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Critiques les plus appréciées

Rivage de la colère
  07 août 2022
Rivage de la colère de Caroline Laurent
Les avis Babelio sur ce roman sont tous extrêmement élogieux et c’est amplement mérité tant ce roman a du souffle, du coffre, de la chair et du cœur. Rivages de la colère, c’est une histoire d’exil et de révolte, c’est une quête de justice d’une romancière engagée qui conçoit la littérature comme un puissant porte-voix permettant de dénoncer, informer et sensibiliser sur un drame méconnu de la décolonisation.



En 1968, l’accès à l’indépendance est jour de fête pour l’Île Maurice, le début du désastre pour les populations des Chagos. Cet archipel, situé au Sud des Maldives, en plein cœur de l’océan Indien, dépendait jusque là de Maurice qui lui-même dépendait du Royaume-Uni. Sauf que, suite à un accord secret entre les indépendantistes mauriciens et le gouvernement Wilson, les Chagos reste dans l’escarcelle britannique, excisés du territoire mauricien contre compensation financière, sacrifiés sur l’autel de la guerre froide pour être loué aux Etats-Unis qui y installent une base militaire sur l’île principale de Diego Garcia. Les Chagossiens doivent quitter leurs terres pour faire place nette. Sauf qu’ils n’ont pas été consultés, qu’ils ont été expulsés sans préavis ni indemnisation, avec des restrictions de médicaments et nourriture, tous les chiens de l’île gazés. Près de 2000 personnes sont ainsi déportés, livrés à eux-mêmes dans les bidonvilles de Maurice, abandonnés. Tragédie tristement universelle de la pauvreté, du racisme et de l’ignorance.

Ce récit d’un peuple analphabète, pauvre, descendant des esclaves malgaches installés aux Chagos pour travailler dans des plantations de coco, écrasé par l’Histoire est d’autant plus terrible qu’il est vrai. Caroline Laurent, elle-même originaire de Maurice, s’est longuement documentée mais jamais on ne sent le poids de ses recherches. Elle choisit la baguette magique de la fiction et de sa puissance d’incarnation pour entraîner le lecteur dans une autre vie que la sienne et faire naître empathie, indignation et stupéfaction.



Pour cela, il faut des personnages forts aux voix qui portent. La construction, habile, alterne deux arcs narratifs distincts mais fortement reliés. Un premier raconte le parcours de Marie-Pierre Ladouceur et de sa famille à partir de 1967. Le deuxième fait passer la narration à son fils Joséphin dans les années 2000.



Marie-Pierre Ladouceur fait partie des superbes héroïnes, presque trop parfaite mais inoubliable. Chagossienne, femme du peuple, noire, ouvrière dans le coprah, n’ayant jamais tenu un livre, un enfant dont le père pourrait être deux hommes, qui tombe éperdument amoureuse de Gabriel Neymorin qui appartient à l’élite créole mauricienne. L’histoire d’amour, déjà compliquée au départ du fait des origines sociales de chacun, est évident secouée dans les affres de la déportation. Péripéties attendues mais efficaces. C’est en tout cas Marie-Pierre qui va sonner l’heure de la révolte, se muant en activiste prête à tout pour retrouver son île, manifestations, grèves de la faim, heurts avec la police s'en suivent.



Le deuxième arc narratif est une histoire de transmission. Joséphin prend le relais dans une tache à la Sisyphe lorsque les Chagossiens entament un marathon judiciaire revendiquant le droit de retourner dans leurs îles, les Chagos étant inaccessibles, totalement verrouillées pour les civils depuis 1968. Ce personnage est inspiré de la lutte d’Olivier Bacoult, président du Groupe Réfugiés Chagos. Sa voix scande le récit pour interpeller directement le lecteur. Ainsi, en 2019, la CIJ ( Cour internationale de justice, plus haute juridiction des Nations-Unies ) reconnaît l’illégalité de la séparation des Chagos de Maurice, résolution à titre consultative invitant le Royaume-Uni à mettre fin à son administration des Chagos, aussitôt déboutée par la Cour suprême britannique.



Le bras de fer David contre Goliath est toujours en cours. Caroline Laurent lui donne une visibilité extraordinaire grâce à ce récit poignant et douloureux qui donne dignité à un peuple bafoué chassé de chez lui comme il y en a trop aujourd’hui.



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La femme aux cheveux roux
  04 août 2022
La femme aux cheveux roux de Orhan Pamuk
Dans La femme aux cheveux roux, que j'ai beaucoup apprécié, Cem, le narrateur raconte pourquoi, alors qu'il voulait être écrivain, il est devenu ingénieur géologue et entrepreneur en bâtiment.

Le roman débute en 1985, avec ce jeune turc Cem, 15 ans, qui vit à Besiktas, quartier d'Istanbul, et travaille l'été chez un libraire. Son père, marxiste, souvent absent à cause de ses activités politiques et amoureuses, tient une petite pharmacie. Celui-ci, un jour les quitte brutalement. Cem et sa mère doivent déménager à Gebze. Pour gagner un peu plus d'argent en vue de son entrée à l'université, Le jeune garçon va trouver un emploi sur un chantier à Ongören, bourgade située à plusieurs kilomètres d’Istanbul, auprès d'un maître puisatier, Maître Mahmut et devenir son apprenti. Vont commencer alors les travaux qui vont s'avérer vite, plus difficiles et plus longs que prévu. Leur journée finie, tous deux se rendent régulièrement au village où une troupe de théâtre vient d'installer son chapiteau. Cem va croiser une belle jeune femme, plus âgée que lui, à la chevelure rousse qui va profondément le troubler. Elle est comédienne au sein de la troupe.

Cet été-là, le jeune stambouliote va apprendre un métier, apprécier l'attitude paternelle de Mahmut à son égard, écouter avec attention les histoires et légendes racontées par celui-ci, mais aussi goûter à l'alcool et enfin découvrir l'amour.

Orhan Pamuk décrit particulièrement bien et de de façon très vivante le métier de puisatier. Maître Mahmut, en l'occurence, explique d'abord à Cem comment trouver l'eau tout en se moquant un peu au passage de ceux qui la trouvent en se fiant à leur baguette. C'est en observant la nature autour de soi, dit-il, "les anciens maîtres puisatiers qui s'employaient à repérer l'endroit où chercher l'eau se devaient de connaître le langage de la terre, des plantes, des insectes et même des oiseaux, de sentir en marchant la couche de roche ou d'argile qui reposait sous leurs pas". On assiste ensuite, pas à pas au forage, à la construction du puits, avec même un petit schéma à l'appui. Loin d'être ennuyeux, c'est une véritable aventure avec suspense, car, au final, vont-t-ils la trouver cette eau si attendue ?

Maître Mahmut sera un des derniers puisatiers, ceux-ci disparaîtront avec la modernité.

Les années s'écoulent, le roman se terminant en 2015, et nous assistons au développement d'Istanbul d'une façon irréversible, dans une Turquie en pleine mutation, Cem devenant lui-même acteur de cette transformation tout en étant confronté aux questions qui tiraillent son pays.

L’auteur s’intéresse aux mythes d’hier dans la Turquie d’aujourd’hui, inspiré par le mythe grec d’Œdipe, parricide, et l’épopée iranienne du « Livre des Rois », dont le plus grand héros tue son fils. Ce roman empreint de mélancolie, à la fois philosophique, politique où géographie et économie sont bien présentes, traite de l'affrontement entre pères et fils, de l'opposition entre tradition et modernité, entre démocratie et dictature, entre religion et laïcité, où passé et présent sont en permanente confrontation. Il est également un roman d'aventures et une sorte de tragédie moderne. Il est impossible de ne pas sentir au fil des pages une crainte grandissante pour notre héros stambouliote.

