en se poussant du coude. Ce tableau représente une leçon de guitare, une jeune femme a donné une leçon de guitare à une petite fille, après quoi elle continue à jouer de la guitare sur la petite fille. Après avoir fait vibrer les cordes de l'instrument, elle fait vibrer un corps. »



Quoi de plus fort ?

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Le jour des cendres
  26 juillet 2021
Le jour des cendres de Jean-Christophe Grangé
Des personnages taillés à la serpe et l’éternelle guerre entre police et gendarmerie peuvent donner à ce roman une vitrine de roman de gare, mais Jean-Christophe Grangé aborde des questions fondamentales et très actuelles : euthanasie, sélection génétique, élimination des handicapés, supériorité d’une race prétendue « élue » …



Une intrigue haletante qui conduit le lecteur à s’interroger sur la culpabilité réelle de l’assassin … pas simple d’être juré lors du procès.



Une lecture dont nul ne peut sortir indemne et alerte sur les dangers du transhumanisme. « Science sans conscience n'est que ruine de l'âme » comme l’illustre ici une médecine pervertie.
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Une vie de homard
  28 juillet 2021
Une vie de homard de Erik Fosnes Hansen
Mais ce n'est pas un animal, c'est Erling Skakke, un homard dans l'aquarium du restaurant d'un hôtel norvégien. Il doit sa vie sauve, au fait d'avoir perdu une pince durant une attaque d'un congénère qui avait réussi à se libérer des élastiques qui emprisonnaient les siennes,

Mais Erling Skakke risque de devenir sujet à scandale. "Torture animale à l'hôtel de montagne Fåvnesheim." ,

Et les jours d'Erling Skakke furent comptés.



Voilà nous sommes dans un hôtel de montagne en Norvège en 1982. Sedd, un garçon intelligent de quatorze ans y vit avec ses grand-parents, les propriétaires. C'est lui qui raconte. Ce garçon d'une maturité incroyable nous charme d'emblée avec son ton impassible, détaché non dénué d'humour, mais nullement condescendant ni indifférent.



L'anecdote d'Erling Skakke est la métaphore de ce séjour à l'hôtel Fåvnesheim que nous offre Sedd à travers ses souvenirs . Ce garçon trop sérieux et trop sage , qui se retrouve face à des situations compliquées pour son âge fait son possible pour essayer de résoudre certaines et préfére ignorer d'autres . Il vit dans l'énigme de l'absence de ses parents qu'il n'a pas connu, coincé entre des grand-parents d'une autre génération qui tiennent au travaille bien fait, précis et parfait, à la politesse et à tenir leurs promesses coûte que coûte . C'était le temps des hommes d'honneur, des hommes de parole , mais les temps changent. La Norvège est à l'orée de la fameuse rente pétrolière qui va inonder le pays, et peu à peu l'histoire va prendre une autre tournure et le ton devenir angoissant. Imprégné d'une mélancolie profonde , d'une tension croissante et doté d'un final tragique et étonnant , un excellent roman écrit avec intelligence et humour !



A ma liste d'auteurs norvégiens contemporains déjà lus et beaucoup aimés sans exception, Per Petterson, Vigdis Hjorth, Ketil Bjornstad, Jostein Gaarder.....

j'ajoute Erik Fosnes Hansen . La Littérature nordique est la caverne d'Ali Baba !





"Là encore on peut dire que c'est l'intention qui compte."
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La Révolution des Damnés
  24 juillet 2021
La Révolution des Damnés de Mélody Cisinski
Avec Le chaos, premier tome du diptyque La révolution des damnés, Melody Cisinski nous offre une version inédite de la révolution russe. Cette guerre civile se déroula de 1917 à 1923 opposant les révolutionnaires aux tsaristes. L’auteure se focalise surtout sur les antagonismes qui ont eu lieu au sein du camp révolutionnaire. En effet, les bolcheviques, après s’être beaucoup servi des anarchistes, les ont plus ou moins détruits.

