AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontres

Editions de La Différence


Livres les plus populaires voir plus


Collections de Editions de La Différence



Dernières critiques
Warrenbismuth
  06 août 2022
La maladie blanche de Karel Capek
Dans un pays jamais nommé, à une date qui pourrait bien se rapprocher des années 1930, une maladie venue de Pékin, où elle fut découverte en 1923, fait rage. Une plaque blanche apparaît d’abord sur la peau, puis le mal s’étend jusqu’à ce que la personne contaminée succombe de cette maladie blanche, appelée également maladie de Tcheng. La médecine semble impuissante à éradiquer ce fléau qui touche plus particulièrement les plus de 40 ans. Pourtant un jeune docteur, du nom de Galén, se présente dans la clinique publique du docteur Sigelius pour expérimenter un remède miracle qu’il vient d’inventer.



Seulement voilà : le docteur Galén ne veut traiter que les patients de la chambre n°13 de l’hôpital. De plus, il ne désire que soigner les pauvres, les indigents. C’en est trop pour le docteur Sigelius qui voit en lui l’un de ces opportunistes carriéristes cherchant à tout prix une renommée. Pour finir, ce diable de Galén veut mettre en place une sorte de chantage avec les gouvernements du monde entier : il ne divulguera son traitement miraculeux que si les nations promettent d’arrêter de se faire la guerre. Sinon, les habitants de la terre mourront dans l’agonie d’une maladie incurable.



Derrière ses faux airs de farce, « La maladie blanche » est une pièce de théâtre intelligente, subtile et brillante. En effet, écrit en 1937, peu avant la mort de ČAPEK et alors que la guerre mondiale semble être une menace crédible et même inexorable, ce texte est une allégorie d’une force inouïe sur le fascisme et le nazisme. Le remède miracle contre la « maladie » à venir, la guerre, c’est le pacifisme, et pourtant aucun ne semble le défendre ni même le tolérer. « Eh bien, cela continue à se propager… Par bonheur, les gens pensent maintenant davantage à la prochaine guerre qu’à la maladie blanche. Les perspectives sont très optimistes, n’est-ce pas, monsieur le baron ? La confiance est totale ».



D’aucuns auront vu une troublante similitude entre cette pièce et le monde que nous avons vécu lors de la récente pandémie, ce serait faire table rase de l’image détournée d’une guerre en devenir que ČAPEK tient pourtant à mettre en scène à sa manière. Certes, nous nombrilistes du XXIe siècle, pourrions aisément crier à l’artiste visionnaire, au Nostradamus des temps modernes imaginant notre monde plus de 80 ans avant l’avènement. Il n’en est rien. ČAPEK souhaite dénoncer le militarisme, mais le fascisme se développe en Europe, donc il faut pour l’auteur recourir à un stratagème afin de déjouer la censure et les affres des dictatures : rédiger une pièce d’apparence burlesque pour aller au plus profond du mal et ainsi le dévoiler.



Véritable pamphlet anti (antimilitariste, antipatriotique, antifasciste), « La maladie blanche » est de ces textes que l’on n’oublie pas. Mieux : que l’on peut dégainer en tous temps, en tous lieux et en toutes circonstances, il est universel et comme intemporel. Certaines scènes (la pièce compte 3 actes) sont d’une force rare, à la fois jouissives et effrayantes par la portée réelle qu’elles recèlent : « Ce remède contre la maladie de Tcheng, c’est le mien, vous comprenez ? Et je ne le leur donnerai pas tant que… tant qu’ils n’auront pas promis de ne plus jamais faire la guerre ! Je vous en prie, faites-leur savoir que j’ai dit cela pour eux. C’est la vérité. Personne d’autre que moi ne connaît ce traitement, demandez à n’importe qui ici : je suis le seul à pouvoir guérir cette maladie, le seul. Dites-leur qu’ils sont déjà vieux, tous ceux qui dirigent les peuples. Dites-leur qu’ils vont pourrir vivants… Comme ceux qui sont là… ».



Ce texte devrait être étudié à l’école, il est d’un profond humaniste et en même temps d’une lucidité exceptionnelle, il bouscule par sa forme, son fond et sa force. Il est comme l’un de ces mémorables tracts sur l’absurdité de la guerre et de la dictature. Il est souvent considéré comme une œuvre de science fiction, c’est en partie faux. Certes, il peut l’être si l’on en fait une lecture au premier niveau, focalisant notre imagination sur la partie pandémique. Pourtant il est écrit deux ans avant la déclaration de guerre de 1939, il traite de ce sujet, inlassablement (comme le traitait le roman « La guerre des salamandres », autre chef d’œuvre de l’auteur écrit l’année précédente), il met en garde sur la montée du nazisme, il pleure sur une paix devenue impossible, sur une tragédie qui se dessine. Cette guerre, ČAPEK ne la verra pas, il meurt fin 1938, quelques mois seulement avant l’irréparable. ČAPEK était d’ailleurs sans doute condamné à court terme, « La guerre des salamandres » notamment l’ayant mis dans le viseur de la Gestapo qui envisageait son arrestation prochaine.



