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Critiques les plus appréciées

Lettres à un jeune romancier
  30 novembre 2018
Lettres à un jeune romancier de Mario Vargas Llosa
Attention ! Ceci n'est pas une fiction, ni même, comme son titre pourrait le laisser accroire, un ouvrage comparable au fameux recueil de lettres de Rainer Maria Rilke. Toutefois, l'esprit en est un peu le même : là où Rilke donnait ses conceptions sur l'écriture poétique, Mario Vargas Llosa nous dévoile ses conceptions à propos de l'écriture romanesque.



Hormis la forme artificiellement épistolaire — pas indispensable d'ailleurs mais plaisante à lire — il s'agit bel et bien d'un essai sur l'art d'écrire un roman. L'auteur est parvenu à faire une synthèse admirable des principaux leviers sur lesquels le romancier peut jouer pour construire ses fictions.



Il n'y a peut-être pas de révélations indépassables mais une netteté, une clarté, une simplicité dans le propos qui rend l'explication limpide. En ce qui me concerne, j'ai trouvé l'ouvrage absolument remarquable.



L'auteur illustre au moyen de titres ou d'extraits d'oeuvres le point qu'il désire expliciter. J'ai particulièrement apprécié tout le passage sur le rôle du narrateur et sur le pouvoir de persuasion que la fiction doit être en mesure d'exercer sur le lecteur.



On y trouve également des éléments de compréhension fort intéressants sur la nature de la matière qu'exploite un auteur pour bâtir ses fictions, sur sa façon d'agir sur l'espace et le temps, ou encore sur les niveaux de réalité ainsi que toute une série de petites astuces qui doivent toutes concourir à augmenter le pouvoir de persuasion de la fiction.



En somme, selon moi, un très bon livre destiné à toutes celles et tous ceux qui désirent comprendre comment on écrit une oeuvre littéraire, indépendamment du scénario. Mais, bien entendu, ceci n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose
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La justicière et les filles perdues
  29 novembre 2018
La justicière et les filles perdues de Stewart Amy
⭐️Troisième opus de la saga mettant en scène Constance Koop, première femme shérif adjoint dans une Amérique en pleine métamorphose.⭐️





Quelques mois après avoir réussi à arrêter le baron von Matthesius (voir La femme à l'insigne) de manière assez mouvementé, Constance fait encore la une des journaux. Cette notoriété ne lui plait pas le moins du monde puisque de nombreuses demandes en mariage lui arrivent des quatre coins du pays. 😵 Le mariage est pourtant la dernière chose souhaitée puisque son métier d'adjointe du shérif la comble et l'occupe.

Il faut aussi dire qu'elle a de quoi faire avec l'arrivée d'Edna Heustis, accusée de débauche pour avoir désiré uniquement s'émanciper de sa famille en trouvant un travail et un logement ; de Minnie Davis, accusée d'avoir vécu avec un homme sans passer au préalable par la case mariage...; et Fleurette, sa petite soeur (et fille cachée) qui s'est sauvée avec une troupe d'artistes.😓





Comme toujours, ne vous attendez pas à un roman policier. D'ailleurs, je ne comprends pas que cette série soit présente dans les Grands Détectives de la collection 10/18. Ce troisième opus présente plus le côté sociétal de l'époque concernant le rôle des femmes dans une Amérique en plein bouleversement. Le côté policier est totalement absent puisqu'il n'y a pas d'enquête, pas de criminel à traquer. Le seul côté "policier" de ce roman tient en la présence de Constance Kopp, première shérif adjoint de l'époque.





Amy Stewart dans La justicière et les filles perdues nous décrit la condition des femmes de l'époque au travers notamment d'une loi fédérale votée quelques années plus tôt : le Mann Act ou White-Slave Traffic Act (traite d'esclaves blancs). Cette loi a été dévoyée et poussée à l'extrême puisque certains tribunaux l'ont utilisé afin d'arrêter des femmes et des hommes quittant un état sans l'accord de la famille. Les hommes étaient accusés de traite de blanche et les femmes enfermées dans des centres de redressement voire, interner dans des asiles jusqu'à la fin de leur vie. Dans ce roman, Amy Stewart nous brosse le portrait de deux situations : celle d'Edna Heustis, une jeune femme désirant son indépendance et fuir l'avenir attendu (mari, enfants, ménage, lessive) et, celle de Minnie Davis, partie avec un homme dans un autre état pour fuir également cette monotonie.





Le point fort de cette série concerne le contexte historique réel. Les personnages ont réellement existés même si l'histoire a été romancée afin de la rendre plus captivante ; les événements et les bouleversements sociétaux sont décrits de manière vivante et réaliste. On sent le travail de documentation important en amont de la part de l'auteur et son attachement avec cette Constance Kopp, incroyable pour son époque. Le tout est ensuite saupoudré d'un humour caustique et d'extraits de journaux de l'époque. D'ailleurs, la lecture de quelques unes des lettres demandant Constance en mariage, valent le coup d'oeil.





👉Pour résumer, ce troisième opus n'est certes pas une enquête policière au sens strict du thème. Oublier les criminels, les enquêtes à énigme et laisser votre esprit découvrir une autre époque, une autre manière de concevoir les choses. Votre côté féministe risque d'être titillé !😝

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Une question de justice
  08 décembre 2018
Une question de justice de Anne Perry
🏛Dix-neuvième tome de la saga Monk.🏛





Oliver Rathbone a enfin atteint l'apogée de sa carrière en devenant juge. Le succès est total dans sa vie avec une vie professionnelle réussie, des connaissances prestigieuses... enfin pas si totales que cela puisque sa femme, Margaret ne lui a pas pardonné la mort de son père.

Après un premier procès pour fraude magistralement orchestré, Oliver se voit confier le procès du Révérend Taft, accusé d'avoir détourné les fonds de sa congrégation et d'avoir extorqué des membres pauvres en leu soutirant le maximum d'argent. Rapidement, Oliver comprend que les accusations contre le révérend Taft sont avérées, mais que l'un des témoins de la défense, Drew Robertson s'échine à rabaisser les victimes afin de protéger le Révérend. Oliver est encore plus choqué quand il reconnait ce témoin comme l'un des pédophiles sur les photos héritées de son beau-père.