Elle inscrit son ouvrage au cœur de l’année 1921, lors des derniers soubresauts de cette guerre civile. Yuri, cosaque anarchiste et Nikita, officier bolchevik sont deux amis d’enfance. Quand Nikita, ce redouté communiste fait appel à son ancien ami, celui-ci très courageux accourt. Si Yuri parvient à éliminer le dernier membre de la lignée des Romanov, isolé et protégé dans un train par les soldats tsaristes qui sont sur le point de l’évacuer, la révolution pourrait enfin s’accomplir… Notre idéaliste accepte la mission mais va être grandement surpris lorsqu’il fera connaissance avec ce dernier descendant qui n’est autre qu’une fillette, Nadya, une enfant, candide certes, mais quel personnage !

Avec cette uchronie, Melody Cisinski a su brillamment ancrer son ouvrage à la fois dans la réalité tout en se détachant d’un réalisme historique, en partant ailleurs et notamment dans les légendes et le fantastique. Elle n’hésite pas à incorporer dans le récit un golem en acier (en couverture de l’album) et une Baba Yaga, cette figure féminine surnaturelle la plus présente du conte russe, désireux d’aider les Rouges, mais toujours plus avides de sang « Des corps, des âmes pour le pouvoir, l’énergie vitale, HiHi ! »

Je dois avouer cependant m’être parfois perdue dans cet univers imaginaire.

Si les deux premières pages laissent entrevoir peu d’espoir pour le final, on ne peut qu’être admiratif devant ce personnage principal toujours positif, souvent drôle qu’est Yuri et s’attacher à lui.

Les couleurs, majoritairement le noir et blanc, avec une ou deux autres, comme évidemment le rouge correspondent bien, à chaque fois avec l’ambiance et ont un rôle important dans l’histoire. L’univers sombre de la guerre est superbement rendu.

Les dessins simples, les cadrages variés donnent beaucoup de rythme de même que l’alternance de séquences riches en dialogues avec d’autres strictement muettes.

Pour ma part, j’ai beaucoup apprécié les planches pleine page.

Les rivalités idéologiques sont parfaitement mises en scène et annoncent clairement l’avènement des communistes.

Melody Cisinski, première storyboarder française à avoir rejoint les studios Pixar, avec son premier album La révolution des damnés nous propose ainsi une version originale, spectaculaire et pour le moins surprenante de la Révolution russe, mettant en scène deux « frères », deux destins que tout oppose pour libérer la Russie du joug tsariste…

Réalité et fiction, Histoire et légendes, tradition et modernité, aventures, amitié, rivalités, amour, humour et personnages forts et complexes caractérisent ce premier album dont j’attends avec impatience la suite…

Je remercie le site Cases d’Histoire et les éditions Robinson pour cette magnifique découverte.

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Backstage
  21 juillet 2021
Backstage de Pascal Parrone
Le 24 août 2018, ils s'apprêtent à jouer sur une grande scène pour la première fois, à Penthalaz devant six mille spectateurs. Ils ont été invités au Venoge Festival, le plus grand festival du Gros-de-Vaud et de la région lausannoise, suite à la défection du groupe Shaka Ponk. Il s'agit du groupe Blackout composé de trois garçons et d'une fille Leila.

Le concert est lancé et plutôt bien lancé, le public est conquis par des titres aussi énergiques qu'efficaces et la voix d'Alex fait le reste… Une immense ovation salue le dernier accord.

Un sentiment d'euphorie indescriptible étreint le groupe. Ils décident d'aller fêter l'événement au No Name un club de Lausanne en compagnie de deux groupies Sophie et Mélissa. Ayant abusé de vodka et de cocaïne, Alex va tenter d ‘abuser de Mélissa. Celle-ci s'échappe in-extrémis. Stupeur et colère pour les membres du groupe. de plus, si cette dernière porte plainte, c'en est fini de Blackout. Elle ne le fera pas et le groupe est soulagé.

Pascal Parrone revient alors sur la constitution du groupe et sa montée en puissance.

