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le Promeneur-Gallimard


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Dernières critiques
mireille.lefustec
  05 octobre 2019
Un massacre oublié de Andrea Camilleri
Cent quatorze noms et prénoms, âges et lieux de naissance. Un seul et même jour de décès. cent quatorze jeunes hommes tués en un même lieu, et jetés aux oubliettes de l'Histoire. Certes, ils ne furent ni les premiers, ni les derniers, mais il est tout à l'honneur d'Andrea Camilleri, leur compatriote, d'avoir ramené au jour de la chronique locale, donc de l'Histoire et de la conscience, le sort de ces bagnards siciliens, ces "serfs de peine" comme les qualifiait alors l'administration des Bourbon, qui payèrent ainsi, indirectement leur tribut aux soulèvements libérateurs de 1848. Au reste, à travers les nouveaux notables, qui ne sont autres que les anciens (nous connaissons ces tous de passe-passe), les représentants de l'Unité italienne se gardèrent bien de sortir les cent quatorze cadavres de leur tombeau d'invisibilité et de silence : ne s'agissait-il pas d'exclus, d'individus mis au ban de la société ?

Louis Bonalumi

Camileri relate les phases historiques les plus importantes de "Borgata Molo", village appelé ensuite "Marina di Girgenti dans les années 1600, avant de devenir Porto Empedocle.

Ces hommes, ces bagnards enfermés dans une fosse étanche, donc rapidement privés d'air, n'avaient commis aucune faute particulière et ne représentaient aucun danger quelconque, sinon, peut -être, celui d'être solidaires des insurgés qui, à l'extérieur, se révoltaient contre les Bourbon.



"Andrea Camilleri retrace minutieusement les lieux, les raisons, les rôles et les auteurs de cette tragédie insulaire"

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Lutopie
  02 octobre 2019
L'invité douteux de Edward Gorey
The Doubtful Guest surgit d'une urne comme le génie de la lampe pour notre plus grand plaisir. L'histoire de cet oiseau, de cet énergumène, qui s'invite un soir d'hiver dans une famille - qui devait bien s'ennuyer avant son arrivée - est étrangement familière. L'invité douteux n'agit pas comme il se doit, il agit comme un enfant qui ne sait pas être sage bien qu'il se punisse tout seul la face contre un mur qui s'obstine, ou comme un animal domestique imprévisible.



L'auteur parodie ces livres qui inculquent les bonnes manières parce que l'invité agit systématiquement de manière déplacée mais d'une manière agréable parce qu'il sert la logique poétique du non-sense d'un être hors catégories ayant sa logique à soi, tels les êtres les plus loufoques de Lewis Carroll.



PS : Merci pour la découverte Bobby_The_Rasta_Lama !
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Bobby_The_Rasta_Lama
  02 octobre 2019
L'invité douteux de Edward Gorey
"How profoundly analytic

Of his kith and kind

Is the second-rate critic

With his frustrate mind."

(E. Gorey, "Orbit")



Haha. Comme si Gorey avait le mauvais pressentiment qu'un jour il se fera "critiquer" par Lama. Tant pis...

Mais j'ai n'ai pas choisi ce petit album d'une douzaine de pages pour analyser la psyché particulière d'Edward Gorey (même si une psychanalyse un peu poussée de ses ouvrages ne serait certainement pas inintéressante !), mais pour vous parler de mon illustrateur préféré. Parler sans "critiquer", car j'aime plus que tout me perdre dans son univers irrévérencieux en noir et blanc...



Edward Gorey (mais aussi Ogdred Weary, D. Awdrey-Gore, Dewda Yorger, Mme Groeda Weyrd... selon l'anagramme du moment) est américain, mais ses dessins évoquent plutôt l'Angleterre puritaine du temps d'Edward ou de Victoria. Les manoirs (de préférence) hantés, les costumes d'époque, les regards cernés de noir comme au temps du cinéma expressionniste; le tout accompagné de textes courts à la fois monstrueusement morbides et irrésistiblement drôles. Cela ressemble à s'y méprendre à l'univers de Tim Burton; en tout cas, les deux partagent la même prédilection pour les hyperboles "gothiques".

Gorey se revendique du "nonsense" littéraire, de Lewis Carrol et d'Edward Lear, mais comme il considère leurs gentils limericks "ennuyeux", il nous propose sa version, aussi noire que l'encre de sa plume à la pointe fine.

Il illustre (évidemment) Poe, Lovecraft, Stoker... mais aussi Beckett, Wells, Updike, Eliot, et j'en passe. Il s'amuse à créer des livres miniatures comme des boîtes d'allumettes, il s'inspire du Tarot, des lettres de l'alphabet, de l'art topiaire... bref, tout ce qui lui tombe sous la main, pour créer des ouvrages inclassables. Adulte ? Enfant ? Satire ? Horreur ? Impossible de trancher...



Tout comme le reste, "L'invité douteux" (The Doubtful Guest, 1957) est difficile à mettre dans une boîte à une seule étiquette.

Imaginez un sombre manoir edwardien et ses nobles habitants. Y arrive un jour, sans être invité, une étrange créature :

"Than they saw something standing on top of an urn,

whose peculiar appearance gave them quite a turn."

Sa tête est mi-pingouin, mi-pommeau de canne, et ça porte une écharpe et des baskets en toile.

Ca s'incruste dans la vie de la pauvre famille d'abord sidérée et terrifiée, puis résignée. Ca mange à leur table, ça a des tendances cleptomanes, ça pique des crises en volant des serviettes dans la salle de bains. Ca a même détruit le gramophone et déchiré les livres, mais les années passent, et on vit toujours avec.

Les dessins sont excellents, le texte en alexandrins court, sec et marrant.



Poussée par une curiosité malsaine, j'ai fait un tour chez nos collègues de Goodreads, pour voir si quelqu'un aurait une idée quant à la genèse de ce pseudo-pingouin. Certains y voient un "Tanguy", incapable de quitter le giron familial, d'autres pensent que c'est un pari que Gorey a fait pour placer un tas de mots inhabituels.

Bref, ça ne m'a pas avancée, et je continue à penser que chaque famille à ses contraintes et ses secrets (son "skeleton in the closet", pour ainsi dire) et on apprend à vivre avec, qu'on le veuille ou pas.

Après tout, je vous laisse vous faire votre propre opinion, car l'album (en VO) est facilement accessible sur l'internet.

Cela permet de se faire une idée de cet étrange barbu aux tendances satirico-macabres.



Et quoi de mieux pour finir qu'une petite paraphrase de Waredo Dyrge (lui-même auteur de "The Awdrey-Gore Legacy Parody").

By Bar Abot al-Asthme :



"Each night Gorey fills me with dread

When he sits on the foot of my bed;

I'd not mind if he speaks

In gibbers and squeaks

But for twenty years he's been dead."



R.I.P., cher Wardore Edgy ! Toutes mes amitiés, Bob Latabay, Hamster.
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