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Quidam


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chris49
  05 décembre 2022
L'Inamour de Bénédicte Heim
Le pouvoir du langage est au coeur de l'Inamour.

Roman d'apprentissage et d'émancipation, le livre glorifie le parler immature d'un enfant mal-aimé qui découvre pas à pas comme un tout libérateur le langage et le monde.



Le calvaire de l'enfant court sur cent-cinquante pages. Un monologue sans ponctuation, d'une audace magnifique.

De leur enfer privé — où la jeune soeur Mano est une autre victime —, le petit Constantin nous rapporte les foudres d'un père démesurément violent, absurdement converti en éleveur d'enfants. Tantôt appelé papa, tantôt « monstre », le père a un second : maman, la « femme de monstre » — mère faible, molle et passive, subordonnée au pire et à l'arrière-cuisine sans broncher. Tous deux, papa maman, comme une dualité improbable et pourtant… la maison détraquée est un champ de bataille, les mots fusent comme des balles — des salves en continu de « mots de guerre » abjects.

Au cours de ses invectives verbales, aucun mot n'est tabou ni suffisamment oppressif pour le père, sauvagement propulsé par ses valeurs viriles. Seule l'ainée, la belle Ambre, miraculeux modèle de perfection glacée, est représentative de l'enfant réussie. L'enfant martyr, lui, n'est qu'un enfant « raté ».



À ce monde de violence, le petit supplicié oppose son univers de fables et à force de candeur parvient à expurger cette anomalie effarante d'être né de deux monstres. le langage de l'enfant, foisonnant d'inventions, stupéfie par son exactitude et son intelligence. Dans son arbre protecteur ou derrière sa fenêtre, le petit Constantin enfante la beauté, fait entrer la lumière dans sa petite tête innocente, se repeuple en quantité d'amour et de princesses.

Ainsi le suivons-nous, subjugués de l'entendre égrener ses souffrances ou ses émerveillements.

Un livre d'un seul souffle. D'une insoutenable beauté.

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JustAWord
  05 décembre 2022
L'antre de Brian Evenson
Immense auteur américain s’il en est, Brian Evenson n’était plus traduit en langue française depuis… 2017 !

Son œuvre très particulière et exigeante continue pourtant outre-Atlantique dans la forme longue comme dans la forme courte.

Grâce à deux éditeurs, Rivages Imaginaire et Quidam, Brian Evenson revient sur le devant de la scène chez nous avec la publication simultanée de deux romans : Immobilité et L’Antre.

C’est à ce second, en réalité une novella de 110 pages, que nous allons nous intéresser aujourd’hui.



Publié en 2016 en langue anglaise, L’Antre est un récit science fictif à la fois inquiétant et étrange qui convoque la majorité des obsessions de son auteur pour le corps et l’identité.

Rédigé sous la forme d’un rapport, le texte nous fait suivre un protagoniste qui n’a pas de nom et qui se terre dans une sorte d’abri souterrain qu’il nomme lui-même « l’Antre ». Sa seule interaction sociale, si l’on peut dire, se fait avec un mystérieux Terminal censément capable de répondre à toutes ses interrogations.

Tout ce que l’on sait à cette étape du récit, c’est que le rédacteur du rapport est un survivant d’une catastrophe globale qui a rendu la surface mortelle pour lui et les siens. Et c’est bien là que le bât blesse !

En effet, dès les premières pages, notre narrateur interroge le Terminal sur la dernière fois où une personne a quitté l’Antre.

L’ordinateur, surpris, lui demande de définir le terme « personne » puisqu’il semblerait que notre héros n’en soit pas vraiment une lui-même…

Progressivement, Brian Evenson multiplie les ambiguïtés autour de la nature même de son personnage principal. Qui est-il et, surtout qu’est-il ?

En quittant l’Antre à la recherche de la dernière personne a en être sortie et, surtout, à y avoir survécu, notre narrateur tombe sur Horak conservé et cryogénisé dans un caisson qu’il désactive pour le réveiller.

