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Les oies des neiges

« Elles arrivent au printemps,

Sur les ailes du vent,

Par les routes de l'air.

Drôle de géométrie,

C'est un fil qui les lie

Dans leur vol angulaire ».



Ah, « Mes Aïeux » ! Rien de tel qu’un groupe québécois pour chanter les oies des neiges…

Sa poésie va nous accompagner tout au long de leur voyage.

C’est en regardant un documentaire sur la migration des oiseaux que m’est revenue cette lecture, récit documenté sur le périple de l’auteur à la recherche de ces volatiles en suivant leur parcours.

Elu meilleur livre de voyage 2014 par le magazine « Lire », l’envie de savoir si le titre est toujours mérité dix ans plus tard.

Note de Rick Bass, « Un véritable trésor ». La référence est élogieuse.



William Fiennes sort d’une grave maladie. Etudiant à Oxford, il ne s’attendait pas à devenir écrivain. Alors qu’il se trouve, pour un petit changement d’air synonyme de convalescence, dans la bibliothèque d’un hôtel, il découvre « The Snow Goose », de Paul Gallico, lu quand il était enfant. Il le relit d’une traite. Le déclic. La migration. Un voyage pour renaître, voilà ce qu’il lui faut.



Après avoir hiverné sur l’Eagle Lake, au Texas, les oies des neiges feront un périple de quatre mille à six mille kilomètres pour rejoindre leur site de nidification, au Nord de la baie d’Hudson, jusque sur l’île de Baffin.

Fin février, vol pour Houston. L’auteur a l’intention d’aller trouver les oies dans les prairies et de les suivre vers le Nord, au printemps. Voyage qui ne se fera pas à bord d’une fusée, vous l’aurez compris.



« Le premier signe a été un vague tintement au loin, qui n’arrivait d’aucune direction particulière. Des amoncellements de points ont paru au-dessus de la courbe de l’horizon. Chaque point est devenu une oie. Des volées entières convergeaient vers l’étang depuis toutes les directions de la boussole, c’était l’inverse d’une diaspora, les oies des neiges volant en V et W espacés ou en longs écheveaux qui ondulaient comme des rubans d’algues, chaque oiseau concentré sur le plan d’eau au centre de la circonférence de l’horizon. Des rangées d’oies se morcelaient avant de se regrouper sous forme d’idéogrammes tracés à main levée : cerfs-volants, chevrons, harpons ».



William Fiennes a la minutie des détails. Il raconte tout ce qu’il voit, dans la nature comme dans les hébergements qu’il fréquente. Les animaux et les plantes, ses hôtes, tout y passe pour analyser les comportements. Sans oublier les objets, et les répliques des personnes rencontrées.

« C’est plus compliqué que vous ne le pensez, le jeu de l’oie ».

C’est exactement ça, son parcours, différentes cases où il découvrira un peu au hasard ce que sera son présent, avec des avancées et des attentes, des observations anodines qui entraîneront des digressions vers son passé, afin de comprendre son besoin de prendre la route, de fuir la maladie mais aussi de bouger pour s’assurer qu’il est en vie, qu’il a envie, de continuer, le cycle de la vie, avec des allers et des retours, sans savoir s’il atteindra la case « arrivée ».



« Toutes unies à la chaîne

Derrière l'oie capitaine

Qui connaît le chemin,

Le nid originel,

La toundra les appellent

Et guident leurs instincts ».



Ce désir de regagner son pays natal, cette douleur intérieure qui pousse à partir, la nostalgie, nostos et algos, le retour et la souffrance, ce voyage nécessaire qui, s’il n’est pas accompli, entraînera vers la mélancolie.

Et puis l’instinct migratoire, la nécessité de la reproduction, pour assurer la descendance, pour rester dans la danse, malgré les aléas, et tous ces tracas, ne pas se retourner, le voyage retour sera pour plus tard, avec les petits, leur montrer le chemin, tel est le destin, pour vous, pour nous, pour toi, pour moi, sans foi ni loi, le jeu de l’oie.



« Des bandes d’oies des neiges volaient en longs rubans ou formaient des U dépenaillés de trente ou quarante oiseaux chacun, avançant vers le Nord, survolant un plat pays, au-dessus de l’horizon, parallèles à l’autocar. De lentes ondulations parcouraient les rangs chaque fois que les oiseaux de tête déviaient légèrement de la ligne droite et que tous les oiseaux qui les suivaient en faisaient autant, l’un après l’autre, transmettant l’embardée tout au long de la rangée, comme une rumeur, jusqu’à l’oiseau qui venait le dernier, après quoi elle disparaissait dans les airs ».



