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L`Arbre vengeur [corriger]


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Flots

— Maman les petits bateaux —



Ce n’est pas un petit livre mais un livre court (74 pages étroites) et profond : on s’y noierait. D’une phrase sauvée du flux de l’actualité inondée (« J’ai vu aussi passer des cercueils »), François Salvaing nous embarque sur ses rapides. Il a le sens du rythme, fait cascader de longues phrases qui vous entraînent comme au manège.



Un roman bonsaï ? Un récit, incline l’Arbre vengeur (éditeur dont c’est le 300e volume). D’accord pour un récit, en ce qu’il annonce filer droit, sur un plongeon. Roulez tambour : « Car l’averse, si l’on m’autorise à répéter ce terme lénifiant, ne ressembla pas au début de cette sonate de Beethoven où quelques notes gouttes d’abord figurent la timide avant-garde des trombes à venir. Non, tout de suite, ce fut une canonnade, qui, de toute la soirée, de toute la nuit, et des soixante-douze heures suivantes, ne se démentit pas, et sembla même sans cesse s’amplifier. »



Le village de Saint-Éliacin y passe, jusqu’au cimetière. Réfugié sur son toit, le narrateur plonge à la poursuite du cercueil de bois rose de sa mère. Il plonge, comme l’auteur : « Les romanciers, paraît-il, se lancent parfois dans des histoires dont ils ignorent où elles les mèneront […] C’est à peu près ce que j’ai fait, cette nuit-là, en plongeant dans l’Ardelle. »



Juché sur le cercueil, avec sa mère, retrouvée, qu’il refusait de son vivant « d’aider à passer », il descend l’Ardelle et remonte en saumon le cours de sa vie — jusqu’à en crever ? « Une mort va me sauver de la mort, ainsi pensé-je. »

Ne pas se laisser aller, reprendre le cours, jusqu’aux origines, avant-çà et au-delà, tressant au fil de l’eau passé et présent, l’histoire familiale, les rêves d’Amérique, les vies amputées (qui ne sont pourtant pas condamnées à boiter), le vieux fond maritime colonial et la tragédie sur les esquifs des migrants... La vie, les vies, les amours coulent comme la Seine d’Apollinaire sous son pont Mirabeau, et le narrateur se demande aussi avec Rutebeuf : « Que sont mes ami[e]s devenu[e]s. »



Finalement ça ne file pas si droit, pas seulement : ça godille, ça sinue, ça surprend.



P.-S. : Dans Tandis que j’agonise (Faulkner), « Ma mère est un poisson », affirme un fils. Et en effet, le cercueil que les frères veulent faire traverser est emporté par la crue. François Salvaing y-a-t-il songé ?
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La mort du fer

Bah! Je n'ai jamais cru au mythe du chef-d'oeuvre inconnu, mais je constate qu'il fait toujours vendre. Curieusement, ou non, le lectorat séduit, ou qui prétend l'être, est essentiellement composé de personnes - voyez comme je suis prudent - précisément hermétiques en général aux véritables chefs-d'oeuvre de la science fiction ou de la grande littérature métaphorique (de Lovecraft à Kafka). Peut-être ces personnes ont-elles été surtout séduites par un certain commentateur dont les épanchements verbeux éblouissent les illettrés?



Quoi qu'il en soit, l'intrigue - fine comme du papier à cigarettes, spectrale - a pu me laisser, à moi aussi, espérer vaguement une bonne surprise, quelque chose dans le genre de la Peste, mais venant de la droite plutôt que de la gauche. le sujet, en effet, donnait l'occasion - moyennant un certain génie - de présenter comme une funeste course à l'abîme le "Progrès", théodicée laïcisée par la révolution industrielle, opium des masses modernes asservies au bénéfice d'une poignée de financiers égoïstes, de condamner l'illimitation prométhéenne du capitalisme triomphant qui transforme le monde à son image - inhumaine, inorganique, désespérante.



L'idée d'une maladie du métal, symbole de la production industrielle contre nature, si elle était techniquement stupide, recelait un potentiel métaphorique extraordinaire: l'inorganique pouvait aussi mourir de maladie. le "Progrès" était secrètement travaillé par un vice mortel dont l'expression accidentelle pouvait entraîner l'effondrement brutal et total d'une "civilisation occidentale" devenue matérialiste, donc potentiellement suicidaire (puisque nihiliste).