J'ai été très sensible à ce roman qui peut être qualifié de conte moderne. Roman fascinant et envoûtant grâce au talent de ce grand écrivain qu'est Orhan Pamuk, lauréat du prix Nobel de littérature en 2006.


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Le sens de nos pas
  06 août 2022
Le sens de nos pas de Claire Norton
Ayant bien aimé « Celle que je suis », pour lequel Claire Norton a récemment remporté le Grand Prix des Lecteurs Pocket, je me suis attaqué à son dernier roman en date, qui relate la rencontre improbable entre Auguste, 85 ans, et Philomène, 15 ans.



Le premier a perdu son épouse, Jeanne, puis son chien Bounty, et vient d’apprendre qu’un cancer ne lui laisse que peu de temps à vivre. Pour couronner le tout, sa belle-fille cherche à l’éjecter de sa propre maison en le plaçant dans une maison de repos.



La seconde personne dont nous suivons les pas a 70 ans de moins, mais vient de perdre sa mère dans un tragique accident de la route qui laisse pas mal de questions en suspens.



Tous deux décident de fuguer : l’un pour réparer une erreur du passé et l’autre pour aller chercher des réponses sur le lieu du drame.



« Le sens de nos pas » est donc le récit d’une rencontre intergénérationnelle entre deux belles personnes qui se situent aux extrémités du cycle de la vie, l’une au printemps, l’autre en hiver. Une histoire d’amitié et de résilience entre deux êtres que tout oppose, mais qui vont s’apprivoiser et se lier au fil des pages de ce voyage parsemé de douleurs et de bonheurs. Une quête de vérité et un passage de témoin terriblement touchant entre ce vieux rebut de la société et cette gamine qui doit encore tout apprendre de la vie… « Ah, tu verras quand tu seras grande… »



« Le sens de nos pas » ce sont tout d’abord deux personnages terriblement attachants. L’un veuf, terriblement seul et condamné par une terrible maladie qui ne lui laisse aucun espoir, qui souffre en silence, à l’écart de la société. L’autre, espiègle et pétante d’énergie, mais également cabossée par la vie malgré son jeune âge.



« Le sens de nos pas » c’est ensuite une belle histoire d’entraide, particulièrement émouvante et tout de même positive malgré de nombreux sujets difficiles abordés, tels que la mort, la vieillesse, la maladie, les soins palliatifs, l’euthanasie et le deuil. Des thèmes qui avaient tout pour plomber ce récit qui s’avère néanmoins lumineux et profondément humain, à l’image de ces deux personnages qui partagent leurs premières et leurs dernières fois au fil de ce périple commun et extrêmement bouleversant.



Malgré un hasard qui fait parfois un peu trop bien les choses, ce récit qui fait beaucoup de bien tout en générant des larmes, invite à réfléchir au sens de la vie tout en rendant hommage à la sagesse et au bon sens de nos aînés…
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Vice caché
  08 août 2022
Vice caché de Thomas Pynchon
La force tranquille d'un génie, décidant cette fois-ci de nous pondre un pot-pourri.

Des références à la pelle, issues du cinéma et des séries noires ; du « Big Lebowski » à James Ellroy, dans le Los Angeles de 1970, époque charnière de la Contre-Culture, début d'un certain morcellement idéologique, lent reflux de cette vague brisée depuis 65, sommet probable d'une culture occidentale à la recherche de limites, un nouveau monde cherchant à se débarrasser de l'ancien, le collectif pas encore vaincu par l'individu.



C'est sur ce fond de « Flower Power » en voie de flétrissure que Pynchon installe son intrigue, la suivant pour une fois sans réelles digressions ( autres que ses habituelles chansons ), se limitant à une centaine de personnages, toujours aussi divinement nommés, plein de sens cachés, usant de la botanique comme variation des possibles.

Cultivant avec une plus grande précision ces thèmes complotistes qui traversent toute son oeuvre, il se sert avec gourmandise de cette paranoïa que donnerait la consommation d'herbe et de buvards, enfumant cette histoire d'un brouillard psychédélique paradoxal : ne s'en servant jamais comme alibi à des faiblesses abstractives ou scénaristiques — laissant loin derrière le presque célèbre « Point Lynch-Marley » * — la drogue y servant de glaise primordiale, de base culturelle et cultuelle, autant que le rock ou le surf, essentielle au déroulement de l'histoire, comme à la formation d'une génération.



La singularité de ce livre, réputé à juste titre comme le plus accessible de notre géant, vient du fait qu'il nous raconte une histoire comme une véritable enquête, tel un authentique roman policier, réclamant ainsi une attention davantage « premier degré » que son habituelle nébulosité explosive, si complexe qu'elle autoriserait une lecture reptilienne, l'inconscient débrouillant l'affaire beaucoup mieux que la volonté de s'y retrouver.

Ici, chaque personnage a « réellement » sa place, le désormais indispensable www.pynchonwiki.com comme séduisante bouée de sauvetage, bien qu'encore une fois, rien ne soit imposé.



Là où le génie opère : la consistance de l'ensemble ; à mille lieux d'une simple impression de « sampling » **, défaut inhérent à une certaine musique de ce début de millénaire ( souvenez-vous, par exemple, du « Peuple de l'herbe »… ), Pynchon agrège en donnant un caractère statuaire et définitif à l'ensemble, cataloguant-compressant en finalement peu de pages féminisme et libération sexuelle, cause raciale et interrogation de la violence, bourgeoisie haineuse et contre-culture hésitante, livrant à la génération millenium un document possiblement historique, à qui voudrait bien lire, comme d'habitude, entre les lignes, telle une forme sophistiquée de « rétro-prophétisme ».

Oui, oui, rien que ça… ( ne pas oublier qu'on allait lui donner le prix Pulitzer en 74 pour « L'Arc-en-ciel de la Gravité », avant que quelques rabougris pudibonds ne s'y opposent… et ne parlons pas du Nobel… ) Jamais oublier à qui vous avez affaire…



Un véritable trip, porte d'entrée (et de la perception) possible dans l'une des plus grandes oeuvres littéraires qu'il soit, héraut de cette Contre-Culture sans en avoir réellement fait partie… ce grand inconnu que l'on appelle Thomas Pynchon, toujours menaçant le monde de l'une de ses monumentales créations…



* Point « Lynch-Marley » :

tel son cousin le point Goodwin pour ce qui est de son occurence, le point « Lynch-Marley », ( nommé d'après ces deux grands artistes incompris que sont David Lynch et Bob Marley ) désigne tout discours appelant à l'univers supposé du premier, ou bien se référant à ce que fumait le second, soulignant ainsi la faiblesse d'abstraction de l'individu l'employant.

(voir ma critique de « Mantra » par R. Fresan pour une meilleure contextualisation, à travers la préface fumeuse du romancier argentin Alan Pauls )



** le sampling (ou échantillonnage en français) est une technique qui consiste à utiliser une source sonore (beat, voix, etc.) préalablement enregistrée et de l'intégrer dans un autre contexte musical.

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Les Douze Chaises
  05 août 2022
Les Douze Chaises de Ilya Ilf
S'il fallait classer les livres par la singularité de leurs destins, celui-ci aurait une place tout en haut de la pile.

