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Syllepse


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JeromeTN
  06 octobre 2019
Refuser d'être un homme de John Stoltenberg
Ce livre est une compilation d'essais et de discours de l'auteur. Il y aborde plusieurs thèmes autour du féminisme comme la pornographie, l'objectification, les violences conjugales et le militantisme.

Ses textes sont très inspirés des travaux de Catherine A. MacKinnon et d'Andrea Dworkin dont il était très proche. C'est un féminisme radical, parfois un peu péremptoire à mon goût, mais ses analyses incitent à la réflexion; les comparaisons entre les mécanismes associés à la domination masculine et à la domination raciale sont souvent pertinentes.

Je déconseillerai ce livre comme entrée en matière dans le féminisme pour un homme, mais je le recommanderai pour quelqu'un ayant déjà un minimum de connaissance sur les mécanismes de la dominance masculine et les théories féministes quelque soit son orientation.

Ce que je retiendrai de ce livre, en tant qu'homme allié féministe, c'est la nécessité de s'impliquer activement dans la lutte féministe auprès des autres hommes. Se contenter de soutenir nos épouses, nos filles et nos amies n'est pas suffisant, nous nous devons de faire bouger les définitions de la masculinité afin qu'elle ne soit plus conditionnée par le rejet des stéréotypes féminins et la considération des femmes comme une classe inférieure.
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Stockard
  05 septembre 2019
La couleur de la justice de Michelle Alexander
Force est de constater que depuis la constitution des États-Unis d'Amérique par les Pères Fondateurs, les Africains-Américains occupent une place incommodante sur ce territoire. En fait, on aimerait bien qu'ils n'y soient plus, ou plutôt si, qu'ils soient là mais uniquement quand on a besoin d'eux. le reste du temps, puisque malgré les moyens employés ils persistent à s'incruster, ils demeurent les victimes permanentes d'un système de caste raciale qui ne cesse de se réinventer dès que celui en cours (esclavage, lois Jim Crow, ségrégation...) tombe sous le coup de la loi. On a ainsi pu voir chacune de ces idéologies méphitiques tour à tour interdite jusqu'à ce qu'enfin toute discrimination soit déclarée illégale. Et voilà, fini le racisme, terminé, out, on en entendra plus parler, pas trop tôt.



A moins que... Quand en 1982 Ronald Reagan déclare la guerre à la drogue, cette fameuse « drug war » déjà initiée par Nixon et qu'il reprit d'une main de fer, on imagine aisément la satisfaction enfantine du ronaldus magnus, trop content d'avoir trouvé une nouvelle formule le faisant totalement passer sous les radars du ségrégationnisme. Parce que ne nous y trompons pas, quand Reagan parle de faire la guerre à la drogue (drogue = crack, dont de plus il se foutait royalement et qui n'était pas un problème majeur aux débuts des années 80) et aux criminels, ce qu'il sous-entend et que tout le monde comprend, c'est : "guerre aux nègres" ! Mais rien dans son discours n'étant racisé, il sera impossible de prouver quoique ce soit. Et voilà, un nouveau système de caste raciale vient tranquillement de se mettre en place. Parce que si la discrimination raciale est maintenant hors-la-loi, la discrimination envers les criminels, elle, est tout ce qu'il y a de légale, mieux même elle est encouragée. Suffit donc de laisser entendre que tous les Africains-Américains (et Latinos, pas de jaloux) sont des criminels potentiels et voilà le travail ! Bien joué l'acteur de seconde zone !

Plus qu'à attendre que ça prenne dans l'opinion publique et en effet, ça ne traîne pas. Politiques et médias n'ayant pas de scrupules à vendre ces insinuations tacites en martelant des communiqués sur une prétendue criminalité en hausse dont seraient uniquement responsables les Africains-Américains (c'est dans leurs gènes, que voulez-vous), les sempiternelles images biaisées des journaux télévisés et des discours gouvernementaux arriveraient presque à nous faire avaler cette couleuvre obèse enceinte de triplés : drogués = criminels = Noirs.

Donc, sans se poser la moindre question on accepte l'idée qu'une simple pigmentation de peau changerait intrinsèquement les valeurs humaines ? le fait d'avoir la peau foncée pousserait à se droguer, tuer, voler, violer, etc ?