Eh bien ce livre, dont j'ai vaguement, en réalité sans beaucoup d'illusion, espéré la lecture, reste à écrire: ce n'est pas la Mort du Fer. En réalité, ce qu'évoque ce livre est l'inverse exactement. Si l'Académie l'a couronné, et elle ne s'y est pas trompée, c'est parce que cette année-là, comme l'explique le secrétaire perpétuel René Doumic dans son Rapport sur les concours de l'année 1932 (disponible en ligne), il s'agissait de récompenser des ouvrages attirant l'attention de la bourgeoisie d'argent parisienne sur "la question inquiétante de la "classe dangereuse" (c'est-à-dire les pauvres), qui ne fabrique plus assez de chair à canon et cultive la "haine" des capitalistes" (S. Hanukkaev)



De façon tout de même prémonitoire, quoique involontairement - mais cette observation très intéressante me dédommage un peu de mes 20 euros (20 euros!) - ce que SS Held présente implicitement comme une "solution" évoque furieusement Timothy Leary, c'est-à-dire, en définitive, la "philosophie" psychédélique des gauchistes californiens de San Francisco qui est la pensée officielle, aujourd'hui, de la Silicon Valley - et des papy-boomers, soixante-huitards mitterrando-macroniens de gauche caviar. Donc, en fait, un AUTRE prométhéisme, qui n'est que la mutation du premier, la logique faustienne de deuxième génération. Held a bien anticipé quelque chose: cette nécessaire mutation du capitalisme qui, en France, s'est produite en mai 68 et que Michel Clouscard a parfaitement décrite (le "libéralisme libertaire").



Pour cette raison, cette raison seulement, mais elle est importante du point de vue de l'histoire sociale, je garderai dans ma bibliothèque ce livre qui, littérairement, ne vaut rien.
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L'autofictif repousse du pied un blaireau m..

Je suis arrivée là par hasard. Il faut bien comprendre que je ne connaissais pas, que je débutais l'auteur, que je n'avais aucune idée d'où je posais les yeux. Et que je ne les y aurais jamais posés sans le challenge solidaire.



Il m'a fallu un petit moment pour comprendre ce que je lisais : un blog. J'ai cherché et trouvé, il s'agit bien d'articles de blog copiés collés en un livre de fait un peu particulier. Ou étrange. Ou bancal. Parce qu'il n'y a ici qu'un ensemble de phrases mises ensemble où le sens s'est perdu. Je veux dire, perdu le jour même où cela a été écrit. Chaque jour, le sens n'est pas. L'absence même de sens crée un décalage fatiguant et perturbant, le temps de comprendre que les 3 paragraphes du jour n'ont simplement pas de liens entre eux et que c'est tout à fait normal. Trois notes disparates, trois fragments d'une journée fictionnelle ou réelle, selon ce qui lui passe par la tête. Le voilà, le sens. Toute à ma nouvelle compréhension (il n'y a pas de lien), j'ai pu reprendre l'ouvrage.



Parfois j'ai lu avec plaisir une phrase ou une autre, mais elles se perdaient rapidement dans l'absurde ou le désintérêt. J'hésite à parler de surréalisme, vu que ce n'est pas constant là non plus.



Il faut lire par petits bouts, par instants, par humeurs sans doute aussi, pour ne pas le rendre fade (mais ainsi par contre, risquer la lassitude). Il faut fouiller alors, plonger, trier, jeter pour sourire un peu et y trouver quelques trésors.



C'est ainsi que j'ai lu le 2 octobre (et comme ça m'a fait du bien) :

"Autisme, paranoïa, dépression, dyslexie... nous donnons aujourd'hui des noms de maladies à toutes nos façons d'être. "



À l'inverse, certains textes m'ont crispée jusqu'à la nausée (rien avant, rien après, pour expliquer) :

"Oui, j'ai éventré cette femme enceinte de jumeaux après avoir égorgé son père grabataire en beuglant des chants nazis. Je n'ai trouvé que ça pour connaître mes vrais amis".



Trop souvent, elles sont de cet ordre, courtes, absurdes, toujours isolées d'un contexte quelconque :

"Laisse mon bison en dehors de tout ça, veux-tu ?" qui ne doit avoir de sens que pour l'auteur. Mais il vaut mieux ne rien comprendre qu'assister à un meurtre, j'imagine, même cynique.



Le tout saupoudré de clashs sur des auteurs qui en prennent pour leur grade sans avoir rien demandé (ou je ne suis pas au courant d'une guerre contre Éric-Emmanuel Schmitt, tout est possible évidemment).



Non vraiment, il est difficile de donner son avis sur un bison perdu ou un blaireau mort. Je n'ai pas su quoi en penser, forcément.



Au moins est-il à demi-lucide lorsqu'il dit (toujours en octobre) "je flirte avec l'illisibilité". Pour ma part il ne flirte pas, il sombre.
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