C'est Alex Marty qui, suite au divorce de ses parents s'est mis à la guitare et écrit des textes, pense à former un groupe. Il s'adresse alors à Éric Jordan, un ancien copain d'école, guitariste également. Tous deux cherchent ensuite un bassiste et dénichent Nils Jensen, multi-instrumentiste et aussi informaticien, un surdoué. Quant au batteur, lorsqu'ils entendent Leila Ndongo, ils n'hésitent pas et lui propose de les rejoindre. Au printemps 2018, un album contenant treize titres est terminé. Il leur faut quelqu'un pour promouvoir leur travail car s'ils veulent percer, il leur faut quelqu'un avec un bon réseau. Nils connaît quelqu'un qui serait parfait pour ce job. Il s'agit de Léo Steiner qui était son éducateur lorsqu'il était en foyer et qui l'a toujours soutenu. Il est en quelque sorte son mentor et son père spirituel. Léo, après avoir quitté le foyer, a monté son propre label, s'est associé avec un de ses amis et ils ont fondé leur propre label. Malheureusement son associé est décédé et Léo a fait une dépression. Maintenant, il va mieux et ses compétences et son expérience lui permettraient de faire un bon manager pour le groupe, Nils se porte garant de son ami.

Après sa prestation à Penthalaz et la frayeur qui s'en est suivie, le groupe continue son envol. le 21 septembre 2018 a lieu le vernissage de leur album à Lausanne, l'agenda des concerts se remplit vite et ils sont tout près d'un succès international avec la signature imminente d'un contrat avec la Warner. La suite ne sera peut-être pas aussi réjouissante.

Parallèlement à la découverte de ce monde musical romand, ou plutôt par intermittence, nous découvrons d'autres personnages comme Robert Besson qui vient de perdre son fils unique Mickaël dans un accident de la route, Lisa Orwell, 35 ans, directrice du marketing dans l'événementiel terriblement excitée en découvrant qu'elle est enfin enceinte, Jean-François Nicoud dit Jeff qui donne des cours de guitare particuliers à de jeunes enfants et après avoir conquis leur confiance, abusent d'eux. Ces trois personnes tout comme Alex le chanteur du groupe et Freddy Weiss un des techniciens reçoivent à l'automne 2019 une lettre en provenance d'un cabinet d'avocats leur demandant de se rendre le mardi 10 décembre 2019 à 18 h précises dans un chalet isolé, commune de Blonay, où selon la volonté de leur client, les cinq bénéficiaires doivent être réunis pour pouvoir procéder au partage des avoirs. Avouez que cela est un brin intriguant pour les cinq récipiendaires du courrier mais surtout pour nous lecteurs !

Après nous avoir fait vibrer avec les chansons de ce groupe, puis angoisser et flipper avec la conduite du chanteur, Pascal Parrone imagine un scénario digne des meilleurs thrillers et maintient un suspense jusqu'à la dernière ligne.

J'ai trouvé intéressante et particulièrement réussie cette manière de mettre en lumière les côtés plus ou moins obscurs de chacun et comment l'espoir d'un quelconque gain peut attirer quasiment tout individu et l'amener à se dévoiler. Certains des personnages comprendront alors que les millions n'allégeront pas forcément le fardeau.

Dans Backstage, l'auteur souligne avec brio comment des blessures psychologiques peuvent parfois rester enfouies, sembler guéries puis resurgir soudain et amener à la vengeance. Il met l'accent sur les dépendances et les addictions que ce soit à l'alcool ou à la drogue et naturellement les conséquences plus ou moins dramatiques qu'elles peuvent entraîner, n'hésitant pas à faire prendre conscience à certains de ses personnages du désastre qui peut être engendré par leur inconséquence.

Backstage, deuxième roman de Pascal Parrone, que je définirais de thriller machiavélique est une véritable plongée dans la connaissance, les méandres et les tourments de l'âme humaine.

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Le gang des rêves
  27 juillet 2021
Le gang des rêves de Luca Di Fulvio
♫ Je suis le chef et le sous chef

Je suis Fernand le rigolo

Je suis le petit gros à lunettes

Je suis Robert le grand costaud

Y a plus de problème de hiérarchie

Car c'est toujours moi qui commande

C'est toujours moi qui obéit

Faut de la discipline dans une bande

Je suis une bande de jeunes

À moi tout seul

Je suis une bande de jeunes

Je me fends la gueule....



Bow-wow, woof woof, bow-wow, wow

Call them the Diamond Dogs

Dogs

Call them the Diamond Dogs, call them, call them

Call them the Diamond Dogs, call them, call them, ooo

Call them the Diamond Dogs

Keep cool /Gardez son calme

Diamond Dogs rule, ok / la règle des Diamond Dogs

Hey-hey-hey-hey

Beware of the Diamond Dogs / Méfiez-vous des Diamond Dogs♫

-Renaud- 1977-

-David Bowie- 1974 -

----♪----♫----🗽----🎬----🗽----♫----♪----



Depuis 1909, vous pouvez avoir une Ford T de n'importe quelle couleur...

