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Critiques les plus appréciées

Le peuple de la brume
  11 juin 2018
Le peuple de la brume de José Eduardo Agualusa
Magnifique voyage au pays des rêves.



Le déluge a noyé le monde. Le salut n’est pas venu des eaux façon Noé, mais des cieux et ses dirigeables. 30 ans que l’humanité fait mieux que survivre, développant une nouvelle civilisation aérienne. Ils sont jeunes et rêvent d’aventure. En recherche du père, en recherche d’un mystérieux Eldorado, dernier refuge terrestre, en butte aux pirates. Une aventure poétique pleine de sens et propice aux rêves.



L’auteur ne s’embarrasse pas de descriptions scientifiques ou techniques (en dehors d’une brève mais intéressante histoire (y compris futuriste) du dirigeable. Son monde dispose par ailleurs d’Internet sans fil. (4G? Hertzien ?– radio ? - plus de satellites, plus d’antennes non plus) mais là n’est pas l’important. Il fallait relier l’humanité.



A mille lieux des récits post-apocalyptiques pleins de fatalisme, de violences, de haine et de triste réalité (que j’affectionne par ailleurs), nous sommes là embarqués dans un voyage initiatique résolument optimiste et léger avec happy end de rigueur et je quitte cette lecture avec des étoiles plein les yeux. La tête dans les nuages.
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Les exploits d'Edward Holmes
  15 juin 2018
Les exploits d'Edward Holmes de Jean d'Aillon
Les exploits d'Edwards Holmes regroupe 3 nouvelles correspondant aux tomes 1.5, 2.5 et 3.5 de la série. Ces petites nouvelles ont été précédemment publiées en format numérique avant la parution de chaque tome, comme une sorte d'amuse-bouche permettant d'attendre la sortie de la nouvelle grande aventure. Les éditions 10/18 ont décidés de les regrouper en un tome.🙂





🏹Tome 1.5 : Le chanoine à la lèvre tordue.🏹

Un chanoine est retrouvé assassiné. L'enquête menée par Edward Holmes permet de mettre aux nues une escroquerie concernant l'orfèvrerie. En effet, des vases religieux en or sont subtilisés et remplacés par des copies finement ciselées, mais peintes en doré.



Cette enquête dont le titre est inspiré d'une nouvelle de Conan Doyle : L'homme à la lèvre tordue n'a que cela de comparable. Jean d'Aillon nous brosse ici le portrait d'une église où les voeux de pauvreté et chasteté n'ont pas cours. L'intrigue est rapidement relatée et menée avec un récit basé sur l'essentiel. Pas de cadre historique comme dans ses romans, pas d'intrigues croisées. C'est simple, court et concis.





🏅Tome 2.5 : Cinq médailles d'argent.🏅

Edward Holmes enquête sur un complot visant à ouvrir une porte de Paris afin de laisser entrer les troupes ennemies.



Cette nouvelle possède un titre inspiré encore une fois de l'oeuvre de Conan Doyle : Les cinq pépins d'orange. Dans ce récit, l'intrigue manque cruellement d'espace puisque tout se déroule et s'enchaîne en un temps record avec un Edward Holmes surgissant au final pour démasquer les derniers conjurés.





💎Tome 3.5 : L'escarboucle de Marco Polo💎

Marie de Savoisy est accusée du vol d'un joyau inestimable : L'escarboucle de Marco Polo. Edward Holmes décide de mener l'enquête afin de démontrer l'innocence de la chambellane dont il est épris.



Cette nouvelle est encore une fois un clin d’œil à l’œuvre de Conan Doyle via son titre très inspiré par l'original : L'escarboucle bleue. Ce récit nous plonge dans une histoire de vol, de mascarade et de famille. Edward Holmes est ici plus présent que lors de deux précédentes intrigues.







Ce recueil de nouvelles peut être lu indépendamment du reste de la série en raison des indications nombreuses glissées par l'auteur dans ses récits. Cependant, pour en apprécier toute la saveur et pour comprendre les sous-entendus, il est préférable de les lire dans l'ordre chronologique, afin de comprendre notamment les relations et tensions entre les différents personnages.



Globalement, ce recueil est selon moi un encas puisque les histoires sont très courtes sans se focaliser sur les aspects historiques de l'époque. Cela permet à Jean d'Aillon de développer certains aspects de ses personnages ou de décrire le Paris et la société de l'époque lors de l'occupation par les Anglais. Les intrigues sont sympathiques, la lecture est aisée et agréable et le lecteur plongé dans une époque passionnante.



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Mort sur le Nil
  17 juin 2018
Mort sur le Nil de Agatha Christie
Nouvelle enquête d'Hercule Poirot.

Oublier la croisière s'amuse et faite place à la croisière tueuse 😈





Même lors de vacances loin d'un Londres gris et pluvieux, Hercule Poirot ne peut se reposer. 😮 Lors d'une croisière sur le Nil, notre détective se retrouve au milieu d'autres passagers, plus farfelus les uns que les autres. Entre le couple en voyage de noces poursuivi par l'ex-fiancée évincée ; le duo fusionnel mère et fils ; l'auteur de romans policiers au succès passé ; un terroriste, un agent secret, des notaires en pagaille et des vieilles filles en quantité.... notre pauvre Hercule Poirot a de quoi se faire du mouron.

