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Dernières critiques
Henri-l-oiseleur
  29 janvier 2021
Ishtar's Descent and Resurrection de Pirjo Lapinkivi
Ce sixième volume des State Archives of Assyria - Cuneiform texts, ne ressemble pas entièrement aux autres fascicules universitaires de cette collection : destiné aux étudiants, il présente comme les autres un texte akkadien normalisé, lisible en cunéiforme régulier et non copié à la plume ou photographié sur des tablettes originales ; comme les autres encore, il s'accompagne d'une liste de signes, d'une translittération pour aider la lecture, et d'une traduction. Mais l'auteur a ajouté à son édition du texte original un long et précieux commentaire détaillé, littéraire, mythographique et grammatical, pour guider le lecteur dans sa découverte du texte. Le contexte historique, littéraire et culturel de ces textes orientaux très antiques ayant disparu corps et biens, de grands efforts sont nécessaires pour le reconstituer tant bien que mal et diriger la lecture.



En effet, ce court poème akkadien (de 138 vers) raconte une histoire qu'il est nécessaire d'expliquer : la déesse Ishtar, déesse de l'amour et de la guerre, envahit les Enfers où règne sa soeur, Ereshkigal, prend son trône mais meurt dans l'entreprise. Avec la mort de la déesse, toute impulsion sexuelle disparaît du monde, et la faune comme l'humanité, ne se renouvellent plus. Aussi les dieux exigent-ils le renvoi hors des Enfers, et la résurrection, de cette déesse indispensable à l'élan vital et à la conservation de l'univers. Mais pour sortir de ce mauvais pas, elle doit désigner un remplaçant, et c'est son mari Dumuzi (Tammuz) qui prend sa place. Dumuzi est un dieu agricole de la fertilité, qui est condamné à "mourir" pendant six mois, puis à ressusciter pour assurer le renouveau de la végétation.



Donc ce commentaire saisonnier et mythographique accompagne la lecture du texte akkadien. Des critiques ont observé que pour commenter ce court poème, il a été nécessaire à l'éditeur scientifique de se référer à une autre version du mythe, en langue sumérienne, plus longue du double et plus ancienne de mille ans (notre texte akkadien est datable du VII°s av. J.C.). En lisant les explications de Pirjo Lapinviki, on voit bien qu'il s'appuie sur la version sumérienne, pour combler les "trous" de l'akkadien, plus bref, qui prend l'aspect du résumé condensé et abrégé d'un autre poème. On a donc l'impression de passer à côté de l'oeuvre que l'on est en train de lire, sans cesse référée à une autre et rarement expliquée pour elle-même. C'est la remarque de fait Alan Lenzi dans son "Introduction à la littérature akkadienne". C'est un peu comme si on ne lisait l'Enéide de Virgile ou l'Ulysse de Joyce qu'en référence à l'Odyssée d'Homère.



Enfin, l'appartenance de l'éditeur scientifique à l'école finnoise d'assyriologie, dominée par Simo Parpola, le conduit comme son maître à relier de façon peut-être hasardée le texte très ancien qu'il commente, aux mythes et traditions gnostiques, voire cabalistiques, bien postérieurs. Si les ressemblances qu'il souligne entre le voyage d'Ishtar aux Enfers et la chute de l'âme dans la matière, puis sa rédemption, sont intéressantes, elles donnent parfois l'impression d'être des analogies un peu gratuites, quoique instructives.

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Henri-l-oiseleur
  04 avril 2020
The Anti-witchcraft Series Maqlû de Tsvi Abusch
Il est bien difficile de parler en termes clairs et attirants, pour les lecteurs modernes, de littérature magique antique. D'abord, nous n'avons rien en commun ou presque avec l'univers culturel mésopotamien, où toute maladie, où toute difficulté rencontrées dans la vie, pouvaient être le résultat d'une malédiction, d'un sortilège, de pratiques sorcières hostiles. Peu d'entre nous croient à cela aujourd'hui, au moins dans le monde développé, qui a ses propres tabous et superstitions. Ensuite, la Mésopotamie a développé un grand nombre de rituels contraignants, subtils, fondés sur le pouvoir magique de la parole et du rite : notre foi dans les pouvoirs de la parole n'est pas moins intense, mais elle adopte aujourd'hui d'autres formes. Comment considérer alors ces textes, où magie, religion et poésie se rencontrent, comme de la littérature au sens où nous l'entendons ?



Ce volume des State Archives of Assyria, Cuneiform Texts, est, avec le recueil d'exorcismes contre les mauvais esprits, le plus long, le mieux documenté, le plus richement développé de toute la série découverte dans les ruines de la Bibliothèque du roi Ashurbanipal. A côté, les grands textes narratifs et poétiques sont brefs (Gilgamesh, Atra Hasis, l'épopée de la Création), parfois assez mal conservés et copiés, comme s'ils étaient des oeuvres de seconde catégorie aux yeux des lettrés du temps. Nul doute que dans une bibliothèque de l'époque, les livres magiques étaient jugés bien plus utiles et importants que les autres. C'est que l'univers de ces gens était plein de dieux, petits dieux personnels et protecteurs, grands dieux cosmiques, bons et mauvais esprits. Pour qu'un sortilège soit efficace, il fallait que le sorcier, par sa magie, ses accusations et ses calomnies, persuade le dieu protecteur de sa victime de lui retirer sa protection, car elle mérite son châtiment et ses malheurs. Donc le rituel est juridique : il s'agit de prouver aux dieux son innocence, et de les convaincre de renvoyer le mauvais sort à l'envoyeur.



Cet ouvrage, dont les textes originaux ne sont que partiellement traduits par le grand assyriologue israélien Tsvi Abusch, n'attirera que les curieux, avouons-le.
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Henri-l-oiseleur
  14 janvier 2020
An introduction to Akkadian literature de Alan Lenzi
Ouvrage bien utile proposé aux professeurs et étudiants concernés par la lecture et l'étude d'une littérature parmi les plus anciennes au monde, la littérature akkadienne. Son prix est relativement modéré (une trentaine de dollars, dans un domaine éditorial où les livres sont hors de prix), et le texte est synthétique, rassemble tous les renseignements nécessaires, résume chaque oeuvre importante et ce qui a été écrit à son sujet. Le style est regrettablement universitaire, mais le sujet l'impose : nos connaissances sur l'Antiquité orientale et pré-classique sont conjecturales et fragiles, toujours sujettes à révision et à discussion. Et l'analyse littéraire est ouverte à tous les débats : un spécialiste, philologue, archéologue, linguiste, ne s'y aventurera qu'avec la plus extrême prudence. Ce sera un bon livre de consultation et d'usage, mais comme le plan et le propos sont énumératifs, un lecteur curieux s'ennuiera vite.
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