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La vérité sur l'affaire Harry Quebert
01 novembre 2012
La vérité sur l'affaire Harry Quebert de Joël Dicker
"Un bon livre, Marcus, est un livre que l'on regrette d'avoir terminé". Damned! Ce n'était donc pas un bon livre, Harry, que ce livre dans lequel vous vous êtes démené. Je suis ravie de l'avoir achevé et que s'ouvrent d'autres perspectives de lectures. Car j'avoue avoir décroché plus souvent qu'une connexion wi-fi un soir d'orage.



Il faut dire que vous et moi avons débuté sur un malentendu. Vous ne cessez d'expliquer ce qu'est un bon livre et un grand écrivain. Un bon livre, un chef d'oeuvre même, est un livre qui se vend comme un hamburger chez MacDo. A ce compte, le Big Mac est un monument culinaire. Mouais… Par ailleurs, un écrivain de talent écrit un chef d'oeuvre dès son premier bouquin, remarqué par plusieurs éditeurs qui s'en arrachent les droits à grands coups de centaines de milliers de dollars. Mouais toujours. Les Carver, Dybeck, McCarthy et consorts apprécieront.

Et les extraits de votre propre chef d'oeuvre, Les origines du mal, m'ont laissée, comment dire… dubitative: « Ma tendre chérie, vous ne devez jamais mourir. Vous êtes un ange. Les anges ne meurent jamais. Voyez comme je ne suis jamais loin de vous. Séchez vos larmes, je vous en supplie ». Le reste est à l'avenant.

J'imagine Philip Roth ou Pynchon ou Powers (qui me semblent être des références littéraires aux States) devant ces quelques lignes.

Comme ils apprécieront le destin de votre poulain, Marcus. Prenons un éditeur aux canines dignes de faire pâlir Dracula; un auteur d'un unique best-seller en proie au syndrome de la page blanche; un contrat pour 5 ouvrages non respecté. Il est dans la logique américaine que de déchirer ledit contrat pour offrir au pauvre génie en déroute un nouveau contrat de 1 million de dollars dès son dégrippage neuronal.

Passons, passons, cher Harry.

Je vous abandonne pour m'adresser à nos Académiciens français qui ont primé ce livre.



Un homme de 34 ans tombe amoureux d'une adolescente de 15 ans. Faire de cette relation (habituellement sulfureuse) une bluette digne d'une liaison entre Oui-Oui et Bécassine, il fallait oser. Est-ce cette innovation qui vous a bluffés? Nola chérie. Harry chéri. Nola chérie. Harry chéri. Je t'aime Nola chérie. Je vous aime Harry chéri. Et? L'amoureux passe la main dans les cheveux de son amoureuse. On ne frémit pas, on ne tressaille pas. On est désincarné. De purs esprits, ces deux-là. Messieurs les Académiciens, certes, l'Amérique est puritaine mais l'Amérique se reproduit (ou pas). Elle se passionne, perd ses repères, se perd. Elle est charnelle sauf chez Joël Dicker et chez vous a priori. Souvenez-vous lorsque vous étiez dans la force de l'âge. Moi, j'ai regardé évoluer des ectoplasmes. Et je n'ai pas cru davantage aux autres personnages: clichés, attendus, téléphonés, caricaturaux, prévisibles.

J'en veux pour exemple Gahalowood. Pourquoi coller au cliché du bougon-râleur-pas-aimable-au-début-qui-révèle-un-coeur-d'or-à-l'usage?



Reste le thriller. Convenu aussi.



Messieurs les Académiciens, en 1968, vous aviez distingué Belle du Seigneur. Est-ce cette réflexion sur l'amour qui vous a conduits à récompenser, en 2012, l'affaire Harry Quebert?

« Vous essayez de me parler d’amour, Marcus, mais l’amour, c’est compliqué. L’amour, c’est très compliqué. C’est à la fois la plus extraordinaire et la pire chose qui puisse arriver. Vous le découvrirez un jour. L’amour, ça peut faire très mal. Vous ne devez pas pour autant avoir peur de tomber, et surtout pas de tomber amoureux, car l’amour, c’est aussi très beau, mais comme tout ce qui est beau, ça vous éblouit et ça vous fait mal aux yeux. C’est pour ça que souvent, on pleure après »

Là, je soupire très fort. Et je passerai sous silence l'indigence stylistique parce que, à cette heure, "la lune brillante illumine tout au-dehors".
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Cinquante nuances de Grey
13 juillet 2012
Cinquante nuances de Grey de E L James
Par où commencer ? Par qui ? Par quoi ?



Il faut savoir d'abord que Fifty Shades of Grey est au départ une fan-fiction inspirée de la série Twilight de Stephanie Meyer. Rien que ça ne donne pas vraiment envie de continuer, je vous comprends bien. Mais pour le fun, je vais quand même aller jusqu'au bout de mon étude...



L'histoire est celle d'une jeune étudiante qui rencontre un puissant homme d'affaire, le fameux Christian Grey, dans le cadre d'une interview qu'elle doit mener à la place de sa colloc'. Très vite, ils vont entretenir une liaison sulfureuse où les pratiques de Christian vont d'abord bouleverser Ana, mais aussi lui faire découvrir un univers inconnu très troublant.



A seulement 27 ans (je crois) Christian Grey est à la tête d'une énoooorme société dont il dirige avec brio les quarante mille employés. Ben oui. Rien que ça. Il est, de plus, un fervent défenseur des causes perdues et oeuvre sans répit contre la faim dans le monde, il est riche à millions, doté d'un physique de rêve, de cheveux de rêve, d'un sang-froid et d'une volonté à toute épreuve, d'un sens de l'humour qui m'est complètement passé au-dessus de la tête (mais c'est parce que je ne suis pas Ana, moi) de beaucoup de voitures de la même marque, d'un appartement immense et meublé avec goût, d'un hélicoptère qu'il pilote avec virtuosité (même la nuit), de parents absolument adorables, d'une soeur hilarante, d'un frère sexy en diable, d'un garde du corps hyper discret (c'est important pour la suite de l'histoire - ce mec doit se bidonner à longueur de temps vu les choses auxquelles il assiste sans broncher !), d'un BlackBerry qui sonne tout le temps au début du livre pour nous montrer qu'il est over-sollicité (mais plus du tout par la suite, c'est étrange...), de cheveux merveilleusement doux (mince, je l'ai déjà dit), de pantalons qui soulignent bien son petit cul sexy, d'une obsession pour la nourriture qui frise parfois la parano... et d'une chambre des tortures meublée elle aussi avec goût... quand on aime la déco SM à base de menottes et de fouets en tout genre... Bref, Christian est une espèce rare, je dirais même en voie d'extinction, et devinez qui va tirer le gros lot !!? Ana bien sûr ! Une sacré chanceuse quand on y pense (pas elle, par contre, parce qu'elle est bien au-dessus des plaisirs matériels, et l'argent ne l'intéresse pas... Ana, ce qui l'intéresse, c'est la littérature anglaise - surtout Tess d'Urberville, mais c'est tout, pas d'autres ouvrages, parce qu'on est pas là pour ça de toute façon...)



Déjà là, ça m'a fait marrer. On sent que l'auteur ne cherche pas du tout à faire dans l'excès. Peut-être qu'une petite pointe de retenue aurait été la bienvenue au début. Histoire de s'identifier plus facilement aux personnages par exemple. Passons...



Arrive Ana - Anastasia Steele - une étudiante toute simple qui pense qu'elle est banale alors que bien sûr, elle ne l'est pas puisque tout le monde (du meilleur copain au frangin du patron pour qui elle bosse) tombe irrémédiablement amoureux d'elle sans qu'elle en comprenne les raisons. Un beau matin, Ana doit interviewer un business man hors-pair pour le journal du lycée. A la base, c'était sa colloc' Kate qui devait mener l'interview, mais celle-ci tombe malade. Le destin est un petit coquin... S'ensuit la rencontre de nos deux tourtereaux pour qui c'est un véritable coup de foudre dès le début (elle parce qu'il beau, beau, intimidant, beau, séduisant, mais surtout beau... et lui parce qu'elle est probablement moche, mal habillée et qu'elle a les deux pieds dans le même sabot... Ça ne peut être que ça...)



Ana, c'est la narratrice, et c'est quelqu'un d'assez spécial. Je dois dire que je me suis posée beaucoup de questions sur elle, notamment sur sa timidité maladive, sa maladresse, son manque flagrant de conversation et de connaissances en informatique (dans quelle siècle vis-tu, Ana ??) cette habitude de se mordre les lèvres toutes les trois lignes, de rougir à chaque page, et de répéter holy crap shit cow - rayez la mention inutile - (et accessoirement Jeeze aussi - genre... un demi-million de fois seulement...) à chaque fois qu'elle pense, agit, rumine, pleure, s'interroge, redoute quelque chose ou jouit. Ana possède donc un vocabulaire aussi vaste que le vide intersidérale de son cerveau, elle oublie de respirer en présence de Christian qui est tellement beau et viril et séduisant et beau et beau, et elle abrite dans les obscurs replis de son cerveau rien moins qu'une déesse intérieure très flippante, qui passe son temps à danser sur place et lui commande d'écouter son corps en dépit de son subconscient qui lui, tente (sans succès) de lui faire comprendre l'absurdité de la situation et le danger d'être avec quelqu'un comme Christian. (le subconscient ne peut avoir gain de cause puisqu'ici, il n'y a pas de cerveau et l'intelligence d'Ana reste un mythe à mes yeux - je n'en ai pas trouvé une seule preuve en 400 pages)



Voilà, c'est tout. Le reste du récit est un concentré de oui-non-peut-être-aïe-j'ai-peur-mais-je-l'aime-mais-aïe-j'ai-peur-mais-je-l'aime-donc-j'accepte-tout-même-si-ce-n'est-pas-ragoûtant, et des perpétuels cas de conscience d'Ana dont les peurs plus qu'infondées à l'idée de céder à la domination de Christian ne l'empêchent pas d'accourir dès qu'il la siffle et d'accepter les compromis les plus humiliants parce qu'elle l'aime... Le pire, c'est peut-être l'auteur qui a le culot de faire passer pour sexy et mystérieux un homme puéril et égoïste avec des penchants tordus, et pour naïve une simple cruche complètement nympho qui est définitivement trop stupide pour faire autre chose que se laisser contrôler par ses pulsions sexuelles et qui n'a aucune volonté.



Je voudrais bien m'étendre sur l'histoire, mais il n'y en a pas... C'est embêtant... Christian penche sa tête sur le côté autant de fois qu'Ana rougit ou se mord les lèvres, joue du piano quand il est d'humeur mélancolique, parle.comme.ça.quand.il.est.excité, se passe la main dans les cheveux un milliard de fois au travers du récit, et fait malheureusement preuve d'une arrogance qui m'a donné envie de le balancer en plein vol depuis son hélicoptère. Mais tout ça n'est rien en comparaison des sentiments qu'inspirent la pauvre fille. Elle est à claquer du début à la fin. Ses hésitations et ses cas de conscience sont une torture bien pire à supporter que ce que Christian lui inflige dans la Red Room of Pain. Le pire c'est que les scènes qu'elle redoute tant arrivent assez rarement et sont finalement réclamées de sa part. C'est beau. De plus, Christian est quand même loin d'être un barbare, tout se fait dans la lenteur et le plaisir partagé, il n'y a (heureusement) rien de véritablement révoltant dans toutes ces pratiques. La seule chose horripilante, c'est le caractère d'Ana qui ne sait pas ce qu'elle veut, s'affole pour pas grand-chose à chaque fois, réclame toujours plus à Christian - alors qu'il pose les règles du jeux dès le départ - mais refuse d'accepter ses cadeaux somptueux.



Difficile d'aimer ce premier tome des mésaventures d'Ana au pays du SM parce qu'il est déjà difficile d'en aimer les principaux protagonistes (et je ne parle même pas des personnages secondaires ultra-stéréotypés comme la meilleure amie super séduisante qui vit une relation idyllique avec un beau gosse, la mère mille fois remariée, le directeur de magasin paternaliste, le beau-père introverti mais tellement compréhensif et qui fond dès sa première rencontre avec Christian...) Peut-être parce que l'histoire inexistante est presque aussi lamentable que les personnages qu'elle met en scène. Rien n'est crédible, la seule chose positive, c'est le niveau d'anglais requis pour lire ce bouquin et - avouons-le ! - les quelques scènes un peu coquines qui, loin d'être révolutionnaires, sont tout de même assez sympathiques à suivre. (il manquerait plus qu'on s'ennuie !)



