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Le Castor Astral

Le Castor astral est une maison d`édition française fondée en 1975. Elle est spécialisée dans l`édition de livres de musique, de littérature, poésie et essais. Elle a notamment publié le prix Nobel de littérature 2011 Thomas Tranströmer

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Dernières critiques
Fabinou7
  19 octobre 2021
Sous le soleil de Satan de Georges Bernanos
En résumé, j'aime assez les adjectifs de la quatrième de couverture, “chaotique et ténébreuse” (je vais quand même en dire un peu plus…)

.



Donc, cette première publication de l'écrivain français est une sombre et ténébreuse histoire, bien que George Bernanos s'amuse aussi de façon discrète mais franche de ses personnages : ils sont à certains égards risibles, dans leur lâcheté par exemple, “l'habile et le prudent ne ménagent au fond qu'eux-mêmes” écrit-il.



Les personnages sont d'ailleurs un des attraits principaux de “Sous le soleil de Satan”, roman psychologique s'il en est, ce confessionnal fait livre repose sur l'incarnation d'individus de chair et de sang aux tourments invraisemblables faisant l'objet de prolixes descriptions. L'élan pernicieux et vivace de la jeune “Mouchette” est fait pour marquer, c'est une de ces figures romanesques dont on se souviendra avoir croisé la route, emblématique et pathétique, servie par une première partie dynamique, haletante et inspirée.



“Il sait aussi ce qu'est l'homme : un grand enfant plein de vices et d'ennui.” Mais l'ouvrage n'en demeure pas moins chaotique sur la forme, car le reste du roman nous perd dans le fouillis des méandres de l'examen de conscience de l'abbé Donissan, dont la “timidité faisait un ridicule martyre”. Il est un instant palpable et ses contours bien arrêtés mais nous échappe l'instant d'après… laissant le lecteur surnager dans les eaux troubles et brumeuses de la narration et finalement échouer quelques pages plus loin. Pour ma part, c'est la dernière partie du livre, éclatée façon puzzle, qui m'as vu lâcher le rondin de bois auquel je m'accrochais fébrilement, par respect pour les premiers moments alléchants du livre.



Au-delà de la (dé)construction narrative, ce qui rend (en plus) le roman difficile, voire barbant pour être honnête, c'est que Bernanos s'est enfermé dans un thème dont la pauvreté n'a d'égal que la banalité : la lutte entre l'abbé et Lucifer, dont on nous rabat les oreilles depuis L'Enfer de Dante jusqu'à l'Exorciste de Friedkin.



Pour le lecteur du XXIème siècle, après le ras de marée des films d'horreurs qui ont usé le chapelet de l'imaginaire fictionnel catholique jusqu'au copeau de bois, c'est cette exiguïté binaire et austère de la mythologie chrétienne qui rend las… cela malgré l'injustice de mon jugement anachronique, m'enfin on s'adresse ici aux lecteurs d'aujourd'hui.



Cependant la langue est bonne, l'atmosphère de la campagne artoise, ses nuits, son froid, son vent, sa pluie, sa boue, sa mer du Nord et son embrun en font une lecture parfois immersive. En outre, l'aspect un peu touffu du style laisse le bénéfice du doute à Bernanos sur une possible profondeur sibylline, prétendument insondable pour le béotien, où les mots de grâce, de joie, d'espérance, de désespoir sont érigés au rang de concepts quasi-ésotériques.



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rhododactuloseos
  18 octobre 2021
Terre énergumène de Marie-Claire Blancquart
Marie-Claire Bancquart dit la difficulté de vivre, la menace de la mort. Elle dit la fragilité, la vulnérabilité de la vie à travers les plus petites choses, dans lesquelles se loge pourtant le monde tout entier et qui révèlent sa beauté, sa saveur. Présente à son corps, les pieds sur terre, elle semble se raccrocher à la matérialité des choses et du vivant : un morceau de savon, un fruit, une pierre, un insecte, une fleur, une table. Elle apprend humblement à « vivre avec le provisoire », à « [multiplier] le présent ».



Le plus beau texte est pour moi « Mais les oiseaux entendent ». Déambulant dans Paris, la poétesse regarde les passants, leurs corps, ces « rois gris » pourtant capables d’aimer et de rêver. Tout, les choses et les êtres font enfin corps, partagent le même royaume. Les autres sont invités.

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Fabinou7
  16 octobre 2021
Le Gueuloir - Perles de correspondance de Gustave Flaubert
“Le seul moyen de supporter l’existence, c’est de s’étourdir dans la littérature comme dans une orgie perpétuelle.”



