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Le Mystère de Callander Square
  16 février 2019
Le Mystère de Callander Square de Anne Perry
🌗Second tome de la série Thomas et Charlotte Pitt.🤰





Deux ans ont passés après les événements de Cater Street. Charlotte et Pitt sont heureux en mariage et attendent leur premier enfant. Malheureusement, ce bonheur est mis de côté après la découverte des corps de deux bébés dans le Callender Square. En plus de devoir résoudre cette affaire, Thomas Pitt est contraint de jouer de finesse et de doigté afin de ne pas se mettre à dos les habitants très distingués de la rue. Rapidement, notre inspecteur découvre que de distingués, ces gens n'en ont que l'apparence puisqu'une fois qu'on gratte le vernis de la "bonne société", se révèle des scandales et des coutumes dignent des êtres les plus abjects.

Aidé par Charlotte, pour qui la mort de deux bébés est insoutenable, et de sa soeur Emily, Thomas Pitt va aller de découverte en découverte ... et mettre aux abois un meurtrier...





Après la série Monk entièrement dévorée et la découverte du premier volet de cette autre série d'Anne Perry, j'avoue avoir eu quelques appréhensions. Au final, je suis conquise par l'intrigue, les personnages et la structure générale de ce roman. Oublions la structure en deux grandes parties avec enquête et procès présent dans sa série Monk. Ici, Anne Perry nous propose une enquête dans les alcôves de la bonne société. Via les témoignages des personnels de maison, l'ambiance de luxe, de beauté et de richesse est vite remplacée par une toute autre de luxure, noirceur et monstruosité. Le roman joue énormément sur le paraître avec des familles nobles, riches, nanties qui pourtant, une fois chez eux, se permettent des privautés avec leur personnel. On détrousse une femme de chambre ? Et alors, ne sont-elles pas là pour cela ! À l'inverse, si l'une des leurs succombe aux charmes d'un valet, c'est la disgrâce voire le branle-bas de combat pour lui trouver un mari point trop regardant.





L'intrigue policière est en dent de scie. Après la découverte des bébés, plus rien de fâcheux ne vient apporter du piquant à l'intrigue jusqu'au chapitre 7 où Charlotte et Emily font une macabre découverte. Le tout est décrit de manière subtile et imagée. J'ai beaucoup aimé cette scène d'ailleurs. La résolution est digne d'Anne Perry avec sa manie de nous asséner la vérité dans les dernières pages et de nous offrir un mobile inimaginable.





Le roman focalise énormément son attention sur les aspects sociétaux et hiérarchiques de la société anglaise de l'époque. Anne Perry nous offre un panel de personnages représentatif de cette société entre les lords, les anciens militaires, les banquiers, les médecins. Cette hiérarchie s'applique également au sein de leur maisonnée où les serviteurs sont placés à des postes selon leur physique par exemple ou leur condition. Cet aspect sociétal apporte de nombreuses lourdeurs au récit, de redondances également qui peuvent lasser le lecteur. Personnellement, j'ai aimé, mais je peux comprendre que cette manière de faire irrite.🙂





Pour conclure, une excellente intrigue policière qui permet en parallèle de suivre l'évolution personnelle des deux héros, sur le point d'être parent. À très vite pour la suite.😉

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Tignasse étoile
  16 février 2019
Tignasse étoile de Evelyne Wilwerth
👨‍👩‍👧Tignasse étoile est le récit de Jacinthe au fil des années tentant de vivre avec un mal-être en elle issu d'un secret familial caché. Au travers d'un récit à trois voix mêlant ce que vit Jacinthe, ce que font ses parents et ce qu'elle relate à ses journaux intimes, le lecteur suit petit à petit la destruction qu'occasionne ce secret sur cette enfant qui cherche à comprendre ; ses découvertes et sa reconstruction.





Au premier abord, la première chose qui me vient à l'esprit après la lecture de ce livre est un sentiment d'inachevé. Le style d'Évelyne Wilwerth très haché dans son texte heurte dans un premier temps avant de prendre tout son sens. Les phrases courtes comme dans un message télégraphique témoignent bien du sentiment de Jacinthe face à quelque chose qu'elle ne peut comprendre. Le découpage temporel montre bien la place de plus en plus présente dans son questionnement de ce secret qui se traduit par un mal-être, des cauchemars. Ce texte saccadé témoigne bien de l'état d'agitation du personnage.

Par contre, je suis quelque peu perplexe face à l'attitude des parents, qui sont présents dans le récit, mais ne semblent pas vouloir faire un pas vers cette enfant. La relation entre Clarisse (la mère) et Jacinthe est vraiment bizarre, pour ne pas dire absente. Le père n'est pas mieux loti dans un rôle de suiveur. Au final, ce secret caché déteint sur toute cette famille jusqu'à la ronger.





Au final, j'ai aimé sans vraiment aimer ce roman. La sphère relationnelle entre les personnages de la famille est plus dérangeante que captivante. Dans tous les cas, ce roman est un point de vue quant aux devenirs d'enfants issues de même pratique. La question se pose au final de savoir si un enfant doit être mis au monde par pur désir d'avoir le titre de parents... ou si certaines pratiques peuvent au final chambouler l'enfant. Une belle approche philosophique en perspective à prévoir à la lecture de ce roman. Malheureusement, l'ensemble est déroutant en ce qui me concerne dans ce roman. Dommage, j'espère cependant qu'il trouvera son public.





Merci aux Editions M.E.O pour cette découverte dans le cadre de la Masse Critique.

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Sérotonine
  14 février 2019
Sérotonine de Michel Houellebecq
Les effets secondaires du bonheur



Dans une France qui détruit ses campagnes et délaisse ses classes moyennes, le portrait sans concession d'un homme au bord de l'explosion sentimentale et sociale



Florent-Claude Labrouste est « une inconsistante lopette de 46 ans ». C'est ainsi que le héros du nouveau roman de Michel Houellebecq se considère. Un « quadragénaire fourbu », un « loser », un « raté » : les qualificatifs ne manquent pas pour désigner ce cadre moyen déprimé, figure tutélaire des romans de l'auteur.



Repoussant tout acte ou décision conflictuel, incapable de prendre sa vie en main, Florent, comme certains l'appellent, ne trouve refuge que dans l'ingestion d'houmous, et la prise d'un médicament : le Captorix.



« C'est un comprimé blanc, ovale, sécable ». Antidépresseur fictif, ce remède a pour effet de la libérer de la sérotonine – l'hormone du bonheur – dans le corps, plus rapidement et plus efficacement que n'importe quel autre traitement équivalent. Mais celui-ci comporte des effets secondaires dont le principal est d'entraîner la perte de la libido et l'impuissance sexuelle. Seule solution pour lui d'arriver à « maintenir le désespoir à un niveau acceptable » et de tenter d'endurer « l'insupportable vacuité des jours ».



Éviter de se tuer, car ce n'est pas la mort qui l'attire, mais il ne peut plus continuer ainsi. Entre une compagne qu'il méprise, du fait de sa cupidité et qui le trompe éhontément sans des gangs-bangs humains (mais aussi canins), et un poste d'ingénieur agronome au ministère de l'Agriculture dont la vacuité n'a d'égale que la rémunération, son premier réflexe, avant de prendre le médicament, est de disparaître. Il ne veut pas mourir. Il préfère partir.



S'échapper de sa propre condition d'homme blessé, fuir son impuissance morale à affronter la vie en société. Quitter une société impuissante à l'intégrer, mais aussi elle-même incapable de moralité.