Et lorsque lors d'une soirée, la fiancée sort un révolver et tire sur son ex... sans le tuer et que l'épouse de ce dernier est retrouvée assassinée le lendemain, il y a de quoi devenir fou pour tout être sensé.

Mais pour Hercule Poirot, cette énigme est pour lui un jeu d'enfant.





Sans hésitation, Mort sur le Nil fait partie de mes romans préférés d'Agatha Christie. 👍L'intrigue et les protagonistes sont tellement tordues que l'ensemble et la résolution finale n'en est que plus passionnante. Je me souviens lors de ma première découverte de cette oeuvre de l'étonnement que j'avais eu lorsque le détective nous dévoile les faits et sa théorie. Ce même plaisir est toujours présent même si l'intrigue est connue et a été adaptée avec brio à plusieurs reprises à la télévision.





Le seul bémol est selon moi le rôle tenu par les femmes dans cette intrigue. 🙄Vous avez en effet le choix entre les modèles suivants : alcoolique, kleptomane, riche idiote, vieille fille et névrosée. Il n’y a pas à dire... quel choix !🤪

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Je reviendrai avec la pluie
  16 juin 2018
Je reviendrai avec la pluie de Ichikawa
"Je reviendrai avec la pluie" de TakujinIchikawa - lu en juin 2018

C'est le titre de ce livre qui a motivé mon achat en 2015, seulement lu maintenant car ma pile de livres à lire est énorme !!!

Nous entrons dans le monde de Tak-Kun, de Mio et de Yûji leur petit garçon.

Mio est décédée depuis près d'un an.Yûji dit qu'elle est au pays Arche-vie sans doute parce qu'il veut savoir sa maman vivante ailleurs alors que son père lui dit qu'elle est à Archive. Avant de s'en aller, elle promet à son mari et son petit garçon de revenir à la saison des pluies pour voir comment Tak-Kun et Yûji s'en sortent sans elle. En fait, ils s'en sortent tant bien que mal, Tak-Kun fait ce qu'il peut malgré sa maladie, il est parfois distrait et maladroit. Yûji est un gamin très raisonnable et assez mûr pour son âge, mais sa maman lui manque. Le premier jour de la saison des pluies, voilà que Mio réapparaît comme elle l'avait promis, mais sans aucun souvenir de son passé. Son mari tente alors patiemment jour après jour de faire revenir les souvenirs dans l'esprit de son épouse en lui racontant leur quotidien, depuis le moment où ils se sont rencontrés et le moment où elle est partie.

Il écrit dans un cahier tous ses souvenirs pour son petit garçon. Ils retombent amoureux, Yûji est heureux, mais tous deux savent bien qu'elle repartira dès la fin de la saison des pluies tout en espérant qu'un miracle empêchera ce second départ.

Cette histoire, toute en douceur, pleine de poésie raconte le quotidien simple de la vie d'un père seul avec son fils. Une histoire tirant aussi vers le fantastique, car bien sûr, on ne peut pas revenir sur terre une fois parti.

Takuji Ichiwaka m'a entraînée dans un joli rêve. Ce n'est que le second livre d'un auteur japonais que je lis, j'avais lu "Le ruban" de Ogawa Ito, tout aussi léger et poétique et que j'ai beaucoup aimé. Alors, si vous avez besoin de douceur, de tendresse et d'amour, lisez "Je reviendrai après la pluie"
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Les Couleurs de l'infamie
  20 juin 2018
Les Couleurs de l'infamie de Albert Cossery
Encore une pepite de Cossery! Parce que c'est relativement court. Si le livre avait été plus gros j'aurais crie: de l'or en barre! (Ce n'est pas le premier billet ou je parle d'or. C'est inquietant, docteur?)



Albert Cossery, le plus francais des egyptiens, le citoyen de St Germain des pres, le dandy qui n'a jamais voulu posseder quoi que ce soit, nous offre un texte burlesque, desopilant, se servant de l'humour pour faire passer sa critique de la societe.



Ca se passe au Caire, ville ou la chaleur n'a de concurrent que la poussiere. Cossery peint le paysage: "La vetuste de ces habitations evoquait l'image de futurs tombeaux et donnait l'impression, dans ce pays hautement touristique, que toutes ces ruines en suspens avaient acquis par tradition valeur d'antiquites et demeuraient par consequent intouchables". Il evoque la population qui y deambule: " Ouvriers en chômage, artisans sans clientèle, intellectuels désabusés sur la gloire, fonctionnaires administratifs chassés de leurs bureaux par manque de chaises, diplômés d’université ployant sous le poids de leur science stérile, enfin les éternels ricaneurs, philosophes amoureux de l’ombre et de leur quiétude".