Du genre qui oblige à longuement parler du livre sans faire mention de son contenu… et ce n'est pas prêt de s'arranger, avec cette nouvelle dimension sur laquelle j'hésite à m'étendre, nos deux auteurs étant odessites…

Bon, si cela permet, comme pour le géant Gogol ( on n'est pas à un anachronisme identitaire près ), d'amener un certain lectorat vers leurs oeuvres, pourquoi pas…



Un peu d'auto-censure ne faisant jamais de mal, il faudrait surtout s'interroger sur l'immense et immédiate popularité de ce livre, à sa sortie soviétique en 1928, qui lui aurait permis d'échapper, justement, à la censure.

Car ce livre est une féroce satire de « l'âme russe » dans son entièreté : tout le monde en prend pour son grade avec une liberté de ton inédite… Il n'a finalement été interdit qu'à la fin du règne de Staline, pour être de nouveau autorisé quelques années après sa mort… Situation assez irréelle : une oeuvre entraînant suffisamment de plébiscites pour outrepasser le pouvoir…

( en manque d'autres exemples, si quelqu'un en dispose… )

Sans être révolutionnaire, cette oeuvre est formée d'une multitude d'hommages, emprunts et pastiches à la littérature nationale, chacun annoté et décortiqué par le traducteur Alain Préchac dans un long appendice… qui nous amène à la critique de cette version française aux éditions « Librairie du Globe », et plus largement à cet étrange destin que ce livre emprunta en francophonie…



Souligné dans sa préface, ce livre a connu de singulières adaptations dans d'interlopes éditions… C'est à se demander si une forme de snobisme n'est pas à blâmer dans le fait qu'aucune maison « importante » ne se soit penché sur son cas ( coucou  L'âge d'homme  ou bien  Gallimard … ).

...

Pourtant, son côté « collage » ne donne jamais l'impression d'être du ravaudage. Au contraire, Il n'est pas nécessaire d'en saisir chaque référence pour avancer avec plaisir dans cette intrigue quelque peu échevelée, laissant aux exégètes la consultation de ces trop nombreuses notes, allant jusqu'à faire fi du déroulement de l'intrigue, divulgachant allègrement certains points de l'histoire, comme si le lecteur n'en était pas à sa première, confirmant ce rôle ambigu et éternellement questionnant de la note de bas de page, astérisque « pléiadique » nous professant une énième « réminiscence de Schiller », transformant en quelque chose de « difficile » une littérature qui n'en a jamais eu besoin…

...

Car c'est bien ce qui m'interroge le plus avec ce roman : comment un livre à ce point adulé par un peuple archi-connu pour l'immense qualité de sa littérature ( redonnant même du lustre à cette notion de « culture populaire ») n'a pas donné lieu à une « refonte » récente et définitive, alors qu'André Markowicz, par exemple, traine dans le coin depuis un bon moment déjà…

Ce n'est pas la traduction à proprement parlé qui semble poser problème ( Alain Préchac étant apparement spécialiste du parlé russo-ukraino-odessite ), mais bien que ces « Douze Chaises » connaissent en version originale de multiples moutures, laissant l'éditeur face à des choix pas toujours bienvenus… La version ici présente « agglomère » deux variantes, les matérialisant chacune par des passages mis sous crochets, pouvant déconcentrer le lecteur quelque peu consciencieux, exposant des contradictions entre les différents récits, l'histoire n'ayant aucunement besoin de ces hésitations, sauf à montrer qu'elle n'est que prétexte à ce pot-pourri littéraire…

( personne, par exemple, n'aimerait voir les différentes versions du célèbre film « In the Mood for Love » de Wong Kar-Wai, sauf à le démonter, une scène d'amour physique ayant même été tournée… )

Ce n'est pas le premier livre soviétique qui pose problème quant à la version à retenir… on pourrait citer des exemples où l'édition a su intégrer cela de manière beaucoup plus habile, tel le « Petersbourg » d'Andreï Biély, chef-d'oeuvre absolu, dont la seule évocation me colle des frissons jusqu'au tréfonds de la moelle épinière…



L'épilogue, ainsi que ce problème de multiplicité, abîment sûrement l'appréciation qu'on pourrait retirer de cette farce picaresque, dont certains passages m'ont littéralement mis à bas de ma chaise, tordu de rire à en marteler le sol ( le cheval dans l'appartement communautaire ; le poète à deux kopecks et les journalistes goguenards ; etc. ), n'ayant pas rigolé aussi ouvertement depuis « Catch 22 », pour vous situer le niveau…



C'est donc quelque peu essoufflé, ainsi que vaguement étourdi, que je vous livre cette critique, ne sachant trop quelle note attribuer, partagé entre découverte ébahie et profond questionnement éditorial…

Loin de vouloir dévaloriser le remarquable travail d'Alain Préchac, je pense qu'une réflexion reste nécessaire afin d'y trier les notes de bas de page, séparant celles utiles à la compréhension immédiate des autres plus « littéraires ».

Je remarque que l'éditeur Ginkgo vient de le ré-éditer (2020), toujours dans la version de Préchac ; il serait intéressant de voir s'ils y ont opéré quelques changements… À lire les différentes critiques des babéliotes, on sent bien l'importance de l'édition dans l'appréciation de ce livre !

Un classique, qui j'espère, continuera d'abolir certaines frontières…
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Milwaukee blues
  07 août 2022
Milwaukee blues de DALEMBERT LOUIS-PHILIPPE
Quand le gérant pakistanais de la supérette de Franklin Heights a composé le nine one nine pour appeler la police parce qu’un grand individu noir, a sorti une coupure papier pour régler, coupure qu’il pensait fausse, il ne se doutait pas qu’il regretterait toute sa vie d’avoir composé ce fâcheux numéro et qu’il ne cesserait d’entendre dans son sommeil « Je ne peux pas respirer ! Je ne peux pas respirer ! Je ne peux pas ... » ces supplications prononcées par ce client mort étouffé par le genou d’un policier.

Il ne peut s’empêcher de penser que s’il n’avait pas été là ce jour-là, le type serait en vie et ses trois filles ne seraient pas orphelines. Mais il est trop tard et les médias du monde entier ne cessent de lui rappeler cette mort effroyable.

Après la mort d’Emmett, c’est tout le quartier de Franklin Heights, quartier pauvre de la cité de Milwaukee aux États-Unis, la plus grande du Wisconsin qui va se mobiliser contre les violences policières.

Trois parties découpent ce roman inspiré à Louis-Philippe Dalembert par le meurtre de Georges Floyd en 2020. Le héros de son roman, Emmett, personnage imaginaire, évoque la figure d’Emmett Till, cet adolescent lynché et torturé par des racistes du Sud en1955. Ces deux hommes noirs sont devenus des symboles des inégalités raciales aux États-Unis.

Dans la première partie, son institutrice se souvient de son élève, cet enfant élevé seul par sa mère très pieuse, qui était passionné pour le football américain et possédait un véritable talent pour ce sport. Puis ce sont ses deux amis Authie et Stokely avec qui il formait un trio inséparable qui racontent leurs souvenirs et donnent leur point de vue.

Dans la deuxième partie, Emmett, ayant réussi à obtenir une bourse et ainsi pu intégrer l’université, c’est au tour de son coach sportif devenu son ami de se remémorer ce garçon d’abord timide qui va devenir bientôt la star du campus. Un riche avenir se dessine devant lui jusqu’à ce qu’un accident vienne briser ses rêves. Sa fiancée blanche de l’époque tout comme son ex s’épanchent sur leur relation avec celui qu’elles ont aimé.

Milwaukee Blues est un roman choral dans lequel chaque personnage raconte avec ses mots, son style et selon son milieu social et son vécu à la fois sa propre vie, celle d’Emmett et la relation qu’il a eu avec lui. Des récits absolument formidables et criants de vérité dans lesquels Louis-Philippe Dalembert a su trouver le ton juste pour chacun.

