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Van Halewyck


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kielosa
  20 octobre 2018
Dreigingsniveau 4 de Walter Damen
+++++++ NIVEAU D'ALLERTE 4 +++++++



Cet ouvrage important porte comme sous-titre en Français : "Comment la terreur change-t-elle notre vie ?"

Il a été publié en 2016 sous la rédaction de maître Walter Damen, avocat pénal, et contient des contributions de 8 éminents experts dans des domaines aussi variés que les droits de l'homme, la génétique, la psychiatrie, la sociologie et l'éthique du droit.



Il s'agit d'un (autre) livre qui n'est pas (encore) traduit en Français et je m'en excuse. Vu à la fois l'importance et, malheureusement, l'actualité du sujet, je suis toutefois persuadé ce que ces experts avancent, chacun dans son domaine spécifique, intéressera sûrement beaucoup de nos lecteurs sur Babelio.



Walter Damen appartient à cette catégorie de personnes dont on se demande s'il leur arrive d'avoir du temps libre. Avocat au barreau d'Anvers, il est le coauteur de plusieurs livres, entre autres avec Hilde Vandermeeren du thriller "Agité" - que j'ai chroniqué récemment - avec le psychiatre Chris Dillen et Jan Willem Geerinck de "Femmes tueuses : Pourquoi et comment des femmes tuent" et de "Journal intime d'un psychiatre médico-légal" et avec la journaliste Machteld Libert et le professeur Dillen de "J'ai tué un homme", le témoignage honnête de 3 assassins. L'auteur a ouvert en 1999, à l'âge de 28 ans, son propre bureau d'avocats, qui porte d'ailleurs son nom, et qui compte en tout 9 avocats. Il est un des grands spécialistes du droit pénal en Belgique. Il est marié et son épouse Alexia Baetslé est experte en droit immobilier. Le couple a 2 enfants. Comme vous pouvez le constater sur la photo que j'ai ajoutée, le bureau d'avocats Damen a une forte présence féminine dans un bastion pourtant encore largement masculin et parmi lesquelles une jeune avocate aux racines géorgiennes, Nino Darsalia.



Comme il y a peu de chances que ce livre soit traduit, la France a évidemment ses propres experts, je relève ici certaines conclusions qui, à mon avis, méritent d'être présentées parce qu'elles enrichissent et approfondissent des aspects de la question du rôle des autorités concernées dans la lutte antiterrorisme : leurs responsabilités et devoirs, ainsi que les limites de ces devoirs par respect des droits sacrosaints de l'homme.



La contribution du président (2004-2017) de la Ligue des droits de l'homme de Belgique, Jos Vander Velpen, constitue, selon moi, la pièce maîtresse de cet ouvrage et cela pour 2 raisons : a) l'excellent historique de la problématique depuis l'attentat terroriste aux États-Unis du 9/11/2001 et la réplique de l'administration de fiston Bush et leurs répercussions en Europe et ailleurs ; b) les conclusions de l'auteur, qui vont dans le même sens que celles formulées par Denis Salas dans son ouvrage remarquable "La volonté de punir : Essai sur le populisme pénal" (que j'ai commenté ici le 7 juin dernier). Ce que le professeur Salas qualifie de "dérive sécuritaire", maître Vander Velpen utilise l'expression "produit jetable" en parlant de nos droits fondamentaux.



Le phénomène est bien connu : le sentiment d'insécurité, surtout peu après un attentat terroriste, conduit par le truchement d'une certaine presse et des partis politiques populistes, partout à l'érosion de nos droits naturels. Une justice toujours plus répressive est faussement présentée comme l'unique interprétation de la volonté de la population et une nécessité pour sa protection. Le droit pénal devrait assurer une juste revanche aux crimes inhumains des terroristes. Or, il est évident que la notion de vengeance ne peut avoir sa place dans un droit pénal digne de ce nom. Cette vérité est clairement expliquée par Joëlle Rozie, professeur de droit pénal à l'université d'Anvers et membre de la commission pour la révision du Code pénal belge.



Tout le monde a pu constater que la "War on Terror" et le "Patriotic Act" ont résulté en des abus dramatiques, parmi les plus spectaculaires l'arrestation et l'incarcération sans preuves et sans procès, le traitement inhumain de suspects, allant jusqu'à des humiliations écoeurantes et même des tortures physiques, comme à Guantanamo et Abou Ghraib. Sans mentionner les énormes systèmes indus d'écoute et de surveillance des simples citoyens.

Il est manifeste qu'une telle approche a contribué à une radicalisation inquiétante et au succès de mouvements comme Daech ou l'État Islamique.

Exactement le contraire de l'objectif souhaité. Personnellement, j'estime que la politique des partis populistes de droite est pire que les excès d'une presse à scandale.



