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  03 septembre 2019
Encyclopédie d'histoire des femmes en Belgique : 19e-20e siècles de Catherine Jacques
Les femmes font histoire



« Les femmes ne constituent pas une catégorie, encore moins une minorité, elles sont partout majoritaires, sauf dans les sociétés où l’on tue les petites filles »



Dans leur introduction, les autrices expliquent l’utilité d’une encyclopédie d’histoire des femmes, soulignent l’universalité des discriminations et des inégalités, et abordent la situation en Belgique…



« La réalité des conditions féminines en Belgique, de l’indépendance de 1830 à nos jours, mais aussi les tentatives pour y remédier (ou les maintenir) forment l’essentiel des études de ce volume. Il entend créer une brèche dans l’amnésie sur le passé des femmes – une constante qui, il faut bien le reconnaître, a toujours occulté les luttes et les étapes pour l’autonomie et l’émancipation des femmes ».



Elles abordent, entre autres, des lacunes et des clichés sur les avant (mais avant quoi ?), le soi-disant non travail des femmes (elles ont toujours travaillé), le naturel, le bon pour les femmes (sous-entendu qui permet de combiner travail professionnel et travail domestique), les très récentes évolutions juridiques (jusqu’en 1976, les femmes mariées ne pouvaient pas ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de leurs maris), les acquis et leur fragilité, l’obsession de la « confusion des genres », les préjugés et les avancées…



« Prendre conscience des luttes passées, des étapes et des jalons mais aussi de l’enracinement des résistances est plus que jamais nécessaire pour apprécier les droits qui sont les nôtres, ici et maintenant »



L’ouvrage est pluridisciplinaire. Il n’est pas question que de féminisme et de féministes, mais bien plus largement des femmes, « Les femmes sont présentées là où elles sont, dans des activités diverses, et l’on retrace ce qu’elles ont pu faire (ou ne pas faire), tout en insistant aussi sur des groupes et organisations de femmes, qui, bien que n’ayant aucune vocation féministe, n’en ont pas moins contribué au progrès général par la vertu du travail associatif ». Les femmes ont investi des domaines anciennement réservés aux hommes, « Par quels biais ? Comment ont-elles réussi à s’imposer et avec quelles conséquences ? L’Encyclopédie explore ainsi le domaine politique, mais aussi le domaine économique, social, culturel et s’inscrit dans une large histoire des mentalités ».



Les autrices présentent l’architecture de l’ouvrage (165 notices). Elles insistent sur le travail, « c’est par leur participation à la vie économique que celles-ci ont fait irruption dans l’histoire », les ségrégations verticale et horizontale, la famille et les assignations sexuées, « L’examen du travail débouche presque naturellement sur d’autres chantiers connexes : l’enseignement, la formation, la famille, la législation sociale… qui constituent autant de thèmes largement abordés. La femme étant considérée avant tout comme épouse et mère, son histoire se penche aussi sur la maternité et l’enfance, les injonctions et les interdits, les tabous : contraception et avortement ».



Je souligne un point mis en avant : « l’analyse juridique de la condition féminine et les contraintes des codes. La plupart des inégalités trouvent leur origine dans le Code Civil de 1804 ». Napoléon, encore tant honoré, fut, entre autres, le destructeur de la république, celui qui rétablit l’esclavage et qui transforma les femmes « en éternelles mineures ». Il ne faut pas oublier son action colonisatrice et assassine en Egypte (sous le nom de Bonaparte) et d’autres forfaits bien masqués dans la glorification républicaine.



« Les femmes n’ont jamais formé de « communauté » homogène ». Pour analyser, il convient de ne pas oublier l’ensemble des rapports sociaux et leur imbrication. « Au fil du temps, l’histoire des femmes s’est élargie à l’histoire du genre, puis du corps et de la sexualité (devenue depuis histoire des sexualités) ; elle a fait naître des réflexions parallèles sur la masculinité et s’est inscrite dans le renouveau de l’histoire de la colonisation »…



Je ne vais pas aborder l’ensemble des notices, juste quelques éléments choisis très subjectivement. Je commence par deux traits caractéristiques, la place de l’église catholique et le poids du mouvement ouvrier. Si le poids de la première et ses interventions continues contre les droits des femmes et les évolutions vers l’égalité est de même nature qu’en France, les organisations du mouvement ouvrier – et en particulier le mouvement syndical – ont joué un rôle bien plus structurant, me semble-t-il – en Belgique qu’en France. Il convient de ce point de vue de prêter attention aux multiples organisations de femmes qui se sont développées et qui donnent lieu à d’indispensables notices.