La troisième partie, de loin la plus longue, relate comment après les funérailles d Emmett, Ma Robinson, ancienne matonne de prison devenue pasteure, organisera la grande marche pour l’égalité comme un cri d’espoir et de fraternité lancé à la face du monde…

Une force extraordinaire émane de ce livre qui brosse le portrait d’un homme ordinaire que la mort terrifiante a mis sur le devant de la scène et dont la vie a été traversée par la musique blues.

Avec ce roman, nous comprenons très bien combien il est difficile pour ne pas dire impossible pour des familles humbles d’envoyer leurs enfants à l’université sans l’obtention d’une bourse, les frais étant insurmontables et comment le sport, si l’on a des talents exceptionnels peut être le moyen d’en obtenir une. « Obtenir une bourse, c’est la panacée, le seul moyen pour les jeunes du quartier, filles et garçons confondus, de mettre un pied à l’université. Que Dieu, ou la nature, te dote d’un talent supérieur à celui des autres dans un des quatre sports majeurs qui servent de vitrine à ces temples du savoir. Si tu es né sous une très bonne étoile, tu peux obtenir le graal : être repéré par une fac qui a pignon sur rue. Ils ont des chasseurs de têtes présents dans tout le pays, en quête des jeunes prodiges qui viendront les aider à attirer leur clientèle.»

Louis-Philippe Dalembert, en brossant le portrait d’un citoyen noir américain sans histoire, victime de violences policières amène le lecteur à une importante réflexion sur le racisme, sur la misère et les difficultés de ces populations victimes de la violence de la vie et des institutions et ceci sans manichéisme aucun. En aucun cas, il ne cherche à faire pleurer le lecteur sur le sort d’un martyr mais tient à lui présenter le pire de l’humanité pour faire ressortir sa foi en une humanité meilleure.

J’ai apprécié qu’il remonte dans le passé, aux racines du mal, ce passé qui ronge toujours le présent, le monde de la ségrégation étant toujours présent. J’ai encore beaucoup appris sur ces États-Unis.

J’ai été touchée et bouleversée, difficile de ne pas l’être, par le sermon final de Ma Robinson, par ses paroles emplies d’humanité et de paix, qui prône la réconciliation au-delà des conditions sociales et ethniques.

C’est donc un message universel de paix, une élégie à la tolérance pour un avenir plus juste et moins inégal, un cri d’espoir que ce roman attachant, émouvant, tendre et non dénué d’humour, terriblement humain délivre et un appel bouleversant à l’entraide.

Milwaukee Blues a été pour moi un véritable coup de cœur !

Pour mémoire, Louis-Philippe Dalembert, a déjà reçu le Prix Orange du Livre Prix France Bleu/Page des libraires 2017 avec Avant que les ombres s'effacent et le Prix de la langue française 2019 avec Mur Méditerranée. Il a été finaliste du prix Goncourt 2021 avec « Milwaukee Blues » !


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Chouette
  09 août 2022
Chouette de Claire Oshetsky
Tiny (prénom signifiant minuscule en anglais) vit avec son mari à Sacramento. Elle est violoncelliste au sein d’un quatuor à cordes.

Quand elle tombe enceinte, c’est tout naturellement à Berlin qu’elle se rend car c’est dans cette ville qu’elle a percé. Il n’est donc pas surprenant qu’elle s’y réfugie pour réfléchir à son avenir, « qu’elle soit destinée à être une violoncelliste célèbre ou l’obscure génitrice d’un enfant-chouette ». Enfant-chouette, c’est ainsi qu’elle nomme ce bébé, ayant pressenti dès sa conception que son enfant sera différent.

Si cet enfant risque de nuire à sa carrière musicale, elle pense également à sa réputation à jamais décrédibilisée au sein de la famille de son mari, cette famille très spéciale et très ennuyeuse.

Néanmoins, elle accepte de garder l’enfant. Quand Chouette, ce bébé rapace, cette fille-hibou naît, toute la vie du couple est renversée et notamment celle de Tiny.

Comment élever et aimer cet être indomptable et déjà l’accepter ?

Les deux parents vont être en confrontation totale. La mère qui voue un amour inconditionnel à sa fille, n’aura de cesse de l’encourager à vivre sa part sauvage, son animalité alors que le père, obsédé par cette enfant qui n’est pas ce qu’il espérait, ne pense qu’à « réparer », n’hésitant pas à tenter différentes méthodes auprès de plusieurs spécialistes. Ce qu’il souhaite avant tout c’est la transformer en quelqu’un d’acceptable et de présentable, la modeler à sa convenance.

C’est sous la forme d’un roman fantaisiste aux allures de conte que Claire Oshetsky explore d’une manière tout à fait originale et surprenante la relation entre parent et enfant.

Comme le dit très justement l’écrivaine américaine Jean Hegland, Chouette est « un roman qui touche aux vérités fondamentales de la maternité », ajoutant : « ce que Tiny vit avec Chouette nous rappelle à quel point avoir un enfant , et peut-être encore plus un enfant « différent » peut remettre en question l’identité et l’être d’une femme ».

Si Chouette n’est pas un roman autobiographique, il est néanmoins une parabole sur la maternité telle que son auteure l’a vécue, Claire Oshetsky étant elle-même la maman d’une fille neuroatypique, c’est à dire présentant un fonctionnement cérébral particulier.

Ce roman à la fois sombre, drôle, tendre, aborde la maternité sous tous ses angles, même les plus improbables. Roman lucide également par cette réflexion « Un jour viendra où tu n’auras plus besoin de moi, Chouette. C’est la nature ».



J’ai trouvé plaisant la création du terme enfantère en parallèle de celui d’adultère, pour décrire une mère qui délaisse son enfant pour passer du temps avec une amie, tout comme cette expression d’avortée-secrète pour décrire cette belle-sœur qui deviendra ensuite l’amante-secrète.

L’humour est là à bon escient lorsque le père veut soumettre leur enfant aux éminents spécialistes dont les méthodes font parfois penser aux apprentis-sorciers, leurs noms permettant de dédramatiser ce terrible enjeu : Dr poivrot, Dr Lupron, Dr Cannabis thérapeutique, Dr Stimulation Magnétique Transcrânienne…

À noter la forte musicalité dont est imprégné tout le roman et cette très belle photo de couverture.

Je dois avouer que j’ai été gênée cependant, par le fantastique, beaucoup trop présent à mon goût et qui m’a empêchée d’apprécier pleinement cet ouvrage.

Merci à Babelio et aux éditions Phébus pour la découverte de Chouette, de Claire Oshetsky, premier livre traduit en France par Karine Lalechère.


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Je ne serais pas arrivée là si...
  08 août 2022
Je ne serais pas arrivée là si... de Annick Cojean
"Personne ne peut m'offrir de plus beau cadeau que celui de me sentir aimée!" Mercia Tweedale.

Annick Cojean a interviewé 27 femmes qui livrent, ce que la Vie leur a appris.





Merci à nos parents, père, mère et grands parents!

Maman Taubira a aidé sa fille Christiane avec un rire tonitruant. "Ce rire qui révélait Une joie invincible".

Patti Smith remercie la détermination de sa mère à la mettre au monde et à maintenir en vie son bébé".

Pour Juliette Greco, c'est la grande comédienne Hélène Duc qui l'avait recueillie comme sa propre enfant. "C'était la première fois que l'on m'aimait ainsi. Et c'était me mettre au monde une 2è fois."

"La reconnaissance est la mémoire du coeur."Hans Christian Andersen.