Oliver Rathbone est pris en tenaille entre son rôle de juge impartial et d'homme désirant la justice. Il décide par conséquent de transmettre la photo compromettante à l'avocat des victimes, ce qui oblige Drew Robertson à se rétracter.

Le lendemain la police arrête Oliver pour entrave à l'exercice de la justice. En effet, pendant la nuit, la famille Taft a été tuée. Il serait question d'un homicide suivi du suicide du révérend.





Une question justice n'est pas le plus palpitant tome de la saga. 🙄 L'aspect policier est quasi inexistant, voire légèrement abordé vers les derniers chapitres, mais de manière rapide. Ici, Anne Perry nous propose un tome basé sur des aspects plus psychologiques, plus philosophiques en mettant un avant un de ses personnages phare : Oliver Rathbone.

Ici, il est question de ce qu'il est permis de faire ou non au nom de la justice et le respect des lois.





L'intrigue dans son ensemble est quelque peu décousue et franchement assez grotesque. Nous avons Oliver Rathbone qui arrive au summum de sa carrière, et qui renonce à tout pour permettre à des victimes d'obtenir gain de cause. Le lendemain, il est arrêté pour entrave à la justice parce que "QUELQU'UN" aurait dénoncé monsieur comme ayant transmis une pièce. Bon, j'avais déjà ma petite idée de qui était ce "quelqu'un", bien avant que Scuff ne le découvre.

Cette intrigue basée essentiellement sur l'aspect judiciaire n'est pas du meilleur effet dans cette saga. Anne Perry désirait modifier le comportement un peu guindé de son personnage en lui faisant vivre une tragédie... c'est chose faite, mais c'est trop grossier. Ne parlons pas non plus de l'attirance amoureuse qu'éprouve notre personnage pour une Beata Yorke... Franchement, c'est tellement loin de l'univers que nous propose habituellement cette auteur avec des histoires sombres où sont dénoncés les conditions de vie et les comportements sociaux de cette époque.





Côté personnage, c'est un vrai plaisir de retrouver le petit univers de cette série. La relation entre Monk et Hester n'est pas mise au premier plan dans ce livre. Elle est au contraire étoffée par des sentiments plus larges comme la famille (Scuff), l'amitié, l'honneur et la confiance (Rathbone), le respect (Squeaky). Dans Une question de justice, l'amitié et la solidarité entre les personnages sont mises en avant.





Ce que j'apprécie énormément dans cette série concerne les aspects historiques en rapport avec cette époque. J'avoue avoir été quelque peu déçue de ne pas retrouver cet axe dans ce livre. Ici, il est question de justice, de procès, de loi... Bref, c'est centré sur les aspects judiciaires. Dommage, car cela rend l'ensemble lourd, rébarbatif en raison de la lenteur du récit et du manque d'action.😞





Pour résumer, Une question de justice base son intrigue sur Oliver Rathbone et annonce un tournant majeur en ce qui le concerne. Un roman plus philosophique, et moins policier dans son intrigue, mais qui permet aux personnages de faire preuve de leurs véritables sentiments les uns pour les autres.

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La Leçon
  02 décembre 2018
La Leçon de Eugène Ionesco
Nous avons toutes et tous des interprétations diverses de ce que nous lisons ou voyons au théâtre ou ailleurs. La critique, en soi, n'est que l'expression de cette diversité de perception qui est nôtre. Lorsque le texte est équivoque ou sujet à interprétation, comme ici, les critiques peuvent être extraordinairement différentes les unes des autres.



Je ne prétends donc nullement m'astreindre à une quelconque illusion d'objectivité. Non, je vais simplement vous livrer mon interprétation de ce texte, et ça vaudra ce que ça vaudra.



Tout d'abord, il me semble que cette pièce d'Eugène Ionesco est très fréquemment proposée en association avec La Cantatrice chauve, dont le titre original aurait dû être, « L'Anglais sans peine ». Dans cette pièce, l'absurde me paraissait provenir des incongruités émanant du fait de s'entraîner à vide à débiter des phrases dans une langue étrangère.



Il y était donc déjà question d'apprentissage et l'auteur s'ingéniait à révéler tout l'absurde qu'il pouvait y avoir à apprendre des phrases stéréotypées sortie de tout contexte de communication.



Ici, nous avons affaire à une jeune étudiante qui vient, elle aussi, prendre des cours particuliers auprès d'un professeur apparemment renommé.



Le comique, l'ironie, la tragédie de notre époque sont peut-être déjà contenus rien que dans cette situation. Si j'observe autour de moi, je vois des tas de jeunes personnes, pleines de vie, pleines d'énergie, pleines d'allant, qui voudraient simplement FAIRE et auxquelles on demande de PROUVER tout un tas de choses avant même d'avoir essayé.



« Vous voulez travailler chez nous ? — Oui. — Avez-vous de l'expérience ? — Bah non, je débute. — Revenez quand vous aurez de l'expérience. »



« Vous voulez vivre comme tout le monde ? — Oui. — Avez-vous un certificat de naissance ? — Non, mais je peux vous assurer que je suis bien né un jour. — C'est possible mais ça ne suffit pas, il faut un certificat. »



« Vous voulez devenir athlète de haut niveau ? — Oui. — Quelle discipline ? — Le 100 m. — Avez-vous un diplôme ? — Non. — Désolée ! ça ne va pas être possible. »



« Bravo ! Vous venez de réussir avec brio le concours d'entrée en médecine. — Merci. — Vous savez tous et toutes, vous qui allez être amenés à exercer la médecine, que les principales qualités attendues chez un praticien sont l'écoute, l'humanité, l'empathie… Au fait, comment avez-vous été recrutés ? — Par QCM. »



Alors bien évidemment, je grossis peut-être un peu le trait mais, quand on y regarde de près, peut-être pas tant que ça : la vie moderne est absurde et Ionesco n'a presque pas besoin de la travestir pour la rendre telle.



