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Erick Bonnier


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PatrickArduen
  22 décembre 2018
Nuit persane de Maxime Abolgassemi
En 1976, le partenariat France-Iran est au beau fixe, le Chah veut moderniser à grands pas son pays, et de juteux contrats sont en pleine négociation, adossés à la rente pétrolière qui inonde les caisses de l’Etat.

Et c’est dans ce contexte prometteur qu’un ingénieur français, spécialisé dans le nucléaire, part s’installer avec sa famille à Téhéran, dans les conditions privilégiées qu’on imagine. Et le jeune Mathieu, quittant la banlieue parisienne, se retrouve dans la bonne société au lycée français de Râzi. Les enfants d’expatriés y côtoient de jeunes Iraniens. On y trouve même des filles, portées par la vague moderniste, comme Leyli, fille d’un commerçant aisé du Bâzâr de Téhéran, et brillante élève.

Et Mathieu se laisse peu à peu charmer par Leyli, et la tendre idylle se noue dans la luxuriance des patios fleuris, dans le parfum des épices orientales… tandis que tout autour d’eux, le climat se dégrade, la tension monte, et la tragédie du peuple iranien se prépare.

Car bien vite, l’innocence du gentil potache français va être mise à mal, dans ce pays musulman déboussolé et muselé par une police politique sans scrupule. Il se met en danger en partant à la recherche de Leyli dans les quartiers pauvres, il découvre l’âpreté des luttes politiques avec Mohsen, un prof de l’université qui l’introduit dans des cercles hostiles au régime…

Paradoxalement, on plonge aussi, en ce printemps 78, dans le flash obsédant du Mondial de foot, avec ses matchs France-Iran si lourds de symboles, alors que le bras de fer s’engage entre le pouvoir iranien shooté aux pétrodollars, et les mollahs chiites qui dénoncent « l’opium du peuple »…

Paradoxalement, on se retrouve dans une pièce de théâtre, avec la tragédie de Phèdre, jouée avec emphase par les élèves et les profs du lycée, comme une préfiguration de la scène historique qui se prépare dans le palais impérial…

Et en août 78, Mathieu, entraîné dans les rues de Téhéran par sa copine Leyli, et par ses nouveaux amis engagés dans l’opposition au Chah, nous permet de vivre –de l’intérieur – les mouvements de foule, les arrestations, les affrontements avec un peuple déchaîné, et le désarroi des militaires.

Nous qui avions suivi, de loin, cette Révolution iranienne de 1978, puis la prise très médiatisée d’otages américains à leur ambassade de Téhéran, en novembre 79, et l’effroyable guerre avec l’Irak, à partir de 1980, nous assistons impuissants à l’inexorable spirale de la révolution islamique qui va détrôner l’empereur des Perses. Et pendant ce temps, un vieux barbu fanatique, l’ayatollah Khomeini, attend son heure dans la banlieue de Paris, à une trentaine de kilomètres du palais de l’Elysée, à Neauphle-le-Château !

Quant à la bourgeoisie occidentalisée qui « gérait » le flot de pétrodollars, avec les ingénieurs français qui « géraient » les juteux contrats du nucléaire, du BTP, de l’armement, ils sont boutés hors du pays, ils prennent la fuite et perdent tout…

Car peu à peu, l’irréparable se produit ici et là, la répression se durcit, le sang coule… Pendant les émeutes du « Vendredi noir », le 8 septembre 78, Mathieu est dans la rue, et un copain l’interpelle en pleurant : « les soldats ont tiré sur la foule, Ramin est mort… » (1)

Et lorsque les Dieux ont soif, comme dans les atroces événements, barricades, épurations, guerre, qui firent basculer le royaume de France en 1789, les catastrophes s’enchaînent : l’incendie criminel du cinéma Le Rex, puis, le 16 septembre, à la tombée de la nuit, un tremblement de terre de force 7 vient frapper le pays !

