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Isidoreinthedark
  06 décembre 2022
Leonard Cohen de Pascal Bouaziz
« Leonard Cohen » de Pascal Bouaziz est un livre impressionniste, qui tente de saisir par petites touches le halo mystérieux qui continue d’entourer l’immense chanteur canadien. La collection « Les indociles » éditée chez « Hoëbeke » a déjà publié plusieurs ouvrages consacrés aux figures anticonformistes de la musique telles que Jim Morrison, Janis Joplin ou Jacques Higelin. Ces « beaux livres » proposent à travers des textes soignés et des photographies peu connues un éclairage nouveau sur des musiciens rebelles, dont l’oeuvre mérite d’être approfondie.



L’auteur de ce dernier opus de la série, Pascal Bouaziz est lui-même musicien et auteur-compositeur du groupe Mendelson, dont je recommande l’album éponyme, un disque en apesanteur, à la beauté onirique. Fin connaisseur et admirateur sincère de Leonard Cohen, l’auteur nous propose un portrait en forme de kaléidoscope de l’oeuvre lumineuse et de la personnalité mélancolique du chanteur. L’un des mérites de cet ouvrage très dense est d’être tout à la fois accessible pour les novices soucieux de découvrir Cohen et passionnant pour les « fans » inconditionnels.



Le parti pris d’une approche thématique a le mérite de creuser le sillon des nombreuses fêlures qui hantent l’oeuvre de celui qui figure avec Bob Dylan et quelques autres au panthéon des auteurs-compositeurs de la fin du vingtième siècle. Le mot « oeuvre » n’est ici pas galvaudé dans la mesure où Cohen fut d’abord poète et romancier avant d’embrasser une carrière de chanteur. Le prix Nobel de littérature accordé à Dylan en 2016 aurait d’ailleurs pu tout à fait lui revenir. Moins fécond, et moins emblématique que le barde immortel, Cohen est avant tout un poète d’une exigence folle. Sans Dylan, il n’aurait toutefois pas eu l’idée, à trente ans passés, de mettre ses textes en musique et de devenir lui-aussi l’un des troubadours adulés de la fin des années soixante.



La phrase qui résume le mieux le chanteur-poète figure sans doute dans « Anthem », l’une des chansons de l’album apocalyptique « The Future » sorti en 1992 à la suite d’« I’m your Man » qui marquait le retour sur le devant de la scène du génie canadien, après des années quatre-vingts en forme de traversée du désert :

« There is a crack, a crack in everything

That’s how the light gets in ».



Le très beau livre de Pascal Bouaziz montre à quel point Leonard a été traversé tout au long de sa vie par de nombreuses dépressions contre lesquelles il n’a cessé de lutter. Le salut, ce sentiment d’un bonheur apaisé et inconnu, il le découvrira à l’aube de la vieillesse, sans savoir pourquoi. Un sentiment d’insécurité, d’imposture, un mal-être chronique auront été ses compagnons de route, et trouvent sans doute leur source dans une fêlure existentielle, que ni les drogues, ni les anti-dépresseurs, ni les conquêtes féminines ne seront parvenues à combler. Mais cette fêlure est peut-être aussi la source du génie du poète, la fissure à travers laquelle se propage la lumière de l’inspiration poétique. Jacques Audiard ne disait pas autre chose lorsqu’il paraphrasait les Evangiles :

« Bienheureux les fêlés,

Car ils laisseront passer la lumière ».



Le livre insiste en creux sur le hiatus entre l’image de gendre idéal des sixties, ou de vieux sage des années 2000 et la personnalité tourmentée, les multiples addictions et le goût insatiable pour la gent féminine du personnage. En revenant longuement sur la quantité stupéfiante de drogues et d’alcool ingérée par Cohen et sur sa conception toute personnelle des relations amoureuses, Pascal Bouaziz lève le voile sur les démons qui hantèrent le chanteur tout au long de sa vie.