50 fessées et pairs de menottes plus tard, le constat est lourd : je n'ai pas pu terminer ce roman si prometteur. Je ne connaîtrai jamais les raisons qui ont poussé Christian à se vouer au culte de la fessée, je ne saurai jamais pourquoi il est aussi obsédé par la nourriture, si Ana travaillera un jour pour lui dans sa formidable société qui n'emploie que des blondes, s'ils finissent par le faire ailleurs que dans le jardin, dans la chambre, dans l'ascenseur, attaché, pas attaché, fessé, pas fessé, les yeux bandés ou pas, et Ana retrouvera-t-elle un jour ses sous-vêtements ?? Et Christian finira-t-il par se confier et parler de sa petite enfance où tant de traumatismes se sont concrétisés pour faire de lui cet être tordu tourmenté ? Tant de questions sans réponse auxquelles, ma foi, je dois renoncer pour ma propre tranquilité d'esprit...



J'ai expérimenté un style que je ne connaissais pas et qui m'intriguait en pensant m'immerger dans un univers nouveau plus développé qu'un roman érotique ordinaire. Malheureusement, c'est pas ça. Outre les sempiternels cas de conscience de l'héroïne, le contenu est vite survolé...



En fait, on referme le livre avec un impression d'inachevé. Comment une telle série (parce que s'en est une !) a pu rencontrer autant de succès alors que le style en est bâclé, les dialogues inconsistants et les personnages aussi tristement prévisibles ? C'est un mystère aussi épais que le goût de Christian pour les menottes, le cuir ou les belles Audi...


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Voyage au bout de la nuit
15 septembre 2012
Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline
LE CAS CÉLINE : cela fait un bout de temps que je médite d'écrire un petit billet qui risque fort d'être extrêmement controversé, mal vu ou mal interprété. Mais, comme il n'est pas interdit ni exclu d'être parfois courageux(se) en ce bas monde, je prends sur moi d'assumer toute la hargne ou le mépris qu'il pourrait susciter.



J'ai déjà presque failli me brouiller avec l'un de mes meilleurs amis à ce propos, un soir de réveillon de Noël, plombant durablement l'ambiance et avec lequel il m'a fallu plusieurs longs mois pour reparler littérature. Sachant que depuis, nous évitons l'un l'autre, soigneusement et tacitement de nous approcher de près ou de loin du cas Céline.



Question : Peut-on être considéré comme le plus grand écrivain français du XXème siècle quand on a, non seulement tenu des propos, mais aussi et surtout, publié des propos fortement injurieux, racistes, xénophobes, homophobes et très accablants d'antisémitisme ?



Cette question n'est pas encore tranchée et nul ne sait aujourd'hui si elle le sera un jour de façon consensuelle. le malaise du ministère de la culture au moment du cinquantenaire de la mort de Céline est là pour l'attester.



(Même si l'état français via la BNF a quand même lâché pas moins de 12 millions en 2001 pour racheter le manuscrit. Je doute qu'il se montrerait aussi large pour sauver de l'oubli les premières culottes de Françoise Sagan ou les chaussettes à D'Ormesson, donc en soi, ça veut quand même dire un peu quelque chose.)



Il nous faut donc nous replier sur des solutions individuelles, locales, idiosyncrasiques et donc fortement teintées de subjectivité pour tâcher, bien modestement, d'y trouver notre propre réponse.



Puisque nous parlons ici du Voyage Au Bout de la Nuit, faut-il boycotter cette oeuvre en raison de ce que l'on sait de son auteur ou lire cette oeuvre comme une émanation indépendante d'une personne certes méprisable mais dont, dans un moment de génie, la plume a su sortir une forme de quintessence littéraire ?



En ce qui me concerne, ni l'un ni l'autre. Une oeuvre n'est jamais complètement indépendante de la main qui lui a donné le jour, mais dans le même temps, on peut saluer la réalisation sans adhérer à d'autres réalisations du même bonhomme.



Je vais risquer un parallèle hasardeux. A-t-on le droit de considérer Napoléon comme le plus grand chef d'état français de tous les temps en dépit de son triste palmarès de boucher en chef et de ré instigateur de l'esclavage ?



En ce qui me concerne, sans problème. Napoléon a fait plus et mieux que n'importe quel roi ou chef d'état en poste avant ou après lui en ce qui concerne la modernisation du pays et l'émancipation du droit ou des citoyens d'humble extraction.



Mais dans le même temps, je lui décerne également le prix du plus grand bourreau de l'histoire de France et je l'affuble du plus abject bonnet de calculateur et de bafoueur des droits de l'homme de son temps.



Considérer l'homme, c'est le considérer dans son entier, dans ses lumières et dans ses côtés sombres. Il n'est ni un dieu, ni un chien. Il est probablement quelque part entre les deux, ayant été capable de monter très haut dans certains domaines et de descendre très bas, bien plus bas que le commun des mortels, dans d'autres. Nul n'est monolithique et les grands hommes moins que d'autres.



Revenons à l'ouvrage qui nous occupe. Pour ma part, je considère qu'il serait dommage (voire dommageable) de ne pas le lire sous le seul prétexte qu'il a été écrit par Céline. Un restant d'épicurisme me pousse à prendre les bonnes choses là où elles sont. Mais dans le même temps, je considère qu'il serait tout aussi dommage et dommageable de faire « comme si » Céline n'avait jamais été ce qu'il a été et je vais argumenter ce dernier point.



D'où provient l'antisémitisme flagrant de Céline ? de plusieurs raisons qu'il serait long et fastidieux d'égrener ici, mais d'une plus particulièrement : son refus de la guerre. On lit très clairement et très distinctement dans le Voyage que Céline a été écoeuré, bouffé, brisé à jamais par les horreurs qu'il a vécues pendant la guerre de 1914. C'est strictement dit dans ce livre et je pense qu'il ne fait pas tellement débat que Céline se place clairement du côté des pacifistes acharnés.



Replaçons-nous dans le contexte historique, social et politique où Céline a écrit son premier pamphlet antisémite. La Révolution russe et le spectre bolchevik où des Juifs (notamment Trotski) ont joué un grand rôle et continuent de croire fermement à l'internationale communiste. Plus proche de nous, Hitler est monté au pouvoir en Allemagne, il a commencé à s'en prendre aux Juifs. Que se passe-t-il en France pendant ce temps et dont Céline est le témoin ?



Les restes de la crise de 1929, celle qui a mis à genoux le monde, toujours pas complètement épongés, avec le lourd fardeau de soupçons sur certains banquiers juifs américains. En France, Léon Blum au pouvoir, un afflux massif de réfugiés juifs fuyant le nazisme, bref, un terreau idéal pour ressortir les bonnes vieilles théories racistes et antisémites — un grand classique dans l'histoire de l'Europe —, qu'on revoit éclore à chaque épidémie de peste ou à chaque période de crise profonde et qui ont le vent en poupe à ce moment-là.



Sans oublier les bruits, réels ou supposés, relatifs aux pressions exercées par des lobbys juifs français pour pousser Paris à entrer en guerre contre Berlin. le but recherché par les lobbys juifs serait, d'après ceux qui pensent comme Céline, évident : virer Hitler et ainsi redonner un peu de souffle à une communauté fortement lynchée outre-Rhin.



(Michel Dreyfus montre assez bien, je trouve, l'opposition, la ligne de fracture qui existait à l'époque entre les antifascistes d'une part, et les pacifistes d'autre part. Les premiers n'excluant pas le recours à la force pour faire plier le fascisme. Voir son article intitulé " le pacifisme, vecteur de l'antisémitisme à gauche dans les années 1930 ", accessible sur le lien suivant :

http://www.cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE=AJ_431_0054)



Dans la tête de Céline, en revanche, le spectre de telles manoeuvres souterraines " des Juifs " (appellation vague et générique, commode car fourre-tout, qui mouille tout le monde au nom de quelques-uns) visant à l'entrée en guerre de la France vont concourir pour lui à la pire chose qui soit : LA GUERRE. Toutes ses images de 14-18 lui remontent au cerveau et du coup, son ennemi intime devient LE peuple juif, dans son entier, sans une ombre de nuance. C'est son interprétation de la situation et elle est méprisable.



Donc le pro-pacifisme affiché de Céline dans le Voyage et qui souvent ne rebute personne me semble pourtant une cause essentielle, et peut-être même première, de ses prises de position ultérieures et que tout le monde dénonce.



Alors oui, Céline a écrit certaines des plus abjectes saloperies qui aient jamais été écrites en français sur les Juifs, mais oui également, il a écrit l'un des plus fantastiques bouquins de tous les temps. Céline est tout ça. Ni seulement antisémite, xénophobe et homophobe répugnant, ni seulement écrivain génial, juste un homme, tout simplement, avec ses qualités et ses travers, avec son bon sens, par moments, et ses interprétations inacceptables à d'autres, avec sa plume luminescente, comme ici, et avec ses écrits insoutenables et intolérables, les pamphlets des années 1930, qu'il n'a jamais renié jusqu'à sa mort. Je pense même que c'est par opportunisme et parce que le vent avait tourné qu'il n'a pas produit d'autres de ses torchons infâmes après guerre.



J'en terminerai seulement en affirmant que, oui, cet homme était complexe et très choquant, dangereux, méprisant, provocant, haineux, fielleux, méprisant, imbu de lui-même, abject et grossier par moments, mais oui il était aussi très sensible, ultra lucide, incroyablement raffiné, intelligent, perspicace à d'autres et c'est justement cette complexité et ce tutoiement constant de la limite (parfois en dedans, parfois largement au-delà du supportable) qui rendent son oeuvre, malgré tout, si intéressante.



Au passage, je rappelle aux quelques matheux qui nous entourent qu'on utilise tous les jours le coefficient de Pearson ou les droites de régression (rien que le nom en dit long !), tous ces outils mathématiques et statistiques ayant été mis au point par des notoires antisémites pour " justifier " l'infériorité et la dégénérescence supposée de la " race " juive. Cela n'empêche nullement de considérer ces outils comme de bons outils mathématiques même si les motivations de leurs auteurs ou l'emploi premier qui en fut fait a depuis longtemps été dénoncé et mis au placard.



Et le livre là-dedans ?



Fantastique ! Au creux des cimes, au sommet des abysses, il y a toujours dans mes rêves littéraires quelque chose en moi qui me pousse à quêter, à fouiner, à déterrer pour retrouver une ombre, une parcelle, un pastiche, quoi que ce soit d'approchant, de faiblement comparable à ce verbe, à cette vigueur, à cette écorchure, à cette pourriture, à cette brillance-là.



Je n'ai pas relu "Le voyage" récemment et je puis donc témoigner en toute subjectivité sur le lent travail de ver dans le fruit qu'a accompli cette oeuvre dans mon cerveau, sur ce souvenir impérissable et qui croît au cours du temps. Je ne me rappelle pas avoir jamais relu depuis un quelconque ouvrage (même les autres bouquins de Céline) qui m'ait autant laissé une impression de puissance littéraire et "d'éclatement à la gueule".



Quand bien même vous ne goûteriez rien du scénario, vous détesteriez l'homme et sa réputation hideuse, sulfureuse, vous seriez presque à coup sûr fasciné par l'incomparable style de l'auteur. Ou en fait, non ; tous comptes faits, non. C'est tellement typé que ça ne peut nécessairement pas plaire à tout le monde : seuls les écrits consensuels (et plutôt insipides) conviennent au plus grand nombre. La Vache Qui Rit, presque tout le monde peut en manger, par contre un vieux fromage féroce qui coule, ça n'est pas forcément du goût de tous… et il n'y a pas à s'en étonner.



Céline est grinçant, cinglant, cynique, cruel, déprimant, rebutant mais c'est surtout un faramineux faiseur de phrases, capable de dégager une puissance incalculable des mots.

Comment expliquer Céline ? À la fois mélange de prose violente et de lyrisme morbide, à la fois désabusé et lucide, à la fois horrible et magnifique.



Son style peut être imitable, mais sûrement pas égalable. Il me semble d'ailleurs fort amusant, comme un singulier pied de nez de l'histoire, que le seul auteur francophone contemporain qui puisse être tant soit peu de la carrure de l'antisémite Céline quant au style soit le juif archétypal, le plus juif d'entre tous, le luminescent Albert Cohen.



Louis-Ferdinand Destouches, alias Céline était toujours très discret sur ses influences littéraires, (Crime et Châtiment, Henri Barbusse, quelques chroniques historiques…) mais, au détour d'une ou deux remarques laissées ici ou là, il avoue à demis mots qu'il se situe dans la lignée de Zola, — aussi étonnant que cela puisse paraître quant aux convictions de l'un et de l'autre — probablement pas n'importe quel Zola, celui de la fin de L'Assommoir, dont le style est si particulier, même pour du Zola.



