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Viviane Hamy

Les Editions Viviane Hamy voient le jour en 1990 avec la publication de trois ouvrages : Terre tranquille d`Armande Gobry-Valle, Fille de pierre de Cécile de Tormay, et les Mémoires du capitan Alonso de Contreras. La maison d`édition publie en moyenne une douzaine de nouveautés par an, dont de nombreux auteurs européens, au sein de différentes collections : Le Domaine Français, le Domaine Etranger, Chemins Nocturnes, et bIs la collection semi-poche.

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La briganta

Apres avoir ferme ce petit livre je n'ai qu'une question en tete: Ou? Ou etes-vous, mes amies babeliotes? Que faites-vous? Vous devriez etre en train de publier des pamphlets incendiaires sur cet opus! Mais ou sont les feministes d'antan?

Parce que nous avons la un piquant racconto de la revolte paysanne de la Sicile et du sud de l'Italie contre les garibaldiens et les troupes piemontaises du roi Vittorio Emmanuelle venues unifier La Botte de force. Une revolte connue sous le nom de “Brigantaggio" (Brigandage), soutenant la legitimite du royaume Bourbon des Deux-Siciles, mais qui n'etait en fait que la hargne desesperee de paysans depossedes ou craignant de l'etre.

Nous pouvons y suivre une de ces bandes. Son regroupement, sa vie dans le maquis, ses faits d'armes, ses petits succes et sa grande debandade. Aussi et surtout les raisons pour lesquelles ces rustauds ont pris le maquis, leur colere, et leur fierte, et leur amertume, et leurs joies et leurs doutes et leurs peurs. Car l'autrice sait faire parler le silence bourru de ces taiseux.

Un episode historique interessantissimo bien que brevissimo (ici ce sera un printemps, un ete) et tres bien rendu.

Mais parla parla, sto parlando, il giorno muore et j'oublie ce que je voulais souligner: c'est le cahier ecrit par une bagnarde, pour raconter ses faits et gestes en cette annee de 1861, en cet ete qui lui a valu d'etre emprisonnee a vie, et ses sentiments d'alors, et ses pensees quand elle ecrit, vingt ans apres.

La narratrice est donc une femme. Una briganta. Pas une femme de brigand. Une brigande. Qui prend part aux actions de la bande. Qui porte armes et pantalons et casaque d'homme. Ultime offense aux moeurs patriarcales de l'epoque, jusque dans le paraitre, pas seulement dans l'etre et les actions, d'une femme qui s'est insurgee contre la place etriquee, bornee, que voulait lui imposer ce patriarcat. Elle avait recu de sa mere une vraie education, moderne, complete, mais mariee contre son gre, son mari jette ses livres et son pianola, la releguant a n'etre que chair sinon servante. L'incomprehension, la frustration, la colere engendreront un geste fatal: une sombre nuit, elle lui enfoncera une epingle d'argent dans le cou et fuira. le maquis la rattrappera et elle en fera partie pour une demie annee ou elle realisera a fond la conscience de sa liberte. Ce n'aurait surement pas ete possible ailleurs que dans ces bandes brigandes unitaires, qui donnerent aux femmes un role nouveau, de compagnonnes et non seulement de compagnes. Se rememorant son proces, elle ecrit: “De quel crime m'accusait-il, sur quels mefaits dissertait-il avec tant de ferveur ? Ce meme homme, avec le meme ton de voix, me posa ensuite une infinite de questions minutieuses auxquelles je ne donnai aucune reponse, jamais. Il me demanda entre autres s'il etait vrai que j'eusse l'habitude de m'habiller de vetements masculins, et si je ne trouvais pas cette habitude repugnante. A cet instant – et a cet instant seulement durant tout le proces – je crois avoir esquisse un sourire. Il me passa par l'esprit que peut-etre Jeanne d'Arc etait montee sur le bucher pour cette raison-la aussi, pour avoir porte des vetements masculins. Tant les hommes sont jaloux de leurs prerogatives, meme des plus infimes.” […] “Tandis que je retournai dans ma cellule j'entendis, claire, a l'interieur de moi-meme, la voix de la Bizzarra qui repondait aux plaisanteries peu prisees d'un chef de bande : « Je suis une brigande, moi, pas une femme de brigand. » Et le souvenir de ces mots me rendit force et dignite".