Pour Claudia Cardinale, c'était " Patrick, ce bébé que j'ai voulu garder malgré les circonstances et l'énorme scandale que pouvait ainsi susciter une naissance hors mariage..."

Pour Virginie Despentes, c'était arrêter de glisser sur des pentes dangereuses, dont celle de la boisson...

Pour Amélie Nothomb, c'est ...assez drôle!

Il y aussi Joan Baez, Nicole Kidman, Francoise Héritier...





""Soyons reconnaissants aux personnes qui nous ont aidés, qui nous donnent du bonheur. Elles sont les charmants jardiniers par qui nos âmes sont fleuries." Marcel Proust.





"On regarde nos vies

Sans jamais dire merci

A ceux qui nous font grandir

Au meilleur et au rire

Il faut savoir dire merci."

Il faut savoir dire merci , Lilian Renaud.
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Les cerfs-volants
  07 août 2022
Les cerfs-volants de Romain Gary
L'ultime roman de Romain Gary, l'ultime merveille d'un écrivain passionné dont la lecture est un saisissement à chaque ligne, dont l'écriture pénètre au coeur de l'âme du lecteur pour y laisser un trace indélébile, celle des livres inoubliables pour la vie.



Dans ce texte passionnel, l'auteur explore une dernière fois les tréfonds de l'humain dans un sujet difficile qu'il maîtrise parfaitement, où se mêlent l'amour, la guerre, l'humain et l'inhumain, l'honneur et la honte, les traits d'humour toujours bien ajustés.



L'histoire qui unit et sépare Ludo et Lila débute en Normandie aux début des années 30 alors que les prémisses du tumulte de la guerre se font déjà ressentir. D'un amour d'adolescents, qui reste le fil conducteur de ce roman d'amour et d'espérances, d'un imaginaire foisonnant, Romain Gary déroule une trame gigantesque où le meilleur va côtoyer le pire, où la résistance aux nazis tient une grande place, avec même une relative indulgence pour ceux de la dernière heure qui n'ont pas été portés par le même vent que celui qui hisse les cerfs-volants au plus haut des cieux.



Ces cerfs-volants, historiques, humoristiques dont le concepteur, Ambroise, oncle de Ludo le résistant, affiche un optimisme permanent et un défi à l'occupant puisqu'il en hissera quelques-uns portant des étoiles jaunes, sont à la fois le titre magnifique du livre par leur évocation de liberté et les héros au bout des ficelles tenues par petits et grands.



Ambroise est le parallèle d'un autre personnage, Marcellin, chef trois fois étoilé, qui veut porter et maintenir la grande cuisine française là où elle doit selon lui tenir son rang, quitte à donner l'impression de vouloir plaire à l'ennemi. Mais, pour Marcellin, chacun est un homme ou une femme et l'épisode d'anthologie de l'aboutissement de sa relation avec un général allemand est un très grand moment du roman.



Et puis, ce livre évoque la Pologne, l'aristocratie et le peuple, les comtesses et les prostituées, la vie et la mort, deux derniers thèmes chers à l'auteur qui choisira de quitter la première peu de semaines après la publication de ce beau roman.



Lire les cerfs-volants, c'est s'imprégner de tous les mystères de l'humain, de la sagesse et de la folie, de l'espoir et du renoncement, le tout servi par une écriture exceptionnelle qu'il faut absolument parcourir et, fatalement, aimer.



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Les hyènes
  05 août 2022
Les hyènes de Annie Ferret
Voici un livre qui parle d’héritage familial dans l’antre du psychisme, de généalogie, de constellation familiale, de malédiction familiale.



Blanche a quarante-quatre ans, instable dans sa vie amoureuse, elle se découvre enceinte et cet état réveille chez elle une curiosité sur le passé de ses ancêtres. Car dans la famille de Blanche, le mal-être côtoie la folie, la cruauté, ils ont tous un grain comme on dit.



Il y a la vieille (la grand mère), la très vieille (l’arrière grand mère), la très très vieille (arrière arrière grand mère). Puis la mère de Blanche.



Ce premier roman se lit avec avidité, on ne voit pas les pages défiler. Bien sûr l’aspect psychologique est en sourdine, Annie Ferret écrit des évènements, des traumas, elle ne s’arrête pas pour explorer les maux. J’aurai aimé quelques phrases clés, des personnages un peu plus habités. Ça reste à mon sens un peu trop en surface. Ma soif de lumière sur ce sujet est grande, d’où mon avis critique un peu sévère, très subjectif et personnel surtout.
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Le test : Une expérience inouïe, la preuve de l..
  08 août 2022
Le test : Une expérience inouïe, la preuve de l'après-vie ? de Stéphane Allix
♫Pense à moi, comme je t'aime

Rien ne nous séparera

Même pas les chrysanthèmes

Tu verras, on se retrouvera

N'oublie pas ce que je t'ai dit

L'amour est plus fort que tout

Ni l'enfer ni le paradis

Ne se mettront entre nous

Et si la mort me programme

Sur son grand ordinateur

Elle ne prendra que mon âme

Mais elle n'aura pas mon coeur

Pense à moi, comme je t'aime

Et tu me délivreras

Tu briseras l'anathème

Qui me tient loin de tes bras♫

Francis Lallanne-1986-

Bon anniversaire Francis, 64 ans aujourd'hui 08/08

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La vie après la mort est aujourd'hui une hypothèse rationnelle. Et ce sont les recherches scientifiques menées sur la médiumnité qui permettent de l'affirmer.

A partir du moment où on commence à avoir des certitudes, on peut d'autant plus se tromper...

Un passage, un tunnel qui descend ...Un mystère éblouissant 😎

Mon questionnement quant au jeu des tests....!?





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Les futurs de Liu Cixin, tome 2 : Pour que ..
  06 août 2022
Les futurs de Liu Cixin, tome 2 : Pour que respire le désert de Valérie Mangin
La Chine veut faire la pluie et le beau temps...

"L'ensemencement des nuages est communément utilisé par la Chine. L'introduction d'iodure d'argent dans les masses nuageuses provoque par réaction chimique la condensation de la vapeur d'eau qu'elles contiennent et déclenche ainsi les précipitations ( sur les plateaux du Tibet...) le Monde.fr le 10/02/11.





Mais ce type d'effort sur la durée peut "déstabiliser le climat dans la région", avertit Janos Pasztor, directeur de Carnegie Climate Geoengineering Governance Initiative, interrogé par le Guardian. Un risque pris très au sérieux par les Indiens, qui ont commencé à se plaindre que la Chine mène, sans leur accord, des expériences qui peuvent potentiellement altérer aussi leur climat...

Une Chine à manipuler avec des baguettes, depuis Xi Jinping?





C'est l'histoire de YuanYuan, une petite fille rêveuse, qui va tenter de trouver une solution en grandissant, sans oublier de s'amuser… Les plus grandes découvertes ne sont-elles pas souvent des accidents ?





L'insouciance de cette petite est le fil rouge de cette histoire, dans un monde aride où le Rêve n'a plus sa place. Sa maman est morte en ensemençant le désert, à bord d'un avion, avec des "bombes de glace porteuses de graines"...





Mais la superficialité de YuanYuan ( qui souffle des bulles de savon à l'enterrement de sa mère) est un espoir pour l'avenir .

Elle imagine une énorme bulle qui, au-delà du pari technologique, résoudrait la question de la sécheresse. C'est une fable qui pose des questions sur la Géopolitique, le Futur à venir et sur l'urgence climatique.





L'altération de la météo est aussi une arme: ( l'homme absorbe l'iodure d'argent par la respiration :poumons, narines et par la peau). Une légère exposition peut causer des irritations, des lésions rénales et pulmonaires et aussi l'argyrisme.(décoloration bleue de la peau).





