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Deleatur
  13 octobre 2019
La corde de Stefan aus dem Siepen
Les idées les plus simples sont souvent les meilleures. De fait, celle qui ouvre le roman de Stefan aus dem Siepen est d'une simplicité déconcertante : dans un passé indéterminé, ni tout à fait médiéval ni tout à fait moderne, un village est établi à l'orée d'une immense forêt, petit monde bien ordonné et sans autre souci que celui des jours qui passent. Un jour, on découvre une corde serpentant dans l'herbe d'un pré et qui se perd parmi les ombres de la forêt. On tire vainement dessus : quelque chose la retient. C'en est dès lors fini de la quiétude de ces villageois : obsédés par cette corde, il leur faut découvrir l'origine de son mystère.

Le récit épouse délibérément la forme du conte, et on pense inévitablement aux frères Grimm pour ses influences. Le tableau de cette forêt profonde, les énigmes qui s'y dissimulent et les loups qui la hantent : tout renvoie le lecteur à de lointaines et délicieuses inquiétudes d'enfance. Quant au personnage de l'instituteur Rauk, qui mène la troupe des paysans au son aigrelet de sa flûte, il semble sorti de la célèbre ballade de Goethe, le Preneur de rats. Bref, il y a ici une évidente profusion de références, que l'auteur s'amuse à mettre en scène dans une langue claire et alerte mais sans envolées lyriques : la narration se veut d'abord efficace. Pour autant, elle ne se contente pas trop sagement de la ligne droite que suggère la corde : on s'intéresse à l'expédition mais aussi à ceux qui rebroussent chemin, et surtout à ceux qui sont restés au village, et qui désespèrent bientôt de jamais revoir les absents.

Très vite se pose la sempiternelle question, l'éternel point Godwin de la littérature allemande contemporaine : cette fable est-elle ou non une parabole sur le nazisme ? Les extraits de presse que reproduit la quatrième de couverture et ceux que j'ai pu trouver ici ou là n'en font pas mention. L'auteur lui-même l'a à moitié démenti. En ce qui me concerne, pourtant, j'ai été frappé de certains motifs qui courent en filigrane sous le récit. Il est inutile de chercher ici un tableau du nazisme en tant que système totalitaire. Ce qui intéresse manifestement l'auteur, c'est plutôt la racine de tous les fascismes, à savoir la perversion d'un groupe d'individus frustes par un chef charismatique : Rauk ne séduit en effet les paysans que pour mieux les entraîner. Il est d'abord le Verführer (le séducteur, au sens de corrupteur), avant de devenir explicitement le guide (le Führer) de l'expédition. Rauk, de plus, n'est qu'un nabot malingre, mais dont l'art oratoire recèle une puissance cachée. Il se défait de ceux qui contestent son pouvoir et subjugue les autres, au point de transformer ces braves paysans en pillards aventuriers qui n'ont plus ni feu ni lieu. Oubliés, les femmes, les enfants, les travaux de leurs champs, et toute morale : il n'est plus question que de poursuivre la quête, aveuglément, sous l'aiguillon de leur chef fanatique, et sans retour possible. Il leur faudra continuer coûte que coûte, marcher encore et encore, aller toujours plus loin dans l'inconnu et dans l'horreur, ainsi que le chantaient en leur temps les Jeunesses Hitlériennes : « Wir werden weiter marschieren ». Et quand leur monde tombe en ruines et que le mythe qui les avait enchaînés s'effondre, il ne reste plus de place que pour la violence et la cruauté de l'épilogue.

Une fable intelligente sur le cynisme des chefs, le caractère meurtrier de leurs illuminations, et sur la soumission consentante de l'individu. C'était là quelques-uns des ressorts originels du nazisme, les plus universels sans doute, et je crois qu'il est plus que jamais utile de lire ce genre de texte aujourd'hui.
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hcdahlem
  08 octobre 2019
La montre d'Errol Flynn de François Cérésa
Errol Flynn et moi



Avec une bonne dose de nostalgie pour l’époque glorieuse d’Hollywood, François Cérésa nous raconte la vie de Patrick Lombardi et celle d’Errol Flynn, son modèle. Deux vraies-fausses biographies épatantes.



