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KiriHara
  17 avril 2021
La mort sous enveloppe de Maurice Lambert
Après avoir découvert le personnage de l’inspecteur devenu au fil du temps commissaire Mazère, me voici parti à la découverte d’un autre personnage récurrent de Maurice Lambert, alias Géo Duvic, un auteur, chansonnier et journaliste spécialisé dans la pêche, né en 1900.



Cet autre héros lambertien n’est autre que l’inspecteur Machard, qui deviendra également commissaire par la suite.



Les deux personnages (ainsi qu’un autre, A.B.C. Mine) se retrouvent, entre le début et la fin de 1940, dans les mêmes collections (« Police Express » des éditions A.B.C. ; « Collection Rouge » des éditions Janicot, dans des fascicules de 32 pages [double colonne pour la « Collection Rouge »] contenant des récits entre 7500 et 15 000 mots.



« La mort sous enveloppe » a été publié en 1942 dans la collection « Police Express » et met en scène l’inspecteur Machard.



L’inspecteur Machard arrive à Beauvais pour enquêter sur un vol de 200 000 francs, somme dérobée à un certain M. Leroy.



Mais, devant le domicile de la victime, c’est la cohue. Des badauds, la police, le parquet, tout le monde est là ! Tout ce déploiement pour un simple vol ? Non ! Car, entre temps, M. Leroy a été retrouvé mort, probablement empoisonné.



L’inspecteur Marchard va donc devoir enquêter sur un meurtre et ne tarde pas à trouver des preuves de cet empoisonnement…



Autant le dire tout de suite, dans cette enquête, les différences entre l’inspecteur Mazère et l’inspecteur Machard ne sautent pas aux yeux.



Même genre de héros, même genre d’enquêtes, même ambiance, même style d’écriture… on pourrait avoir tendance de dire « Cela ne valait pas le coup de faire deux personnages rien que pour cela ! ».



Peut-être bien. Pourtant, je serais tenté de répondre : « Mieux vaut deux bons personnages similaires qu’un seul mauvais ! ».



En fait, difficile de dire si le personnage est bon tant il marche dans les pas de ses prédécesseurs de la littérature fasciculaire de l’époque [commissaire Benoit, commissaire Lenormand, commissaire Jules Troufflard, commissaire Odilon Quentin…] et s’appuie sur l’image imposée aux lecteurs par des héros similaires plus populaires comme le commissaire Jules Maigret.



Mais, dans cette littérature fasciculaire, on sait que l’on ne va pas rencontrer des personnages fouillés, des intrigues exaltantes. La concision du format implique une esquisse des personnages et des intrigues simples.



Pourtant, dans cette littérature contraignante comme dans toutes les littératures, il y a des écrivains qui parviennent à exceller quand d’autres se contentent du minimum syndical et certains autres sombrent dans la médiocrité.



Ici, on peut dire sans se tromper que Maurice Lambert maîtrise parfaitement le format et, mieux, le traite comme un condensé de roman. Ainsi, il n’hésite pas à multiplier les personnages, tout en les traitant en superficie, à proposer une intrigue complète sans qu’elle soit trop complexe, à multiplier les suspects, les pistes, les fausses pistes…



Il n’y a que dans la résolution de l’énigme que l’auteur, comme beaucoup de ses confrères, use de son seul artifice propre à la littérature fasciculaire policière : la solution après coup via le héros racontant comment il a tout découvert ou à travers une confession orale ou écrite du coupable ou d’un témoin clef [même si on retrouve ce procédé dans certains romans, notamment dans les « Whodunit »].



Aussi, à la lecture d’une enquête de l’un ou l’autre des héros lambertien, le lecteur l’impression d’avoir lu un vrai roman, mais en plus concentré, en plus rapidement dévoré, mais sans ressentir de manque, car tous les ingrédients sont savamment dosés pour correspondre au format.



C’est une nouvelle fois le cas ici. La lecture de cette enquête est plaisante, l’intrigue, simple, certes, n’est pas dénuée d’intérêt [pour un récit fasciculaire], les fausses pistes sont présentes, et le style est très agréable.