La sérotonine est une hormone liée à l'estime de soi, à sa reconnaissance au sein du groupe. Un groupe qui ne reconnaît pas Florent-Claude Labrouste, dans une société qu'il ne reconnaît plus lui-même.



Ainsi, son seul ami Aymeric, éleveur de vaches normandes et laitières, personnage fascinant d'aristocrate-paysan ayant fait le choix d'une agriculture durable et raisonnée, connaît une situation économique affligeante. La paysannerie est finie. le constat est sans appel. L'industrialisation et le productivisme du néo-libéralisme envahit tous les secteurs, au mépris des règles de bon sens ou de santé collectives. Les accords de libre-échange tuent les producteurs locaux, au sens propre comme au figuré. C'était une idée qu'il peinait à concevoir dans son ancien bureau du ministère, qui deviendra évidente dans la réalité. Un constat amer sur notre société.

Toute cette partie sociale est remarquable, car l'auteur adopte ici un autre rythme. Son style bien connu fait de réflexions cyniques et sarcastiques, et parfois de diatribes provocatrices, se fait ici plus épuré et littéraire. Son constat est froid, rude et désincarné, mettant souvent le lecteur à distance comme pour l'en extraire. Il compose alors une sorte de poésie tragique dans « une société globalement inhumaine et merdique ».



Mais ces observations acerbes sur la moralité de la société n'arrangent pas le moral de notre héros déprimé. L'impuissance de la société ne peut faire qu'échos à la sienne, en tant qu'être humain, mais aussi en tant qu'homme sexué.



La décadence du mâle blanc occidental de classe moyenne supérieure, personnage de prédilection de l'univers houellebecquien est donc ici représenté par Florent-Claude Labrouste. Mais si sa déchéance, sa « déréliction », comme l'auteur le précise, c'est-à-dire, son abandon, son désespoir paraît ici sans fond, à quoi pourrait donc servir le Captorix, ce médicament qui diffuse la sérotonine de façon révolutionnaire.



« C'est un comprimé blanc, ovale, sécable », comme nous le décrit l'auteur dès la première phrase de son roman. Une phrase scandée qui reste gravée jusqu'aux derniers mots. Mais si cet antidépresseur est « une drogue simple et dure, qui n'apporte aucune joie, qui se définit entièrement par le manque, et par la cessation du manque », il crée un autre manque. L'absence de désir qu'il entraîne n'arrange pas le désir de vivre de notre héros. Florent voudrait maintenant « bander comme un mammifère » et retrouver son « phallus triomphant ». Jusqu'à en devenir une obsession. Et même si, pour lui, « tous les hommes souhaitent des filles fraîches, écologiques et triolistes », quand il n'y a plus d'espoir et qu‘il s'agit de faire le bilan, les regrets prennent des atours de chagrin d'amour sincère et profond.



Car à quoi peut donc bien servir la sérotonine ? C'est quoi le bonheur, finalement ? Si Florent attend qu'une femme vienne « sauver sa bite, son être et son âme », « les promesses du bonheur » prennent les traits d'un seul visage : Camille, son seul et grand amour, catalyse au fond toutes ses pensées, et le souvenir de ses parents morts ensemble dans l'amour ne cesse de le hanter.

Cynique, vulgaire et drôle tellement il est excessif, Sérotonine explore les limites d'un monde fini d'individus désespérés dans une société qui écrase. Ce roman des « espérances déçues » est aussi un grand roman d'amour.



Lu en janvier 2019.



Ma chronique complète Les conseils des libraires/Fnac.com :
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Le Crime de Paragon Walk
  20 février 2019
Le Crime de Paragon Walk de Anne Perry
👑Troisième tome de la série Thomas et Charlotte Pitt.👑





Une année est passée après les événements ayant eu lieu dans Callander Square. Thomas Pitt et Charlotte sont les heureux parents d'une petite fille, Jemina. Emily Ashworth, la soeur de Charlotte attend son premier enfant ; et comme chaque été, les Ashworth passent la saison dans leur maison d'été à Paragon Walk.

Malheureusement, le crime ne prend jamais de vacances. Pitt est amené à enquêter dans ce quartier suite au viol et l'assassinat de Fanny Nash, jeune fille de 17 ans. La suspicion et les regards en biais deviennent rapidement très pesants entre les différents résidents de ce quartier.

Charlotte Pitt, inquiète pour la santé d'Emily, décide de lui venir en aide et, par la même occasion de mener son enquête afin d'aider son époux.





Troisième tome et toujours le même plaisir à suivre le récit. Anne Perry nous dresse ici un portrait peu reluisant de la société anglaise avec ses codes et ses secrets. C'est très simple, tout est permis et toléré du moment que cela est fait dans la plus stricte discrétion. Ce mot d'ordre par contre ne concerne pas les femmes. Anne Perry ouvre son récit par le viol et le meurtre d'une jeune fille. Rapidement, le ton est donné avec l'idée qu'ELLE l'aurait cherché, qu'ELLE a dû provoquer son agresseur, qu'ELLE en avait envie... Bref, la victime passe à l'état d'accusé. Pire, les habitants du quartier semblent peu désireux de découvrir qui de leur voisin aurait commis le crime.🤨

Ne parlons pas non plus de la sphère "artificielle" de ce petit monde qui se résume à choisir de belles robes, donner et se rendre à des réceptions, cancanner sur les autres, afficher son argent, et tenter de trouver une alliance maritale financièrement acceptable. L'oisiveté est à l'ordre du jour et donne des êtres imbus de leur personne, et incapables de se donner des limites.

Bref, le côté sociétal dans cette série est vraiment passionnant et lève le voile sur pas mal de fantasmes que les films ou séries véhiculent sur cette société chic anglaise de l'époque victorienne.





Un des autres aspects positifs de cette série concerne la sphère féministe. Comme dit précédemment, il est effarant de voir comment est perçu le viol dans cette société anglaise. Les femmes ne sont que des trophées exhibées par leurs maris et n'ont vocation qu'à se pavaner et enfanter, si possible de fils afin de transmettre le titre. Anne Perry aborde d'ailleurs cela de manière saisissante avec les différents personnages féminins rencontrés dans le récit.





Enfin, l'enquête policière est certes intéressante, mais elle n'est pas mise en avant. En effet, l'inspecteur Pitt ne faisant pas partie de cet univers très select, son enquête est entravée par de nombreux non-dits. L'aide apportée par sa femme et sa belle-soeur lui permet de pousser les investigations sur l'un ou l'autre des personnages. Par contre, Anne Perry nous propose comme toujours une succession de crime et manie le suspens avec brio afin de garder son lecteur captif. La scène de la cheminée est horriblement sinistre.





Au final, un troisième volet tout aussi captivant que les précédents. La société anglaise très select de l'époque victorienne est décortiquée cyniquement par Anne Perry. Un vrai régal à lire.😊

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Mon petit monde à moi
  13 février 2019
Mon petit monde à moi de Giovanni Guareschi
🎭 Mon petit monde à moi ou comment Giovanni Guareschi nous entraîne dans l'histoire de l'Italie au travers de sa vie familiale complètement folle où sa femme poétise énormément, son fils Albert est dans la simplicité de pensée et, Charlotte, la Passionnera est attirée par la mécanique et n'hésite pas à adopter un moteur diesel, nommé Jacques et de le mettre dans son lit. Ce côté décalé et drôle est une manière pour Giovanni Guareschi de parler sans trop s'y attarder, d'événements plus sombres de sa vie comme la montée du fascisme en Italie, sa déportation en Pologne.