Voici donc une étudiante, allégorie de la jeunesse, avec des carences culturelles et logiques inimaginables, qui souhaite obtenir en un mois un doctorat total. En face d'elle, nous avons un professeur, qui représente peut-être le système ou les institutions, incompétent et lubrique, avec lequel elle n'a aucune chance d'apprendre quoi que ce soit. Enfin, nous avons une servante, qui symbolise vaguement la société, et dont la morale ne s'insurge que très faiblement devant les agissements déviants du professeur…



L'interprétation de tout ceci ? L'école et les diplômes sont peut-être un gigantesque miroir aux alouettes pour la jeunesse car les échelons se gravissent selon d'autres procédés.



Le rapport de force entre les fringantes illusions de la jeunesse et les respectables institutions n'est jamais ce qu'il paraît être au départ. L'une brisera l'autre invariablement et la société qui est témoin de cela s'en fiche éperdument.



Bien entendu, cela n'est que mon interprétation et il peut y en avoir des millions d'autres, plus à votre convenance, plus à votre sensibilité, plus à votre goût et qu'il vous appartient de vous forger par vous-même.



Pour le reste, un ressenti moyen en ce qui me concerne, avec des passages vraiment drôles et jubilatoires, mais avec d'autres plus quelconques voire assez tirés par les cheveux et qui ne recueillent pas trop mon adhésion. Mais bien entendu, aujourd'hui comme toujours, ceci n'est que mon avis et la seule leçon à en tirer, c'est qu'il ne signifie pas grand-chose.
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Bons baisers du vampire, Tome 1
  01 décembre 2018
Bons baisers du vampire, Tome 1 de Kerrelyn Sparks
🧛‍♂️Premier tome de la saga Vampires.🧛‍♂️





Roman, vampire et chef de bande de plus de 500 ans est blasé par sa mort. Son seul objectif dans la vie consiste à permettre une cohabitation entre les vampires et les mortels en mettant au point du sang synthétique. Ses techniciens lui font tester le dernier produit de la société Romatech : une poupée synthétique au corps truffé de tube qu'il suffit de remplir de sang. Roman, très consciencieusement, décide de tester le produit et là... c'est le drame !!! La poupée en plastique a eu raison d'une de ses canines !

Décidé à ne pas être la risée des siens pour les 500 autres prochaines années, Roman a besoin d'un dentiste. Mais le monde vampirique n'en possède pas. Heureusement, les mortels en comptent plusieurs, et même des cabinets ouverts 24h sur 24...

Son rendez-vous pour une réimplantation ne va pas se passer comme prévu ...⚰️





Tout d'abord, soyons honnêtes. 😃 Ce livre ne fait pas partie de ce que nous pourrions qualifier de grande littérature ; mais, j'avoue avoir passé un agréable moment à lire cette romance guimauve mettant en scène un vampire et une mortelle. Entre le vampire qui se casse une canine, une dentiste phobique du sang et poursuivie par une bande de tueur, des Highlanders en kilt, des situations invraisemblables, des personnages atypiques ... bref, je me suis détendue avec cette histoire. 😃





Que dire de Bons baisers du vampire ? 😚L'histoire relatée est une version de Twilight à la sauce harlequin. Nous avons un vampire blasé et persuadé d'être un démon qui rencontre une mortelle en détresse et en tombe amoureux. Le scénario est assez évident, mais étonnamment, c'est amusant à lire. Les scènes vécues sont coquaces par moment ; les personnages attachants avec une multitude de personnages secondaires qui seront les héros des prochains tomes.



Côté récit, il y a de quoi faire. Entre la guerre froide entre les gentils vampires (Américains) et les méchants (Russes), l'ajout d'une organisation d'état désirant la mort des vampires ; du sang synthétique, des vampires avec des problèmes de poids (si si... je vous jure ! Mais quelle idée aussi de boire du chocosang ! 🍫) ; Kerrelyn Sparks nous propose un agréable moment de détente dans un univers aux multiples métaphores. Le tout est enrobé de guimauve, de bons sentiments comme dans les romans d'amour... et soyons honnête, par moment ce genre de livre sans grand intérêt littéraire valent le coup d'y plonger le nez afin de passer un moment agréable et sans trop d'agitation cognitive.😛



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Belle du Seigneur
  09 décembre 2018
Belle du Seigneur de Albert Cohen
Une « énorme histoire », tout en finesse et démesure, tout en cynisme et drôlerie, tout en répulsion et passion destructrice. Une « énorme histoire » au lyrisme échevelé, aux chuchotis ravageurs, aux vérités qui font mal.

Un livre qui vous fait atteindre des sommets, qui vous prend aux tripes, au coeur, et ailleurs ; un livre qui vous fait monter les larmes aux yeux, éclater de rire, bondir de joie ; un livre qui va vous montrer avec un entêtement moqueur les recoins sombres de nos sentiments et les dessous des cartes ; un livre qui vous fera bredouiller d'émotion tant l'écriture y est étourdissante, féérique, magique.

Il y a tant et tant de choses à dire sur ce livre kaléidoscope aux mille couleurs chatoyantes, aux sombres fulgurances…

Comme j'ai aimé Ariane et Solal ! Ariane, la « vive, la tournoyante, l'ensoleillée, jolie comme un coquelicot au vent de l'été ». Ariane dans sa robe blanche, un peu déesse, un peu fillette avec ses « moues de tendresse ». Et puis Solal avec son « visage impassible couronné de ténèbres désordonnées », ce « youpin né en Grèce et naturalisé français », ce Don Juan cruel qui joue avec le coeur et les sentiments des femmes.

Solal voulut conquérir sa Belle avec d'autres moyens que l'habituelle gestuelle du mâle dominateur, sans son « brio de gorille au Ritz, sa parade de coq de bruyère, sa animale danse nuptiale ». L'échec fut total ! Là est peut-être le péché originel car, dès lors, leur passion deviendra ordinaire, échevelée peut-être, flamboyante surement, mais ordinaire. Elle s'usera avec le temps, malgré les artifices, malgré leurs tentatives désespérées et vaines, parfois sublimes, parfois pathétiques, pour sauver leur merveille du naufrage.