Pourvu qu'elle soit noire !?

1er règle : Si tu piges pas tout de suite

Tu pigeras plus tard...

En attendant file-moi ta part !?

Je m' souviens ma mère disait...

Et je suis aux galèNes.

T'arrives à New York, t'es comme Croc-Blanc

Si aboie aux dents longues,

Inventaire Requincaillerie

Quelqu'un qui se noie dans le sang

Contez que sur soie, c'est ça la vie

Crache sur un truc qui appartient à un blanc

Le rêve Américain c'est vraiment une connerie

Les règles ne sont là que pour organiser le rêve...

T'as plus que neuf doigts

Une preuve par Neuf

Les poules ne demandent pas l'autorisation de faire un œuf

le Punisher, La victime et le prédateur

Si je pouvais vivre ma vie à nouveau...

Un lever de rideaux

Marche ou crève

Et Finito el sueño

Fin du Rêve..

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Chronique des Whiteoaks, tome 2 : Matins à Ja..
  27 juillet 2021
Chronique des Whiteoaks, tome 2 : Matins à Jalna de Mazo de la Roche
L'été est synonyme de détente….En ces temps de division…j'ai opté pour un roman traitant en toile de fond….la division…la Guerre de Sécession….Le Nord contre le Sud…Les blancs contre les Noirs….Les privilégies contre les esclaves…De nos jours…les vaccinés contre les non-vaccinés….Nous l'avez compris un énorme problème de lois….un énorme problème de liberté….un énorme problème de discrimination….L'auteure Mazo de la Roche propose aux lecteurs de suivre les péripéties de la famille Whiteoak immigré au canada…..



« Matin à Jalna »…Morning at Jalna…est une date de publication 1960…



« Matin à Jalna » est le deuxième tome de la série Jalna…..



La romancière canadienne Mazo de la Roche propose aux lecteurs de suivre les péripéties d'une jeune mariée impulsive au tempérament irlandais…et de son mari…le Capitaine Whiteoak…..



Rappelons pour les lecteurs non-initiés que la série Jalna est composée de 16 volumes s'étendant sur la période de 1854 à 1954…Le septième récit était en cours d'écriture au moment du décès de la romancière Mazo de la Roche…



La romancière Mazo de la Roche a longtemps et encore de nos jours…entretenu une relation littéraire durable et gratifiante avec ses innombrables lecteurs…dont le désir était d'en savoir davantage sur la famille Whiteoak….J'avoue moi aussi !...j'adore les potins !...



« Matin à Jana » est Guerre de Sécession : La guerre de Sécession a opposé les États du sud et du nord des États-Unis……Les États du Sud ne voulaient plus faire partie des États-Unis et ont décidé de créer leur propre pays……



Cependant…… les États du Nord voulaient rester un seul pays…… 617 000 morts parmi les combattants…..



« Matin à Jalna » est le Président des Etats-Unis Abraham Lincoln : Il voulait un gouvernement fédéral plus fort et était contre l'esclavage……. C'est son élection qui a déclenché le départ des États du sud et la guerre civile…..



« Matin à Jana » est Jefferson Finis Davis : Un homme politique américain qui a été président des États confédérés de 1861 à 1865…… En tant que membre du Parti démocrate….il a représenté le Mississippi aux États-Unis Sénat et la Chambre des représentants avant la guerre de Sécession…



« Matin à Jalna » est la maison Jalna…sise dans l'Ontario…Les Whiteoak Adeline et Philippe se sont connus à Jalna…aux Indes…Ce couple immigre au Canada…C'est là qu'ils bâtissent leur maison…au centre d'un vaste domaine baptisé Jalna…en souvenir de la première rencontre….Hum ! …c'est beau l'amour !....



L'Ontario est la province la plus peuplée du Canada….Un mot amérindien décrivant le lac Ontario a probablement donné son nom à la province…. Ottawa, la capitale du Canada, se trouve en Ontario. …La propre capitale de la province est Toronto…..