Le style, (peut-être aurait-il mis une majuscule au mot style, tellement il le tenait en haute estime, dans la lignée très franco-française matérialisée fort tôt par Bossuet dans ses sermons, par La Bruyère et ses Caractères ou Buffon dans son célèbre Discours Sur le Style, laquelle lignée qui depuis les germes semés par Rabelais fleurira les Voltaire, les Laclos, les Balzac, les Stendhal, les Hugo, les Dumas, les Flaubert, les Baudelaire, les Zola, les Rostand, et que sais-je encore ?, les Gide, les Proust , les Camus, les Butor, les Gracq ou les Gary) semble être le véritable fil conducteur des romans de Céline.



Le voyage plus que la destination, comme aurait dit Kerouac, et en ce sens, je pense qu'il en est et demeure le plus grand orfèvre français, voire mondial (mais les armes pour juger d'une telle assertion, sont délicates à maîtriser car il faudrait lire toute la littérature en V.O., or j'ai un peu de mal avec le finnois, l'albanais, le japonais et même un peu le swahili !).



En une phrase, le héros Bardamu fait son voyage initiatique "en négatif", celui qui l'amènera dans un trou perdu à exercer la médecine parmi la populace, après avoir essuyé les ricochets de la guerre, la sueur des colonies d'Afrique, les boulons des usines américaines aux cadences infernales, l'amour avorté, bref, la définition même du "voyage au bout de la nuit".



Mais c'est très mauvais, n'est-ce pas, ça ne donne pas vraiment idée de la chose. Alors, le mieux, c'est sûrement de laisser monsieur Céline lui même vous parler de ce qu'il en est. (C'est un extrait de sa lettre d'accompagnement du manuscrit à Gallimard, lequel Gallimard qui, ayant le nez creux, l'a refusé puis s'en est mordu les olives juste aussitôt.)



« En fait ce Voyage au bout de la nuit est un récit romancé, dans une forme assez singulière et dont je ne vois pas beaucoup d'exemples dans la littérature en général. Je ne l'ai pas voulu ainsi. C'est ainsi. Il s'agit d'une manière de symphonie littéraire, émotive plutôt que d'un véritable roman. L'écueil du genre c'est l'ennui. Je ne crois pas que mon machin soit ennuyeux. Au point de vue émotif ce récit est assez voisin de ce qu'on obtient ou devrait obtenir avec de la musique. Cela se tient sans cesse aux confins des émotions et des mots, des représentations pieuses, sauf aux moments d'accents, eux impitoyablement précis.

D'où quantité de diversions qui entrent peu à peu dans le thème et le font chanter finalement comme en composition musicale. Tout cela demeure fort prétentieux et mieux que ridicule si le travail est raté. À vous d'en juger. Pour moi c'est réussi. C'est ainsi que je sens les gens et les choses. Tant pis pour eux.

L'intrigue est à la fois complexe et simplette. Elle appartient aussi au genre Opéra. (Ce n'est pas une référence !) C'est de la grande fresque du populisme lyrique, du communisme avec une âme, coquin donc, vivant.

Le récit commence Place Clichy, au début de la guerre, et finit quinze ans plus tard à la fête de Clichy. 700 pages de voyages à travers le monde, les hommes et la nuit, et l'amour, l'amour surtout que je traque, abîme, et qui ressort de là, pénible, dégonflé, vaincu... du crime, du délire, du dostoïevskysme, il y a de tout dans mon machin, pour s'instruire et pour s'amuser.

Les faits.

Robinson mon ami, vaguement ouvrier, part à la guerre, (je pense la guerre à sa place) il se défile des batailles on ne sait trop comment... Il passe en Afrique Tropicale... puis en Amérique... descriptions... descriptions... sensations... Partout, toujours il n'est pas à son aise (romantisme, mal du XXIè siècle ) Il revient en France, vaseux... Il en a marre de voyager, d'être exploité partout et de crever d'inhibitions et de faim. C'est un prolétaire moderne. Il va se décider à estourbir une vieille dame pour une fois pour toutes posséder un petit capital, c'est-à-dire un début de liberté. Il la rate la vieille dame une première fois. Il se blesse. Il s'aveugle temporairement. Comme la famille de la vieille dame était de mèche, on les envoie ensemble dans le midi pour éteindre l'affaire. C'est même la vieille qui le soigne à présent. Ils font dans le midi ensemble un drôle de commerce. Ils montrent des momies dans une cave (Ça rapporte). Robinson recommence à voir clair. Il se fiance aussi avec une jeune fille de Toulouse. Il va tomber dans la vie régulière. Pour que la vie soye tout à fait régulière il faut encore un petit capital. Alors cette fois encore l'idée lui revient de buter la vieille dame. Et cette fois il ne la rate pas. Elle est bien morte. Ils vont donc hériter lui et sa future femme. C'est le bonheur bourgeois qui s'annonce. Mais quelque chose le retient de s'installer dans le bonheur bourgeois, dans l'amour et la sécurité matérielle. Quelque chose ! Ah ! Ah ! C'est tout le roman ce quelque chose ! Attention ! Il fuit sa fiancée et le bonheur. Elle le relance. Elle lui fait des scènes, scènes sur scènes. Des scènes de jalousie. Elle est la femme de toujours devant un homme nouveau... Elle le tue... »



Il me reste encore à vous donner un extrait de l'oeuvre elle-même qui, selon moi, en est très représentatif et que voici :



« J'avais beau me retourner et me retourner encore sur le petit plumard je ne pouvais accrocher le plus petit bout de sommeil. Même à se masturber dans ces cas-là on n'éprouve ni réconfort, ni distraction. Alors c'est le vrai désespoir.

Ce qui est pire c'est qu'on se demande comment le lendemain on trouvera assez de forces pour continuer à faire ce qu'on a fait la veille et depuis déjà tellement trop longtemps, où on trouvera la force pour ces démarches imbéciles, ces mille projets qui n'aboutissent à rien, ces tentatives pour sortir de l'accablante nécessité, tentatives qui toujours avortent, et toutes pour aller se convaincre que le destin est insurmontable, qu'il faut retomber au bas de la muraille, chaque soir, sous l'angoisse du lendemain, toujours plus précaire, plus sordide.

C'est l'âge aussi qui vient peut-être, le traître, et nous menace du pire. On n'a plus beaucoup de musique en soi pour faire danser la vie, voilà. Toute la jeunesse est allée mourir déjà au bout du monde dans le silence de vérité. Et où aller dehors, je vous le demande, dès qu'on n'a plus en soi la somme suffisante de délire ? La vérité, c'est une agonie qui n'en finit pas. La vérité de ce monde c'est la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir. Je n'ai jamais pu me tuer moi. »



Ce coup-là, tout est dit, je crois. Aussi lisez, savourez, délectez-vous de notre plus grand roman français du XXème, malgré ou en raison de toutes les noirceurs de son auteur, de tout ce qu'on en a dit ou médit, (je pense d'ailleurs que rien de ce qui entache vraiment Céline ne transparaît directement dans ce livre).



En somme, d'après moi, il ne faut surtout pas jeter le bébé avec l'eau du bain : il y a bien un Céline putride, absolument suffocant et insoutenable ; on le trouve dans ses pamphlets des années 1930. Mais il existe aussi cet autre Céline, et il serait dommage de tout mettre à la poubelle dans le même sac, sans l'ombre d'une nuance, notamment ses écrits romanesques antérieurs, qui sont d'un tout autre niveau et d'un tout autre intérêt.



Et plutôt que de dire : « C'est un facho ! C'est de la merde ! Je ne me salirai jamais les doigts avec ses livres ! etc. » comme je l'entends très souvent, (On accuse même parfois ouvertement ceux qui apprécient Voyage au bout de la Nuit d'être des sympathisants d'extrême droite.) ne serait-il possible de présenter Céline pour ce qu'il est, c'est-à-dire une sorte de Janus moderne, un genre de Dr Jekyll ayant vraiment exercé la médecine et dont les pamphlets seraient sa face Mr Hyde ?



Mais bien évidemment, aujourd'hui plus que jamais, vous aurez compris que ce que j'exprime ici n'est que mon avis, un tout petit avis noyé sous la foule des centaines d'autres, une goutte d'eau dans l'océan, autant dire, pas grand-chose.



P.S. : je n'ai mentionné que l'une des raisons de l'antisémitisme profond et installé de longue date chez Céline, car il me semble que c'est cette raison qui l'a poussé à écrire ses fameux pamphlets "Bagatelles pour un massacre" et "L'école des cadavres".



Mais rien n'est jamais aussi simple, il semble également que depuis sa plus tendre enfance, dans le foyer familial, on cultivait l'antisémitisme et aussi, surtout devrais-je dire, la brûlure, la blessure à ses yeux que fut la réception de Mort À Crédit, par le monde littéraire, de la critique et de l'édition, où des personnalités éminentes juives prenaient une large part a contribué décisivement à forger le contentieux de Céline avec LE peuple juif.



Sa conception de la "dégénérescence orchestré
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Le Petit Prince
24 novembre 2013
Le Petit Prince de Antoine de Saint-Exupery
Le Petit Prince, qu'est-ce que c'est ? Une histoire pour enfants ? Un conte fantastique ? Un roman jeunesse ? Un conte philosophique ? Un message codé ? Un écrit poétique ?

Pas si facile qu'il y paraît de répondre à cette question d'apparence simple sans examiner au préalable sa structure.

La narration se déroule sur un mode simple mais absolument pas simpliste. Une tonalité enfantine se dégage de l'emploi d'un lexique minimaliste, qui donne l'illusion d'un répertoire pour enfant mais où les mots, s'ils sont tous connus, revêtent pour Antoine de Saint-Exupéry une double voire ou une triple identité. Ceci confère différents niveaux de lecture à l'histoire. Les enfants restant dans la signification ordinaire des mots et les adultes y percevant un lyrisme de la meilleure espèce.

Cette narration est segmentée en 27 chapitres de longueurs inégales, qui ont chacun une grande cohérence interne mais qui n'ont pas forcément un grand rapport avec le chapitre directement précédent ou suivant.

Ceci vient du fait que chaque chapitre aborde un thème qui lui est propre. Il se présente presque comme une fable indépendante ayant une valeur symbolique, allégorique ou métaphorique.

Le double sens des mots crée des clés d'écriture extraordinairement poétiques comme on en rencontre de nombreux exemples dans la littérature française. Par exemple, le vent devient le sanglot long d'un violon pour Paul Verlaine ou encore le cancer du poumon un nénuphar chez Boris Vian. Ici aussi, pour bien comprendre le message, il faut faire sauter le code.

Remplacez " mouton " par " amitié ", " serpent " par " mort ", " fleur " par " amour " ou " femme " selon les cas, " baobab " par " conflit ", " renard " par " sagesse ", etc. et vous obtiendrez une lecture tout à fait différente, assurément moins poétique mais beaucoup plus porteuse d'un message philosophique à l'adresse des adultes.

Alors, le Petit Prince, qu'est-ce que c'est ? (Car jamais je ne lâche une question quand j'en tiens une !...)

Ne serait-ce une manière de miscellanées (analectes) comme les Entretiens de Confucius où chaque sous-partie délivrerait un message particulier ? Pourquoi pas ? Mais auquel cas, quels seraient ces messages renfermés dans chaque chapitre ?

Voici une interprétation que je vous propose pour les 27 chapitres, à vous d'en disposer comme bon vous semblera :

I. Quel sens donner à ce que l'on voit ? Peut-être sommes-nous trop cartésiens et pas assez poètes ni artistes ?

II. Nous sommes seuls dans l'existence. le plus important c'est de trouver l'amitié qui rompt la solitude. Dans nos cursus, nous étudions tout, nous nous formons à tout, sauf à l'art d'être ami. On n'a pas besoin d'une amitié chétive, craintive ou intéressée mais, de toute façon, l'amitié sera ce qu'on mettra dedans.

III. L'amitié est un bien précieux mais qu'il ne faut pas chercher à garder pour soi seul, sans quoi, on la perd. Il faut la laisser évoluer librement, sans contrainte.

IV. Trop de gens vivent dans le paraître et non dans l'être. C'est vrai aussi en amitié.

V. Il faut veiller à ne pas laisser grossir les conflits qui peuvent détruire nos vies, nos amitiés, nos amours, car les conflits sont comme des bombes à retardement.

VI. Il faut savoir jouir tout de suite des petits bonheurs simples et accessibles, sans attendre LE grand bonheur qui, LUI, n'arrivera jamais comme il faut, ni quand il faut, si tant est qu'IL existe. Ces petits bonheurs peuvent égayer nos vies grises et tristes en leur donnant quelques couleurs.

VII. L'amour et l'amitié peuvent parfois se nuire l'un à l'autre et il nous faut les protéger tous deux. de façon générale, nous ne protégeons jamais assez ceux que nous aimons et ce qui est important pour nous.

VIII. Les hommes ne savent pas comprendre leur femme. D'ailleurs, il n'y a rien à comprendre, il n'y a qu'à les admirer et les aimer.

