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    mailys_babelio le 01 août 2019
    Le bruit des ventilos et les odeurs de crème solaire ne trompent pas : l’été est bel et bien arrivé chez Babelio ! Les plus chanceux d’entre vous sont peut-être même déjà en vacances. Et quoi de mieux que de lire un bon polar au bord de la piscine pour oublier une rentrée qui approche trop vite.

    Nous vous proposons, dans le défi d’écriture de ce mois-ci, d’inventer un récit policier qui se déroulerait dans un cadre dépaysant et estival.



    Soleil, plage, mojitos et crime ?

    Alors que vous vous prélassiez au soleil à l’occasion de vacances bien méritées, vous êtes témoin d’une mystérieuse disparition. A vous de mener l’enquête et d’écrire un récit à suspense dans le genre du polar.

    Comme d’habitude, la taille de votre contribution est libre et vous avez jusqu’au 31 août minuit, pour nous soumettre votre texte en répondant ci-dessous. Le gagnant remportera un livre. J’attends vos textes avec impatience !
    le_nouvel_homme_invisible le 06 août 2019
    Le petit cercle a disparu

    Je suis enfin parvenu à me hisser sur une barque afin d’aller faire un peu de pêche. Cela n’a pas été évident, au début, car je crains l’eau plus que mes pires cauchemars ! En effet, ce que j’ai vécu avant d’être débarqué sur les rives de l’Irlande, en juin 1857, planqué dans les cales sur un vieux gréement, m’avait définitivement décidé à ne plus mettre en danger ma carcasse humaine en me mesurant aux vagues. Je me rappelle ces instants affreux: j’avais faim et mes derniers biscuits se faisaient rares. J’allais crever tel un rat perdu au milieu de nulle part !Tanguant dans un cercueil détrempé, j’avais dérivé deux semaines… Juré, Herbert n’irait plus jamais sur la mer ! 

    Finalement, ma belle Kitty aux cheveux de sang ayant réussi à me persuader (je me suis laissé prendre par un charmant visage), je décidais, après plus de quatre années les pieds plantés dans l’herbe grasse, de retenter l’expérience de la mer. L’irlandaise aux yeux émeraude m’avait expliqué les gestes de base du marin et narré la vie que les gens expérimentent au large. J’avais entraîné mes gestes halieutiques à terre, salissant le filet dans le sable gris de la plage. Inquiet, je me suis rendu ce matin au débarcadère afin qu’un pêcheur me cède une barque. Je lui ai payé ce frêle esquif, ce minuscule navire, une dizaine de livres sterling avant de quitter, tendu, les rives qui avaient vu ma venue en cette république. 

    L’air est frais car c’est l’aube. D’autres marins quittent l’anse abritée des quais et hissent leurs carrés de chanvre afin de gagner le large au plus vite. Je m’arrange du mieux que je peux, inculte que je suis dans l’art d’appréhender les vagues ; je suis tel un jeune gamin qui décide de quitter ses parents avec un simple sac en cuir dissimulant ses petites affaires de fugueur, sans idée de ce qu’est la vraie vie. 

    Arrivée à une distance que je juge respectable de la rive (je veux la distinguer sans plisser les paupières), je lance mes filets sur le flanc gauche de la barque et j’attends. C’est à partir de cet instant que je me dis que, finalement, ce n’est pas si mal… Il suffit de jeter les filets et d’attendre que passent les heures, en regardant fuir les nuages et trembler les reflets d’argent à la surface de l’eau. Le seul geste qui nécessite un peu de puissance est celui qui ramène les mailles chargées de belles pièces frétillantes, aux écailles irisées, aux yeux circulaires blancs qui ne se ferment jamais… Il faut faire travailler ses muscles en un seul déplacement des bras et sept truites de belle taille s’affalent dans le bateau! 

    Heureux de ma prise, mais inquiet de sentir le sable à mes pieds, je rentre vers Ardfield un peu avant les autres marins. A peine arrivé, je m’engage sur le petit chemin de terre battue qui me ramène devant ma cabane. C’est à cette minute, je pense, (il me sera affirmé plus tard, qu’en fait, ça date déjà de ce matin !) que ça a basculé dans un délire de dingues…

    Un lieutenant en chausses blanches se tient étrangement raide, devant les planches fermant ma pauvre baraque. Il tient un petit cahier à la main. 

    « Herbert ? » demande le gradé en plantant ses yeux dans les miens. « C’est bien ta misérable identité, n’est-ce pas ? » Je balbutie une affirmative en laissant filer mes prises. « Il a été dit que, depuis quelques minutes de lecture, il manque ici et là un petit cercle. Un amateur de mystère, qui me suit du regard depuis sa chaise, a validé cette absence. Et il n’est pas le seul ! Ha !» 

    Ne saisissant rien à ce galimatias, et prenant le lieutenant en tant que simple barbu déguisé désireux de m’ennuyer, je cherche ma clé afin de rentrer. « Jeune étranger ! » enchaine le militaire « Il faudra venir dans l’heure à la caserne, afin que la lumière jaillisse de ce miracle ! » 

    Je n’imaginais pas qu’il me fallut en arriver là : d’un large geste, je fais valdinguer ce type en grand manteau qui m’empêche de pénétrer ma demeure. Un petit cercle se fait la malle et je devrais être tenu fautif ! Zut et re-zut ! Par Saint-Patrick ! Je m’y refuse !

    A peine dans ma cuisine, je me mets à chercher mes truites. Disparues elles-aussi ? Ça devient très étrange, vraiment ! Et de quel petit cercle parlait-il, ce gugusse à képi ? Ha ! Elles trainent sur le palier ! Suis-je distrait ! Je repasse à l’extérieur. Juste en face, je remarque que la mer n’est plus là ! Pas le temps de réfléchir à ce qui se passe, car sa matraque me rate de peu : ce malade garni de passementeries a tenté de me fracasser le crâne!

    « Herbert ! » hurle quelqu’un depuis les hauteurs. (Est-ce un ange dans un nuage ?) « Ne fais pas l’imbécile ! Ce n’est pas un petit cercle banal qui a disparu ! C’est plus que ça ! Le lieutenant va te l’expliquer au mess. Suis-le ! »

    « Mais, et l’eau de la mer ? » Je hurle vers les cieux un cri enragé. « Les eaux de la mer, hein ? Elle n’est quand même pas partie naturellement, l’eau de la mer, hein !? Hé ? »

    En fin d’après-midi, enfin calmé, j’ai été présenté au capitaine E. Perk. Il m’a versé un grand verre d’eau fraiche. Je l’ai vidé rapidement, en regardant les murs gris de la caserne qui semblent pleurer de tristesse. 

    « Ce qui arrive est grave ! » m’explique-t-il « Il peut sembler étrange de vivre ainsi, mais il faudra bien s’y habituer : un petit cercle a disparu et la mer, désireuse de prêter assistance, s’est vidée de ses eaux afin de suppléer à cette perte. Hélas, elle ne peut rien faire : les vagues réintègrent en cet instant le bassin gaélique. Il y a eu un sacré micmac ici, depuis que quelqu’un s’est hissé sur une barque afin d’aller faire un peu de pêche ! Rendez ce cercle, Herbert, et je jure de taire le cas à mes supérieurs ! »

    « De quel cercle parles-tu, capitaine ? » Je tente la familiarité, ayant déjà bu quelques pintes avec le gaillard quand il n’était pas de service. C’est lui qui avait enregistré ma venue en ces terres, je m’en rappelle bien ! Si la mer m’effraie, je ne crains pas les humains, ni même les irlandais ! 

    « Herbert ! Ne saisis-tu pas les ennuis générés par cette… par cette… heu, par cette… » Il hésite puis dégueule d’un trait « par cette absence ? » (Il lui en aura fallu du temps afin de finir sa phrase, tiens !) « Tant que ce petit cercle n’aura pas réintégré sa place parmi les vingt-cinq autres signes, il sera pénible de parler, d’écrire...

    Je lui viens à l’aide en riant : « De lire, peut-être aussi ? »

    Alirbaba le 06 août 2019
    Le secret du Gouf

     

    Je viens tous les étés à Capbreton depuis 30 ans. C’est l’endroit où je me ressource le plus, celui qui me confère une sérénité hors nomes. Celui qui me donne envie d’écrire, de peindre, de flâner, de prendre un peu de temps pour soi. C’est ma thérapie, mon moment d’introspection. Mon refuge.

    J’y aime son silence au-delà du bruit des touristes, le vibratto de ses écumes, le radiant de son soleil, les bienfaits de ses nuages, l’odeur rassurante de ses pins, la beauté tranquille de ses surfeurs, le recueillement dans sa chapelle de la Plage, la présence discrète des pêcheurs dans son port.

    A Capbreton, je suis une autre. Ou moi-même. Au calme, je respire la discrétion.

    Dans ma villa, dans le triangle d’or du village, je suis à l’abri dans le jardin tapissé d’hortensias au nord et de bougainvilliers pour le reste des bordures. Je sirote une citronnade que j’ai confectionnée et je lis un livre de poche d’été que j’ai eu envie de lire en épluchant les commentaires sur mon site préféré Babelio.

    Prise dans son histoire, j’en avais oublié de traiter mon dernier achat. Deux jours auparavant, j’ai déniché dans un vide grenier, des anciennes cartes postales uniques à ma collection. Enfin, l’espérais-je ; parfois, le souvenir s’efface sur les 10 000 cartes postales que j’ai déjà.

    Je sors mes trouvailles. Elles sont 13. Je vibre par superstition du nombre et par frénésie de leurs valeurs ; ce lot est une correspondance entre une mère et son fils.

    Je sors mon album et leurs pochettes Mylar, comme au temps où j’étais responsable des fonds figurés aux Archives départementales où j’ai travaillé tant d’années. Je saisis mon ordinateur car en bonne professionnelle, le rangement ne suffit pas. Il me faut en faire un inventaire détaillé sur l’ordinateur sous .odt et pouvoir publier qui sait peut-être un jour, un instrument de recherches au format numérique pour me prouver certainement qu’après toutes ces années de vie, je reste dans le coup.

    Je saisis la carte des années 30. Le photographe est Marcel Delboy de Bordeaux. Il a beaucoup photographié les scènes de bain de mer. Ces cartes sont très poétiques, très représentatives également des us et coutumes et de l’histoire locale durant les Glorieuses dans les Landes et le Pays basque. Je n’ai pas eu le temps de les observer avec grande attention, un Monsieur hautain et au ton péremptoire me les a presque arraché des mains. Avec son canotier et son polo Ralph Laurent, il croyait m’impressionner en quadruplant le prix de vente. Il mettait un tel enjeu, j’ai eu le sentiment qu’il lui en coûterait sa vie s’il ne les avait pas, par esprit de possession. Il me les aurait demandé poliment, je les lui aurai probablement cédé, surtout s’il m’avait raconté l’intérêt qu’il avait à posséder ces cartes. Mais son agressivité envers moi, son sans-gêne m’ont poussé à faire une entorse à mon budget du mois. Ce n’est pas un homme quoi que plus jeune que moi et même séduisant soit-il, qui va me faire perdre pied. Même s’il a pourtant tenté de m’intimider en me soufflant au visage « le secret du gouf peut se révéler à vous, serez-vous à la hauteur?… ». Rien que d’y penser, je ressens encore le poids de son regard dans mon dos lorsque je quitte l’étal et m’éloigne de lui. Sur le moment, j’étais surtout fière d’avoir eu raison de son entêtement et de son manque d’éducation.  