C'est une histoire de resistance. Resistance et debrouillardise du petit peuple, ici incarne par un voleur a la tire, face au "système". Cossery nous le presente: "Ossama était un voleur; non pas un voleur legaliste tel que ministre, banquier, affairiste, speculateur ou promoteur immobilier; c'était un modeste voleur aux revenus aleatoires, mais dont les activites – sans doute parce que d'un rendement limite – etaient considerees de tous temps et sous toutes les latitudes comme une offense a la regle morale des nantis".



Ossama est un hedoniste. Son pays peut tourner au desastre, mais lui, bien habille pour ne pas se faire arreter a chaque coin de rue sur sa mise, est convaincu que "rien sur terre ne peut etre tragique pour un homme intelligent". Il rode dans les beaux quartiers, humant ses proies. Par un heureux hasard, il s'empare du portefeuille d'un gros bonnet. Qui ne contient pas que de l'argent, mais comme son nom l'indique, une feuille aussi, une lettre qui compromet le gros bonnet (un promoteur vereux) et des membres du gouvernement.



Comment Ossama va tirer parti de la lettre comprommettante? Pour le savoir il faut lire le livre. J'ai promis aux manes de Cossery de ne rien devoiler. Un indice quand meme: c'est hilarant. Bon, ce n'est pas vraiment un indice, vu que tout le livre est hilarant.

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Menace en haute mer
  21 juin 2018
Menace en haute mer de Michael DiMercurio
Il manque quelque chose.



Dans un nouveau sentiment d’urgence absolue, le Cdt McKee, commandant du sous-marin américain le plus puissant du monde et par conséquent, l’arme absolue toute catégorie la plus puissante du monde, doit affronter une flotte entière (mais Ukrainienne, donc ça va) pour éviter un probable guerre nucléaire en Amérique du Sud (si si, c’est cohérent dans le bouquin).



Le sous-marin. Profond silencieux rapide mortel.

125m, 11m, 7700 tonnes, 26 armes torpilles, 12 tubes en vertical. (grosso modo la classe Virginia actuelle). Doté de l’Imagerie acoustique totale. Tout cela fait que cela devient de plus en plus difficile de trouver des adversaires à la hauteur des USA.

On se dirige vers l’attaque biologique financée par de la boite privée au profit des pays du moyen orient (on y retourne) ? Non cet épisode un peu farfelu sera vite expédié ( franchement il dénote dans le roman et je l’ai trouvé sincèrement mauvais). Visiblement, ce sera l’intrigue du prochain opus.



On revient donc à du plus classique. Sous-marin contre sous-marin et cette fois ils prennent cher les Amerloques… (avant de retourner la situation bien sûr).

Drame et promotions accélérées digne des pires tragédies de l’honorverse. Avec victoire au bout.



Un techno thriller très techno (mais pas plus que les précédents) et beaucoup moins thriller. J’ai trouvé que cela manquait un peu de profondeur (le comble pour un SNA), de suspense et, oui même si la note du boucher est particulièrement élevée, d’enjeu.

Mais ne boudons pas non plus notre plaisir. J’adore quand même le combat à coups de missiles et torpilles à plasma avec vocabulaire bien pseudo technique.
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Grand Central Arena
  18 juin 2018
Grand Central Arena de Ryk E. Spoor
Super sympa.



Toute race qui active un propulseur supraluminique se retrouve dans grand central Aréna . Gigantesque structure où se côtoient, s’affrontent, nouent des alliances et se déclarent des défis, organisés par l’arène elle-même, tous les E.T de la création. Et notre sympathique équipe, pilote chercheurs et médecin arrive bonne dernière et va découvrir cette foire d’empoigne.



Du BDO (Big Dump Object) ou en français du GTS (Grand Truc Stupide) dont la référence la plus connue reste RdV avec Rama. Des extraterrestres à foison à la Mass Effect, le vieil homme et la guerre, Elévation, les références sont nombreuses et variées.

Et l’humanité, qui a toujours un petit truc de plus par rapport à ces ET. (ici ce sera le goût du risque ? ).



Puisque l’auteur s’en réclame, ok, du pulp, de l’aventure spatiale, mais moderne. Un peu de hard science (attention, ce n’est ni du Baxter ni du Bear, cela reste accessible). Un Sense Of Wonder intact, de l’émerveillement, de l’information, de l’action. Tout est réuni pour une lecture attractive et addictive.

Tous les grands classiques de la SF, les grands thèmes, sont réunis. Troisième loi de Clarke (Toute technologie suffisamment avancée et indiscernable de la magie). Complexe de Frankenstein (insuffisamment exploité le côté IA d’ailleurs, puisqu’elles ne fonctionnent pas dans l’arène). Paradoxe de Fermi (S’il y avait des civilisations extra-terrestres, leurs représentants devraient déjà être chez nous. Où sont-ils donc ? ) Et ça fait toujours plaisir à l’adepte de se dire, ah, ça je connais…

Pour l’anecdote, on notera que l’auteur doit être un adepte expert du décryptage du langage corporel, car ces deux mots sont employés à peu près à chaque court chapitre.



