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pierrette73
  19 mars 2019
J'ai vaincu la tétraplégie de Marc-olivier Perotti
La veille de ses 17 ans, Marc-Olivier dit Marcol, est en vacances au bord de l’Atlantique avec son ami François et la famille de celui-ci. Les deux ados sont à une semaine de faire un stage de musique en Hollande pour mettre en application leur passion avec l’enregistrement d’un 45 tours à la clé.

En attendant, ils profitent de la plage et du soleil. Or, un mauvais plongeon de Marcol va faire avorter leur projet. Sa tête heurte violemment une dune de sable et explose une de ses vertèbres cervicales. La moëlle épinière touchée le paralyse et immobilise ses membres devenus inertes. Sans l’intervention de François, il se serait noyé… cependant de longs mois, il va devoir subir opérations et rééducation.

Nombre de circonstances ont minimisé son malheur : beaucoup de facteurs « chance » lui ont épargné des conséquences irréversibles.

MON AVIS

Remerciements au site babelio.com pour l’opération Mass Critique qui permet de découvrir des ouvrages et des auteurs. Ici, le témoignage de M-O. Perotti détaille toutes les étapes subies quand un accident atteint la moëlle épinière. Même si l’auteur est suisse, son vécu de tétraplégique qui a débuté près de Bordeaux se calque sur celui de beaucoup d’Européens dans de tels revers de la vie. Ce livre n’est pas sans rappeler le récit déjà chroniqué sur le blog de Grand Corps Malade dans « patients ».

UN ACCIDENT DE LA VIE

Une nouvelle vie commence pour Marcol, confronté à une paralysie de ses quatre membres. Ce récit s’assimile donc à un témoignage intéressant et percutant sur les différents paliers successifs à franchir au sein des « centres de rééducation » et les barrières psychologiques à surmonter. Y est décrit un long processus et un traitement complexe, qui s’impose en effet pour retrouver une vie « normale ». Ce parcours du combattant encombré d’une multitude de soins rébarbatifs, cerné de divers thérapeutes, et de lourdes chirurgies s’apparente bien à ce que de nombreux accidentés au niveau de la moelle épinière endurent.

Ses explications précises les rendent compréhensibles pour un public ignare dans le domaine, et le lire répondra à toutes ces questions : Comment Marcol devient tétraplégique ? En quoi se différencie la tétraplégie de la paraplégie ? En quoi les premiers soins sont capitaux dans ces circonstances ? Quelle est l’étendue du traumatisme sur la mobilité ? Les conséquences de la tétraplégie se limitent-elles à la dépendance physique ? Quel rôle prépondérant joue l’entourage de Marcol ? Dans quelle mesure la réactivité du père(médecin) et la mère de François l’ont sauvé dès la survenue de l’accident ? En quoi le fait d’être encore mineur a-t-il eu une influence sur les soins prodigués ? En quoi le sort de Marcol pourtant dramatique est-il enviable au vu de sa situation ?

Ses progrès sont lents et le découragement le submerge parfois mais son optimisme vite balaie son vague à l’âme. Et pour cause, il a une chance rare…

UN OPTIMISME PERMANENT

Le titre et la couverture donnent le ton : il émane de notre narrateur beaucoup de force. Il rayonne et transmet sa vitalité.

L’entourage de Marcol sans cesse présent l’a stimulé dans ses efforts, et dans sa motivation. Galvanisé par sa jeunesse et par son goût de la vie, il ne perçoit pas vraiment l’aspect irréversible de son état physique si bien requinqué par les encouragements de ses thérapeutes et de son entourage. Déjà populaire avant son accident, on devine un adolescent bien dans sa peau quand le handicap le cloue au fauteuil, alors la constante présence de ses groupies, sa famille et ses amis n’ont pas altéré sa confiance en lui. Ce regain de vigueur me semble approprié dans sa situation même s’il doit néanmoins réapprendre à vivre autrement.

FACTEURS « CHANCE »

Ce témoignage reste optimiste dans sa texture pour beaucoup de raisons. Bien que l’auteur insiste reconnaitre une corrélation de plusieurs coïncidences, sa chance reste exceptionnelle.

Ce livre est fallacieux pour les lecteurs ignorants du sujet, car son cas est exceptionnel : le nombre de personnes qui récupèrent comme Marcol, me semble infime. Dans la circonstance, je trouve décalée cette dernière phrase de la quatrième de couverture :

« Son histoire nous interpelle tous quelque part et nous rappelle que rien n’est impossible ».

