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berni_29
  03 janvier 2020
L'homme rapaillé de Gaston Miron
Je me souviens d'une émission de radio il y a un peu plus d'un an où le comédien Jean-Louis Trintignant évoquait son retour sur scène à quatre-vingt-huit ans, dans un spectacle consacré à quelques poètes qu'il aime : Jacques Prévert, Robert Desnos, Guillaume Apollinaire et un certain Gaston Miron, poète québécois, dont il fit l'éloge. D'ailleurs il indiquait clore le spectacle par l'un de ses poèmes en le dédiant à sa fille Marie, La marche à l'amour, qui figure dans le recueil dont je veux vous parler ici, L'homme rapaillé...

Quelques vers de ce poème ont suffi à me bousculer et m'emporter dans une déferlante de mots écorchés et éblouis dont il est difficile de ressortir sans être touché au cœur :

« tu viendras tout ensoleillée d'existence

la bouche envahie par la fraîcheur des herbes

le corps mûri par les jardins oubliés

où tes seins sont devenus des envoûtements

tu te lèves, tu es l'aube dans mes bras

où tu changes comme les saisons

je te prendrai marcheur d'un pays d'haleine

à bout de misères et à bout de démesures

je veux te faire aimer la vie notre vie

t'aimer fou de racines à feuilles et grave

de jour en jour à travers nuits et gués

de moellons nos vertus silencieuses

je finirai bien par te rencontrer quelque part

bon dieu!

et contre tout ce qui me rend absent et douloureux

par le mince regard qui me reste au fond du froid

j'affirme ô mon amour que tu existes

je corrige notre vie »

C'est ainsi que j'ai fait connaissance avec ce poète québécois mort en 1996. La poésie de Gaston Miron me donne envie de respirer des espaces oubliés, de les emplir de mes rêves, de mes gestes, de mes respirations... Elle apaise autant qu'elle tourmente. Pourtant j'y suis entré comme il est possible d'avancer sur une plage bretonne en hiver en faisant face à la bourrasque, presque à contre-courant, être giflé par le vent. Chaque pas gagné sur le littoral affronte la violence, devient une ivresse, fouettant le visage, les bras, le sang et laissant monter dans le corps une étonnante douceur, quelque chose qui fait du bien, qui apaise malgré la mer déchaînée tout autour...

Gaston Miron est un poète québécois militant pour sa langue de toujours, pour son pays, pour sa terre, la terre de Québec, poète de la résistance et des mots en danger qui sont emportés dans la tourmente américaine, oublieuse...

Au détour de chaque vers, les neiges sont au rendez-vous, les neiges d'un Québec libre, les montagnes sont natales, la mémoire fait mal et le futur aussi.

J'ai aimé ce poète qui s'insurge, poète en combat, poète insoumis, disloqué, Gaston Miron a mal à son cœur, a mal dans les mots de son pays, ces mots qui nous sont souvent inconnus et qu'il égrène au hasard de ce recueil...

D'ailleurs le mot « rapaillé » est une expression québécoise qui signifie : " fragmenté, éparpillé, dont on rassemble et réagence les morceaux ".

Chant d'un poète rebelle qui dit un pays en fragments, pourtant ce n'est en aucune façon un chant patriotique ou du moins je n'ai pas lu ainsi ce recueil.

Mais surtout j'ai aimé ce poète qui aime... C'est un chant d'amour, un chant immense, le chant d'un homme fracturé, démuni, terriblement aimant.

Ici les insurrections amoureuses ressemblent à des forces telluriques, souterraines, abyssales.

Je me suis penché dans le vertige de ces vers où les brûlures sont éblouissantes, où l'être aimé devient une aube, où ses bras deviennent les digues d'un port.

Le paysage tend une passerelle entre le bord intime des corps et l'espace infini de l'âme. Il nous faut alors appareiller en terre inconnue, marcher vers des gares, le long de la voie des trains fantômes, à l'endroit même où nous avons peut-être perdu notre enfance. Est-ce vraiment une terre inconnue, ces mots qui sentent l'humus, cet endroit où les chagrins ressemblent à des rafales de pluie, où les vivants côtoient les morts, ce pays de transgressions... ?

L'homme rapaillé, c'est la poésie des contrastes, l'alliance des contraires, poésie des oxymores et des tangages.

Entre murmures et tornades, entre l'intime et le paysage, les mots de Gaston Miron deviennent amoureux et charnels.

Les vers de L'homme rapaillé sont lyriques, même dans les chuchotements ; ils deviennent doux, même dans l'impatience et la démesure des abimes.

La neige tourmentée de Gaston Miron, emportant les digues et les toits des villages de son enfance, ramène toujours à l'intime des corps et des cœurs, aux amours disparues, aux bras amoureux que l'on tend désespérément entre deux rives :

« je sais que tout amour

sera retourné comme un jardin détruit

qu'importe je serai toujours si je suis seul

cet homme de lisière à bramer ton nom

éperdument malheureux parmi les pluies de trèfles

mon amour ô ma plainte

de merle-chat dans la nuit buissonneuse

ô fou feu froid de la neige

beau sexe léger ô ma neige

mon amour d'éclairs lapidée

morte

dans le froid des plus lointaines flammes ».

Je trouve ces vers éblouissants et la rencontre avec ce poète comme un cadeau unique.
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cafeaulait
  25 décembre 2019
Trente arpents de Ringuet
Un autre classique des romans du terroir québécois où justement « la terre » est au cœur du récit. Le paysan travaille durement et lutte pour la défricher, la cultiver, la transmettre comme bien à ses descendants. Elle représente la richesse du cultivateur, mais aussi sa fragilité. À une époque où l’industrialisation et l’urbanisation brisent le lien du cultivateur à sa terre, on fait face à ce changement brusque dans les valeurs profondes de tout un peuple. Magnifique roman. C'est comme faire un voyage à travers l'histoire. J'adore tout simplement.
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Kichigai
  06 décembre 2019
Trente arpents de Ringuet
J'avais aimé

mais je n'avais pas lu

La Route au Tabac

de Erskine Caldwell.







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