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Éd. Circé


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Dernières critiques
AngeliqueLeslecturesdangelique
  18 septembre 2020
La peste écarlate de Jack London
Captivant, ce court roman nous plonge dans une époque futuriste alarmante. Avec la situation sanitaire actuelle, on ne peut qu'être encore plus chamboulé à sa lecture… Jack London a écrit cette histoire en 1912 : était-il visionnaire ? Il a, en tout cas, bien imaginé ce que pourrait devenir notre civilisation dans quelques années, que ce soit à cause d'un virus, ou d'une catastrophe climatique… Dans une ambiance inquiétante, j'ai parfois été amusée de voir comment l'auteur imaginait 2013 : il y parle par exemple de télégrammes ou encore de dirigeables. Agréable, ce livre est facile et rapide à lire.
Lien : https://leslecturesdangeliqu..
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jullius
  11 septembre 2020
La peste écarlate de Jack London
Merde alors ! Comment est-ce possible ? La peste écarlate écrite par un écrivain socialiste ?

Voyons : un vieux prof, Smith (comme Adam) qui raconte et pleure « le monde magnifique et puissant de (sa) jeunesse » à une bande de sauvages, un résidu d’humanité depuis que la peste écarlate (comme le drapeau de la lutte sociale) est passé par-là.

Qu’est-ce donc que cette peste-là, qui a décimé, oui décimé plus encore qu’anéanti les sociétés ? Car c’est bien ce qui semble l’effarer l’aïeul : la chute plus encore que l’hécatombe, le changement de mode de vie davantage que le nombre de survivants qui devient un simple indicateur prétexte à son raisonnement : « Ainsi s'est évanouie notre grandiose et colossale civilisation » celle de l’homme qui avait « domestiqué les animaux utiles, détruit ceux qui étaient nuisibles (…) défriché la terre et l’(avait) dépouillée de sa végétation sauvage (…) » Damned ! ce serait donc ça le socialisme ?

« Puis, un jour, il disparaît, et le flot de la vie primitive est revenu sur lui-même, balayant l’œuvre humaine. Les mauvaises herbes et la forêt ont derechef envahi les champs, les bêtes de proie sont revenues sur les troupeaux, et maintenant il y a des loups sur la plage de Cliff-House ! »

Effondrée, donc, la grandeur, oubliée la science, fini le raffinement autant que la puissance, et avec cela, comme-ci c’était lié, le respect ! Car comme le dit l’ancien en reprenant ces sauvageons qui le raillent : « de mon temps, on ne se moquait pas ainsi des anciens... on les respectait ». Bref, tout laisse à croire que le monde civilisé occidental, était en 1912 (aurait été en 2013 ?) le point de salut.

- Mais enfin, me dira-t-on, tu es fou ? Où parle-t-il de politique ? C’est un conte post-apocalyptique que London écrit ! Quel rapport avec la lutte des classes ? Où la vois-tu ?

Mais partout, pardi ! Il (London-Smith) a beau dire qu’en son temps l’homme était « très sage » que la « nourriture (était) très abondante », que « la vie valait la peine d’être vécue », ce qui le consterne, l’accable, le révolte, c’est avant tout la fin d’un certain monde, d’un certain ordre social : celui qui avait consacré des puissants sur le dos d’une masse de miséreux, qui autorisait une femme de biens à s’offusquer qu’un malotru, un sagouin de pauvre se croit le droit de lui ramasser ce qu’elle laisse tomber par terre. S’il reconnait du bout des lèvres que la liberté des producteurs « n’était qu’un mot » et qu’ils devaient trimer pour « la classe dirigeante » à laquelle il avait l’heur d’appartenir, il voit dans cet ordre un « marché » tout à fait acceptable pour ne pas dire le meilleur des mondes possibles : « puisque la terre, la forêt, les machines, tout nous appartenait, à nous qui étions la classe dirigeante, comment le travailleur aurait-il pu refuser de produire pour nous ? Il serait lui-même mort de faim. Voilà pourquoi il préférait besogner, assurer notre manger, nous faire nos vêtements et nous fournir mille et une coquilles de moules ». Ce qui l’horripile, lui qui appelle ceux de ses petits-enfants qui n’abondent pas dans son sens par des sobriquets déshumanisants, c’est qu’au règne d’une humanité dominante (pensez donc, 8 milliards d’êtres humains sur la planète, des dizaines de millions dans les villes) qu’aux « merveilles du passé lointain », que « l'homme qui fut jadis le maître de la planète, maître de la terre et du ciel, l'homme, qui fut un vrai Dieu », soit retourné à son primitif état de sauvagerie et cherche sa vie au long des cours d'eau.

- Mais enfin il parle de peste, c’est simplement une catastrophe naturelle ?