Voiture, autocar, train, tous les moyens sont bons pour atteindre l’objectif, et regarder dans l’oculaire, pour s’assurer qu’elles sont dans l’air, voyage contemplatif autant qu’introspectif, apprendre leur vie pour comprendre la sienne, donner son avis et attendre qu’elles viennent, suivre l’horizon, éviter la case prison, se poser sur le sol après leur dernier vol, donner la vie à leur tour, le miracle de l’amour.



« Tour à tour elles prendront

La tête du peloton,

Le temps d'une gouvernance.

Jusqu'au bout de leurs forces,

Elles bomberont le torse

Pour que le groupe avance ».



Près du Mont Riding, il y a le lac Timon, en voiture Simone ! Et la rencontre d’un Viking, mais qu’est-ce qu’il fiche ici, scande Inav ?

La migration, vous dis-je. Ils sont venus de Norvège, puis l’Islande, enfin le Canada, c’est comme ça. Ah ! L’Islande, un pays verdoyant… Euh, c’est pas plutôt le Groënland, le vert ?

« Tout le monde croit qu’il n’y a que de la neige et des glaciers, mais bon Dieu, ce que ça peut être vert, là-bas ! Il y a tellement d’herbe ! Des prairies ! Et des vaches qui paissent partout ! Elles ont des gros soutiens-gorge en cuir. C’est pour empêcher les tétines de frotter sur les rochers »  !

Et puis la cabane en forêt, William Fiennes lit « The Wilderness Cabin »,

coïncidence ou hasard, non, nécessité, de la nostalgie, encore et toujours...



« La glace était couverte d’oies des neiges : d’un bout à l’autre du lac, une bousculade de cous blancs. Par un effet de résonance, les cris des oies donnaient l’impression d’être emprisonnés sous la surface gelée. Des escouades de volatiles s’envolaient hors de la masse ; d’autres revenaient des champs voisins, ils descendaient en planant les ailes recourbées et se posaient au milieu de leurs congénères. Tout à coup, la volée entière a décollé, comme un public éclate en applaudissements. On aurait dit que la glace venait d’exploser – on était presque surpris de voir la surface dure, marbrée de bleu, intacte au-dessous des oiseaux. La masse d’oies bouillonnait, paraissant se rouler sur elle-même, et son ombre dérivait sur la glace, comme une turbulence. Les applaudissements se sont faits plus graves et l’on aurait cru entendre des trains grondant dans des tunnels. Des écharpes lamées ondulaient dans les rangs, lorsque des groupes d’oies tournaient leur dos et leurs ailes blanches vers le soleil, et par instants le ciel entier était éclairé par leur chatoiement, on aurait dit une robe bordée de sequins argentés s’agitant sous une boule à facettes, tandis que le vacarme des cris et des battements d’ailes martelait la glace ».



Dans le train, sur la couchette, le ciel à travers les stores, fait nuit dehors. Il pouvait voir la Petite Ourse, vers le Nord. Ursus et Arktos, quand le latin rencontre le grec, il y a deux ours. En arctique, y a la polaire et le polaire, étoile et ours, mais pour combien de temps encore ?



« Une fois épuisées,

La place sera cédée

A un autre plus fort.

Et le chef volatile

Prend la queue de la file,

Fier de tous ses efforts ».



Le voyage continue, baie d’Hudson, ça résonne ! Le grand rassemblement, c’est la ruée dans la nuée, chercher la bouffe dans les touffes, ne pas oublier de s’alimenter, c’est encore l’hiver dans le décor, pas encore de vert, résister, encore et encore...



« Dix mille oiseaux, peut-être, étaient occupés à glaner parmi le chaume de blé. Certains étaient sur le qui-vive, la tête levée comme un périscope ; d’autres fouillaient du bec le sol noir, en quête de grains restés sur place. Des petits groupes d’oies des neiges s’envolaient hors de la masse et quittaient le champ ; d’autres groupes arrivaient pour prendre leurs places au milieu de leurs congénères. Elles descendaient en planant, les ailes ployées, laissant pendre leurs pattes comme un train d’atterrissage, le corps penché en arrière, les ailes battant à l’envers, et puis au tout dernier moment le poids de chacune semblait basculer vers l’avant d’un bout à l’autre de son corps, les pattes touchaient le sol, l’oie repliait ses ailes et se mettait à manger ».