Arianne et Solal évoluent dans ce monde de l'entre-deux-guerres qui lui aussi gambade gaiement et avec insouciance vers le désastre. Grand ponte à la Société des Nations, Solal le voit d'ailleurs venir. Quel machin, comme dirait De Gaulle, que cette SDN ! Un repaire d'incapables, d'ambitieux à la petite semaine, de poltrons, et de profiteurs, plus intéressés par leur petite carrière que par la recherche de la concorde entre les peuples. Quelle drôle d'idée eut Solal de cesser soudainement de s'ébattre avec cette bande d'inaptes ? de jouer les princes vertueux ? Il se prendra leur antisémitisme en pleine figure. Un antisémitisme bien comme il faut, poli, de salon, raisonnable. En attendant l'autre qui pointe le bout de son nez.

Que d'images ! Que de rires, que de révoltes, que de tristesse !

Le petit Deume et ses Deumeries, le mari d'Ariane, pathétique flemmard à l'ambition démesurée, cocu errant. Et les cinq valeureux, iconoclastes, bouffons, drôles, menteurs, avides, mais toujours fidèles au prince Solal. Mariette et ses monologues ravageurs si plein de bons sens. Les chuchotis et les délires d'Ariane. Les longs silences lucides de Solal. Les faux dévots bêtes et méchants. Les craquelins de l'infâme Antoinette Deume.

Quelle aventure, mes amis ! Ce fut un long, grand et sublime voyage. Une lecture marathon grandiose et inoubliable.

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La femme coquelicot
  06 décembre 2018
La femme coquelicot de Chatelet Noelle
En voilà une bien jolie histoire traitant de l’amour passé un certain âge. Je prends ici ma revanche sur le clafoutis, lecture qui m’avait laissée indifférente. Ici, c’est juste beau, propre, élancé, c’est de la vie qu’on ajoute à ses années et non l’inverse.



Marthe a soixante-dix ans ou septante pour nous les belges, elle est installée dans sa routine, entourée de la protection de ses enfants. Survient alors le plus beau jour de sa vie lorsqu’elle rencontre Félix au café du coin. Les deux âmes se font de l’œil et s’enivrent de toute la beauté qui peut naître dans un regard, puis dans la douceur d’une main.

L’amour n’a vraiment pas d’âge et quand il est décrit avec autant de sensibilité, il en devient joyau éternel. Ce petit roman est une caresse sur la peau, un pied de nez à la jeunesse et un bel hommage à ces petits vieux qui se bécotent sur les bancs publics... bancs publics... 🎶

Quand l’amour est exposé avec une telle brillance, la lumière éclate dans l’âme de la lectrice que je suis.

C’est beau l’amour et j’en reste pantoise.

Même s’il naît au crépuscule d’une vie, même s’il n'est pas d’emblée compris des siens, la peau est née pour caresser, l’âme pour briller, le cœur pour exalter. Et de tout temps, seul l’amour aura ce talent de faire danser corps, âme et cœur dans un même tandem.
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Histoires de Vampires, tome 3 : Emma Contre..
  06 décembre 2018
Histoires de Vampires, tome 3 : Emma Contre les Vampires de Kerrelyn Sparks
🗡Troisième tome de la saga Vampires.🗡





Quelques mois après les événements du tome 1 et 2, l'équipe de Surveillance continue à traquer les vampires, même si Austin (voir Vampires à New York) ne fait plus partie de l'équipe. Emma, sa collègue est bien décidée à continuer son travail de chasseuse en se rendant au Park afin de tuer les suceurs de sang. Cet état de fait crée une tension entre le le clan de Roman Draganesti (les gentils vampires) et les Mécontents (méchants vampires) pouvant entraîner une guerre.

Angus MacKay, ami de Roman se porte volontaire pour faire cesser les activités d'Emma, et la persuader qu'ils existent de gentils vampires...





Comme les précédents tomes, l'auteur s'inspire soit de film soit de série pour nommer ses livres. Ici, un gros clin d'oeil à la série Buffy contre les vampires. Par contre, côté contenu, c'est de la romance érotico vampirique. Ne vous attendez pas à lire du Twilight ou à plonger dans le monde de Dracula. Au contraire, ici nous sommes dans la simplicité pure. L'auteur nous propose de suivre la relation entre un vampire et une mortelle, leur attirance physique au sein d'un scénario en lien avec les précédents tomes.

Les difficultés de scénarios ou les invraisemblances sont ignorées. Ainsi, dès que l'histoire arrive sur un os, Kerrelyn Sparks sort sa baguette magique (euh non 🙄 ... son vampire intelligent) en la personne de Roman, grand scientifique, qui trouve LA SOLUTION. Depuis trois tomes, nous avons eu le sang artificiel, les variétés de repas, la possibilité pour un vampire de redevenir un humain... Ne parlons pas de la téléportation digne de Star Trek, du contrôle de la pensée, du sexe vampire...





Sérieusement, comme dit lors d'une précédente critique (voir tome 1), cette série ne fait pas partie de ce que nous pourrions qualifier de grande littérature. Par contre, cela permet de passer un bon moment de lecture sans avoir à mettre en action trop de neurones. Le scénario est simple, les dialogues sympathiquement drôles par moment et, les personnages croisés au fil des tomes permettent de s'attacher à ce petit univers. Dommage que les romans s'articulent tous sur la même structure : un vampire, un mortel, une histoire d'amour impossible, du sexe et.. un happy-end. 🙄

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Gardiens des Cités perdues, tome 1
  03 décembre 2018
Gardiens des Cités perdues, tome 1 de Shannon Messenger
Pour me réconcilier avec la littérature jeunesse.





Premier tome d’une série de 7 (pour l’instant, depuis 2012 en VO, un par an) et deux nouvelles.





Sophie 12 ans est spéciale. Seule, sans amis, télépathe, mémoire photographique, surdouée et perdue dans le monde tristement humain. Blonde mais aux yeux marrons. Mais c’est normal qu’elle ne se trouve pas à sa place. C’est une elfe. Cachée parmi les humains, on la ramène dans le monde des elfes, et même là, elle est spéciale et promise à de nombreuses aventures, avec ses nouveaux amis dans son école spéciale pendant qu’un complot international se joue, mettant en jeu l’avenir de l’humanité et celui des elfes.