Dans le très beau chapitre consacré aux années passées dans un monastère zen, l’auteur aborde la quête d’absolu qui n’a jamais quitté le poète. Judaïsme, scientologie, zen, christianisme, Advaïta védanta : autant de chemins empruntés par le chanteur pour tenter de trouver la Voie, de canaliser une inclination jamais démentie pour le mystère de la spiritualité.



Mais voilà, Leonard s’en est allé en 2016 à l’âge vénérable de 83 ans. Les deux derniers albums, « You want it darker » et « Thanks for the dance » sont aussi majestueux que les deux premiers, « Songs of Leonard Cohen » et « Songs from a room ». La boucle est bouclée. L’auteur, poète, chanteur aura su laisser entrer la lumière qui continue de chatoyer à chacune des écoutes de ces chefs d’oeuvre intemporels.



Il est impossible de clore ce billet en forme d’hommage au Saint-Esprit de ma trinité personnelle (composée par ailleurs d’un vieux barde renommé God Dylan, et de son disciple à la voix d’ange Neil Young) sans citer quelques vers de « Chelsea Hotel #2 » :



« You were famous, your heart was a legend.

You told me again you preferred handsome men

But for me you would make an exception.

And clenching your fist for the ones like us

Who are oppressed by the figures of beauty,

You fixed yourself, you said : well never mind,

We are ugly but we have the music. »
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  30 novembre 2022
Erratum: Pour en découdre avec les anachronismes à l'écran de Julien Magalhães
L’auteur décrit avec esprit, un sens de la tournure incroyable et une expertise impressionnante l’interprétation de l’histoire, de l’histoire du costume et de la beauté au cinéma. C’est très fouillé. J’ai beaucoup ri et j’ai appris tout un tas de chose. Ça pourrait faire un peu niche mais pas du tout. Je l’offrirai à Noël!
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Warrenbismuth
  30 novembre 2022
Les derniers grizzlys de Rick Bass
On pourrait y voir une sorte de triangle amoureux littéraire entre trois écrivains majeurs des Etats-Unis, du moins un triangle où l’amitié tisse des liens indéfectibles. On peut y voir aussi une série, une saga littéraire, involontaire, indirecte et pourtant évidente dans ses ramifications.



Edward ABBEY avait commis deux romans - « Le gang de la clé à molette » qui eut pour suite « Le retour du gang » -, dont le héros, un certain George Hayduke, est directement inspiré d’un proche de ABBEY et lui-même écrivain à ses heures perdues : Doug PEACOCK. Puis ce même PEACOCK écrit le somptueux « Une guerre dans la tête » (devenu récemment en version poche « Marcher vers l’horizon »), qui est en partie une biographie de Edward ABBEY. Doug PEACOCK revenant brièvement sur son amitié avec ABBEY dans « Mes années grizzly », ouvrage dans lequel il fait part de sa passion pour les grizzlys qu’il observe six mois de l’année depuis longtemps.



En 2010 sort chez Gallmeister « Les années grizzlys » de Rick BASS. S’il y est bien sûr question de ce gros ours fascinant, BASS met également en scène la silhouette de l’un de ses amis qui lui a beaucoup appris sur le sujet : Doug PEACOCK. On peut même y voir comme une esquisse de biographie tendre mais sans fioritures (ah ! le caractère volcanique de Doug !). La boucle littéraire est bouclée et ce pentagone livresque pourrait presque ne faire qu’un unique gros volume.



Dans cet essai dynamique et profondément ancré dans la tradition pour la défense de la nature sauvage et en particulier des ours grizzlys, on apprend beaucoup de choses. Déjà, que sieur PEACOCK est un expert en mycologie en plus d’être un spécialiste des grizzlys. Puis grâce aux recherches incessantes de BASS et de ses amis, le quotidien des grizzlys nous est en partie révélé.