Mon petit monde à moi décrit également les conditions de vie des Italiens dans un pays exacerbé par des tensions politiques. Le simple fait de se procurer à manger comme des pommes de terre ou de la confiture est digne d'un parcours du combattant. Les propos sont surveillés et même les enfants sont potentiellement des délateurs.





Giovanni Guareschi nous propose une famille complètement déjantée pour nous parler de choses sérieuses qui l'ont émotionnellement touché. Entre une femme au propos éthérée, voire philosophique, des enfants aux caractères dissemblables ; le lecteur possède une vision assez large des différents modes de pensée de l'époque.

Le tout est relaté avec humour, rire et le lecteur ne pourra s'empêcher au travers des pages d'esquisser à maintes reprises un sourire ou deux.🎭



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Le Bonheur National Brut
  20 février 2019
Le Bonheur National Brut de François Roux
De rêves adolescents en compromis adultes



Le Produit Intérieur Brut est un indice économique déterminant la richesse d’un pays. Le bonheur national brut, une captivante fresque politique et sociale évaluant notre capacité à être heureux aujourd’hui.



Lorsqu’en ce 10 mai 1981 apparaît progressivement sur toutes les télés le visage du nouveau président français, c’est grâce à de subtiles innovations technologiques responsables de ce procédé. Après un quart de seconde d’hésitation devant le visage pixelisé, François Mitterrand vient de remporter l’élection.

Une joie intense va alors se libérer, déchaînant parfois des réactions proches de l’hystérie.

« On pouvait encore rêver ». Le sentiment est donné que tout devient possible, pour toutes et ceux qui attendaient ce changement, mais aussi partagé par certains de ces opposants.

Rodolphe Lescuyer est euphorique. Il est militant des Jeunes Socialistes.

Tanguy Caron y voit une bonne d’occasion d’être ivre, pour se donner le courage de conquérir des cœurs et des corps qui paraissaient jusque-là encore inabordables.

Paul Savidan jouit, seul dans sa chambre. Il ne regardait pas le même écran, tout absorbé à apprivoiser et accepter sa sexualité cachée. Paul est homosexuel. Sa vie n’est pour lui que « mensonge et dissimulation ». Il préfère se considérer comme « hors champ des événements marquants du monde ». C’est un « maudit » comme dans la chanson de Véronique Sanson qu’il écoute sans cesse : « Tu es prisonnier de ton secret, Mais ta douleur efface ta faute ».

Benoît, le quatrième de la bande, jauge le monde de ces sentences « cool » ou « pas cool » : rêveur tout en gardant les pieds sur terre.

Sa terre, leur terre : la Bretagne. Et même si certains seront amenés à la quitter, elle restera toujours dans leurs pensées, les liant ensemble à jamais.



1981 était l’année de leur bac et de tous les possibles, trente ans plus tard, où en sont-ils ?

Tout a changé : leurs personnalités, mais leur pays aussi. La France n’est plus la même.

Mais avant d’en venir là, c’est tout un pan de notre société qui est décrypté dans ce roman fleuve aux accents de saga d’aujourd’hui.

Sentimentale, sociale ou politique cette fresque emporte tout sur son passage. Nous les avons connus avec l’avènement de François Mitterrand, nous les retrouvons juste avant celui de François Hollande. François Roux réussit un véritable exploit romanesque en nous capturant pendant plus de 700 pages à travers l’histoire personnelle de ces quatre amis et l’évolution de notre pays.

Les rêves de réussite économique, affective sont passés au crible entre « les chaudes espérances de l’adolescence » et la réalité du monde adulte : les désirs avortés, l’argent qui aliène, les amours déçues ou les maladies injustes, et toujours « l’irréductibilité de ses origines sociales ». C’est quoi le bonheur, finalement ?



Lu en janvier 2019.



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La Grande Explosion
  13 février 2019
La Grande Explosion de Eric Frank Russell
Du rire et un peu de philosophie.





500 ans après la grande explosion. Entendez par là l'essaimage de l'humanité à travers toute la galaxie et plusieurs milliers de mondes, la Terre envoie des vaisseaux en vue de réunir tous ces mondes en un seul empire terrien.





Dans un style expéditif et lapidaire, surtout au début, avant de s'étoffer un peu, l'auteur se paye une bonne tranche de moquerie des armées et de la bureaucratie en général. Un ouvert foutage de gueule qui ridiculise la norme à travers la visite de seulement trois petits nouveaux mondes et surtout le dernier, dont le mot d'ordre est Occupe toi de tes oignons, Liberté et Je refuse.





Ça date de 1962. Avec des clichés à faire hurler un féministe et ravir un raciste. Mais c'est à la fois drôle et réfléchi.

En tout cas, une agréable surprise et un chouette petit moment de SF old school.
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Richard III
  13 février 2019
Richard III de William Shakespeare
Finir oublié sous un parking avec un grand coup de poignard dans le derrière ! Quel destin, tout de même, quel destin ! C'était bien la peine de monter si haut pour finir si bas, tout compte fait. Étonnante, étonnante destinée que celle du houleux Richard III.



Je ne résiste pas à l'envie de vous entretenir de ce que vous ne trouverez pas, même dans les meilleures présentations, même dans la notice de la Pléiade, pour la bonne et simple raison que, pour la plupart, ces présentations de la pièce de William Shakespeare sont antérieures à la surprenante redécouverte du squelette de Richard III en 2012, comme je l'indiquais plus haut, sous un très ordinaire parking recouvrant l'ancien prieuré de Leicester.



À grand renfort d'ADN mitochondrial et d'analyses dernier cri ultra poussées, il fut donc démontré que le squelette scoliotique ainsi exhumé était bien celui du célèbre Richard III, mort d'un bon gros coup de hallebarde derrière la théière et mutilé par la suite (balafré, scalpé ?), enterré à la va-vite (sans doute assez peu présentable) dans le choeur d'une petite église locale, loin des fastes londoniens.



Il est intéressant, tout de même, ce personnage historique. Psychologiquement parlant, j'entends. Beaucoup de personnes ont une vie rocambolesque ou mouvementée, très sujette à être portée sur scène (ou à l'écran de nos jours). Mais parmi ceux-là, je remarque que ceux qui cristallisent le plus la fascination sont les êtres négatifs, au premier rang desquels on peut probablement citer Hitler.



Et là, je crois que William Shakespeare touche à de l'universel et, cela va peut-être vous faire sourire (ou au contraire vous allez trouver ça pathétique), mais j'ai l'impression que ma fille de huit ans m'a aidé à formuler cette réflexion. En effet, l'autre jour avec elle, j'ai re-re-regardé Kirikou et la Sorcière. Quel lien me direz-vous entre Kirikou et Richard III ? J'y viens.



Michel Ocelot dit s'être inspiré de multiples contes ou légendes africaines pour bâtir l'histoire de Kirikou. Mais ce qu'il y a mis de lui-même, c'est un questionnement d'enfant, c'est SON questionnement d'enfant, à savoir : « Pourquoi le méchant est-il méchant ? » Et ce questionnement d'enfant, même s'il est celui de Michel Ocelot est aussi et surtout un questionnement universel d'enfant : chacun de nous aime à comprendre pourquoi le méchant est méchant.