Mais au beau milieu de ce monde en bascule, se superpose une histoire d’amour semée d’embûches, comme le monde cosmopolite du XXIème siècle les généralise, entre un jeune Français de bonne famille et une Iranienne cherchant à s’émanciper des carcans traditionnels de sa famille. Un bel amour, un grand amour : un premier amour ! Et la langue subtilement poétique du roman rappelle les ghazels et autres chants d’amour de la poésie persane soufi : « le pays est comme une fleur, qui appelle des doigts d’amant sur la soie des pétales. Ses yeux, son visage, son corps à elle, tout entier était tendu vers moi, vibrant à l’amour qui fait tant défaut à l’homme. » (2)

Bien loin d’être un roman « à l’eau de rose », ce beau récit de soulèvement populaire et d’amour est à la fois un roman captivant, et un témoignage de cette Révolution islamique qui annonce déjà les futurs « Printemps arabes » et chutes de dictateurs de ce début de XXIème siècle…

(1) Page 319

(2) Page 334

Patrick ARDUEN, miz kerzu 2018

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saigneurdeguerre
  22 novembre 2018
Aux royaumes des insoumis de Pascal Manoukian
Lors de ma rencontre privilégiée avec Pascal Manoukian, il m’avait parlé de ce livre de photos prises en Afghanistan et des conditions dignes d’un aventurier des temps passés qui nous permettent de les contempler.



Par un coup du sort, que certains appellent CHANCE, Pascal est entré dans ce pays qui connaissait déjà la guerre entre un pouvoir communiste afghan instauré avec le soutien très actif de Moscou et des tribus rebelles du genre « touche pas à mon islam ». Quelques jours après son entrée dans le pays, 55.000 Soviétiques débarquent avec armes, et quelles armes ! et bagages. Aucun journal n’avait voulu financer son expédition. Comment joindre ce type âgé de 24 ans qui proposait ses services et qu’on a rembarré parce que l’Afghanistan cela n’intéressait personne ?



C’est en écoutant la BBC que Manoukian apprend l’entrée des troupes de l’URSS dans le pays… Et il n’y a pas des dizaines de journalistes sur place… Il est un des rares à se trouver aux premières loges en tant qu’Occidental.



Pascal Manoukian, photographe, va arpenter l’Afghanistan durant toute la guerre, dix ans, et assister aux changements dans la lutte qu’oppose une armée ultra moderne mal préparée à ce type de conflit à un peuple très divisé ne disposant que de vieilles pétoires. L’arrivée de missiles Stinger et Milan va inverser les rôles : les Russes vont devoir se terrer et les rebelles vont monter des opérations qui vont leur permettre d’occuper peu à peu le terrain.



Les photos sont splendides et auraient mérité un format plus grand. Le texte est court et représente un excellent résumé de ce qu’un reporter de guerre a pu vivre dans une contrée aux climats et aux reliefs très rudes. Ce livre est avant tout un témoignage d’un reporter qui n’a pas fait que traverser un conflit quelconque, mais bien LE conflit majeur de la fin du XXe siècle qui va précipiter la fin de l’URSS.

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KRYSALINE555
  15 novembre 2018
Mais vous êtes quoi ? de Simone Bernard-Dupré
Ce court roman épistolaire (124 pages) ne comporte en effet que deux lettres : l'une très longue d'une femme séduite par un homme qui va se révéler être un pervers narcissique de la dernière espèce.



Elle explique tout au long de sa lettre comment elle est « tombée amoureuse » de cet homme, Marc-Aurèle (tout un symbole) au détour d'une soirée où elle était partie « noyer » son veuvage (noter que d'entrée de jeu, elle mélange l'objet de son amour avec le sentiment d'amour lui-même).



Veuf également, il va se rapprocher subrepticement d'elle par ce truchement et s'engouffrer dans la brèche qu'elle ouvre elle-même en laissant apparaitre son désespoir d'aimer. Elle va s'impliquer petit à petit dans cette histoire et se bercer d'illusions tout en voulant malgré tout rester sur ses gardes mais finira par sombrer de plus en plus dans le piège qu'elle sent se refermer sur elle.



Victime à demie lucide aux clairvoyances fulgurantes elle se voile quand même la face jusqu'au bout tout en se perdant dans une logorrhée sans fin pour obtenir des explications qu'elle n'a que trop bien pressenties sur un comportement de perversion et de cruauté flagrante.



Elle conservera une attitude confinée au masochisme tout en admettant ne pas avoir été complètement dupe des manoeuvres dudit Marc-Aurèle. Bafouée, flouée, elle ira de déceptions en désillusions en découvrant finalement le portrait psychologique effrayant de Marc-Aurèle qui ne connait ni limites, ni remords, ni pitié, un psychopathe qui ne recule devant aucune perfidie ni manigance.