Bref, j’ai passé un excellent moment en compagnie de l’arène et ses habitants et le second tome vient de sortir, il ne faudra pas longtemps pour que je l’attaque, ce qui reste le meilleur des compliments à faire à un auteur pour son roman.
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Pour services rendus
  18 juin 2018
Pour services rendus de Iain Levison
Du Nouveau-Mexique au Vietnam, il n'y a parfois qu'un pas, surtout quand les souvenirs de guerre s'en mêlent. Mais quand la politique tente de contrôler la mémoire, c'est alors la vérité et le mensonge qui risquent de s'emmêler…



Ma chronique complète et premier article sur Fnac.com :
Lien : https://www.fnac.com/Livre/P..
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Entre deux mondes
  14 juin 2018
Entre deux mondes de Olivier Norek
Anarchie in the Yuké !

L'on connait tous ce cri mythique beuglé par les Sex Pistols.

Il semblerait que la jungle de Calais puisse s'enorgueillir de ce triste slogan.



Adam a fui son pays comme bon nombre auparavant.

Zone de largage, Calais, où l'attendent censément femme et enfant.

D'enfant, Kilani en présente tous les aspects dans cette jungle bestiale dépourvue de toute loi, dénuée de toute humanité.

Adam et Kilani étaient appelés à se rencontrer, les voies du destin sont impénétrables, dit-on, voire facétieuses.

Bastien, lui, est flic nouvellement promu dans le Nord.

Un crime dans un camp de réfugié devait lui donner l'occasion de s'affirmer en tant que chef de groupe. C'est en leader incontesté et en humaniste affirmé qu'il allait appréhender cet univers dantesque aux relents putrides de barbarie assouvie et assumée .



Hyper touchant, cet entre-deux.

Parfait équilibre entre un monde réel peu reluisant et celui du chaos absolu.

Relatant le parcours tragique de moult migrants, Norek se fait passeur d'émotion extrême et de réflexion désillusionnée.



Sa grande force, bannir le pathos au profit d'un insondable travail de recherche dépouillé de tout misérabilisme.

Des personnages fracassés par la vie et cependant bien décidés à conjurer un coquing de sort obstinément malveillant.

Des individus lambda intensément charismatiques croisant des seconds rôles saillants, la combinaison est parfaite, le propos ineffable, la chute bouleversifiante.



Du très grand Norek !
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Les loyautés
  11 juin 2018
Les loyautés de Delphine de Vigan
Ouvert il y a six jours, même si lu la moitié restante du livre hier soir, très tard, d'une traite.

Mon 4e roman de l'auteure, une plume percutante et réaliste à laquelle je ne suis pas insensible, mais que ces histoires croisées sont dures et sombres ! Comme pour Les heures souterraines, j'ai cherché mon souffle, un peu d'air et de lumière... :0

Un récit difficile, donc, sur la maltraitance, physique et psychologique, le chantage affectif, la culpabilité, l'impuissance, l'injustice, la colère, le mensonge, l'humiliation.

Comment être loyal, à 12 ans, envers des parents maltraitants, dépressifs, destructeurs ? Doit-on être loyal envers une institution aveugle ? Envers un mariage insipide, un mari manipulateur ? Envers son passé, soi-même ? Envers une société hypocrite et égoïste ?!

Théo, Mathis, Hélène, Cécile : quatre êtres qui subissent, se noient, se débattent, luttent, souvent confusément, avec plus ou moins de rage, de crainte, de courage, de foi. Nous, on espère seulement, à la fin, que ces papillons de nuit puissent détecter un jour la bonne lumière, enfin surtout pour le plus fragile et innocent d'entre eux...
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Étrange suicide dans une Fiat rouge à faible k..
  12 juin 2018
Étrange suicide dans une Fiat rouge à faible kilométrage de Tyler l.C.
Je suis tombée sur Ethelred Hengist Tressider, par le biais de ma copine babeliote nameless ( tous ses billets ne sont que tentations, je résiste, mais là j'ai succombé ).

Ce monsieur au nom long et compliqué, Ethel… Red … ou Reddy Baby, pour les intimes, est un écrivain; en faites trois écrivains. Il écrit sous trois différents pseudos , dont un nom de femme, des navets dans différents genres, des policiers, des policiers historiques ( toujours la même période, celle du règne de Richard II, car il n'a aucune envie d'approfondir ses connaissances sur d'autres périodes ), et des romans d'amour. Son agent littéraire pour les trois, est Elsie. Elsie, carbure au chocolat, méprise les écrivains, et est un as pour vendre des livres qu'elle qualifie de "dog's crap" (m....de chien ), dont elle méprise encore plus les lecteurs. Voilà pour le décor.

Quand à l'histoire, l'auteur de polar est lui-même incriminé dans le genre d'histoire qu'il a l'habitude d'écrire......Son ex-femme, Geraldine, “zeu bizines vumen” qui habite Londres, vient d'avoir la mauvaise idée de disparaître, laissant à l'abondon sur une plage du Sussex une Fiat rouge louée et une lettre d'adieu au "Monde cruel ".....non loin d'où il habite.