L’issue heureuse avec sa récupération, permet de garder en tete cette possibilité et un espoir, mais beaucoup de personnes n’ont pas cette chance. Cette solution risque de donner à cette réalité un terrible sentiment de frustration et d’injustice. Alors, oui, tant mieux, l’auteur partage sa joie de vivre, mais je trouve « normale» cette attitude même si son combat d’aujourd’hui est marqué de générosité. En effet, mon admiration est limitée au regard de la rareté des récupérations. Sans vouloir paraitre aigrie ou sévère, l’enthousiasme de Marcol pour la vie est compréhensible et le contraire aurait été indécent. Ses progrès et sa récupération l’ont aidé à supporter la brutalité et la gravité de son accident, accident qui aurait pu bouleverser et effondrer quiconque.

Il met à profit sa récupération pour se consacrer à une fondation Kyfekoi qui recueille des fonds pour la recherche sur les traumatisés médullaires, et l’organisation de voyages pittoresques pour des personnes en situation de handicap. La musique est son cheval de bataille… mais la dernière partie du livre sur son œuvre aujourd’hui ne m’a pas tellement « emballée » même si son action est remarquable.

Le plus à la fin du livre : Pour illustrer le récit, la BD « Rendez-vous avec la dune » du dessinateur Exem (parue en 1995-1996).
Lien : https://lesparolesenvolent.c..
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arbrevert
  18 mars 2019
Robots tueurs - La guerre déshumanisée, les robots et drones autonomes visent zéro mort de Eric Martel
Ce livre aborde la thématique des robots tueurs. L'évolution de cette technologie est une question d'actualité.

Ce livre aborde la partie historique ainsi que les questions morales que ces robots tueurs déclenchent.

L’auteur retrace très bien l'évolution technologique avant d'en arriver à ces robots (la cybernétique, l'intelligence artificielle, les drones, la nanotechnologie...). Il aborde également les questions morales.

Il retrace les avancées technologiques dans le contexte historique (les guerres sont les principaux moteurs de cette avancée). Il montre également le changement de pensée et de comportements pour arriver à accepter ces machines. Dans l'ensemble, c'est plutôt intéressant même si certains passages sont difficiles à lire car trop technique, notamment quand on lit une suite de noms de drones.
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catallaxie
  18 mars 2019
Robots tueurs - La guerre déshumanisée, les robots et drones autonomes visent zéro mort de Eric Martel
Publié en octobre 2018, le court livre d'Éric Martel est une introduction intéressante sur un thème déjà actuel, qui sera de plus en plus important dans un avenir proche, et qui intéresse tout un chacun dès lors que, quel que soit l'aspect non-désirable que peut prendre la société technologique, nul ne peut plus sortir de l'Histoire au risque de connaître au XXIème siècle le même sort funeste que les Indiens des Amériques, les Africains ou les Océaniens dans les siècles passés.



Comme tout bon ouvrage, son organisation est rationnelle avec 12 chapitres logiquement agencés, commençant par l'histoire de la robotisation de la guerre (chap. 1-3), un catalogue (que je suppose non-exhaustif) de l'existant (chapitre 4, frappé le plus évidemment d'obsolescence très rapide), puis des perspectives philosophiques (chap. 5-7) et tactiques (chap. 8-11) qui aiguisent l'intérêt du lecteur. Et comme tout ouvrage de vulgarisation, il laisse un peu sur sa faim. Un cahier central reprend des photos en couleur de machines évoquées dans les différents chapitres, dont le choix n'est pas forcément toujours des plus judicieux, puisque des cartes géopolitiques, des schémas tactiques ou des explications sur le fonctionnement des machines, auraient été parfois plus utiles que la seule apparence de certaines d'entre elles.



Au titre des défauts du livre notons quelques redites (...) et des petites négligences éditoriales, mais rien de bien grave.



Étant un ignorant complet sur le sujet, je ne saurais rien dire sur la teneur des premiers chapitres, sinon qu'ils sont stimulants. J'ai noté avec intérêt la distinction politique établie entre la cybernétique, vite investie par les soviétiques et qui fut rapidement estampillée comme science “communiste”, et l'intelligence artificielle du monde capitaliste (...). Dans l'un et l'autre cas, j'aurais aimé avoir de temps en temps plus de détails et de schémas, au risque de devenir plus technique et un peu plus de notions, mais soit.