On notera juste une ambiance qui se rapproche de l’univers Simenonien, contrairement aux enquêtes de Mazère que j’ai lu présentement, avec ce temps morne, pluvieux, boueux, que l’on retrouve souvent dans les enquêtes de Jules Maigret, surtout quand il se retrouve sur la côte bretonne.



Au final, Maurice Lambert démontre encore une fois qu’il navigue dans l’excellence dans ce format fasciculaire qu’il maîtrise à merveille.
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KiriHara
  17 avril 2021
L'affaire des cent minutes de Maurice de Lambert


Raaa, parfois, la littérature vous offre de plus belles rencontres que la vie (oui, je sais, énoncé ainsi, cela donne l’impression que j’ai une vie morne, et elle doit l’être pour beaucoup, mais je l’aime ma vie.)



Bref. J’ai rarement rencontré, dans ma vie, des personnes qui méritaient d’être connues. Mais, comme je suis un misanthrope, j’évite de rencontrer du monde. Ceci explique probablement cela.



Par contre, dans ma vie littéraire, j’adore faire de nouvelles rencontres. Je passe d’ailleurs mes journées à cela.



Récemment, je fis la connaissance de Maurice Lambert… de sa plume ou de ses textes, plutôt, l’homme étant décédé avant ma naissance et je ne suis pas doué de médiumnité (ce qui m’arrange, car je ne crois pas à cette pratique).



Toujours est-il qu’il y a peu, je fis la découverte de récits de Maurice Lambert, alias Géo Duvic, un auteur, chansonnier et passionné de pêche né en 1900.



Comme souvent, c’est par les personnages récurrents que je découvre un auteur. Ce fut encore une fois le cas à travers les enquêtes du commissaire Mazère, mais aussi de l’inspecteur Machard, deux policiers dont les aventures sont parues au début des années 1940 sous la forme de fascicules de 32 pages disséminés chez divers éditeurs et dans diverses collections (« Police-Express » des éditions A.B.C. ; « Collection Rouge » des éditions Janicot ; « Énigma » des éditions Nicéa… et probablement d’autres).



Le titre du jour, « L’affaire des cent minutes » met en scène le commissaire Mazère, est paru en 1945 dans la « Collection Rouge » des éditions Janicot sous la forme d’un fascicule de 32 pages, double colonne contenant un récit indépendant d’un peu plus de 12 000 mots.



Personne n’avait envie de se retrouver là, cette nuit, du moins, pas dans ces conditions. Pas plus le juge, le procureur, les agents, les membres de l’I. J., les trois couples, le commissaire Mazère que M. Deval… probablement moins encore M. Deval que son décès justifiait tout le désordre ambiant. A-t-on idée de se faire tirer dans la tête quand on invite des gens à admirer son beau diamant ?



Seul le docteur Ragot, le médecin légiste, prend la chose avec le sourire. Lui, du moment qu’il a un mort à examiner puis à découper, tout lui va…



C’est peut-être parce que le commissaire Mazère a autre chose à faire de sa soirée qu’il va résoudre cette affaire en cent minutes…



Et on retrouve une nouvelle fois le commissaire Mazère (pour l’instant j’ai dénombré 7 enquêtes, mais il y en a probablement plus… je l’espère, du moins).



Que pourrais-je dire de plus ou de différent de cet épisode que je n’ai déjà dit des précédents ou de ceux mettant en scène l’inspecteur Machard du même Maurice Lambert ?



Pas grand-chose probablement tant l’auteur m’a habitué à flirter avec l’excellence de la littérature populaire policière fasciculaire, du moins, dans le fascicule de 32 pages, un format sur lequel beaucoup d’auteurs se sont cassé les dents du fait des contraintes de la concision inhérente à ce format.



Difficile d’exceller quand on n’a ni la place de développer une grande intrigue ni celle de poser des personnages, une ambiance ou de prendre le temps d’habituer le lecteur à un style, à une plume.



Beaucoup s’y sont essayés, peu ont performé. Jusqu’ici, seuls quelques noms, dans mes lectures de ce format, se détachent : Charles Richebourg, René Thomas (alias Louis Thomas Cervoni) et dans une moindre mesure, René Byzance.



