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mylena
  07 juin 2021
La queue de Sorokine V
Dire que ce livre a été écrit en 1983, c’est peu dire que je regrette de ne pas l’avoir eu entre les mains durant l’hiver 84-85. Cela aurait été le parfait manuel de conversation quotidienne en russe. C’est vraiment représentatif du quotidien de cette époque en tout cas. Le premières lignes mettent dans le bain :

- Camarade, qui est le dernier ?

- Probablement moi, mais derrière moi il y a encore une femme en manteau bleu.

- Donc, je suis derrière elle.

- Oui. Elle arrive dans un instant. Mettez-vous derrière moi en attendant.

Et le texte continue, en un fil de dialogues entre les personnes qui attendent.Dans l’édition en russe il y a des silhouettes de petits personnages alignés qui illustrent les pages ainsi que la couverture. C’est très juste, simple, et en même temps une critique acerbe de la situation en URSS.

Cet ouvrage mérite largement plus de 15 lecteurs, mais il faut dire qu’il a été desservi dans sa version française par l’équivoque inévitable due au titre (en russe il n’y a aucun jeu de mot sur le titre) qui a entraîné plus de fous rires sur les plateaux de télévision que de présentations sérieuses.
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AlbertYakou
  25 avril 2021
Paul et l'invention du christianisme de Hyam Maccoby
La thèse de Hyam Maccoby, au titre provocateur, est très exact. La transformation que Paul a fait subir à la christologie de la secte des Nazoréens est considérable et dans le but de rallier les païens à sa cause.

Rappelons d’abord les faits tels qu’ils sont désormais établis par la plupart des chercheurs. Quand je parle de chercheurs, il s’agit de personnes qui ont consacré leur vie à comprendre et à interpréter Jésus (Guignebert, Meier, Brown, Marguerat, Vouga, Boismart, Perrot, Bütz, etc.) et non pas les auteurs de livres grand public (comme Petitfils pour ne citer que le pire).

Jésus est un prophète juif, qui se conduit comme un prophète juif, proche des Pharisiens avec lesquels, comme en témoigne l’Evangile selon Marc (le plus ancien) il est loin d’entretenir de mauvais rapports.

En tant que Prophète juif, ancien disciple de Jean le Baptiste (un autre prophète), il annonce le royaume de Dieu et prépare la population à cette venue prochaine. Qu’il se soit peut être pris pour le Messie est discutable et discuté, même si Laurent Guyénot dans le Roi sans Prophète (voir ma critique de cet ouvrage) défend cette thèse avec des arguments intéressants. Ce serait de toute façon le Messie (Christ en grec) au sens judaïque du terme, c’est-à-dire un homme qui, après avoir été oint par un prophète, délivre la Terre sainte de l’occupant, comme David (oint par le prophète Samuel) en son temps.

Juif jusqu’au bout des ongles, Jésus ne désire créer aucune religion (ce n’est pas son propos) et il œuvre à l’intérieur du judaïsme de l’époque, restreint son discours au seuls juifs et interdit qu’on s’éloigne du cadre géographique étroit de la Galilée et de la Judée (N'allez pas vers les païens, et n'entrez pas dans les villes des Samaritains, dit-il dans Matthieu 10, 5). Pas chez les Païens donc, mais même pas chez les Samaritains (pourtant adeptes d’une religion très proche de celle des autres juifs).

Après sa mort, la christologie va évoluer dans la secte qu’il a de fait créée. Le judaïsme de l’époque était constitué d’une constellation de sectes, les Pharisiens, les Sadducéens, les Ebionites, etc, tolérées par les Grands prêtres gardien du Temple (de Jérusalem…). Cette secte des Nazoréens est dirigée par l’un des frères de Jésus, Jacques le Juste, qui mourra lapidé en 62 (Flavius Josèphe relate cet épisode). Juif très rigoriste, admiré à Jérusalem pour son ascétisme, on ne sait pas si c’est Jacques le Juste qui a fait évoluer la christologie. Quoi qu’il en soit, dans cette secte, Jésus est devenu le Messie (et non plus un simple prophète), ressuscité après sa crucifixion, et il doit revenir sur Terre pour délivrer la Terre sainte de l’occupant romain. On attend son retour, avec impatience, car ce retour est imminent.

Une parenthèse sur le terme de Nazoréen. Nul ne sait d’où il vient, mais il n’a aucun rapport avec Nazareth. INRI (Iesus Nazarenus, Rex Iudéorum), la fameuse inscription sur la croix de Jésus, longtemps traduite par les catholiques en : Jésus de Nazareth, roi des juifs, est maintenant unanimement traduite par les chercheurs en : Jésus le Nazoréen, roi des Juifs.

A ce propos une seconde parenthèse. Rien n’indique dans les Evangiles que Jésus soit né à Nazareth. Les très (très) rares mentions dans les Evangiles (deux si j’ai bonne mémoire, une chez Marc, une chez Luc) disant que Jésus vient de Nazara ne tient pas en comparaison des nombreuses mentions de la ville de Capharnaum (« Ma ville » dit Jésus, et sa famille, sa mère, ses frères et ses sœurs, y vivent), d’autant plus que Nazara selon les étymologistes n’a rien à voir avec Nazareth.

