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Aubier Montaigne


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Walden ou La vie dans les bois

Je me suis forcée jusqu'à la page 120, car ce livre était dans ma liste depuis des années. Quelle déception. De vie dans la nature, dans ces 120 premières pages, il n'en est presque pas question. Ce n'est qu'un ramassis de vérités toutes faites et de jugements à l'emporte-pièces que son auteur nous assène et dont l'écriture, ou tout du moins la traduction française qui en est faite, est insipide au possible. Son sentiment de supériorité sur toute personne vivant ou pensant autrement que lui suinte de chaque page.

Je suis considérée par mes ami.e.s et ma famille comme une militante écologiste, et je ne vois rien dans ce récit pouvant alimenter convictions, ni actions. Un "Dans la forêt" de Jean Hegland, tout en étant beaucoup moins prétentieux, aura bien plus d'intérêt pour la réflexion et même l'action.

Vous pouvez passer votre chemin.

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Gens de Dublin

La malédiction du grand frère

OU

un désenvoûtement littéraire.

L'Irlande a toujours eu ce grand frère, et a eu l'imprudence de l'inviter chez soi.

Pendant le bas moyen-âge, il y a lutte pour la suprématie en l'île d'émeraude, qui

n'est pas un royaume unifié, et les prétendants malheureux, parfois, font appel

au grand frère anglais. Il ne faut pas trop tenter le diable, ou il s'installe chez vous.

C'est ainsi qu' Henri VIII décide de se faire couronner roi d'une Irlande qui payait

déjà tribut à l'Angleterre depuis le douzième siècle. Là commencent les choses sérieuses: l'Irlande devient, peu à peu, une colonie de peuplement du Royaume-Uni.

Confiscation massive des terres, attribution de celles-ci à des colons anglais ou écossais, réduction des autochtones à l'état d'ouvriers agricoles sur la terre qui était la leur, impôts, tentatives de conversion forcée de la population catholique à l'anglicanisme, résistance puis massacres. Jamais l'on ne réussit à soumettre ce peuple, toujours les coups continuent de pleuvoir. Au 19 ième siècle, s'y ajoute la famine, provoquant un exode massif vers les Etats-Unis.

C'est dans cette Irlande exsangue, mais jamais soumise, que naît James Joyce. Père et mère appartiennent à la bourgeoisie, le premier travaillant dans l'administration, la seconde ayant apporté une dot substantielle. Mais il y a quelque chose de sauvage, d' étrange dans la lignée masculine des Joyce., et le père n'y échappe pas. Une déchéance financière, ethylique aussi. le jeune James, fils aîné et brillant élève des jésuites, doit quitter son collège et finir son secondaire comme il peut. Une bourse lui permet d'entreprendre des études universitaires à Dublin, où il participe avec énergie à la vie culturelle et sociale de la capitale. Il commence aussi à devenir un homme engagé, ce qui, dans une colonie de peuplement, vous attire très vite toutes sortes d'ennuis. Diplômé, il part pour Paris, où commence une vie d'exil, qui est aussi une existence de bohême...

Les Gens sont la première grande oeuvre de Joyce. Elle se compose de quinze nouvelles, qui pour l'essentiel décrivent une existence maussade dans un univers gris. Un monde clos, statique, sans espoir ni projet : un vie qui n'a d'autre objet que de survivre. Un verre de Guinness ou une partie de cartes aident à supporter la médiocrité de cette existence carcérale. Mais la colère reste souterraine, l'esprit est moribond. Joyce veut précisément ranimer l'esprit de son peuple, le remettre en marche vers la vie. Pour ce faire, chaque nouvelle se termine sur une “ épiphanie” : une vision surprenante, déchirante, de ce qui est, ou de ce qui pourrait être. Certains voient la déchéance de leur état présent, d'autres la gloire d'une aube nouvelle. Et quelques-uns reculent devant cette lumière éblouissante qui tout à coup les révèle à eux-mêmes.

Un écrivain patriote, un combattant pour la liberté, un homme qui maniait la plume comme on tire le sabre : voila James Joyce. J'ai vécu quelques mois à Dublin, dans le cadre d'une mission, en 2010. Je me souviens d'un peuple optimiste, ouvert, joyeux, qui avait confiance en sa bonne étoile. Tout le contraire des Gens De Dublin. Un peuple un peu déboussolé, quand même, par les changements de ces dernières décennies. Comme le disait un collègue, autochtone : " être irlandais, c'était être pauvre et contre les anglais. Qu'est-ce que ca veut encore dire maintenant ? Qui sommes nous?". Ils n'ont pas perdu au change : gageons que Joyce serait fier, et heureux ! Bonne lecture .