La deuxième lettre (plutôt courte mais dense) est une réponse aux allégations évoquées dans la première lettre et oh surprise ! Elle n'infirme absolument pas l'attitude reprochée. Au contraire Marc-Aurèle assume et revendique totalement son comportement, le justifie et l'argumente. Il évoque son désir de conserver son côté « secret » affirmant ainsi l'ascendant psychologique pris sur sa victime. Il pense être son ouvrage, ridiculisant l'affect, le sentiment, l'amour et rabaissant sa victime au rang de simple « objet de manipulation », un « jouet » en somme, livré aux expériences démoniaques d'un malade mental effarant.



Alors évidemment je n'ai pu m'empêcher d'effectuer un très gros rapprochement avec le roman de Choderlos de Laclos, « Les Liaisons Dangereuses ». On trouve ici, une adaptation « moderne » du célèbre roman qui se situe sous la monarchie de Louis XVI.



Dans le roman de Simone BERNARD-DUPRE, Marc-Aurèle représente à la fois la Marquise de Merteuil et le vicomte De Valmont, passés maitres en l'art du mensonge, de la manipulation, de la mauvaise foi, de la cruauté et de la perversion. La femme qui écrit la première lettre est quant à elle, à la fois Mme de Tourvel et Cécile de Volanges, victime consentante du bourreau qui la séduit puis la persécute en soufflant alternativement le chaud et le froid, l'approchant quand elle cherche à fuir, la fuyant lorsqu'elle montre son attachement.



Marc-Aurèle cependant ne parvient pas à la « sublimation » totale de ses actes puisqu'il affirme avoir été lui-même séduit et avoir succombé à l'amour de la belle tout au début de leur « histoire » au cours d'un « moment d'égarement ». Ayant ainsi « cédé » au sentiment honni, même brièvement, il se met donc en contradiction avec sa philosophie de vie décadente et sa volonté de la transformer en règles de hautes valeurs morales ou esthétiques.



Il va même jusqu' ‘à se poser en « victime » à son tour, insinuant qu'elle aurait été l'artisane de sa perte justifiant ainsi sa soi-disant faiblesse en lui reprochant d'avoir déclenché chez lui le sentiment d'amour initial puis en l'étouffant aussitôt par ses désirs "d'amours douloureuses ou tragiques", le blessant profondément. Il l'accuse de faits qu'il a lui-même perpétrés en la rendant responsable ; il retourne la situation pour justifier son comportement pervers qu'il aurait été « obligé » d'adopter face à l'attitude qu'elle aurait eu elle-même.



Ce qui lui permet de s'en tirer par une pirouette. Il légitime alors sa fuite et laisse la porte ouverte à la possibilité d'entretenir ce lien de dépendance entre eux qui pourrait éventuellement augurer d'une reprise de leur « liaison » basée sur l'inégalité des sentiments, poursuivant donc la torture en la laissant s'interroger dans l'attente de son retour et de ses intentions.



La dernière phrase clôture et résonne comme une ultime promesse (presque une menace) lourde de sous-entendus sur une histoire qui n'aurait peut-être pas de fin… s'il lui en prenait l'envie…



Cet ouvrage, de très belle facture, à l'écriture fluide, se lit avec beaucoup de plaisir (sadique ??) et de curiosité. On reste pantois devant tant de duplicité et de tromperie… mais il reflète très bien la complexité de la relation entre les êtres qui est rarement égale à fortiori lorsque l'un joue avec les sentiments de l'autre…



Je dois avouer qu'à la lecture de la première lettre, j'ai été prise à plusieurs reprises, d'un doute sur l'authenticité du récit de la femme. N'était-elle pas finalement seulement « victime » de sa propre « paranoïa » ? Etait-il réellement ce qu'elle décrivait, ou le fruit d'une imagination délirante, fabriquant de toute pièce le profil de ce pervers impitoyable et redoutable ?



Tous ces plans calculés et distribués au grès de ses envies, ne seraient-ils pas une simple « vue de l'esprit », une interprétation déformant la réalité ?



Nous restons de toutes façons aussi face à des questionnements qui nous ramène à la petite phrase du début : « continue à te poser des questions, alors tu verras qu'il n'y a pas de réponse »…



Le titre est parfait: "Mais vous êtes quoi" et non pas "qui"?.... Une chose inconcevable, un "monstre" en somme...



Voilà, j'ai été un peu "longuette" dans mes explications mais c'est à la mesure de mon enthousiasme pour cet ouvrage. En cela, je remercie la Masse critique Babélio et les éditions Erick Bonnier pour cette découverte très intéressante qui m'a fait aussi me replonger dans le roman Choderlos de Laclos afin d'en comparer les similitudes et tenter de comprendre cette fascination exercée par ce « mal » tant et tant disséqué dans la psychanalyse.

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