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5Arabella
  30 juillet 2019
Bartleby le scribe de Herman Melville
Après l’échec de Moby Dick paru en 1851 , puis de l’éreintement de Pierre ou Les ambiguïtés (1852) Melville se tourne vers les périodiques pour s’assurer un revenu minimum lui permettant de vivre. Ce type de publications a ses contraintes : il faut écrire des textes relativement courts, et le soucis de plaire au lectorat est toujours présent. Certains sujets ou audaces ne sont pas permis. Bartleby le scribe, écrit pendant l’été 1853 sera publié en novembre et décembre de la même année dans le Putnam’s Monthly Magazine ; la publication en volume aura lieu en 1856, dans un livre regroupant d’autres textes parus d’abord dans des périodiques.



Nous sommes à Wall Street, comme le précise le sous titre (Une histoire de Wall Street). Un juriste nous décrit les employés de son cabinet, de façon caustique, même s’il exprime une certaine sympathie pour les personnes qu’il croque. Un surcroît d’activité l’oblige à prendre un nouveau scribe, son choix se porte sur Bartleby, qui paraît fiable et calme. Mais très vite le nouvel employé résiste à son employeur, et se refuse à de plus en plus de tâches, avec toujours la même formule : « Je préférerais ne pas ». Il semble ne jamais quitter le bureau, y vivre même. Finalement il se refuse à tout travail, quel qu’il soit, et se contente de regarder par la fenêtre. Le juriste n’arrive pas à le faire changer d’attitude, les menaces n’y font rien, et Bartleby se refuse à quitter l'endroit, introduisant une perturbation de plus en plus sensible du fonctionnement normal. Le patron en arrive à fuir les lieux, à déménager ses bureaux pour ne plus avoir à subir sa présence silencieuse. Les nouveaux locataires font appel à lui pour essayer de s'en débarrasser, la seule façon d’y arriver sera de le faire enfermer en prison, où il va se laisser dépérir.



Le début du texte donne la sensation du réalisme : nous sommes à Wall Street, dans un endroit reconnaissable, des allusions à des faits d’actualité ancrent le récit dans l’ici et maintenant. La description minutieuse des employés et de leurs habitudes, qui fait un peu penser à première vue aux descriptions balzaciennes, semble renforcer l’aspect concret. Mais l’arrivée de Bartleby semble dérégler le mécanisme, son comportement en contradiction avec les règles de l’endroit où il se trouve semble faire pénétrer une inquiétante étrangeté dans le quotidien le plus banal en apparence. Peut-être même que le changement de perspective qu’il provoque, interroge sur ce quotidien : va-t-il vraiment de soi, comme semblait le penser au départ le narrateur ? On en vient à s’interroger sur le sens des activités habituelles du lieu, les employés si minutieusement racontés au départ se mettent à ressembler à des pantins qui s’agitent un peu sans raison. Au final, on ne sait rien d’eux, de ce qu’ils pensent, de ce qu’ils vivent par ailleurs, on les voit juste agir, d’une façon particulière dans un contexte particulier, qui en vient, devant la distorsion introduite par Batleby, à apparaître vidé de sens. Le cabinet juridique, qui semble un cadre par définition sérieux et austère, devient un lieu absurde. L’aspect burlesque (et très drôle) des descriptions premières y participe : au final tout cela est-il vraiment nécessaire, et ne serait pas une sorte de farce grotesque que la société et les individus qui la composent jouent ? Est-ce Bartleby qui est fou ou plutôt la société et Wall Street en particulier ? Tant qu’un consensus existe, il est possible de considérer que l’étude juridique est un lieu solide et nécessaire, en passant sur les bizarreries des individus, mais une fois que le doute sur la légitimité de l’endroit et de son fonctionnement est introduit, la question du dérèglement qu’il produit sur les individus est posée. La seule solution que trouve le narrateur est la fuite, preuve que les questionnements posés sont fondamentaux et lancinants.



Texte à la fois très drôle et très riche, malgré sa relative brièveté, Bartleby le scribe est rentrée à juste titre parmi les classiques de la littérature américaine du XIXe siècle.
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Fransoaz
  25 juin 2019
L'armée furieuse de Fred Vargas
C'est en Normandie que nous suivons le commissaire Adamsberg qui est lui-même sur les traces de l'armée furieuse. Celle-ci fait partie des croyances populaires de Ordebec - région de Lisieux. L'objectif macabre de cette armée est de décimer quatre personnes dont le point commun est d'avoir quelque chose de grave à se reprocher.

Fidèle à ses habitudes le commissaire va se glisser dans les pas des habitants, les écouter, sympathiser avec certains du village pour humer l'ambiance générale.

Parmi les personnages qui viennent à la rencontre du commissaire il y a la mère Vendermot et ses quatre enfants. Leur héritage est lourd: le père très violent a été assassiné à la hache. L'aîné Hyppolite, qui a la particularité d'avoir inventé son propre idiome en inversant les lettres "roujnob" pour bonjour ou "drannoc" pour connard, est né avec six doigts à chaque main. Après avoir été la risée de ses camarades d'école la tendance s'est inversée et il a acquis la réputation d'un jeteur de sorts. Lina, la fille, a vu à plusieurs reprises l'armée furieuse du Seigneur Hellequin et a reconnu trois des quatre personnes « saisies ». L'avant-dernier passe pour un farfelu; il est passionné par les insectes qu'il cuisine et mange. le plus jeune est fragile car « fait d'argile »; bébé, son père l'a jeté dans les escaliers provoquant quatorze fractures. La mère, dans son coin, ne dit pas grand-chose, elle a dû forcer sa nature en allant à Paris confier ses craintes au commissaire.

On passe un moment aussi en compagnie de Léo l'octogénaire fantasque qui vit seule avec Flem son chien, avec un habile ostéopathe et avec les adjoints d'Adamsberg. Écoutez-le, il vous les présente:

- "Parmi mes hommes, capitaine, il y a un hypersomniaque qui s'écroule sans crier gare, un zoologue spécialiste des poissons, de rivière surtout, une boulimique qui disparaît pour faire ses provisions, un vieux héron versé dans les contes et légendes, un monstre de savoir collé au vin blanc, et le tout à l'avenant. Ils ne peuvent pas se permettre d'être très formalistes.

- Et ça travaille là-dedans ?

- Beaucoup".



Tout est réussi dans l'investigation de Fred Vargas: deux enquêtes qui se croisent, des morts violentes - meurtres ou suicides, un chien futé, du vieux calva millésimé et du porto premier prix, des taches de naissance, un pigeon aux pattes liées, un fils nouvellement arrivé dans la vie d'Adamsberg mais déjà capable de seconder son père. Des adjoints fiers et jaloux qui veulent la jouer perso. Un digne descendant de Napoléon qui entretient la légende et le décor de ses glorieux aïeux. Une solide Rétancourt qui fait office d'intendante pour les besoins de l'enquête.

Et un article de bric et de broc à l'image de la brigade dirigée par un pelleteur de nuages. Il y avait à l'origine quelques bémols mais je les ai oubliés, envolés avec le nom de l'assassin!





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NonFiction
  31 mai 2019
De l'interpellation: sujet, langue, idéologie de Jean-Jacques Lecercle
Injure, mot d’ordre, rumeur... Jean-Jacques Lecercle développe une vaste théorie de l'interpellation et de la contre-interpellation, actes de souveraineté comme de soumission.
Lien : http://www.nonfiction.fr/art..
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