Le titre de la v.o. “The Herring seller's apprentice “ est très explicite pour le fond et la forme du récit. Herring seller (vendeur de hareng ) est le surnom donné par son ex à EHT, «  herrings », faisant référence aux fausses indices que sèment les auteurs de polars dans leurs livres ( red herrings, plus précisément ). Quand à l'«apprentice »( l'apprenti) c'est Elsie, la vraie star du livre, qui décide d'enquêter sur cette disparition qui pourrait éventuellement leur rapporter gros dans le cadre des “dog's crap”. Alternant les deux personnages comme narrateur, l'auteur nous plonge dans un océan de «  herrings ».....



Un livre intéressant où Tyler L.C., se défoule à travers Ethelred, sur sa propre expérience d'auteur de polar, ses astuces, ses incidents de parcours et ses frustrations d'écriture . Souvent l'histoire prend son propre envol, et une tournure non planifié d'avance, le caractère principal échappant à l'auteur et poursuivant sa propre voie ("some of my more villainous characters, who would sell their own grandmothers, prove strangely incapable of telling a direct lie" *).

Lu en v.o. j'ai aimé la prose élaborée, où l'humour ne tombe jamais dans le vulgaire, et le petit air de vintage qui donne un faux air d'intemporalité , si ce n'était quelques indices sur les nouveaux gadgets de communications. Une agréable lecture, très divertissante, dans le fond et la forme.





*Certains de mes plus vils personnages , qui auraient pu vendre leur propre grand-mère, étaient étrangement, dans l'incapacité de mentir d'une façon directe.

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Témoin muet
  21 juin 2018
Témoin muet de Agatha Christie
Nouvelle enquête d'Hercule Poirot.🧠



Un beau matin, au courrier arrive une lettre d'une certaine Emily Arundell. Celle-ci explique dans son courrier de manière brouillonne qu'elle pense avoir été victime d'une tentative de meurtre dont l'instigateur pourrait être un membre de sa famille. Elle sollicite donc les conseils de notre détective préféré ainsi que sa discrétion. Ce courrier qui dit tout et ne dit rien à la fois interpelle Hercule Poirot - notamment en raison de la date (deux mois avant la réception) qui part de suite pour Market Basing avec son fidèle ami et associé, le capitaine Hastings.

Arrivé sur place, première surprise : Miss Emily Arundell est morte il y a deux mois. Le courrier aurait été donc envoyé par un tiers. L'enquête menée sur place établit que Miss Arundell est morte une quinzaine de jours après le premier "incident". Accident ? Meurtre ? Maladie ?

Hercule Poirot décide de mener l'enquête au nom de la défunte et plus il en apprend sur la famille Arundell, plus ses moustaches frémissent.





Témoin muet est une des rares enquêtes où Hercule Poirot tente de résoudre un meurtre passé.

L'intrigue dans l'ensemble est assez basique avec un crime familial et un mobil pécuniaire. Dès le début, le lecteur est informé de cette trame narrative et il ne lui reste plus qu'à choisir parmi les membres de la famille, celui qui pourrait faire un bon coupable. Personnellement, je trouve que le tout manque de profondeur et de finesse. Tout est révélé de manière grossière et sans grand suspens.

Côté personnages, Agatha Christie nous propose des êtres caricaturaux et qui manquent de profondeur. Ici, vous avez le neveu fainéant, la nièce épicurienne, l'autre nièce apeurée par son mari.... Sans compter les stéréotypes repris par l'auteur concernant les étrangers qui sont forcément des êtres dont il faut se méfier ; ou les demoiselles de compagnie qui sont forcément des êtres sans cervelles.😒





Au final, le seul élément vraiment atypique de ce roman vient de la personnification faite de Bob, le fox-terrier via les commentaires du Capitaine Hastings. Ainsi, par moment, Agatha Christie se fait plaisir en nous proposant les commentaires du chien. C'est décalé, mais sympathique.🙂





Globalement, une enquête basique ayant pour cadre une intrigue très codifiée donc pas trop de surprise pour le lecteur. Ce n'est pas mon roman préféré de l'auteur, mais cela se laisse lire.

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Reflets changeants sur mare de sang
  18 juin 2018
Reflets changeants sur mare de sang de Pierre Siniac
Généralement, dans les recueils de nouvelles, deux ou trois sortent du lot, et les autres donnent le change. Mais comme tout est bon dans le Siniac, Reflets changeants sur mare de sang est un excellent recueil que l‘on referme avec regret. Sept nouvelles diaboliques, écrites de main de maître, sept histoires inventives, imprévisibles, cruelles et sarcastiques…les sept Archanges de l'Apocalypse semblent s'abattre sans pitié sur des personnages pathétiques baladés sans vergogne par un romancier impitoyable. Des fêlés, des pigeons pigeonnés, des laids, des désespérés, des héritiers impatients de toucher le gros lot, d'anciens SS complètement tarés se font tailler en pièce par une trame assassine et des formules lapidaires, et le lecteur ricane devant tant de cruauté. C'est vachard, dénué de morale, acide à souhait. Impossible d'en choisir une en particulier, alors faites vous plaisir, lisez Siniac et gare au risque de chute dans cette mare de sang bien poisseuse. Attention, ça glisse!