Quant aux contorsions un peu pathétiques des deux Evangélistes (Luc et Matthieu) pour le faire naître à Bethléem afin de concorder avec la prophétie de Michée (le Messie devait naitre à Bethléem), elles font sourire parce qu’elles sont absurdes et totalement contradictoires entre elles (un recensement démographique par les Romains pour l’un, le massacre des innocents par Hérode pour l’autre).

Mais revenons à notre propos.

Paul est un juif de culture helléniste, né à Tharse (Turquie). Pour cette raison, il est de plain-pied avec les religions des païens qu’il connait parfaitement. Au début, il combat la secte des Nazoréens (violemment apparemment, comme un fanatique), puis s’y rallie, une conversion soudaine sur le chemin de Damas. A partir de ce moment, il devient un propagandiste zélé de Jésus, qu’il n’a pas connu. Eloigné du centre névralgique de la secte des Nazoréens, Jérusalem où vit Jacques le Juste, il vient dans cette ville pour rencontrer ce dernier, qui l’aurait reçu avec méfiance. L’animosité entre Jacques et Paul transparaît dans les Epitres de celui-ci.

Coupé de la christologie officielle, redessinant un Jésus qu’il n’a pas connu, Paul va développer sa propre christologie. Mais, surtout, constatant l’échec du ralliement des juifs à Jésus, il va se tourner vers les païens. Pour attirer ceux-ci, il va jeter par-dessus bord l’essentiel de ce qui empêche les païens de se convertir.

Ainsi, pour obtenir le ralliement des païens, il décide que croire en Jésus et à son message n’impose pas de se convertir au judaïsme. Il suffit de croire en Jésus. Donc, exception majeures pour ces non-juifs, croire au Christ n’impose ni de se faire circonscrire, ni de respecter les interdits alimentaires (nombreux, pas que le porc), ni de suivre les règles de pureté (très lourdes, obligeant à des ablutions sans fin tout au long de la journée), bref tout ce qui, de tout temps, a été un frein à la conversion des païens au judaïsme.

Il ne s’arrête pas en si bon chemin. De Messie, Paul va transformer Jésus en fils de Dieu. Le saut christologique est considérable. C’est la seule fois dans l’Histoire qu’une religion monothéiste a déifié un homme (les juifs et les musulmans se sont toujours refusé une telle hérésie, même Mahomet n’est qu’un homme, le plus grand des prophètes, certes, mais un homme).

Et Paul ne va pas encore s’arrêter. S’inspirant des religions païennes où on mange le Dieu pour s’assurer sa force et sa puissance (soit, au début, sous forme de sacrifices humains, soit à cette époque sous forme de sacrifices d’animaux), il va appliquer cette théophagie à Jésus. C’est la transsubstantiation qui, pour Paul, il l’écrit à plusieurs reprises dans ses épitres, n’est pas un symbole, mais une réalité. Une fois célébré, le pain devient véritablement le corps du Christ au sens premier du terme. Comme dans les rites païens.

Autant dire qu’avec toutes ces inventions, Paul va être rejeté de la secte des Nazoréens malgré tous ses efforts pour convaincre Jacques le Juste de ses nouveautés théologiques.

Cette théologie paulinienne ne gagnera pas de son vivant. La victoire de Paul, beaucoup de chercheurs le soulignent à juste titre, sera posthume. Mais c’est bien sa théologie et ses rites qui seront repris quand le vieux courant Nazoréen s’éteindra et qu’une nouvelle religion (dites chrétienne) se développera hors des frontières d’Israël chez les païens.

Hiam Maccoby voit juste et son argumentation est très convaincante. Il a cependant le défaut de détester Paul (cela transpire à chaque page) et, aveuglé par cette animosité, il le noircit sans cesse, parfois en contradiction avec les textes. Par exemple, il fait de lui dans sa jeunesse un membre de la milice des Grands Prêtres Sadducéens, homme de sac et de cordes écrit-il, se basant et brodant sur une allusion (fausse) trouvé dans les Actes des apôtres, où Luc affirme que Paul est présent à la lapidation d’Etienne à Jérusalem. Pourtant, Paul écrit clairement dans ses épitres qu’au moment de sa première rencontre avec Jacques à Jérusalem, il n’a jamais mis les pieds dans cette ville. Il n’a aucune raison de mentir à ce sujet.

C’est dommage ce petit écueil. Autrement, la thèse est brillante.

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SebastienFritsch
  07 avril 2021
Plan B de Chester Himes
Noirs & Blancs.

Ségrégation & mépris.

Racisme & violence.

Haine & misère.

Héritage de l'Histoire & fractures de la géographie.

Richesse & crasse.

Beaux quartiers & ghettos

Soumission & révolte

Folie & massacres.



Fable délirante ou miroir de la réalité?



Et 50 ans plus tard, où en sommes-nous ?

Est-ce un hasard si ce dernier roman de Chester Himes est resté inachevé ?



Cela dit, quel style !

Parvenir à mettre autant d'humour derrière la violence et de réalisme dans l'excès, c'est un véritable tour de force.

Mais l'excès, comme l'humour, ne doivent pas faire oublier que le scénario de ce plan B, même s'il va trop loin, s'appuie sur des fondements qui restent hélas bien réels. Et ne sont rien d'autre que cette incompréhensible haine de la différence.
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