    Je prends ma loupe pour voir les détails : le tampon de l’éditeur, les images plus floues de l’arrière-plan, la date du tampon de la poste [28 avril 1924]. Puis je lis le premier message :

    « Bordeaux le 16 avril 1924

    Mon bien cher fils,

    Chaque jour qui passe, je pense à toi. J’espère que tu es en bonne santé. La pêche est-elle bonne? Réussis-tu à t’entendre avec ton patron ? N’est-il pas trop dur avec toi ? Je te prie de bien prendre soin de toi.

    Je t’embrasse affectueusement.

    Ta mère qui t’aime. »

    Je suis émue. Combien de personnes liront dans quelques décennies mes cartes postales ? Ressentiront-ils toutes les émotions que j’ai souhaité faire passer ? Comprendront-ils cette histoire rapidement posée sur le papier ? Ma carte aura-t-elle son écho comme aujourd’hui ? Je peux en mesure toute la puissance en lisant la réponse de son fils :

     

    « Capbreton, le 5 juin 1924

    Ma bien chère Mère,

    Evidemment, je pense à vous.

    Unissant mes forces, hier soir à la pêche aux flambeaux en pleine nuit noire

    Ravissant le poisson

    Trouant sa peau

    Rougissant de sueur, je me suis vue penser à vous et à votre amour de mère.

    Espérai-je vous revoir bientôt ?

                                                                                           Votre fils Hugues ».

     

    Je la trouve poétique. La mise en forme est atypique. Je suis intriguée par la signature en décalée, comme s’il avait souhaité s’extraire du texte. Puis c’est une évidence… A ce moment précis, Capbreton ma douce, Capbreton mon antre n’est plus. En comprenant que ce texte est un acrostiche, je découvre qu’il recèle le mot MEUTRE.
    charlottelit le 06 août 2019
    Le secret du banc à la bibliothèque

    de mes vacances …




    Me rendant comme bien souvent à la bibliothèque, je vis un monsieur

    qui semblait un deshérité et qui se trouvait très mal en point




    je lui parlais tout doucement mais sans succès




    Après un bon moment, je me permis de le toucher pour le faire renaître à la vie et en le palpant, quelque chose de dur se projeta tout à coup sous mes doigts …




    J’étais dans tous mes états et combatis

    ma peur du résultat …




    Et oui ! Voici ce que je découvris …

    je ne vous dirai pas la suite au prochain épisode car je sais que vous mourez d ‘envie de savoir ce que je découvris …




    Je vis … Bobin, Verlaine, Yourcenar, Victor Hugo, Couplan et bien d’autres qui se pressaient sous son manteau et semblaient aux anges !




    Je décidai de quitter le banc le coeur tout flambant de reconnaissance pour ce monsieur qui cachait les auteurs que j ‘aimais tant !


    Charlottelit


    Salome20s le 07 août 2019
    Simple comme bonjour


    Olga.

    Olga avait horreur des photographes. Pour elle, les personnes qui prennent en photo d'autres personnes souffrent d'une névrose profondément ancrée dans le subconscient. L'origine du trouble ? Qu'est-ce qu'elle en avait à faire, elle détestait aussi la psychologie, de toute manière. En fait, Olga n'aimait pas grand chose. Ni grand monde, d'ailleurs.

    Quand elle s'extirpa du siège de sa voiture avancé à quelques centimètres du volant, la première chose qu'elle vit fut les flashs. Elle avait appris à tolérer cette habitude relevant du fétichisme puisque comme tout le monde, Olga partait quelques fois en vacances. Une église décrépie ? Flash. Un oiseau un peu trop coloré ? Flash. Un attroupement d'autochtones ? Encore un flash et deuxième pour la route.
    Sauf que cette fois-ci, la folie avait atteint des sommets. Les photographes, affublés de leur combinaison blanche en plastique, photographiaient... le sol. Pas un oiseau, pas un morceau de monument, pas un autochtone. Et encore moins un cadavre.

    « - Disparition ? siffla-t-elle un peu trop pour elle-même
    - Ça m'en a tout l'air. Signalée depuis bientôt un mois. Rien d'inquiétant au début, une histoire de bonne femme. Mais ça commence à chauffer maintenant. En plus, on a rien.
    - Je vois ça. »

    Sacrées bonnes femmes. Toujours prêtes à provoquer un scandale en pleine rue pour une histoire de regard, et surtout bonnes qu'à disparaître dès qu'on commence à s'intéresser à elles. Pour son plus grand bonheur, personne ne s'intéressait à Olga, elle avait donc tout son temps pour le faire à la place des autres.
    Elle avait commencé par une voiture. Et puis elle avait fini par postuler en tant que flic. C'était sa vision très personnelle du développement personnel. Bouger sans emmerder son monde et chercher, à l'occasion que de quelques macabres disparitions, la justice ou du moins ne serait-ce que son ombre.



    Rachel.

    Rachel maîtrisait l'art de l'ombre à paupière. Elle aimait utiliser ses doigts pour répandre la couleur généreusement sur ses yeux. D'après elle, les pinceaux ne servaient qu'à « édulcorer et à griffer ».
    Par contre, pour ce qui était du rouge aux joues, il lui fallait le meilleur en matière d'objets poilus. La vendeuse lui avait promis une application légère et régulière et c'est 20 euros plus tard que Rachel se rendit compte qu'elle était tout de même bien influençable.
    Tant mieux ! Cette petite brisure de fragilité qu'elle portait dans le regard en avait déjà fait fondre plus d'un.
    D'un coup sec et parfaitement contrôlé, elle entama sa pommette droite avec la lame d'un rasoir jetable dont elle avait fait sauter le contour en plastique. « On a tous une petite faiblesse glauque... » se disait-elle, admirant l'allure que lui donnait cette petite coupure. C'était, à ses yeux, « la preuve que l'être humain resplendit d'avantage dans la douleur ». Une petite guerrière adroitement fardée, voilà l'image d'elle-même qui lui plaisait le plus.

    La température avait atteint plus de 45 degrés et d'après la météo de son smartphone, ça risquait de durer encore longtemps. Ce n'était pas forcément les vaguelettes de chaleur qui faisaient transpirer le goudron qui l'incommodait le plus, Rachel était simplement exaspérée par ce syndrome capillaire insupportable, celui qu'elle surnommait « le fléau de la frange qui colle au front ». Quand elle sentait une mèche intimement vautrée sur la peau impeccable de son front, elle était certaine que tout était foutu en l'air. Avoir l'apparence d'une jeune femme fissurée, c'était le summum de l'élégance. Par contre, se payer la tronche d'une femme qui ne maîtrise pas ses cheveux en pleine canicule, c'était sauter à pieds joints dans la médiocrité.
    Heureusement, Rachel avait compté presque trois été pour comprendre enfin ce qu'il fallait faire. C'était aussi simple que bonjour : se laisser pousser les cheveux, les séparer en deux et les nouer dans un chignon extrêmement serré. Sentir la douleur du cuir chevelu qui s'étire des deux côtés... une petite souffrance anodine comme elle les aimait.
    Après avoir récupéré et vérifié son sac à main, elle avala deux comprimés. La première fournée de la journée, juste avant l'asseau de midi.
    « Prévenir avant de mourir », Rachel se le disait souvent.




    Olga.

    « -Tu ne vas tout de même pas me faire croire qu'avec zéro indice, pas même l'appel d'un proche inquiet, vous vous foutez déjà sur la piste d'un enlèvement ?
    - C'est pas aussi simple que ça, Olga. Les gars commencent à en avoir marre de ton esprit pratico-pratique.
    - De quoi tu parles ?
    - Tu le sais très bien. Tu n'es jamais vraiment avec nous, Olga. On dirait que ce qui te plaît dans le métier, c'est de soulever ce dont tout le monde se fout.
    - Ah, parce-que vous vous foutez de foncer tête baissée sur une mauvaise piste ? Rappelle-moi déjà qui a disparu ? Tu n'as absolument rien sur cette fille fantôme et tu prétends gérer la situation. Tu peux, au moins une fois, avouer que parfois, ne pas savoir...
    - La ferme ! Je vais te réexpliquer une bonne fois pour toute comment ça se passe, ici : il y en a qui réfléchissent sur les pistes, qui élaborent un plan dans l'unique objectif de ne pas perdre trop de temps entre l'alerte et le jour où on retrouvera cette fille. Et puis il y a ceux qui font ce qu'on leur dit et qui mettent en marche leur matière grise. C'est trop te demander, Olga ? »

    En fait, Olga avait l'habitude qu'on lui en demande un peu trop. Avec du recul, elle s'était rendue compte qu'après tout, la première entourloupe remontait à l'époque de sa naissance, quand on l'avait foutu sur Terre sans lui demander son avis. Quelques années plus tard, elle avait patiemment attendu la fin de ses années collèges pour enfin se rendre compte qu'on lui avait inconsciemment demandé de ne « pas trop en faire ». Mais faire quoi ? De quoi voulaient-ils tous parler, à la fin ?
    Sans le moindre mouvement brusque, elle avait quitté la table de son chef comme lorsque l'on quitte un collant : heureux d'avoir pu tenir la journée, on se fiche de faire le moindre accro lorsque le soleil se couche.




    Rachel.

    « Bordel, qu'est-ce qu'il fait chaud ». Elle en était certaine, quelque chose allait fondre sur son visage. L'ombre à paupière, la poudre, le rouge écarlate de ses lèvres...
    Oui, quelque chose avait fondu sur Rachel mais ce n'était pas son maquillage. Ça ressemblait plutôt à un homme, environs 1m80, vêtu d'un tee-shirt rouge et d'un jogging noir. Rachel l'avait tout de suite reconnu et avait tenté un petit sourire.
    « - Arrête ça », lui avait ordonné le type avant de se radoucir.
    « - Rachel, écoute, il faut qu'on arrête tout. C'est plus très safe et j'ai été contrôlé il y a quelques semaines. J'avais rien sur moi heureusement mais quand-même, faut tout stopper.
    - Mais de quoi tu veux parler, mon cœur ?
    - S'il-te-plaît...
    - Non, attends une seconde. Je crois que je viens de comprendre. C'est l'adrénaline, c'est ça ? Oh... mon chéri, je suis désolée mais j'ai un peu la flemme de jouer à ce jeu là.
    - Bordel Rachel ! Tu vas redescendre ne serait-ce que pour deux minutes ? Je sais pas si tu t'en souviendras demain mais écoute moi bien, j'arrête tout ! Et tant pis pour ton état, tant pis pour ma promesse, tant pis pour...
    - Tu ne peux pas... tu m'as promis après tout et tu sais que je ne laisserais jamais tomber.
    - Tu es encore perchée dans ton petit jeu de psycho-drame Rachel, j'ai bien voulu y croire quelques temps mais là je te dit que je vais sûrement me faire coffrer si je me calme pas un peu ! Tu ne pourras rien y faire cette fois-ci, c'est terminé. »

    L'asseau de 22h eut un goût de déjà-vu. La pire saveur du panel dans le petit régime de Rachel. En entrée, c'est à dire quand elle ouvrait les yeux vers midi, c'était un goût plutôt amer, comme après une nuit passée allongée la gueule ouverte contre les remous d'un océan. Pour le plat de résistance, vers 17h, la dégustation s’allégeait avec un nuage de délire mêlé à quelques soubresauts d'angoisse. Enfin, pour le dessert (Rachel avait toujours détesté le sucré), elle devait avaler une dose immense de souvenirs, de culpabilité et de désespoir. Quand elle avait de la chance, l'alcool et les cachets suffisaient pour stopper l'indigestion.

    Malheureusement, pour ce dessert nocturne, il y a avait un goût nouveau, comme un petit quelque chose de mon dieu, je suis en train de revivre ça.