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L'amour (en plus compliqué)
  14 juin 2018
L'amour (en plus compliqué) de Jim
Un grand merci à Babelio et aux éditions Grand Angle...



Une demande en mariage d'une femme déjà mariée, la théorie de la multiplication, le discours pas banal d'un papi de 80 ans, un texto vide, un rouge à lèvres coco, les araignées noires chez tata Henriette, un mariage qui tourne court, une double rencontre amoureuse dans un funérarium, un papa soi-disant cool, un monsieur Amazon qui ne répond pas aux lettres, une amie jalouse, un couple d'amis dont on se sépare...



… et plein d'autres nouvelles encore imaginées par Jim qui nous en offre pas moins de 51, allant de 1 à 18 pages. Où il est question d'amitié mais surtout d'amour. Celui que l'on cherche, celui que l'on regrette, celui que l'on veut rattraper, celui que l'on rêve, celui que l'on fantasme, celui que l'on éprouve, que l'on ressent, que l'on clame ou que l'on perd. Il dépeint avec justesse ces instantanés de vie volés et porte un regard tendre sur ces tranches de vie. Des moments attendrissants, émouvants, drôles parfois, touchants, surprenants. Des nouvelles habitées par des personnages attachants. Une écriture, sensible, poétique, tantôt un brin mélancolique, tantôt ensoleillée, tantôt nostalgique qui dessert à merveille ces petits moments intimes.
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Histoire des croisades
  12 juin 2018
Histoire des croisades de Rousset Paul
Paul Rousset a écrit cet ouvrage à une époque où l'on décrivait encore les expéditions vers la Terre Sainte comme une prouesse accomplie par la chevalerie médiévale de l'Occident chrétien, appelée à cesser ses luttes et rivalités intestines et à régler les problèmes liés au trop-plein de combattants ambitieux, souvent des cadets n'ayant plus de terres à se partager en Europe où tous les fiefs et seigneuries étaient déjà tenus, pour aller en conquérir à la pointe de leur épée aux dépens de principautés arabo- syro-ou-turco-musulmanes jugées indésirables sur les côtes levantines, où se trouvaient justement les Lieux sacrés des origines du Christianisme.

C'est donc un récit sans aucune remise en question, une histoire "classique" de l'épopée des Croisades, dans la continuité des travaux de René Grousset que nous livre ici Paul Rousset.

Le même, quelques années plus tard, reviendra sur le sujet, et prenant du recul avec le phénomène des Croisades, le décrira comme une entreprise aux fondements idéologiques, conduite comme une expérience pré-colonisatrice .

On pourrait a priori être surpris de voir le même homme passer d'un discours à l'autre , mais c'est sans doute son travail d'enseignant et sa grande honnêteté intellectuelle qui l'ont conduit à cette évolution, la décolonisation et la culpabilité postérieure à la décolonisation ayant forcément quelque chose à voir avec cela.

Aujourd'hui, on n'aurait plus ce complexe et l'on présenterait tout ensemble une Histoire parallèle des Croisades vue depuis le Moyen-Orient et depuis l'Occident sans parti pris, l'Histoire de cette époque nous ayant assez livré de documents des deux bords pour nous permettre de faire une synthèse plutôt que de continuer à en faire une lecture partiale, favorable à l'un ou à l'autre des protagonistes d'alors.



François Sarindar, auteur de : Jeanne d'Arc, une mission inachevée (2015)

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La Colline des potences
  18 juin 2018
La Colline des potences de Dorothy Marie Johnson
Un air d’harmonica comme dans tous les bons westerns se mélange aux refrains du vent. Un homme sur son cheval, son costume noir maculé d’une poussière ocre et collante. Le teint gris, tiraillé par la soif, il chevauche la dernière colline, avant le repos éternel. Des coups de feu au loin, règlements de compte à OK Corral ou Duel au soleil. Des braillements humains, cris avinés sortant du saloon et rires des dames de petites vertus venues égailler la solitude des chercheurs d’or.



Je grimpe au sommet de cette colline pour voir le soleil se coucher, découvrir ce parfum de sauvagerie, Far-West et western littéraire sous la plume de Dorothy M. Johnson, « vieille » dame du grand Ouest. Des hommes, des cow-boys même, dans le Montana. Des Cheyennes et des chercheurs d’or, un médecin étrange. Le vol des flèches indiennes fouette l’air poisseux, des traces de grizzlis, un fusil pointé dans mon dos… Si je réchappe à cet univers, mes santiags encore à mes pieds, c’est que je dois être un vrai cow-boy, du genre à boire toute la nuit des verres de whisky et qu’une dame en petite tenue – pour l’époque - me fait monter dans sa chambre à l’étage du saloon-bordel. Mais au sommet de cette colline, j’observe surtout cette corde qui se pend. Probablement qu’un jour, ma tête sera à l’intérieur de ce nœud coulant, et que mes santiags se balanceront au gré du vent, au son de l’harmonica. Alors, en attendant, face au miroir derrière le comptoir, je regarde ma tête et je me dis qu’un jour, je serai Gary Cooper.
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Le sang et le pardon
  13 juin 2018
Le sang et le pardon de Nadeem Aslam
A Zamana, dans leur bibliothèque d'une beauté étonnante, Nargis et Massud, un couple d'architectes musulman, ont suspendu au plafond les maquettes de la mosquée de Cordoue et de Sainte-Sophie — symboles de leur exigence esthétique, de leur ouverture et communauté d'esprit...



