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GaletteSaucisse
  13 avril 2021
Vive la vie ! de Alphonse Allais
Alphonse Allais. Voilà un nom bien injustement oublié des manuels scolaires, pleurait feu Monsieur Chabance, professeur de français enseignant dans un petit collège perdu quelque part en France. Dans les manuels scolaires seulement ? Rien n’est moins sûr. Combien de personnes aujourd’hui reprennent les bons mots de ce brave bonhomme sans pour autant citer son nom, lui qu’on appelait si justement la « Vache Allais » déjà à son époque. Eh bien voilà où ça nous mène.



Ceci dit, au temps béni où les Grosses Têtes étaient animées par le seul et unique Philippe Bouvard, - et où l’on apprenait véritablement quelque chose en les écoutant... – ça citait du Allais à tout va. Mais bon, comment voulez-vous que le niveau reste le même si vous mettez dans la nouvelle troupe Chantal Ladesou... ? Enfin, ce n’est pas le sujet, je divague.



Notre sujet, en l’occurrence, c’est Allais, et son recueil Vive la vie !. C’est, vous en conviendrez, un joli cri du cœur que voilà. L’histoire, c’est plein d’histoires, des petites nouvelles.



Au niveau du style, bon. On a vu mieux, mais ça se tient. C’est plaisant à lire. Ça divertit. L’arc narratif, c’est pareil. Pas forcément affriolant, mais ça va aussi. Ça « fait le taf », comme dit le poète*.



L’intérêt de l’ouvrage, ou simplement l’intérêt de la prose allaisienne (c’est comme ça qu’on dit, hein ?) réside surtout dans des petites allusions, des petits calembours, des petits noms, que vous dénicherez au détour d’une phrase. Par exemple, dans le petit village de Pourd-sur-Alaure, vous aurez peut-être la chance de rencontrer le fameux baron Lebout de Monmachin, un certain Edmond Q. ou encore l’amiral Steelcock – ça, c’est cadeau pour les bilingues, sinon, allez sur Google Translate, espèce de rabat-joie.



Allais, une âme polissonne ? Allons... Si vous êtes si prude, allez déclamer du Claudel, - du Claudel, j’ai bien dit – et arrêtez de nous péter le burnous.



En bref, Vive la vie ! est un livre sympathique, qui fait plaisir sur le moment. Personnellement, il ne m’a pas marquée, mais je dois dire qu’il rend bien dans ma bibliothèque.



Et puis bon, qu’on se le dise... Quelle moustache, cet Allais !







* « Ça fait le taf »... Vous tiquez, mais qui vous dit que Mallarmé n’a jamais dit ça ? Hein ? Cessez de jouer les pédants, ça ne vous sied pas.
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Franz
  10 février 2021
Journal de l'estran - Ile Grande de Denise Le Dantec
L'Ïle Grande, sise dans les Côtes-d'Armor, en Bretagne, inspire Denise le Dantec puisqu'elle y revient régulièrement au cours de ses pérégrinations et dans ses écrits. Proche de Trébeurden où gîtent Kenneth et Marie-Claude White qui couvent amoureusement le concept de géopoétique et anciennement l'institut international de géopoétique (I.I.G.), l'île est reliée depuis un bouquet de décennies à la terre ferme par un pont. Un sentier littoral de huit kilomètres enlace l'île. La population d'origine ouvrière a exploité durablement le granit gris des environs. Denise le Dantec entame son journal de belle manière avec des extraits affûtés du poète breton Guillevic. Elle introduit intelligemment sa façon de travailler l'émotion, la réflexion par le biais de l'écriture, ces « exercices d'admiration » : « Ces pages sont rétrospectives. Il ne m'est pas possible de vivre le temps et de l'écrire. » Quelques textes brefs précisent ensuite la topographie de l'île et son histoire locale. le journal proprement dit débute et de très courts paragraphes s'enchaînent. L'auteur à l'oeil du peintre : « le ciel déverse d'étranges lumières. Les oiseaux crachent du blanc./La mer noircit. » L'influence de Kenneth White est notable dans des expressions fortement estampillées comme celle de « terre de diamant » [Le Rocher du diamant : lettres de la Martinique / Kenneth White. – Actes Sud, 2002]. C'est toujours un bonheur de rencontrer de tel livre écrit sur des lieux qu'on ne peut circonscrire. le Journal de l'estran réunit plusieurs textes stratifiés les uns aux autres : Retour à l'Île Grande, Promenade première [plus attachée à raconter les déambulations contemplatives sur Île à Canton, îlot accessible à marée basse depuis l'Île Grande], Partition pour une île, L'estran autour d'Île Grande, Park ar Baron, et enfin L'Île d'Aval. La lecture du journal de Denise le Dantec pourrait amener un engourdissement lénifiant car il ne s'y passe rien et c'est bien dans cet intervalle vacant que le lecteur trouve plaisir à prendre le temps de muser en pensée sur l'estran, réactivant ses propres souvenirs. Quand l'auteur amasse et identifie les coquillages, sa hauteur de vue à fleur de sable botte et touche : « Les coquilles ont une histoire : la spirale logarithmique des gastéropodes… n'est plus dans sa perfection mathématique. C'est une spirale tourmentée qui s'est heurtée aux violences du monde ». A la fin du journal, la phrase introductive du livre prend tout son sens : « Entre le flux et le reflux, chacun peut mettre son nom. » le sentiment de son insignifiance native et de son appartenance au vaste monde, dans ses combinaisons géniales, rend modeste. Ecrire, oui, mais sur le sable de l'estran, cette « terre, sortie des flots, … d'une extrême luminosité » ; « rocs, lancées de dune, galets, granulats, luisants d'algues et d'écume ».
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clementdousset
  23 janvier 2021
Un passager dans la baie de BERROU BERNARD
Il ne manque qu’une chose à Bernard Berrou qui fut l’ami de Gracq pour être le premier promeneur d’aujourd’hui… C’est d’aimer la promenade ! Ses aveux montrent au moins ses réserves : « La promenade, la balade ne me conviennent pas, épuisantes à force d’être trop lentes. Elles endorment et inoculent des pensées tristes. » Réticent à se présenter comme promeneur donc, Berrou se revendique marcheur, adepte même de la marche sportive. Gageons quand même que ce n’est pas la marche Audax qui lui a fait percevoir si subtilement les variations de lumière, la délinéation des formes, les glissements de nuances dans la baie qu’il arpente, qu’il explore, qu’il semble redécouvrir sans cesse. Après l’Allemagne, le Portugal, la Grande Bretagne et beaucoup l’Irlande, c’est dans la baie d’Audierne que ce breton a voulu circonscrire ses « errances au pas soutenu ». Il revient ainsi au lieu de son enfance paysanne et marine « entre dunes et paluds » dont la mémoire lointaine, enténébrée, fantastique presque surgit dans les clair-obscur du paysage. Elle se précise, s’anime, se reconstitue, vient même au premier plan de l’écriture pour le « Passager de la baie » qui continue pourtant son errance présente. L’espace contemplé de la baie et le temps de l’enfance ressuscitée se mettent ainsi superbement en correspondance.

(avant-propos d'un extrait dans "Les promenades littéraires" : https://lespromenadeslitteraires.over-blog.com/
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