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Otherlands


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Diabolo44
  19 mai 2019
Aux douze coups de minuit... de Emmanuel Delporte
J'ai donc lu ce recueil qui vient d'être réédité chez Otherlands avec une très belle couverture (bien plus belle que la première).

Je l'abordais confiant : concernant les talents d'Emmanuel Delporte, je ne suis plus un homme à convaincre, tant pour les romans (avec le dantesque et crépusculaire "Stalingrad") que pour les nouvelles (lisez notamment son "Olympus Mons" dans l'anthologie les Migrations du Futur chez Arkuiris, ou son "Îlot zéro" dans l'anthologie Dimension aéropostale chez Rivière blanche).

Avec Aux douze coups de minuit, on a affaire à un mélange de fantastique et de SF, qui ont lieu ici ou là, bien que souvent en Bretagne (ce qui n'est pas pour déplaire au Breton que je suis). Des courtes et des longues, des thèmes a priori assez éloignés les uns des autres, mais pourtant la mayonnaise prend très bien, d'abord parce que l'horreur n'est jamais loin et qu'elle sert de liant à tout cela.

Certaines m'ont semblé un tout petit peu en dessous des autres, notamment celles aux accents les plus lovecraftiens, mais c'est très personnel : je ne suis pas fan de Lovecraft, je le vois un peu trop à toutes les sauces.

Cela dit, le style de Delporte est si affûté et si puissamment évocateur qu'on ne s'ennuiera pas un seul instant.

Outre le style, il y a autre chose que j'apprécie fort chez cet auteur, au risque de me répéter un peu par rapport à ma chronique sur Stalingrad, où je le disais déjà : avec lui, rien n'est jamais gratuit. Ni la violence, ni l'horreur, ni le surnaturel. Il y a toujours une réflexion, un questionnement, une intention derrière.

Voici quelques unes des questions auxquelles ce recueil tente de répondre :

- Comment ce serait, si c'était l'homme qui devenait le bétail pour une autre espèce ?

- La folie et la perversité sont-elles innées, acquises, ou un peu des deux ?

- Jusqu'où l'homme pourrait aller pour "gagner en productivité ?"

- Est-ce que la solitude rend fou ?

- La responsabilité des parents dans le devenir et le destin de leurs enfants (un thème récurrent, qui lui non plus n'est pas pour me déplaire).

En somme, une belle réussite, pour un texte figurant pourtant parmi les premières publications de l'auteur, qui a sans aucun doute de très beaux jours devant lui.
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Murphy
  23 décembre 2017
Lieux magiques et mystérieux de Johanna Almos
Sans aller jusqu’au coup de cœur, j’ai été particulièrement emporté par les 3 textes suivants :



Des lumières dans la zone – Sylwen Norden : Des enfants s’aventurent dans une zone interdite, réputée toxique, et découvrent ce qui s’y cache réellement…

Un texte SF philosophique simple et efficace, comme je les aime. Le côté poétique et merveilleux du lieu m’a rappelé certains Bradbury, lui aussi expert dans les ambiances merveilleusement désespérées.



Pas de deux – Anthony Boulanger et Emilie Milon : Une femme en quête de vengeance essaie de retourner au bal surnaturel où sa sœur a été assassinée…

Ici, ambiance poétique et mystérieuse au menu. Le lieu choisi est original car toujours changeant, et l’intrigue bien menée, à l’image d’une valse. Je ne suis pourtant pas fan de vampires « romantiques » mais ici, on ne fait pas dans la mièvrerie, bien au contraire. Une très bonne surprise.



La main d’Océane – Soranne Begaro : Une enfant découvre la face cachée de son immeuble et y voit une parfaite façon d’aider son grand frère et sa mère…

Ici, on s’attache vite aux personnages et le lieu reste globalement en retrait, comme une présence invisible dont la force grandit à chaque page. Une lecture entraînante, un style au service de l’ambiance et une « menace » intrigante d’autant plus glauque qu’elle est montrée comme quelque chose d’enfantin. Que demander de plus ?





Place à mes 4 coups de cœur à présent, autant pour le style que les idées !



Dans le secret de la mangrove – Amria Jeanneret : Une femme visite un marécage légendaire dans l’espoir de retrouver son défunt enfant…

Ce drame très réussi, qu’on comprend au fil des pages, entre les mots, et qui se mêle à un récit de hantise est vraiment plaisant. Tout en subtilité, l’ambiance nous entraine jusqu’au point de non-retour et s’achève sur une note sombre à souhait.