« Matin à Jalna » est Adeline Court épouse Whiteoak : La maîtresse des lieux…l'épouse de Philipp Whiteoak…une Irlandaise impulsive…Ben une vraie Irlandaise !....



« Matin à Jalna » est l'oiseau Bonnet : Bonnet est le perroquet des Whiteoak…Bonnet est un élément à part entière dans la famille de Whiteoak….Quand Adeline élevait la voix…le perroquet s'envolait de son perchoir en émettant des cris de protestation….Bonnet ….Cher Bonnet !..



L'oiseau le bec ouvert…les ailes battantes hurlait sa colère…Haramzada !.,

Haramzada !...il ajouta trois ou quatre appris en anglais…Je hais la famille Whiteoak….J'adore ce Bonnet !.....



« Matin à Jalna » est le couple Sinclair : Les Sinclair avaient rencontré les Whiteoak en Angleterre où Philip et Adeline se trouvaient en vacances… leur sympathie mutuelle s'épanouit...rapidement !...Ce jour…les Sinclair étaient arrivés en Canada…..



« Matin à Jalna » est Lucius Madigan : Un Irlandais venu au Canada pour chercher fortune…mais il aimait raconter à qui veut l'entendre…qu'il était moins à l'aise dans cette nouvelle contrée…Il était arrivé pour servir de…prédicateur aux jeune Whiteoak……



« Matin à Jalna » est esclaves : Mr Madigan…vous aimeriez libérer les esclaves ?...Oh….Ils ont de la veine…s'ils étaient ici au Canada…ils verraient ce que c'est de travailler….Tout est dit !...



« Matin à Jalna » est complot de Curtis Sinclair : Curtis est l'un des organisateurs d'un groupe clandestin d'agents de la Confédération sudiste…Ils sont envoyés au Canada par le président Jefferson Davis…Je me demande si je dois raconter tout ceci à ….Adeline…Ces hommes doivent accomplir des raids…pour détruire les bateaux nordiques qui se trouvent dans les grands lacs….



« Matin à Jalna » est maladresse : As-tu raconté ce que tu as entendu ? demanda Philipp Whiteoak à son fils Nicholas….Réponds-moi…Oui…Petit imbécile… !....la punition qu'il reçut fut sévère…..Que ce passe-t-il ici hurla Adeline Whiteoak….j'ai reçu une mauvaise nouvelle….Les Yankees ont pris Curtis Sinclair…..



Il faut que je vous fasse une confidence….. Je suis accroc à cette série que je relis régulièrement l'été…mais ne le répétez pas à personne…



Le lecteur peut saluer la richesse des personnages et le talent artistique de l'auteure Mazo de la Roche….



Cependant, dès le quatrième volume….l'auteure Mazo de la Roche est vivement violentée de part des critiques littéraires….ces nouveaux récits interrogent les bien-pensants…les intrigues mélodramatiques… ou/et les scènes avec ses pratiques sexuelles non conventionnelles d'une famille très atypique posent problème….



Pour les amoureux de la série Jalna….. En 1974, une mini-série produite par la CBC et basée sur les livres a été diffusée dans tout le Canada….. le scénario a été écrit par le célèbre auteur et dramaturge canadien Timothy Findley et la mini-série a ensuite été vendue au Royaume-Uni et en France…

.

Terminons par une information amusante : L'auteure Mazo de la Roche, a donné aux membres de sa famille fictive des noms tirés de pierres tombales du cimetière de Newmarket…. en Ontario !...Etonnant non !



Challenge SOLIDAIRE 2021







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Jean Barois
  21 juillet 2021
Jean Barois de Roger Martin du Gard
L'écrivain français, Prix Nobel de Littérature, signe en 1913 un roman tout à fait singulier. Jugé impubliable et éloigné de la forme romanesque par les éditeurs de l'époque.




Le roman, car il ne peut y avoir aucun doute là-dessus, de Roger Martin du Gard a en effet de quoi surprendre. Sa forme est quasi-dialoguée, ses descriptions sommaires rappellent davantage celles d'un script que d'un roman classique. Ce qui n'est pas pour déplaire au lecteur. Au demeurant, la langue est impeccable et l'intrigue tout à fait aboutie.



