AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

André Versaille éditeur


Livres les plus populaires voir plus


Collections de André Versaille éditeur



Dernières critiques
Bel-Ami
  12 décembre 2019
Le Diable de Léon Tolstoï
Je reviens après un long moment d'absence pour vous partager mes impressions à l'égard de cette merveilleuse nouvelle. Si j'ai pu lire qu'elle avait une dimension religieuse trop insistante, dans un pays si déchristianisé que le nôtre, je dois avouer que c'est bel et bien ce qui m'a plu ! Dans une société où l'argent a évincé les valeurs morales, il me semble particulièrement singulier qu'on puisse trouver cette nouvelle dans un supermarché ... Serait-ce le signe d'un retour aux valeurs chrétiennes ? Non, absolument pas, simplement l'aveu que nous avons rarement fait mieux depuis en matière de littérature que ladite littérature russe des siècles passés. La concentration qui incombe aux nouvelles de manière générale y est ici prodigieusement alliée à la subtilité.
Commenter  J’apprécie          10
nadiouchka
  06 décembre 2019
Le Diable de Léon Tolstoï
Pour ne pas perdre l’habitude, surtout qu’elle a été prise, cette fois je vais un peu parler d’un livre de Léon Tolstoï (Толстой Лев Николаевич : 1828 – 1910), « Le Diable » (Дьявол). Ce livre a été écrit en 1889 et publié en 1911 ( à titre d’œuvre posthume).



Cet ouvrage est composé de vingt chapitres mais n’est pas très épais.

La particularité de ce livre, c’est qu’il a une certaine forme de morale religieuse.

On voit le jeune Eugène Ivanovitch Irténiev qui hérite d’une propriété pas très florissante, mais il hérite aussi de dettes laissés par son père, et là c’est beaucoup moins agréable. D’autant plus qu’il espérait une carrière brillante après une excellente éducation : il avait terminé brillamment des études à la faculté de droits de Saint-Pétersbourg – il avait d’excellentes relations dans la haute société, au point de pouvoir entrer au ministère.

Eugène a un frère aîné, André (officier) et tous deux recevaient de leur père, une certaine pension. Par contre, il ne s’occupait pas du tout de son exploitation – il préférait laisser faire son gérant.



Pour les dettes, Eugène avait l’espoir de s’en sortir et des solutions se présentaient pour ce domaine Sémionovskoié (4.000 déciatines de terre, de magnifiques prairies, une raffinerie ...)



Eugène, pour le moment libre de tout lien de mariage, finit par nouer une relation avec une paysanne (Stepanida, sur les conseils du vieux Danilo ). Mais cela n’était pas suffisant pour asseoir une bonne réputation à Eugène qui rêvait de mariage – mais un mariage « honnête », un mariage par amour. Il avait beau regarder les jeunes filles, il n’arrivait pas à se décider. L’ennui, c’est que sa relation avec Stepanida continuait.

Puis, enfin, à l’automne, Eugène fait la connaissance de la famille Annensky où se trouve une toute jeune fille (Lise), droit sortie du pensionnat. Eugène s’amourache d’elle et lui demande de l’épouser. - au grand dam de sa mère (Marie Pavlovna), car Lise n’a pas de réelle fortune. Et c’est là que les rapports avec Stepanida se terminent.



Mais qui est « Le Diable », dans tout cela ? Peut-être est-ce la femme ou les femmes ? C’est que notre Eugène finit par rencontrer, par hasard, Stepanida et tout bascule.



Il faut signaler que la jeune épouse, Lise, est plutôt frivole. Elle avait pris l’habitude de s’amouracher de tous les hommes rencontrés et, apparemment, son mariage ne la calme pas longtemps.



Dans ce récit de TolstoÏ, ça « transpire » de religion chrétienne : da, da...

‘Le diable » occupe l’esprit et le corps de ce pauvre Irténiev.

En parlant de corps, je rajoute un peu de mystère avec ces dernières lignes :

« Ni Lise ni Marie Pavlovna ne pouvaient comprendre comment cela était arrivé, et, surtout, ne pouvaient se ranger à l’opinion des docteurs qui prétendaient qu’il était psychopathe, demi-fou. Elles ne voulaient point admettre cela, car elles savaient qu’il était beaucoup plus sensé que la majorité des hommes qu’elles connaissaient. Et, en effet, si Eugène Irténiev était un malade psychique, alors tous les hommes le sont également, et parmi eux les plus malades sont ceux qui voient les indices de la folie chez les autres et ne les voient point en eux-mêmes. »



Vous avez deviné ? Sinon, mieux vaut lire « Le Diable » car c’est vite fait.



