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justeuneligne
  30 novembre 2022
Les Enfants endormis de Anthony Passeron


Dans ce récit, plus que roman, l'auteur nous entraîne dans une plongée au coeur de sa famille et de la décennie 80.

Il nous dit clairement d'où il parle et pourquoi il accomplit cette démarche visant à retracer le parcours de son oncle Désiré, frère aîné de son père.

Sa famille paternelle est originaire d'une petite ville de l'arrière-pays Niçois , l'arrière-grand-père était maquignon, son fils Emile l'a secondé très tôt et le père de l'auteur a repris l'affaire familiale , boucherie prospère qui avait donné à cette famille une petite notabilité. Les épouses secondent leur mari dans leur commerce.

Dans ce contexte, les frasques de Désiré, fils aîné adulé ,sont, au départ, considérées avec Indulgence, juqu'à ce que la mesure soit enfin prise de ses comportements. Malgré le déni de Louise, sa mère, il faut se rendre à l'évidence, Désiré se drogue, il se pique à l'héroïne et il n'échappe pas au SIDA.

Le récit est construit en deux voies parallèles, une qui reconstitue le destin de Désiré et de sa famille et l'autre qui documente de manière très accessible les avancées de la médecine en matière de découverte du virus, mise en oeuvre des traitements , tâtonnements et rivalités scientifiques, réactions de la société civile avec la mise au banc de ces premiers malades montrés du doigt pour leur homosexualité ou leurs addictions.

La famille de Désiré sera à ses côtés jusqu'à la fin. L'auteur nous dit que la colère de son père, frère de Désiré, ne s'est jamais éteinte, que son grand-père est devenu mutique et que sa grand-mère donnera toute son énergie pour épargner Emilie, la fille de Désiré, conçue alors que ses deux parents avaient le SIDA et qui n'ira pas au-delà de sa dixième année.

Ce livre n'est pourtant pas morbide, il nous replonge dans cette tragédie du SIDA, dans le déchirement et l'impuissance des familles.

Ce livre fait parti de la sélection du prix Summer. Sans doute ne l'aurais-je pas lu sans cette incitation. Je salue le travail, la limpidité du récit mais il m'a peut-être manqué un peu d'émotion





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Milllie
  29 novembre 2022
Les Enfants endormis de Anthony Passeron
Anthony Passeron a écrit ce roman comme une enquête. Une enquête sur cet oncle Désiré qu'il n'a pas connu et dont ses parents ne lui ont quasiment jamais parlé. Cet oncle dont la seule trace semble être quelques photos fugitives et une ou deux apparitions sur de vieux films en Super8. Pourquoi donc la mémoire familiale l'a-t-elle ainsi éliminé ? Et comment peut-on disparaître ainsi des souvenirs et des mémoires ?



Les enfants endormis est un roman qui sonne juste dès les premières pages. L'auteur a l'art des phrases qui frappent, qui en si peu de mots nous interrogent, nous font vivre une situation avec l'impression d'y avoir été ou nous émeuvent aux larmes. J'ai eu l'impression de plonger dans ce roman la tête la première, à peine un chapitre et j'étais déjà conquise et avais envie de lire la suite. Cela fait du bien des livres qui se lisent tout seul comme celui-ci, des livres dont on tourne les pages avec un plaisir renouvelé à chaque ligne, des livres qui nous font ressentir, nous embarquent, nous bouleversent.



Dans les enfants endormis, on suit donc la quête de l'auteur, d'abord enfant puis adulte à la recherche de l'histoire de son oncle Désiré dont il reconstitue fidèlement la courte vie. Enfant chéri d'une famille de commerçants de l'arrière pays niçois qui sont devenus des notables du village dont ils tiennent la boucherie, qui se sont construits petit à petit de génération en génération par le travail, Désiré a été le premier à descendre à la ville faire des études, celui qu'on admirait, celui à qui on passait tout, qui n'a jamais été forcé de travailler à la boucherie ou de parcourir les routes pour aller chercher les bêtes chez les éleveurs. Mais Désiré a aussi été celui qui était avide de sensations nouvelles, qui quitta le village vu comme un monde à lui seul pour découvrir le monde, le vrai, et aller jusqu'à Amsterdam, qui voulut tout essayer, vivre, faire des expériences quitte à y brûler sa jeunesse. Et en début d'années 80 où la vilaine bête appelée SIDA émergeait tout juste, sa consommation d'héroïne et le partage des seringues lui fut fatal. C'est une histoire si belle et pourtant si banale, celle de ces 2 frères, le père de l'auteur et Désiré, l'un bosseur, fidèle à ses parents, faisant toujours ce qu'on attend de lui, et l'autre solaire, affranchi de toute contrainte. Ces 2 frères qui ne se comprennent pas toujours mais qui pourtant s'aiment et cette mère bouleversante, qui ne voulut jamais reconnaître les problèmes puis la maladie de son fils et qui pourtant fit tout ce qu'elle pouvait pour le sauver.



En parallèle de cette histoire toute simple et qui pourtant semble si universelles (combien de contaminations faute d'information et de prévention, combien de jeunes vies fauchées en ces débuts de la maladie puis pendant cette terrible épidémie), l'auteur entrecroise le récit de la découverte du virus du SIDA et de la course contre la montre que fut la mise au point d'un traitement même rudimentaire. On a beau connaître déjà une bonne partie de cette histoire, cela se lit comme un thriller, encore une fois l'auteur a l'art de nous emporter avec lui et de nous faire partager la vie de ces médecins qui les premiers sentirent que quelque chose de bizarre se préparait et firent tout leur possible pour faire progresser la recherche.