Il n’est pas anodin que celles et ceux qui, aujourd’hui, semblent faire de l’égalité femme/homme – ou des droits des personnes homosexuelles – un démarquage culturel entre l’occident et le reste du monde, travestissent la réalité d’hier et d’aujourd’hui. L’égalité n’est pas un attribut de nos sociétés (voir par exemple les différences de salaire entre homme et femme, les insertions sexuées dans le monde travail, le sexe de la précarité et du temps partiel, la faible participation des hommes aux taches domestiques, la culture du viol et la prégnance des violences sexuelles envers les femmes, etc…). Les modifications sociales et juridiques ont été arrachées par des luttes – principalement de femmes – contre les refus des hommes et la participation active de l’église. Est-il besoin de rappeler, par exemple, son refus du divorce, du droit à la contraception et à l’avortement, son refus de l’égalité au nom de la complémentarité, sa misogynie et sa hiérarchie non mixte, « le refus de l’accès des femmes à toutes les fonctions ecclésiales »… Il ne faudrait pas non plus oublier que le mouvement ouvrier et les courants de l’émancipation n’ont pas été à la pointe du combat des droits des femmes, lorsqu’ils ne s’y ont pas opposés. Les uns et les autres ont, par ailleurs, écrit des histoires de l’humanité réduite le plus souvent à sa part mâle, jusque dans la grammaire et le vocabulaire…



La lecture met à jour des femmes artistes, des poétesses et des peinteresses, des actrices et des metteuses en scène (dont Chantal Ackerman), des comédiennes, des danseuses et des chorégraphes, des musiciennes, des écrivaines, des critiques artistiques, des femmes politiques, des femmes engagées, des féministes…



Parmi les articles, j’ai notamment été intéressé par :



Adolescence. La construction du concept au XIXe siècle, la figure de la jeune fille, « Faire de la « jeune fille » une « adolescente » suppose dès lors d’accorder au féminin une catégorie fondée sur des caractéristiques propres à la masculinité », les variances de classe et de race, les thèses sur la puberté, « Les théories évolutionnistes et le biologisme racial éclaboussent les thèses sur la puberté », la protection toute particulière accordée à la sexualité des filles, la réduction des filles « à leur corps et à leur coeur », les révoltes adolescentes pour l’éducation et la liberté de mouvement…



Affaire Popelin. Le refus d’exercice de la profession d’avocat, Marie Popelin, la soi-disant « nature particulière de la femme »…



Les Cahiers du Grif. « Le projet intellectuel se double en effet d’une volonté de libération de la parole, et la revue, constituée autour d’un noyau de militantes intellectuelles, convoque aussi le vécu de travailleuses, de femmes immigrées ou encore de femmes au foyer », Françoise Collin…



Corps. « c’est à travers un regard masculin que le corps des femmes a été non seulement défini, mais aussi représenté », le corps anatomique siège d’un soi-déterminisme, la pathologisation du corps féminin, « En dénonçant l’appropriation sociale du corps des femmes et en réclamant la gestion de leur corps et de leur capacité reproductive, ces femmes revendiquent leur expérience comme base du savoir », le diktat de la minceur et les canons de beauté…



Entreprise en autogestion. L’usine de filature Daphica, l’autoproduction et la modification radicale des conditions de travail, « Une crèche est organisée, une cantine est ouverte et les horaires sont revus et corrigés », la coopérative Les Sans emploi, Le balai libéré…



Grève à Bekaert-Cockerill. Les violations de la Loi sur l’égalité de traitement entre hommes et femmes, l’imposition aux femmes « non-chefs de ménage » du temps partiel, la rupture de solidarité des hommes, « Le conflit des ouvrières de Bekaert est un conflit exemplaire qui implique un employeur, mais aussi des représentants syndicaux qui acceptent des solutions discriminatoires envers les femmes »…