Certes ! Mais la fable des animaux n’est-elle pas une parabole ? Il parle de germe, oui, mais qui ne voit que ce germe de la peste rouge, contre lequel même la science du futur (antérieur) ne peut rien, a des propriétés bien peu biologiques, qui transforme l’homme en rouge (en peau rouge pour tout dire, tels ces tribus primitives qui, d’après l’anthropologue Pierre Clastres, refusaient l’accumulation des richesse et l’État, à l’instar de ce que le communisme originel revendiquait) ? Drôle de germe qui devrait avoir contaminé d’abord ce grand nom de l’université, fils et petit-fils de professeur, qui loge avec gouvernante et femme de chambre, qui « ordonne » qu’on le ravitaille quand ses domestiques le quittent effrayés, mais qui l’épargne une fois celui-ci reclus dans son monde, à l’abri de la contamination ; ou faudrait-il mieux dire de son influence ? Car qu’est-ce encore que ce germe qui non seulement tue mais transporte dans son sillage « meurtre », « viol » et ivresse », des maux sociaux plus que des maladies, les actes, dirait-on, d’une armée de Vandales sans foi ni loi ? Un germe que l’on entend combattre (la résistance s’y établit), depuis l’Université ? Un germe qui, pendant la panique, transforme les classes populaires en brigands et les élites en gentlemen qui meurent dignement ? Qu’est-ce que ce germe aux allures de péril social grotesque ? Et lequel des deux effraie finalement le plus London-Smith qui réalise (ou se souvient qu’il se dit socialiste) peut-être qu’« en plein cœur de notre civilisation, dans ses bas-fonds et dans ses ghettos du travail, nous avions laissé croître une race de barbares, qui maintenant se retournaient contre nous, dans nos malheurs, comme des animaux sauvages, cherchant à nous dévorer » ? Mais ce n’est encore là qu’une précaution toute littéraire : car le fond du propos insiste bien davantage sur une opposition entre les hommes « du commun », ces « spécimens répugnants de la dégradation humaine » et ceux qui seraient « de bonne souche ». Entre des « brutes », aux « yeux injectés de sang », qui commettent des meurtres « gratuits », qui traitent les femmes, jusqu’aux plus belles, jusqu’à l’ancienne épouse d’un banquier et fille de grand industriel (c’est dire), sans aucun égard pour tout l’or qu’elle a possédé, avec les poings, forcément, férocement ; qui ne parlent pas le langage de la violence feutrée, symbolique, pourtant tellement plus efficace (mais qu’on sera autorisé à abattre d’un coup de fusil, comme un animal) ; ces « vilains » individus « injustes », aussi injuste que cette peste écarlate dont on ne comprend pas qu’elle les épargna…( ?) ; ces êtres vils qui ne méritent plus même de porter un nom, et qu’on appellera « chauffeur » (c’est bien suffisant ! et ça rappelle de bons souvenirs) ; ces sauvages qui enfoncent la race humaine « dans la nuit primitive » ; eux, donc, et les autres, les nobles, les dignes représentants de l’espèce humaine, « intelligents », « humanistes » mêmes, les docteurs, Hoyle, professeur Fairmead, gens éduqués, instruits, qui tel Smith pourraient céder deux chevaux et deux chiens contre une femme (sans ironie aucune, estimant, c’est le cas de le dire, que tout se marchande), et sur lesquels il faudra seuls compter pour refonder la belle civilisation d’antan (à coup de fusil et de charbon).

Ah « si seulement un homme de science, physicien ou chimiste avait survécu ». Au lieu de cela il faudra refaire le monde avec « le Chauffeur (qui) s’était remis à travailler le fer (et qui avait) construit cette forge que nous utilisons aujourd'hui (mais qui) était, malheureusement, un paresseux »… (il faut au moins être un scientifique pour comprendre la logique ici) ; et qui est, en plus, un ivrogne et un assassin (pas besoin de le prouver, on en est « fermement persuadé », quoique lui « ait toujours prétendu qu’elle s’était noyée »… il faut au moins être un humaniste pour pouvoir émettre un tel jugement).

N’en déplaise à notre écrivain socialiste, comme Fernand Braudel l’a, me semble-t-il, justement souligné dans sa Grammaire des civilisations, « la civilisation est (…) fonction d’une certaine redistribution de l’argent. Les civilisations se colorent différemment, en leur sommet puis en leur masse, selon le mode de redistribution qui est le leur, selon les mécanismes sociaux et économiques qui prélèvent sur les circuits de l’argent la part réservée au luxe, à l’art, à la culture (…) Le rez-de-chaussée d’une civilisation c’est souvent son plan de vérité. Qu’est-ce que la liberté ? Qu’est-ce que la culture de l’individu quand le minimum vital est hors d’atteinte ? ».

D’où parles-tu camarade London pour condamner ces sauvages ? Que ne clames-tu pas avec Hugo « Quant à nous, si nous étions forcé à choisir entre les barbares de la civilisations et les civilisés de la barbarie, nous choisirions les barbares » ?



Ce n’est pas la première fois qu’en lisant London, j’ai beau être ravi par la beauté de son style, je suis en revanche bien contrarié par le fond. Bien sûr, je pourrais m’en tenir au sens premier, apparent, de cette histoire Mais j’ai peur que Jack London ne le mérite pas.

Je n’ignore par ailleurs pas qu’il fut ouvrier, marin, mais aussi pilleur d’huîtres, puis chercheur d’or et finit correspondant de guerre grassement payé ; qu’il fut militant marxiste mais aussi très porté à un certain darwinisme social et également fasciné par l’idée nietzschéenne de surhomme éminemment antisocial. London semble bien davantage un « prolétaire de la plume » qu’un révolutionnaire. Mais j’en ignore encore beaucoup sur son compte. Il faut vraiment que je lise Le talon de fer et Martin Eden pour en avoir le cœur net.

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Moulaga
  30 août 2020
L'Art d'avoir toujours raison de Arthur Schopenhauer
Bon essai mais qu'il faut lire selon moi plusieurs fois afin de bien le saisir.
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