Le schéma désormais classique de l’humain.e ordinaire mais talentueux.se qui se retrouve plongé.e dans un univers fantastique dont il.elle est le héros (et il va quand même en classe).

En dehors de ma première tentative d’écriture inclusive, on notera que c’est à nouveau une fille le personnage principal. Lectorat cible, nos chères têtes blondes (brunes rousses…) ne rêvent plus d’être des princesses mères au foyer avec beaucoup d’enfants. Et c’est tant mieux.

Un peu de romance adaptée (12-13 ans), les beaux garçons restent un sujet de conversations chez nos gentilles demoiselles. Un livre bien plus ancré dans la réalité contemporaine qui se rapproche plus d’un Tara Duncan que d’un Harry Potter.





Au titre des reproches, on pourra regretter les efforts un peu superficiels pour rendre son monde parfait, végétarien (mais les légumes ont un goût de cheeseburger), « tout le monde est égaux » (mais certains sont plus égaux que d’autre), tout le monde est riche (mais il y a quand même des nobles et des ouvriers, limite lutte des classes sociales). Tout le monde est immortel (pas de surpopulation ? ) Tout le monde il est gentil et il n’y a pas de criminalité (mais il y a quand même les bons gros connards de service (au conseil des elfes de surcroît)).





J’ai adoré ce premier tome qui me réconcilie avec la littérature jeunesse. Un engouement que je n’avais pas retrouvé depuis les livres de Rowling et Audoin-Mamikonian. Une écriture moderne, fraîche, entraînante et des aventures palpitantes, pleines de surprises sur des sujets variés regroupant un peu tous les mythes et légendes (elfes gnomes et licornes, mais pas les urbaines, j’ai pas encore vu de vampires ou de loups garous)





A conseiller absolument à vos enfants, petits ou grands et à vous aussi, nostalgiques d’une certaine époque plus insouciante pour nous replonger en enfance avec Sophie Foster.
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Nagori, la nostalgie de la saison qui s'en va
  05 décembre 2018
Nagori, la nostalgie de la saison qui s'en va de Ryoko Sekiguchi
“La sensibilité naît des mots : on ne saurait sentir ce qui n'a pas de nom”.

Nagori, est le mot qui désigne en japonais les aliments de l'arrière-saison. L'idée de départ d'une réflexion sur ce mot, vient à l'écrivaine un soir alors qu'attablée au comptoir d'un bistrot, le chef lui sert un plat de légumes qui semble n'être déjà plus de saison. Intriguée, elle lui pose la question, à quoi il répond: “Mademoiselle, je suis beaucoup plus âgé que vous, et je ne sais pas si je pourrai encore goûter ce légume l'année prochaine”.

Le japonais possède trois termes différents pour désigner l'état de saisonnalité d'un aliment, « hashiri » pour primeur, « sakari », pleine saison, et « nagori » de l'arrière saison. Trois mots qui désignent trois différentes temporalités, avec leurs lignes bien

distinctes, mais qui ne sont pas sans se rencontrer et se mêler les uns aux autres.

Partant de la nourriture, l'auteur élargit sa réflexion sur l'impermanence de

l'existence, “la présence, l'atmosphère d'une chose passée, d'une chose qui n'est plus...”. Une réflexion aussi très intéressante sur une troisième temporalité, qui dépasse la confrontation des deux temporalités cyclique et linéaire, celle des saisons et la notre. Une temporalité d'une longueur insupportable , infiniment plus longue que la vie des êtres humains, et qui rend caduque les deux temporalités qui nous sont connues, celle des dégâts causés par l'humain, notamment à travers les explosions des centrales nucléaires, Sekigushi se référant ici à Fukushima ; “On ne pourra plus cueillir les herbes printanières pour les déguster, les fruits ne seront plus comestibles, et les oiseaux qui s'en nourrissent seront contaminés.”

Foisonnant d'anecdotes, de références littéraires et de riches réflexions sur notre rapport à la temporalité, l'écrivaine nous offre un petit livre insolite et délicat qu'on déguste comme une gourmandise japonaise.





“Sur le chemin du retour sitôt

Dans le brouillard de printemps

Ma pensée va au nagori, à la séparation”

(Sukedata Kadenokôji)



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Un album de silence
  05 décembre 2018
Un album de silence de Françoise Lefèvre
Dans l’album de silence de Françoise Lefèvre, il y a des images d’émerveillement, ces images que l’on pose sur l’absence et le silence.

Telle une petite fée à la recherche de la joie, elle regarde les flocons de neige tomber, un tableau féerique qui la submerge d’émotions.

Quand les enfants s’en vont reste le silence mais aussi une aura qui peuple une maison aux nombreux souvenirs.

Loin de sa fille, Françoise écrit. Les mots la portent et la guérissent.

Elle écrit, elle contemple, elle pense, sourit et se souvient...



C’est un tout petit roman avec du beau, de la poésie et de l’enchantement. Une contemplation vers les images heureuses du passé.



J’ai découvert Françoise Lefèvre dans le très beau roman qu’est La grosse et je retrouve ici cette même ferveur à aligner des mots dans sa plus juste et émouvante direction.

Une auteure sensible qui me laisse une fois encore sous le charme de toute sa douceur.

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La Daronne
  02 décembre 2018
La Daronne de Cayre Hannelore
En classe de cinquieme le prof de sciences naturelles nous parlait des effets du vent. Il allait et venait entre les bancs, faisant lui-meme beaucoup de vent, sans s'apercevoir de l'Agatha Christie ouvert sur mes genoux. En classe de premiere, mon prof de philo, un moine bienveillant en sandales, s'ingeniait a ne pas deranger ma lecture d'un Simenon. J'ai donc de toujours prefere la philo aux sciences. Mais depuis, les americains ont debarque et ont democratise mes gouts. Ce n'est pas que j'aime tout, loin de la. Je n'aime pas les torrents de sang, je supporte mal le gore, je goute l'exploration sociale, j'apprecie l'humour.



La daronne est ma tasse de the. Une paumee sympathique, qui s'avere pas si paumee que ca, et qui reussit son coup, au nez et a l'oeil de voyous et de policiers, qui ne tue personne mais berne tout le monde, ca a de quoi me mettre en joie. Apres une lecture pareille je garde le sourire pendant des jours, je deviens plus attentionne envers mes proches et mes voisins, c'est le moment ideal pour rediger ma declaration d'impots.