    Le gars en jogging noir avait repris :
    « - Il va falloir que tu te fasses aider pour de vrai, Rachel. Tu ne peux plus continuer comme ça. Je connais des adresses, elles sont toutes chez toi sur des post-it. Il faut que tu arrêtes sérieusement, tu vas te foutre en l'air définitivement, un jour.
    - Mais, c'est précisément ce que je cherche !
    - Je ne t'ai pas tout dit. J'ai pas pu payer la dernière fois et je crois que ça craint. »




    Olga.

    Alors là, ça craignait vraiment. Déjà, un enlèvement mystère et puis maintenant une histoire de trafic de drogue. Toute l'équipe semblait patauger gaiement autour d'une nouvelle saga de l'été mais après Zodiac et Dolmen, Olga avait cessé de croire aux énigmes palpitantes.
    Malgré les 48 degrés affichés au thermomètre digital de sa voiture, Olga se rendit sur la scène du crime invisible.
    Puisque ces timbrés de photographes semblaient avoir ciblé quelque chose d'aussi intéressant que l'adultère du Prince Harry, il fallait qu'elle aussi soit au courant.

    Évidemment, il n'y avait rien. Du moins, pas avant les deux heures qu'Olga passa assise à sa voiture, toutes portières ouvertes.
    Salome20s le 07 août 2019
    Tandis que la lumière du jour baissait, une puissante odeur de parfum plutôt agréable envahit l'air.
    Après avoir exploré les quelques mètres carrés délimités par les banderoles, Olga remarqua une flaque d'eau. En y regardant de plus près, on aurait plus dit une sorte d'auréole sur le sol terreux de la scène de crime. Olga pouvait la voir très distinctement puisque c'était à présent l'unique point éclairé par le dernier rayon de soleil, encore brûlant. En se baissant vers la tâche, l'odeur de parfum saisit Olga à la gorge, avec la même violence qu'un type sous cocaïne.
    Elle dégaina son téléphone.
    « C'est Olga, je suis sur la scène du crime. Vous avez remarqué qu'au moins 50 litres de parfum,
    La vie est belle je dirais, avaient été rependus sur le sol ? Ça sent drôlement fort par ici, et je vous dit pas avec le soleil qui surchauffe directement cette piscine made in Lancôme ! »



    Rachel.

    Il fallait faire ça vite, il fallait faire ça bien. Rachel avait tout préparé et s'était tailladé les deux pommettes. « A la guerre comme à la guerre ! »
    Dans un dernier moment de lucidité avant l'asseau de 17h, Rachel se souvint de ce qu'elle avait perdu ce jour-là, et uniquement par sa faute. N'ayant pas eu jusqu'à présent le courage de boucler cette histoire une bonne fois pour toute, elle était désormais déterminée à en finir. Puisqu'elle se retrouvait à nouveau seule, elle allait faire les choses à sa manière.
    Le bruit des bouteilles qui se heurtaient dans son sac avait quelque chose de glaçant et de serein. Comme la promesse d'un bain chaud amplement mérité après une journée passée sur le front d'une bataille insensée qu'il est impossible de remporter seule. Oui, Rachel allait enfin pouvoir se nettoyer de toute cette peine accrochée à sa peau.
    Hélas, une voix recouvrit le bruit des bouteilles :
    « - Tiens donc, quand on tombe pas sur l'acheteur ruiné, on tombe sur la consommatrice névrosée ! »


    Olga.

    Mais quelle femme pouvait être autant négligente à tel point de faire tomber toute une cargaison de bouteilles de parfum hors de prix ? A vue de nez, il y en avait pour plus de 80 000 euros de parfum, dans cette terre. En écoutant la radio de sa voiture toujours garée sur la scène du crime, Olga se demandait jusqu'où la flaque de parfum avait pu transpercer le sol. 1 mètres ? 2 mètres ?

    Toujours selon sa propre version du développement personnel, Olga avait compris l'utilité d'avoir une pelle dans le coffre de son véhicule. Contrairement aux méthodes bonheur vendues chez Cultura, l'astuce portait ses fruits dans un délais presque immédiat.
    Au bout de quelques pelletées, Olga avait frappé quelque chose. Aussi vite que son ombre, elle tapa le numéro du poste de police.
    « - Bonne nouvelle les gars ! J'ai perdu mon temps à décortiquer l'odeur de La vie est belle. Petite touche de fruits des bois sur un arrière plan fleuris. Assez léger, très agréable à porter surtout pendant cette canicule.
    - On peut savoir ce qu'il t'arrive, Olga ?
    - J'explique ! J'ai donc perdu mon temps et comme je me faisais chier, je me suis mise à creuser. Pas ma tombe hein, je veux être incinérée, mais juste au dessus de la grosse flaque de La vie est belle.
    - Mais qu'est-ce que tu racontes ! Je comprends rien !
    - Mon dieu, est-ce qu'il arrive qu'un flic trouve une femme assez sophistiquée pour porter du Lancôme ? Je te parle du parfum. Donc j'ai creusé et...
    - T'es bourrée ? Olga, sans déconner...
    - DONC j'ai creusé et j'ai retrouvé la fille soi-disant kidnappée et malheureusement morte. Elle n'était pas bien loin, il suffisait de suivre son flaire et de savoir perdre son temps. »


    Quand Olga écrivit son rapport, la température était redescendue à 35 degrés. Plutôt acceptable pour un été nationalement jugé de caniculaire. Aussi simple qu'une enquête de Murdoch, il fallait tout simplement lire le papier laissé par les meurtriers pour comprendre ce qui était arrivé à Rachel Combes, une jeune femme droguée aux amphétamines. La lettre, plutôt bien tournée disait...


    Voilà ce qui arrive aux jolies petites folles qui ne payent pas ! « Pour arrêter de penser à ça, juste pour oublier » tu avais dit ! Bah voilà ma vieille, tu as oublié maintenant. Bon, faudrait expliquer à ceux qui te trouveront.
    Tout d'abord, tu es venue en larmes pour parler à un des vendeurs. Tu venais de te faire larguer par ton mec, une histoire compliquée à ce que j'ai compris. Le truc c'est que nous, vos histoires, on s'en tape complètement. Donc te voilà quémandeuse de quelque chose de fort pour te faire décoller la cervelle de ta petite vie de merde. Pour une histoire de mec, sérieux !
    T'inquiète pas, on a vite compris que c'était pas seulement ça, le problème. Le truc, c'est que t'as complètement perdu les pédales, ma jolie. T'es devenue tellement barjot que ça nous amusait, au final. Tu t'es noyée dans la drogue pour éviter de souffrir mais finalement, même ça ça n'a pas pu te sauver... de toi-même. Mais ça, encore une fois, j'en ai rien à cirer.
    Mon problème à moi, c'est que t'as pas pu payer. C'est tout et c'est tout simplement pour cette raison qu'on t'a liquidé. Tu t'es laissé faire ma pauvre, ça été simple comme bonjour. C'est limite si tu nous disais pas merci ! Content de t'avoir rendu ce service, alors. Maintenant on est quitte.

    Juste une chose, la timbrée. Pourquoi tu te baladais avec autant de bouteilles de parfum ? T'as vraiment fini ta vie avec des cases en moins. Mais pour le coup, pour te faire plaisir, on a tout vidé là où on t'a foutu et bordel, qu'est-ce que tu sens bon ! Une chance pour celui qui va creuser là-dessous, non ?
    Aller, à la prochaine l'amie !




    Salomé.
    theobservor le 08 août 2019
    30 ans la disparition, tout le monde parlait encore de l'affaire.
    Impossible de déambuler en paix.
    Impossible de faire ses courses.
    Impossible de faire son footing.
    Impossible de faire abstraction de l'affaire, tout et tout le monde l'y ramenait.

    Un petit festival de cinéma, de portée nationale aujourd'hui, avait drainé un public important.
    Les quartiers résidentiels de cette station balnéaire huppée s'étaient vidés de leurs habitants au point de prendre des allures de ville fantôme.

    Une seule trace de vie, cette voiture sillonnant les rues des quartiers, au volant, un homme, un homme angoissé à la recherche de sa femme.

    Elle était partie à son cours de self défense. La durée de son absence, ne durait jamais plus de deux heures.
    Après 2h30, il avait trouvé étrange qu'elle ne soit pas rentrée.
    Après 2h45, il avait trouvé étrange de ne pas recevoir de news.
    Après 3h00, il avait trouvé étrange que sa femme ne réponde ni aux sms, ni aux mails, ni aux appels téléphoniques.
    Il était donc parti à sa recherche, de peur, que l'on trouve étrange qu'il ne se soit pas manifesté, qu'il n'ait pas manifesté d'inquiétude, d'angoisse.
    Mais au fond d'angoisse, il n'en n'avait pas, il n'en n'avait plus. 
    Il avait quadrillé le quartier.
    Il avait sollicité leurs amis.
    il avait interrogé les membres du club, le professeur.
    il avait fini, par se résigner à aller au poste de police.

    La première fois qu'il le vit, fût donc lorsqu'il franchit les portes du poste de police.
    Il découvrit la petite réception organisée en l'honneur de la vedette locale, la star des enquêteurs.
    Une foule de policiers de toutes les brigades locales s'était réunie.

    John WAYNE, est un jeune capitaine de police, star de la police de New York. Il était appelé aux plus grandes distinctions, aux plus grand honneurs.
    Et pourtant, il était parti de big Apple, pour venir dans cette ville côtière, dans notre communauté.

    Il était en discussion avec une femme  d'une trentaine d'année.
    Une discussion sérieuse, âpre, rugueuse.

    les bribes de la conversation qui lui parvenaient tournaient autours de journalisme, d'enquête interne, de nuit du chasseur.

    Elle ne semblait pas sous le charme de la légende vivante, il ne semblait pas sous le charme de son physique.
    La conversation relevait plus du combat, de la mise en garde.

    Par petits cercles concentriques, il s'était rapproché du couple et avait fini par attiré l'attention de John WAYNE qui l'interpella.
    "Vous n'êtes pas flic, ni journalistes, vous semblez chercher quelque chose"
    "Oui, de l'aide, ma femme a disparu"

    La journaliste " une nouvelle nuit du chasseur?" dit-elle en fixant John WAYNE.
    John WAYNE " Icare s'est brulé les ailes en s'approchant trop prêt du soleil", lui répondit-il

    " Si vous m'expliquiez la problématique, la police est là pour secourir la population" dit John WAYNE sous le regard de cette journaliste qui semblait malgré tout fasciné par le personnage


    NATMAXYO le 08 août 2019
    JUS DE FRUITS ROUGES

     

    Ici, je touche presque le silence, sauf le léger glissement du sable sur la terrasse en bois.

     Une vieille camionnette avec des petits rideaux roses est arrivée en fin d’après-midi au camping. Ils se sont garés sur l’emplacement 2, près du toboggan rouillé.

     Deux enfants de 5/ 6 ans, pieds nus, en sont descendus tels des petits singes par le hayon arrière. Ils portaient tous les deux la même tenue plutôt sale, de pyjama à capuche. De grands échalas - supposément les parents -, descendirent à leur tour par l’avant du véhicule.  La camionnette était immatriculée en Hollande. L’écusson NL, fond blanc, lettres noires, partageait le pare choc arrière avec quantité d’autres adhésifs, la plupart représentant des fleurs et des blasons délavés.

    Le camping est très sauvage, il n’y a pas d’eau chaude, ni de toit,  dans l’unique sanitaire.  Le climat devrait pourtant motiver le propriétaire à en décider l’installation. L’eau qui sort des robinets sent parfois la rouille.