Mais Massud meurt accidentellement dans un échange de tirs entre un Américain et des tueurs pakistanais. Pour Nargis, c'est le début d'une lutte pour échapper aux services secrets d’une armée corrompue, une fuite où la jeune femme, avec Hélène la fille de son serviteur chrétien et Imran, un Cachemirien, cherche à se soustraire à la folie des hommes.



Saisissant et poétique, le sang et le pardon décrit les réalités d'un Pakistan violent, voire même effrayant — régi par des diktats religieux et gangrené par la corruption de ses institutions. Toutefois malgré ce constat, ce très beau roman suggère la capacité d'espoir et de résistance d'un pays auquel Nadeem Aslam, même s'il l'a quitté adolescent, semble viscéralement attaché.
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Histoires de chauffeurs
  23 juin 2018
Histoires de chauffeurs de Cecile Coumau
Histoires de chauffeurs - Tranches de vies & anecdotes🚖





Ce petit ouvrage propose le portrait de quelques chauffeurs en activité utilisant l'application Uber. L'auteur, Cécile Coumau tente de nous présenter ses êtres derrière leur volant de manière plus humaine. Le contrat est plutôt réussi.

Via les portraits de Teddy, Mohamed, Redouane, Shirley, Dylan, René, Mounir, Sophie, Mohamed, Niels, Laïla, Thomas, Harry, Fela, Alain et Bruno, nous découvrons des personnalités, des parcours de vie et professionnels différents... ayant en commun le désir de tenter d'exercer un métier dont ils sont le seul patron.

Les témoignages recueillis sont courts et mettent en lumière des parcours de vie variés, des aléas de vie, mais donnent une autre image du chauffeur tant décrié ces dernières années.





Les portraits sont accompagnés de clichés des différents chauffeurs. Le tout est présenté joliment et dans un livre de très belle facture : papier glacé, texte épuré.





Par contre, je reconnais être déçue au final. Les portraits présentés sont très narcissiques, centrés sur le chauffeur, ses aspirations... sa voiture par moment.... MAIS les anecdotes de conduite promises et attendues sont quasi inexistantes ou citées rapidement. J'aurai aimé des portraits plus vivants avec des anecdotes relatées... et pas des allusions à "j'ai pris telle star un jour dans ma voiture". Bref, j'aurai aimé plus d'insolite.





Pour conclure, de beaux portraits sympathiquement présentés dans un ouvrage de qualité.

J'en profite pour remercier les éditions Ateliers Henry Dougier pour cet envoi. 😉

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Le poète
  18 juin 2018
Le poète de Michael Connelly
Lu au moment de sa parution, et n'en ayant gardé qu'un souvenir agréable mais confus, je viens de relire Le poète, et l'évidence est là, têtue, il s'agit d'un roman de haut-vol, qui contrairement à moi n'a pas pris une ride. Certes les technologies de communication, téléphone et internet, ont évolué depuis 1996, mais cela n'altère en rien l'intérêt ou la qualité de cette formidable intrigue.





Jack McEvoy a une longue expérience des crimes les plus remarquables du Colorado puisqu'il est journaliste judiciaire au Rocky Mountains News et se voit comme un touriste du macabre. Lorsque Sean, son frère jumeau et policier, se suicide, Jack est abasourdi. L'enquête est rapidement bouclée puisque le blues du flic fait peur, que le suicide s'apparente à une maladie contagieuse pour les collègues bien vivants restés sur le terrain. Mais pour Jack quelque chose cloche, fait vibrer sa fibre familiale et professionnelle. Car Jack appartient à cette catégorie de journalistes incorruptibles, jusqu'au-boutistes, apparenté à ses confrères réels du Boston Globe qui ont risqué leur carrière et leur vie pour dénoncer des prêtres pédophiles et impunis (pléonasme) et dont l'enquête Spotlight a été pulitzérisée. Aux Etats-Unis, la presse est surnommée le quatrième pouvoir, ça fait rêver ! Jack est l'archétype du journaliste intègre, qui respecte le lien sacré noué avec ses informateurs et ne trahit jamais la parole donnée. Quand il découvre que d'autres flics ont été suicidés par un serial killer surnommé le Poète parce qu'il met entre les mains de ses victimes des vers d'Edgar Allan Poe, il veut surtout rendre justice à Sean, mais il tient également l'enquête de sa vie, celle sur laquelle il faut être le premier. De spectateur, Jack devient acteur, il négocie un arrangement d'exclusivité avec les G men du FBI contre son silence durant l'enquête, et nous le voyons travailler d'arrache-pied, se heurtant à de nombreux bureaux des déceptions ou se rendant à des rendez-vous, dignes des grandes heures de Gorge profonde.





