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Publications orientalistes de France


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Dernières critiques
mh17
  16 septembre 2019
L'éloge de l'ombre de Junichirô Tanizaki
Tanizaki a écrit ce bref essai en 1933. Il y défend une esthétique de l'ombre, qu'il considère comme typiquement orientale, en réaction à l'esthétique de la lumière, qu'il tient pour occidentale et qui envahit irréversiblement le Japon.

Il préfère la pénombre, la patine, la laque, le masque qui induisent le calme, le mystère, la profondeur, la subtilité à la lumière, à l'éclat, à l'hygiène, au progrès.

La thèse en elle- même est assez caricaturale et on ressent un certain dépit : si les japonais avaient inventé les nouvelles techniques, elles auraient été adaptées selon lui à l'esthétique traditionnelle nippone. Mais son éloge est limpide, instructif, souvent amusant et toujours poétique.
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Osmanthe
  27 août 2019
L'oie sauvage de mori ogai
Mori Ogai était sous l'ère Meiji (1868-1912) l'un des plus grands écrivains japonais, notamment avec Soseki. Il reste assez peu traduit en France. Si Soseki est un maître des ambiances poétiques et rêveuses, Ogaï se positionne davantage sur le créneau psychologique, avec des personnages qui ici se font quelques noeuds dans la tête : dissimulation, ratages...Le récit se déroule à plusieurs niveaux de narration. Le narrateur est étudiant, et ami d'un autre étudiant, Okada. La première image qu'il nous donne à voir, est la rencontre visuelle entre Okada et une belle jeune femme qui a tout l'air d'une geisha, Otama. Du coup, il décide de zoomer sur cette femme et sa situation...car un homme l'entretien comme maîtresse. Son vieux père a échoué à la marier, alors il faut trouver un homme prêt à l'entretenir. S'imposera un dénommé Suézo, qui va louer une maison tout exprès pour y installer Otama. L'occasion pour l'auteur de réorienter son zoom sur Suézo. Ce Suézo est un malin, on le croît riche commerçant, il est usurier. Il est en outre marié, à une femme laide qui lui a donné des enfants, mais pour laquelle il n'éprouve pas de sentiment et qu'il prend vraiment pour une dinde. Il ne pense qu'à faire prospérer sa fortune. Son aplomb et son verbe le sauvent encore quand sa femme découvre le pot aux roses, mais par la suite il ne cherche même pas à nier devant cette pauvre femme qui ne peut que constater les dégâts en se lamentant et en subissant. Mais Suézo s'intéresse finalement plus à l'argent qu'il n'a de réelle attention pour sa maîtresse, qu'il ne passe voir qu'en soirée et l'ennui commence à la gagner, ainsi qu'un certain malaise quand elle découvre qu'il a menti sur sa situation. Bientôt, Suézo, dont l'esprit était si vif pour manoeuvrer sa femme, ne voit pas qu'Otama rêve à un autre...Car l'auteur finit par retrouver son point de départ : la belle a aperçu de sa fenêtre ce charmant étudiant Okada passant dans la rue, et qui, évènement, l'a saluée, ce qui la met tout en émoi. Outre qu'il est bien élevé, il va lui sauver la mise dans une situation difficile...On pense alors qu'une belle histoire d'amour va éclore, mais elle restera à l'état larvaire, l'une se rêvant en audacieuse, l'autre décidant de partir étudier en Europe. Ces deux êtres auraient pu se trouver, mais un des ratés anodins ont fait dévier leurs routes de peu...L'ami narrateur nous apprendra dans les ultimes lignes qu'il raconte cette histoire 35 ans après les évènements, mais laissera planer le mystère sur la manière, et la source qui lui a permis de nous livrer le pan de vie de Otama vécu avant sa rencontre avec Okada, dont nécessairement il n'a pas été le témoin direct.



L'action est ténue dans ce roman. C'est l'histoire d'une rencontre ratée, par timidité, par égoïsme, par ambition placée ailleurs...On pense au Grand Maulnes, et pourtant le traitement est plus réaliste, moins poétique et non onirique. On en retient un art consommé de la narration avec ce système un peu gigogne, mais pas complexe pour autant, accompagné d'une belle écriture classique. La psychologie des personnages est fouillée, c'est un indéniable point fort. le roman est particulièrement instructif sur le sort de la femme à cette époque, bien maltraitée non pas physiquement, mais intellectuellement. Certains passages seraient absolument inimaginables aujourd'hui tellement ils sont sexistes et mettent la femme à un niveau d'intelligence à peine supérieur à l'animal. Mais c'était une autre époque, dans un pays où cependant aujourd'hui encore les femmes peinent parfois à s'émanciper.

Si la petite pirouette de fin signalée plus haut stimule notre curiosité, il apparaît quelque peu décevant d'avoir laissés en rade Suézo, sa femme, et le vieux père d'Otama, personnages clés des trois quarts de ce court roman de 160 pages. Mais le sujet était bien cette vraie-fausse rencontre éphémère Otama-Okada, faite d'occasions manquées, comme si le destin s'opposait à tout rapprochement physique entre ces deux jeunes gens. Cette approche psychologique alliée à l'action minimaliste et à la qualité d'une écriture classique a un côté flaubertien, celui de l'Education sentimentale. S'il est plus concis, il n'a cependant pas la même puissance.



Un roman qui se lit néanmoins avec un certain plaisir, mais qui manque un peu de sel et d'action. Une expérience Mori Ogaï à renouveler pour en avoir le coeur net.
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sabine59
  06 août 2019
Le journal de Sarashina de Sugawara no Takasue no Musume
Merci beaucoup, Idil, de m'avoir recommandé ce livre! Une parenthèse délicate qui fait du bien...



Ce texte japonais fait partie des nikki," notes journalières ", regroupant sept livres de l'époque de Héian, du 9ème au 12ème siècle , écrits, sauf un, par des femmes.



Sarashina est la descendante d'un ministre et vient d'une famille lettrée. Son journal , écrit depuis l'adolescence jusqu'à 52 ans présente à la fois des passages en prose et des poèmes, rythmant son quotidien et ses pensées. Il donne de précieuses indications sur la Cour de l'empereur.



J'ai évidemment surtout aimé les tankas, ces courts poèmes empreints de beauté nostalgique.



" Inconsolable

le pluvier de la plage

où donc pourrait-il

en ce monde inconsistant

désormais laisser sa trace"....



Ils sont de sa plume mais aussi de femmes de son entourage, qui lui envoient. Sarashina, très sensible à la nature, qu'elle observe intensément, écrit également de très beaux paragraphes en prose.



" Le mont Fuji est dans cette province. Comme sur cette montagne à l'aspect étrange, que l'on croirait peinte en vert-bleu, s'entasse une neige qui jamais ne fond, elle parait vêtue d'un surtout blanc sur une robe de couleur foncée."



Une belle découverte, tout en finesse et poésie...

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