    Je n’ai jamais osé lui en parler, tant m’est problématique la seule idée de devoir engager une conversation.  Je ne sais comment l’amorcer, naturellement, rien ne me vient. J’ai une regrettable tendance à balbutier. En revanche je lui ai froidement indiqué que je m’étais munie cette année de raticide en poudre, j’avais en effet l’an dernier croisé par deux fois un rat, le nez dans mon sac poubelle répandu sur la terrasse.

    Le vent commence à se lever sérieusement et le ciel blanc part frileusement se nicher là-haut, dans les liniments grisâtres des nuages.

    Il est 6h du soir, il fait crépusculaire, je ferme l’auvent. J’adore le bruit de la grosse fermeture à glissière.

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    J’entends du bruit dehors ! La lumière blanche du soleil glisse sur le plexi. Je pose les pieds sur le lino qui colle, l’odeur du pain rassis se mêle à celle de mon sommeil en milieu plastique, humide et confiné.

    Mon café est passé, j’ouvre l’auvent et je m’assieds prudemment dans le fauteuil en tissu rouge placé sur la terrasse. C’est un siège bas pliable, du genre qu’on prend à la plage pour se trouver absurdement au plus près du sable, des bestioles et des mégots. Il fait très chaud déjà, c’est assez rare pour être apprécié.

    Mon regard se tourne vers le toboggan.  La famille rassemblée en une seule broussaille blonde est au complet assise autour d’une table de camping bleue, de celles où les bancs sont solidaires du plateau. La petite fille est nue avec un chapeau de paille sur la tête. Toute la famille est nue, en réalité, la table est toute entière semée de paquets rouges et jaunes, de viennoiseries post modernes. Ils me font un signe, je ne réponds pas, je souffle sur ma tasse et je plisse les yeux, face à cette débauche dégoûtante de peau, de poils, de cheveux, et de bouffe industrielle.

    ////////////////////////

    La matinée est déjà bien avancée, je pense au décès récent de mon père, mon regard se porte sur les millefeuilles d’algues disséminés en congères secs et gris. J’ai l’habitude de venir à la plage, qui se trouve à une centaine de mètres du camping, et de prendre un premier verre vers 11H00 à la baraque à frites.  La plage est quasi déserte les trois quarts du temps. Le propriétaire du camping doit vivre sur une rente.

    Le gérant de la baraque est un homme qui pourrait me plaire. Mais il est en ménage avec la fille qui coupe les frites. Au moins, ce sont des vraies frites, mais leur odeur graille toute la journée sur la plage, et quand il fait très chaud ce qui est rare dans ce coin, l’odeur imprègne les tissus de plage, parasols, serviettes, tout le barda.

     
    Je sirote mon verre de vin, quand la famille hollandaise surgit en haut de la dune, en maillots de bain aux couleurs passées, bleus pour les enfants, rouge pour le père et jaune pour la mère.  Ils ne trainent ni parasol, ni bouées, ni rien du tout, un seul sac de plage transparent d’où sortent deux baguettes dans leur étui plastique de supermarché, ce qui ressemble à un grand et gros salami et une grande bouteille en plastique contenant une boisson colorée.  Chacun porte sur l’épaule une serviette qu’ils posent les unes à côté des autres. Prenant les enfants par la main le père et la mère s’avancent doucement vers le rivage.

    ////////////////////////////////////////////////////////

    Vers 17H30, je suis remontée vers la caravane, un peu ivre du vin que j’ai avalé régulièrement, verre après verre. Je ne crois pas que la fille qui coupe les frites et son amant soient tout à fait dupes de mon air digne, ils me disent bonjour sans me regarder, ils ne m’aiment pas beaucoup. Quand je me suis approchée du sac à provisions des hollandais plus tôt dans l’après-midi, de grandes exclamations venaient de la baraque à frites et je me suis aperçue que je titubais à moitié. Les hollandais se marraient avec le gérant, ils trinquaient à je ne sais quoi.

    /////////////////////////////////////////////////////////

    Le lendemain matin, la camionnette des hollandais reste fermée. Le surlendemain aussi. Le gars du bar de plage et le propriétaire du camping s’en étonnent, ils n’ont que ce véhicule pour se déplacer, ils se demandent où ils ont bien pu passer. Le gars du bar de plage les a vu remonter l’avant-veille vers la dune, le petit garçon avait l’air malade. Sa mère le portait dans ses bras maigres. La petite fille enfonçait difficilement les pieds dans le sable, alors son père l’a juché sur ses épaules. Ils sont rentrés dans la camionnette, enfin, on peut le supposer.

    Quand la police est venue un peu plus tard, accompagnée du propriétaire du camping, ils ont parlé de suicide collectif. C’était rouge partout dans la camionnette, et ça puait drôlement. On aurait dit du sang, mais c’était du vomi. Je leur ai dit qu’ils faisaient sûrement d’une secte, à rester tout nus et à rire, comme ça, tout le temps.

    //////////////////////////

    Il est 7 heures du soir, je ferme l’auvent, malgré l'admirable et flamboyant coucher du soleil. J’adore le bruit de la grosse fermeture à glissière.

    Je touche le silence.
    Isabellalacoste le 09 août 2019


    LE GITAN:


    Ayant pour habitude de sortir avant le coucher de soleil ; ma soeur cadette de dix-huit mois de moins que moi, se promenait à côté de la plage des Lecques à Saint-Cyr-Sur-Mer dans le Sud de la France. Un parking avait été ajouté dans ce petit village touristique. 

    Un jour en fin d'après-midi, alors que je me balladais avec une amie en mangeant des churros, je vis ma soeur qui semblait préoccupée, regardant à gauche et à droite, avec un homme moustachu, la trentaine probablement.

    Je me faisais discrète et congédia mon amie rapidement. Je les suivais un foulard sur la tête doucement.

    Il lui tenait le contour de la taille.. Cela se voyait qu'ils ne se connaissaient pas vraiment. Il lui susurra des mots à l'oreille et lui tenait également la main. Elle ne paraissait pas à l'aise  avec cet homme. 

    Peu après, ils rejoignirent le parking alors que les plages privées avec leurs baraques à sandwichse étaient closes.


    Ils entrèrent dans la camionnette. Elle voulait se sauver, je le sentais, je connaissais ma soeur, raisonnable. 

    Elle sortit mais il l'a rattrapa de force et démarra en trombe. Je n'eus pas le temps de noter la plaque d'immatriculation. 

    Se doutant de quelque chose, ma mère m'appela: je lui expliquais tout et lui disais:
    " Sois forte, maman, j'appelle sur le portable de Noémie et tu appelles la police et je reste sur place, tu leur dis ce que je t'ai dit et que je les attends sur les lieux."

    Dix minutes après, la gendarmerie de Saint-Cyr-Sur-Mer arriva. 

    "Votre mère nous a appelé. Elle est très inquiète. Au sujet de votre soeur. Qu"est-ce qu'il s'est passé?". 
    "Ma soeur a seize ans, elle est mineur, il faut lancer l'alerte enlèvement , on l'a enlevée, j'ai appelé son téléphone portable et c'est ma mère qui a décroché car il était restée à la maison, elle va venir dans cinq minutes"


    Elle leur expliqua tout, l'emplacement où se situait la camionnette...

    Tandis que les gendarmes déclenchèrent le plan alerte enlèvement avec la description physique et vestimentaire de ma soeur, tout se passa très vite, en France, tous savaient que Noémie avait disparu. 

    Les gendarmes lurent les messages échangés tout récemment entre un certain Marco et ma soeur. 

    On m'emmena  dans la gendarmerie nationale pour dresser un portrait-robot du ravisseur

    Bizarrement, je me souvenais que l'homme était un gitan. Le portrait confirma mes dires ainsi que les caméras de vidéo-surveillance du village. Il leur fallut peu de temps pour trouver l'homme: il s'appelaiit Georgui Matanov, un roumain non connu des services de police. Et en très peu de temps, l'information avait été parvenue à tous les réseaux sociaux..

    Finalement, je leur expliquais qu'à cinq kilomètres du parkiing, il existait un terrain de caravanes avec semble-t-il des gitans avec leurs caravanes.

    Ca m'avait fait tilt ! Les gendarmes s'y rendirent et ma mère et moi  les suivirent discrètement alors on nous avez intrdits d'y aller; 

    Arrivés sur les lieux, les gitans s'enfermèrent dans leurs caravanes. 
    L'affaire prit une autre tournure quand des tireurs d'élite furent dans l'obligation d'intervenir sur le terrain et aux toits proches des maisons en toute discrétion. 

    Soudain on entendit un cri et une fenètre s'ouvrit .


    Ma soeur parut effrayer , d'un coup le ravisseur arriva avant les gendarmes et mit l pistolet sur la tempe de l'adolescente. Ma mère tomba dans les pommes. 
    Et moi qui ne pouvait rien faire pour la vie de ma soeur. Je pleurais en suppliant qu'on la libère: j'aurais pris la place de ma soeur, je lui aurais donné ma vie.

    Le gitan devenait de plus en plus menaçant tandis que les gendarmes se rapprochaient:

    "Je vais tuer cette fille et j'ai une grenade activée, on va tous mourir"

    Soudain, un tireur d'élite lança un coup de feu et la balle se logea entre les deux yeux du ravisseur.
    Victoria Lacoste
    Orazy le 09 août 2019

    De sang froid


    On a retrouvé ce matin un autre enfant. Un garçon, cette fois. Une joggeuse l’a aperçu peu après sept heures. Elle a cru d’abord voir un rocher, à cause de sa parka noire et de son short brun. Le garçon était couché sur le dos, le visage enfoui dans le sol. Mais il n’y a jamais eu de rocher à cet endroit. Il n’y a aucun rocher sur la plage de Mizan. Seulement du sable fin, une longue lame blanche qui court jusqu’à la jetée au sud et à la Colline des Trois Îles au nord-ouest.

    Comme tout le commissariat est en vacances, on m’a chargée seule de l’enquête. Le procureur m’a fait comprendre que ma jeunesse ne serait pas une excuse à une absence de résultats. Ni le fait que je n’ai été affectée que le mois dernier et que je comprenne à peine l’accent local. Il est venu me rendre visite en personne, hier, dans mon bureau. « Déjà trois meurtres, m’a-t-il dit en levant les bras, et toujours aucun suspect. Il faut trouver au plus vite. Le maire me met une pression énorme. L’effet sur le tourisme est catastrophique. »

    Moi je ne trouve pas que l’effet soit catastrophique. Il y a toujours autant de monde sur la plage de Mizan. Peut-être parce que les meurtres ont eu lieu de nuit. Sous le soleil, au milieu de la foule, les gens ont le sentiment d’être en sécurité. Qui peut s’imaginer mourir en plein jour, sur sa serviette de bain, tué par un meurtrier en maillot ?

    Il faut dire que la mairie a pris toutes les précautions pour que les traces des meurtres soient effacées avant l’arrivée massive des touristes. Même les plus glauques. Une tractopelle stationne en permanence près de la baraque des maîtres-nageurs. Ce matin, elle est descendue sur la plage, a soulevé le corps du petit garçon sur un bon mètre cube de sable. Elle a déposé le tout dans une sorte de petite benne, qui a ensuite été emmenée par la police scientifique pour analyse. Puis les employés de la mairie sont venus ratisser le sable et l’aplanir à l’endroit où se trouvait le petit garçon.

    Le plus difficile dans cette enquête, c’est l’absence de témoin. La plage est un peu isolée du centre-ville. C’est un lieu désert la nuit, il n’y a pas de voisinage, pas de passage. On ne voit rien de la route, car un talus le sépare. Je me dirige machinalement vers le marchand de glaces. Les touristes changent tous les jours, mais lui est toujours là, au même endroit. Ce n’est pas un marchand itinérant : il a sa baraque en dur, les clients doivent venir jusqu’à lui. Les enfants font parfois des kilomètres sur la plage pour acheter une glace. Il y a toujours une queue énorme, surtout l’après-midi. Le seul moment où on peut lui parler sans trop le déranger, c’est le matin à huit heures quand il arrive et le soir à vingt heures quand il repart.