Les enfants endormis est un roman difficile à classer, la somme de tous ces éléments, saga familiale, chronique d'un petit village, témoignage sur une époque où "les enfants endormis" se multipliaient dans les rues du village (je vous laisse la surprise de découvrir la signification de ce magnifique titre), histoire d'une ascension sociale, épopée de la recherche scientifique. C'est sans doute ces multiples pistes suivies par l'auteur qui font le charme de ce livre et qui le rendent impossible à lâcher. A l'heure où le COVID19 semble avoir mis dans l'ombre l'épidémie de SIDA qui pourtant continue, c'est aussi un témoignage utile et nécessaire, pour se rappeler d'une époque et des événements passés. Un grand livre, un beau livre, une découverte à ne pas rater !



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JLBlecteur
  29 novembre 2022
Les Enfants endormis de Anthony Passeron
REMARQUABLE OUVRAGE !



La grande et la petite histoires font ici un pas de deux, un menu menuet à une époque où le rapprochement trop intime des corps impatients commençait à devenir synonyme de mort possible sous l’acronyme terrifiant  de SIDA.



Bad song.



Triste époque en effet que ce début des années 80 dont la musique pourtant, aujourd’hui encore, n'a besoin que d’égrener quelques notes caractéristiques pour que se surcharge le dancefloor, océan chaloupé sur une musique parfois composée par les premières victimes de cette maladie qui a suscité tant d’effroi, de fantasmes et de discours haineux.



Sad song !



La discrète  vallée de la Roya, pas encore dévastée par les intempéries, croise le fer avec Paris, la Californie, New-York où Amsterdam pour évoquer ce syndrome que certains avaient qualifié de cancer gay, au travers de la dramatique histoire d'un de ses enfants que le mauvais sort aura infecté par ce virus alors inconnu dont nous ne sommes toujours pas débarrassé quarante désespérantes années plus tard, faut-il le rappeler ?



Belle idée exploitée ici que d’alterner, chapitre après chapitre, soit l'histoire individuelle et tragiquement romanesque de cet enfant du pays devenu paria pour certains membres de sa famille pour avoir contracté cette maladie honteuse soit l’histoire universelle et journalistiquement traitée de l'odyssée des médecins et chercheurs qui s’employèrent à comprendre et à tenter de contrer cette pandémie en devenir.



Une danse macabre en deux temps, aux récits croisés de la douloureuse saga familiale qui prend de plein fouet le mur de parpaings qu’était ce minuscule nouveau virus meurtrier et de la rocambolesque paternité revendiquée de la découverte de son existence par deux équipes de scientifiques, l'une française et l’autre, américaine.



Old song



J’avais vingt ans à l'aube de ces années crépusculaires et je me souviens du terrifiant voile ténébreux recouvrant soudain les nuits devenues horriblement sombres que la décennie étoilée précédente illuminait de ses boules à facettes au tempo saccadé de la joyeuse folie disco. Travolta rangeait ses félins déhanchements italo-érotiques quand les Bee Gees taisaient leurs ‘hou hou hou' plus que hauts-perchés.



Bas les cœurs.



Fini l'insouciant mélange des corps transpirants, terminée la légèreté animale d'une furtive rencontre sans lendemain, éteint le romantisme hippie des chemins de Katmandou, l’époque était aux morts sûres des nuits fauves.



Si les sourds décibels syncopés fuitaient toujours entre les étroits interstices des portes filtrantes des boîtes de nuit à la mode, c’était au rythme battant la chamade des cœurs angoissés d’avoir cédé à l’impulsif désir d'une étreinte sauvage au Palace ou d'une aiguille prêtée aux commodités des bains-douches qui pouvaient s’avérer funestes.



Cold song.



Tirer un coup était devenu le supplice de la roulette russe, la détente pouvant être fatale.



Les journaux télévisés comme les magazines d’information nous inquiétaient en nous abreuvant des photos de ces silhouettes décharnées et livides dont pourtant la publicité pour une marque italienne s’emparait, avide de choquer les esprits même pour placer un produit de consommation courante, à vide de décence et d’empathie. L’empathie est terminée, game over !



The end.



Certains discours paternalistes et réactionnaires voyaient en cette maladie abominable le fléau brandit par une entité vengeresse supérieure en guise de punition suprême pour les âmes damnées d’avoir succombé à une vie de luxure, de débauche et de défonce incompatible avec une conduite dite de bon aloi. On conseillait de sortir couvert, euphémisme de latex pour un mot nouveau à mettre en application illico: le safesexe.



Les sidérantes années SIDA.



Dead song.



Les ex-gloires américaines des grandes heures des studios hollywoodiens n’étaient plus solid as a Rock, le joyeux luron des folles soirées parisiennes n’était pas plus épargné que le fringant moustachu de la pop anglaise quasiment aussi célébré que sa Queen à la tête couronnée ou que le clown baroque aux allures et la voix de diva.



S I D A

Quatre lettres, un seul sentiment : la terreur, et derrière lui, le rejet, la solitude et la honte, triste trinité.



REMARQUABLE OUVRAGE qui entremêle deux points de vue sur cette tragédie mondiale quasiment disparue des radars médiatiques mais dont on ne doit pas oublier qu’elle continue à faire des ravages, surtout loin de nos contrées occidentales, plus de 40 millions de victimes depuis le début de l’épidémie.



INCONTOURNABLE !



Merci à YvanT de m'avoir donné envie de lire ce livre.

 

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