Comme il faut bien conclure (vous remarquez que je laisse planer le doute), on peut dire que l’écriture de Tolstoï démontre, encore une fois, son talent.



Après cela, si vous voulez en savoir plus, vous pouvez vous reporter aux autres critiques où vous trouverez de nombreux autres détails.

Moi, j’arrive en bout de course.







+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          301
LesPetitesAnalyses
  30 octobre 2019
Le Diable de Léon Tolstoï
L'air peine à se rafraîchir quand la pénombre envahit Madrid. le dernier employé sort par une porte dérobée sur la Plaza Murillo et les effluves ne trompent personne sur l'heure du dîner; cela sent l'épicé, la friture, la tomate. Au musée du Prado, le conservateur n'a pas encore faim. Tel un rituel, il s'installe dans la salle où est accroché le célèbre triptyque de Jérôme Bosch: le Jardin des délices. Une oeuvre magistrale où chacune des trois parties vient nourrir la suivante afin que l'ensemble crée une véritable histoire.



On pourrait attribuer ce même terme de triptyque à trois nouvelles de Tolstoï: le Bonheur conjugal, la Sonate à Kreutzer ainsi que le Diable. Des écrits qui s'alimentent les uns les autres autour d'un thème commun – le couple – et qui mettent en lumière la vie de l'écrivain russe dans son rapport pratique à la religion chrétienne.



La nouvelle “Le Diable”, dont il est question ici, va un pas plus loin que ses consoeurs quant aux descriptions de l'amour physique. Tolstoï se met dans la peau d'un jeune homme qui a des rapports sexuels fréquents avec une paysanne. Certes nous somme loin d'une d'histoire érotique ou pornographique mais l'écrivain russe effleure la sensualité quand il décrit la relation entre Eugène Irténiev et Stépanida:



« Il sentait qu'il marchait dans le jardin, et il se disait qu'il réfléchissait à quelque-chose, mais il ne réfléchissait à rien, il attendait follement Stépanida, il attendait que par une sorte de miracle elle comprenne à quel point il la désirait, que brusquement elle vienne ici ou en un autre endroit où personne ne les verrait, ou bien encore par une nuit sans lune, où personne ni elle-même ne verrait rien, qu'elle vienne par une telle nuit, et qu'il touche son corps »



Tolstoï met le doigt sur ce qu'on appellerait aujourd'hui… « un plan cul ». A l'instar de la Sonate à Kreutzer, le narrateur se retrouve face à un dilemme dont il a bien du mal à s'extraire. L'amour passion ou l'amour de raison? le plaisir sexuel ou le sexe uniquement pour procréer ? le couple reconnu socialement ou l'illégitime ? La richesse ou la paysannerie ? Dieu ou le Diable? En soulignant ces contradictions Tolstoï en fait ressortir l'origine de l'époque: La religion chrétienne, celle qui déteste le corps et les femmes.



Le Diable, parachevé en 1909, soit peu de temps avant la mort de Tolstoï, est l'écrit de Tolstoï où l'on sent l'auteur russe venir se heurter au plafond de verre de ses réflexions sans jamais arriver à le faire voler en éclats.



En prenant pour exemple la vie du personnage de fiction Eugène Irténiev, nous pouvons remarquer que la morale tolstoïenne fait un aveu de faiblesse. Face à son problème, le narrateur ne voit que le suicide ou le meurtre comme seules solutions possibles. En passant d'un extrême à l'autre, Irténiev fait l'impasse sur des solutions rationnelles car celles-là nécessitent un choix, une prise de responsabilité humaine. Mais comment arriver à des choix heureux et raisonnés quand on pose pour toute prémisse que Dieu est au dessus de tout?



Le Diable restera cette nouvelle où la morale tolstoïenne montre sa propre limite. Tolstoï pouvait tout penser, tout écrire, à condition de ne pas vraiment remettre en question Dieu. Il en va de même de certaines contradictions dans sa vie: ou comment penser l'abstinence sexuelle … mais, quand même, avoir treize enfants (sic)



Enfin, il n'en reste pas moins que le triptyque le Bonheur conjugal, la Sonate à Kreutzer et le Diable mérite d'être lu dans cet ordre tel le conservateur du musée scrutant, de gauche à droite, le tableau du Jardin des délices.
Lien : https://lespetitesanalyses.c..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          305