Mais cette dignite reclamee, conquise, est quand meme teintee d'ombres, des fois des gestes inconscients, presque ataviques, qui amenent plus tard des pensees insidieuses. Quand elle a ete attrapee, elle a ouvert sa casaque, montrant sa poitrine. “Pourquoi avais-je evite la mort ? Pourquoi avais-je revendique (et conquis) le droit de vivre en exhibant ma feminite, mes seins nus ? C'est une question que je me suis posee un nombre infini de fois durant toutes ces annees.”

Et elle note, en fin de cahier: “En repensant aux evenements de ma vie, je reconnais que j'ai agi et que j'agis encore sous l'impulsion de sentiments forts, qui ont emporte les resistances de mon corps comme celles de mon ame. J'ai oublie, sous la force de ces impulsions, que j'etais femme”.

En definitive, un tres bon livre d'action, et de ressentis d'hommes et de femmes pris dans un engrenage belliqueux, et un beau discours sur la societe et les relations sociales de l'endroit et du moment, et un tres fort argument feministe. Et une ecriture provocante, accrocheuse.

J'ai beaucoup aime. Mais comment se fait-il que je sois le premier a en poster un billet sur ce site? Ou vous cachez-vous, mes amies? Et vous, mes amis? Ce livre est d'une lecture inclusive!

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L'art de la joie

Goliarda Sapienza a complété la rédaction "L'art de la Joie" en 1974 soit deux ans avant la sortie de "Novocento - 1900" de Bernardo Bertolucci qui un des ces amis. Le roman de Sapienza comme le film de Bertolucci avait le même but; c'est-à-dire de raconter l'histoire de l'Italie entre 1900 et 1975 du point de vue communiste. La différence est que dans le film de Bertolucci on trouve une version stalinienne ultra-orthodoxe des années trente tandis que dans le film de Sapienza on trouve une version transféministe de notre époque qui ne suit pas la ligne du Parti Communiste. Bref, le message de Sapienza passe beaucoup mieux que celui de Bertolucci.

"L'art de la Joie" est pertinent mais extrêmement mal écrit et un véritable calvaire à lire. On comprend facilement pourquoi Goliarda Sapienza n'a pas réussi a faire publier de son vivant. Il y a trop de personnages et trop de passages qui trainent. Plus que la moitie du texte est constitué de dialogues ce qui fait que l'on suit difficilement l'intrigue. On doit reconstituer le fil des événements à partir des conversations. Il y a des moments de vulgarité impardonnable et des amours incestueux qui dérangent beaucoup.

Néanmoins "L'Art de la Joie" a eu un succès de librairie posthume. Le roman a le grande mérite d'aborder la question de l'Identité sexuelle qui est très actuelle de nos jours. Modesta, la protagoniste a beaucoup d'amants et d'amantes. Quand on lui pose la question "Tu es un garçon?", elle répond "Oui. À moitié garçon à moitié fille." (p. 243).

Modesta appuie le parti communiste et son programme. Surtout elle apprécie que les communistes sont les plus fidèles adversaires des fascistes. Pourtant, elle reproche aux communistes de ne pas avoir le bon programme pour les femmes. Un des amants un communiste juré la critique sévèrement: "- Mais Modesta, tu te rends compte. Tu nies le sacrifice et l'abnégation de ceux qui lutte pour la cause du prolétariat, pour une société différente de classes sans l'exploitation de l'homme par l'homme, ..." (p. 204) Elle répond: "-En pensant comme vous pensez, dans la meilleure des hypothèses, on construira une société qui sera une copie, de mauvaise qualité par-dessus le marché, de la vieille société chrétienne et bourgeoise." (p. 204)

Ce que veut Modesta est une société ou les femmes sont libres d'avoir des multiples amants et amantes. Elle explique à Joyce une amante lesbienne: "- Je suis femme, Joyce, et pour moi la normalité est d'aimer l'homme et la femme." (p. 491)

Joyce est malheureuse dans sa peau. Elle n'aime pas être lesbienne: "-Je ne suis pas une femme. Je suis un être déviant." (p. 419) Malheureusement les hommes ne l'acceptent pas comme femme: "Je n'ai jamais eu que des amis garçons. ... À l'intérieur d'eux-mêmes, Carlo et José, ils me sentaient homme." (p. 362) Le désespoir de Joyce est tel qu'elle va faire un tentative de suicide.

