AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Galilée

Les Éditions Galilée sont une maison d`édition française située à Paris et créée en 1971 par Michel Delorme. Elles se spécialisent dans la philosophie, la littérature française, les arts et les sciences humaines.

Livres les plus populaires voir plus


Collections de Galilée



Dernières critiques
poparaile
  19 juillet 2020
L'Empire de la surveillance - Entretiens avec Julien Assange, Noam Chomsky de Ignacio Ramonet
Pourquoi lire un livre qui confirme ce que nous savons plus ou moins confusément (nous sommes épiés, surveillés, évalués, dans la rue, dans les lieux publics, mais surtout électroniquement)? D'abord pour en comprendre l'ampleur et savoir de quoi il s'agit : sortir de la chanson "j'y pense puis j'oublie". Que sont au juste les programmes Echelon, Prism, la loi surveillance etc. Pourquoi Julian Assange et Edward Snowden sont-ils poursuivis impitoyablement, illégalement?

Ensuite parce que Ignacio Ramonet, fort d'une immense culture politique, nous aide à situer l'enjeu philosophique et existentiel d'une telle entreprise de surveillance de masse : la disparition de l'intimité, le sentiment d'être suspect et son corollaire, l'auto-discipline de la pensée. Car il ne s'agit pas seulement de machines qui collectent des données plus ou moins anonymes à des fins commerciales mais bien de projet politique de contrôle social intégral mis en place par une "alliance totalement inédite entre le pouvoir politique, l'appareil du renseignement, certains grands médias dominants et les titans technologiques [...] Une telle complicité entre la première puissance militaire du monde et les entreprises privées globales qui dominent les nouvelles technologies de la sphère Internet institue, de fait, un véritable Complexe sécuritaro-numérique [...] Ce renforcement sans précédent de la prépotence de l'Etat et cette large privatisation de l'espionnage sont en train de créer, en démocratie, une nouvelle entité politique-l'Etat de surveillance-face à la puissance de laquelle le citoyen se sent de plus en plus désarmé, désemparé."

Faut-il que nous soyons politiquement indifférents, insignifiants et inoffensifs pour n'opposer à cela qu'un faible "je n'ai rien à me reprocher", devise de toutes les soumissions.

Ou alors avons-nous déjà intériorisé le fait d'être à la fois surveillés et surveillants, et que, tout cela, en définitive, ne nous dérange pas tant que ça : c'est la victoire du couple exhibition - voyeurisme.



Pourtant, "1984" n'est pas qu'un livre à lire sur les dystopies lointaines du passé. Pour finir, et pour contrer la surveillance de masse, Ignacio Ramonet nous enjoint à une résistance de masse : cryptez les emails, les archives, utilisez un vpn, affolez les algorithmes!
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
Chri
  12 juillet 2020
Les Trois Ecologies de Félix Guattari
Trois points de vue écologiques se complètent intimement dans ce petit livre : le mental et le social viennent se mêler à l'environnemental.



RE-SINGULARISATION : l'accent est mis sur l'importance de la « production de subjectivité », ou re-singularisation, comme dit l'auteur.De là naîtront de nouvelles formes d'activisme, individuelles et collectives, sans que personne ne puisse prédire lesquelles.



Philosophiquement, le discours est imprégné de pragmatisme. Il est attentif aux tendances actives de notre société et aux expériences en cours : « Work in Progress ! ». Il est nourri notamment de la pratique de psychothérapeute de Felix Guattari.



Ce qui est à l'oeuvre, c'est une dynamique entre les Territoires existentiels, « qui ne concernent pas seulement d'intimes façon d'être, le corps, l'environnement mais aussi de grands ensembles contextuels relatifs à l'ethnie, la nation ou même les droits généraux de l'humanité. »



La proposition la plus stimulante de ce livre est la généralisation des pratiques d'analyses institutionnelles - à l'hôpital, à l'école, dans l'environnement urbain, la culture, le sport, l'art, les médias, la mode, etc... - « l'essaimage des d'expériences alternatives, centrées sur le respect de la singularité et sur un travail permanent de production de subjectivité, s'autonomisant tout en s'articulant convenablement au reste de la société ».