Alors pour que la morosite ambiante ne vous fasse hospitaliser, un remede: La daronne (ou La reine des pommes de Chester Himes, ou Adios muchachos de Daniel Chavarria. Mme Hannelore Cayre fait partie de la bonne societe).
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Nous rêvions juste de liberté
  30 novembre 2018
Nous rêvions juste de liberté de Henri Loevenbruck
Ils rêvaient juste de liberté et au bout du compte, l’ont-ils trouvé cette foutue liberté? Cette bande d’amis, accrochés tantôt à leur mob tantôt aux barreaux d’une prison... Existe-t-il une frontière à la liberté ? Être libre quand on est jeune, c’est tellement tout et rien à la fois. Alors oui, pour beaucoup, l’adolescence est une des plus belles périodes de la vie, la période où tout est permis, où les limites sont tangibles et transparentes. La bande à Hugo, Oscar, Alex, Freddy, et les autres, ce qu’ils aiment, c’est battre le vent, cogner avant d’en recevoir une, partager l’amour, partager les emmerdes et les plaisirs sauvages. Leur bande c’est des valeurs aussi, loyauté, honneur, respect. C’est une bonne dose d’amitié en pleine figure, ils rêvent d’une amitié infaillible, ils sont comme des frères, comme les mousquetaires, ils sont insouciants, naïfs, ils rêvent et c’est peut-être là-bas qu’elle se terre, la liberté.

Naître et grandir dans les baffonds d’une famille, d’une ville sans éclat, vouloir en sortir, embrasser l’amitié comme seule issue possible, corps et âme et se dire qu’elle est là, la liberté.



Roman entièrement immersif dans cet univers de jeunes dépossédés, tout y est pour nous faire plonger avec cette bande de jeunes, le langage, la violence, la drogue, les rêves éhontés de jeunes en cavale obsédés par cette liberté qui n’a pas de prix. Une liberté qui pousse des idées de bonheur, de meilleur, mais quand on est jeune, on ne mesure pas vraiment la cachette de la liberté et du bonheur. Ce ne sont que des rêves éparpillés qui crèvent dans le ventre du malheur, des rêves six pieds sous terre sous la croûte noire de jeunes en sang.
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Histoires de Vampires, tome 2 : Vampires à Ne..
  03 décembre 2018
Histoires de Vampires, tome 2 : Vampires à New-York de Kerrelyn Sparks
📺Second tome de la saga Vampire.📺





Darcy est une jeune vampire. Elle n'a en effet été transformée que quatre ans plus tôt. Par contre, ce changement de statut lui pèse. Tout lui manque : le soleil, la lumière, la chaleur, le chocolat, manger, sa carrière et par-dessus tout, sa famille. Elle décide cependant d'aller de l'avant et de postuler comme réalisatrice auprès de la RTNV, la seule chaîne de télévision pour vampire. Darcy est engagée afin de mettre en place une téléréalité : L'homme le plus séduisant sur Terre. Afin de corser un peu les choses, elle décide de mettre des mortels comme candidat. L'un d'eux, Adam ne lui est pas indifférent et lui fait encore plus regretter tout ce qu'elle a perdu...





Ce second volet reprend la même partition que le premier tome, Bons baisers du vampire, mais de manière inversée. Ici, nous avons une vampire femelle qui succombe au charme d'un humain mortel. La scénarisation est strictement identique au premier volet avec une histoire qui s'achève de manière heureuse.

Heureusement, ce genre de livre n'a pour but que de distraire le lecteur. C'est ici le cas même si la thématique téléréalité n'est pas quelque chose que j'affectionne. Cependant Kerrelyn Sparks nous offre ici un parallèle ironique des habitudes télévisuelles d'aujourd'hui avec une émission à la Bachelor, un titre idiot et un objectif encore plus idiot.





Côté récit, franchement rien de fameux. Nous avons ici une histoire d'amour attendue, qui laisse présager du happy-end à venir avec, quelques scènes de sexe explicite afin de faire plus vendeur... Bref, c'est distrayant, mais n'attendez pas d'apprendre des choses extraordinaires. Kerrelyn Sparks semble même prendre plaisir à nous proposer des solutions aux invraisemblances rencontrées dans son livre. Ainsi, un vampire et une humaine peuvent avoir un bébé ou un vampire peut redevenir humain.... Ne parlons pas des recettes de sang, puisque qu'après le chocosang (pour les gourmands), le Sang Léger (pour les vampires au régime), le sang pétillant (pour les festifs).... nous avons le Swhisky qui enivre les vampires...





Le seul point positif concerne le fil rouge entre les livres permettant de suivre le devenir des personnages et de s'y attacher.😉





Pour conclure, un roman sans grand intérêt si ce n'est de se détendre sans avoir à trop cogiter. C'est du Harlequin version vampire et cela ne vole pas plus haut. 😪

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Lambeaux
  02 décembre 2018
Lambeaux de Juliet C
Magnifique et brillant hommage que rend ici Charles Juliet à ses deux mères.

« l’esseulée et la vaillante

l’étouffée et la valeureuse

la jetée-dans-la-fosse et la toute-

donnée. »

Sa mère biologique, femme esseulée, étouffée dans un profond désespoir existentiel s’est donnée la mort à l’asile psychiatrique, durant la seconde guerre mondiale. Charles Juliet s’attelle à un sensible portrait de femme. Une femme qui a tout donné à sa famille, s’est sacrifiée tout entière, errant dans un puits sans fond, elle qui était si douée pour l’école, sa famille de fermiers modestes ne juge pas l’intérêt de scolariser leurs enfants. Elle en gardera une profonde frustration. Tout autant que l’amour qui ne se dit et ne se montre pas d’où elle vient. Femme mélancolique, fantôme de la mort, elle ne parviendra jamais à s’extirper du malheur pour rejoindre la vie.

Quand cette première s’éteint, le père confie Charles à une autre femme qui deviendra pour Charles un « chef d’œuvre d'humanité ».