Grève à la Fabrique nationale d’armes (Herstal). La revendication d’augmentation du salaire et l’application du principe « A travail égal, salaire égal », le faible nombre de postes de travail mixtes, « Dès le début du conflit, les mouvements féministes se déclarent solidaires de la grève. Ils font campagne pour faire comprendre la légitimité de la revendication à l’égalité salariale. Ils insistent sur le droit à l’égalité entre hommes et femmes et dénoncent la conception erronée du salaire féminin comme salaire d’appoint (l’opinion publique a encore tendance à juger négativement le travail des femmes et à condamner encore davantage une grève féminine) », l’envergure inédite et internationale de l’écho de la grève…



Groupement belge de la porte ouverte. L’affichage d’un féminisme radical refusant d’emblée « les discours essentialistes et maternalistes sur la « nature » féminine », la mise en cause des législations spécifiques, le soutien aux grévistes de Herstal ou de la Sabena…



Migrantes. Une histoire encore largement à faire, l’invisibilité des immigrations de femmes, les hiérarchies crées entre femmes, « La migration féminine exerce donc des effets très divers, exacerbant la dépendance de certaines, libérant d’autres, mais à terme elle est susceptible de changer peu ou prou les rapports de genre au sein même du couple et de la famille, des changements qui peuvent se répercuter jusque dans la société d’origine », des déplacements « voulu, espéré, impulsé », la non-homogénéité et les différences, « Reconnaitre leur diversité est aussi reconnaître qu’elles forment un groupe comme les autres »…



Je signale aussi les notices sur le droit, la colonisation (le Congo fut propriété personnelle du roi Léopold II, une monarchie et des crimes contre l’humanité), la contraception, la criminalité et la délinquance, les domestiques et les servantes, l’enseignement, les familles, le féminisme, les guerres, l’histoire des femmes, l’homosexualité, les jeunesses, le judaïsme, la maternité, la mode, le(s) mouvement(s) ouvrier(s), la nuptialité et la natalité, le pacifisme, les religieuses, les révolutions (1789, 1830, 1848) et les révolutionnaires, des tricoteuses et de pétroleuses, la sexualité, le suffrage féminin, les syndicalismes, le travail et les travailleuses, les violences conjugales…



J’espère que des lectrices et lecteurs détailleront d’autres notices qui pourraient être publiées sur ce blog.




Lien : https://entreleslignesentrel..
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Emilyvalentine
  28 août 2019
Les enquêtes du commissaire Fluet. 3 de René Henoumont
Ce troisième volet du commissaire Fluet m’a déçue. Peu de densité, peu d’humour, peu d’expressions belges, beaucoup de répétitions découlant des deux premiers volumes, ... Tout cela m’a semblé bien plat. Mais je reste attachée à cet auteur qui est sans doute un cousin éloigné de Simenon.
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Emilyvalentine
  14 août 2019
Les enquêtes du commissaire Fluet. 2 de René Henoumont
Dans ce tome II, de nouveau deux histoires: « Les vieux fusils » et « La cabane du Négus ».

« Les vieux fusils » nous plongent au cœur des Ardennes près de Laroche en Ardenne mais aussi à Liège, Bruxelles, Paris. Flora Ratintot, fille de Gilles et sœur de 3 frères, s’enfuit de la maison en cachant une boîte volée aux Allemands remplie d’argent. Elle rejoint son demi-frère Jacques. Gilles veut récupérer Flora et trouver la nouvelle cachette de cette fameuse boîte.

On découvre un commissaire Fluet qui tient tête à sa femme car elle a liquidé sa collection de pendulettes. Il quitte la maison pour quinze jours de vacances à Laroche mais il va devoir s’occuper de retrouver Flora et la protéger de sa famille très possessive.

De nouveau, l’ambiance de cette lecture ressemble à une veillée où l’un raconte une histoire de famille qui devient légende. On aime ou pas. Perso, ce côté un peu vieillot de raconter mais tellement typique me plaît bien et me plonge dans mes souvenirs d’enfance où des vieux (qui ont tout mon respect) du village racontaient leurs histoires drôles. De jolis moments remémorés.



La cabane du Négus est plus classique, plus convenu et moins pittoresque et cocasse donc, moins intéressant à mes yeux même si cela reste plaisant à lire.



Bonne lecture!

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