Tout commence vraiment le 13 octobre 1959. Patrick Lombardo a six ans et demi lorsque son père décide de l’emmener au cinéma Normandie, avenue des Champs-Élysées où l’on joue Les Aventures de Robin des Bois. Sur l’écran, l’acteur en collants verts, est l’homme qui deux ans auparavant, faisant escale à Juan-les-Pins avec son bateau le «Zaca» a offert à sa mère qui lui demandait l’heure sa montre, une «reverso» de Jaeger-Lecoultre. Désormais, c’est juré, il mettra ses pas dans ceux de cet homme courageux, intrépide, un tantinet effronté, farceur et bondissant. Il va tenter d’oublier le traumatisme de leur déménagement en région parisienne, puis de son placement en établissement spécialisé en se construisant une vie riche d’aventures en toutes sortes dont les scénarios peuvent s’appuyer sur les lectures de Tintin, Homère, Alexandre Dumas et Walter Scott et sur le soutien d’un clan qui va peu à peu se former. Omar, Valère, Hans et Marc-Édouard Schbeb vont devenir les doubles de Frère Tuck, Petit Jean, Will l'Écarlate, les célèbres compagnons de Robin. Quant à Marianne, la fiancée de Robin, elle n’aura que durant quelques temps les traits de Marie-Vic, car l’envie d’aller voir ailleurs est la plus forte. Monique lui offrira un premier coup de canif dans le contrat, avant de nombreuses autres conquêtes. Comme le fait de son côté Errol Flynn.

Dans L’une et l’autre – son précédent roman– François Cérésa imaginait un couple de cinéastes, Marc et Mélinda, partant sur les routes d’Europe pour réaliser un documentaire sur les lieux de tournage de grands films et le bonheur pour Marc de se réveiller avec une Mélinda qui prenait les traits de Jane Fonda jeune. Cette fois, il nous offre deux biographies en parallèle, celle de Patrick Lombardi et celle d’Errol Flynn. La montre de l’acteur servant au premier à rejoindre le second, à son fondre dans la vie de son modèle, décédé en 1959.

Cet objet magique va nous permettre d’être aux côtés du jeune Errol quand il décide de s’émanciper d’un père qui ne voit pas d’avenir à ce fils fantasque qu’il a déplacé d’une école à l’autre sans que ses résultats s’améliorent. De le suivre dans ses pérégrinations et ses différents emplois, de marin, pêcheur, agriculteur, chercheur d’or, guide, sans oublier quelques trafics un peu plus risqués, mais dont il parviendra à s’extraire. Jusqu’à ce jour où sa route croise celle d’un producteur qui décèle le potentiel de cet athlète. Après des débuts qui confirment cette intuition et avant ce fameux Robin des bois, il passera très vite au rang de tête d’affiche, avec notamment «Capitaine Blood» et «La charge de la brigade légère». Sa carrière était lancée et les dizaines de films suivants l’installeront au panthéon des stars hollywoodiennes.

La solide documentation rassemblée par l’auteur ajoutée à sa belle construction vont nous offrir de découvrir l’homme derrière la filmographie, avec ses aspérités et ses contradictions, avec ses joyeuses lubies et ses addictions mortifères.

Répondant à David Niven qui apprécie cet homme «épouvantable», parce que c’est «un joyeux drille dans ce monde de trembleurs et de lèche-bottes», avec lequel il parle littérature et «partage des jeunes filles et des vieux whiskies», il est très lucide sur sa personne: «En moi, la contradiction en tant que principe trouve sa raison d’être.»

Logiquement, on dira la même chose de Patrick, qui trouve dans le journalisme de quoi permettre à sa fantaisie et à sa plume de s’exprimer, tout en préférant ses rêves de gosse à ses responsabilités d’adulte. Ce qui, en ces temps de frilosité intellectuelle n’est pas si courant et donne paradoxalement toute sa force à ce roman. Comme dirait Jean-Paul Dubois, il nous prouve avec fantaisie et brio que «tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon» !


Lien : https://collectiondelivres.w..
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Gantelet2000
  07 octobre 2019
La montre d'Errol Flynn de François Cérésa
Dans l'intimité de la vie d'Errol Flynn. Une biographie ou plutôt une "biografiction", mélangeant la vie d'Errol Flynn et celle du personnage principal. La montre de l'acteur récupéré par ce dernier lui ouvre un passage spatiotemporel lui permettant de vivre aux côtés de l'acteur. Ainsi, on vit les moments de la vie de Flynn (les tournages de ses films, ses amours, ses nombreuses frasques...) de manière peu habituelle, ce qui m'a un peu désarçonné (les anecdotes sont elles véridiques ? Comment distinguer le vrai du faux, la réalité et la fiction dans la vie de l'acteur ?) mais qui permet aussi de rendre bien plus vivante et être au coeur de la vie souvent déjantée de Flynn, que l'on voit interagir avec le gratin d'Hollywood de l'époque (Humphrey Bogart, Gary Cooper, Marlene Dietrich, David Niven, John Wayne...)
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