    Il n’a rien à me dire. Il n’a rien vu, bien sûr. Il me lâche sa phrase habituelle en haussant les épaules : « Vous savez, moi, je vends seulement de la glace aux enfants. » Il sourit d’un air un peu navré et se repenche vers ses bacs, son gros tablier frottant l’aluminium comme pour le lustrer. Mes yeux se perdent dans la longue liste des parfums : les arômes classiques à la vanille, au chocolat, au café, au yaourt, les sorbets aux fruits, avec de l’alcool pour les adultes, ceux aux noms de bonbons et de barres chocolatées, et puis les créations, plus sophistiquées, basilic et citron, jasmin, gingembre confit. Il y a même une glace aux huîtres et une glace « mystère », toute rose avec des marbrures foncées. En me voyant regarder les bacs, le glacier propose de m’en offrir une. La « mystère » est excellente, il l’a préparée ce matin. C’est son best-seller. J’hésite, je n’apprécie pas vraiment la glace mais je vois à son sourire que je lui ferais plaisir d’accepter. Je refuse finalement. Il est encore tôt et je ne veux pas qu’on m’aperçoive un cornet à la main alors que je dois enquêter sur des meurtres en série. Une autre fois peut-être. Je souhaite une bonne journée au marchand et je m’éloigne.

    En arrivant au commissariat, un message de l’institut médico-légal attend sur mon répondeur. Je n’ai pas encore de téléphone portable de service et j’ai refusé d’utiliser ma ligne personnelle. Le message est cryptique : « Rien de nouveau mais rappelez-moi. » La voix d’un jeune homme me répond. Je le connais, c’est le stagiaire. Eux aussi sont en sous-effectif au mois d’août. « Même constat que pour les trois précédents : mort par noyade. Heure estimée : entre deux et six heures du matin. » L’intervalle est très large mais en l’absence de piste, ça ne change rien. « Les viscères ont été retirées, puis le ventre recousu à la va-vite. Vous voulez venir voir ? » Je le remercie et je raccroche.

    Manon, Lou, Sara et maintenant Jules. Tous tués de la même façon, en l’espace de quelques jours. Quatre cadavres dépecés, rapiécés et abandonnés sur la plage. Ce sont des faux prénoms que je leur ai donnés. Cela facilite la communication avec les autres services et l’écriture des rapports. J’ai choisi des prénoms qui ne me disent rien, qui ne résonnent pas en moi. Des coquilles vides, comme leurs petits corps. Personne n’est venu les réclamer.

    Quelques heures plus tard, je rappelle le stagiaire de l’institut pour lui demander s’il a du nouveau. Il soupire. « Sans les organes, on ne peut pas dire grand-chose. Mais il y avait des dépôts sur les dents, comme si l’enfant avait mangé ou bu récemment. J’ai prélevé un échantillon pour le faire analyser avec les autres au laboratoire. » « Les autres ne sont pas encore analysés ? » Un silence gêné. « Vous savez, ils sont en vacances eux aussi. » Nouveau silence. « Ah oui, et la langue est légèrement bleue. » « C’est normal pour un mort, non ? » « Eh bien non, enfin… c’est un bleu presque fluorescent. C’est drôle, ils avaient tous une couleur différente. La première… » Je l’interromps. « Manon ? » « Oui, Manon avait la langue jaune. Lou, verte. Et Sara, rouge. » « Vous ne me l’avez pas dit. » « Désolé, je… je pensais que c’était un détail. Les gamins mangent tellement de sucreries, surtout en été, ça pourrait être n’importe quoi. »

    L’après-midi, je monte à la Colline des Trois Îles. Besoin de m’aérer l’esprit. J’ai toujours préféré la lente agitation des sous-bois à la contemplation de la mer. Mon ex-petit ami disait qu’elle l’aidait à méditer. Je la trouve ennuyeuse. De loin, au fond de la vue, entourée d’arbres au premier plan, pourquoi pas. Mais assis sur la plage, c’est trop près. Je m’allonge sous un pin et je réfléchis. Très vite, mes pensées tournent en rond. Mon esprit s’égare dans un semi-délire, par manque d’indices, d’éléments concrets auxquels s’accrocher. Un kaléidoscope de formes et de couleurs tourne devant moi. Je finis par m’assoupir.

    Je me réveille en sueur. Mon portable indique 17h passées. Il est plus que temps de redescendre en ville. Nouveau message de l’institut médico-légal sur mon répondeur. Je réprime un bâillement. Ce pauvre stagiaire doit manquer d’une voix à qui parler. Je l’imagine seul dans sa grande salle carrelée, entourée de tiroirs à cadavres. Au moins, il n’a pas chaud. « Vous m’avez appelée ? » « Oui, les résultats des analyses sont arrivés. » Sa voix marque l’excitation. « Lait, sucre, et des arômes divers. Dans l’ordre : citron, menthe, fraise et framboise, Schtroumpf. » « Schtroumpf ? » « Oui, c’est un arôme apparemment… de bonbon. » « Donc vous aviez raison. » « Pas vraiment. C’est de la glace. Ils ont tous mangé de la glace. »

    Voilà qui me ramène de nouveau à mon glacier. Faute de mieux, je décide de retourner le voir. Au pire, j’accepterai une boule de glace mystère.

    Il n’est plus là. Je demande aux maîtres-nageurs : le camion est parti deux heures auparavant, alors que la file d’attente s’allongeait jusqu’au mât du drapeau. Ils ont pensé qu’il n’avait plus de stock. Ou peut-être une affaire pressante. Il va sans doute revenir bientôt. J’attends jusqu’au soir, sans succès.

    J’y retourne le lendemain à huit heures. À dix heures du matin, le camion de glace n’est toujours pas là. Je m’enquière auprès des premiers touristes. Ils ne savent rien.

    Le soir, le procureur arrive au commissariat. Il m’annonce que l’enquête m’est retirée pour être envoyée à Marseille, où elle sera traitée par des gens compétents. Il insiste bien sur le mot « compétent » et s’en va sans un mot de plus.

    *

    Nous sommes en septembre, il fait toujours très beau. Mes collègues sont revenus, la majorité des touristes est partie, le commissariat a repris son rythme de croisière et je commence à imiter malgré moi l’accent de la région. Aucun autre enfant n’est mort. Le marchand de glaces n’est jamais revenu sur la plage de Mizan.

    J’ai lu dans La Provence que la PJ avait arrêté un suspect en début de semaine. Celui-ci a déclaré avoir kidnappé quatre enfants au cours de l’année, puis les avoir cachés dans le sous-sol d’une cabane, quelque part dans l’arrière-pays. Pourquoi avoir attendu pour les tuer ? Il répond qu’il en avait besoin pour « préparer » quelque chose. La PJ va continuer à l’interroger.

    Bizarrement, je me suis attachée à la plage. Je m’y rends parfois seule, avant ou après mes heures de service. J’étale ma serviette, je lis un roman (tout sauf un policier). Quand le soleil est bas, la lumière est somptueuse. On sent les odeurs du maquis qui roulent de la montagne pour se jeter à la mer.

    En arrivant au commissariat pour prendre le poste de nuit, mon répondeur clignote. Le stagiaire de l’institut ne me lâche plus depuis quelques temps. Ce n’est pas faute de l’avoir éconduit. J’ignore pourquoi je continue à écouter ses messages. Mais ce n’est pas sa voix. C’est un timbre plus doux, presque mielleux : « Je vous avais bien dit que je vendais de la glace aux enfants. »
    Laerte le 11 août 2019
    Bonjour à tous. Après une absence d'inspiration au mois de juillet et une absence tout court, je me suis ressaisi. Et voilà!

    Quinze ans après.
    Quand Flamant vint m’annoncer qu’on avait retrouvé le corps d’une adolescente assassinée, j’ai ressenti comme un lame de glace me traverser le corps.
    Quinze ans après, de douloureux souvenirs revenaient me hanter. Des souvenirs que je m’étais efforcé de faire disparaître de ma mémoire et que j’avais presque réussi à mettre dans un coin de mon cerveau sans qu’ils viennent me hanter perpétuellement.
    Flamant est mon adjoint et nous dirigeons la brigade de gendarmerie du canton dont je suis le capitaine. Lui n’était pas encore arrivé il y a quinze ans et donc, cela ne lui évoque rien et je préfère ça.
    Pendant le trajet pour nous rendre sur les lieux, Flamant m’explique que le corps est celui d’une certaine Emilie de tout juste seize ans, dont les parents avaient signalé la disparition deux jours plus tôt. C’est dans la forêt, pas très loin après avoir dépassé les premiers arbres que nous retrouvons tout le monde autour du cadavre. La gamine n’est pas abimée, elle parait dormir simplement. Si ce n’est qu’elle a une position bizarre pour une dormeuse, les bras en croix, le corps un peu tordu. Elle est habillée normalement, ses vêtements ne portent pas de trace de lutte. Je vois son visage lisse de jeune fille. C’est une adolescente comme on en voit tant, plutôt jolie, déjà femme, bien que l’enfance soit encore présente dans ses traits.

    Exactement comme Charlotte, il y a quinze ans.
    Immédiatement, je me demande si je pourrais imputer cet ancien crime à celui qui a commis celui-ci. C’est une pensée fugace que je préfère remettre à plus tard. Surtout, qu’il nous faut d’abord retrouver le coupable.

    Le médecin légiste arrive et commence à examiner le corps avec délicatesse, puis plus fermement. Il se retourne vers nous :
    -          La mort remonte à plus de trente-six heures. J’en saurais plus après l’autopsie, mais on peut être quasiment sûr qu’elle n’a pas subi de sévices sexuels. Il y a des traces de strangulation mais ce n’est pas ça qui a causé la mort. Ce doit être plutôt un choc à la tête en tombant sur une pierre.
    Puis, c’est la procureure qui arrive. Evidemment, elle me pose la question que je n’avais pas envie d’entendre :
    -          Alors, capitaine, ça ne vous rappelle pas une vieille affaire ?
    Je garde mon sang-froid, c’est la moindre des choses pour un officier de gendarmerie.
    -          En effet, madame la procureure ! Une affaire bien ancienne.
    -          Eh, bien ! je vous souhaite de mieux réussir cette fois-ci.
    Je hoche la tête, sans répondre. Que répondre à ça ?
    Je n’ai justement pas envie du tout de me replonger dans ce genre d’affaire qui me rappelle trop de souvenirs douloureux.
    Je regarde mon adjoint. C’est un gars plein d’astuce qui saura très vite démêler cette nouvelle histoire. L’avantage d’être chef, c’est qu’on peut déléguer. Je me tourne vers lui :
    -          Dis donc, ça te plairait de te pencher sur un beau crime bien dégueu.
    -          Hein ? Oui, pourquoi pas ? Je vais déjà aller voir les parents et les copains de cette pauvre fille.
    -          Vas-y ! Je suis sûr et certain que tu vas très vite trouver l’auteur.