Mais l’utilité de ce livre est ailleurs. Officiellement, le dernier grizzly a été abattu dans le Colorado à la fin des années 70. Mais BASS et quelques autres – dont PEACOCK - sont persuadés que ce mammifère subsiste dans certains coins reculés. Il faut à tout prix démontrer que le grizzly n’a pas disparu, afin de le protéger, notamment de son prédateur principal : l’homme. « Une politique non interventionniste contribuerait plus efficacement que n’importe quelle autre à la préservation des grizzlys. Si nous trouvons les ours – quand nous les trouverons -, nous devrons faire demi-tour et nous en aller. Nous devrons leur laisser le plus d’espace et le plus de calme possibles autour de leur territoire, et puis retenir notre souffle en espérant qu’ils s’en sortiront, qu’ils arriveront à survivre et à se reproduire, comme lorsqu’on place des brindilles sur des braises pour essayer d’en tirer des flammes ».



BASS dresse le bilan ainsi que l’historique des derniers grizzlys sur le territoire du Colorado ou à proximité, pointe d’un doigt révolté l’acharnement humain, tout en précisant avec méticulosité le mode et les lieux de vie de ce gros ours noir. Le récit est passionnant de bout en bout, fascinant. BASS observe les mammifères au plus près, avec ce diable de boule de nerfs de PEACOCK à ses côtés, qui le guide, le conseille, s’emporte contre la connerie humaine.



Un travail de fourmi s’offre à la joyeuse équipe : retrouver des preuves de l’existence du grizzly, fussent-elles minimes : des poils dans des barbelés, ou même dans les excréments des ursidés, méthode ancestrale mais qui a fait ses preuves. Le héros de ce livre se nomme cependant Grands espaces, que l’auteur dépeint avec maestria.



Le texte se fait prophétie : « Si nous parvenons à modifier nos comportements à l’égard de la terre, tous les autres abus de pouvoir dans la société laisseront apparaître qu’ils obéissent à un même schéma, qu’ils suivent un modèle commun, que nous pourrons alors réorienter ». Car dans ces recherches, c’est une partie de la survie de l’humanité qui se joue, ni plus ni moins.



BASS voit en la prolifération des cerfs un danger imminent pour l’équilibre de l’écosystème. Il s’en explique. Il offre une philosophie fort convaincante des bienfaits de la marche à pied en solitaire : « J’aime marcher seul. C’est aussi différent de la marche avec un ami que, disons, soulever des rochers est différent de soulever des haltères. On pense à de tout autres choses. Votre propre rythme et le rythme du jour ne sont plus les mêmes. Marcher seul me donne le sentiment d’être « ailleurs », comme détaché. Et j’aime la façon dont une belle journée s’étire en longueur quand on en dispose pour soi seul. On peut y gravir la pente la plus raide à son propre rythme ». Car BASS aime être seul, lui réfugié au fond de la vallée du Yaak dans le Montana avec toute sa petite famille, a pourtant besoin d’encore plus de solitude. Pour méditer, envisager des actions de protection.



Dans ce récit la présence de ABBEY, quoique furtive, est bien réelle. ABBEY apparaît comme le grand-père spirituel de toute cette génération d’écrivain écolo-radicaux des grands espaces, ces têtes brûlées qui n’hésitent pas à se mettre en danger pour nous rapporter ne serait-ce que par des indices minimes (mais ô combien indispensables !) d’une forme de vie dans la nature, ils sont des princes de l’environnement. Un livre militant comme celui-ci vient à point nommé dans un monde où l’on se sent désunis devant la catastrophe environnementale en cours. Livre salutaire donc, accessible, distillant des pointes d’humour, mais qui est surtout une ode à la nature toute puissante, un hommage immense. Il me paraît nécessaire de le lire peu avant ou peu après « Mes années grizzly » de PEACOCK car ils peuvent être vus comme des frères jumeaux littéraires, et aucune phrase, aucune ligne de ces deux ouvrages n’est superficielle. « Les derniers grizzlys » est sorti chez Gallmeister en 2010.



« Nous avons vécu dans les villes. Mais c’est ici, dans les montagnes que nous voulons être. Circuler parmi des étrangers et passer notre temps avec du béton sous les pieds alors qu’il ne nous reste peut-être plus que quelques années ne nous semble pas une perspective attrayante ».



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