IX. Parfois, malgré l'amour, les couples d'amoureux se séparent et s'en retournent errer dans leur solitude s'ils n'ont pas d'ami.

X. Certaines personnes ont soif de pouvoir, alors qu'il ne faudrait se soucier que d'être juste, envers soi-même et envers les autres, n'exiger d'eux que ce qu'ils peuvent donner.

XI. Certaines personnes ont soif de reconnaissance et se laissent aller à la vanité alors que, de toute façon, ça ne rime à rien.

XII. Certaines personnes ont soif de plaisirs mais il faut veiller à ne pas sombrer dans l'addiction qui, elle, conduit à la mélancolie.

XIII. Certaines personnes ont la soif de l'or et des possessions matérielles, mais l'argent ne sert à rien, si l'on n'en fait rien. C'est un moyen et non un but.

XIV. Certaines personnes ont soif de repos, ce sont les travailleurs, les ouvriers. Ils ne sont que des exécutants. Leur tâche est parfois stupide et la cadence infernale qu'on leur impose est souvent absurde. Mais ils doivent exécuter, leur vie en dépend et celle des autres aussi.

XV. Certaines personnes ont soif de connaissances, mais les connaissances théoriques déconnectées de la réalité de la vie des gens ne servent à rien.

XVI. La Terre est composée partout des mêmes proportions de gens assoiffés de pouvoir, de savoir, d'argent, de drogues, d'orgueil et d'une grosse majorité de pauvres bougres condamnés à travailler pour faire fonctionner la machine.

XVII. La mort est la solution ultime à tous les problèmes. C'est la fin du voyage.

XVIII. La traversée du désert peut être longue à la perte d'un ami pour en rencontrer un nouveau.

XIX. Quand on prend de la hauteur, on s'aperçoit que l'humanité ne vole pas très haut, qu'elle manque d'imagination, d'audace et qu'elle suit passivement ce qui se fait, par grégarisme.

XX. Chacun s'imagine extraordinaire et n'est pourtant rien que de très ordinaire.

XXI. La vie n'a de sens, de beauté, d'intérêt que par le lien privilégié que l'on tisse avec un nombre limité d'autres. Hors de ce lien, tout se ressemble. Mais ce lien nécessite une attention de chaque instant pour ne pas qu'il se brise ou qu'il se dénoue.

XXII. Nous courons tout le temps. Nous allons trop vite, nous ne savons pas regarder. du coup, nous ne savons pas tisser des liens.

XXIII. La mécanisation, les plats préparés, les transports efficaces ne nous font rien gagner car le temps économisé n'est pas réinvesti dans un surcroît de vie avec du lien ou de l'émerveillement.

XXIV. Quand tout va mal, quand tout est au plus bas, il faut savoir apprécier la richesse qu'est l'attachement que l'on a pour nos proches.

XXV. Quand on a trop de tout, on ne sait plus apprécier. Il n'est pas utile d'avoir tout, tout de suite. Il faut prendre le temps d'aimer et de mériter, les gens comme les choses.

XXVI. La mort des personnes qui nous sont chères n'est que la fin de leur enveloppe corporelle. Elles continuent à vivre en ceux qui les ont aimées, en toutes ces occasions qui nous font encore penser à elles, bien après leur mort.

XXVII. L'amitié est-elle plus forte que l'amour ? L'amitié peut-elle tuer l'amour ? Ou est-ce l'amour le plus fort ? Est-ce lui qui peut tuer l'amitié ? Ou bien est-ce que l'amour et l'amitié peuvent cohabiter en bonne intelligence pour l'éternité ? Dans l'au-delà ?



Le Petit Prince, qu'est-ce que c'est ? Et si c'était une philosophie de vie à l'usage des adultes maquillée en conte pour enfant ? Car tout de même, ce n'est pas que miscellanées, il y a un fil, une histoire. Et quelle serait la philosophie de vie générale de tout cela ? Pourquoi Antoine de Saint-Exupéry fait-il mourir son petit prince ? Et si c'était pour nous questionner ?

Et si le Petit Prince n'était qu'une question ? Et si le Petit Prince c'était " Quel est le sens de la vie ? Quel est le sens que vous voulez donner à votre vie ? "



C'est la fin du chemin, je m'arrête ici. Mais je n'oublie pas ce que le Petit Prince m'a appris : on ne dit jamais assez qu'on les aime aux personnes et aux choses qu'on aime. Alors, encore une fois, pour ne jamais l'oublier, je te le dis, je t'aime Petit Prince...



Et de tout ça, quel est le sens de l'avis ? Il ne signifie sans doute pas grand-chose.
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Cinquante nuances de Grey
19 octobre 2012
Cinquante nuances de Grey de E L James
Il paraît qu’il s’agit là du livre le plus vendu en 2012, ce qui souligne tout de même le désert affectif, érotique et intellectuel de certaines lectrices…



Anastasia est une cruche jeune femme qui n’a jamais connu l’amour le vrai celui qui fait palpiter le cœur et rend tout électrique. Oui Anastasia a 22 ans, oui Anastasia est belle et a priori intelligente parce qu’elle parle de Thomas Hardy, mais Anastasia ne connaît pas encore le grand frisson… Non Anastasia n’est pas crédible un seul instant… Mais voilà qu’un beau jour Anastasia va rencontrer son prince, beau comme un apollon avec ses chemises blanches en lin, riche, connu, influent, tout à fait aussi insipide qu’elle à la hauteur. Mais comme Anastasia est une jeune vierge effarouchée qui rougit toutes les secondes et passe son temps à chercher un élastique dans son sac en se mordillant la lèvre inférieure, elle va douter de son charme – et pourtant les autres passent leur temps à lui répéter combien elle est belle intelligente et désirable…-



Bref l’un et l’autre vont succomber au coup de foudre après de multiples conversations passionnantes :



« Vous êtes à Portland pour affaires ?

Je couine comme si j’avais le doigt coincé dans une porte. Merde ! Du calme Ana !

- Je suis venu visiter le département agroalimentaire de la Washington State University, qui est situé à Vancouver. Je subventionne des recherches sur la rotation des cultures et la science des sols.

Tu vois ? Il n’est pas du tout venu te voir, ricane ma conscience. Je rougis de la stupidité » (p. 35)



Oui parce qu’Anastasia entend des voix, venues soit de sa conscience (qu’elle a fort faible), soit de sa « déesse intérieure », oui Anastasia est un brin schizo…



Jusqu’ici donc, rien de révolutionnaire dans ce roman digne d’un mauvais Harlequin avec ses formules convenues : « Un courant électrique me parcourt. » (p. 51) « Je me disais que j’aimerais passe les doigts dans vos cheveux, ils doivent être tellement doux. » (p. 53) « Je voudrais détourner le regard mais je suis prise au piège, ensorcelée. » (p. 53)



Quand le beau Grey finit par l’embrasser, la scène est tout aussi ridicule attendue :



« Je n’ai jamais été embrassée comme ça. Ma langue caresse timidement la sienne et s’y joint pour une danse lente, érotique, un frotté-collé-serré de sensations. (…) Oh mon Dieu… Il a envie de moi. Christian Grey. Le dieu grec. Il a envie de moi, et j’ai envie de lui, ici, maintenant, dans cet ascenseur. » (p. 93)



Mais me direz-vous : et les scènes sado-maso ? Et je vous reconnais bien là ô lecteur avide de découvertes inédites… Mais patience...



Après le premier baiser, tout se complique car Grey avoue à sa belle qu’il est adepte des pratiques sado-masos et il lui demande donc de signer un contrat si elle accepte de se livrer à lui, d’être sa « soumise » ouh ouh…



Anastasia –pourvue, rappelons-le, d’un cerveau de souris- met beaucoup de temps à accepter si bien que pendant d’interminables pages elle nous abreuve de « qu’est-ce qu’il est beau- je ne peux pas faire ça- mais qu’est-ce qu’il est beau- je ne veux pas avoir mal- il est beau- je ne suis pas comme ça »



Vous vous en doutez Madame La cruche après mouts tergiversations accepte les termes du contrat, en négociant tout de même certains points -essentiels- comme les repas parce que quand même elle n'est pas soumise au point de se faire dicter ce qu’elle doit manger. Faut pas abuser. Et trois heures de sport au lieu de quatre par semaine quand même ! Mais comme elle explose en mille morceaux – comprenez elle jouit - à chaque fois avec son homme d’expérience, l’appel du sexe est plus fort que sa conscience et sa réflexion inexistantes… Et puis il faut dire que leur relation est tellement torride :



« Tu veux du dessert ? pouffe-t-il.

- Oui.

- C’est toi que je veux comme dessert, murmure-t-il d’une voix suggestive.

- Je ne suis pas sûre d’être assez sucrée.

- Anastasia, tu es délicieuse, j’en sais quelque chose. » (p. 243)



« Mais nous restons en ligne comme des adolescents : ni l’un ni l’autre ne veut raccrocher.

- Raccroche, toi, lui dis-je.

Je le sens enfin sourire.

- Non, toi, raccroche.

Je suis sûre qu’il sourit, maintenant.

- Je n’ai pas envie.

- Moi non plus. » (p. 330)



Oui mais bon, c'est pas tout ça mais on nous a promis du sado-maso... Et là, cruelle déception, les scènes en question sont tout aussi édulcorées que le reste. Alors que la chambre des tortures semblait prometteuse regorger de possibilité, Grey se contente de lui attacher les poignets et de lui bander les yeux en la fouettant gentiment. Et la pauvre sainte nitouche Ana se met à pleure sitôt que le petit fouet tout riquiqui l'effleure.



Pour résumé : un style plat, une héroïne féminine cruche au possible, un héros ridicule (il appelle Ana « Bébé », quelle sexytude…), une intrigue harlequinesque, des scènes érotiques tout aussi banales, et un soupçon de sado-masochisme trèèèèès fade. En un mot : nul.
Lien : http://www.lecturissime.com/..
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La vérité sur l'affaire Harry Quebert
10 avril 2013
La vérité sur l'affaire Harry Quebert de Joël Dicker
Un gros pavé, une première de couverture hoppertuniste et deux récompenses littéraires font-ils d'un livre un best-seller ?

Là, il faut croire que oui.

Un best-seller est-il forcément un excellent bouquin ?

Euh... non, pas là non.

La vérité sur l'affaire Harry Quebert n'est pas toutefois un nanar absolu. En revanche, le concept de "chef-d'oeuvre magistral" employé à son endroit m'arrache quelques gloussements furtifs.



Point positif : la construction du récit, intéressante, complexe et néanmoins facile à suivre. De retours en arrière en témoignages divergents, ce roublard de Dicker embrouille son lecteur, le rattrape par les bretelles, feint de délivrer des réponses avant l'heure et nous trimbale dans les détours habiles d'une histoire ficelée comme une cagole dans sa toilette estivale en dentelle de macramé, la sensualité en moins car force est d'observer qu'on s'approche plus ici du scenario commercialement efficace que d'un récit authentique et puissant.



Point négatif numéro 1, aarrgg : le style. Joël Dicker n'écrit sans doute pas avec les pieds mais ça y ressemble, et quand je lis «elle préparait à manger» ou «elle disposa un coussin sur sa chaise pour qu'il soit confortable» (l'écrivain, pas le coussin) c'est plus fort que moi, je coince. Une écriture indigente engendrant manifestement des dialogues sans substance, voilà du coup un roman lesté d'une narration aussi envoutante et suggestive qu'une fille qu'aurait pas de shampooing, nan mais aallô quoi.



Point négatif numéro 2, aarrgg (bis) : les clichés. Ami philosophe réjouis toi, en ce livre prolifèrent de bouleversantes pistes de méditation sur la vie, l'amour, le métier d'écrivain tout ça… à vous propulser Marc Levy au panthéon des métaphysiciens d'envergure planétaire. Au hasard : «L'amour c'est très compliqué», «l'amour ça peut faire très mal» ou «L'important, ce n'est pas la chute […] l'important c'est de savoir se relever» (Joël Dicker, Coelho helvète).



Dans ma grande mansuétude (et un peu par flemme aussi) je passerai rapidement sur la relation invraisemblable et niaiseuse entre Harry et Nola-chérie (précisons quand même que l'insipidité des dialogues y atteint là son apogée) ainsi que sur les rebondissements multiples et furieusement capilotractés qu'inflige la fin de l'histoire au lecteur en mal de révélations.



Bref, quantité au détriment de qualité… voilà sans doute le postulat fondamental de ce prétendu chef-d'oeuvre.



Mais sous le gros pavé, la plage, et comme jamais deux sans trois, La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert pourra bientôt prétendre à un nouveau prix, celui de Le-bouquin-spécial-transat-été-2013 (si tant est que ce dernier se pointe), de loin la récompense la plus pertinente à l'égard d'une aussi brillante réussite… marketing.