     Je préfère rentrer chez moi plutôt que de me replonger dans les paperasses au bureau. Ma femme m’accueille avec un sourire joyeux. Je n’ai pas l’habitude de rentrer si tôt, mais en voyant ma mine sombre, elle change de visage.
    -          On a retrouvé le corps d’une ado dans la forêt.
    -          Ah, mon Dieu ! Elle a été…
    Elle n’ose pas prononcer le mot.
    -          Oui, elle a été assassinée. J’ai chargé Flamant de s’en occuper.
    -          Bien sûr, ça te rappelle la petite Charlotte. Mais, tu n’as rien à te reprocher, tu devrais oublier cette triste histoire.
    Evidemment, elle ne sait pas tout. Sinon, elle ne dirait pas ça. Je préfère changer de conversation et me met à parler des travaux que nous envisageons de faire dans la maison.
    Mais quand vient la nuit, je ne trouve pas le sommeil. Mes pensées tournent autour de cet horrible événement et de celui qui s’est déroulé il y  a quinze ans. Je crains de ne jamais m’en sortir.
    Quand je retourne à la brigade au matin, je suis accueilli par Flamant qui m’annonce qu’il est sur une piste. Ce serait un garçon qui était amoureux d’Emilie qui n’aurait pas supporté de la voir avec un autre. C’est une affaire horriblement banale. Si cette hypothèse est valable, ce garçon a gâché l’existence de plusieurs personnes dont la sienne, pour une question de jalousie et d’amour propre.
    J’ai une pensée pour ce qui m’avait effleuré l’esprit la veille. Je ne risque pas d’essayer d’imputer la mort de Charlotte à ce gamin, qui n’était peut-être même pas né à l’époque. De toute façon, il m’aurait été impossible d’ajouter une ignominie à la précédente.

    Que faire ? Depuis quinze ans, quand il m’arrivait de penser à cette vieille affaire, c’était presque comme si ce n’était pas moi qui étais concerné. J’avais trouvé une astuce pour ne pas me sentir fautif. Ce n’était pas moi, mais un autre, celui qui vivait à l’époque.
    Et puis, voilà que tout resurgit. Je ne supporterai pas de vivre à nouveau comme durant les mois et les années qui ont suivi le drame.
    Je prends une feuille de papier et je me mets à écrire :

    Madame la Procureure,

    Vous m’avez dit hier que vous me souhaitiez de mieux réussir qu’il y a quinze ans dans l’affaire de la jeune Charlotte retrouvée morte dans les bois.
    Eh, bien ! ce dont vous ne vous doutez pas, c’est que je sais qui a tué Charlotte, il y a quinze ans. Je n’ai pas eu à chercher bien loin, puisque le coupable, c’est moi !

    J’étais jeune à cette époque et prompt à m’enflammer pour un rien. Je croisais souvent cette jeune adolescente très jolie et qui se montrait facilement provocante envers les hommes qu’elle rencontrait. Souvent, les filles de cet âge cherchent à évaluer inconsciemment leur pouvoir de séduction. Elle ne manquait pas une occasion de me lancer des œillades et des sourires pleins de sous-entendus. Un jour, comme je rentrai chez moi, je l’ai rencontrée sur la route au bord du bois. Je me suis arrêté et elle a continué à me provoquer, du moins, c’est ce que j’ai ressenti. Quand j’ai voulu l’approcher pour l’embrasser, elle a changé d’attitude, et m’a repoussé. Je ne sais plus très bien ce qui s’est passé, mais j’ai insisté, elle s’est débattue et en un instant, elle m’a échappé. Mais, en s’enfuyant, elle a trébuché et est tombée contre un arbre. Je n’ai pu que constater qu’elle était morte sur le coup, la nuque brisée. J’ai été pris de panique et suis rentré chez moi, comme si de rien n’était.

    Evidemment, on m’a chargé de l’enquête et  je n’ai pas eu de mal à fausser les éléments qui pouvaient m’incriminer.
    Depuis toutes ces années, je n’ai fait que penser à Charlotte et à mon attitude indigne de l’uniforme que je porte.  J’avais réussi à vivre dans le déni, mais la mort d’une nouvelle jeune fille m’a replongé dans le cauchemar.

    Madame la Procureure, je me mets à votre disposition, et je vous prie d’agréer mes respectueuses salutations.

    J’ai appelé un gendarme et lui ai demandé de porter cette lettre au tribunal.
    D’ici peu, on viendra m’arrêter et je vais connaître une nouvelle épreuve, mais au bout, il y aura l’apaisement.
    J’espère que ma femme ne m’en voudra pas trop de lui avoir dissimulé cette histoire.
    secondo le 14 août 2019
    1er jour
    C'est un arrêt sur visage. Un hôtel aussi.
    Je savais qu'il avait disparu ce jour là, le 2ème mardi d'aout, je le savais parce que nous devions partir en vacances et que je suis restée avec mes bagages bouclés mais qu'ils n'ont jamais quitté l'entrée de notre maison. Et je voyais son visage qui me souriait. C'est ce que j'ai dit assise en face du policier à l'hôtel de police.
    - Est-ce que votre mari a déjà dit qu'il voulait partir...euh seul ? Prendre la poudre d'escampette en quelque sorte, vous voyez ce que je veux dire ma petite dame.
    - C'est ce que vous croyez, la poudre d'escampette ?
    - Je ne crois rien, moi j'dis ça j'dis rien.
    - Eh bien ne dites rien si c'est pour dire ça ! Nous devions partir dans un hôtel de rêve, je ne savais pas où, seulement que le dépaysement serait total.
    Ce flic pétri de lieu commun me mettait mal à l'aise. Je n'allais pas lui dire que seulement quelques jours après avoir réservé notre séjour Marc avait parlé aussi d'une histoire étrange, d'un gars qu'aurait disparu après avoir réservé dans un hôtel au nom fameux, Hôtel California.
    - Je ne voudrais pas être désagréable mais est-ce que votre mari entretenait une...
    - Une relation extraconjugale ? une poule ? une liaison ? une pelouse ?
    - Comme vous y allez. Je ne fais que mon métier.
    - Eh bien non, Marc est un mari fidèle et nous avons des principes.
    - Les principes sont faits pour être contournés.
    C'était la première phrase sensée de ce type et je me surpris à sourire. Ce sourire n'a pas plu, je l'ai bien vu. Je suis rentrée chez moi et j'ai pleuré. Marc ne m'aurait pas abandonée, il m'aimait trop. J'en étais encore persuadée.

    2ème jour
    J'ai reçu un SMS de Marc et j'ai aussitôt appelé le policier. Il m'a dit qu'il était dans le quartier et qu'il passait me voir. Il a lu le message et a secoué la tête.
    - Ce n'est pas une preuve.
    - Preuve ?
    - N'importe qui peut écrire quelques mots sur un portable volé.
    - Mais il dit que tout va bien, je suis tellement soulagée.
    - Vous avez tort, ma petite dame.
    Alors il m'a raconté que des disparitions ils en avaient des cageots entiers surtout l'été, les gens se volatilisaient comme ça, pouf ! Alors on pouvait pas retrouver tout le monde. On retrouvait seulement ceux qui revenaient d'eux-mêmes.
    - Les journaux et l'opinion publique nous mitraillent à tout bout'd'champ pour nous traiter de fainéants et d'incapables mais j'voudrais bien les voir les journaleux à s'coltiner des enquêtes où on n'y voit goutte. Tiens rien qu'hier y'a même un type qui nous a dit qu'il revenait d'une chanson des Eagles, c'est dire ce qu'on doit entendre comme conneries !
    - Oui bon et mon mari alors ?
    - Votre mari, ma petite dame est majeur et vacciné et il ne sera pas facile à retrouver, un peu comme une aiguille dans...
    - Okay j'ai compris, vous me laissez tomber.
    - Je ne sais pas qui a laissé tombé l'autre.

    3ème jour
    J'ai reçu un nouvel SMS mais je n'ai pas appelé le policier. C'est lui qui a sonné au moment où je le lisais
    - Me voilà, ventre à terre, comme on dit. Du nouveau ?
    - Oui, un SMS, comment le savez-vous ?
    - Je n'ai pas l'air mais je suis un fin limier. SMS un jour, SMS toujours. Alors je me suis dit que j'allais venir voir. Faites donc lire " Vend la maison, j'en aurais plus besoin". Bon je crois qu'on a tous les deux la solution, votre Marc s'est tiré avec une blonde.
    - Pourquoi blonde ?
    - Parce que vous êtes brune, il avait besoin de changement, ça se sent.
    - Il ne serait jamais parti sans sa cave.
    - Tiens, tiens, du nouveau donc et qu'est-ce qu'il garde dans sa cave, le Marc, un sac de poudre d'escampette ?
    - Je ne sais pas, je n'y vais jamais. J'ai peur de l'obscurité.
    - Allons y ensemble.
    Nous avons ouvert la porte qui mène à la cave, un escalier étroit qui part de la cuisine, Marc voulait une cave comme dans les films américains, il disait que ça pouvait toujours servir.
    -Ah dites donc ma petite dame c'est bizarre y'a pas d'ampoules dans cette cave, comme c'est étrange. Heureusement que j'ai ma lampe torche.
    Nous avons descendu les marches, j'ai senti que le policier n'était pas rassuré parce qu'il caquetait comme une vieille poule.
    - A bon chat bon rat, n'est-ce pas ?
    - Si vous le dites.
    Quand nous sommes arrivés au bas des marches je tenais l'uniforme du policier par le bas de sa chemise comme si je tenais un truc dégueulasse. Du coude je lui ai montré un coin avec une toute petite porte. Nous l'avons poussée et il fallait se courber en quatre pour passer. A l'intérieur c'était un petit cagibi qui sentait mauvais et nos pieds ont cogné une grande malle scellée par un gros cadenas.
    - Ah, ah, voilà donc la fin de l'histoire
    - C'est le matériel de Marc, il ne m'a jamais dit de quoi il s'agissait.
    - C'est c'la bien sûr et depuis que vous vivez ici vous n'avez jamais demandé de l'ouvrir cette malle ?
    - Jamais. Nous avons des principes.
    Le policier s'est penchée sur la malle et j'ai assomé avec la masse de Marc. Aussitôt après j'ai refermé la petite porte.
    - Voilà une bonne chose de faite, j'ai dit, je vais pouvoir partir en vacances l'esprit tranquille. C'est à ce moment là que j'ai entendu " On a dark desert highway, cool wind in my hair", un courant d'air frais m'a caressé la nuque.
    - Marc, c'est toi ? C'est pas rigolo, tu dois être plié en quatre dans la malle, t'es pas rigolo.
    Puis j'ai entendu le bruit de la porte de la cave qui se fermait à clé. Et une voix familière dire
    - But you can never leave !
    Darkhorse le 15 août 2019

                                                                  Jony Blues


              « Madame ?
    – Mademoiselle.
    – Euh…excusez-moi, mademoiselle, je vous observe depuis tout à l’heure et je me demandais par hasard si vous vouliez boire un…
    – Je t’arrête tout de suite gamin. Apparemment la drague c’est pas ton fort, et de toute façon t’est pas mon genre. Alors retourne jouer dans le bac à sable, c’est compris ? »

    Il est resté un moment, la bouche ouverte, à se demander ce qu’il pouvait bien répliquer. Mais il n’a pas insisté.

    J’avais décidé de passer mes vacances à Nice, la Cité des Anges. Je m’étais dégotée un bel hôtel quatre étoiles le long de la Promenade des Anglais, avec la plage de l’autre côté de la rue. Alors que je me prélassais comme un lézard sur ma serviette, bouquinant le dernier Agatha Raisin, voilà qu’un individu en costard est venu me faire de l’ombre. J’ai tenté de le rembarrer, mais le bougre s’est montré insistant.