Je peux désormais ajouter le nom de Maurice Lambert (ou de Géo Duvic) à cette courte liste et le bougre n’est pas loin de prendre la tête du trio… d’ailleurs, je lui accorde volontiers.



Car Maurice Lambert parvient à chaque fois à proposer, sur 10 ou 12 000 mots, tout ce qu’un roman policier de l’époque doit contenir… sauf qu’il n’a pas la latitude d’un petit roman policier à sa disposition, mais seulement un quart, au plus, de cet espace.



Et pourtant, l’auteur ne donne jamais l’impression d’un manque quelconque dans son récit. À peine tait-il au lecteur un détail capté par l’enquêteur, afin d’aboutir plus rapidement à la découverte du criminel.



Bien évidemment, il ne faut pas s’attendre à une intrigue de folie capable de rivaliser avec celles des plus grands romans à suspens (mais qui attendrait cet exploit d’un fascicule de 32 pages ?). Comme toujours, l’intrigue est simple, mais bien menée (même si le lecteur devine le nom du coupable avant que Mazère ne l’annonce). D’ailleurs, elle comporte tous les éléments d’une intrigue : un meurtre, un mystère, des pistes, des fausses pistes, plusieurs suspects, plusieurs mobiles et une résolution sous forme de rebondissement.



Mais en plus de tout cela, Maurice Lambert démontre qu’il maîtrise à la fois le genre, sa narration et sa plume en plus d’une certaine dose d’humour et qu’il sait, au surplus, poser une ambiance en quelques mots tout en n’hésitant jamais à faire une petite étude de mœurs, autant du côté du prolétariat que de celui de la bourgeoisie… prenant souvent le côté des premiers, comme aurait pu le faire un Georges Simenon (qu’il faudra d’ailleurs que je découvre dans des formats similaires pour savoir si lui aussi avait ces facilités).



Ce dont je parle rarement, et qu’il faut souligner également, c’est l’art de l’entrée en matière de Maurice Lambert. Débuter un récit, quelle que soit sa longueur, n’est guère aisé, du moins si on veut capter immédiatement l’attention du lecteur. La chose est encore plus difficile dans un format court où l’auteur n’a pas le temps de tergiverser et où il doit aller directement au sujet. Et pourtant, Maurice Lambert parvient à chaque fois à proposer une entrée en matière réussie.



Ici, il s’attache à l’agacement de tous les protagonistes de la machine judiciaire obligés de se déplacer en pleine nuit alors que la plupart étaient occupés à bien d’autres choses (on notera également que l’auteur termine son récit sur une petite leçon de morale amusante… d’autant plus que je m’étais posé la question durant tout le récit puisque connaissant la situation du commissaire).



Côté humour, le décalage entre l’attitude du docteur Ragot et de tous les autres tranche et amuse.



Vient ensuite l’étude de mœurs à travers les propos, les sentiments, des invités et le fait que seuls le concierge ou le majordome semblent sympathiques au policier.



Que dire de plus ? J’ai adoré, comme tous les précédents titres. Adoré n’est pas un terme excessif si on le reporte au format (je n’attends pas la même chose d’un roman et d’un récit fasciculaire tout comme je n’attends pas la même chose d’une série B et d’un film à gros budget).



Au final, un excellent récit fasciculaire, comme toujours avec Maurice Lambert.
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KiriHara
  09 avril 2021
Commissaire Mazère, tome 3 : Mon oncle a disparu de Maurice de Lambert
Je poursuis ma découverte de la plume de Maurice Lambert, alias Géo Duvic, un auteur, chansonnier, amateur de pêche né en 1900 et probablement mort en 1968.



Pour ce faire, rien de tel, pour moi, de m’intéresser aux personnages récurrents des auteurs. J’ai de la chance, Maurice Lambert en a développé plusieurs, au moins quatre : le commissaire Mazère, l’inspecteur Machard, le commissaire Garnel et A.B.C. Mine.



Pour l’instant, mes lectures sont alternées entre Mazère et Machard, deux personnages de policiers assez proches (suffisamment pour qu’on puisse les confondre) dont on trouve des aventures dans au moins deux collections entre 1942 et 1945 : « Police Express » des éditions A.B.C. et « Collection Rouge » des éditions Janicot.