Lien : http://minimalyks.tumblr.com/
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Nos étoiles contraires
16 juin 2013
Nos étoiles contraires de John Green
Une couverture loin d'être enthousiasmante.

L'avis du Time Magazine proclamant ce bouquin comme meilleur roman 2012, meilleur que Fantômette contre Satanix ? Ça me ferait mal !

Et ça m'a fait mal...



Hazel et Augustus. Deux gamins touchés par le cancer. L'une apparaît condamnée alors que l'autre semble en rémission. le sujet sentait bon le méchant bourdon et la mélancolie.

Tout faux ! Si le vert est la couleur de l'espérance, le récit de Green l'est tout autant, forcément .

Un récit sur la maladie, l'amour, la mort .

Présenté comme cela, rien d'affriolant a priori et pourtant...

Pourtant, difficile de ne pas succomber à la justesse de ton et l'humour cynique qui transpirent de ce récit à chaque page.

Pourtant, difficile de ne pas se prendre d'affection pour ces deux créatures célestes au charisme fou - Isaac, je ne t'oublie pas – appelées à devenir étoiles filantes avant l'heure.

Pourtant, difficile de ne pas s'émouvoir pour ces deux guerriers magnifiques s'arc-boutant, tels deux roseaux jumeaux, afin de ne jamais rompre et continuer le combat plutôt que rendre les armes.

Pourtant, qu'elle est belle cette histoire d'amour, cette leçon de vie, même si...



Nos Etoiles Contraires : un bien joli bouquin qui fait du bien .

http://www.youtube.com/watch?v=c3Sc2H07sgM



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Cinquante nuances de Grey
01 août 2012
Cinquante nuances de Grey de E L James
Mais qu'allais-je donc faire dans cette galère? Le voici donc le phénomène littéraire de l'année, où un type ondoyant de la chevelure donne la fessée à une fille qui passe son temps à se mordre la lèvre? Comment les Américains feront-ils pour adapter un livre dans lequel il ne se passe rien, sans montrer, censure oblige, les bijoux de famille de Ryan Gosling, pressenti pour incarner Christian Grey? E.L. James pourra toujours investir l'argent gagné grâce à sa prose dans l'achat d'un dictionnaire des synonymes avant d'envisager de commettre d'autres attentats littéraires.

Un roman à utiliser pour caler une armoire ou à offrir à votre belle-soeur, si, par malchance, vous avez la même que la mienne.
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Le monde s'effondre / Tout s'effondre
28 février 2010
Le monde s'effondre / Tout s'effondre de Chinua Achebe
Okonkwo est un homme respecté au sein de son clan. Il a trois épouses et 9 enfants. Sa prospérité, il la doit à son seul courage et à sa détermination; non à l’héritage d’un père qu’il méprise tant pour sa paresse que pour sa couardise. En toute circonstance, Okonkwo veille à ne montrer aucune faiblesse. Comme celle des autres membres du clan, son existence est régie par un ensemble de rites et de croyances figés auxquels il obéit aveuglément. Même lorsque ces règles le conduisent à poser des gestes qui vont à l’encontre de son inclination personnelle, jamais il ne les remet en cause....



(lire la suite)...



http://coupsdecoeur.wordpress.com/2010/02/23/le-monde-seffondre/
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Les Fleurs du Mal
06 novembre 2012
Les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire
" Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là " écrivait Victor Hugo. Pourtant non Victor, non, excusez-moi de vous contredire, mais non, s'il n'en restait qu'un, ce ne serait pas vous, Victor, mais lui, LUI, cet immense, ce douloureux, cet esthète sans fin, celui qui parle aux étoiles, aux nébuleuses, aux puits abandonnés, aux larmes sur mes mains et les connaît par leur prénom, celui qui porte plus haut que quiconque les flammes de la poésie française, ce serait lui, assurément. Lui, ô lui que j'eusse aimé, lui qui le savait...

Mais rassurez-vous Victor, ce n'est là que mon avis, un tout petit avis, sec et rabougri comme un bouquet de soucis, coupé jadis, jamais offert, autant dire, pas grand-chose.
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Nos étoiles contraires
07 juillet 2013
Nos étoiles contraires de John Green
Je pense que l'on connait tous quelqu'un victime du cancer, pour ma part un bon paquet : amis, famille, collègues. Des fois l'issue est favorable, des fois il faut sortir les mouchoirs. La mort c'est moche et le cancer est souvent l'introduction à cette triste fatalité : une sorte de loterie naturelle qui déterminera si oui ou non tu vas crever, si oui ou non tu vas morfler, et si oui ou non tu peux gagner.



Quoi qu'il arrive tu vas en chier, moralement et physiquement, le cancer est une saloperie qui fait beaucoup pleurer.



Mais quel est notre rapport face à la maladie et face à la mort ?



Choupette qui se trouve être ma compagne me pose souvent cette question existentielle :



Tu fais quoi si je meure demain ? (choupette a une relation bizarre avec la mort)



Moi : euhhhhhhh ?????? Ah si ouais : Je m'inscris sur mettic, yeahhhhhhhh, pour me serrer plein de petites minettes chaudasses et bonnasses… trop de la boulette atomique.



Choupette : pas question que tu trempes ton petit machin dans quelqu'un d'autre, à part "Monica Bellucci" parce que même moi je veux me la faire...



Choupette n'a pas du tout le compas dans l’œil, c'est évident, c'est comme dans les manifestions : d'après les organisateurs ils étaient 1 million, d'après la police 10 mille, et moi je crois que les organisateurs ont souvent raison, par contre elle a le sens de l'humour et des affaires :



enfin bref je l'ai autorisé avec "Colin Farrell"



Un jour John GREEN (l'auteur du roman), écrit une histoire sur deux cancéreux de 16 et 17 ans qui vont s'aimer, gerber, et beaucoup souffrir…. hummmm, ça me laisse rêveur rien que le pitch et les 135 critiques me mettent l'eau à la bouche, je sens que je vais bien me marrer, l'auteur a l'air d'avoir un sens de l'humour original… et j'aime ça.



L'histoire est simplement magnifique, d'une grande justesse, l'auteur aborde la mort, la souffrance, la maladie et la vie avec un romantisme déroutant, jamais maladroit, toujours avec cet humour juvénile, ni trop peu ni pas assez, il dose ce roman à la perfection, c'est HUMAIN et c'est BEAU.



Par contre tu devrais normalement beaucoup chialer ta petite maman.



Moi à choupette : et si moi je meure ?



Choupette : Je ne m'en remettrais jamais...



Moi : Rooooooooo viens me faire un "ti câlin..."



Choupette : P'tain mais pourquoi tu me touches le sein, tu m'énervesssssssssss...



Moi : ????? Bah tu voulais un "ti câlin" !



On est tous différents face à la mort, moi je garde mon humour en toute circonstance et ce même avec des gens malades (expérience), je sais encore faire des blagues entre deux sanglots, mais comme je suis pudique, je ferme les portes :



Ouf mon honneur de mâle est sauf !



A lire derrière une porte...



A plus les copains

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Cinquante nuances de Grey
03 septembre 2013
Cinquante nuances de Grey de E L James
J’ai un fort penchant SM, je l’avoue. Et je l’ai découvert en m’infligeant la lecture (quel vilain coup, mes amis, ma peau, mon âme et mes yeux cuisent encore violemment !) de ce « fameux roman d’amour érotique » (mettez tous les guillemets dont vous aurez besoin). Soulignons que « best-seller » n’est pas forcément synonyme de « mauvais », et heureusement ; toutefois, avec Cinquante nuances de Grey, c’est différent. Aussi, pour ce coup-ci, je m’en vais prendre ma grosse voix d’inquisiteur pour vous lancer un désespéré « Fuyez, pauvres fous ! ».





Dès les premières lignes, il est tout de suite clair que tout tourne autour de la rencontre initiale : on se sent mal de penser à Christian, on se sent bien en pensant à Christian, il faut bosser car on pense à Christian, la situation est tendue car on se connaît même pas mais déjà il y a du courant entre nous, et est-ce qu’il faut que je pense au fait qu’il pourrait penser à moi pendant que je pense à lui ? Bref, bref, bref ! J’adore les histoires d’amour, ce n’est pas le problème, mais les vraies, les belles, pas les synthétiques ou les artificielles (bisous à ma chérie, d’ailleurs !). Un mot devrait revenir tonner un peu aux oreilles de ces personnages : crédibilité ! Dès les premiers chapitres (ce sont de menus détails mais comme ils s’enchaînent et que tout se fonde dessus, ça devient très vite agaçant), la caissière dans le plus gros magasin de bricolage du coin devient, quand le héros arrive, à la fois manager et chef de rayon, on a besoin d’un photographe mais on ne pense pas en premier au meilleur ami qui débute dans le métier par une expo d’art, et les étudiantes sont en licence de lettres mais visent un stage dans les télécommunications et l’agroalimentaire… mais bon, j’en demande sûrement déjà trop à ce stade. Car, à ce stade, justement, nous regardons se côtoyer deux personnages vides au possible. Un homme apathique et dominateur face à une femme complexée et demandeuse : avouons que le cliché se pose là, mais tentons d’aller plus loin. Si nous nous en tenons aux deux personnages principaux, les hommes sont pervers et mystérieux, se sentant castrés dès qu’ils ne payent pas l’addition du restaurant, tandis que les femmes sont naïves et d’un esprit peu éclairé. Les femmes sont d’ailleurs forcément désinhibées : rien qu’à l’idée de découvrir les joies sexuelles (bien sûr, elles n’y connaissent rien, elles) et les hommes, eux, ont comme partie anatomique préférée, leur sexe, qui semble guider l’ensemble de leur vie de tous les jours, vie toujours focalisée sur le sexe en général, et le sexe opposé surtout. Ah, les femmes ! Ces êtres, ces fillettes même pourrait-on se dire ici, qui comprennent les choses si vite, mais à qui il faut quand même les expliquer si longtemps… merci aux Cinquante nuances de Grey de ne pas en apporter une seule (nuance) ! Le summum des clichés est atteint, je pense, avec l’importance des hormones féminines, constamment en ébullition dès que ces petits êtres sont un peu choquées : claquer sa conscience pour refouler l’inévitable et y céder avec tellement de plaisir, voilà la thèse de ce roman ! Ces chaudasses en puissance ne sont, je l’espère et je le pense bien, heureusement pas la véritable majorité ; est-ce pour autant un fantasme quasi général ? selon mon entourage non, mais qui sait… les clichés doivent bien survivre, les pauvres.



Et le style ! Quel style, mes amis ! Moi-même, je n’écris pas professionnellement, et c’est bien sûr très difficile d’aligner trois phrases sans être déçu de ce qu’on écrit, mais que diable, nous atteignons là un niveau extrême de bassesse, mais alors quelque chose de bien prononcé ! Le style a le don de sauter du coq à l’âne, dans le genre : « Comment peux-tu ne pas le trouver beau ? Tu veux un sandwich ? Mais je pense encore à lui. Tiens ça doit être ça le désir ». Ce n’est même pas que c’est du cliché à tout-va, car cela pourrait être avenant et agréable, mais véritablement, c’est que l’ensemble est d’une fadeur à faire pâlir un vampire un soir de pleine lune ! L’héroïne rougit, au minimum, dix fois par chapitre (chapitres qui ne sont pas forcément bien longs au demeurant, mais vu la lourdeur du truc, ça prend vite du temps de ne pas s’endormir) ; le moindre frôlement de peau déclenche des tornades de sensations ; les cheveux de monsieur sont attirants parce qu’ils sentent le propre ; et, vraiment, s’il vous plaît, par pitié, nous avions très bien compris que le Christian a le regard gris, qu’il ait le regard furieux, attentionné ou brûlant, voire en fusion (sic !), nous avions déjà capté pour la couleur lors de la première centaine de fois. Tout est ainsi répété continuellement, inlassablement : la lèvre d’Anastasia trouble Christian, les effleurements émoustillent Anastasia, les détails comme la nourriture ou l’état de la voiture prennent des proportions énormes, et à quel point Christian ne veut pas qu’on le touche ; au bout d’un moment, ça saoule, car finalement à donner ces exemples, je vous ai donné toute la substance du livre tellement elle est répétée jusqu’au bout du bout et usée jusqu’à la moelle ! L’incessante répartie « vous satisfaire est notre priorité » m’horripilera à jamais désormais, d’autant plus que, justement, Cinquante nuances de Grey n’est pas satisfaisant.