Éric Martel montre au fil des pages, et de manière assez convaincante, que la notion de robot est bien plus large que la machine anthropomorphe imaginable un peu naïvement, et que ces technologies du début du XXIème siècle fonctionnent de manière complémentaire avec des technologies de la moitié du XXe siècle, notamment pour les bombes. Néanmoins, deux aspects m'ont frustré. D'une part, le manque de considérations sur les sources d'énergie qui permettent d'alimenter ces robots tant sur le plan des composants des batteries – et qui éclairent quelques enjeux internationaux, par exemple en Afrique riche en métaux rares –, que sur l'autonomie et la fiabilité de ces batteries, qui donneraient quelques indications sur la vulnérabilité de ces machines. (...) D'autre part, j'aurais aimé plus de développements sur la notion de dispositif global permettant de faire fonctionner ces robots : M. Martel prend un certain soin à discuter la complémentarité homme-machine ou le remplacement total des premiers lorsque les machines sont capables de prendre elles-mêmes des décisions et de changer leur plan de mission en fonction des données récoltées au cours de celle-ci, mais il néglige parfois de prendre en considération l'ensemble des autres machines qui permettent en amont au(x) robot(s), de mener cette mission, notamment les caméras de surveillance, les satellites ou les radars qui lui donnent des informations sur son environnement, etc. Dans ce que nous présente l'auteur, souvent, seuls les essaims sont reliés à leur vaisseau-mère ou les missiles à leur drone, mais cela est une petite partie d'un dispositif plus large. De même, ses considérations sur la doctrine militaire sont beaucoup trop sommaires, surtout qu'il rappelle à plusieurs reprises l'échec de la stratégie technologique américaine face aux Vietnamiens ayant appris à tromper les capteurs de mouvement et de bruit de l'opération Igloo White, ou comment les Serbes ont trompé les Casques Bleus sur le nombre de chars détruits, et qu'on voudrait en savoir bien plus !



La question de la cohabitation des hommes et des machines est plus fouillée. Là encore, le grincheux pourra regretter que cette réflexion n'ait pas été encastrée dans une réflexion plus large sur les places de l'homme et de la machine dans la société, et notamment dans les rapports de travail pour les individus de moins en moins nombreux qui restent affectés à des tâches non-remplaçables par des machines. Cette perspective permettrait de montrer que la guerre s'est déplacée, qu'elle n'est plus tant entre groupes sociaux distincts qu'au sein-même des nations divisées en territoires de plus en plus fermés sur eux-mêmes, centre-villes bourgeois d'où les humains pucés, transhumains puis posthumains de demain comme nouvelle hyperclasse sociale, seront sans doute tentés de se débarrasser des simples hommes devenus surnuméraires vivant dans les quartiers périphériques ou dans les campagnes. Autrement dit, le chapitre 6 sur la déshumanisation de l'homme dans la guerre et le chapitre 7 sur la robotisation du combattant, auraient pu être replacés dans un contexte plus global qui dépasse les cas de guerres entre nations, déclarées, réglées par la Convention de Genève, identifiables, au profit de guerres sociales larvées, lentes, où – pour adopter un schéma plus marxiste – la paix n'est qu'une longue guerre de classe, de races et de clans, et où la possession de la technologie est un facteur de suprématie sociale, religieuse ou voire raciale si un groupe particulier s'approprie les technologies les plus efficaces. Malgré ce gros bémol géo-sociologique, Éric Martel est juste dans sa façon de dédramatiser l'usage des robots : après tout, du chevalier dans son armure, au drone en passant par le CRS obtus et brutal, le robot n'est pas plus déshumanisé ni plus dangereux que le guerrier 'humain', et a même une capacité de calcul qui lui permet de minimiser les erreurs de tirs. De sorte qu'on ressort de la lecture de ces chapitres avec une réflexion plus aboutie et moins techno-alarmiste qu'auparavant.



