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Dernières critiques
leboncoinlecture
  28 février 2021
Le Silence d'Isra de Etaf Rum
Très régulièrement tout au long de ce livre, j'ai pesté, j'ai eu des haut-le-coeur, j'ai fulminé, parce qu'au-delà du cadre culturel bien spécifique de ce roman, il y est vraiment question de toutes les femmes du monde. Comptez le nombre de fois où vous identifiez une situation qui vous est familière ou un souvenir ou l'anecdote d'une personne plus ou moins lointaine et d'un temps plus ou moins proche, dans une remarque, une action ou une situation d'un personnage masculin ou féminin de cette oeuvre, ce récit est criant de vérité et a l'intérêt d'être polyphonique pour mieux l'amener.

Il présente une variété de femmes d'origine palestinienne de différentes générations, les unes ayant vécu dans les premiers camps (Farida et la mère d'Isra), d'autres ayant grandi en Palestine puis immigré aux Etats-Unis pour se marier (Isra et Nadia), d'autres ayant toujours vécu aux Etats-Unis (Sarah et Deya), chacune avec son caractère, sa personnalité, forgée par la vie et surtout par la culture de leur famille, où l'on martèle à l'envi ce qui est le titre de la version originale, "a woman is no man". Au fur et à mesure qu'on avance dans l'histoire, on le comprend toujours plus profondément et précisément. Je trouve que l'auteure ménage bien la construction progressive des problématiques rencontrées par ces femmes. Tout en subtilité, son propos s'épaissit au fur et à mesure, comme un mille-feuille, par l'alternance des points de vue de ces femmes si différentes, toutes engluées dans la volonté de bien faire, de faire honneur à leur famille, du moins de ne pas lui faire déshonneur, luttant intérieurement pour trouver comment appréhender leurs aspirations non conformes, et ce à travers le temps, naviguant entre les années 1990 et la fin des années 2000. On voit la pression des traditions et l'engrenage des culpabilités créant des désastres personnels et/ou familiaux (aussi bien pour les hommes que pour les femmes d'ailleurs même si les degrés ne sont évidemment pas les mêmes). On observe le cercle-vicieux de l'oppression des femmes par les femmes elles-mêmes. On constate le pouvoir libérateur de l'école et surtout des livres.

Une oeuvre importante, je trouve, qui fait mal, mais qui fait du bien.
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sandrine68
  27 février 2021
Le développement (im)personnel de Julia de Funès
Voilà une lecture vivifiante, par moments caustique, en tous cas qui présente un discours non convenu sur les productions écrites dites de développement personnel. Comme beaucoup, j'ai été attirée par ces lectures proposant de façon optimiste de changer de vie en se changeant soi, des méthodes prétendument infaillibles pour devenir soi-même... et qui ne fonctionnenent pas. L'auteure nous explique pourquoi, en référence à la pensée philosophique. On s'aperçoit avec elle que ce n'est pas la liberté mais l'asservissement aux normes, pas le bonheur dans la réalité mais l'égarement dans les fantasmes et l'égoïsme. Au risque de nous décevoir, il ne suffit pas de méditer pour se connaitre car c'est la confrontation au monde qui nous définit. Il ne suffit pas de vouloir pour pouvoir car notre action est entravée par plusieurs éléments non rationnels. Comprendre et analyser, c'est ignorer le pouvoir des émotions. Il faut souvent toute une vie pour apprendre à se connaitre. Cette lecture m'a fait un bien fou, elle a mis des mots sur ce que je ressentais sans le formuler aussi bien devant les coachs et conférenciers de toutes sortes dans les rayons de la librairie, sur internet... Merci Julia et vive la liberté!
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Litteraflure
  27 février 2021
L'enfer de Gaspard Koenig
J’aime les philosophes qui écrivent des romans (ex : Jérôme Ferrari, Tristan Garcia), parce qu’ils donnent à penser. Gaspard Koenig ne déçoit pas.

L’enfer de Koenig n’est pas un chaudron bouillant que les pauvres âmes tentent de fuir en échappant aux coups de fourche de diablotins à la Jérôme Bosch. Non, il ressemble plutôt à ce que certains vivants appelleraient le paradis : un terrain de jeux permanent, un espace de consommation illimité, des ressources financières inépuisables, des désirs qui deviennent des ordres (« C’était la fin des malentendus, des lenteurs, des frictions, de tous ces résidus d’humanité que les économistes appellent coûts de transaction »).

Dans ce village global, la langue est universelle et les algorithmes régissent le quotidien, veillant à ce qu’un immortel ne rencontre jamais deux fois son prochain. Dès lors, la socialisation est abolie au profit de l’anonymat des foules. On boit sans se saouler, on copule sans orgasme… On vous administre la félicité en supposant que la fin de la quête suffit à sa complétude (« je prenais le rythme du Marché, entraîné dans une course sans fatigue, sans manque, sans douleur »).

Le héros damné s’interroge à mesure que la routine s’installe. À quoi bon lui dit-on ? « La conscience, c’est un truc de vivant pour se pourrir la vie ». Il en vient à envier l’innocence animale : « Ce que j’apprécie particulièrement chez le mouton, c’est son absence de curiosité. On pourrait le mettre au milieu d’un stade de foot, il continuerait à brouter comme si de rien n’était ».

Ce livre est une puissante critique de la société de consommation et du bonheur artificiel qu’elle nous vend. Gaspard Koenig nous prévient : pas de beauté sans cicatrice, pas de jouissance sans résistance, pas de plaisir sans frustration, pas de liberté sans contrainte, pas de surprise sans ennui.

Bilan : 🌹🌹

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