“Je vois en vous Jean une tendance un peu trop prononcée à la réflexion”. On ne dévoilera rien en annonçant que le lecteur s'apprête à partager la vie de Jean Barois. Personnage central d'un roman où les autres personnages sont la religion catholique, la science et la recherche de la vérité dans leurs itinérances et leurs affrontements.



“Je crois qu'il est impossible de ne pas éprouver une espèce de vertige, à ces premiers contacts avec la Science, lorsqu'on commence à distinguer, pour la première fois, quelques-unes des grandes lois qui ordonnent la complexité universelle”



De la certitude au doute… à la certitude. Au détour de conversations avec des prêtres, journalistes, députés laïcs, de divergences profondes sur la réalité scientifique et le symbole de la religion, les opinions politiques qui traduisent ces différents élans, sur l'état du monde et ce vers quoi nous allons, Jean Barois annonce les débats qui nous animent encore aujourd'hui, dans les mêmes termes, indébrouillables. Que faire de la religion face à la science et vice versa ? Faut-il seulement les placer sur le même plan ? Et que faire de la vérité ? Vers où se dirige l'énergie collective ? Ou penche-t-elle ? Quelle tradition, quel ordre établi veut-elle renverser ? Martin du Gard surprend par l'actualité de sa réflexion, ce qui n'avait pas échappé à Albert Camus qui le surnommait “notre éternel contemporain”.



“La vie d'une génération, ce n'est qu'un effort qui en suit et en précède un autre.” Mais ne vous attendez pas à trouver autre chose qu'une remarquable intelligence de l'auteur, d'une rare tolérance, et qu'une synthèse qui doute encore d'elle-même, dans toute la bonne foi de son humilité. Comme un dialogue socratique, l'auteur ne tranchera pas entre les différents points de vue que peuvent développer ses personnages, c'est en cela que Jean Barois est un roman philosophique (bien que le personnage de Luce, de par sa sagesse, pourrait être une sorte d'avatar ou d'idéal de Martin du Gard, un peu à la manière du Brotteaux d'Anatole France dans Les Dieux ont Soif).



“Je crois qu'une doctrine puissante et jeune est par nature intolérante : une conviction qui commence par admettre la légitimité d'une conviction adverse se condamne à n'être pas agissante: elle est sans force, sans efficacité.”



N'allons pas croire pour autant que tous les personnages ne sont que des faire-valoir statiques d'idées philosophiques, des sortes de caricatures. le roman de Martin du Gard est en mouvement et les évènements de la vie privée influent sur la raison, la foi d'une proche peut faire vaciller les convictions les plus anticléricales.



“On obtient toujours ce qu'on veut d'un peuple, quand on sait l'exciter contre les Juifs…” du fait des évènements marquants de la vie politique au tournant du XXe siècle relatés dans le livre, notamment une immersion singulière et vivace au coeur de l'Affaire Dreyfus, Jean Barois peut aussi prétendre au qualificatif de roman historique. La citation ci-dessus, d'un journaliste et scientifique juif, Woldsmuth, ami de Jean Barois dénote là encore une perspicacité terrible de l'écrivain, quand on sait qu'un régime antisémite enterrera la Troisième République moins de trente ans après la publication du livre.



Paru quelques années seulement après la Loi de 1905, cet ouvrage fortement influencé par les conflits du religieux et du laïc pour régir la société est résolument d'actualité. Martin du Gard n'a plus la cote, et pourtant, quel bien cela fait de se plonger dans une oeuvre aussi exigeante que sincère.



Qu'en pensez-vous ?

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Le blues roumain, tome 2
  26 juillet 2021
Le blues roumain, tome 2 de Radu Bata
Avec les vacances (que je souhaite agréables à tous mes amis !) nous sommes davantage dehors à profiter du soleil, mais n'oublions pas de lire de la poésie.

Ceci n'est pas une critique entièrement personnelle, mais une invitation très vive à découvrir un livre que j'ai adoré.

Pour cette fois-ci, exceptionnellement (je prends aussi un peu de vacances) je vais me permettre de vous renvoyer à la chronique que propose sur le site Livres Rhône Roumanie, Jean-Pierre Longre qui a signé la préface du premier numéro de cette aventure poétique (le Blues roumain) dont j'appelle de mes voeux les plus chers un futur numéro 3.