Michelle Alexander a vite fait d'envoyer dinguer ces niaiseries et en profite pour rétablir la vérité au passage : ce qui pousse la plupart des Africains-Américains à commettre des crimes est la contrainte sociétale qui les parque dans des ghettos, leur refuse études et emplois décents, les traite comme des citoyens de seconde zone et autres joyeusetés, le tout finissant par former le cocktail explosif espéré et hop, plus qu'à ouvrir grand les prisons et attendre tranquillement qu'ils viennent les peupler.



Pour preuve de ce qu'elle avance : à crime égal dans le trafic et la consommation de drogue, un Blanc ne sera pratiquement jamais inquiété, une tape sur les doigts faisant largement l'affaire. Pour un Noir par contre, s'il se fait choper (ou pas d'ailleurs, suffit de le soupçonner et c'est déjà bien suffisant) il peut commencer à faire ses adieux à ses proches, il n'est pas près de revoir la lumière du jour sans barreaux pour lui gâcher la vue.



♫ If an officer stops you

Promise me you'll always be polite ♪ ♪

♪ ♫ And that you'll never ever run away

Promise Mama you'll keep your hands in sight ♫ ♫



A l'instar des bavures policières n'impliquant presque jamais l'assassinat de caucasiens, la guerre contre la drogue n'a que faire des dealers blancs, d'ailleurs il est bien précisé que le fléau étant avant tout le crack, drogue d'Africains-Américains en général rapport à son prix plus abordable, à l'inverse la cocaïne étant plutôt réservée aux Blancs, elle est assez bien tolérée dans le système judiciaire américain. Mais bon, du calme, c'est sûrement une coïncidence.



En conclusion, La Couleur de la Justice est une étude solide et réfléchie s'appuyant sur des statistiques vérifiées (et vérifiables) dont la critique démonte les croyances en un système qui se prétend juste et équitable, laissant sa chance à tout le monde à partir du moment où on ne s'écarte pas du droit chemin. Foutaises, nous dit Michelle Alexander et au vu des faits et de l'enquête qu'elle a menée, faut être costaud moralement pour ne pas perdre espoir ; comment combattre un tel système ? Les minorités devront-elles donc toujours se faire avoir ?

A lire en parallèle de « 13th », fabuleux documentaire d'Ava DuVernay (qu'il faut voir absolument) et qui reprend, images d'archives et illustres intervenants à l'appui (Michelle Alexander bien entendu, Angela Davis, van Jones, Bryan Stevenson, etc...), toutes les vérités énumérées et étayées dans cet admirable essai, véritable manifeste à la refonte de tout un système pénal détestable et criminel avec lequel il serait plus que temps d'en finir !

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de
  14 août 2019
Le médicament, un bien commun ! de Syllepse
Pour les Big Pharma, la santé n’est qu’une affaire de brevet, de marchandise et de profit



Comme pour les précédents numéros, je n’aborde, choix très subjectif, que certains articles et certains points traités.



Les médicaments, le droit d’être soigné·e, l’égalité d’accès aux médicaments, le médicament comme bien commun, la mise en cause de la notion de propriété privée et du monopole des droits de propriété intellectuelle (les brevets), la santé publique et environnementale à l’échelle planétaire, la production des médicaments en relation avec les besoins des populations, l’industrie pharmaceutique (l’accaparement de molécules, les profits, le pouvoir discrétionnaire lié au système juridique des brevets)…



Les auteurs et autrices du Manifeste Pour une appropriation sociale du médicament revendiquent, entre autres, l’accessibilité universelle aux soins de santé et aux médicaments, le refus de la marchandisation des médicaments et plus généralement des soins de santé, une autre politique de recherche et développement (R&D), de production et de distribution, la liberté de recherche, la primauté de la santé publique.



Maitrise sociale, brevet, recherche, pharmacovigilance, tests cliniques…



Pour les Big Pharma, « le brevet est un outil », un support de bénéfices et de spéculations. Pourquoi leur laisser la maitrise – période d’exclusivité liée au brevet – des prix et des marges ? Les avancées « scientifiques » ne pourraient-elles pas être considérées comme des communs ? Les pouvoirs publics ont préféré « les droits de la propriété intellectuelle » dont la pertinence en regard des droits humains est plus que discutable.