Si réédition augmentée il devait y avoir un jour, notamment pour remettre à jour le chapitre 4 avec les nouveaux engins apparus, je suggérerais qu'Éric Martel considère plus l'usage des robots dans le cas non pas uniquement des populations étrangères déclarées ennemies, mais bien aussi dans ce cas de maintien de l'ordre par des pouvoirs désireux de contrôler leur population, ou, dans les colonies, contre une population à surveiller cohabitant sur le même territoire que la population protégée. Si le cas du terrorisme paraît a priori assez simple – mais dans les faits il ne l'est pas du tout puisque le pouvoir politique a toute latitude de modifier l'extension de la notion au fur et à mesure qu'il adapte la norme à ses besoins politiques immédiats –, la révolte populaire ou la création de milices privées communautaires ou du fait d'entreprises privées, complexifie les choses. Ce serait l'occasion de changer aussi de titre, puisque la notion de robots-tueurs est malvenue, l'auteur expliquant que le robot permet notamment de détruire de manière plus sélective et d'épargner plus de vies qu'un combattant humain. Si la visée est "zéro mort", les robots sont donc idéalement non-tueurs. Aussi, 'Les conflits robotisés' ou 'Le conflit armé à l'âge de l'intelligence artificielle' seraient donc plus appropriés.



Sans doute manque-t-il aussi un chapitre 12 à ce livre, qui ne considèrerait plus uniquement les cas où l'humain est à la tête de robots à sa disposition, mais une guerre où les robots sont dotés d'une intelligence artificielle autonome capable d'apprendre, d'innover et seraient laissés libres de choisir leurs 'doctrines' stratégiques. En effet, si Éric Martel évite les poncifs sur la science-fiction tout en montrant le rôle de celle-ci comme aiguilleuse des recherches militaires, il oublie le thème des machines devenues autonomes (volontairement ou à notre corps défendant) et mises les unes face aux autres, tout en échappant aux humains. Je pense notamment au films "Screamers" [1995], "I, Robot" [2004] ou "Her" en 2013. Dans le premier cas, deux factions de robots opposées finissent par s'allier et se retourner contre les humains qui les ont créés. (...) Dans Her, les robots finissent par dialoguer entre eux et se désintéressent simplement de leurs créateurs. Le troisième exemple est le plus intéressant, car il peut être inscrit dans un schéma progressiste concevant l'être humain comme un moment historique bientôt dépassé, qui avait pour mission historique de créer l'intelligence artificielle (ou Dieu) et devra s'éteindre une fois cette tâche effectuée, remplacée par ces êtres immatériels. Cette vision non-apocalyptique – mettons que les immatériels permettent à quelques humains choisis via des méthodes eugénistes développées de vivre dans de très bonnes conditions et se débarrassent de l'humanité par des techniques de castration non-violentes – renvoie donc à des schémas eschatologiques où même la guerre de partisans (...) ou la guerre civile sont dépassées.



Prenons l'exemple de la Chine. Avec le système du crédit social, un dispositif complet de récolte d'information sur l'ensemble de la population, permet à un algorithme de définir une note sociale définissant à quel degré l'individu est conforme à ce que le régime attend de lui. Si sa note est trop basse, des lieux et des métiers lui sont interdits, les prix peuvent monter et le débit de son Internet peut être réduit, etc. ; pire : toute personne le côtoyant trop, peut voir sa note sociale affectée, obligeant à ostraciser l'individu mal noté. Il n'y a pas là un seul robot qui a le droit de vie ou de mort sociale sur l'individu, mais un ensemble de caméras, de dossiers administratifs ou ses machines connectées (ordinateurs, téléphones, maison) reliées à un serveur et enfin l'algorithme en question modifiable politiquement. Il n'y a pas là de guerre visible, il n'y a pas de mort, mais il n'y a pas de machine unique, sinon au bout de tout cela, une mort sociale à petit feu pour l'opposant et peut-être l'interdiction pour lui d'enfanter. On peut imaginer que le régime chinois sert de laboratoire au parti collectiviste-oligarchique de Grand Frère orwellien, et cette techno-lutte des classes étendue au niveau mondial. L'algorithme tueur socialement n'est-il donc pas plus dangereux que le robot ? Et comment l'être humain peut-il couper les sources d'énergie à un tel pouvoir ? Retournera-t-on à l'âge des cavernes pour avoir seulement un futur ?



Merci en tout cas à Babelio, Eric Martel et les éditions Favre pour cette lecture qui aura suscitée toutes ces questions en moi, en marge d'un combat en jaune qui me permet de me battre pour un futur échappant aux pires scenarii.
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