Américains et Soviétiques se sont accordés pour adopter un code de bonne conduite, la convention internationale ENMOD depuis 1960! Mais, La Chine s'y refuse et a son " Bureau de modification du temps", depuis 2000.
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Le mystère Mussolini
  06 août 2022
Le mystère Mussolini de Maurizio Serra
Né à Londres, scolarisé en lycée français, Maurizio Serra diplomate, fils de diplomate, ambassadeur d'Italie auprès de l'Unesco, est le premier italien élu à l’académie française (au fauteuil de Simone Veil) grâce à ses nombreuses biographies rédigées dans notre langue.



Honoré en 2011 du Goncourt de la biographie pour « Malaparte, vies et légendes », son ouvrage « Le Mystère Mussolini » reçoit en 2021 le Grand Prix de la biographie politique et le Prix du livre d’histoire du Nouveau Cercle de l’Union.



Cette biographie (remarquablement commentée par Aquilon62) est assez différente de celle que Pierre Milza a publié en 1999 chez Fayard, car Maurizio Serra, en diplomate qu’il est, consacre plusieurs chapitres d’une grande finesse aux errances des politiques étrangères anglaises et françaises qui poussèrent l’Italie fasciste, notre meilleur allié dans les années 20, dans les bras de l’Allemagne nazie à la suite de la conquête de l’Ethiopie.



Elle diffère aussi car l’auteur a connu personnellement de nombreux protagonistes et émaille son écrit d’anecdotes familiales et c’est ainsi que l’on apprend que son père lui a transmis le Luger qu’un officier allemand lui avait remis le 26 avril 1945 en lui disant « nous avons perdu et nous partons »… l’écrivain a rendu cette arme au carabiniers et préféré le sabre de son grand-père comme épée d’académicien.



Maurizio Serra s’appuie sur les travaux de Renzo de Felice et des historiens qu’il a tous lus et qu’il évoque en notes, offrant ainsi une extraordinaire base de données au lecteur, et il cite évidement tous les romanciers et témoins qui ont écrit sur cette époque et dont il a souvent préfacé les éditions et traductions. Cette plongée montre d’ailleurs que les intellectuels « progressistes » de la deuxième moitié du XX siècle étaient nombreux à avoir encensé le régime fasciste avant de se convertir opportunément en 44/45 …



Passionnante et monumentale cette biographie exigeante met en scène cinq cents acteurs ce qui rendra sa lecture difficile à qui ne distingue pas les frères Chamberlain, Austen et Neville, ou ne connait ni Corinne Luchaire ni Hélène de Portes. Le « Mussolini » de Pierre Milza est incontestablement plus accessible et « Rhapsodie italienne » plus romanesque.



Objective et rédigée par une plume érudite, cette biographie est sans doute la « biographie française définitive » du Duce … un dictateur qui est loin de connaitre les succès éditoriaux du Führer.



Une lecture qui donne envie de découvrir les autres titres de notre nouvel académicien.



PS : mon analyse de « Rhapsodie italienne »
Lien : https://www.babelio.com/livr..
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Dans les brumes de Capelans
  07 août 2022
Dans les brumes de Capelans de Olivier Norek
Quand un auteur arrive à me faire cogiter pendant mon temps libre ( j'appelle ici temps libre tout moment où je ne lis pas ), et que je me fais tous les scénario possibles dans ma tête... c'est qu'il a gagné.



Je trouve que la série des Costes gagne vraiment en intensité a chaque tome. Et là, Olivier Norek atteint des sommets avec la trame de son roman. Il est complexe , documenté, avec certains passages qui piquent, mais surtout en maître du Polar, Norek balade le lecteur.



Les personnages sont tellement bien travaillés, et Coste en personnage torturé est incroyable, et surtout tellement humain.

C'est également sans compter sur la plume addictive, et agréable de l'auteur.



Pour bien comprendre le côté tourmenté de Norek, il est pour moi important de lire les tôles précédents.



En tout cas j'ai adoré cet opus qui montre une fois encore le grand talent d'Olivier Norek
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Un homme
  08 août 2022
Un homme de Christina Mirjol
« Quant à leurs yeux, regarde, ils nous ignorent, tu vois, mais c’est presque de bonté…d’ailleurs ils se détournent. D’ailleurs ils partent déjà, c’en est presque fini ».



Avez-vous déjà essayé d’imaginer les pensées d’un Sans Domicile Fixe ? Sa solitude, ses souffrances, sa survie, son épuisement ? Ses efforts pour garder un peu de dignité, de courage ? Avez-vous déjà essayé de ressentir sa honte ? Son décalage face à la vision de nos conforts, de nos empressements, de notre bien-être, de nos petits soucis, de ce Nous qui fait société ? De ce qu’il peut vivre la nuit, nuit dont il sortira par chance indemne, puis lors de ce vent de lumière à l’aube lorsque les membres sont complètement transis ? De l’épopée que représente la recherche de simples toilettes ?



« Rien que ça. De pisser. De pisser là, dit-il. Assis là, tu sais bien. Même pas ce plaisir-là. C’est pas de chance, tu le sais car c’est notre plaisir. Pisser ici, tu vois, sans devoir se presser, tranquillement et tout seul, sans être dérangé, loin de toutes ces présences qui sont là et nous épient, à chaque fois qu’on est dehors, dehors bien sûr, dehors, qu’on pisse dehors, dehors, au milieu de ceux-là qui défilent dans nos jambes, qui s’attardent constamment, qui passent, qui passent, qui n’arrêtent pas de passer, tandis qu’on se dépêche, qu’on a peur de gêner, et alors qu’on a honte et qu’on ne peut même pas être seul et se cacher ».



Christina Mirjol, que je découvre avec ravissement, a réussi le tour de force de se mettre littéralement à la place de, à la place d’un homme, avec tout ce que ce titre contient de dignité et de bonté, en une écriture ciselée et poétique, une réflexion subtile et sans pathos, et une émotion à fleur de peau. Un homme qui parle à son caddie en une logorrhée empreinte de tant d’humanité et de vérités. Elle narre la rencontre avec un invisible, un SDF devant affronter les morsures du froid glacial, la douleur, la faim. Elle narre la rencontre éphémère d’une femme avec cet homme. Un homme. Comme il en existe tant dans les rues de nos villes, au sein de replis aux formes fœtales, et dont on ne parle que si peu, démunis que nous sommes au mieux, indifférents au pire. A la fois si proches de nous et si radicalement étrangers.



« Il était comme une plaie enveloppée de cartons et de morceaux d’étoffe qu’on avait oubliée ».



L’auteure a l’audace de faire basculer le récit. Elle part tout d’abord des pensées de cette femme qui va au cinéma avec son mari dans le froid glacial, puis renverse subitement ce point de vue classique pour nous plonger dans les pensées de cet homme qu’elle a entraperçu. Un face-à-face entre deux mondes, une main tendue, du moins qui ouvre la porte. Pour l’homme il s’agit d’accepter cette main, sans perdre sa dignité. Sans se faire remarquer aussi dans ce monde qui n’est pas celui de l’homme, étant entendu que les autres habitent partout et que leurs possessions se déplacent avec eux. Soyons désinvoltes, n’ayons l’air de rien…Mais ce face à face sera de courte durée, malgré l’empathie de la femme (de l’auteure nous pouvons nous le demander) et son dessillement, l’homme va reprendre son errance, cette errance qui lui colle aux jambes, « nomade jusqu’au sang », et subir une nouvelle humiliation. Seul.