Un des problèmes pour moi avec "L'art de la Joie" c'est que je suis de la droite et que je suis donc en désaccord complet avec les idées de l'auteur. Mais plus grande déception est que Sapienza y a mis si peu de sa propre vie. Dans sa vie elle travaillait dans le cinéma et était bien branchée aux grands intellectuels communistes et cinéastes communistes du siècle. Parmi bien d'autres elle connaissait: Antonio Gramsci, Alberto Moravia, Elsa Morante, Bernardo Bertolucci, Pier Paolo Pasolini et Luchino Visconti. Pourtant, il n'y aucune discussion sur les mouvements artistiques de l'époque. Modesta, la protagoniste, est une princesse sicilienne qui vit de ses rentes et ne fréquente pas les milieux culturels. Le lecteur de "L'art de la Joie" n'y trouve rien du monde fascinant où Sapienza vivait.

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Mythologies

Il est très difficile de résumer, de raconter ce livre. Il a paru en deux volumes distincts au Portugal, « La Femme sans tête et l’Homme au mauvais œil » en 2017, puis « Cinq enfants, cinq souris » en 2018. L’édition française rassemble les deux textes, qui semblent en effet s’emboîter, certains personnages circulant de l’un à l’autre.

Le livre est composé de chapitres, décomposés en parties, très courts pour certains. C’est une sorte de mosaïque, de jeu de puzzle, de devinette. De labyrinthe peut-être, qui est présent au début du livre, ou de combinatoire, l’auteur étant semble-t-il féru de mathématiques. Des scènes, des images, des personnages, nous occupent quelque temps, jamais très longtemps, dans des situations étranges, incongrues, jamais complètement explicites. L’écriture et un certain nombre d’éléments rappelle l’univers des contes, de celui du Petit Poucet par exemple. Mais la Femme-sans-tête, pour retrouver son chemin dans le labyrinthe, sème non pas des petits cailloux, mais son sang, qui goutte de son cou, sa tête ayant été coupée. Ce sont donc des contes encore plus cruels que les contes qu’on raconte aux enfants.

Mais cet univers des contes, est croisé avec celui de l’histoire, aussi cruelle que l’univers imaginaire des contes. Là aussi les récits font remonter des réminiscence, déclenchent des associations d’idées. Il y a une ou des révolutions, on pense à la Révolution française, mais aussi la russe, il y a d’ailleurs un jeune homme appelé Moscou, la chinoise etc. Et aussi l’histoire des sciences et de la techniques, des machines, en particulier celles destinées à maîtriser les hommes, comme celle conçue pour enlever un morceau dans le crâne des hommes catalogués comme fous, activité à laquelle s’applique ce brave docteur Charcot. Certains de ces hommes ont été rendus fous par les machines, comme ceux qui ont pris le train, dont la vitesse provoque de néfastes effets. La science et l’histoire produisent aussi de récits, des mythologies, pour reprendre le titre du livre, qui obéissent aux même règles que les contes. Et il y en est de même pour la religion, semble suggérer Tavares.

Sous des apparences ludiques, par le biais d’un récit alerte, voire par moments amusant, l’auteur dresse un portrait terrifiant, d’une humanité vivant ses pires cauchemars, qu’elle produit elle-même. Le plus terrifiant étant une forme de plaisir, que les personnages du livre semblent éprouver, et auquel le lecteur ne peut échapper, tant Tavares, par son écriture et la manière dont il agence ses contes, nous captive, nous entraîne, nous fait voir des visages monstrueux de l’humanité, dans un sorte de jeu, de ronde infernale, mais qu’il n’est pas possible de quitter, une fois entamée.

C’est du très grand art, quelque chose de magistral, même si terriblement inquiétant.

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