Dès le début, on peut sentir allègrement que l’atmosphère n’est pas saine du tout. Le mec trace le téléphone portable d’une jeune fille pour la suivre à son bureau, chez elle ou dans des soirées étudiantes, et ça n’inquiète personne. Cela n’inquiète pas plus de monde que « machine » soit schizophrène ? (oui, « machine », parce que j’ai passé un cap et parce que le prénom « Anastasia », dans le contexte, ça ne passe pas) En fait, arrivés à ce point, il faudrait carrément supprimer toutes les pensées de l’héroïne en italique, tant naïves que sottes, ennuyantes et fatigantes, pour au moins nous laisser la possibilité d’imaginer quelque chose de passable : cette « conscience », comme elle l’appelle, puis sa « déesse intérieure » (vous ne rêvez pas, la miss a bien un petit ange et un petit diable dans sa petit tête peu remplie), ne sont là que pour renchérir sur ce qui a déjà été précisé une ligne au-dessus. Bref, de répétitions en redondances, la tautologie et le pléonasme sont là pour combler les vides (et, pour une fois, ce n’est pas sur la blague douteuse que j’attire votre attention). De la même façon, le vocabulaire est plus bas de gamme que jamais : les multiples « oh oui, bébé » rencontrent de passables « allez, un petit coup en vitesse », mais ne valent pas les « jouis pour moi » et autres « je dois te fesser puis te baiser » plus aberrants les uns que les autres. Érotique ne veut pas dire erratique ! Et, par pitié (j’en suis là après avoir fini cette lecture insipide), que soit perdue cette habitude de constamment faire appeler les personnages entre eux par leurs prénoms ou leurs noms : dans la vie de tous les jours, ça ne passerait pas du tout. Tout comme cette manie de retranscrire les mails des protagonistes (avec en-tête et bas de page !! et les « contrats » suivent d’ailleurs le même principe) : c’est d’une facilité sans nom (ça pour gagner des pages, ça en gagne !) et les quelques fautes ou coquilles présentes donnent l’impression que ces parties-là n’ont jamais été relues… De manière générale, il faudrait revoir les notions d’insolence et de domination puisqu’une petite réflexion mène ici directement à l’effronterie (un peu fort, mon bon seigneur !) et deux-trois volées de fessées, ainsi qu’une seule vraie tentative de domination à la toute fin, doivent nous combler en matière de sadomasochisme : c’était sûrement vendeur, mais c’est bien peu assumé. J’imagine que tout est délayé afin de tenir en trois tomes. Personnellement, je m’arrête là ! Nous pourrions aussi déblatérer sur cette autre manie affligeante du « placement des marques » (qui pourrait prêter à sourire s’il n’y avait pas déjà tant de défauts) : entre les ordinateurs, les téléphones portables, les médicaments et les boissons en tous genres, j’ai presque envie de dire « dans quel monde Vuitton ? ». D’autant plus que notre chère héroïne (… sans commentaires…) semble n’en avoir jamais entendu parler, ou si peu avant de s’en faire offrir. Bref, arrêtons-nous là ; arrêtons les frais surtout.





En somme, et compte tenu de tous les retours que j’avais eus, je m’attendais à bien pire, c’est sûr. Pour autant, il y a peu de choses à sauver (au mieux, quelques répliques intéressantes, et encore). L’humble sursaut réveillé au début du dernier chapitre fut achevé brutalement par la morale à deux balles de la conclusion, et dire qu’il y a deux suites à cette chose ! Cinquante nuances de Grey est donc un roman que je ne conseille pas (plein de bonne volonté, je comptais me faire les trois d’une traite, mais j’ai renoncé !). Aux confins du vide et de l’impossible, je m’étonne complètement de lire parfois que ce livre a la réputation d’être « enfin » LA littérature érotique écrite par une femme selon un point de vue féminin : eh bien, si c’est cela le point de vue féminin sur la sexualité ou la domination, il va falloir franchement revoir vos petits principes ! Un petit tour du côté du Trône de fer ou de Kushiel (pourtant pas centrés sur l’érotique) vous en offrirait bien davantage tout en justifiant chaque scène sans voyeurisme et en faisant appel à une certaine part de culture…



Pour vraiment finir, j’ai l’impression d’avoir lu pas mal de choses bien différentes maintenant et ça me fait vraiment de la peine de devoir mettre autant les formes pour une lecture aussi aberrante, alors si j’avais dû expédier cette critique, j’aurais dit que vous avez là l’histoire la plus mièvre au monde relatant la non-initiation à de la fausse sexualité d’une gourdasse qui ne connaît rien, par un macho cynique et complètement à côté de ses pompes. Fuyez donc, pauvres fous !



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Anna Karénine
02 juillet 2012
Anna Karénine de Léon Tolstoï
Splendide, splendide, ô combien splendide roman ! Mille mercis Monsieur Tolstoï pour ce bijou-là.



Il est difficile de parler de ce bel ouvrage sans dévoiler tout ou partie de l'intrigue. Disons que le destin de deux couples principalement y est développé même si l'on parle fréquemment d'un troisième qui fait le lien entre les deux précédents.



À cet égard, la construction du roman est remarquable ; jugez plutôt : d'un côté, le premier pilier est bien évidemment le personnage délicieusement complexe d'Anna, la femme d'Alexis Karénine. Le frère d'Anna, Stepan Oblonski est marié de Dolly. L'une des sœurs de Dolly est l'épouse de Constantin Lévine, le second pilier du roman.



Ce faisant, à partir de ces deux personnages centraux qui ne se rencontrent quasiment jamais, Lév Tolstoï parvient à faire s'arquer une voûte constituée par les relations et les réactions psychologiques des différents membres des couples et de la sorte à faire le portrait de tout un monde ainsi qu'à balayer une diversité psychologique étonnante qui donne toute son épaisseur, son intérêt et sa consistance à l'édifice.



L'incipit du roman parle de lui-même "Les familles heureuses se ressemblent toutes; les familles malheureuses sont malheureuses chacune à sa façon." Ne m'en veuillez pas si je vous retire la joie de découvrir que celui d'Anna Karénine est de loin le couple le plus malheureux



Les couples sont aristocratiques de vieille noblesse russe en fin de XIXème siècle (c'est-à-dire que l'écrivain parlait de son époque au moment où il écrivait le roman). Les vices et les merveilles de cette vie qui n'existe plus guère de nos jours que chez les très grands patrons de très grandes entreprises et chez certains chefs d'états sont parfaitement peints avec leurs brillances et surtout, leurs vacuités et hypocrisies.



Le clivage qui existait entre cette société et le peuple est très bien illustré, notamment dans les yeux de Constantin Levine, alias Tolstoï lui-même, (concernant la question agricole, du progressiste Levine en butte avec l'épaisse conception traditionnelle réfractaire au changement, voir le parallèle français avec le personnage de Hourdequin dans La Terre de Zola) clivage qui devait conduire quelques décennies plus tard à la révolution russe de 1917.



La simplicité et la vérité du style employé par l'auteur donne toute sa force et sa grandeur à cette œuvre monumentale, qui traverse les époques sans ternir. Ne soyez pas effrayés par l'épaisseur du livre qui se lit très facilement et dont la lecture est rendue très agréable par le découpage en minuscules chapitres. Les scènes rurales sont pleines de vérité et de vécu (la chasse à la bécassine, le fauchage à la faux, le négoce du bois...) et les scènes urbaines non moins pleines de vérité et de vécu sondent les désirs et les entraves sociales magistralement.



Mon passage favori restera celui qui est le plus autobiographique de tous, la scène de la déclaration codée entre Levine et Kitty. Un instant d'une grâce infinie et difficilement égalable.

Il peut paraître niais de préciser qu'il existe de nombreux parallèles entre Anna Karénine et l'autre grand ouvrage de l'auteur, La Guerre et La Paix, mais peu importe, je le fais.



L'un et l'autre mélangent habilement autobiographie et fiction avec un réalisme surprenant. Comment ne pas reconnaître dans Constantin Levine le Pierre Bézoukhov de Guerre et Paix ? Idem entre Alexis Vronski et André Bolkonsky. La chose se complique un peu avec les femmes car il semble bien que la belle Natacha Rostov de La Guerre et La Paix soit la génitrice tant d'Anna Karénine que de Kitty Stcherbatski.



Le personnage d'Anna est forcément plus complexe car on y décèle aussi des traits d'Hélène Bézoukhov ainsi que de personnages authentiques comme Anna Pirogova, l'héroïne involontaire du fait divers qui inspira au tout début Tolstoï et bien sûr de Maria Alexandrovna Pouchkina, la première fille de Pouchkine qui frappa tant l'imaginaire de l'auteur. De même, il y a probablement un peu d'Anatole Kouraguine dans la vie dissolue de Stepan Oblonski.



On retrouve aussi certains points communs sur les grands chevaux de bataille de l'auteur, imputables au côté religieux de Tolstoï, notamment en ce qui concerne la question du pardon chrétien. Ici, Alexis Karénine accord son pardon à Anna et Vronski exactement comme André Bolkonski l'accorde sur le champ de bataille de Borodino à Anatole Kouraguine qui lui avait ravi Natacha Rostov.



De même, le personnage de Marie Bolkonski, sœur d'André, pleine d'abnégation et de piété, n'est pas sans rappeler ici celui de Dolly, la femme du volage Stepan Oblonski, frère d'Anna Karénine. L'une comme l'autre trouvent leur raison d'être dans le pardon inspiré par la religion.



Bref, Anna Karénine, c'est une sorte de nouvelle mouture de La Guerre et La Paix dépouillée de sa gangue de batailles napoléoniennes. L'auteur, parti d'un fait divers, a fait épaissir sa sauce romanesque au point de faire oublier le superbe morceau de viande qu'elle était sensée accompagner. Cette sauce c'est la passion amoureuse. Ce qu'elle engendre de folies, de joies indicibles, d'irrévérences à l'étiquette sociale... de douleurs aussi.



Si je poursuis cette comparaison culinaire, on pourrait affirmer que le morceau de viande est toute cette société russe, une certaine société que Tolstoï nous fait toucher du doigt. Si Anna Karénine est le personnage principal du roman, c'est en ce sens que c'est elle qui cristallise tout ce que représente la fameuse sauce aux senteurs et aux épices si particulières. Cette sauce de la passion amoureuse pourrait accompagner d'autres plats de viande, d'autres types de sociétés, il n'empêche que sa recette serait la même, aussi forte, aussi relevée... et aussi amère par moments.



Et c'est la raison pour laquelle, cette œuvre ne vaut pas tant pour son plat de viande principal, l'aristocratie russe de la seconde moitié du XIXème siècle, que pour sa sauce, qui elle touche à l'universel, qui elle touche à ce qui est le plus constitutif de l'identité humaine, qui n'a pas d'âge et pas de lieu.



Un roman à lire et à savourer comme un pur délice, un vrai, vrai monument de la littérature du XIXème siècle. L'auteur y déploie avec toute sa maestria, tout son savoir-faire dans des phrases qui jalonnent le pourtour de l'histoire littéraire mondiale, et pas seulement russe, car, vous l'avez compris, Lév Tolstoï est universel. Personnellement je place ce superbe roman dans mon top 10, peut-être même bien plus haut, qui sait ? mais ce n'est bien sûr que mon avis, un parmi tant d'autres, autant dire, pas grand-chose.
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L'étranger
12 janvier 2013
L'étranger de Albert Camus
Je me rends compte que je n'ai jamais fait de fiche de lecture sur ce livre, voilà qui va être réparé ! C'est en classe de Première que j'ai lu ce livre pour la première fois car il était dans ma liste du bac (quel est le sagouin qui a dit que ça remontait aux calendes grecques ?). Sur le coup, avec ce fameux "Aujourd'hui maman est morte, ou peut-être hier, je ne sais pas", je me suis dit que la lecture allait être difficile... Bien évidemment, je n'avais pas compris sur le moment toute la finesse de cette phrase et je pensais que le sieur Camus s'adonnait à la boisson.



Trêve de plaisanterie, ce roman met en oeuvre l'absurde, celui de la condition humaine. Le personnage, sorte d'anti-héros, prénommé Meursault, est étranger au monde qui l'entoure. Et quiconque ne rentre pas dans le moule se verra rejeté, exclu et pénalisé par la peine ultime, la mort. Voilà qui pourrait résumer un peu l'idée, bien que cela reste complexe.