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Le conte du tonneau

Publié pour la première fois en 1704, le texte connaît sa version définitive en 1710. Swift a une trentaine d’années lorsqu’il compose l’ouvrage, on peut donc le considérer comme une œuvre de jeunesse, et il est bien évidemment bien moins connu que Les voyages de Gulliver. Le livre paraît d’abord sous couvert d’anonymat, et il va déclencher des réactions très violentes, l’auteur a même été taxé de blasphème par certains. Il a contribué à empêcher Swift d’obtenir les fonctions épiscopales auxquelles il aspirait. Il est très composite et complexe à interpréter, mais pas moments terriblement drôle, ce qui a mon avis lui permet de susciter un l’intérêt encore de nos jours.

Le texte se place dans le vaste débat que l’on a appelé la querelles des Modernes et des Anciens, Swift prenant place dans les rangs des défenseurs des Anciens. Mais il le fait d’une manière dont le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle est iconoclaste, et en y joignant une discussion de nature religieuse. Le conte du tonneau désigne en anglais un récit sans queue ni tête, et c’est un peu ce genre de construction que l’auteur propose à ses lecteurs.

Le texte commence par une « Épître dédicatoire à son Altesse Royale le Prince Postérité » puis une Préface, qui de manière évidente font partie du texte en tant que tel. Puis viennent onze sections, qui composent l’oeuvre, 6 font référence au Conte du titre, et les 5 autres sont des digressions assumées en tant que telles, au point où l’une est un éloge des digressions.

Le conte à proprement parlé suit trois frères, Peter, Martin et Jack, représentant respectivement le catholicisme, l’anglicanisme (Martin Luther), auquel appartenait Swift en tant qu’ecclésiastique, et le protestantisme dissident, puritanisme (Jean Calvin). Leur père leur lègue à sa mort des habits identiques, avec interdiction d’y changer quoi que soit. Mais chacun des trois frères va interpréter différemment l’héritage paternel : Peter va le surcharger d’ornements, Jack le met en pièces, Martin le dépouille de toute décoration superflue. Swift fustige et moque tour à tour la catholicisme, ses dogmes, ses papes, ses richesses, et les puritains, qu’il accuse de dogmatisme et d’extrémisme. Il parcours l’histoire de la religion chrétienne d’une manière non conventionnelle et ironique.

Cette partie du texte est encadrée par les digressions, qui évoquent la fameuse querelle des Anciens et Modernes. Swift fustige tour à tour les critiques littéraires, les éditeurs, les plumitifs en quête du succès à tout prix, la science et les savants, bref toutes les manifestations du savoir, ou de la prétention à ce savoir, de son époque. Et les revendiqués Modernes, qui pensent en savoir bien plus que les Anciens, qu’ils pillent, ou qu’ils réinventent sans même sans rendre compte, en partie par ignorance, en partie par mauvaise foi. Ces préoccupations apparaissent par moments dans la partie consacrée aux trois frères, les deux proses ne sont pas imperméables l’une à l’autre. Les célébrités de son temps en prennent pour leur grade, en particulier Temple, un ardent défenseur des Modernes qu’il démonte impitoyablement, et parmi les auteurs un peu plus connu, Hobbes. Le titre (Le conte du tonneau) pourrait être inspiré par le Léviathan de cet auteur. En effet, est citée une anecdote, dans laquelle les marins menacés par une baleine, auraient l’habitude de lui lancer un tonneau pour distraire l’animal et lui faire oublier le bateau. Le livre de Swift serait donc ce leurre, censé distraire, faire perdre son temps aux monstres modernes.

Là où les choses se compliquent, lorsqu’on veut des interprétations au texte de Swift, c’est qu’il est difficile de distinguer ce qui relève de l’ironie, de la moquerie, de la dénonciation comme on dirait aujourd’hui de ses opinions véritables. Où s’arrête la parodie et où commence la profession de foi ? Difficile de le dire. D’où les multiples et contradictoires lectures faites de l’oeuvre.

Le livre n’est pas forcément simple à lire, du fait de ses multiples références, à la religion, aux personnages célèbres dont la majorité est bien oubliée aujourd’hui, aux événements historiques, au contexte de la controverse des Anciens et des Modernes etc. Mais Swift est très drôle, très caustique, et cet humour reste efficace dans une bonne partie du texte, même pour le lecteur actuel.

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