Karaba la sorcière avait une grosse épine plantée dans le dos et c'était à la fois la cause de sa haine et de sa puissance : l'énergie de la vengeance. le monde m'a fait mal ? Très bien, je ferai mal au monde et j'y mettrai toute ma haine, toute ma détestation à l'encontre de ceux qui ne souffrent pas comme moi. Car ma souffrance est injuste, le monde est injuste vis-à-vis de moi si je suis la seule à souffrir.



Revenons à Richard III. Lui aussi avait une grosse épine plantée dans le dos. L'analyse du squelette a révélé un grave cas de scoliose apparue probablement lors de la croissance entre 10 et 13 ans. Imaginez à présent ce qui peut se passer dans la tête d'un jeune homme qui voit son corps se déformer à vue d'oeil, devenir hideux, faible et contrefait.



Comme ce doit être humiliant, comme ce doit être injuste, comme ce doit être douloureux de voir les autres grandir normalement, devenir grands, forts et beaux quand vous, vous devenez tordu, faible et très peu désirable. Shakespeare écrit à l'acte III, scène IV : « Que vos yeux soient témoins du mal qu'ils m'ont fait. Voyez comme je suis ensorcelé : regardez, mon bras est desséché comme un rameau flétri ! » (Be your eyes the witness of their evil. Look how I am bewitch'd : behold, mine arm is like a blasted sapling, wither'd up.)



Comme l'injustice doit vous paraître criante. Si l'on se replace dans la pensée religieuse de l'époque, comme l'on doit croire à une malédiction divine (ou orchestrée par un tiers, la suite de la tirade accuse d'ailleurs ouvertement la femme d'Édouard d'être une espèce de sorcière jetant des maléfices).



De plus, vous êtes le quatrième fils de Richard Plantagenêt, 3ème duc d'York. Les honneurs seront pour les aînés et vous, vous ? Il ne vous restera rien, rien d'autre que cette grosse rancune et cette abominable scoliose qui vous fait marcher comme un crapaud. Si par hasard il arrivait malheur à votre frère aîné, Édouard, il resterait encore Georges (car, Dieu merci, le second fils, Edmond, a eu le bon goût de mourir précocement, enfin un peu de justice en ce monde bouffi d'iniquité).



Avez-vous encore une vraie bonne raison de croire en la bonté divine ? Certes non, alors vous apprenez la ruse et le vice, vous apprenez les sales coups, faits discrètement, l'air de rien. Vous apprenez l'art des faibles : la fourberie, l'hypocrisie, le double jeu. Et cela vous réussit. Peu à peu vos desseins s'accomplissent, mieux que vous n'eussiez osé l'espérer… Cela vous encourage, un acte vil entraîne un acte pendable, un acte pendable appelle une abomination… Et les forfaits s'accumulent, dans la douleur et dans le sang des autres.



Dieu n'existe pas, vous en êtes à présent absolument certain, car avec un tel chapelet d'horreurs au fond de votre poche, IL ne pourrait laisser faire pareilles ignominies s'IL était vraiment le Dieu de bonté et de justice qu'on prétend. Et s'IL n'existe pas, qu'est-ce qui pourrait bien vous arrêter, dites-le-moi ?



Bon, je m'éloigne et je divague, me semble-t-il. Qu'en est-il de la pièce de Shakespeare là-dedans ? Eh bien, ma foi, je la trouve à l'image de son sinistre héros : boiteuse, contrefaite mais non dénuée de certaines fulgurances, notamment dans les formules, qui la rendent tout de même intéressante.



Je ne peux pas dire que j'aie trouvé Shakespeare particulièrement subtil quant à la construction de son intrigue ou de son personnage. On est loin de Jules César, par exemple, où il avait su rendre tous les personnages complexes et finement ciselés. Ici, c'est du très gros, du très caricatural, les méchants sont bien méchants et les gentils gentils.



Certes, je n'oublie pas que le dramaturge n'avait pas l'avantage du recul comme avec les pièces antiques : il écrivait à peine un siècle après les faits, notamment pour des souverains qui détenaient leur pouvoir de la chute dudit Richard III. Donc il fallait bien qu'il soit un méchant absolu pour justifier des monarques actuels. Certes, certes, mais un peu de nuance tout de même, eût été appréciable, du moins l'eus-je grandement apprécié (je sens que je glisse de plus en plus sur ma " l'eus-je ").



Non, le canevas est grossier mais le fil à broder, lui, est parfois d'une finesse exquise. C'est particulièrement flagrant si on compare, à titre d'exemple Richard III et le Roi Lear. J'ai également éprouvé beaucoup de peine avec le canevas du Roi Lear et à très peu d'endroits j'ai été séduite par le verbe ou le sens de la formule. Ici, c'est tout différent. Beaucoup de répliques fusent et sont de purs joyaux d'orfèvrerie élisabéthaine.



Bref, pas trop ma tasse de thé quant au fond, bien plus séduite en revanche par la forme. Lisez, si le coeur vous en dit « La Tragédie de Richard III, avec le débarquement du comte de Richmond et la bataille de Bosworth » (titre complet de la pièce) afin de connaître comment se termina la fameuse Guerre des deux Roses opposant les horribles Lancastre aux infâmes York (tous plus ou moins descendants de rois de France, ce n'est pas une référence !) racontée à la sauce Shakespeare.



Et encore, gardez à l'esprit que ceci n'est que mon avis, qu'il ne vaut pas grand-chose, en tout cas beaucoup moins qu'un cheval. Un cheval ! Un cheval ! Mon avis pour un cheval !
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Elle danse dans le noir
  11 février 2019
Elle danse dans le noir de René Frégni
Quand la maladie s’abat sur la mère de René Frégni, les oiseaux se mettent à chanter de plus belle, les enfants naissent, les arbres protègent, le soleil sourit et c’est là qu’elle peut alors danser dans le noir...



Devant l’acharnement thérapeutique et le déclin de sa mère, l'écrivain puise et s’enfonce au plus loin dans la lumière. Même s’il lui est arrivé de cracher au visage de la lune, parce que ravagé par la colère du mal qui tue sa mère à petit feu, il dégorge tout l’amour qui l’a nourri durant toutes ces années. Il sera là tout le long que durera l’agonie de sa mère, puisant sa force dans ses souvenirs, dans tout ce que sa mère lui aura offert sans compter, il restera debout aussi grâce à sa fille Marilou qui elle, du haut de ses dix ans continue de sourire aux fleurs.



Quand la grande faucheuse viendra chercher sa chère et tendre mère, René Frégni deviendra plus amoureux que jamais de la vie, car c’est dans son sein que sa mère respirera pour l’éternité...



Un roman éblouissant, lumineux, poétique où le destin titubera dans la force du cœur d’un fils aimant et reconnaissant pour celle qui lui a donné la vie. Du grand Frégni qui arrive à illuminer le plus grand noir. Elle danse dans le noir c’est un ballet d’étoiles, ennivrées par le miracle de l’amour.



... merci Marie...
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Le deuil de la mélancolie
  12 février 2019
Le deuil de la mélancolie de Michel Onfray
Dans ce court manifeste, Michel Onfray livre ses réflexions suite à son AVC. Ballotté de médecins en médecins pour rien puisqu’aucun de ces Hippocrate ne mettra le doigt sur l’AVC, l’homme passera plusieurs jours la tête bourdonnante au bord du vertige. Quand, enfin, l’AVC sera diagnostiqué, aucun de ces médecins ne reconnaîtra l’erreur, Hippocrate serrant la main à l’hypocrisie, la conscience va bon train, tous plus orgueilleux les uns que les autres, oubliant surtout que derrière un diagnostique, il y a un être humain.