Cette femme adoptante deviendra sa mère, lui qui sera comme né sous x. Elle l’élèvera comme son propre fils lui prodiguant sécurité, amour et éducation.

Charles devenu grand homme reconnaîtra combien cette deuxième mère lui aura sauvé sa vie.

Il écrit Lambeaux avec l’idée de tirer ces deux mères de la tombe, de leur donner la parole de ce qu’elles ont toujours tu. Il mesure la chance que cette deuxième mère lui a offerte, face à ces éclopés de l’absence.



« Lorsqu’elles se lèvent en toi, que tu leur parles, tu vois s’avancer à leur suite la cohorte des bâillonnés, des mutiques, des exilés des mots

ceux et celles qui ne se sont jamais remis de leur enfance

ceux et celles qui s’acharnent à se punir de n’avoir jamais été aimés

ceux et celles qui crèvent de se maipriser et se haïr

ceux et celles qui n’ont jamais pu parler parce qu’ils n’ont jamais été écoutés

ceux et celles qui ont été gravement humiliés et portent au flanc une plaie ouverte

ceux et celles qui étouffent de ces mots rentrés pourrissant dans leur gorge

ceux et celles qui n’ont jamais pu surmonter une fondamentale détresse »



Charles Juliet gagnera la vie dans les entrailles de son enfance heureuse. Nouant une farouche admiration pour les sympathiques professeurs, il rencontrera un professeur de français qu’il juge bon à admirer, faisant de lui un élève assidu au cours de français. La littérature et l’art seront ses béquilles, ses yeux, son énergie.



Lambeaux est un récit poignant, écrit d’une main de maître, par un homme qui a compris qu’il existait une frontière entre l’ombre et la lumière. Un homme qui a rencontré la résilience pour renaître du vide. Magistral et beau tout simplement.
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L'enfant khmère ou l'instinct de survie
  01 décembre 2018
L'enfant khmère ou l'instinct de survie de Sheehy-G
Résumé éditeur :

Lorsque Gail Sheehy, en reportage dans les camps de réfugiés de Thailande, découvre le regard de Mohm, la journaliste américaine adopte aussitôt l'orpheline cambodgienne. A douze ans, Mohm arrive aux États-Unis et plonge dans un monde dont elle ne parle pas la langue.



Le Cambodge a connu sous Pol Pot la période la plus effroyable de son histoire. Mohm à six ans lorsque le dictateur s'empare du pouvoir. Dès les premiers jours du nouveau régime, la terreur s'installe. Les grands-parents de l'enfant, ses parents, son frère, sa soeur disparaissent l'un après l'autre. De camps de travail en errances dans les forêts, elle apprend à se cacher, à se défendre, à se nourrir seule. Ainsi elle acquiert-elle l'âme d'une survivante.

L'enfant khmère est un document brut, bouleversant, et une réflexion sur la personnalité exceptionnelle de Mohm. Comment une fillette a-t-elle pu surmonter tant d'épreuves? Quelle force intérieure la poussait ? Quelles leçons l'Occident peut-il tirer de son expérience? Et d'où viennent ce charme et cette grâce que la cruauté et la démence des hommes n'ont su abattre ?

Gail Sheehy a collaboré au New York Times, au Washington Post à Vanity Fair, à Rolling Stone etc..

Elle est l'auteur de plusieurs livres qui ont connu le succès, parmi lesquels, aux éditions Belfond, Passage (1977) et Franchir les obstacles de la vie (1982)

L'enfant khmère a été traduit en français aux éditions Belfond en 1989, date à laquelle j'ai lu ce livre, le 14 août.
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L'odyssée de Noël
  10 décembre 2018
L'odyssée de Noël de Anne Perry
🎄Petite enquête hors-série de la saga William Monk.🎄





Henry Rathbone est sollicité par un ami afin de retrouver son fils, Lucien Wentworth qui a basculé dans les plaisirs les plus crus des bas-fonds. Ne connaissant cet univers où pauvreté, sexe, drogue sont légion, Henry sollicite l'aide de Squeaky Robinson, l'ancien proxénète devenu comptable dans la clinique d'Hester.

Nos deux amis, accompagné de Cork (le docteur des bas quartiers) et de Bessie (une jeune fille) se mettent à la recherche de Lucien. Rapidement, ils découvrent que ce jeune homme s'est épris d'une prostituée sublime, Sadie dont le proxénète n'est autre que l'homme le plus craint dans le milieu...





Les hors-séries de Noël proposé par Anne Perry sont souvent décevants. La qualité de l'intrigue, le contenu sont souvent vite abordés que le lecteur achève le livre. Ici, pour un conte de Noël, j'avoue avoir été estomaqué par la thématique abordée. Il est question dans L'Odyssée de Noël des horreurs d'un quartier. Entre fumeur d'opium, orgie sexuelle, prostitution, exhibition en tout genre, on peut se demander où se trouve l'esprit de Noël ??? 😳 De plus, Anne Perry nous relate le tout de manière expéditive qu'on se retrouve frustrée quant aux raisons de la présence de ces quartiers, des raisons poussant des hommes de bonne famille à s'y complaire, de leur organisation ... et j'en passe.





Le récit de ce petit hors-série est sans surprise. 😖Nos personnages plongent dans l'horreur la plus notoire et retrouvent Lucien. L'intrigue s'inspire d'ailleurs beaucoup de la parabole du Fils prodigue dans la Bible. Il est question comme dans cette parabole d'un fils ayant dilapidé sa fortune, se retrouve sous le pouvoir d'un homme (Sadwell dans ce cas) et qui retourne à la fin chez son père. Le ton est le même que dans la parabole, sauf que l'univers dans lequel baigne le fils est plus glauque.





Le seul point positif de l'Odyssée de Noël est de permettre de découvrir plus intimement les personnages secondaires. Anne Perry nous offre une découverte de la personnalité de Squeaky Robinson, de son passé qui permet de découvrir l'homme qu'il a été avant de croiser Hester et les changements opérés. Un personnage qui extérieurement paraît dur, mais qui au fond est très sensible.