Ne ratez pas « La maladie blanche », par pitié ! Et si vous êtes décidément allergique au format théâtral, laissez-vous cependant porter par celui-ci, il n’est pas à proprement parler un théâtre classique, d’ailleurs les lieux ne sont pas évoqués, seules les dialogues comptent, et ils sont d’une richesse exceptionnelle. Ce livre vient d’être réédité aux éditions du Sonneur, traduction et préface d’Alain VAN CRUGTEN, il pourrait bien devenir une sorte de leitmotiv contre les extrémismes dans ce monde qui, décidément, tend à bégayer.



https://deslivresrances.blogspot.com


Lien : https://deslivresrances.blog..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
Cricri08
  05 août 2022
L'Odyssée de Homère
On embarque avec Ulysse et ses compagnons, en route vers Ithaque. La guerre de Troie est terminée, Ulysse a quitté Pénélope et Télémaque depuis 10 ans déjà et il lui tarde de retrouver les siens. Le retour sera parsemé d'embuches (créés par les dieux, notamment Poséidon un peu colère après qu'Ulysse ait aveuglé son fils, mais aussi par les erreurs de ses compagnons gloutons, et là je pense aux bœufs du Soleil!).

Heureusement Athéna est chargée de l'aider à déjouer les ruses des Sirènes ou à arrêter le vent.

Une lecture sympathique : j'en connaissais des passages mais je n'avais jamais lu l'intégralité des aventures d'Ulysse, et une bonne occasion de faire une lecture commune avec ma fille.

J'étais motivée aussi par ma lecture en parallèle d'Ulysse de James Joyce ... et bien je n'ai retrouvé que très peu de correspondances ;)
Commenter  J’apprécie          70
Lamifranz
  01 août 2022
Les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire
« Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille »

Ces vers, appris en cours de français dans mes années juvéniles, je les connais par coeur depuis une bonne cinquantaine d'années, au point de me réciter le sonnet dans son intégralité, particulièrement dans certaines circonstances : par exemple en attendant sur un brancard dans un couloir d'hôpital, avant de passer sur le billard (ça ne vous est jamais arrivé, vous ? Non, pas de passer sur le billard, mais de vous réciter des poèmes pour tromper l'attente ?)

Et puis dans les « Fleurs du Mal » il y a du choix : beaucoup de poèmes sont passés à la postérité : « L'Albatros », « L'Homme et la mer », « La Beauté », « Harmonie du soir », « le Beau navire », « L'Invitation au voyage », « La Musique », « Chant d'automne », etc. J'en passe et des meilleurs…

Curieusement, en 1857, Baudelaire et Flaubert passaient tous les deux devant la 6ème chambre correctionnelle, accusés par le même procureur, Ernest Pinard, pour « outrage à la morale publique » et « offense à la morale religieuse ». Flaubert, (pour « Mme Bovary »), fut acquitté, Baudelaire pour « Les Fleurs du Mal » fut condamné et se vit retirer 6 pièces du recueil (elles seront réintégrées en 1949, quand le jugement sera cassé). A posteriori, les deux écrivains paraissent avoir été condamné non pas au nom d'une morale quelconque (qui en avait vu bien d'autres) mais pour avoir pratiqué dans leur oeuvre un réalisme excessif. Ce procès, loin de faire reculer ce réalisme, lui donne des ailes : Flaubert et Baudelaire continueront à écrire dans cette voie, et de plus feront des émules : après Flaubert viendront Zola et Maupassant ; après Baudelaire viendront Verlaine et Rimbaud…

Dire que Les Fleurs du Mal sont une oeuvre personnelle et intimiste de leur auteur est un euphémisme : Baudelaire met « son coeur à nu » dans ces poèmes où il décrit son spleen (mélancolie désabusée) et son idéal (souvent battu en brèche), les femmes qu'il a aimées (et même celles qu'il n'a pas pu aimer, cf « A une passante ») ses sensations devant des paysages (« L'Homme et la mer »), des scènes de la vie courante (« Chant d'automne ») ou des manifestations artistiques (« Mes phares », « La Musique »). Baudelaire fait passer dans ses poèmes un double message : celui de l'homme, avec ses sentiments, ses désirs (y compris les plus charnels), ses envies et ses rejets, son ennui, sa peur de la mort, son angoisse devant le temps qui passe, et sa fuite dans les paradis artificiels que sont le vin et l'opium (il reviendra vers ceux-ci dans un recueil de 1860) ; et celui du poète, attentif à trouver des correspondances entre le matériel et le spirituel, entre le corps et l'âme, entre la réalité et le rêve (fût-il éveillé), attentif également à mettre en place une autre poésie, faite de hardiesses dans la métrique, d'audaces de composition, de fluidité, et de totale adéquation entre la pensée et l'écrit. Héritier de Nerval et d'Hugo (et de Gautier à qui sont dédiées ‘Les Fleurs du Mal), il est également le précurseur de Verlaine et Rimbaud, et derrière eux Apollinaire et plus loin encore Aragon et Eluard.

« Les Fleurs du Mal » sont comme « Alcools » d'Apollinaire, ou « le Fou d'Elsa » d'Aragon. C'est un tout. On peut bien sûr isoler des poèmes et les étudier séparément, mais il y a un fil qui les relie les uns aux autres, et qui en fait un ensemble homogène. C'est comme ces toiles qu'on voit mieux en prenant du recul, en ayant une vue d'ensemble. Eh, mais c'est de l'impressionnisme, ça, non ? Tiens justement, Baudelaire a été un des premiers à saluer des peintres comme Manet et Whistler. Etonnant, non ?

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          162