Michel Onfray en homme philosophe redessinera le monde tel qu’il lui apparaît du haut de son hospitalisation. Il dissèque les amis qui se font la mâle quand vous allez mal (« Si la maladie nous apprend des choses sur nous, elle nous en apprend aussi et, hélas, surtout, beaucoup sur les autres ! »), la mort qui le hante allant jusqu’à comparer notre circulation automobile à un funeste cortège de cercueils ambulants, l’amour avec son épouse décédée, ne conférant à la vie de sens que dans l’attention portée à l’autre et non à soi-même. Le tout est très clair, très imagé laissant la part belle aux questionnements, à l’éveil de la conscience, à l’empathie aussi puisqu’on ne porte pas un regard aussi aiguisé et sombre sur la vie sans en souffrir. En fin de compte, un court voyage dans les courbes de la mélancolie pour lequel un deuil s’impose quand la déception accompagne les pas de la douleur et de la clairvoyance.
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Confiteor
  16 février 2019
Confiteor de Cabre
Quel est l'intérêt d'écrire une critique négative ? C'est vrai, quoi ! Si l'on n'a pas aimé, on referme le livre au bout de cent pages et on n'en parle plus, un point c'est tout : pas la peine d'en faire des caisses. Certes… C'est ce que font beaucoup de gens et cela leur évite bien des désagréments, tant avec le livre qu'ils n'aiment pas (et qu'ils évitent ainsi de s'infliger trop longtemps) qu'avec les adorateurs dudit livre qui ne manqueront pas de leur tourner le dos ou de leur sauter sur le râble et de leur indiquer qu'ils n'ont absolument rien compris à l'ouvrage, qu'ils devraient apprendre à lire ou à réfléchir ou un peu des deux, qui sait ?



Certes, certes et c'est un scénario connu, archiconnu et moult fois rejoué en ce qui me concerne. Étonnamment, on ne vous demande jamais de relire ou de réfléchir à deux fois quand vous dites que vous avez beaucoup aimé une oeuvre. C'est bizarre parce que, dans le fond, c'est tout aussi douteux, vous ne trouvez pas ? Certes, c'est plus consensuel, plus paisible de dire qu'on trouve tout bien, tellement plus simple de ne rien écrire quand on pense le contraire… Mais voilà comment on se retrouve, après, tout cumulé, avec des livres étrangement plébiscités, montés en épingle, des présidents ou des députés élus haut la main malgré une écrasante abstention.



Il est là le phénomène : sur Babelio comme ailleurs, les déçus trop souvent se taisent, s'abstiennent et leur pourcentage se retrouve minoré dans la population des lecteurs qui s'expriment sur un livre. Eh oui, c'est plus facile de passer sous silence son désamour car d'abord on s'évite un débat empoisonné avec les amoureux du livre et ensuite, on s'évite une douleur avec soi-même en ne remuant pas le couteau dans la plaie de ses propres désillusions. Puisque, c'est un fait, un livre est toujours une promesse, un espoir, un morceau de rêve avant qu'on ne l'ait lu, c'est toujours dur, quand la promesse s'avère non tenue, d'abandonner à jamais son espoir ou son morceau de rêve.



En ce qui me concerne, Confiteor, avant de l'avoir lu, c'était la promesse ou l'espoir d'enfin découvrir le premier vrai grand bouquin du XXIème siècle, celui qui fera date et dont on parlera encore dans cent cinquante ou deux cents ans. A priori, il y avait des tas de thèmes susceptibles de m'intéresser : la mémoire, l'histoire contenue dans les objets, l'amour des livres, l'évocation même du mal (quand c'est aussi savoureux qu'À l'est d'Eden), les relations parents/enfant, une histoire d'amour, une amitié, etc., etc. J'en avais même tellement bavé d'impatience que nous nous sommes mises bien d'accord Christelle (Cricri124) et moi, qu'on avait pris bien consciencieusement nos petits carnets de rendez-vous et qu'on avait voulu sabler le champagne ensemble… Histoire de ne rien rater de la fête, croyait-on…



Et puis… et puis est venue la lecture proprement dite. Alors on s'est un peu avachies dans nos fauteuils ou dans nos lits, Christelle et moi, tellement on n'en croyait pas nos yeux de ce qu'on lisait. On devait avoir la mine longue et dubitative, vous savez exactement comme Depardieu et Dewaere dans Préparez vos mouchoirs quand ils lisent les bouquins de Carole Laure. (Je vous refais la scène de mémoire :

Depardieu : Il est bien le tien ?

Dewaere : Bof… Ça casse pas des briques. Et toi ?

Depardieu : Je comprends rien !) Et on est restées là, elle et moi, allongées dans nos pieux, comme deux ronds de flan, avec nos gros bouquins qui nous tombaient des mains et dont les pages pesaient des tonnes à tourner. Lourdes, tellement lourdes, oh oui, combien lourdes…



Un jour, ma fille a regardé le dessin animé de Tintin, vous savez, L'Oreille cassée, celui où il y a le perroquet qui répète tout le temps : « Carrraaaamba ! Encorrre rrraté ! » Et je me suis dit moi-aussi : « Caramba, encore raté ! » Eh oui, encore raté ma vieille pour le premier grand roman du XXIème siècle ! Encore raté pour l'émotion, encore raté pour l'enthousiasme, encore raté pour le sublime…



Des tas de gens, et en qui j'ai pourtant toute confiance (d'où ce choix de lecture), sur Babelio ou ailleurs, m'avaient assuré que c'était du lourd. Moi, sans plus chercher, j'avais pensé que c'était du lourd comme vous savez mais en fait non, pour moi, ce fut du lourd autrement, du vrai, bon, gros lourd, quoi !



Alors quand après deux cents pages je me suis rendue compte que je m'emmerdais prodigieusement, j'aurais dû, comme je l'ai spécifié plus haut, abandonner sagement le machin et me reporter sur autre chose… mais j'ai un problème avec les livres : je suis obstinée.



Il est rare, très rare même, que j'abandonne un livre en cours de route (par pure idiotie congénitale, il faut croire). Donc, bêtement, je m'accroche, je peine, je chemine cahin-caha, je serre les dents et, malheureusement, à mesure que je m'ennuie ou m'agace, à mesure que je constate que le livre en question me déplaît singulièrement, je sens monter en moi comme une colère froide, un ressentiment larvé contre le livre, contre l'auteur ou bien contre moi-même, car je sais parfois que le problème vient uniquement de moi.



Alors je vous le demande une nouvelle fois : quel est l'intérêt d'écrire une critique négative ? Eh bien, peut-être seulement d'éviter à d'autres lecteur(trice)s le surcroît d'attente (et donc de possible déception) que pourrait susciter ce livre. Rien de plus. Je n'avais lu quasiment dans les avis que de la dithyrambe : c'était génial, c'était super, c'était trop bien, c'était le top du top. La narration était sensationnelle, d'une grande maîtrise et l'histoire fantastique, exquise et je ne sais plus trop quoi. Ouais… sans doute… si vous le dites…



Mais qu'est-ce que je me suis fait chier, tout de même ! C'est pas croyable, quand j'y repense ! Demandez à Christelle si vous ne me croyez pas. Parce qu'elle, elle en a entendu, elle, et bien plus que ce que je vous raconte là, car j'étais à moitié, comme qui dirait, vindicative, vous voyez le genre, pendant ma lecture. Parce que je lui aurais bien jeté dans sa gueule, moi, son gros pavé, à Jaume Cabré, et il aurait moins fait le malin derrière sa moustache, à jouer avec son petit shérif et son indien, avec ses ugh par-ci et ses crachats par-là, moi, je vous le garantis !