Disons que chacun peut être psychanalyste pour son prochain. L'orientation, ici, est d'abord esthétique plutôt que scientiste : « fin des catéchismes ». A l'image de l'artiste qui peut être amené à remanier son oeuvre à partir de l'intrusion d'un détail accidentel, il s'agit d'être attentif à une « mutation existentielle », c'est-à-dire, « à l'existence en train, tout à la fois, de se constituer, de se définir et de se deterritorialiser. »



« L'inconscient ne demeure accroché à des fixations archaïques que pour autant qu'aucun engagement ne le tende vers le futur. ». Ce qui importe, ce n'est pas la structure insondable du psychisme, mais les évènements singuliers qui ponctuent « le déroulement de l'historicité individuelle et collective ».



Dans cette « logique des intensités », on reconnaîtra aussi clairement la logique des processus évolutifs du vivant.



En parlant d'écosophies et de l'importance de la re-singularisation, l'auteur rejoint Arne Naess, initiateur du mouvement « Deep Ecology », mais en développant une vue entièrement originale.



Cependant, il faut bien partager les constats. Or, le pragmatisme qu'ils ont en commun, s'avère crucial, tant ces constats évoluent rapidement, à la fois globalement et de manière différenciée.





CAPITALISME MONDIAL INTÉGRÉ : la chose accusée de réifier le vivant est ici, ironiquement, nommée et quasiment personnifiée. Ce rapport de face-à-face, d'affrontement, semble également contredire l'approche de re-singularisation, qui relève d'une « logique pré-objectale et pré-personnelle ».

En fait, ce qui intéresse l'auteur, ce ne sont pas immédiatement les structures objectives du capitalisme, mais la production de subjectivité qu'il opère, notamment à travers l'usinage mass-médiatique. On voit aussi comment l'auteur s'approprie le vocabulaire pour sa propre logique : production, inconscient « machinique », constructivisme.

« C'est le rapport de la subjectivité avec son extériorité - qu'elle soit sociale, animale, végétale, cosmique - qui se trouve ainsi compromis dans une sorte de mouvement général d'implosion et d'infantilisation régressive ».

Nous sommes, en 1989, à la veille de l'arrivée de l'internet grand public. L'auteur perçoit la possibilité d'une « réappropriation des médias par une multitude de groupes-sujets », « leur possible utilisation à des fins non capitalistiques ». Or, actuellement, on peut dire que cette perception correspond à l'émergence des chaînes « Youtube » notamment, ce qui invite à être attentif aux tendances actives, même si, parallèlement, le magazine Marianne se fait racheter par un milliardaire tchèque.

Par ailleurs, lorsque l'auteur évoque les pratiques pédagogiques Freinet, on sait que les établissements dit « Freinet » sont peu nombreux, mais on sait aussi qu'il existe une appropriation de ces pratiques par les enseignants en dehors de ces établissements.

Quant au contexte de « l'énorme poussée démographique », redoutée dans ce livre, il contraste, actuellement, avec certaines tendances inverses. Il est même tenu pour possible ou probable, globalement, qu'un pic soit en vue à l'échelle d'une génération, précédant une décroissance de la population mondiale. On peut aussi se l'imaginer en regardant par exemple la série dystopique, « la servante écarlate ».

Si l'enquête est à actualiser, elle doit aussi être développée du point de vue économique, ce qui n'est pas le cas dans ce livre. On comprendrait peut-être pourquoi les jeunes consommateurs de média internet, gros consommateurs de publicités, ne semblent pas remettre en cause la société de consommation. Or, on observe peut-être, actuellement, une tendance à la décroissance des recettes publicitaires, du moins si on en croît les motifs de licenciement avancés par les dirigeants de RMC et BFM TV.