              « S’il vous plaît, Mlle Toussaint, le comte Philibert II de Provence serait extrêmement attristé de ne pas vous savoir parmi ses invités. Je ne veux point me montrer offensant, mais j’insiste encore une fois pour que vous veniez, demain, à sa garden-party. »

    Le comte Philibert II de Provence était l’ami du duc de machin-chose que j’avais aidé suite au cambriolage de sa modeste demeure. J’avais réussi à retrouver les coupables et, si il n’avait pas pu récupérer la totalité de ses biens, je lui avais tout de même ramené ses bijoux de famille.
    Pas franchement emballée, je me disais que peut être certaines rencontres pourraient agrandir mon portefeuille client. J’imaginais également le somptueux buffet qui allait s’offrir à mes papilles.


    La villa, établie sur le flanc du mont Boron, se paye le luxe d’une vue imprenable sur la Méditerranée. L’immense bâtisse domine les jardins en terrasses qui entourent la cour où se déroule la réception. Un banquet capable de rassasier un ogre promet aux convives d’être repus à s’en faire péter la panse et une large piscine scintille d’éclats éblouissants. Le soleil, radieux, participe à la fête et les invités, tous mieux sapés les uns que les autres, rivalisent de mimiques superficielles.
    Ne voulant pas dénoter, je m’étais achetée une robe légère au motif floral mettant en valeur mes origines réunionnaises. Je comprends que l’avorton m’ayant alpaguée ait craqué sur la teinte délicieusement hâlée de ma poitrine découverte.
    Mon Jony aussi aimait beaucoup ça. Je ne peux pas m’empêcher de penser à lui quand je me tiens au bord de cette piscine. Des sentiments contraires m’étreignent. De l’amour, beaucoup d’amour, mais surtout de la colère, de la tristesse et un inconsolable regret.
    Sentant les vertiges arriver, je me tourne vers le buffet pour picorer quelques amuses-gueules et aussi détourner mon attention.
    Quand soudain, une vitre se brise et j’entends un gros "Plouf !" . Les convives crient et je découvre à mon tour le corps qui flotte, son visage immergé, ses bras immobiles, Jony… Je m’évanouis.
    À mon réveil, les cris ont cessé. Mais une effervescence grouille un peu partout. Le majordome qui m’a trouvée à la plage est penché sur moi.

              « Mlle Toussaint, réveillez-vous s’il vous plaît, le comte est mort ! »

    Le corps a été tiré de la piscine, il gît sur le dos. C’est la première fois que je vois le comte, et aussi la dernière… Le bonhomme est gros à en faire pleurer les boutons de sa chemise ; sous son crâne dégarni, son visage est figé dans une expression ahurie qui reflète l’immense surprise qui l’a gagné quand il a senti le couteau s’enfoncer dans son cœur. Le manche suinte encore quelques gouttes. C’est un manche sculpté, épais ; un grand couteau de collection.
    Un homme et une femme sont agenouillés aux côtés de la dépouille. Ils sont jeunes, la trentaine passée pour la femme, à peine la quarantaine pour l’homme.

              « Puis-je savoir qui vous êtes ?
    – Et vous madame, qui êtes-vous donc ?
    – Milena Toussaint, détective privée. J’ai été invitée par le comte.
    – Oui, j’ai entendu parler de vous. Mon père vous tenait en haute estime. Je suis Rodolphe, son fils, et voici Anathalie, ma sœur.
    – Madame la détective, c’est horrible ! me dit-elle en reniflant, un mouchoir à la main. 
    – En effet mademoiselle, je me joins à votre peine. »

    Je surprends alors Anathalie à regarder par-dessus mon épaule. Je me retourne vivement et vois le domestique baisser la tête.
    Deux voitures de police arrivent. Quatre agents en sortent, plus un inspecteur.

              « Surveillez-moi toutes les entrées de la villa et veillez à ce que personne ne sorte ! »

    S’avançant vers nous, il nous dit :

              « Écartez-vous de la victime.
    – Mais c’est mon père !
    – J’entends bien monsieur, mais je vous demande de ne pas entraver le travail de la police.
    – Attendez une minute. Je m’appelle Milena Toussaint et je suis détective privée, j’aimerais continuer à interroger ces jeunes gens.
    – Madame…
    – Mademoiselle.
    – … Mlle Toussaint, que vous soyez détective ou le pape, je m’en contrefous et je vous demande de…
    – Oh mais quel homme autoritaire ! Avez-vous songé à la peine de ces jeunes gens inspecteur ? Moi je vous demande de ne plus être grossier à l’avenir. Dorénavant, je vais prendre les choses en main. Mlle Anathalie, M. Rodolphe, ainsi que vous, M. le majordome, suivez-moi s’il vous plaît.
    – Mais… Voyons…
    – Qu’y a-t-il M. l’inspecteur ? Vous voulez nous suivre ? Bien. Mais que vos officiers se dépêchent de couvrir le corps de la victime bon sang ! »

    J’entreprends d’amener tout le monde dans la pièce d’où est "tombé" le comte. Rodolphe ouvre le chemin.
    C’est au troisième étage de la luxueuse villa que se trouve le bureau de feu M. le comte. Une pièce de la taille d’un appartement, avec des divans de style ancien, des tapis qui doivent valoir une fortune et différentes armes, anciennes et exotiques, accrochées aux quatre murs. Derrière le bureau en chêne massif, côté sud, trois grandes fenêtres à la française permettent aux occupants d’admirer la vue à couper le souffle. Celle de droite est cassée.

              « Bien, j’aimerais vous poser quelques questions.
    – Est-ce bien le moment ? Nous sommes tous…
    – C’est bien le moment Rodolphe. Ne vous en faites pas, je vais vous laisser tranquille. Pour l’instant. Anathalie, où étiez-vous quand votre père a été assassiné ? »

    La jeune femme se décompose à vue d’œil. Prise de tremblements, elle éclate en sanglots.

              « De grâce, laissez-la, vous voyez bien qu’elle n’est pas en état !
    – Un meurtre a été commis M. le majordome, laissez nous faire notre travail.
    – Est-ce que je vous ai sonné inspecteur ? M. le majordome, puis-je connaître votre nom ?
    – Barthélémy.
    – Écoutez-moi, Barthélémy, je sais que l’arme du crime fait partie de la collection du comte. Regardez au-dessus de ce guéridon là-bas, il n’y a plus rien sur les fixations. J’en déduis donc que l’assassin n’a pas prémédité son méfait. Sous le coup de la colère, il a pris ce qu’il avait sous la main. C’est forcément quelqu’un de son entourage pour être ainsi resté avec lui dans son bureau ; rien n’a été forcé et il n’y a pas eu de lutte.
    De plus, j’ai surpris vos coups d’œil avec Anathalie. Et pour finir, j’ai une intuition très aiguisée et mon petit doigt me dit que vous êtes tous les deux impliqués dans le meurtre. »

    Alors qu’Anathalie fond en larmes, le majordome demande à s’asseoir.

              « Vous semblez être un fin limier, détective. Autant l’avouer tout de suite. J’ai tué M. le comte.
    – Comment ?! Vous ? Barthélémy ?
    – Et bien oui Rodolphe, depuis ce jour où la comtesse a perdu la vie, par ma faute, depuis ce malheureux accident de voiture, le comte a changé. Il ne m’a jamais pardonné. Moi non plus je ne me le suis jamais pardonné. L’accident, Le corps, Jonathan...
    Moi qui accuse le poids des années, il m’a demandé d’effectuer de plus en plus de tâches, de nettoyer sans cesse des sols immaculés, de lui apporter de plus en plus vite tous les objets de ses désirs. Puis, tout à l’heure, il m’a fait savoir qu’il se passerait de moi. Il m’a congédié, sans indemnités, sans reconnaissance… J’ai craqué.
    – Ça suffit ! Arrête Barthélémy ! »
    Darkhorse le 15 août 2019

    Anathalie l’avait coupé, alors que le vieil homme sombrait, la tête entre les mains.

               « C’est moi, j’ai assassiné mon père. Tout ce que dit Barthélémy est vrai. Excepté que c’est moi qui l’ai tué. La perte de ma mère a en effet été un choc et mon père ne l’a pas supporté. Il a été abject avec moi. Cela a commencé avec des insultes, puis il me frappait quand il avait trop bu, m’accusant de ne pas être à la hauteur de celle qu’il avait tant aimée.
    C’était dur. Mais plus dur encore de voir Barthélémy souffrir autant pour une faute qu’il ne se pardonnera jamais. Une faute pour laquelle il est innocent. C’était un accident. Il a encaissé toutes ces années les remontrances et avait quand même la force de venir me consoler dans les moments les plus difficiles. Il est devenu mon père, et je n’ai pas supporté qu’il puisse disparaître de ma vie. »
    Jonathan a été profondément attristé par la disparition de son père lui aussi.
    Les regards hébétés fixent Anathalie. Son frère est livide, absent. Le majordome relève la tête.

               « Non, ce n’est pas vrai, je suis un meurtrier, je suis LE meurtrier ! Regardez-moi ! »

    Barthélémy se saisit soudain d’une guisarme accrochée au mur et fonce droit sur l’inspecteur. J’interviens juste à temps pour maîtriser le majordome. Rodolphe vient m’aider pour le maintenir à terre.
    Et, tout à coup, dans un déluge de pas et de pleurs, Anathalie traverse la pièce et saute par la fenêtre éventrée.
    Sans réfléchir, je me mets à courir, mais m’arrête au bord de la fenêtre. La piscine est juste en-dessous. L’eau. Le corps. C’est celui d’Anathalie, il ne remonte pas ; il faut que je saute, mais je suis tétanisée. Je tourne la tête, affolée, et vois l’inspecteur retenir Rodolphe. Je n’ai pas le choix, il faut faire vite ; je recule de deux pas et m’élance.

    L’air est chaud, il semble se consumer autour de moi. Il siffle comme une myriade de braises éjectées par une explosion. Je tombe malgré la forte pression de l’air. Et je rencontre l’eau. Nous éclatons tous les deux, mais je suis entière ; maintenant engloutie par des mains aqueuses impitoyables.
    J’ouvre les yeux et le vois, le corps. Jony … Les bras écartés, inertes, le visage tourné vers le fond, sans bulles s’échappant de sa bouche.
    Non, c’est Anathalie ! Je la récupère le plus vite possible pour la ramener à la surface. Jonathan était lourd, immobile, un poids déjà mort. Elle, réagit quand je l’enserre et elle me paraît si légère. De toutes mes forces, j’arrive à la hisser sur le rebord. Puis, à mon tour, je m’accroche et vient tout de suite la mettre sur le côté. Elle tousse et dégobille l’eau de ses poumons.
    Lui n’a pas toussé, ni craché. Il était trop tard. S’il n’avait pas fait ce malaise, si je n’étais pas parti me reposer, éreintée par le boulot, en manque de vacances, tout ça ne serait pas arrivé…
    Je rejette la tête en arrière, soulagée, et scrute le ciel sans nuages. Je scrute la villa paradisiaque de mon Jony. Une villa calme, comme une étendue d’eau paisible, reposante.



    Les autres arrivent maintenant, Barthélémy en tête. Il tombe à genoux :

               « Mademoiselle, ne refaites plus jamais ça !
    – Je suis désolée Barthélémy !
    – Non ne le soyez pas. Tout ceci vous dépasse, vous avez tellement souffert…
    – Et maintenant, que va-t-il se passer ?
    – Quelle question, intervient l’inspecteur, vous êtes une meurtrière et vous finirez vos jours en prison ! »

    Je ne peux me retenir de le gifler.

              « Vous êtes odieux ! Ayez un peu de considération et tentez de vous mettre à la place de cette jeune femme !