Daniel Vergnaud aborde, entre autres, les dividendes versés et les politiques d’acquisition, la faiblesse des investissements scientifiques et productifs, les recherches indispensables freinées ou empêchées, le choix privilégié du traitement plutôt que la guérison, l’abaissement des normes sanitaires, les nouveaux débouchés et les « nouvelles maladies ». Il insiste sur l’« abrogation des brevets ».



De nouvelles thérapies ne peuvent être simplement issues de la recherche appliquée, la recherche fondamentale – et son temps long et parfois peu fructueux – est indispensable. Éliane Mandine et Thierry Bodin discutent de la dangereuse liaison entre « recherche et finance », la prime donnée à certaines thérapies et aux molécules appelées blockbusters pour les milliards de chiffre d’affaires générés. « Entre 1975 et 1999, sur 1 400 nouveaux médicaments commercialisés, 13 seulement concernent les maladies tropicales infectieuses alors que celles-ci constituaient la première cause de mortalité mondiale ». A ce point il conviendrait d’ajouter une réflexion sur le sexe des pathologies.



Elle et il (iels) abordent, entre autres, les opérations de fusions, les politiques de génériques, les pertes d’expertises, la sérendipité (découverte scientifique ou une invention technique inattendue à la suite de circonstances fortuites et très souvent dans le cadre d’une recherche concernant un autre sujet), l’utilisation de travaux de recherche publics dans le cadre privé, les biotechnologies, la place de l’oncologie…



Il faudrait prendre en compte la part de la recherche et développement financée par la collectivité publique grâce aux avantages comptables et fiscaux – charges directement déductibles et dotations aux amortissements et provisions (lorsque la R&D est dite « activée ») venant en déduction du résultat comptable et du résultat fiscal. Il faudrait aussi étudier l’impact des normes comptables IFRS appliquées en Europe sur les pratiques d’externalisation – les contrats pour l’usage « activés » comme des biens propres, les sur-valeurs d’acquisition (goodwills) amorties, la notion de « juste valeur » et ses effets sur la variation des fonds propres…



Autorisation de mise sur le marché, mesures de privatisation des systèmes de santé, augmentation des prix des médicaments, prix libre pour les médicaments non remboursables, nuisance à la santé de certains traitements… J’ajoute le conditionnement qui nous fait acheter des quantités bien au-delà des prescriptions médicales.



Éliane Mandine et Thierry Bodin soulignent l’inflation des prix, en particulier pour des médicaments dits innovants et issus des biotechnologies. Iels parlent de l’inclusion des frais de marketing et de lobbying dans le poste recherche et développement, des investissements publics dans la recherche biomédicale, des bénéfices liés aux nouvelles thérapies, de l’appropriation de résultats de la recherche par la prise de brevets, du rachat de petites start-up qui ont développé certains médicaments, du pouvoir de lobbying, de la fixation des prix, « De fait, les prix du médicament peut être déterminé, non plus en fonction des coûts de développement et de fabrication, mais du prix maximal au-delà duquel il risquerait de provoquer une révolte », de la logique de « monétarisation » de la vie humaine. Se soigner ne relève pas d’un choix mais d’une nécessité. « Le médicament doit être libre de droits exclusifs, pensé comme un bien commun, c’est-dire accessible au plus grand nombre ».



Un article traite plus particulièrement des génériques et des transformations du secteur pharmaceutique, de l’externalisation de la production. Le suivant des essais cliniques et de la pharmacovigilance.



Je souligne l’article de Thierry Bodin et Bernard Dubois sur les ruptures d’approvisionnement en médicaments et en vaccins, les impacts des choix financiers et industriels.

Je signale les analyses de Manolis Kosadinos sur le neuro-positivisme, la psychiatrisation de l’enfance, l’utilisation des opiacés et ses conséquences (sur ce sujet, lire par exemple, Patrick Radden Keefe : Addiction sur ordonnance. La crise des antidouleurs) , la marchandisation des psychotropes, la souffrance psychique…



