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Mercure de France

A l'origine, Le Mercure de France est une revue française fondée en 1672 sous le nom de Mercure Galant. Elle devient une maison d'édition au XXe siècle, et publie les premières traductions de Nietzsche en français, l’éditeur publie les premiers textes de Paul Claudel, Colette, ou encore Guillaume Apollinaire, et Romain Gary y publie les romans signés Émile Ajar, qui lui permettent d’obtenir deux fois le Prix Goncourt.

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tilly
  18 décembre 2017
Monsieur Henri de Pierre Charras
Dans une veine très différente de ses autres romans (noirs pour la plupart), même si c'est aussi un roman.



Il doit bien exister une catégorie littéraire pour ce type de texte qui développe une fiction nouvelle en s'appuyant sur une oeuvre existante, sur ses personnages, sur la vie de son auteur. Des histoires de lecteurs qui veulent dépasser le roman qu'ils lisent et se lancent sur les traces d'un personnage dont ils devinent qu'il existe ou a existé. Des histoires de rencontres de hasard avec des personnes qui ont inspiré un roman, une oeuvre. Des hommages à la littérature par la littérature.



Monsieur Henri virgule, parce que c'est une lettre qu'un admirateur qui vient d'avoir cinquante ans adresse à Henri Calet en 1994, bien des années après la mort de l'écrivain.



Il commence par expliquer à Monsieur Henri comment il a découvert ses livres, s'est attaché à son histoire compliquée, à sa vie fracassée.



Il lui raconte ensuite sa rencontre avec Eva quelques années auparavant, en 1988. Un jour il se trouve assis au théâtre à côté d'une belle femme beaucoup plus âgée que lui. S'apercevant fortuitement de la dilection de son voisin pour l’œuvre de Calet, elle lui fait une révélation-cadeau sensationnelle : "Je suis un personnage de Calet". Et raconte : elle est la cliente de Marie Matutini, l'esthéticienne dans Les Deux Bouts (1954). Un tout petit rôle dans la chronique de Calet, mais pas si petit dans sa vie, puisque leur histoire a duré quelques mois.



S'en suit une belle et rare amitié, respectueuse et fervente, entre Eva et le narrateur. Et puis Eva meurt. le narrateur ravagé, écrit aussitôt à Calet pour lui faire part de leur perte commune et lui recommander de "mettre les petits paradis dans les grands pour l'accueillir".



Un narrateur, mouais, d'accord, si on veut. Moi, on ne m'empêchera pas de penser que c'est Pierre Charras qui écrit à Henri Calet, point. Même si il noie un peu le poisson en faisant du narrateur un professeur de lycée, mal dans sa peau, mal en ménage, mal dans sa vie.



Mais si malgré tout je me trompe, si Pierre n'a jamais rencontré Eva, si l'histoire d'Eva et d'Henri n'a jamais existé, alors il reste que "Monsieur Henri," est une magnifique déclaration d'amour littéraire autobiographique, et rien que cela c'est formidable, simplement.