Les leurres de l’immuabilité – Ange Beuque : Une clairière s’éveille et découvre les humains qui vivent sur son territoire…

Un récit particulièrement original et entraînant ! Cette fois, notre point de vue est celui du lieu lui-même ! J’aurais aimé avoir une telle idée. Un petit bémol, malheureusement inévitable : je me suis peu identifié aux personnages car ils sont vus par un œil extérieur et s’enchaînent relativement vite. Mais l’histoire de ce lieu passionnant m’a vite fait oublier cet aspect.



Divine connexion – Mélodie Gervais : Dans un futur lointain, des chercheurs enquêtent sur les divinités que vénéraient l’ancien monde : la divinité mère se nommant Internet…

Un pur coup de cœur pour ce texte, aussi court qu’original, entraînant, amusant et en un sens glaçant. Pas du tout le genre de texte auquel je m’attendais dans ce recueil (je m’imaginais évidemment des récits d’horreur et d’épouvante) ; c’est donc une excellente surprise.



La bibliothèque de Souk El Bakhr – Philippe Fauché : Un homme fait la découverte d’une bibliothèque étrange, d’aspect banale en extérieur, pleine de surprises à l’intérieur, elle recèle aussi quelques dangers implacables…

On entre tout de suite dans l’intrigue, on s’imagine derrière le personnage à vouloir absolument en savoir plus sur cette fameuse bibliothèque. Tout se fait en simplicité, naturellement, on se laisse guider avec plaisir entre les étagères de ce lieu bien particulier. Je m’attendais à la chute finale mais ce n’est vraiment pas une gêne majeure tant la lecture a été bonne.



Les autres textes n’ont rien de mauvais. Tous ont de bonnes idées et un style propre. C’est une simple question de goûts et de couleurs. Par exemple, certains contes et légendes ne m’emballent pas vraiment : c’est le cas de Peter Pan ou de la mythologie nordique. Deux textes de l’anthologie s’y penchent justement mais aussi bien faits soient-ils, le blocage ne s’est pas défait.



Découvrir ces 18 morceaux d’imaginaire est resté un véritable plaisir et je pense sérieusement à suivre certains auteurs de près pour connaître leurs autres méfaits littéraires.



Murphy Myers
Lien : http://murphypoppy.canalblog..
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Diabolo44
  09 décembre 2017
Mémoires de corps de Johanna Almos
C'est l'autodérision de cette auteure qui m'a poussé à ouvrir un jour la porte de sa prose. Dans un salon, elle avait écrit sur un panonceau un truc du style : "déprime assurée, à offrir à votre pire ennemi. Xanax non fourni".

Je fais partie des gens qui pensent que l'autodérision est toujours bonne conseillère, et ce n'est pas encore cette fois-ci que je changerai d'avis.

Ce recueil est un grand recueil, où le fil rouge – le corps donc, et il est bien souvent rouge, c'est ainsi – est toujours présent et comme inexorable, mais sans jamais faire redondance.

On aime ce "fantastique léger", par petites touches de gouache, qui interfèrent avec la réalité sans la métamorphoser plus que cela.

On aime ces personnages récurrents que l'on n'a pas reconnus tout de suite, qui sont réintroduits avec adresse et à-propos, quelques nouvelles plus loin, et que l'on est content de retrouver, comme des vieux amis à qui on a envie de demander : "et toi vieille branche, qu'est-ce que t'es devenu depuis la dernière fois ? Aah oui... quand même !"

On aime ce côté "écorché vif", ce côté "écrit avec les tripes"... C'est plus que jamais le moment de le dire ! On s'y reconnaît, on se voit dedans.

Un recueil avec beaucoup de points forts, et bien peu de points faibles, c'est assez rare pour le signaler.

Le sujet est là, toujours, bien visible ou sous-jacent, ce corps dans lequel on est né, ce corps qui grandit, ce corps qui se forme, ce corps qui triomphe, ce corps qui jouit, ce corps qui souffre, hélas, et qui un jour, nous abandonne.

Ce n'est pas un recueil toujours gai, certes, mais il n'est pas non plus dénué d'humour, et je ne suis pas sûr qu'il faille prendre celui de l'auteure au pied de la lettre, et le déconseiller aux neurasthéniques. Ce qu'elle a sans doute voulu dire par là, c'est que ce n'est pas un recueil qui a pour seul but de divertir ; le lecteur de consommation courante sera indubitablement déçu, car ici on lui demande de réfléchir. Mais excusez-moi, putain qu'est-ce que c'est bon !

On referme ce livre avec une seule envie : profiter de ce corps, tant qu'il nous tient.

Merci, Johanna Almos.
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