Bon, arrivée à ce stade, il faut sans doute quand même que je me décide à vous parler un peu du livre et de l'histoire, mais ça ne me réjouis pas, croyez-moi. Imaginez : si vous voulez aborder le mal en général, quel est le plus grand poncif, le plus usé, le plus éculé, le plus gros cliché rance que vous puissiez dégoter ? Allez-y. Non, ne cherchez pas trop loin, ne réfléchissez pas trop longtemps, voilà, juste comme ça, le premier qui vous vient, très bien : Auschwitz. Gagné ! Et même le tiercé gagnant : déportation / spoliation / expérimentation humaine. Non !? C'est pas vrai, il a pas osé !? Si, si, je vous jure, il l'a fait et même plutôt deux fois qu'une, et il l'a bien tartiné en plus, tout partout, plein les doigts. Sortez les violons, préparez vos Kleenex… Puis ensuite, pour changer, elle s'appelait Sara… Non, il ne l'a pas appelé Sara quand même ? (soupirs) À votre avis ?… Tiens, d'ailleurs, à propos de violons et de mouchoirs, comme par un fait exprès, justement, il y est aussi question de violons et de mouchoirs, ça tombe bien, non ?



N. B. : Ce qui suit est une longue et tortueuse digression que je ne vous oblige pas à vous coltiner.





Donc, Jaume Cabré entend parler du mal, de la mort et de la culpabilité. Pour ce faire, il va utiliser une technique dont il n'est ni l'inventeur ni le plus habile pratiquant, mais c'est un procédé qui jouit d'une certaine vogue parmi les auteurs hispanophones, notamment sud-américains : j'ai nommé la narration puzzle imbriquée pas baisante à suivre ni à comprendre, dont le brevet fut déposé jadis par un certain William Faulkner et dont le plus grand orfèvre demeure à ce jour Juan Rulfo dans Pedro Páramo. Et, malheureusement, n'est pas Juan Rulfo qui veut…



Jaume Cabré ne se facilite pas la tâche et surtout, ne facilite pas celle de ses lecteurs car, comme si cela ne suffisait pas, il dissémine par plaques un genre de fresque sur plusieurs époques et sur plusieurs générations à la façon de Gabriel Garcia Márquez, le Moyen-Âge ou le violon en plus et le talent en moins. Mais ce n'est pas tout, il souhaite encore faire abondamment étalage de sa grande culture (religieuse, médiévale, linguistique…) comme un ersatz d'Umberto Eco, mais qui serait de seconde main, juste pédant quoi. Et c'est tout ? Non, ce n'est pas tout, il en rajoute encore, une espèce de sauce mélasse narrative décousue aussi savoureuse et appétissante que l'inénarrable Marmite®, chère aux papilles de nos amis anglais, qui se situe quelque part au confluent d'un James Joyce en pleine forme, d'un André Gide fatigué et d'un Cormac McCarthy pas hyper sobre.



Pour moi, ce fut un calvaire à lire, des longueurs ahurissantes, du larmoyant ou supposé tel qui fait long feu, des dialogues creux à n'en plus finir, des gloses multilingues hautement dispensables, des insertions perpétuelles qui hachent et qui gâchent le propos sous couvert d'épouser la pagaille cérébrale occasionnée par Alzheimer. Bref, selon mes critères, une écriture maladroite et poussive et qui dure la bagatelle de 770 pages en grand format (900 version poche). La technique narrative employée a eu le don de m'éloigner systématiquement de toute tentative d'amorce d'empathie pour les personnages. Les personnages, parlons-en, à la pelle il y en a, quinze à la douzaine, tous plus inutiles et inintéressants les uns que les autres. On en rayerait les trois-quarts qu'on ne s'en porterait que mieux.



Et si on ne garde que les principaux, Adrià, Bernat, Sara, papa et maman d'Adrià et, à la limite, Lola Xica, je n'ai même rien à en dire : ils sont transparents, gélatineux, insipides et inodores, des méduses atones sans cnidocyste. J'ai passé un mois et demi à m'ennuyer ferme auprès d'eux et, j'en suis certaine, d'ici trois semaines, grand maximum, je n'en garderai pas même le plus petit souvenir mobilisable. D'authentiques et frêles coquilles vides ou, plus exactement, des vesses-de-loup perlées quand elles sont trop mûres : vous posez le pied dessus par inadvertance, pfffffuiit, la petite fumée et il ne reste plus rien (d'où leur nom, dont on ne saurait blâmer nos grands ancêtres, qui, s'ils n'étaient pas tous poètes, avaient néanmoins, pour certains, un sens aigu des réalités concrètes).



Alors bien sûr, je pourrais passer des heures à vous recopier mes arguments (par exemple le propos qui me donnait constamment le sentiment de m'imposer ce que je devais penser), ceux que j'ai développés semaine après semaine lors de mes échanges avec Christelle, les références que je suis allée rechercher pour étayer moindrement mes ressentis en temps réel, ce qu'ont dit ou écrit des théoriciens du roman bien plus savants et autorisés que moi. Mais à quoi bon ? En ce qui me concerne, une purge reste une purge, quant à celles et ceux qui ont adoré ce bouquin, ils ne changeront pas d'avis après les avoir lus et ils ont bien raison car leur ressenti vaut tout autant que le mien. À l'extrême rigueur ça pourrait peut-être — éventuellement — intéresser celles ou ceux qui s'apprêteraient à faire le grand saut dans la lecture, comme nous l'avons fait, Christelle et moi — et mal nous en a pris ! Si on me les demande, je les ajouterai en commentaires.



En guise de conclusion, une fois encore, une fois pour toutes, une fois pour toujours, ce que j'exprime ici n'est que mon avis, et ce n'est vraiment pas grand-chose, je le confesse, confiteor.
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Sauf les Fleurs
  14 février 2019
Sauf les Fleurs de Nicolas Clément (II)
En ce jour des amoureux, j’ouvre ce tout petit livre et vient jusqu’à moi un bouquet de fleurs aussi douces qu’épineuses.

Nicolas Clément est philosophe et cela se ressent dans sa plume. Il noue les mots avec le ruban de l’amour car il y a beaucoup d’amour dans ce livre.



Marthe vit avec son petit frère Leonce dans une ferme éloignée de tout. Deux enfants victimes de la violence du père dont les coups s’abattent sur leur mère sans défense. On pourrait penser que l’univers ici est glauque mais il n’en est rien, Marthe se réfugie auprès des animaux, de la nature, des livres aussi et son monde ressemble à un jardin fleuri où l’amour pour son frère et l’amour pour Florent semble l’enserrer de toute part.



J’ai parfois trébuché dans le jardin de Nicolas Clément, l’écriture n’est pas toujours très claire et accessible. Tout le dilemme de faire cohabiter la beauté et l’horreur, de faire des maux des lambeaux de mots, de faire germer des fleurs dans un champs de mine, le tout avec grande finesse et poésie.



