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L`Esprit des Péninsules


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Luneaucoeur
  27 mars 2021
La fin du chant de Galsan Tschinag
Poésie des grands espaces de Mongolie, de l'individu au cœur d'une société qui disparaît. Ecriture d'une douceur qui contraste avec la dureté des événements. Fragilité de l'humain qui se libère des conventions par le rêve... Très émouvant... il reste à l'issu de cette lecture, la sensation d'avoir rêvé un peu plus grand que nos propres envols...
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Glaneurdelivres
  26 mars 2021
L'Essentiel au sujet de monsieur Moritz de Vlastimil Tresnak
Un certain Monsieur Prague (qui n’est autre que Vlastimil Třešňák lui-même, dans ce roman), se retrouve en garde à vue dans un commissariat de police, avec un codétenu pour consommation de haschich. Comme par hasard, les murs du commissariat sont recouverts d’affiches colorées montrant des images de champs de marijuana dans les montagnes d’Afghanistan ! Et le policier qui l’interroge, porte au cou un pendentif en forme de feuille de marijuana !



Vous l’aurez compris, ce roman est d’une irrésistible loufoquerie.



Monsieur Prague remarque que son codétenu porte une bague qui s’enroule au doigt comme un serpent… Cette bague, il l’a déjà vue quelque part, mais où et quand ?

Le mot-clé dans cette histoire, c’est cet « anneau ». Monsieur Prague va aller en bibliothèque et demandera à avoir accès à tous les livres qui comportent le mot anneau dans leurs titres !



Le personnage de Monsieur Prague est un peu un mélange du brave soldat Chvéïk de Jaroslav Hašek, et du Lieutenant Boruvka de Josef Škvorecký, car à la fois, il se moque des autorités de façon ironique et subtile, et il est tenace dans son enquête, tel un bon inspecteur de police.

Je retrouve la plume habile et malicieuse de l’auteur de

« On ne mange pas la bouche pleine », son 2e roman.



-Enquête et quête de soi pour deux exilés tchèques-

voilà comment on pourrait intituler autrement ce roman. L’auteur, Vlastimil Třešňák, a dû lui-même quitter la Tchécoslovaquie, et s’exiler à l’Ouest.

Il était signataire de la Charte 77, ce courageux manifeste en faveur du respect des Droits de l’Homme, et de ce fait il avait été qualifié de dissident et très vite interdit de toute activité publique par le régime totalitaire communiste.



L’Ouest, pour lui, ce fut la RFA, la République Fédérale d’Allemagne. Un déracinement qui lui a inspiré

« L’essentiel au sujet de Monsieur Moritz », dont l’action

se situe à Francfort-sur-le-Main et met en scène la cohabitation de deux hommes, un artiste peintre, Monsieur Moritz, et Monsieur Prague, écrivain, avatar de l’auteur.

Ces deux exilés sont des traîne-savates, aux bourses plates et ventres creux.

Ce sont des glandeurs de haut vol, fumeurs de pétards et buveurs de bière.

Pour l’absurdité bouffonne de ses récits et de ses personnages, Vlastimil Třešňák est souvent considéré comme l’héritier de Bohumil Hrabal, dont il était l’ami.



Dans ce récit, tout est sujet à gags décalés, même les heures les plus dramatiques de l’Histoire de l’ex-Tchécoslovaquie.

Qui est Monsieur Moritz, se demande Monsieur Prague, et quelle est la relation entre la bague qu’il porte, et celle, identique, entrevue au doigt d’un vieux crasseux, nommé Müller ?

Monsieur Prague va se transformer en détective pour découvrir le secret de ce bijou, et ce faisant, le secret de la disparition des parents de Monsieur Moritz, lors de leur fuite à l’Ouest…



Pendant que Monsieur Moritz s’évertue à faire figurer sur une toile « quelque chose qui aurait disparu corps et

biens », Monsieur Prague vaque à sa mission d’investigation et prend racine dans un café anarchiste qu’affectionne une jeune femme brune, avec un sac en jean à l’emblème d’Amnesty International…

Abracadabrantesque, aurait dit un de nos célèbres chefs d’état, en lisant des phrases comme celles-ci :

« Même à travers le mur, on voyait que Monsieur Moritz avait rougi. » ; « Monsieur Prague a pris son blouson de jean à la poignée de la fenêtre et s’est penché sur Monsieur Moritz, comme un père sur son fils qui n’arriverait pas à se faire entrer dans le crâne la division des fractions. » ; « Un genre d’endroit où le silence fait l’effet d’un brochet dans un étang. »



Cuites monumentales et dialogues de sourds animent l’enquête, et on assiste aux habitudes répétitives du quotidien des deux colocataires, et à leurs agacements mutuels, vu l'exiguité de leur espace de vie.