Brahim Laytouss, imam à Gand et directeur-général de l'académie de recherche et développement islamiques est formel : l'État Islamique n'est ni un état ni islamique, car il exploite l'islam afin de recruter des jeunes djihadistes en Europe pour installer un califat farfelu, basé sur l'arbitraire et la violence. Pour Laytouss la communauté islamique de Belgique doit assumer ses responsabilités dans la déradicalisation et il regrette que le conseil islamique perde trop de temps en discussions stériles, à ergoter s'il convient par exemple de parler d'islam démocratique, d'islam rationnel ou encore d'islam européen ? Il est estimé que le nombre de musulmans en Europe s'élève à 17 millions.



Le comportement déviant des terroristes, capables de commettre des bains de sang, fait l'objet d'analyses ADN en vue de leur identification préventive. Comme l'indique le professeur Jean-Jacques Cassiman de l'université de Louvain, personne ne naît terroriste. Une multitude de facteurs et leur interaction font qu'un individu en arrive à un tel comportement déviant. En dépit des avances enregistrées sur le plan des recherches génétiques et qui sont révolutionnaires, les experts n'ont pas réussi à identifier des caractéristiques héréditaires susceptibles de déterminer un tel comportement chez un individu quelconque. La question qui se pose dès lors est de savoir si le dépistage ADN peut effectivement aider à rechercher de terroristes potentiels et si cela est souhaitable. On peut, en effet, craindre de sérieux abus.



Finalement, le professeur Fernand Van Neste de l'université d'Anvers, spécialiste de l'éthique du droit, et Walter Damen concluent l'ouvrage par un chapitre intitulé : "Le droit naturel comme réponse au djihadisme et à la terreur". Cette analyse part de la nature même de l'homme, qui poursuit une bonne vie en communauté caractérisée par le respect du prochain. Le droit naturel implique que les normes du droit doivent promouvoir les qualités humaines dans un contexte social. En d'autres termes, assurer un ordre juridique qui garantit un équilibre entre d'une part un ordre qui permet à une communauté de fonctionner sans heurts et d'autre part le respect de la liberté fondamentale de ses membres. À l'opposé, les régimes terroristes n'ont aucun respect pour l'identité juridique de l'individu.



La lecture de cet ouvrage constitue un antidote solide aux élucubrations d'une certaine presse et aux déclarations populistes tendancieuses d'une certaine classe politique. Je suis reconnaissant à Walter Damen d'avoir réuni des esprits lucides, pondérés et responsables à faire part de leurs expériences et expertises dans un ouvrage peu volumineux (117 pages), accessible à tout lecteur.

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kielosa
  17 octobre 2018
Rusteloos de Hilde Vandermeeren
+++++++ AGITÉ +++++++



Le 3 octobre dernier, j'ai eu l'honneur d'être invité par l'éditeur flamand Van Halewyck de Hilde Vandermeeren à la présentation officielle de son dernier thriller littéraire. L'éditeur était apparemment content de mes billets de 2 ouvrages précédents de l'auteure, qu'il utilise dans ses négociations avec ses confrères français en vue d'en assurer une traduction française. Madame Vandermeeren se félicitait de ma présence et m'a offert un exemplaire de son dernier-né : "Rusteloos" qui pourrait être traduit par "Agité". J'ai été surtout content de rencontrer l'auteure en personne et elle est comme sur les photos : charmante. Malheureusement, à cause du nombre des présents, nous n'avons pas eu la possibilité de nous entretenir longuement. Que nous étions plus de 100 curieux et d'admirateurs dans une vieille ferme merveilleusement restaurée près de Bruges - un mercredi soir à 20 heures - m'ai étonné et illustre la popularité de l'auteure.



Il serait difficile d'accuser Hilde Vandermeeren de manquer d'ambition, car ce polar, son septième, est le premier volume d'une trilogie, dont les différents épisodes peuvent être lus séparément sans problème, comme elle nous a assurés au cours de la présentation de ce premier. Sept livres à suspense après une cinquantaine de livres pour enfants et adolescents.



Autre particularité : cet ouvrage est le fruit d'une collaboration entre Vandermeeren et un ténor du barreau belge, l'avocat, essayiste et écrivain Walter Damen, qui est entre autres l'auteur d'un livre fort remarqué "Niveau d'alerte 4". Un ouvrage qui pose la question cruciale, jusqu'où les autorités peuvent aller dans la lutte antiterroriste sans enfreindre les droits de l'homme. Un sujet, hélas, d'actualité et j'envisage d'en faire une critique très prochainement.