« Ces nuits de pure défaite ne prodigueront jamais aucun conseil à l’homme qui se réveille en boule, effrayé à l’idée de devoir se lever, de devoir déplier ses membres cadenassés, qui, une fois libérés, iront frayer sans but ».



Le fait de faire commencer le livre par les pensées de la femme permet d’amplifier ensuite la tragédie que vit le SDF et de ne pas oublier que nous ne sommes pas de vraies victimes tant que nos vies conservent une certaine forme de légèreté… « Nos vies sont si légères qu’elles peuvent à tout moment voler vers un café, une tasse de chocolat ». C’est une bascule qui apporte beaucoup au récit, d’autant plus que nous attendons une sorte de happy end, pourquoi pas une action de cette femme vers le SDF. Christina Mirjol a imaginé une autre fin et j’ai aimé ce récit sans concession d’un réalisme froid.



A noter la très belle préface de Joseph Danan et la description de quelques photos d'oiseaux qui passent l'hiver en ville donnant l’élan à ce touchant récit intimiste où Christina Mirjol donne voix à l’homme, cet homme, jamais écouté, si peu entendu. « Ecrire pour faire parler, faire entendre des voix appelées à s’éteindre, je ne saurais donner une plus juste définition à mon acte d’écrire ». Quelle magnifique plume au service d’une si belle mission ! Un projet littéraire qui se fait troublant geste d’humanité…

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Dans ma maison sous terre
  06 août 2022
Dans ma maison sous terre de Chloé Delaume
Dans ma maison sous terre, Chloé Delaume se penche une fois de plus sur le poids de ses souffrances et de son passé familial.



Auprès de son ami Théophile, elle passe son temps au cimetière à souhaiter la mort de sa grand mère, elle laisse entendre les voix des morts afin d’assembler des bouts de peau, des bouts d’âme, des bouts de malheur.



La plume de Chloe reste fidèle à ses traumas et sa sensibilité, d’une noirceur et profondeur sans précédent. L’orgie de ses mots en ébullition est une évidence. Ses pulsions de mort la conduisent à une émergence qui n’en finit pas : l’écriture ou la vie ? La vengeance ou le pardon ?



Les âmes meurtries qui n’en ont pas fini avec leurs cicatrices, je n’ai qu’un conseil, foncez lire Chloe Delaume. Elle parle avec ses tripes sans pincette et la mort guette sans relâche.
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La poésie du Portugal des origines au XXe siècle
  05 août 2022
La poésie du Portugal des origines au XXe siècle de Max de Carvalho
Une malle aux trésors ce recueil de poésie portugaise, un livre à la fois érudit, riche, beau et complet, publié aux éditions Chandeigne, maison indépendante française qui nous offre la possibilité de découvrir des livres bilingues, en portugais et en français, sur le Portugal, le Brésil, l'Angola, le Cap Vert, la Guinée-Bissau, le Mozambique, São Tomé …bref, qui nous ouvre la porte ô combien belle de la littérature lusophone ! Un voyage dans lequel embarquer avec curiosité et plaisir !



"Ici.

Loin,

Dans un café de Lisbonne,

Sur les rives du Tage aux remous de frégates,

Suivant du regard un paquebot qui vile vers la Barre,

Soudain j'ai l'impression que moi-même j'embarque".



[ Pedro da Silveira]



Le mythe est le rien qui est tout selon Pessoa…ce livre sur ce rien vital qu'est la poésie portugaise forme un tout, une anthologie magnifique…Des siècles de poésie dont les thèmes nourrissent à divers égards la sensibilité d'un peuple et qui donne à comprendre l'âme de ce peuple. Un liant poétique, un tissage culturel qui a formé au fil des siècles une tapisserie singulière.



L'extrême contemporain est exclu de ce panorama dont la perspective du temps demeure la clé de voute. le livre s'articule en plusieurs sections selon un découpage chronologique, depuis l'art des troubadours jusqu'à la modernité, en passant par le classicisme, l'âge baroque, le romantisme, le Parnasse et le Symbolisme…avec une introduction détaillée pour chaque période proposée. Les portraits résumés de chaque auteur sont réunis dans une section à part, en fin d'ouvrage. Nous avons entre les mains un livre précieux, un incroyable et beau travail de structuration et une traduction d'une grande finesse…



"Ma soeur, Soror Saudade, ainsi me nommas-tu…

Et en mon âme alors le nom s'illumina

Comme un vitrail sous le soleil, comme s'il était

La lumière même du rêve que tu avais fait".

….

[ Florbela Espaca – Soror Saudade - ]



Un recueil dont la forme est marquée par une structure rigoureuse et sérieuse, pour mieux sertir le fond qui n'est que poésie sur plus de 1800 pages…Régal de venir plonger régulièrement dedans, de rester plusieurs jours avec un même auteur (pour chaque auteur plusieurs poèmes sont présentés) puis de changer de période et découvrir ainsi un autre auteur. Au gré des envies, au gré des hasards…une balade d'ilots poétiques en ilots poétiques, une errance certes sans boussole mais guidée. L'ouvrir c'est lorgner la rosace toujours changeante d'un kaléidoscope poétique…



"Nous avons cinq sens :

Soit deux paires et demie d'ailes

- Quel équilibre espériez-vous ?"

[ David Mourao-Ferreira ]



Un très beau livre, un recueil précieux qui honore ma bibliothèque, un voyage pour découvrir les principaux poètes portugais et pouvoir les lire tant en français qu'en portugais de fait de cette édition bilingue. Merci infiniment mh17 !

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Un plan mortel
  11 août 2022
Un plan mortel de Bogdan Costin
Non, mais franchement ! Qui a eu l'idée de changer le titre original : la traductrice, l'éditeur français, ou les deux ? En tout cas, je doute fort que ce soit l'auteur lui-même, car „Cum să faci primul milion“ veut dire « comment faire le premier million ». Il n'y a rien de mortel là-dedans si ce n'est l'humour et sa noirceur. D'ailleurs, page 24 il y a une belle incohérence dans le texte traduit, car l'auteur qui se moque de presque tout, prend en dérision le titre de son livre, qui n'est pas vraiment le sien, enfin si.

Et puis, vraiment, cette couverture est hideuse, à croire que ceux qui sont chargés de les concevoir ont d'autre chats à fouetter que de lire des livres.

Pour les reproches c'est à peu après tout.

Pour le reste tout va très bien, trop même. C'est une satire réussie de la société roumaine (le livre est paru là-bas en 2013 et traduit en France cinq ans plus tard, on ne change pas les mauvaises habitudes) qui fait beaucoup rire, quand on connaît un peu les problématiques. Mais, nul besoin finalement d'y être allé, car l'auteur se montre assez pédagogue. Il parodie à merveille les livres de développent personnel (le titre, encore lui !).

En conclusion, un très bon roman, qui se lit très vite, qui fait beaucoup rire (noir et jaune à loisir !) et qui décrit un monde dépourvu de choix, de libre arbitre. Un livre qui ne vaut peut-être pas 500.000 dollars (sic!) mais qui vaut bien les cinq euros (acheté d'occas) que j'ai déboursé pour me le procurer. Si « les minutes sont moins chères chez Orange que chez le psychothérapeute » (p. 53) c'est aussi parce que notre monde est fou et compte bien le rester. Mais « quand t'a trouvé ta voie, rien ne doit t'en détourner » (p. 45).
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Autobiographie médicale
  08 août 2022
Autobiographie médicale de Damian Tabarovsky
Tout baigne pour vous , vous êtes jeune, en bonne santé, avez un boulot intéressant, et vous êtes très ambitieux…..Un beau jour bien que vous conduisez depuis l'âge de quatorze ans, n'ayant pas encore votre permis, vous décidez d'y remédier. Bon tous les examens, de conduite, de théorie et de la vue sont au top…alors que le dernier examinateur l'oculiste vous donne le feu vert, il vous rattrape vous disant, «  une seconde, j'oubliais , il manque un test, c'est l'affaire d'une minute ». C'est le test d'Ishihara, pour détecter les diverses formes de daltonisme….et Bingo ! Vous avez le dichromatisme ! Qui veut dire par exemple le feu est au rouge, vous vous voyez vert et vous passez 😁!