Si tous sont des fascicules de 32 pages, les premiers sont de petits fascicules carrés contenant des récits entre 7 500 et 10 000 mots et les derniers des fascicules plus grands, imprimés en double colonne et contenant des récits entre 10 000 et 15 000 mots.



« Mon oncle a disparu » est paru en 1944 dans la « Collection Rouge » des éditions Janicot. On y retrouve le commissaire Mazère.



Le commissaire Mazère doit marcher sur des œufs, il a été envoyé chez un ami du préfet pour enquêter sur la disparition de son oncle avec pour avertissement de prendre des pincettes.



Mais la légèreté avec laquelle les membres de la famille Grollet prennent la disparition du vieux Gravelot énerve le policier au plus haut point même s’il tente de le dissimuler.



Certes, le vieux a déjà fugué, mais, tout de même, on peut s’inquiéter pour un vieil homme qui n’arrive à se déplacer qu’à l’aide de ses béquilles.



La situation devient inquiétante quand il apprend que le vieillard s’est rendu dans une bijouterie récupérer ses bijoux pour une valeur de 2 millions et qu’il a fait un retrait de 680 000 francs à la banque.



Aussi n’est-il pas étonné d’être prévenu que le corps de Gravelot a été découvert même si c’est dans des circonstances étranges. Par contre, il ne s’attendait pas du tout à ce que l’on retrouve une deuxième fois, monsieur Gravelot mort d’une façon différente.



Désormais, je suis certain (même si je n’en doutais pas au vu de mes précédentes lectures) que Maurice Lambert était un auteur maîtrisant parfaitement le format court du fascicule de 32 pages ce qui n’était pas donné à tout le monde.



Encore une fois, l’auteur propose un récit policier qui correspond parfaitement à un roman en condensé comprenant, malgré le manque de place, tous les passages obligatoires du genre.



En effet, bien trop souvent, à la lecture de textes de ce format, rédigés par des auteurs avec moins de maîtrise, on a un peu la sensation que le texte a subi des coupes drastiques, que certains passages ont été sacrifiés, voire éludés totalement afin de rentrer dans les clous.



Ce n’est jamais le cas (jusqu’ici) avec les textes de Maurice Lambert.



En plus, l’auteur ajoute à cette qualité déjà prépondérante, un certain style et n’hésite pas à prendre, parfois, un peu de temps, pour poétiser ou amuser le lecteur. Il n’hésite jamais à appuyer sur un détail et d’en faire un leitmotiv ou un running gag (comique de répétition) voire, une sorte d’anaphore métaphorique (oui, le terme est compliqué à saisir tout comme il l’est à expliquer), utilisant la répétition d’un geste donc d’un acte visuel pour simuler un état d’esprit, qui, lui, n’est pas visuel. Je vous rassure, il ne le fait pas tous les temps, mais cela lui arrive et c’est fort agréable (et ça ne fait pas mal).



Cette fois encore, Maurice Lambert propose une intrigue simple (concision du format oblige) et qui tient, il faut bien le reconnaître, uniquement quand elle est retransposée dans son époque (une période où la police partait à la recherche de suspects à partir de portraits parlés) et ne tiendrait plus la route actuellement. Mais on ne peut reprocher à l’auteur de n’avoir pas su prédire l’avenir, non plus.



Intrigue simple, donc, mais qui elle aussi comporte tous les éléments d’une intrigue plus grande. Elle débute par un acte anodin, se poursuite en inquiétude, puis en mystère et en mystère par dessus le mystère. Se résout par une enquête, des interrogatoires, un peu de chance, de la clairvoyance. Et se termine par un rebondissement (prévisible ou non, tout dépend de la perspicacité du lecteur).



Que demandez de plus ? Un peu d’humour ? Il y en a !



Après, les seuls défauts que l’on pourra trouver au récit sont ceux qui sont inhérents au format : des personnages à peine esquissés, un manque de complexité de l’intrigue, des carences que l’on connaît et que l’on accepte quand on s’intéresse à la littérature fasciculaire.



Au final, plus on lit Maurice Lambert, plus on apprécie ses récits qui sont des sommets dans le monde du fascicule de 32 pages.
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