Ce qui fait tout le succès de ce roman, c'est d'abord ce personnage qui est également le narrateur. Souvent, le lecteur a de l’empathie lorsqu'un récit est à la première personne. L'autre facette du succès, c'est que ce roman parait simple. Il raconte une histoire somme toute banale, celle d'un homme qui vient à l'enterrement de sa mère, qui tombe amoureux de Marie et dont le voisin de palier a des problèmes avec une de ses maîtresses. Ce voisin, Raymond, invite Marie et Meursault dans un cabanon appartenant à l'un de ses amis, sur la plage. Le groupe croise alors des jeunes gens parmi lesquels figurent des frères de la maîtresse bafouée. Bien évidemment, une bagarre s'ensuit, dans laquelle Raymond est blessé. Un peu plus tard, alors qu'il se baladait sur la plage, Meursault rencontre à nouveau l'un des protagonistes de la bagarre. Aveuglé par le soleil, n'ayant plus, dès lors, tous ses sens, le narrateur prend le revolver qui se trouvait dans sa poche et tire à l'aveugle, tuant le jeune. Voilà qui pourrait figurer dans les faits divers... Oui mais Meursault ne s'arrête pas là. Une balle aurait pu, à la limite passer pour un accident... mais certainement pas les quatre autres qui ont suivi ! Et que dire ensuite du procès ? Meursault ne montrera pas une once de regret face à son geste, tout comme on lui reprochera de ne pas avoir pleuré à la mort de sa mère... Les conventions sont les conventions... mais Meursault y est étranger.



Je lis et je relis ce roman avec plaisir, y découvrant à chaque fois une signification. Sous ses dehors d'une simplicité confondante se cachent en fait une symbolique et une poésie représentatives de Camus.
Lien : http://www.lydiabonnaventure..
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L'élégance du hérisson
05 juillet 2009
L'élégance du hérisson de Muriel Barbery
Je ne partage pas du tout l’engouement de certains pour l’Élégance du Hérisson. Au lieu d’un roman, j’ai cru lire le Bescherelle.



D’abord, j’ai pensé aux cours magistraux atroces de ma vieille prof de français de 4e, qui, complexée de son statut et fanatique de la grammaire, usait de mots improbables pour se donner l’allure d’une académicienne. Le dos cambré, les lunettes en demi-lune au bout du nez, elle en prononçait chaque syllabe avec jouissance puis claquait sa langue, triomphant de son audience inculte.

Après « chuinter », je me suis dit que c’était pire encore et j’étais convaincu que la co-présentatrice de « Des Chiffres et des Lettres » avait écrit le livre en y plaçant sa collection privée de mots de 9 lettres à 7 consonnes.

Puis, je me suis fait une raison.



Heureusement, la profonde complexité des relations humaines fut subtilement dépeinte dans le roman avec les « méchants pas beaux » contre les « gentils mignons tout plein ».

Du côté des « gentils mignons tout plein », la concierge, forcément. Je dois bien admettre que l’idée d’une concierge brillante, férue d’Anna Karénine, était hors du commun et a attisé ma curiosité (ou peut-être c’était le présentoir à la Fnac, je ne sais plus). Mais après quelques pages, on se rend vite compte que la concierge inouïe se confond avec son stéréotype: antipathique, fermée d’esprit, repliée sur soi et maniaque (de la grammaire). Même remarque pour Paloma, la seconde héroïne du roman. L’adolescente surdouée qui se veut en dehors du troupeau est finalement le cliché même de la pré pubère en mal de devenir: « mes parents, c’est trop des cons d’abord, ils me comprennent pas, ma sœur est une pouffiasse, la société elle n’a que des problèmes et je veux me suicider ». Il ne manquait que Tokyo Hotel.

De l’autre côté, celui des « méchants pas beaux », les riches…évidemment, puisqu’il sont riches.



Enfin, l’amour du Japon, à la fois dans les références aux Sœurs Munakata et incarné dans la relation entre Renée et Kakuro, parachève le côté bobo du hérisson. Contrairement à iris, cette passion me parait terriblement banale de nos jours. Comble de l’originalité, il se tient même un salon exclusivement dédié au Japon aujourd’hui même.

A terme, si nos profs de philo se mettent au yoga et au feng shui, suivent la mode bobo obsédée par le bien-être oriental, la satisfaction béate et la « zen-attitude », oubliez les Kant, Nietzsche et Husserl, dans deux ans, on lira « Le Bonheur en 7 jours » , « Etre bien dans son corps et dans son esprit » et autres niaiseries en vogue.

Une petite diatribe de Mme Michel sur le tri sélectif des poubelles de l’immeuble et on avait la totale bobo…



Le style ampoulé et le ton péremptoire, les références pédantes et élitistes, pour tartiner sa culture et aboutir sur une histoire d’amour aussi enivrante qu’une relation minitel, sont une insulte à ces pauvres hérissons.

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Les interdits de Cabu
07 janvier 2015
Les interdits de Cabu de Cabu
J'ai les larmes aux yeux. Moi qui n'écoute jamais les informations, aujourd'hui, c'est l'information qui est venue à moi, qui s'est jetée sur mon visage et qui m'a prise aux tripes. Dans mon couple nous sommes ébranlés par la nouvelle comme beaucoup je pense.



Cabu, surtout, je le connais depuis toute petite, à l'époque où il était à la télé avec Dorothée dans les émissions jeunesse. Il m'a suivi dans l'évolution de ma conscience depuis ma plus tendre enfance. Lui faire ça, à lui comme aux autres, c'est tout ce qu'on veut : odieux, abject, liberticide, et trente millions d'autres adjectifs tous plus bas et vils les uns que les autres.



La France avait vraiment bien besoin de ça. Ce soir, mon souvenir saigne, mon coeur saigne, ma liberté saigne, mon rêve de cohésion sociale en bonne intelligence saigne, tout saigne.



Des Musulmans au-dessus de tous soupçons vont encore être stigmatisés et montrés du doigt, Marine le Pen va gagner vingt points dans les sondages, d'infects crevards vont encore essayer de récupérer l'événement pour nous faire bouffer des couleuvres.



Mais avant tout, ce soir, c'est la liberté d'expression qu'on assassine. Et donc, malheur à nous aussi si un jour nous avons la fâcheuse idée d'écrire ce que les teneurs de kalachnikov ne souhaiteront pas lire.



" Fermez vos gueules ou sinon, une bastos ! " Quelle beauté, quelle sérénité, quelle paix ! Aux trois trous du cul qui se sont crus des hommes à appuyer sur une gâchette face à des innocents désarmés, à tous ceux qui secrètement les soutiennent et/ou les admirent, je ne m'abaisserai même pas à vous cracher au visage verbalement car, jusqu'à preuve du contraire, je ne m'adresse verbalement qu'aux êtres humains.



Or, vous trois et les quelques autres que j'ai dit, vous avez franchi la frontière absolue, vous n'êtes tout simplement pas des hommes dans l'acception générale du terme. Vous avez des bras, un pancréas, trois ou quatre molaires, mais un homme, voyez-vous, c'est plus que ça, c'est autre chose que ça. Être un homme, c'est avant tout une façon de se comporter et aujourd'hui, vous vous êtes comportés comme peu d'animaux s'abaissent à le faire.



Voulez-vous nous faire taire ? Beau projet, grande idée, somptueux programme ! Mais nous avons une autre idée de la France et de la liberté au sens large. J'ose espérer que dix Cabu, que cinquante Wolinski, que cent Charb vont relever la tête et empoigner leurs crayons pour vous le signifier.



Aujourd'hui, preuve est faite que NOUS AVONS BESOIN de gens qui s'opposent à la pensée unique, NOUS AVONS BESOIN d'humour et de dérision, NOUS AVONS BESOIN de gens qui abordent des sujets tabous ou qui fâchent.



Ce soir, je pleure. Je pleure la liberté morte, je pleure l'humour et l'esprit de dérision mort, je pleure sur les conséquences probables, je pleure au nom des vrais Musulmans qui sont insultés par cet acte.



Aux plus jeunes d'entre vous, je me revois à votre âge, regardant les dessins de Cabu, dans un pays où l'on pouvait dire des choses fortes sans se faire tuer. C'était dans un pays où Reiser a pu mourir de sa " belle " mort, inquiété par les seules terreurs de son cancer. S'il avait encore été parmi nous, nul doute qu'il aurait fait partie de la liste et même en numéro 1.



Aux plus jeunes d'entre vous, donc, j'éprouverais une joie indicible à savoir que l'un ou l'autre parmi vous prendra la courageuse décision de se lancer dans la caricature et de défendre cette belle dame qu'on appelle Liberté D'Expression.



Et à tous ceux qu'on a perdu aujourd'hui, je témoigne mon plus profond respect, vous nous manquez déjà.



P. S. (environ 4 mois après) : en relisant cette contribution que j'avais écrite à chaud, c'est-à-dire dans l'émotion et pas du tout dans la réflexion ni la circonspection, je trouve cet avis très naïf. S'il a quoi que ce soit de touchant, je dirais qu'il est touchant de naïveté. Je ne suis plus certaine que j'écrirais quoi que ce soit de ce genre si la chose devait se reproduire ce soir. Écrire sous l'emprise de l'émotion et sans aucun recul est toujours un exercice très risqué, ou, du moins, très sujet à caution, notamment eu égard à la couverture médiatique partisane d'un événement en cours. Je ne retire pas ce que j'ai écrit, car c'est le reflet d'une émotion brute, mais j'y mets un avertissement, à savoir que ce n'est que le reflet d'une émotion et pas du tout le fruit d'une réflexion. Or, pour moi, n'ont d'intérêt véritable que les pensées issues de la réflexion et non celles issues d'une émotion, quelle que soit l'émotion en question. L'émotion a le pouvoir d'annihiler l'esprit critique or, l'esprit critique est pour moi d'une valeur inestimable. Je n'oublie pas que les médias dominants ont toujours pour but de forger l'opinion et l'opinion exprimée ici est exactement celle que les médias ont voulu forger et pas du tout la mienne propre qui, à ce jour, est tout à fait différente.
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L'extraordinaire voyage du fakir qui était re..
13 février 2014
L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea de Romain Puértolas
En général je ne dis pas « c'est mauvais », je dis « j'ai pas aimé ».

Oui mais là… c'est vraiment mauvais.

Et en plus j'ai pas aimé.



Je développe ?

Sachant que je me suis (héroïquement) envoyé l'intégralité des 253 pages de ce machin, autant argumenter.

Donc je développe.



L'histoire du fakir qui... que... tout ça, se veut loufoque, originale, irrésistiblement drôle et accessoirement moraliste. Hélas, si l'auteur a puisé son inspiration au pays d'Ikea, ce n'est certainement pas chez Jonasson ou Mankell, ç'eût été trop beau. Les aventures de son indien calamiteux se résument donc à une fablounette approximative et niaiseuse, lestée d'un assemblage de clichés maladroits et dégoulinants de démagogie politiquement correcte.



L'histoire, passe encore, mais comment parvenir à se concentrer sur celle-ci tant le style de la narration pique les yeux ? Lourdingue, indigent, malhabile…. J'en pleure encore.

De rire.

Ou de désespoir, je ne sais plus.



Tiens, exemple-type de la phrase qui pique : « Une vraie caverne d'Ali Baba. Il y en avait de partout.»



Au hasard, autre phrase qui pique (si, j'insiste) : « Si elle voulait quelque chose, elle le prenait de suite.»



J'aime pas quand ça pique.



En revanche, le linguiste avisé notera sans déplaisir un fascinant effort de syntaxe de la part de l'auteur, dont l'étourdissant répertoire d'expressions suggestives telles que joli, jolie, jolis, jolies, belle, belles, beau, beaux, très beaux, vachement beaux… force le respect. De quoi, dans quelques années et avec un peu de pratique, détrôner Enid Blyton et son incontournable Oui-Oui au pays des placards en kit.



Mention spéciale également aux multiples envolées poétiques rivalisant de virtuosité et dont je vous livre ici gracieusement quelques spécimens remarquables :



« Ajatashatru leva ses yeux Coca-Cola vers la jeune femme. Ils pétillèrent comme le soda lorsqu'on le verse dans un verre. »



« Elle reposa le combiné, dévorée par les flammes d'un feu sauvage. » (pardon, j'ai pouffé)



« L'eau qui sortait de la poire des douches avait un aspect sombre et terreux » (chez moi c'est une pomme, mais bon, ça reste du Sacha Distel, on va pas chipoter).



Dans un dernier élan d'indulgence un peu lasse, oublions le style au bénéfice de l'humour. Car bien sûr l'auteur est un comique. Comique érudit qui plus outre, qui recycle avec un opportunisme d'une rare élégance l'humour des années soixante-dix (« il attendait qu'un feu rouge crache sa pastille Valda »), les métaphores subtiles propres aux années quatre-vingt (« il fondait aussi vite qu'un glaçon sur le nombril de Kim Basinger ») ou de saisissantes références à la littérature des années deux-mille (« il ne faut pas tenter le diable… même s'il ne s'habille pas forcément en Prada… »)



LOOOL, MDR, PTDRXXL.