Avant de vous livrer le commentaire de Jean-Pierre Longre (dans lequel je me retrouve entièrement) sur la « récidive poétique » de Radu Bata comme passeur de poésie roumaine, je tiens à reprendre la liste des auteurs traduits, d'une part pour le plaisir de les voir nommés, mais surtout pour celui de constater que le site fait bien les liens avec ceux déjà présents dans sa base de données. Ainsi, certains noms seront « amputés » des diacritiques roumaines.



1) Les auteurs : Andreea Apostu, Ana Blandiana, Irina Alexandrescu, Luminița Amarie, George Bacovia, Maria Banuș, Ana Barton, Radu Bata, Ramona Boldizsar, Dorina Brândușa-Landen, Emil Brumaru, Artema Burn, Ion Calotă, Mircea Cartarescu, Ruxandra Cesereanu, Toni Chira, Mariana Codruț, Denisa Comănescu, Ben Corlaciu, Traian T. Coșovei, Delk Danwe, Corina Dașoveanu, Mina Decu, Adrian Diniș, Carmen Dominte, Marius Dumitrescu, Adela Efrim, Mihai Eminescu, Vasile Petre Fati, Raluca Feher, Alida Gabriela, Diana Geacăr, Mugur Grosu, Cristina Hermeziu, Ligia Keșișian, Claudiu Komartin, Paula Lavric, Alexandra-Mălina Lipară, Ana Manon, Aurelian Mareș, Ioan Mateiciuc, Maria Merope, Antonia Mihăilescu, Ion Minulescu, Ion Muresan, Tiberiu Neacșu, Dana Nicolaescu, Felix Nicolau, Ovidiu Nimigean, Dana Novac, Eva Precub, Ioan Es. Pop, Augustin Pop, Savu Popa, Dragoș Popescu, Radmila Popovici, Ioana Maria Stăncescu, Nichita Stanescu, Roxana Sicoe-Tirea, Ana Pop Sirbu, Sorina Rîndașu, Florentin Sorescu, Magda Sorescu, Călin Sorin, Octavian Soviany, Petre Stoica, Ion Stratan, Andrada Strugaru, Robert Șerban, Cristina Șoptelea, Radu Ștefănescu, Petronela Rotar, Mircea Teculescu, Iulian Tănase, Tatiana Tibuleac, Mircea Țuglea, Radu Vancu, George Vasilievici, Gabriela Vieru, Paul Vinicius, Ilarie Voronca, Vitalie Vovc.



2) Chronique de Jean-Pierre Longre :

« On l'attendait fébrilement ou tranquillement, le second Blues roumain, et le voilà : Radu Bata a récidivé, sans pour autant reproduire à l'identique les gestes et les intentions du premier. Celui-ci était une anthologie « imprévue », composée de traductions « inopinées », celui-là est une anthologie « désirée », composée de traductions « hypocoristiques ». Comme si, la première fois, tout était venu sans crier gare, d'une manière quasiment inconsciente (voire…), alors que maintenant l'affaire est à la fois préméditée, mûrie et soutenue par une affection consciente. À vrai dire, ce n'est pas aussi simple, aussi schématique. Dans les deux cas, nous pouvons suivre sans nous poser de questions compliquées le « labyrinthe enchanté » construit par celui qui est à la fois faiseur de poésies et découvreur de poètes, inventeur et traducteur, créateur et adaptateur. Et dans le deuxième cas, même s'il est toujours aussi accessible, le chemin est encore plus long, les ramifications plus nombreuses, le regard se fait encore plus éberlué devant les ressources inépuisables de la poésie roumaine.