Anne Perry développe également un peu plus le personnage de Cork, le docteur croisé de temps à autre dans la série. Nous découvrons dans cet ouvrage les raisons l'ayant poussé à entreprendre des études de médecine et celles concernant l'abandon de ses dernières.





Au final, pour les lecteurs occasionnels d'Anne Perry, ce roman risque de vous décevoir. L'intrigue est sans surprise du début à la fin, les allusions incompréhensibles si vous ne connaissez pas l'univers de Monk. Le seul point positif de ce petit roman est de mettre en avant des personnages secondaires de l'oeuvre d'Anne Perry et de nous les faire découvrir de manière inédite.🎁

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Le malheur du bas
  03 décembre 2018
Le malheur du bas de Inès Bayard
Roman choc où le noir dégouline comme de la boue nauséabonde. Tout est noir dans le malheur du bas.

Overdose. Asphyxie.



Marie et Laurent, jeune couple à la situation irréprochable rêvent de fonder une famille. C'est dans ce rêve bleu qu'arrive l'impensable, Marie est violée par son directeur.

Elle choisit le silence et d'en payer le prix.

Obsédée par ce drame, elle plonge dans une souffrance insoutenable. le silence dans lequel Marie se terre amplifie ses frustrations et son mal-être. Personne ne devine, n'imagine, ne comprend. Nausées et douleurs physiques s'ajoutent à son désespoir psychique. Laurent devine, elle est enceinte. Marie s'empresse de faire le rapprochement entre le violeur et sa grossesse, cet enfant est une ignominie.

Elle souhaite sa mort, ne l'aime et ne l'aimera jamais.



Ce roman glauque m'a tantôt subjuguée et tantôt agacée. le silence de l'héroïne est incompréhensible. Ses certitudes sont dérangeantes. Son côté hermétique à toute issue déplaisante. Elle reste figée dans l'horreur, le vomi, le degueulasse. Chaque ligne est un marécage à peine supportable dans l'horreur d'une femme mutilée, brisée, pendue, cadavérique.

Elle est déchiquetée de toute part et Inès Bayard décrit parfaitement cette immersion asphyxiante.



A éviter en cas de déprime, la nausée est proche...
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Roissy
  30 novembre 2018
Roissy de Tiffany Tavernier
Où aller...partir...fuir ?

Dans les zones d’ombre,

Dans la mémoire distillée,

Dans la foule en émulation,

Dans les couloirs aux mille destinations,

Dans quel avion embarquer

Si le vide et l’inconnu conjurent le même rendez vous.



Anna ou la femme sans nom ne sait plus. Qui elle est et ce qu’elle fait là. En transit nuit et jour dans l’aéroport de Roissy Charles de Gaules. Elle attend. Elle observe. Ces voyageurs qui partent rejoindre leur destinée ou reviennent des souvenirs pleins les poches. C’est que elle, rien ni personne ne l’attend. Sa mémoire s’est diluée lorsqu’elle s’est réveillée transparente dans l’aéroport.



Si d’autres savent ce qu’ils cherchent et où se cache le soleil, elle, elle guette les images de sa vie qui lui reviennent au détour d’un mauvais rêve, d’un panneau d’embarcation, des rencontres fortuites.

Si les avions planent dans le ciel, elle, la mystérieuse femme de Roissy, elle plane dans le vide.

Si les avions s’écrasent sur le sol dans un bruit étourdissant, elle, elle s’écrase dans la poussière de sa mémoire.



Autant de vols pour autant de destinations, paradisiaques, exotiques, d’affaires, de convenance et autant de routes à choix multiples pour se retrouver.



Huit mois à errer dans l’aéroport parisien, à fouiller les poubelles, se savonner dans les WC, dormir au hasard d’un banc ou au sous-sol. C’est son quotidien. Comment faire autrement lorsque tout l’abandonne.

L'identité est quelque part le bien le plus précieux qui sans elle, nous emmène en zones de turbulences.



Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, attachez vos ceintures, le vol au départ de Roissy Charles de Gaules est imminent.

Tiffany Tavernier aux commandes, elle vous embarque pour 2h30 avec à la clé, émotions, quête d’identité, douleurs et amour.

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Le tatoueur d'Auschwitz
  04 décembre 2018
Le tatoueur d'Auschwitz de Heather Morris
Le tatoueur d’Auschwitz est le récit de Lale, sans patho ni romance exagérées et non désirées par ce dernier. C’est un témoignage réaliste d’un homme slovaque qui fut envoyé au camp de concentration de Birkenau en 1942. Lale se démarquera assez vite des autres prisonniers pour son intelligence hors norme, sa grande empathie et générosité envers autrui. Il bénéficiera également d’une bonne étoile qui n’aura de cesse de faire de l’ombre à l’étoile jaune juive et lui confinera une protection qui le conduira à devenir le tatoueur d’Auschwitz. Bien sûr que graver un matricule sur la peau des prisonniers est un travail indécent et inhumain mais s’il est fait par un homme sensible, il peut entraîner moins de douleurs. Et surtout un confort que les autres prisonniers n’ont pas. C’est ainsi que Lale rencontre Gita dont il s’éprend à la seconde même. L'immensité de son âme qu’il voit dans ses grands yeux marrons lui transperce le cœur.

«  Le tatoueur d’Auschwitz est l’histoire de deux êtres ordinaires, qui ont vécu dans des circonstances extraordinaires, privés non seulement de leur liberté, mais aussi de leur dignité, de leur nom, de leur identité. » (Note de l’auteure, p. 274)



Le tatoueur d’Auschwitz est plus qu’une belle histoire d’amour.

C’est le parcours d’un homme dans l’horreur qui n’aura de cesse de sauver son prochain car qui sauve une vie, sauve l'humanité. C’est l’histoire d’un homme bon qui a pris dans ses mains et ses poches l’humanité délaissée par les nazis et les monstres de l’holocauste.

On pourrait reprocher un manque de profondeur dans ce roman, ce manque en devient compréhensible lorsqu’on apprend dans la postface qu’il en était du désir de Lale que l’auteur fasse preuve de simplicité dans son travail d’écriture.



Un récit historique sur un pan de l’histoire qui mérite d’être lu en mémoire à tous ces êtres qui sont morts faute à l’ignominie des hommes.
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