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Warrenbismuth
  18 décembre 2017
Le dernier mot de Gisèle Fournier
Une femme dont nous ignorons le nom décide de prendre la plume pour exprimer son mal-être, sa dépression et sa fatigue de vivre. De vivre dans les conditions actuelles de son environnement personnel. Son mari ne l’aime plus et la délaisse. Certes ensemble ils ont eu une fille (Émilie, enfant qu’elle ne voulait pas, la seule qui aura une identité dans ce roman, ce n’est pas un hasard) mais l’homme a accaparé celle-ci dès son adolescence par le biais de la peinture pour isoler la mère qui semble sombrer dans la folie. L’homme, volage, tente bien une virée du côté de l’Espagne pour que le couple se ressource et se ressoude puisque Émilie a quitté le domicile conjugal. Ils ne parviennent pas jusqu’à leur but. La femme se sent trop mal psychiquement, épuisée, comme détruite, victime d’un fardeau trop lourd à porter. Elle se sent en effet dénaturée, epiée en permanence, comme victime d’un vaste complot. Le couple s’arrête néanmoins dans un petit port. La femme voit dans un filet que remontent des pêcheurs un corps féminin, sans vie. Son mari n’y ayant vu que des poissons la décrédibilise. Pourtant, dans le journal du lendemain, un article fait part de la découverte d’une femme dans un filet de pêcheurs. Et si le mari était coupable ? Par sa dénégation ? Son attitude sur la défensive ? La femme en est certaine, quand ledit mari est retrouvé défenestré. Ce roman est découpé en deux parties distinctes : le carnet intime de la mère, tantôt en narratrice, tantôt témoin de sa propre vie, une seconde voix parlant à la troisième personne, qui serait une sorte de conscience, de lucidité, de garde-fou. La seconde partie est tenue par les écrits d’Émilie qui font écho à ceux de sa mère. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les évènements ne correspondent pas du tout à ceux relatés par la maman ! Un court roman qui traite de sujets graves comme l’alcoolisme, la persécution, mais surtout la mythomanie et la perversion narcissique, l’emprise puis la victimisation. L’écriture y est chirurgicale, d’une précision extrême, les phrases longues alternant avec les courtes. Comment un être peut-il manipuler ses proches avec constance et sans discernement ? Une plongée stupéfiante au coeur de cette mythomanie dont il paraît indéniable que l’auteure en fut victime, tellement les exemples et les actions du quotidien collent parfaitement avec celles dont se souviennent d’autres victimes, elles aussi abusées, trahies, et parfois détruites. Tout sonne ici comme du vécu, c’en est effrayant de lucidité et de réalité : les crises de nerfs, les espionnages incessants, les inventions sans fin, la terreur pesant sur les proches. Un roman indispensable pour celles et ceux qui souhaitent approfondir leur réflexion sur la perversion narcissique, pour bien prendre conscience qu’un destin aussi machiavélique peut entrer à tout moment dans notre vie et qu’il est urgent de s’en prévenir. Un bouquin qui pourrait être un récit, sorti en 2010 chez MERCURE DE FRANCE, sa lecture laisse des traces, fait resurgir, chez les victimes des faits, des situations du quotidien qui, si elles mettent mal à l’aise, permettent de constater que cette pathologie n’est pas un cas isolé, ce qui peut en quelque sorte rassurer, et se dire que toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé (dans notre parcours) n’est absolument pas fortuite. Le goût laissé est plutôt celui du dégoût, un roman salutaire pour faire explorer la dangerosité extrême des pervers.es narcissiques et donner des pistes concrètes. Si ce livre peut paraître une fiction, je peux vous assurer qu’en fin de compte il n’en est nullement une, c’est ce qui fait son poids et son implacabilité, un roman d’une immense force. Merci Madame FOURNIER !

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Warrenbismuth
  18 décembre 2017
Ruptures de Gisèle Fournier
Un Jean-Marie fuit la ville après un burn-out au travail et dans sa vie privée, et vient s’installer sur les collines d’un hameau lugubre près de la frontière italienne. Seulement voilà, arrivé sur place ça épie, ça secrète, ça cache, ça se tait. Ne rien voir. Ne rien entendre. Adrien le bistrotier cherche à faire parler Jean-Marie sous couvert d’une amitié naissante : qu’est-ce qu’il est venu foutre là ? Qu’est-ce qu’il cherche ? Le seul compagnon de Jean-Marie est Chalilas, un chat errant qu’il a adopté, d’ailleurs lequel a adopté l’autre ? Adrien lui est un natif du village, mais il a eu la mauvaise idée il y a longtemps de partir s’installer ailleurs. Quand il est revenu sur ses terres natales pour retrouver ses racines, il était trop tard, il était désormais considéré comme un étranger. Dans le village, des évènements mystérieux se déroulent, des trafics sans aucun doute. Mais l’omerta règne. Sur fond de ce refrain des « imbéciles heureux qui sont nés quelque part », le scandale de l’amiante. Omerta là aussi. Le boulot que Jean-Marie vient de plaquer consistait à accompagner les travailleurs touchés par la contamination à l’amiante. Là aussi, tout le monde savait, même si les pouvoirs publics le nient une fois que la toxicité du matériau est démontrée. Et puis il fallait du boulot. L’amiante interdite aurait entraîné du chômage, la fermeture des usines. Et surtout il y avait les lobbies, le poids invisible, de quoi baisser les bras et fermer les yeux. Là aussi. Dans un décor minimal et par des phrases tantôt longues tantôt très brèves, Gisèle FOURNIER plante un roman intimiste, efficace, avec ce rêve du retour à la terre qui s’avère rapidement un cauchemar, qui finit par faire regretter la vie « d’avant », celle où on se faisait chier. Au moins on était en sécurité, anonyme au milieu des autres, étouffé mais satisfait. Gisèle FOURNIER sait dépeindre l’âme perdue dans un contexte isolé, ce qui est l’un des thèmes principaux de sa bibliographie. Ce roman est court, amère, acide, il paraît parfait pour affronter l’hiver rigoureux.

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