En poursuivant sur le plan économique, on arrive enfin au problème de l'investissement vert.





PROBLÈME DE L'INVESTISSEMENT VERT : sur le plan de l'écologie environnementale, l'auteur nous prévient que tout peut arriver. L'imagination allant bon train, il prévoit bientôt d'immenses programmes pour réguler les rapports entre l'oxygène, l'ozone et le gaz carbonique dans l'atmosphère terrestre.

Ironiquement, voici donc que l'auteur redonne espoir au Capitalisme Mondial Intégré : « business as usual ».

Comment s'étonner ensuite du contraste observé entre, d'une part, notre immense pouvoir technologique et scientifique, et d'autre part, notre impuissance à orienter ce pouvoir « vers des finalités plus humaines », submergés que nous-sommes, par des tâches débiles ?

D'où on peut voir que l'investissement vert ne correspond pas nécessairement à l'idée qu'on s'en fait.Le pragmatisme appelle une fois encore à faire attention à ce genre de tendances, mais aussi à enquêter sur les grands délires à partir des petits délires, sur les transferts de micro-psychoses aux macro-psychoses.





PERSPECTIVES : si ce livre permet effectivement de sortir de la grisaille du « conservatisme fatidique », il a aussi tendance à durcir une idée de « progrès », avec son constructivisme ou son « créationnisme ».

Au passage, cette curieuse expression ne peut pas manquer d'évoquer une sorte de double renversement de la doctrine religieuse. Pour rester sur le plan spirituel, il faudrait aussi poursuivre son enquête autour d'une autre tendance, celle « d'une sorte de retour au totémisme et à l'animisme ».

Si d'un côté, ce livre appelle une actualisation, d'un autre côté, l'expérience et la réflexion de l'auteur autour de la re-singularisation mérite d'être retrouvée éventuellement dans ses ouvrages antérieurs.

« le principe commun aux trois écologies consiste donc en ceci que les Territoires existentiels auxquels elles nous confrontent ne se donnent pas comme en-soi, fermé sur lui-même, mais comme pour-soi précaire, fini, finitisé, singulier, singularisé, capable de bifurquer en réitérations stratifiées et mortifères ou en ouverture processuelle à partir de praxis permettant de le rendre « habitable » par un projet humain. »
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
berni_29
  05 juillet 2020
Lettre à D : Histoire d'un amour de André Gorz
Lettre à d': Histoire d'un amour, c'est à la fois un livre concis et une longue lettre écrite par André Gorz à l'amour de sa vie, Dorine.

Comment décrire l'auteur de cette lettre d'amour ? Qui était André Gorz ? Il fut un intellectuel engagé dès les années cinquante, philosophe, journaliste, économiste, utopiste, pionnier de l'écologie politique et aussi visionnaire amoureux. Il fréquenta Sartre, fut journaliste à L Express puis au Nouvel Obs.

Dans Lettre à d': Histoire d'un amour, André Gorz revient avec cinquante ans de recul sur les années décisives de son histoire et de celle de sa bien-aimée.

Visionnaire amoureux, comme ces deux mots vivent bien ensemble, je trouve... Penser et voir le monde comme il va devenir tanguer et chavirer, c'est-à-dire une sorte de dérive apocalyptique dont l'humanité est responsable et imaginer cela, conceptualiser cela avec l'amour de toute une vie qui vous porte à vos côtés dans vos pensées et vos actes, dans vos écrits, dans vos combats, dans vos engagements.

Le titre déjà évoque un mystère, comme quelqu'un qu'on ne veut pas nommer, mais qu'on peut deviner ou imaginer. J'ai appris que Dorine ne voulait pas que son prénom soit cité dans le titre... Jusqu'au bout, discrète et humble, elle tenait à demeurer dans l'ombre.

