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Apoapo
  06 mai 2019
Max Stirner ou l'Experience du Néant de Henri Arvon
De même que les Présocratiques sont connus surtout par les critiques que Platon fit d'eux, de même, depuis très tôt après la parution de son époustouflante œuvre maîtresse : L'Unique et sa Propriété (1844), Max Stirner est connu par la condamnation implacable, hargneuse, prolixe (plus longue que l'ouvrage lui-même), souvent vitupératrice, parfois sarcastique qu'en firent Marx et Engels dans L'Idéologie allemande. Très peu connu, en vérité, et, paradoxalement, toujours en relation avec quelque autre penseur, comme si son « breuvage trop fort » demandait à être dilué dans l'élixir d'un autre : comme précurseur de Nietzsche – mais André Gide ne s'y trompa pas - , comme anarchiste individualiste à opposer à Proudhon et à Bakounine – mais ce n'est sans doute uniquement que par la véhémence avec laquelle il s'applique à les attaquer –, comme ennemi de l'humanisme de Feuerbach, de Bruno Bauer et des « Hommes Libres », assurément – mais alors, dans la même ligne argumentative, il faut évoquer Hegel, dont il fut le disciple. Henri Arvon situe Stirner dans une directe descendance hégélienne, mais en opposition avec les hégéliens de gauche : implicitement, cela vaut comme une qualification du philosophe en tant qu'anarchiste de droite, peut-être le père de cette lignée. Et l'oeuvre de Stirner possède d'hégélien au moins la structure dialectique (en deux grandes parties : pars destruens : « L'Homme », pars construens [celle où les pronoms personnels sont écrits en majuscules] : « Moi »). Mais aussitôt, il me semble indispensable de préciser deux distinctions : Stirner est absolument anti-idéaliste, le pourfendeur obsessionnel de toute transcendance, religieuse, éthique, sociale, idéale – en cela, il me paraît constituer l'antithèse de Hegel ; secundo : de son propre aveu dans la préface à la deuxième édition de son livre, « [Son] objet principal est le christianisme », conçu comme la source archétypale de l'aliénation du Moi, source à laquelle succèdent ou se joignent : l'Esprit, l'Etat, la morale, le droit, la nation, la bourgeoisie, le socialisme, le communisme... On a du mal à reconnaître une filiation hégélienne le long de cette ligne de pensée !

Néanmoins, je trouve qu'il n'y a pas meilleur angle d'attaque, pour présenter ce philosophe qui m'était totalement inconnu, que celui d'Henri Arvon, consistant à le situer dans ses rapports conflictuels ou autrement problématiques avec des penseurs connus. Dans cette démarche, il ne néglige pas de montrer que par la dialectique de Stirner avec Marx, ce dernier a également évolué vers des positions différentes de celles qu'il avait défendues dans sa jeunesse, en particulier au sujet de l'antiétatisme et de Feuerbach.

En même temps, en mêlant la chronologie aux thématiques, Arvon introduit dans une première partie (environ la moitié de l'essai) les principaux concepts de Stirner, dans une répartition en six chapitres : I. Les « Hommes Libres », II. « L'Esprit », III. « L'Etat », IV. « La Société », V. « Moi », VI. « Conclusion ». Suit une anthologie de textes, qui, malgré leur relative longueur (quelques pages), auraient été assez obscurs s'ils n'avaient pas été précédés par la présentation de la pensée, tant les concepts stirnériens sont inhabituels et le goût stylistique du philosophe marqué par les jeux de polysémie, d'assonances et d’étymologie de la langue allemande, intraduisibles sauf explication (circonstance qui apparemment n'a pas manqué de créer des contresens et l'apparence de contradictions dans la traduction française). Ce choix de textes est, lui aussi, divisé en plusieurs grands chapitres, chaque texte étant très bien résumé par un titre, comme suit :



I. L'idéalisme :

- Le triomphe de l'esprit

- Il n'y a pas de vérité

- L'abstraction de l'être

- Les limites du penser

- Permanence du sacré

- Extension du sacré

- Transformation du sacré

- La lutte contre le sacré

- L'homme-Dieu



II. État et Société :

- Le socialisme ou la gueuserie universelle

- Le devoir social, notion religieuse

- Le parti

- La tyrannie de l'Etat

- Le peuple et l'individu

- La démocratie bourgeoisie

- L'association

- Association et liberté

- L'égoïsme n'est pas isolement

- La liberté et la propriété



III. L'Egoïsme :

- Caractère religieux de la morale laïque

- L'athéisme pieux de Feuerbach

- L'égoïsme et la morale

- La morale bourgeoise

- Morale et immoralité

- L'éducation libérale

- Une éducation anti-autoritaire

- Contre tout devoir-être

- Egoïsme et humanité

- L'amour égoïste

- Eloge de l'égoïsme

- L'égoïsme, ressort permanent de l'homme

- L'héritage culturel au service de l'égoïsme

- La propriété et la puissance

- L'avènement de l'Unique.



La lecture de ce livre a été extrêmement fertile et enrichissante ; la densité du texte a provoqué une difficulté qui n'a pas été due à un défaut d'explication de la pensée, laquelle, bien au contraire, a été impeccable ; cela dit, les contenus mêmes de cette pensée sont horribles, abominables, inquiétants, exécrables... On pourrait se consoler et penser qu'il s'agit là d'un système philosophique abstrait, fondé uniquement sur la spéculation d'un monde tel qu'il pourrait être en niant tous les présupposés de celui dans lequel le penseur vivait : un monde anti-chrétien – je n'ai rien contre ! - anti-bourgeois – ça me va aussi... - anti-identitaire – là ça commence à craindre - anti-éthique, anti-juridique, anti-social, où « la guerre permanente de tous contre tous » ainsi que le « crime » sont appelés de ses vœux... Un vrai cauchemar ! Une toute petite note biographique presque invisible annonce que Marie Daehnhardt, seconde épouse de Stirner (la première étant décédée quelques mois après le mariage), se sépara de lui après 4 ans de mariage et sa dilapidation de sa dot, et déclara à propos de son mari qu' « elle ne l'avait ni aimé ni estimé et qu'il était trop égoïste pour avoir jamais eu un ami »... Mais ce qui me paraît véritablement affreux, effrayant, c'est la modernité de certains de ses propos, critère qui a inspiré en partie mon choix des cit. : il semblerait que le néolibéralisme – Margaret Thatcher l'avait-elle lu lorsqu'elle affirmait que « La société, ça n'existe pas » ? -, et même la psychologie positive américaine soient parvenus à des conclusions assez similaires à celles de Stirner – tout en partant de présupposés radicalement opposés. Comme si cet homme laid, aigre, aboulique, passablement « loser » dans sa carrière d'enseignant, avait eu la revanche triste de la clairvoyance...

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Hapo
  22 avril 2019
La Divine Comédie de Dante
La première fois que je l'ai lu, je n'ai pas accroché. Trop long, trop répétitif... Je n'avais surtout pas toutes les clefs en main pour pouvoir me plonger dedans et en être satisfait.

Pour l'apprécier, j'ai dû prendre le temps de m'informer sur Dante, sa vie, j'ai dû accompagner ma lecture du texte de celle des notes et j'ai, finalement, pu en percevoir une (infime) partie de la richesse que contient ce monument de la littérature italienne.
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La31
  21 avril 2019
Bachelard de Pierre Quillet
Lire et relire Bachelard...
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