Le poète est un roman qui avale le lecteur dès les premières pages, le tient en haleine jusqu'à la dernière. On se sent en sécurité, en confiance, on sait qu'il n'y aura pas de mauvaise surprise, d'incohérences, de chausse-trappes, de fausses pistes, d'épilogue irréaliste. Tout se tient, tout est verrouillé, bétonné, dans un style parfait. Bien sûr, Michael Connelly a été journaliste et a reçu le Pulitzer pour la couverture des émeutes de Los Angeles de 1992 après l'acquittement des policiers blancs qui ont tabassé Rodney King, afro-américain. Mais ce n'est pas suffisant pour expliquer l'excellence du Poète. Michael Connelly possède un supplément d'âme... du talent...

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Livre
  21 juin 2018
Livre de Thierry Bernard
Dans sa nouvelle "La bibliothèque de Babel", Jorge Luis Borges imaginait une bibliothèque gigantesque contenant tous les livres possibles, écrits ou à venir, mais pour la plupart illisibles car formés par la combinaison au hasard des lettres de l'alphabet. Cette nouvelle fameuse ne fait cependant que quelques pages et le lecteur en apprend finalement assez peu sur la bibliothèque et ses habitants. Aussi n'ai-je pas hésité lorsque j'ai découvert l'existence de cet ouvrage de Bernard Thierry, énigmatiquement intitulé Livre, qui entreprend d'élargir le thème de la bibliothèque univers à la dimension d'un roman. Ou plutôt si, j'ai hésité, le tableau allait-il être à la hauteur de l'esquisse ? Peut-on dépasser l'imagination de Borges, n'avait-t-il pas lui-même affirmé qu'une nouvelle suffit à développer une idée alors qu'un roman est toujours trop long ?

Entrer dans Livre, c'est éprouver un choc. le texte ne contient pas de majuscules, il est composé de paragraphes numérotés, d'inégale longueur, de quelques lignes à quelques pages. Les seuls vingt-six caractères utilisés nous font comprendre que ce livre sort tout droit de la bibliothèque qu'il dépeint. le lecteur est d'abord désorienté par le manque de liens apparents entre paragraphes, mais à mesure qu'avance la lecture une petite musique s'élève et devient reconnaissable : elle est polyphonique, ce sont plusieurs voix qui s'expriment, celles des différents groupes de gens qui écrivent sur les murs avec leur sang, celle de la bibliothèque elle-même, "froide, changeante, parfois inquiète, souvent prétentieuse", et aussi la voix du personnage central qui forme une arche narrative qui guide le lecteur à travers la bibliothèque. L'écriture ne cherche pas à imiter le style de Borges mais on y retrouve le même mélange de poésie et d'ironie qui en fait le charme.

Par petites touches, d'un paragraphe à l'autre, nous découvrons la logique et les folies des êtres qui résident dans ce monde de lettres, sédentaires, nomades, solitaires, confréries et mystiques de tout bord, avec le zéro qu'interdisent les hommes qui ne dorment jamais ou la légende du vieux peuple qui n'a plus voulu vivre. le narrateur lui-même est un "questeur". Il appartient à une école qui s'est donné pour mission de séparer la vérité de l'erreur, du mensonge et de tout le non-sens qui flotte dans la bibliothèque ; elle s'oppose en cela à d'autres communautés, celles des "copistes", dont le but est de rassembler tous les savoirs sans distinction. Je ne crois pas me tromper en disant que nous avons là une métaphore des deux cultures : la science et les humanités. La quête du narrateur va l'amener à quitter son école pour s'enfoncer très loin dans la bibliothèque à la recherche de réponses, un voyage initiatique qui entraîne le lecteur dans un labyrinthe de paradoxes que je ne peux comparer à rien d'équivalent. Sous des dehors abstraits, ce dont l'auteur nous parle c'est de notre angoisse moderne dans un environnement à l'information proliférante où se multiplient fake news et théories complotistes qui "cachent le faux dans le vrai et enfouissent le vrai dans le faux". Comment arriver à des certitudes raisonnables alors que "nous vivons dans un enfer de l'information où pour notre malheur la déformation de l'information est encore de l'information" ? Kafka à l'heure des technologies médiatiques et d'internet….

Pas d'amour, de sexe ou de haine dans ce texte, mais partout se ressent l'inquiétude de la condition humaine. Il ne s'agit pas d'un roman que l'on dévore, mais plutôt d'un conte philosophique ou d'un livre de réflexions sur le déchiffrement du monde qui emprunterait la forme du récit. Comme "Le livre de l'intranquillité" de Fernando Pessoa ou "Le prophète" de Khalil Gibran, il est à lire posément, quelques pages à la fois, cela a été déjà remarqué. Il fait partie de ces ouvrages qui modifient notre regard sur la réalité, "quand tu saisis l'un d'eux tu es toi-même, quand tu le reposes tu es un autre". Oeuvre habitée, inclassable et sans concession, d'un auteur français encore inconnu, on aura compris que Livre m'a subjugué. Je le recommande à tous ceux qui ne craindront pas de plonger la tête la première dans les couloirs du labyrinthe afin de tout savoir de ce que Borges ne nous a jamais dit sur l'infinie bibliothèque.
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