De là, les évènements s’enchaînent et notre protagoniste perd pied, rongé de l’intérieur par les « autres » lui qui l’habitent.



Cette remarquable novella joue sur un décor post-apocalyptique minimaliste pour resserrer son histoire autour du narrateur qui ne sait plus vraiment qui il est ni ce qu’il est. Dans l’Antre, tout est en faux-semblant, biaisé par les perceptions et les croyances erronées de celui qui raconte et qui va, petit à petit, comprendre qu’il est loin d’être le dernier humain en vie. C’est ici qu’opère le génie cryptique de Brian Evenson s’évertue à brouiller les limites entre ce qui relève de l’humain et de la personne, séparant les deux termes et leurs significations respectives pour démonter le réel qu’il va pervertir page après page.

L’Antre n’est pas un récit chaleureux. Il est glacial et étouffant, parfois drôle et morbide, souvent obsédant et troublant. Fidèle à lui-même, Evenson cherche à faire tomber la cohérence interne de son héros en même temps qu’il met à terre ses croyances. De nouveau, il fissure l’identité et montre que derrière l’unicité de la psyché veille d’autres entités prêtent à prendre la place de celui que l’on croit être.

Tandis que notre survivant explore les possibilités qu’il lui reste pour perpétuer les siens, il se rend compte des limites de son propre corps.

Un corps friable, amputable…et qui saigne jaune.

Mais un humain saigne aussi, n’est-ce pas ?

Tout change dans le récit d’Evenson du fait de la supposée disparition de l’espèce humaine. Sans connaissance ou exemple, notre narrateur en est réduit à croire des choses qui reposent sur l’enseignement de ses prédécesseurs qui, eux-mêmes, le tiennent de leurs prédécesseurs.

Mais cela peut-il constituer une vérité en soi ?

Perturbant, L’Antre s’amuse avec son lecteur, échange les personnalités et brouille la perception de l’autre, ébranlant nos certitudes en profondeur sur ce qui constitue la personne humaine et consciente.

Devant l’effondrement des acquis, la folie guette et contamine, comme elle le fait avec Elden Fochs dans Père des Mensonges ou Rudd Theurer dans Inversion. Le rideau se déchire lentement et inéluctablement, et personne n’est plus ce qu’il pense être à la fin.

Dès lors, n’est-on jamais plus qu’un simple corps ?



Minimaliste et brillant, L’Antre est un voyage intérieur où tout tombe en ruines et où les voix se multiplient pour briser ce qui nous semble acquis et évident.

Brian Evenson construit un récit science-fictif flirtant avec l’absurde et qui nous ramène pourtant à la fragilité de notre être. Fascinant.
Lien : https://justaword.fr/lantre-..
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Errant
  05 décembre 2022
Taqawan de Éric Plamondon
Un auteur de fiction peut bien écrire ce qui lui chante. Mais lorsqu'il construit son récit autour d'un incident réel tout en multipliant les références historiques, le lecteur sera naturellement enclin à croire qu'il y a là des faits avérés. Or Plamondon extrapole grossièrement en présentant toutes les forces de l'ordre comme des abrutis sanguinaires. Il déforme aussi l'Histoire en insinuant que l'incident de Restigouche n'était qu'une tactique du premier ministre du Québec pour nuire à celui du Canada. Finalement, associer la Sureté du Québec et la Gendarmerie du Canada à un réseau international de traites des femmes autochtones ne repose sur strictement rien. Quand je lis des critiques de lecteurs qui disent “s'être renseigné sur le sort des Premières Nations au Québec” je désespère et me dit que le mal est fait. . .



Les relations avec les autochtones sont complexes, ici comme ailleurs. Ce n'est certainement pas en diffusant de telles faussetés que des ponts peuvent se construire. Venant d'un redneck de l'Ouest je n'aurais pas été surpris; nous sommes habitués au Québec bashing. Mais de la part d'un auteur local, ce n'est que plus désolant. Tout le monde a le droit de militer pour une cause qu'il croit juste. Mais pas au prix de répandre de telles énormités. Trump fait des petits !
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