Bon j'ai l'air de rigoler mais c'est quand même sérieux cette Maladie ? Lésion ? Défaut ? Non ? Ainsi d'une minute à l'autre vous êtes entré dans le cas des individus défectueux et c'est le cas de Dami , personnage principal d'”Autobiographie médicale”.

Dami joue gros dans sa profession de consultant en marketing, et les choses roulent parfaitement pour lui. Donc il n'a aucune envie que ce défaut se sache, surtout que pour les autres ce n'est qu'une information, mais est-ce vraiment qu'une information comme une autre ? Et ce n'est que le début du long voyage des vicissitudes de Dami, un voyage sur les montagnes russes….



Malheureusement dans la vie les choses arrivent souvent à l'improviste, alors qu'on a des plans , des programmes et paf un petit bobo, une maladie qui semble toute bête peut tout changer, tout peut tomber en morceaux, se briser, se fragmenter, se déformer au point qu'on ne peut plus rien reconnaître , que tout perd son sens, que le sens s'évapore, flotte , s'échappe….Alors on commence à consulter des témoignages, on se réfugie chez Dieu, on cherche des livres d'aide personnel, des livres d'illuminés… pour comprendre de quoi la maladie ou l'incident est-elle une métaphore ? Si ce qui nous arrive est normal, positif, négatif ou tout bêtement le hasard qu'il faut accepter comme tel. Mais là encore le problème n'est pas résolu, quelle attitude adopter ? Dami, dont la vie est devenu « un matérialisme sans dialectique », avec son infini capacité réthorique se permet d'accommoder la situation à son avantage , de transformer le défaut en vertu, l'échec en une nouvelle opinion, mettant curieusement en parallèle la maladie et la littérature , « La littérature comme la maladie, est une chose, un cactus: l'une est l'autre s'oppose au dialogue, au consensus,à l'argumentation … ».

Il l'agrémente de nombreuses références et citations littéraires assez cocasses dont il contredit d'ailleurs certaines , et où parfois ça devient compliqué de suivre sa logique, qui d'ailleurs se perd dans les dédales de la non logique de la vie qui l'enfonce de plus en plus. Eh oui la réthorique ne fonctionne que sur le plan des idées , des imaginaires sociaux et des discours, arrivé aux faits concrets elle ne dépasse pas la consolation. Ainsi raconté cela semble plutôt tragique , mais la plume de Damian Tabarovsky , auteur argentin, poussant l'autodérision à l'extrême nous livre un texte ironique savoureux qui tient le lecteur en haleine jusqu'à la fin avec ses rebondissements inattendus !

Vu que nous y sommes tous sujet, un livre qui vous fera souvent sourire et aussi allégera un tant soit peu vos pensées cauchemardesques ( si vous en avez unes 😊) sur la précarité de la vie et ses futurs problèmes qui éventuellement menaceront votre tranquillité et vos projets. « À une cause, un effet. Telle devrait être la loi de la vie » pense Dami, or saisi par le principe binaire et radical de la répétition et de la banalité, sa vie échappe à toute logique !



« L'expectative est l'affaire du passé ; la répétition celle du futur. »













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Le septième jour
  06 août 2022
Le septième jour de Yu Hua


Charmée par Les jours, les mois, les années de Yan Lianke, lu précédemment, j'ai eu envie de prolonger mon escale en Asie par la rencontre d'une autre figure majeure de la littérature chinoise contemporaine. Bien m'en prit puisque cette première incursion dans l'œuvre de Yu Hua s'est révélée absolument fascinante. De nouveau, un coup au cœur immense.



S'inspirant de la Genèse biblique et d'anciennes croyances populaires, il nous invite à suivre les pérégrinations d'un jeune homme qui vient de quitter les berges de la Vie pour rejoindre l'autre monde. De prime abord déconcertant, Le septième jour est un roman d'une grande beauté que je ne saurai oublier tant il m'a profondément émue.



*



Victime d'un terrible accident, Yan Fei a trouvé la mort. Attendu au funérarium, il découvre que si les plus favorisés sont en mesure d'accéder au repos éternel une fois incinérés, les autres comme lui sans famille ni urne ni tombeau, sont condamnés à déambuler au cœur des limbes en portant le deuil d'eux-mêmes. 



Notre narrateur emprunte dès lors le chemin de l'errance dans un silence feutré et un brouillard s'étirant à perte de vue, enveloppé par les flocons de neige qui dansent autour de lui et s'évanouissent après son passage. Décor vaporeux, sensation d'apesanteur, instants suspendus.



Sept jours d'errance, au terme desquels il peut espérer gagner sa dernière demeure : Îlot de paix, de verdure et de sérénité. "(...) là-bas, il n'y a ni pauvres, ni riches, il n'y a ni chagrin ni douleur, il n'y a ni rancune ni haine (...)." Un monde fantasmagorique que nous souhaiterions tant réel où se retrouvent les défunts sans sépulture.



"Un monde se déploie devant mes yeux étonnés : de l'eau qui coule, de l'herbe qui couvre le sol et des arbres luxuriants dont les branches sont chargés de fruits à noyaux et dont les feuilles en forme de cœur frissonnant au rythme d'un cœur qui bat. Je vois plein de gens qui vont et qui viennent, beaucoup ne sont plus que des squelettes, quelques uns ont gardé leur chair."



*



Au cours de cette marche fantomatique, notre personnage est amené à remonter le fil de son histoire - revisiter le passé pour mieux s'en libérer, et croise proches ou simples connaissances parfois perdus depuis longtemps. L'occasion en est donnée de poursuivre les recherches d'un parent mystérieusement disparu, une quête initiée de son vivant pour laquelle il n'a jamais obtenu de réponse. 



"Ici errent de tous côtés des silhouettes sans sépulture. Ces formes qui ne peuvent trouver de lieu de repos ressemblent à des arbres en mouvement. Tantôt ce sont des arbres isolés, tantôt des pans de forêts. Je passe au milieu d'eux, comme si je marchais dans un bois dont les arbres ont été coupés de leurs racines. Je guette l'apparition de la voix de mon père, devant, derrière,  à gauche, à droite. J'attends l'appel de mon nom."



Rencontres et souvenirs affleurant à la surface de sa mémoire exhalent une dualité saisissante. Aux scènes d'amour et d'infinie douceur succèdent l'évocation de terribles tragédies individuelles voire collectives. Toutes rendent compte avec force de la violence, de l'arbitraire, de la corruption, de l'injustice, de la course à l'argent qui règnent dans le pays.



*



Voyage poétique et onirique au royaume des morts, le récit se fait également critique féroce,  sans concession, de la société chinoise d'aujourd'hui. Plusieurs niveaux de lecture, une richesse, profondeur et humanité remarquables. Sans oublier les pointes d'humour subtilement dosées qui offrent aux lecteurs des respirations salutaires.



Oserais-je le qualifier de chef-d'oeuvre?



En tout cas, un livre magnifique et mémorable qui sur mon île déserte m'accompagnera…



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