Les quatre-vingt-deux marches menant à leur logement , situé « rue des Braves gens », un œuf dur tapoté le matin sur la machine à écrire, deux pinceaux couverts de bleu parisien, qui viennent et reviennent comme le refrain d’une ritournelle… ritournelle qui est la marque du chanteur populaire qu’est Vlastimil Třešňák dans son pays. (Il a de multiples talents : outre celui d’écrivain, il est musicien, chansonnier, et aussi peintre).



Au fil de ces pages loufoques, pleines de télescopages, de dérapages, de cabrioles et de pirouettes d’écriture,

« L’essentiel au sujet de Monsieur Moritz » sera révélé cahin-caha dans les effluves d’un thé au rhum.

Un de ses tableaux, entre-temps, aura été recyclé en banderole destinée à la jeune femme brune pour une manifestation en faveur des « Habitants Noirs d’Afrique ».



Quant à l’essentiel au sujet de Monsieur Prague, s’il s’était résumé jusque-là en quelques mots : « bonheur, histoire, paix, guerre, crime, châtiment », il lui faudra dorénavant compter avec un concept inédit, celui qui fera se craqueler ses couches de peintures de camouflage burlesque,

et qui se résume en « un mot à cheveux bruns » : l’amour.



Ainsi va la ballade de l’exilé, se battant avec pour seules munitions les mots,

et avec la nostalgie du pays perdu, en sanglotant de rire !



C’est à la suite d’un interrogatoire musclé de la police politique tchécoslovaque que Vlastimil Třešňák avait pris ses cliques et ses claques pour s’installer à l’Ouest.

Mais sa verve joyeuse, lucide et sarcastique ne l’a jamais quitté. Avec sa guitare, il livre des chansons à boire, à aimer, avec des textes tissés d’argot et de politique, mais sans jamais sacrifier à la poésie.



Depuis 1990, il vit de nouveau à Prague. Il est très lié au quartier autrefois ouvrier de Karlín, dont il est originaire. Un quartier à la mauvaise réputation, due à une forte présence Rom, des habitants souvent victimes de la xénophobie de la majorité. Vlastimil Třešňák, lui, s’en fiche! Il a grandi parmi les Roms et joue fréquemment avec ses amis musiciens.

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Glaneurdelivres
  27 novembre 2020
Jarmilka : Suivi de La Machine atomique Perkeo et Interview sur le Barrage de l'Eternité de Bohumil Hrabal
Pour bien apprécier à sa juste valeur « Jarmilka », il est à mon sens préférable de commencer par lire « La machine atomique Perkeo » et « Entretien sur le Barrage de l’Eternité », qui se trouvent à la fin de ce livre, parce que Bohumil Hrabal y raconte lui-même très clairement la genèse de ce texte.



Avec « Jarmilka », il cherche à débarrasser son écriture de toutes les pensées métaphoriques du surréalisme. Plutôt que de continuer d’emprunter des artifices et des images à Arthur Rimbaud, Charles Baudelaire, Paul Eluard ou encore Louis-Ferdinand Céline, il décide de se mettre à écrire comme pour un journal, comme s’il effectuait un reportage sur la vie des gens, sans fioriture, pour en arriver à un « réalisme total » :



« (…) une écriture sans métaphores, sans associations, une simple relation de ce dont j’avais été le témoin oculaire et que je rédigeais comme un document, comme un compte-rendu du malheur… »



Le courant artistique du Réalisme total se développe dans les années 50, notamment autour du poète Egon Bondy, dont Bohumil Hrabal est l’ami.

Ainsi avec « Jarmilka », il réalise une rupture avec la poétique, et il l’a d’ailleurs sous-titré « Document » et non pas roman ou nouvelle.

Il se réfère à l’avis de ses amis, non seulement Egon Bondy (poète, philosophe, dramaturge et romancier), mais aussi Jiri Kolar (collagiste, poète, écrivain, peintre et traducteur), et Jiri Weil (écrivain, romancier, journaliste et traducteur) notamment, pour approuver ou non ses textes.