Pascale Brudon aborde, entre autres, le médicament dans la mondialisation, les luttes pour l’accès aux soins, la notion de « médicaments essentiels », le rôle de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le boycott de Nestlé sur la question du lait en poudre, le Health Action International (HAI), les programmes d’ajustement structurel, « Avec souvent des conditionnalités qui limitent l’extension des services de santé et des politiques publiques de médicaments », les débats autour « de la mise à disposition de médicaments efficaces pour les maladies spécifiques et celui de la protection de la propriété intellectuelle », la fabrication de médicaments antirétroviraux dans certains pays à des coûts moindre, les règles d’octroi des brevets en vue de protéger la santé publique, le déclin de la capacité d’innovation de l’industrie pharmaceutique, les « mee too » et les génériques de marque, les politiques d’acquisition, l’escalade des prix, « Il est temps d’admettre que la forme de la recherche, de la production, de la distribution telle qu’organisée par l’industrie pharmaceutique ne permet pas d’atteindre les buts de santé publique et de disponibilité d’un médicament efficace, de qualité et accessible ». Comme pour l’alimentation, il me semble indispensable de parler de souveraineté et de sécurité…



Je regrette l’absence d’articles critiques sur les biotechnologies, les réductions de comportements sociaux à la génétique, les assimilations du cerveau à une simple machine informationnelle, les fantasmes de transhumanisme…



J’ai notamment été intéressé par entretien avec Philippe Descola sur l’Amazonie et les « zones à défendre », l’extractivisme, la déforestation, la culture du soja ou du palmier à huile, les plantes, « les plantes cultivées n’existent donc que par l’intermédiaire des humains », les relations « matérielles et idéelles très originales qui se sont crées entre humains et non humains », les formes d’autonomie, les droits conférés aux milieux de vie, les droits des populations « indiennes », les communs, l’imagination « des expériences de vie que les gens peuvent faire et développer », les rapports de pouvoir, « la capacité de mettre en rapport des mondes qui divergent, y compris jusqu’au conflit, pour produire des situations nouvelles susceptibles de déboucher sur un degré supérieur d’émancipation », les utopies en partie réalisées…







Kanaky. Je souligne les articles forts intéressants de Jean-Pierre Martin et d’Isabelle Merle. L’histoire d’une colonie de peuplement, le mouvement indépendantiste kanak, les accords Oudinot-Matignon puis de Nouméa, le « référendum », les inscriptions et les non inscriptions de Kanak sur les listes électorales, les élections provinciales, la défense des « intérêts coloniaux, économiques et stratégiques » de l’Etat français, la majorité des Kanaks favorable à l’idée indépendantiste, la colonisation permanente du marché du travail par des « métros », la décolonisation et la société indépendante à construire, le rapport aux ancêtres et à la terre, la reconnaissance des droits « communs », la reconnaissance d’un monde kanak et les luttes d’émancipation…



« Comment se dessinent les rapports de force entre forces dites loyalistes et forces indépendantistes, et comment peuvent-ils être interprétés à l’aune d’une longue durée historique profondément marquée par la colonisation et ses effets d’héritages ? », les résultats des dernières élections, la représentation des « Wallisiens et Futumizens », les terres coutumières…



Reste encore une fois la question, que je pose maintenant à toustes les auteurs et autrices, pourquoi ne pas utiliser une écriture plus inclusive ? – le point médian, l’accord de proximité, les patient es, les habitant·es, les acteurs et les actrices, les militant·es, les employées et les employés pour rendre visibles les unes et les autres, les iels et toustes. Peut-on réellement lever le drapeau des émancipations, en continuant à porter les haillons ou les treillis de lois grammaticales et orthographiques imposées par les académiciens masculinistes (et par ailleurs incompétents). Ces normes « ordinaires » faisant primer le masculin sur le féminin contribuent à invisibiliser les femmes. La volonté affirmée de « résister » à un nouvel usage plus égalitaire du langage, comme indiqué dans une lettre au comité de rédaction, me semble plus que discutable. A quand la publication de cette lettre dans la revue et l’ouverture d’un débat ? Et, je n’oublie pas la censure des mots « autrices » et « iels » dans ma note de lecture publiée dans le précédent numéro.



Mais donner à voir des femmes ne suffit pas, il faut aussi développer des analyses au prisme du genre, des points de vue féministes ou pro-féministes. Ainsi, s’il est bien souligné dans le dossier que sont délaissées « les maladies sévissant dans les pays du Sud », qu’en est-il des maladies touchant particulièrement les femmes ? qu’en est-il des effets sexués de médicaments ? qu’en est-il de la recherche sur la contraception (y compris la contraception masculine) ?
Lien : https://entreleslignesentrel..
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