La petite Kirsten, 10 ans, monte de sa chambre dans la gouttière car il fait trop chaud, ce mois d'août 2000, et aussi pour parler à son père au cimetière derrière leur maison. Son papa chéri est mort depuis 3 ans et elle a coutume de lui raconter les dernières nouvelles. Tout à coup, elle voit son babysitteur Sandy, 17 ans, qu'elle adore puisqu'elle lui raconte des histoires d'amour, traverser leur jardin et prendre la petite route de derrière, où Vincent, son ex petit ami l'attend et ...la tue ! Elle sait que le garçon est l'ex de Sandy, car elle le lui a expliqué. En effet, selon Sandy, au début tu es tellement amoureuse que tu ne vois pas les fautes de ton petit ami. Et le jour où tu les voies, il devient simplement ton ex. Or, Vincent n'a pas compris qu'il a été promu au titre d'ex et la harcèle.



Si ce prologue de 4 pages (sur les 333 que compte le livre) se passe, façon de parler, dans mon arrière-jardin, à Nieuport sur la côte belge, pour le premier chapitre nous déménageons à la belle ville de Lisbonne.



C'est au Portugal que le père de Kirsten Hartogs, un joueur du club de football Benfica, est mort dans un accident de voiture, où elle a fait des études de droit et rencontré son grand amour Tomás. Nous sommes en 2018 et Kirsten a entretemps 28 ans et travaille comme spécialiste en droit pénal pour le prestigieux bureau d'avocats "Fontes & Associados". Avec Tomás, qui lui travaille comme expert juridique au ministère de la Marine, elle occupe un appartement à Graça, un quartier typique de Lisbonne.



Un jour, elle apprend de l'inspecteur principal Michiels que Vincent Bertelet va être libéré de prison et que selon un compagnon de cellule il a déclaré vouloir se venger !



Cette menace s'ajoute à d'autres menaces qu'elle reçoit depuis qu'elle est chargée d'une affaire qui fait la une des journaux, la défense d'un homme accusé d'avoir fait disparaître la fille unique du président du Parti socialiste, Mariana Sá Pimentel, âgée de 21 ans.

Travailler pour un bureau d'avocats prestigieux n'est pas une sinécure : outre une charge de travail considérable, ce poste fait de nombreux jaloux, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur du cabinet. Il y a par exemple la grosse Isabel, une intrigante de première classe, qui envie à la "Doutora" Hartogs le dossier de la fille de Carlos Jorge Sá Pimentel. Est cette rivale à l'origine des menaces qu'elle reçoit sur son IPad ? Pourtant Isabel sait parfaitement bien que Kirsten ait hérité ce dossier important uniquement parce que l'accusé est un Flamand comme elle et que son Portugais est problématique.



L'accusé, Marnick Tanghe, un cinquantenaire robuste, s'est installé au Portugal pour y fonder une société immobilière. C'est un homme ambitieux, peu sympathique, mais fidèle à son épouse et un bon père pour son fils Gilles, 26 ans et handicapé mental. Contre Tanghe le dossier est bien maigre : un homme l'aurait vu près de l'appartement de Mariana le soir de sa disparition et il n'a pas d'alibi. À la police et à Kirsten il affirme avoir travaillé ce soir jusqu'à 10 heures à un projet immobilier important dans son bureau désert évidemment à cette heure tardive.



Parallèlement aux recherches de Kirsten, un journaliste d'investigation solide, lié au quotidien "Público", Miguel Rodrigues, mène son enquête. Il a l'avantage de disposer d'un informateur, au pseudo de "Sombra", qui prétend en savoir un peu plus sur cette affaire. Mais Sombra n'a pas exactement une très bonne réputation.



Entretemps, la pression sur Kirsten devient énorme et a des répercussions inquiétantes sur son couple, d'autant plus que la mère de Tomás, Donna Graciette est le type de femme qu'on retrouve dans les blagues d'épouvantables belle-mères.



Voilà donc une kyrielle de questions auxquelles le duo Vandermeeren-Damen doit faire face : qu'est-il arrivé à Mariana ? Tanghe est-il coupable? Est-ce que Kirsten pourra conserver son dossier et comment s'y prend-elle ? Vincent Bertelet se vengera-t-il ? Que va découvrir Rodrigues ? Ce Sombra a-t-il un tuyau fiable ? Et l'amour entre Kirsten et Tomás survivra-t-il à cette rude épreuve ?



Que Hilde Vandermeeren ne manque pas non plus l'art de l'ironie ressort de petites phrases du genre : la juge, trop occupée à apprendre le Code pénal par coeur, était absente lorsque l'humour fut distribué. Senhor Silva avait un vieux costard qu'il sortait du placard uniquement pour se rendre à des mariages ou à la Cour de justice suite à l'une ou l'autre convocation.

Mais c'est surtout sur le plan psychologique que l'auteure confirme ses talents et dans sa façon bien à elle de construire et de raconter une histoire.



Pour moi il n'y a pas de doutes : Hilde Vandermeeren est la réponse flamande à l'offensive scandinave sur le front des thrillers intelligents et captivants !

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