Certes, à la sortie du labyrinthe, Octavian Soviany semble vouloir mettre un point final à la poésie : « pourquoi on n'euthanasierait pas les vieux poètes ». Mais ce serait plutôt l'occasion d'un rajeunissement radical. Voyons ce que nous dit Ana Blandiana dès l'entrée : « nous devrions naître vieux […] ensuite devenir plus jeunes et encore plus jeunes / arriver mûrs et puissants à la porte de la création ». Ou en cours de route Dragoş Popescu : « les poètes sont si beaux / qu'ils ne vieillissent jamais ». Et alors défilent sous nos yeux les turbulences d'une poésie toujours nouvelle quel que soit son âge, toujours vivante quelles que soient les conditions de sa naissance, toujours bouillonnante quelles que soient ses préoccupations. Une poésie qui chante les sensations et la sensualité, l'amour et la mort, la vie quotidienne des humains et des objets, les souvenirs et le présent, la révolte et la violence, bref tout ce qui fait que les mots bien choisis, bien choyés donnent à l'existence la puissance d'une symphonie, que ce soit sous les plumes notoires de Mihai Eminescu, Ilarie Voronca, Ana Blandiana, Mircea Cărtărescu, Nichita Stănescu, Paul Vinicius, Radu Bata lui-même, ou sous des plumes de nouvelle génération, moins célèbres, mais ô combien fécondes dans leur diversité.

Les mots ? Parlons-en, par exemple avec Petronela Rotar : « touche ces mots s'il te plaît / sens leur chair tendre s'étendre entre tes doigts / et fais le voeu de rester en poésie ». On devine tout au long des pages la prédilection de Radu Bata pour le maniement (ludique, expressif, musical, chaleureux) du matériau verbal. Il aurait pu écrire, comme Iulian Tănase : « j'ai été un joueur de mots / passionné / addictif ». Ce qu'il faut remarquer, c'est que la littérature née en Roumanie, en vers ou en prose, est un terreau particulièrement riche en manipulations lexicales, en mouvements syntaxiques, en registres thématiques, du lyrisme à l'absurde, du dramatique au comique, du réalisme au fantastique. Nous sommes au pays d'auteurs aussi différents que [Lucian] Blaga et Tzara, Eminescu et Urmuz… La Roumanie, c'est un monde poétique complexe, et cette nouvelle anthologie nous mène aux plus attirantes de ses profondeurs, aux plus exaltants de ses sommets, aux plus lumineux de ses horizons ».
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L'ode au chou sauté
  22 juillet 2021
L'ode au chou sauté de Areno Inoue
« Tisser des histoires de nourriture, c'est parler de notre façon d'être au monde. » dit Ryôko Sekiguchi, qui dirige la collection le Banquet chez les éditions Picquier , éditeur de ce livre. Donc le temps d'une lecture raffolant de la cuisine japonaise, me voici dans une boutique de plats cuisinés, "La maison de Coco" , à saliver sur les différents plats concoctés par Kôko et ses employés Matsuko et Ikuko, des beignets de palourdes, des croquettes de tôfu aux bulbes de lis ou des bourgeons de pétasites au miso........



Toutes plus ou moins dans la soixantaine, elles vivent seules et sont légèrement portées sur l'alcool . Côté vie privée elles ne sont pas très chanceuses. le mari de Kôko l'a quittée pour une un peu plus jeune, Matsuko s'est fait chopper son chéri qui en a épousé une autre pour quelque temps et Ikuko est depuis peu veuve. Mais bon ça ne les empêchent pas de reluquer sur le livreur de riz , Susumu. Beau garçon dans la vingtaine dont les trois sans-gênes sollicitent la compagnie et le service à toutes les occasions qui s'y prêtent. La sollicitation prenant parfois des tournures gênantes, le pauvre garçon ne sait plus qu'en penser, comment se comporter, en rire ou à prendre au sérieux, comme d'ailleurs nous lectrices et lecteurs 😁! Car ces dames surtout la Kôko sont des vrais numéros sous leurs allures sainte-nitouches !



C'est frais , léger malgré le fonds sombre de ces trois femmes qui se consolent au travail, s'abreuvant de quelques verres de remontant ( Je pense leur envoyer notre Bison pour les consoler ) . La présence du jeune homme y apporte une légère brise dans le monde vieillissant de ces Trois Grâces de la Maison de Coco, qui malgré les revers de la vie bouillonnent encore d'énergie. Eh bien sûr le tout baigne dans une cuisine délicieuse de produits frais, pleine d'imagination où les souvenirs refont surface à travers des plats nostalgiques d'antan , cuisinés jadis par la mère ou l'ex.





"C'est tout de même extraordinaire, la cuisine.....Pas besoin de denrées de luxe, rien de compliqué, il suffit de cuisiner juste et vous obtenez quelque chose de fabuleux."
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