Courage, c'est pas fini, car je tiens à partager l'allégresse qui m'étreint à la relecture du mini-florilège de vannes-à-deux-balles proposé ci-après (dans le texte et non exhaustif hélas) :



« Le président de la France s'appelait Hollande. Tiens, quelle drôle d'idée ! le président de la Hollande s'appelait-il monsieur France, à tout hasard ? » (soupir)



« Taisez-vous et laissez-nous travailler ! Coupa froidement Demarbre, qui avait toujours un peu de mal à le rester [virgule] de marbre. » (re-soupir)



« Sophie Morceaux dut se faire à l'horrible réalité : elle était devenue borgne. Ce qui était intolérable, vous en conviendrez, pour une actrice qui n'avait même pas tourné dans Pirates des Caraïbes. »



LOL, MDR, PTDRXXL bis.



Oui j'ai pris des notes ! D'aucuns trouveront sans doute le procédé mesquin mais ce fut pour moi le seul moyen d'endurer dans la sérénité ce déferlement de pouèt-pouèt-tagada-lol-mdr-ptdrxxl, et d'être à même de rédiger mon commentaire avec l'objectivité que mérite toute entreprise littéraire, fut-elle une bouse cosmique de cette envergure.



Dans sa biographie fantaisiste l'on apprend que Romain Puértolas a exercé à ce jour d'innombrables métiers, de professeur de langues à découpeur de femmes dans un cirque autrichien (LOL, MDR, PTDRXXL). Alors, le plan arnaqueur-plumitif monsieur Puértolas, ça, c'est coché. A présent passez à autre chose hein, ça ne pourra pas être pire.



Quant à toi, vaillant ami lecteur qui aura eu la bonté de me lire jusqu'au bout, j'ose espérer t'avoir épargné la dépense parfaitement inutile de dix-neuf euros, prix-public-conseillé. Si c'est le cas, ne me remercie pas car c'est offert de bon coeur (humour des années quatre-vingt, LOL, MDR, PTDRXXL).




Lien : http://minimalyks.tumblr.com/
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1984
20 octobre 2011
1984 de George Orwell
On cite souvent 1984 et Big Brother à chaque fois que des nouvelles caméras de surveillance sont installées. J'ai l'impression que c'est la seule chose qu'on ait retenu de ce roman : la surveillance constante.



Pourtant, 1984, c'est beaucoup plus que ça : c'est un condensé de toutes les méthodes qui existent aux quatre coins du globe pour cadenasser la pensée, mise en place à la perfection : la peur constante de la délation, y compris venant de sa propre famille ; la capacité des foules à absorber n'importe quel mensonge pourvu qu'on le lui répète assez longtemps ; la falsification des faits historiques ; l'appauvrissement de la langue pour rendre impossible la formulation de certaines pensées ; la création d'un ennemi commun à haïr ; et la liste peut être encore longue.



La lecture du roman est dure, on sent que le système est parfait, implacable, que les petites victoires de Winston sont trop simples, trop faciles, et que ça va mal tourner. Et en effet, le petit grain de sable ne grippe pas la machine, mais est renvoyé fermement à sa plage.



Un livre vraiment marquant, et que je ne suis pas prêt d'oublier.
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Hunger Games, tome 3 : La Révolte
26 février 2012
Hunger Games, tome 3 : La Révolte de Suzanne Collins
Attention ! À ne pas lire si vous n’avez pas encore découvert les 3 tomes de la saga.



J’ai emprunté à la bibliothèque les deux premiers tomes pour mon fiston, féru de fantasy et comme d’habitude, je les ai lus aussi. Je n’imaginais pas faire une critique, les livres en étant déjà bien pourvus et je ne voyais pas la nécessité d’apporter ma pierre à l‘édifice.

Mais après avoir lu le dernier tome, j’ai un sentiment d’amertume, un certain mal-être. Je me sentais vachement triste et vide.

Je me suis mise à lire les différentes critiques. Surtout celles écrite par de jeunes lecteurs. Et je me suis demandé s’ils avaient bien compris que ce troisième tome n’avait rien d’une dystopie et qu’on se trouvait en pleine réalité.

Génocides, guérilla urbaine, conditionnement, tortures physiques, psychologiques, guerre médiatique, manipulation des populations, esclavage, otages humains, pressions : tout cela fait partie du quotidien de populations dont les pays sont en guerre ou sous le joug du totalitarisme.





La saga « Hunger Games » de Suzanne Collins se déroule dans une Amérique du Nord post-apocalyptique divisée en 12 districts, ayant chacun leur spécialité et soumis au Capitole. Depuis des années, le Capitole organise les «Hunger Games»: deux enfants dès 12 ans issus de chaque district sont jetés dans une arène, truffée de pièges où ils doivent d’abord survivre puis s’éliminer dans une guerre sans merci. Un seul doit donc sortir vivant de ces jeux de téléréalité. Le combat singulier de Katniss, 16 ans nous est conté dans Hunger Games T1, elle en subira les conséquences dans « L'Embrasement » T2, et deviendra le geai moqueur, symbole de ceux qui veulent changer le système dans « La Révolte »T3.





Nous retrouvons donc Katniss après son enlèvement par les rebelles. Le district 12 a été bombardé, les survivants dont la maman de Katniss, sa sœur et Gale, ont été recueilli dans le district 13. Katniss est déboussolée car Peeta est retenu prisonnier par le Capitole. Celui-ci est utilisé dans la propagande télévisée du Capitole. Une escouade parvient à libérer Peeta des prisons du Capitole mais celui-ci a été torturé et conditionné à considérer Katniss comme une aberration de la nature, une mutation génétique qu’il faut éliminer. Peeta essaie de la tuer et est pris en charge par une équipe qui tente un reconditionnement.

Le district 13 a survécu et sa population s’est libérée de l’emprise du Capitole, mais l’auteur nous montre que le district 13 prend des allures de Capitole. Entrainement des troupes de façon assez musclée, au Bloc, appelé «Simulation de Combat Urbain» qui reproduit l’environnement d’une rue du Capitole. Missions : enlever une position, détruire une cible, fouiller une maison. Décor machiavélique avec des mines, des tireurs d’élite et comprenant même des « enfants en larmes » qui « viennent les conduire dans des embuscades ». On nage en pleine guérilla urbaine.

Une équipe dont fait partie Gale, est chargée de trouver des stratégies de guerre. « Il s’agit moins de reprendre le mécanisme des pièges que d’en conserver le ressort psychologique. En piégeant par exemple une zone qui fournit un élément essentiel à la survie. Comme une source d’eau ou d’alimentation. En effrayant les cibles de manière qu’elles s’enfuient en grand nombre vers un danger bien pire. En menaçant les enfants pour attirer les parents dans la nasse. En conduisant la victime dans un endroit qui parait sûr – mais où la mort l’attend» Gale, lui est passé de l’autre côté. Il a besoin d'assouvir sa vengeance contre des années de privation et de mauvais traitements. Cela le conduit à des actes encore plus cruels que ceux de leurs ennemis



La vie dans le treize est réglée au millimètre près : nourriture, emploi du temps, vêtements, entraînement et même les occupations. On s’aperçoit que les instances du district 13 ont le projet de modeler Katniss afin qu'elle devienne le geai moqueur. Mais Katniss n’est plus qu’une héroïne abattue, l’ombre d’elle-même, traumatisée, en proie aux doutes sur le bien-fondé des actions entreprises.

En tournant des spots dans le district 8 pour faire rallier la révolution, il y a bombardement meurtrier ce qui réveille le geai moqueur. Katniss part au Capitole avec une équipe armée pour éliminer Snow. Sans oublier l’équipe de télévision qui filme ses moindres faits et gestes qui sont projetés sur la chaîne nationale piratée. C’est une guerre médiatique poussée à l'extrême.



Certains passages sont délicats. C'est la guerre, il y a beaucoup de morts, de désespoir, de blessures, de désenchantement et de fatalisme. Des révélations affreuses sont faites de la vie du Capitole tel l’esclavage sexuel de Finnick. « Le président Snow me vendait… c'est-à-dire mon corps, commence Finnick d’une voix détachée. [...] Dès qu’un vainqueur est considéré comme désirable, le président l’offre en récompense à ceux qui le servent, ou le loue à des tarifs exorbitants. Si on refuse, il fait tuer l’un de nos proches. Alors, on obéit. »

Les blessures physiques et psychologiques, les abus et les tortures répétées peuvent entraîner des dégâts irréversibles et marquer à tout jamais les victimes.



Suzanne Collins montre clairement qu’il n’y a pas de gentils ou de méchants : il n’y a que des hommes et des femmes, des deux côtés, qui œuvrent pour ce en quoi ils croient. Il y a des dégâts et des morts dans les deux camps. Et jamais, l’auteur n’établi clairement qui a raison.

La violence fait rage que ce soit du côté du Capitole ou de celui des rebelles et, comme dans toute guerre, l'horreur est présente à tout instant. La réalité de la violence avec son lot de pertes et de trahisons est montrée dans toute son horreur, de part et d'autre des deux camps ; la victoire des rebelles ne fait pas pour autant disparaître la cruauté de l’homme. Pas de manichéisme ici. La soif de pouvoir existe dans les deux camps.

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Ce côté sombre contraste quelque peu avec la catégorie jeunesse dans laquelle est classée la saga. Je ne sais pas si un jeune enfant peut comprendre. Cette saga devrait être lue accompagné ou même encore étudiée à l’école avec l’aide d’un enseignant qui pourrait expliquer à l’enfant la paix, la guerre et ses ravages, les moyens utilisés.





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Chanson douce
18 août 2016
Chanson douce de Leïla Slimani
La lecture de Chanson douce m'a occasionné un choc, que ma mémoire de lectrice n'est pas près d'oublier, je remercie donc en préalable Gallimard et Babelio, sans qui cette secousse littéraire n'aurait pas eu lieu.



La scène inaugurale décrit un tableau aussi horrible qu'irréparable digne des meilleurs scénarios de films d'horreur, en totale contradiction avec le titre du roman qui laisse présager une paisible histoire. Dans les chapitres suivants, Leïla Slimani dévoile l'implacable chronologie des événements qui ont abouti à cet épilogue.



Tout a commencé lorsque Myriam, avocate, habituée à défendre des assassins et donc censée bien les connaître, décide de travailler à nouveau après avoir consacré quelques années à l'éducation de Mila et Adam, ses enfants. Paul, son mari, et elle-même, recrutent une nounou pour s'occuper des bambins. C'est ainsi que Louise entre dans leur appartement et dans leur vie. Jeune femme effacée, veuve, en difficulté financière, Louise révèle rapidement des talents de fée du logis dignes d'une nounou irréelle, telle une Mary Poppins jaillie d'un livre pour enfants. Ménage, cuisine, bouquets, rangement, entretien du linge, jeux et sorties avec Mila et Adam, histoires et berceuses, rien n'échappe à sa perfection. Chaque jour elle devient davantage nécessaire au bien-être familial, tandis que Myriam et Paul veillent scrupuleusement, en “bons” patrons qu'ils veulent être, à garder la bonne distance avec elle, à ne pas l'humilier.



Il serait dommage de déflorer davantage l'intrigue et gâcher ainsi le plaisir de la découverte des futurs lecteurs de Chanson douce qui est à sa manière, un roman à suspense. C'est la raison pour laquelle, je préfère parler du style de Leïla Slimani, singulier et brillant, sous son apparente simplicité parfaitement travaillée. Avec beaucoup de talent, elle instille dans son récit l'inéluctabilité du drame, à doses homéopathiques, ajoute habilement quelques granules dans chaque page sous la forme de menus faits quotidiens, alourdit lentement la menace qui plane, blanche, indicible, sulfureuse. Sans jamais porter de jugement sur ses personnages, elle utilise une écriture sobre, aussi neutre que l'est un rapport d'autopsie, totalement adaptée à cette autopsie d'une catastrophe annoncée. Elégants et sensibles, les mots sont agréablement assemblés pour former des images émouvantes, teintées d'une poésie mélancolique qui accentue le rythme lancinant du roman. Avec économie, sans verbiage, sans effet spectaculaire, elle restitue des émotions fortes et nuancées, d'une petite voix douce qui murmure à l'oreille du lecteur une berceuse, ou un conte enfantin.



Chanson douce contient aussi une subtile analyse des modes de vie actuels. Tout au long du roman, Leïla Slimani, évoque avec pudeur et tendresse à travers les difficultés de leur vie journalière, le sort de ces petites gens, souvent immigrées, souvent sans papiers, toujours démunies, ces fantômes urbains qui vivent dans un monde parallèle et vendent leurs compétences domestiques et maternelles, et offrent quelques mots d'amour et d'affection, en baoulé, dioula, arabe, hindi, filipino, russe, aux marmots que leur confient des couples économiquement dominants, pris dans le tourbillon de carrières qui les prive de temps.



Je souhaite beaucoup de succès à Leïla Slimani, parce qu'elle le vaut bien. Et pourquoi pas le Goncourt ?
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