Mais demeurer dans l'ombre ne lui ressemble pas pour autant, du moins tel qu'on l'imagine.

Dorine était une femme emplie d'énergies et de convictions, elle était solaire, un socle indéfectible qui aida au commencement de leur rencontre à cette conversion intellectuelle, ce cheminement qui allait rendre célèbre André Gorz, l'aider à porter et faire entendre ses idées.

« Ce qui me captivait avec toi, c'est que tu me faisais accéder à un autre monde. »

Les mots sont pleins de pudeur et de poésie aussi lorsque l'auteur parle des premiers gestes qui les ont invités à s'éprendre de leurs corps. L'âme n'est jamais loin.

Ils se sont aimés corps et âmes. Ils se sont créé une place à part dans un monde qui leur était peut-être au départ déniée. Leur amour fut comme une expérience fondatrice.

« La découverte avec toi de l'amour allait enfin m'amener à vouloir exister ; et comment mon engagement avec toi allait devenir le ressort d'une conversion existentielle. »

C'est une bouleversante lettre d'amour, bouleversante parce qu'écrite au printemps 2006, elle annonce déjà ce qui sera ou ne sera plus quelques mois plus tard ; Dorine avait une maladie incurable, elle allait inexorablement vers la mort et sans doute avec souffrance. Ce n'est pas un point final posé sur deux existences fusionnelles. C'est peut-être simplement une manière de ne jamais se quitter...

« Récemment je suis retombé amoureux de toi une nouvelle fois. »

André Gorz était un intellectuel pur, austère, enfermé dans ses idées. Dorine lui a apporté la joie de vivre, l'élan nécessaire à ses idées, l'ouverture au monde, aux autres.

« Avec toi j'étais ailleurs, en un lieu étranger, étranger à moi-même. Tu m'offrais l'accès à une altérité supplémentaire, - à moi qui ai toujours rejeté toute identité et ajouté les unes aux autres des identités dont aucune n'était la mienne. »

L'amour nécessite-t-il la fidélité ou bien a-t-il besoin de connaître l'épreuve ?

« Tu as tout donné de toi pour m'aider à devenir moi-même."

André Gorz reconnaît à Dorine ne pas lui avoir offert dans ces publications toute l'attention et la place qu'elle méritait. Il reconnaît même avoir donné une image si peu reluisante de sa bien-aimée dans son premier livre le traître, il tente ici de la réhabiliter à sa juste valeur.

Il est sans complaisance avec lui-même, reconnaissant ses torts.

J'ai ressenti que leur amour a nourri leur engagement au monde et que l'inverse aussi le fut.

"J'ai compris avec toi que le plaisir n'est pas quelque chose qu'on prend ou qu'on donne. Il est manière de se donner et d'appeler le don de soi de l'autre. Nous nous sommes donnés l'un à l'autre entièrement."

On pourrait voir dans ce texte un homme qui parle à une femme qu'il aime, on pourrait voir aussi un homme qui parle de lui-même à cette femme. Dans cette lecture, j'ai vu que le JE s'effaçait pour passer au NOUS. J'y ai lu le chemin de deux vies unies côte à côte, et peut-être bien plus encore, la fusion de deux vies en une seule ou presque, sans pour autant effacer chacune de ces vies...

« Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t'aime plus que jamais. »

On pourrait y voir l'amorce d'un point final, d'une fin annoncée. Ne peut-on pas y voir autre chose, l'idée simplement que l'amour est plus fort que tout lorsque deux êtres décident que l'un ne partira pas avant l'autre, là où on ne sait pas ce qui est ?

« J'aimerais pouvoir te donner tout de moi pendant le temps qu'il nous reste. »

Le 22 septembre 2007, à Vosnon, le philosophe et sa femme Dorine se donnaient la mort, après avoir envoyé des lettres à leurs amis les plus proches pour expliquer le sens de leur geste.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          352