La Churchill River était gelée, et pas la lueur d’un cigare pour la réchauffer. Il a roulé trop vite, elles ne sont pas encore là, mais lui, attendre, toujours, il est las. Destin ! Il trouve une maison à garder pendant l’absence de la propriétaire. Dans la Goose Creek, elles viendront là, c’est sûr !

Un p’tit mot, sur la table, « La maison risque de grincer, en dessous, c’est la toundra ». Le voilà dans de beaux draps, entre « lead » et « floe », de l’eau courante et de la glace flottante, mais toujours l’attente.



« À chaque nouveau passage

Des volées d'oies sauvages,

J'entends comme un appel.

Une voix qui me répète,

Que malgré les défaites,

On a encore nos ailes ».



Pffft ! Elles sont reparties, vers l’île de Baffin, et lui il a l’air fin, mais il trouve l’inventeur d’un gyrocoptère, pour s’balader dans les airs. Oui, mais c’est qu’un projet, en est bientôt en mai, pas attendre l’équinoxe, direction la péninsule de Foxe !



« Des volées d’oies descendaient en planant vers une étendue de toundra au bord d’une rivière. Elles allaient commencer à construire leurs nids, à mesure que la toundra sortirait de la neige, choisissant le sommet des légères ondulations, là où le sol était relativement sec et ferme.

Ces nids, je ne les verrais pas : dans deux ou trois jours, la toundra serait trop mouillée pour les motoneiges. Je n’atteindrais pas les grandes plaines de Koukdjuak, juste au-delà de l’horizon, vers le Nord. Je m’y étais résigné. Cela m’était égal. J’étais dans la péninsule de Foxe, avec les oies des neiges. Grisé, étourdi, je me suis planté sur mon sommet, à côté de l’inuksuk (cairn), respirant profondément. A part le vent, je n’entendais rien d’autre que les oies : les jappements stridents des oiseaux, le vrombissement grave et électrique des battements d’ailes ».



La toundra mouillée, c’est la case prison, il vaut mieux l’éviter.

En août, plus de doute, elles repartiront vers le Sud, le jeu de l’oie, c’est la loi, du plus fort, et du sort, il est tard, retour à la case départ.

L’aller et le retour, l’éternel va-et-vient, la vie nous joue des tours, mais elle nous retient, au fil des jours, avec son lien.



T’avais raison Rick, un véritable trésor. Je vous invite à le lire, encore et encore.



« Quelle belle leçon

Que ces oiseaux nous font

Obstinés et fidèles.

Faudra qu'on se console,

Et qu'ensemble on s'envole

Dans les draps bleus du ciel ».
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Un été dans la Sierra

En 1869, John Muir accompagne la transhumance d'un troupeau de moutons vers la haute vallée de Yosemite. Quittant la fournaise des maquis de chaparral qui tapissent la vallée centrale de Californie, on s'élève progressivement vers les splendeurs de la Sierra Nevada. Là haut, c'est l'émerveillement. John Muir profite de ses longs moments de farniente - son job est de surveiller le berger qui s'occupe des 2000 têtes de mouton - pour décrire, dessiner, mesurer toutes les espèces de végétaux, d'animaux et de roches qui composent le parc de Yosemite. Pendant 3 mois, il s'abreuve de nuages, de séquoias géants et de sapins argentés, observe tout ce qui rampe, marche, saute et vole, se passionne pour ces vallées rabotées par les glaciers, ces dômes de granit sculptés par l'érosion. Ses descriptions pleines de lyrisme disent son bonheur d'être vivant dans ce vaste temple de la Nature. Les anecdotes ne sont pas légion : quelques attaques de plantigrades contre les moutons, quelques rencontres avec les Indiens. Mais les hommes ne sont pas le centre d'intérêt de Muir. C'est la Nature, qu'il voit comme un chef-d'œuvre d'origine divine.

Si John Muir admire toutes les espèces sauvages, écureuils, marmottes, oiseaux de toutes sortes qui peuplent les forêts et les prairies de Yosemite, il a moins de tendresse pour les moutons, ces sauterelles laineuses, inventées moins par Dieu que par les hommes et qui, si leur nombre devait augmenter, détruiraient ces forêts et les prairies de lys. C'est grâce à lui que le parc de Yosemite sera créé en 1890. La vallée voisine de Hetch Hetchy, inondée par un barrage, n'aura pas cette chance.
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Comptines assassines

Dix ans après avoir Les Contes de crimes, je me plonge dans un recueil du même auteur et du même style. Deux nouvelles m’ont particulièrement marqué : Barbe-Bleue et Les animaux de Brême. Les autres beaucoup moins. Le frisson est pourtant garanti, surtout avant le coucher, la nuit.
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