Gustave Flaubert est-il un auteur incontournable ? C’est une personnalité clivante à bien des égards : réactionnaire, anti-bourgeois, avant-gardiste, libéral pourfendeur de l’idéal socialiste et mis au banc des accusés par la société conservatrice de l’époque. Bourgeois normand, étudiant en droit médiocre (il s’inspirera de son passé, sans complaisance, dans l’Education Sentimentale) sans ambition autre que celle d’écrire “dès qu’on abandonne sa chimère, on meurt de tristesse” avoue-t-il, fuyant l’ennui et l’introspection qu’il juge mères de toutes les déprimes.



Gustave Flaubert n’aime pas les masses, ni le suffrage universel, et encore moins les représentants du peuple, s’attaquant aux lois qui veulent limiter la liberté de la presse il éructe ‘“oui, cette loi passera, car les représentants du peuple ne sont autres qu’un tas immonde de vendus. Leur vue c’est l’intérêt, leur penchant la bassesse, leur honneur est un orgueil stupide, leur âme un tas de boue: mais un jour, un jour qui arrivera avant peu, le peuple recommencera la troisième révolution ; gare aux têtes, gare aux ruisseaux de sang”.



L’auteur de Madame Bovary entretient une longue correspondance avec ses contemporaines, notamment Louise Colet, ça n’empêche pas quelques saillies misogynes, d’ailleurs son rapport à l’amour est plein d’ambiguïtés, comme s’il restait toujours au seuil du couple, “l’être féminin n’a jamais été emboité dans mon existence” confesse à George Sand l’auteur dont on questionne aujourd’hui une possible homophilie, penchant possiblement partagé par l’un de ses plus proches correspondants Louis Bouilhet.



Dans ces perles de correspondance on découvre un Flaubert moraliste, effet accentué par l’édition ciselée de telle sorte que le lecteur découvre ces ronds de nacre comme une suite d’aphorismes, cela n’avait pas échappé à André Gide qui troqua comme livre de chevet, durant plusieurs années, le stoïque Marc-Aurèle pour les lettres de Flaubert, voyez-vous même : “ce ne sont pas les grands dîners et les grandes orgies qui nourrissent, mais un régime suivi, soutenu. Travaille chaque jour patiemment un nombre d’ heures égales. Prends le pli d’une vie studieuse et calme; tu y goûteras d’abord un grand charme et tu en retireras de la Force.”



Mais Flaubert se vit d’abord en écrivain-artisan, sa correspondance est riche d’épanchements sur la difficulté d’écrire, sur les servitudes de la littérature et sur l’obsession du style “serre ton style, fais en un tissu souple comme la soie et fort comme une cotte de mailles”, “toujours penser au style” ajoute-t-il dans une autre lettre. Il souligne “qu’il est plus facile de devenir millionnaire et de vivre dans des palais vénitiens plein de chef-d’oeuvre que d’écrire une bonne page et d’être content de soi” ; reconnu de son vivant, il peut compter parmi ses correspondants à la fin de sa vie, Maupassant, Huysmans ou encore Zola.



Le temps c’est de l’argent, et comme Flaubert n’en manquait pas, sans avoir à travailler, il pu prendre le temps voulu pour écrire, martelant qu’il “faut écrire pour soi avant tout” et pas pour la gloire ni pour satisfaire les critiques. Le temps de l’écriture et les desseins aristocratiques de la littérature chez Flaubert, sont liés à sa situation matérielle, comme le souligne son biographe Michel Winock, de là un farouche sentiment de supériorité et une acerbe peinture du “petit milieu” de la critique et des littérateurs du tout Paris. 
Son attitude nobiliaire à l’égard de l’argent se traduit dans ses courriers, se plaignant que bientôt on ne pourra plus vivre sans s’occuper “de son bien” et qu’il ‘“faudra que tout le monde passe plusieurs heures à tripoter ses capitaux. Charmant!”



Finalement, me direz-vous, pourquoi le “gueuloir” ? Certes référence au langage pas châtié, qui pourtant alterne avec le lyrisme et la douceur de bien des passages. En réalité, Flaubert travaillait ses phrases à voix haute dans sa maison rouennaise : Il gueulait littéralement ses phrases pour en éprouver le style dans une pièce à part, son jardin la nuit, seul ou en public… plus qu’un lieu, finalement ce gueuloir est davantage une méthode, une discipline d’écrivain… que le lecteur parfois, peut ressentir à son tour en lisant à voix haute.



Un dernier conseil Gustave ?



“Faites de grandes lectures, tout est là. Je vous le répète encore.”



Bien alors, bonne lecture à vous babéliotes !



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