Le document « Jarmilka » est passé de main en main pendant plusieurs années et quand Hrabal l’a récupéré, il lui est apparu comme étant de la poésie concrète.

Ce texte, tapé sur une machine à écrire Perkeo, ne comportait aucun accent tchèque, parce que c’était une machine allemande, à laquelle Hrabal s’était très attaché.

Quand il a enfin pu récupérer son tapuscrit, il a constaté qu’il avait été complété au crayon, des accents tchèques qui manquaient, et il a décidé de coller ces pages sur de grandes feuilles blanches. Ainsi, ses pages tapuscrites étaient-elles devenues des objets graphiques !



Jarmilka est une jeune ouvrière. Elle est enceinte, mais son amant ne veut pas l’épouser.

Son destin se confond avec l’histoire de la Tchécoslovaquie du début des années 50.

Ses malheurs alternent avec une évocation directe des conditions de vie dans les camps staliniens et nazis. Ces deux thématiques se mélangent avec une troisième, celle du quotidien d’un ouvrier employé aux aciéries de Kladno, où Jarmilka travaille à la cantine. (A noter que Bohumil Hrabal avait lui-même travaillé dans ces aciéries entre 1949 et 1952.)

Le ton des répliques est parfois vulgaire, parfois comique, parfois lyrique. Bohumil Hrabal se sert des discours d’ouvriers qu’il entend dans ces aciéries et il les retranscrit littéralement.

Cette technique relève du « collage ». Ce texte s’apparente aux romans existentialistes français, dont Hrabal revendiquait d’ailleurs l’influence.

Bohumil Hrabal dresse un tableau des « gens simples », et cela fait contrepoids à la littérature officielle d’alors. Son symbolisme (l’enfant à naître pour Noël) renvoie à la religion chrétienne et cela contrarie le discours stalinien !

Mais l’intérêt de « Jarmilka » ne se limite pas à celui d’un rappel des difficultés à écrire et publier sous un régime totalitaire.

Hrabal avait fait des tentatives poétiques dans les années 30 et 40, qui avaient échouées. « Jarmilka » marque un tournant définitif dans son orientation littéraire, vers cette prose vivante et imagée qui ne va plus le quitter.



Le récit « La machine atomique Perkeo » raconte l’attachement de Bohumil Hrabal pour sa machine à écrire. Il raconte aussi sa situation, sa relation avec son entourage au moment où il écrivait « Jarmilka », et comment le tout a interagi.



L’interview final, « Entretien sur le Barrage de l’Eternité » permet de mieux connaître Hrabal, qui accepta en 1968-69, de parler de lui.

C’est très intéressant. On apprend combien Bohumil Hrabal est un auteur érudit, quels sont ses auteurs préférés (notamment Victor Hugo et Johann Wolfgang von Goethe ) et on apprend qu’il aime rire devant des films de Charlie Chaplin et Buster Keaton.



« Vous êtes donc heureux que nous soyons venus vous déranger ! »



« Oui. Je sais que lorsque plus rien ne me dérangera, ni ma solitude, ni même le silence, alors je serai peut-être mort. Si ni vous ni d’autres ne veniez me déranger, je serais encore dérangé par moi-même, j’aime bien me déranger moi-même, me perturber. C’est mon autre Je, mon second sujet, cette éternelle psychologie qui vit mal, qui a toujours quelque chose à me dire, quoi que je dise elle a toujours une réponse contraire, qui recherche l’identité sans fin des contradictions. »



« Jarmilka » ne sera publié dans sa version originale qu’en 1992, alors que ce texte avait été rédigé durant l’hiver 1951-52 !

En cause, le régime autoritaire des communistes qui avaient pris le pouvoir en Tchécoslovaquie en 1948, qui exerçait une forte censure envers les écrivains. Si le texte de « Jarmilka » a rencontré tant de difficultés pour être publié, c’est que, plus que toute autre œuvre ultérieure de Bohumil Hrabal, il contient des descriptions explicites du fonctionnement du régime communiste.



On ne peut que se réjouir, aujourd’hui, de disposer de ce « document » esthétiquement audacieux, et des deux textes qui l’accompagnent, très riches d’informations, qui nous permettent de mieux connaître ce merveilleux auteur qu’est Bohumil Hrabal.

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