«  Chaque sourire me soutient que la vie est bonne, qu’il ne faut pas toujours chercher à comprendre mais relever les cœurs tombés. Quand la tristesse vient miauler dans mes jambes, je la prends sur mes genoux, j’appose mes mains de guérisseuse et je t’offre mon dos rond. Aussi, quand tu pourras, sois fier de ce que nous n’avons pas reçu et qui nous sert d’épines. »



Magnifique...
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Les prénoms épicènes
  18 février 2019
Les prénoms épicènes de Amélie Nothomb
Amélie Nothomb était à l’affiche de la foire du livre de Bruxelles ce week-end. Longue longue file d’attente pour l’embrasser ou lui serrer la main. Que je regrette de ne pas avoir été là ce samedi ! Merci à mon cher et tendre d’avoir attendu deux longues heures les trois minutes de tête à tête avec la sulfureuse Amélie.

« A Magali, fidèle lectrice. De tout cœur. AN. » Voici les premiers mots que je lis en ouvrant les prénoms épicènes...



Amélie s’en donne à nouveau à cœur joie dans les tribulations métaphysiques sur un thème qui semble lui être cher : la relation père et fille. Épicène est une enfant épatante, née de l’union de deux prénoms épicènes (Dominique et Claude (qui veut dire boiteux en latin)), elle grandira grâce à l’amour de sa mère mais aussi grâce ou malheureusement à la haine de son père.

La haine est proche de l’amour mais « la personne qui aime est toujours la plus forte ».



Des prénoms épicènes, des prénoms mixtes pour doubler et mixer la vie de nos protagonistes. Mirages, faux-semblants, équivoques, Amélie nous sert avec son champagne une histoire à la Dallas, de haine et d’amour, avec des dialogues croustillants et de la répartie intellectuelle dont elle seule a le talent.



Amélie toute de noire vêtue, avec ton grand chapeau, tes roses et ton champagne, tu m’impressionnes et m’embrigades à chacun de tes romans pour un tour dans un monde décalé et tu parviens à tirer le meilleur du pire.

Bravo Amélie.
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Le tunnel
  17 février 2019
Le tunnel de Avraham B. Yehoshua
Alzheimer, démence....des termes que je pense sont familiers à beaucoup d'entre nous, ayant des parents ou grand-parents âgés, des mots qui font peur, non sans raison.

Eh bien Yehoshua débute son livre chez un neurologue qui reçoit un couple dont le mari, soixante-dix ans passé a quelques difficultés de mémoire qui commencent à s'avérer sérieuses. Le diagnostic est un probable début de démence. Pour ce monsieur, ingénieur retraité, ex-constructeur d'autoroutes et tunnels d'Israel, dont se gaussent encore sa femme et ses enfants, cette fois-ci c’est un tunnel dont il n’en maîtrise pas la construction, le trou noir. Le pire est que ce diagnostic va devenir partie intégrante de sa personnalité, voir une obsession. Pour y remédier, suivant les conseils du neurologue, sa femme Dina va le rabibocher dans une histoire de routes, d’échangeurs et de tunnels comme assistant bénévole afin qu’il puisse mieux lutter contre l’atrophie rongeant son cerveau. Car cette maladie est étrange, elle semble pulvériser les prénoms et les actes mais respecte au contraire son bagage professionnel. Pourtant il s’avère difficile de comprendre quand ses oublis sont réels et quand il simule, surtout pour sa femme. En plus il a l’air de se délecter de cette démence qu’il balance à tout bout de champs comme un gosse, pourtant il est loin d’être maboul !.......



Un roman politique, où Yehoshua intellectuel engagé à gauche, militant pour la paix et un état binational, revient sur le conflit israélo-palestinien qui déchire le pays, les bédouins pourchassés, les palestiniens réfugiés sans identité et l’Etat corrompu....

Mais surtout un roman intime, dédié à sa femme Ika disparue en 2016 qui relate avec une infinie tendresse, l’histoire d’amour d’un couple vieillissant.



Ma passion pour la Littérature israélienne a débuté il y a plusieurs années avec un livre de Yehoshua que j'avais adoré, Shiva. C'est pourquoi il est pour moi un auteur fétiche qui m'a ouverte les portes d'une Littérature extrêmement riche, féconde et colorée et d'une sensibilité particulière à un pays qui vit dans une tension permanente. Ce n’est pas son meilleur livre, mais c’est un grand auteur dont tous les livres se lisent avec grand plaisir.





“Le cerveau est rusé : lorsqu’on vient à étudier ses maladies et ses faiblesses, il est capable, parfois, de se travestir en cerveau sain et normal.”
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Manifesto
  20 février 2019
Manifesto de Léonor de Recondo
Merci à Piatka qui par sa très belle critique m’a permis de découvrir et une auteure et un roman dont je vais garder l’empreinte longtemps sur mon cœur fleur bleue.



Léonor de Recondo signe un récit admirable sur la dernière nuit de son père en soins palliatifs. Sa plume caresse les notes d’une cantilène pleine d’amour et de sensibilité. Des pages d’amour et de douceur aux allures poétiques, une cantate de souvenirs entre Felix son père et son ami Ernest Hemingway. Des pages où l’attente dans la chambre 508 de l’hôpital respire encore et toujours l’amour de Leonor pour son père. Leonor sait que son père va mourrir incessamment. Il a contracté une infection qui le condamne. Pour que la mort vienne chercher son père avec des mains de velours, elle rend la vie à son père dans des voyages de cœur, là où son père a été heureux, là où son père était un homme libre. Car « pour mourir libre, il faut vivre libre ».



Que c’est bon et beau de se faire caresser par de la si belle littérature. Un plaisir au bout des doigts, des mots qui enveloppent, brillent et nous réconcilient avec la douleur.
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On ne voyait que le bonheur
  14 février 2019
On ne voyait que le bonheur de Grégoire Delacourt
Je n’aime pas les titres qui se tordent dans leur contraire, on ne voyait que le bonheur, moi je n’ai vu que le malheur.

Je n’aime pas quand la lumière se suicide dans les ombres, quand la poésie semble ivre de noirceur, quand les mots trébuchent, je vais bien, je vais mal, je t’aime mais finalement plutôt mal.

Grégoire Delacourt, je l’avais bien aimé dans La liste de mes envies que j’ai lu il y a bien longtemps, parce que rien n’était tronqué et truqué.

On ne voyait que le bonheur me donne envie de moucher ce bonheur rempli de sang et d’amertume.



Antoine est un homme déçu, amer. Assureur, il calcule le prix de toute chose, d’une vie, puis il fait les comptes de cette même vie. Un tour en arrière pour un plongeon dans le passé, dans l’enfance. Un père chimiste qui aime peu, qui aime mal, qui aime ailleurs. Une mère déserteuse qui rêve de passion. Deux sœurs jumelles dont l’une décède tragiquement, celle qui reste en perdra un mot sur deux. Un tour dans l’aujourdhui et vraiment, c’est pas terrible non plus. Faut bien porter les casseroles du passé. En veux-tu en-voila, pauvre Antoine qui plie dans sa douleur.

Je n’aime pas les histoires dégoulinantes entre sucre et sel, j’avais envie de bonheur moi et plouf j’ai eu tout l’attirail de la tragédie humaine. Passez-moi la corde qu’on en finisse. C’était trop pour moi. Trop lourd, trop triste, même si c’est bourré de jolies proses pour atténuer la chute, c’était pas lumineux, c’était pas ça le bonheur.
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La guerre en soi
  12 février 2019
La guerre en soi de Laure Naimski
Elle s’appelle Louise. Elle a cinquante-six ans. Elle est veuve. Son fils s’appelle Paul.

