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Editions iXe


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Dernières critiques
Seijoliver
  29 avril 2021
Dérision de Taiko Hirabayashi
Belle et singulière initiative pour les éditions Ixe de faire traduire des nouvelles d’une autrice japonaise Hirabayashi Taiko (1905-1972). Une rencontre avec une traductrice, en l’occurrence Pascale Doderisse ?, ou le souhait de faire découvrir des femmes rebelles de tous pays ?, ou d’autres raisons encore ? ont provoqué cette publication… Soulignons que les textes sont accompagnés d’une instructive présentation de la traductrice. Par contre, sur la couverture, est écrit Autofictions. Choix qui interroge, puisqu’il est aussi indiqué textes. Or, ce sont bien trois nouvelles qui nous sont données à lire. Des récits dont le matériau est largement autobiographique, mais qui sont bien des textes littéraires. La condition féminine sera au coeur de ces récits.

Les deux premières nouvelles datent des années vingt, période où Hirabayashi Taiko est très active dans les milieux militants anarchistes. Ce contexte se retrouve dans les récits : la narratrice, dans « Dérision », compagne d’un homme ayant rompu avec le militantisme, fréquente les cercles anarchistes, et dans « A l’hospice » elle est la compagne d’un activiste arrêté suite à un projet d’attentat . La dernière, « Kishimojin », a été écrite après la capitulation et reprend le terme de la maternité déjà évoquée dans « A l’hospice ».

La première des nouvelles nous est racontée par une femme qui avec ironie et lucidité décrit sa vie. Désabusée (« comment vivre cette journée en se réjouissant de quelque chose ? ») par son couple et les hommes en général indifférents au sort des femmes (« je m’étais usée à en perdre toute fraîcheur d’esprit à chercher un homme conforme à mes idéaux »), sans le sou son compagnon et elle se résolvent parfois à voler (des pousses de bambou dans un jardin du voisinage), à mettre des objets au clou ou d’aller à des dons offerts par une société soutenant les anarchistes. Mais le plus souvent c’est elle qui se sacrifie, allant voir un ancien amant pour demander un peu d’argent, qu’elle obtient après avoir passée la nuit avec lui. A la solidarité qu’elle espérerait se substitue une forme de domination : ses compagnons finalement profitent d’elle et se font entretenir ; elle ne reçoit que mépris, et cette précarité, l’aspect misérable qu’elle lui impose, la fait se dénigrer et se sentir laide. L’auteur évoque souvent son corps, ce qu’on ne faisait pas à l’époque. Ce corps, il en est encore question dans « A l’hospice », où la narratrice parce qu’elle est enceinte est placée dans un dispensaire et ce avant son incarcération prévue pour complicité dans un acte terroriste organisé en soutien à des ouvriers d’usine. Ce dispensaire n’est guère reluisant, si peu humain, on y économise tout sur le dos des patientes. Souffrante du béribéri, désemparée (« l’idée que je devrais me résoudre à donner mon lait contaminé au bébé traversa comme une froide bourrasque mon coeur abattu »), elle attend, puis donne naissance à un enfant, réfléchissant à sa condition.

La troisième nouvelle, publiée – en 1946- quasi vingt ans après les deux textes déjà mentionnés, se distingue par la maturité que l’on sent de manière évidente chez l’auteur et chez la narratrice, Keiko, femme de quarante ans qui découvre la maternité, « une page blanche » pour elle, après l’adoption d’une jeune enfant. Ce n’est plus une jeune femme naïve, idéaliste (« tu as vécu une vie de femme riche de nombreuses expériences. Maintenant, avec la même énergie, creuse, donne à ta vie de la profondeur »), et elle apprend mi-amusée mi-effrayée l’amour maternel, elle qui ne connaissait que « la seule présence physique » de son mari, et découvre aussi en faisant la toilette intime de la fillette, le corps des femmes et de l’oppression qu’il subit.
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lapetitefadette
  22 avril 2021
Non, le masculin ne l'emporte pas sur le féminin ! de Éliane Viennot
Voilà un ouvrage qui fait du bien en remettant les pendules à l'heure sur cette domination du masculin dans notre société jusque dans notre langue. Il est en effet très intéressant de lire que cette règle soi-disant grammaticale du masculin qui l'emporte sur le féminin n'est qu' une des nombreuses manifestations de ce long travail de sape entrepris à partir de la Renaissance par des intellectuels mâles pour reléguer les femmes à un rôle de subalternes, de mineures juridiques et sociales. Merci à Eliane Viennot pour tous ses ouvrages qui remettent en lumière des femmes célèbres en leur temps et renvoyées aux oubliettes par le mouvement masculiniste.
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Jenndrix
  09 avril 2021
Constellations subjectives, pour une histoire féministe de l'art de Marie-Laure Allain Bonilla
J'ai découvert la maison d'édition iXe par le récit de Souad Labbize : Enjamber la flaque où se reflète l'enfer (qui dit avec force l'endroit ou parfois s'abîme l'enfance) et j'aime particulièrement leur engagement. Je suis particulièrement adepte du choix de la règle de proximité qui navigue dans leurs oeuvres.



Cet ouvrage comme son nom l'indique est une constellation subjective intersectionnelle d'études, de travaux et de propositions esthétiques et historiques féministes dans l'art contemporain. Il n'est pas forcément aisé d'accès mais il se place dans un paysage qui évoque peu ces questions ci et il mérite audience. En plus de sa qualité de fond j'ai particulièrement apprécié la sobriété de l'objet. L'art contemporain est parfois bruyant, souvent vindicatif. L'ouvrage arrive à retranscrire les luttes avec douceur tout en gardant vitalité.



Il est une très bonne complémentation au MOOC Les femmes dans l'art qui a lieu actuellement sur Fun Mooc via le Centre Pompidou et dont l'accès est gratuit.



Il faudra bien plus d'un mois pour le parcourir et c'est tant mieux. Un condensé d'art à déguster, à s'imprégner, à s'enivrer.
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