Louise et Paul sont éloignés, distants, incompris. Paul fugue de plus en plus souvent. Il vole des boîtes de conserve, les bijoux de sa mère. Il va sur la plage, là où des migrants veulent rejoindre l’Angleterre.

Louise ne comprend pas.

Paul finit par fuguer et par ne plus revenir.

Louise est en colère, haineuse, mal à l’aise.



Et moi avec tout ça, je suis mal aussi car je ne sais pas au fond où voulait m’emmener Laure Naimski. Je n’ai pas saisi le fil, je n’ai pas compris ni Louise ni Paul. C’est rempli de métaphores mais à trop imager l’histoire, j’ai fini par m’y perdre totalement. Les personnages manquent de relief, qui sont-ils, d’où viennent-ils, où vont-ils, je n’en ai aucune idée. Un roman puzzle qui oblige le lecteur à une sérieuse attention et réflexion pour assembler les pièces. Trop dispersé pour moi.

Alors que l’écriture n’est pas dénuée d’intérêt ni de charme, la forme prime sur le fond qui lui, ne suit pas.



Merci tout de même à Babelio et les éditions Belfond pour l’envoi de ce roman lu dans le cadre d’une masse critique privilégiée.
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La dernière vallée
  17 février 2019
La dernière vallée de John Barclay Pick
🗡XVIIe siècle.🛡L'Europe est à sang par les guerres de religion entre catholiques et protestants ; les villages dévastés et la mort rôdent partout. Vogel n'espère plus rien de la vie. Il a vu au fil de sa fuite les horreurs auxquels les hommes s'adonnent. Alors, lorsqu'il découvre caché dans une vallée, un village paisible, il ne peut s'empêcher de s'y rendre. Seulement, ce village est également découvert par une horde de mercenaires prêts à le mettre à sac. Le Capitaine de ses mercenaires est sur le point de tuer Vogel, lorsque celui-ci lui propose une idée incongrue : garder le village en l'état et cohabiter tout l'hiver avec les paysans le composant.





La dernière vallée est une sorte de roman historico-philosophique. Le personnage de Vogel ressemble énormément à Candide de Diderot avec son esprit d'analyse de situation. Cela donne au final à ce livre un côté assez évaporé voire, étrange. Vogel, le personnage principal relate les choses sans pour autant tenter de réellement s'y investir. Nous suivons la cohabitation entre deux mondes (soldats vs paysans) où chacun reste méfiant. Heureusement, certains événements les obligent par moment à s'entraider, mais cela s'arrête là. Seulement, rapidement les intérêts personnels reprennent le dessus. La notion de paix est vite balayée ainsi que celle de neutralité qu'incarne Vogel.





Un roman historique publié dans les années 50 et assez cynique quant au devenir de l'homme qui ne cherche que sa jouissance personnelle au détriment de l'intérêt commun. Le cadre de la guerre de Trente Ans s'y prête bien et l'auteur nous brosse une fable plutôt réussie. À lire si vous en avez l'occasion.

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Rêve d'amour
  15 février 2019
Rêve d'amour de Laurence Tardieu
Alice, jeune trentenaire cherche à savoir qui elle est et à remplir son vide intérieur en ouvrant le livre de son passé. Alice a grandi sans sa mère, son père semble ne pas se souvenir d’elle non plus ou ne souhaite pas s’en souvenir. Alice partira à la recherche du deuxième homme que sa mère a aimé. Et elle doutera, hésitera, se questionnera sans fin...



J’aime beaucoup l’écriture de Laurence Tardieu pour le peu que j’ai lu d’elle mais ici, ce roman ne m’a pas parlé et a même fini par m’agacer. Je n’ai pas lu une histoire ou même une quête personnelle d’une femme à la recherche de sa mère, j’ai plutôt lu une ribambelle de questions tout le long du livre. Un peu, ça passe encore mais quand c’est une ligne sur deux, c’est trop pour moi et cela n’apporte rien au fond.



Un rendez vous manqué.





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La cité de l'orque
  17 février 2019
La cité de l'orque de Sam J. Miller
« Ce qui se disait : elle était venue à Qaanaq dans une embarcation que tirait une orque harnachée à la manière d'un cheval. Dans ces récits qui, dans les jours et les semaines qui suivirent son arrivée, se firent de plus en riches d'incroyables détails, l'ours blanc cheminait à son côté sur le pont du bateau éclaboussé de sang. Le visage de la femme était tendu, furieux. Elle portait une armure de combat constituée d'épaisses feuilles de plastique et de récupération. (...) Les doigts de la femme se déplaçaient, nerveux, agiles, le long de la hampe de sa lance sculptée dans une défense de morse. Venue à Qanaaq pour accomplir un effroyable crime, elle brûlait de passer à l'acte. »



Ce sont les premières phrases. Percutantes, cinématographiques, énigmatiques avec ce souffle épique qui emporte illico. Tout le scénario tourne autour d'une vengeance familiale. La distribution est soignée autour Masaaraq, la mystérieuse guerrière de l'incipit, qui ne réapparait qu'à mi-livre, très habilement alors que plane son aura.



Ce qui est incroyablement réussi ( surtout pour moi qui ne suis pas une lectrice experte de SF ), c'est son worldbuilding d'une grande inventivité. Tu es plongé dans un monde post – apocalyptique qui reprend les codes du cyber-punk qui se dévoile petit à petit jusqu'à immersion totale : Qanaaq, une cité flottante privée, contrôlée par de riches actionnaires, où s'est réfugiée une humanité migrante suite à la dévastation du monde par des catastrophes écologiques. Tout est plausible, intelligent et cohérent tant tout semble possible, pas de cyborgs ou de délires futuristes, oui le monde actuel en pleine décadence pourrait donner ça. Ce roman pousse à la réflexion.



Du coup l'auteur aborde un nombre fou de thèmes très contemporains qui font forcément écho, peut-être trop, certains auraient mérité plus de profondeur, mais qu'importe, on y croit : changement climatique, sort des migrants, lutte des classes, machinations politiques des méga-riches capitalistes pour conserver et accroître leur domination, homosexualité , révolte, violences ...



Il y a de superbes idées comme cette maladie des failles, proche du sida car sexuellement transmissible, qui transmet à son porteur les souvenirs de la personne qui l'a contaminée, eux-mêmes enrichis des souvenirs du contaminateur précédent en une chaîne vertigineuse. Comme le personnage de Maasaraq l'orcamancienne, issue d'une tribu qui a subi un génocide après avoir été utilisée pour des expériences médicales qui a nanolié ses membres à des animaux, ce qui en fait des êtres plus complètement humains mais hybrides. Comme ce podcast «  La ville sans plan »qui ponctue le roman avec ses allures prophétiques très poétiques.



Le point faible est sans doute les facilités scénaristiques pour rassembler les personnages principaux dans une même quête, adversaires ou alliés. L'auteur abuse de raccourcis et « hasards » un peu trop nombreux pour être réalistes. Il a également tendance à vouloir rendre la lecture plus complexe qu'elle ne devrait : il faut être très concentré pour ne pas se perdre dans les relations entre les personnages dans Qanaaq alors qu'au final, elles se révèlent très simples.
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