    – Mlle Toussaint, je n’ai pas le choix…
    – Je sais inspecteur, vous faites votre travail… Anathalie, je plaiderai en votre faveur, au regard des persécutions que vous avez subies. Mais il va falloir être forte, assumer vos actes. Assumer mes actes.
    – Vous avez raison Milena. Barthélémy, aidez-moi à me relever, nous allons nous rendre au commissariat et nous dirons la vérité.
    – Bien mademoiselle. »

    Anathalie et Barthélémy s’en allèrent, tous les deux assis à l’arrière d’une voiture de police. Rodolphe, complètement abattu, alla s’allonger. Moi, je séchais lentement au soleil, pensive, mais quelque part détendue.

               « Hum,hum…mada...euh mademoiselle Toussaint, tout cela nous a tous bouleversés. Je me disais que ce soir nous pourrions…
    – Boire un verre. Vous avez raison inspecteur. Un bon verre d’alcool avec des glaçons, au bar de l’hôtel. Seule.
    Isabellalacoste le 15 août 2019
    Bonsoir à tous, 

    excusez-moi pour le réciit "le gitan" . C'est purement inventé. J'en suis l'auteure. Je ne pensais pas que j'écrivais presque en langue incompréhensible je vous épargne le détail des différents langues principalles qu'il existe dans le monde. Je sais que je ne remporterai pas le concours mais qulqu'un de babelio un lecteur m'a vivement critiqué sur ce récit que ce soir en ce 15 Aout je suis triste. Cella fait 20 ans voire plus que jj'écris, j'ai jaamais entendu quelqu'un me dire"T'écris ça!!!!!????" et dans son message, il  avait  l'air de penser que c'était une absurdiité, mon récit un zéro boulet. Comme il m'a diiit "Ca termine mal ton affaire!!!!!!!!!!!!!!" et encore " Pour qui tu écris et non pppas pourquoi pparce que c'est différent???." Je ne me suis pas laissée faire et je ne compte ppas me laisser demonté comme ça lui il ne sait pas mieux  écrire que moi Monsieur je sais écrire!!!
    Fathouw le 17 août 2019
    Voilà dans quelle situation il se retrouvait. Que dirait Lord Malcomess en voyant son intendant se promener dans les rues sombres et sales du bas quartier de Londres ? Probablement que celui-ci ne méritait pas son poste pourtant envié d’autres gentlemen. Mais que faire ? En accélérant sa démarche dans cette rue sinueuse dans laquelle il s’engouffrait, il se remit en tête ce qu’il avait fait depuis son réveil pour s’assurer de n’être pas entrain de rêver comme il lui arrivait rarement. 
         Il s’était réveillé à six heures tapantes, avait sonné son valet de pied qui l’avait habillé de sa chemise blanche en coton, ses bas noirs comme l’exigeait Lord Malcomess, sa redingote brodée assortie et était descendu prendre son petit-déjeuner servi au préalable. En sortant, il avait pris son haut-de-forme, sa canne et sa montre de gousset comme à l’accoutumée.
         Mais voilà qu’en montant dans son cabriolet, il avait vu au loin une ombre se faufiler à l’abri des réverbères. Il avait d’abord cru que le vent matinal faisait danser les arbres mais il avait fini par distinguer une silhouette. Une grande silhouette svelte. Arthur le cocher commençait à s’impatienter devant la réticence de son maître à monter dans la voiture ne se doutant de rien. Et Mersey, rien que pour réaffirmer son autorité,  pensa suivre ce mystérieux et en avoir le cœur net, au grand dam du jeune homme qui l’attendait. Il s’était engagé dans de grandes rues pavées et désertes pour se retrouver dans des ruelles étroites. Son costume sombre avait pour avantage de le dissimuler. Aussi, il avait opté pour une marche à pas de loup et avait délaissé son élégante démarche de noble. Lui, Mr. Mersey, marchait dans Londres alors que ses semblables étaient en vacances à la campagne comme le voulait la dernière mode. Plusieurs comtes, Lord et messieurs s’étaient acheté des maisons et des cottages profitant de l’air pur et du calme. Mais lui, fidèle à son sérieux, avait préféré continuer à travailler. D’autant plus qu’il n’avait pas encore pris femme. Elles étaient toutes les mêmes à agiter leurs éventails et à battre des cils devant lui. Mais bon il était encore jeune, il n’était pas pressé de trouver la perle rare. A quoi bon partir en vacances seul alors ? Ses pensées furent abrégées lorsqu’il remarqua un mouvement brusque. Il s’arrêta à l’ombre d’une portière ornée de deux lions de marbre majestueux. La silhouette venait de s’arrêter et après un coup d’oeil à droite puis à gauche, s’assura que personne ne la suivait. Voilà qui était encore suspect. Mr. Mersey avait juste eu le temps d’enlever son haut-de-forme libérant sa chevelure bouclée. Il se félicita intérieurement pour son réflexe. À sa grande surprise, l’homme venait de rencontrer un inconnu. Ce dernier, après un court échange, remis à l’homme svelte un homme tellement trapu qu’il avait pensé que c’était un jeune garçon. Mais à cette heure ci ? Non, probablement pas. Sûrement un homme que la vieillesse avait finit par rattraper. Il était ligoté et avait la bouche fermement bâillonnée. Il n’avait donc pas fait ce trajet pour rien, un homme était en situation critique. La silhouette élancée avait repris son chemin avec son nouveau compagnon. Un silence de plomb pesait. Avant de repartir à leur poursuite, Mersey se remémora le chemin. Jamais il n’avait mis les pieds dans ces quartiers sombres. Il sortit son mouchoir et s’en couvrit le nez. L’odeur nauséabonde s’accentuait à mesure qu’il plongeait dans l’obscurité. Des auberges et des tavernes insalubres disséminées étaient aussi présentes que des échoppes et des boutiques en plein centre de Londres. Les ordures emportées par une eau croupie avançaient au milieu des rues ne rendant le tableau que plus sinistre. Le gentleman avait du mal à suivre bien qu’étant très à l’aise. Sans l’ombre d’un doute, l’endroit était familier à l’ombre qui se faufilait avec légèreté. Cependant le vieillard rendait la cadence plus facile à suivre. Avait-il peur ? Avait-il faim ou froid ? Était-il blessé ? Tant de questions que Mersey évitait d’y penser. Il tira sa montre de son gousset : plus qu’une heure. À sept heures cinquante-cinq il devra se présenter et saluer Lord Malcomess puis il devra se diriger vers son bureau pour une nouvelle journée chargée de registres et de comptes. Voilà en plus du fait que c’était humiliant pour un noble de se balader dans ces rues cet autre argument qui l’invitait à battre en retraite. 
         La lune, encore au rendez-vous à cette heure ci en hiver, éclairait avec parcimonie les bâtiments et les quartiers qu’il arpentait. Mais il ne put éviter de plonger sa botte de cuir dans une petite flaque d’eau où étaient enchevêtrés des brindilles et des déchets répugnants. Sa répugnance l’emporta sur sa prudence. C’est en ayant l’intention de se baisser pour mieux voir qu’il se rappela le ravisseur. Ce dernier, à l’ouïe du bruit se retourna d’un geste vif et dégaina un revolver. Mr. Mersey, avec un sang-froid légendaire s’immobilisa et fixa l’homme. Mais qu’elle ne fut pas sa surprise de découvrir que sous un haut-de-forme déplacé par le vent et le geste brusque, une longue chevelure opulante dépassait. Le trouble qui se dessina sur le visage de Mersey fut un écho à celui du ravisseur.
    Une femme.
    Une femme déguisée en homme.
    CaraT le 20 août 2019
    Bonjour à tous ! Voici mon humble contribution. 

    Une semaine italienne

    Les derniers lambeaux de la brume matinale semblaient vouloir défier la fournaise qui allait jouer les dominatrices dans quelques heures. Pour le moment, il faisait plutôt frisquet, à cette heure du jour tout juste levé. Alain frissonna. Il aurait voulu déchirer ce voile qui paraissait sale et lui obstruait la vue. Il s'était réveillé de bonne heure, de façon tout à fait inhabituelle : sa jeune compagne, Elsa, et leur bébé de sept mois dormaient encore à poings fermés dans le bungalow qu'ils avaient loué.

    Cela faisait une semaine qu'ils étaient arrivés, et une autre se profilait, pour le plus grand bonheur d'Elsa qui commençait à prendre la couleur d'un succulent pain d'épice. 
    Alain vivait, pourrait-on dire, sa deuxième vie d'homme : après s'être marié une première fois, vécu vingt-et-un ans avec son épouse et engendré deux premiers enfants, il avait décidé de mettre fin à tout cela. Du jour au lendemain (en vérité, dès que Léo, son fils, avait eu dix-huit ans), il avait demandé à sa femme le divorce. A la question "pourquoi ?", de cette dernière, il avait simplement répondu : "je suis fatigué". 
    La réponse n'eut pas l'air de satisfaire sa future ex, mais enfin, elle ne fit pas de vagues et ils obtinrent leur divorce somme toute assez rapidement. 

    De fatigué qu'il prétendait être, Alain trouva rapidement une jeune femme de dix-sept ans sa cadette (c'était d'un classique ! pensa amèrement son ex-épouse) qui lui réclama tout aussi rapidement un enfant, qu'il lui donna sans trop réfléchir. Elsa était fraîche, pétillante, très sensuelle et il sembla à Alain qu'il renaissait. 
    Et voilà comment, deux ans et quelques mois plus tard, ils se retrouvaient tous les trois dans un bungalow sur la côte sud-ouest de l'Italie. C'est Elsa qui avait choisi la destination. Alain, lui, s'en fichait bien : il avait de quoi payer, et si ça pouvait faire plaisir à sa jeune compagne, il ne cherchait pas plus loin.

    Il s'occupait au final assez peu de son troisième fils, Nathan, accaparé qu'il était par sa jeune maman. Cela lui allait bien, à notre homme : à cinquante-et-un ans, pouponner, ça n'était plus tellement son truc... Il avait déjà donné !
    Il s'étira longuement, essaya de trouer de son regard la brume toujours présente puis, constatant son échec, il rentra. Etrangement, un long frisson lui courut le long de la colonne vertébrale lorsqu'il retrouva le confort chaleureux du bungalow. Il fronça les sourcils, l'espace de quelques secondes suspendues, puis n'y pensa plus, et retourna se lover contre Elsa. 
    Comme la plupart du temps, le corps jeune et musclé de sa compagne fit ériger sa virilité comme aux premiers temps de sa jeunesse. Il sourit intérieurement de se savoir encore si vert, et se frotta doucement mais de manière parfaitement éloquente à Elsa... 




    Suivant les souhaits de la jeune femme, Alain avait trouvé une location dans ce qu'il considérait comme l'un des beaux endroits d'Europe : la Campanie. Et c'est dans la ville de Ravello, à trois-cents mètres au-dessus de la mer, qu'ils avaient loué leur petit nid de vacances. La « Città della Musica » était sublime et Elsa, ravie. Depuis une semaine, ils avaient visité la baie de Naples de fond en comble, avaient fait escale à Positano, puis à Amalfi, avait contemplé le Vésuve, naturellement.

    A présent ils se trouvaient face à une petite crique, non loin du parc national de Cilento.





    "On s'installe ici, mon chéri ? demanda la voix enjouée d'Elsa. 
    - Oui, si tu veux, ma belle, répondit Alain en lui souriant. 
    Il chercha un endroit où garer la voiture de location, déposa un baiser sur les lèvres de sa compagne, et sortit de la voiture. Il s'étira longuement, contemplant le spectacle d'une mer turquoise brillant sous le soleil torride d'août. Il était environ seize heures. Ils avaient dû attendre que le bébé se réveille de sa sieste pour décoller. Maintenant, le petit monstre était bien réveillé et babillait à qui mieux-mieux. 
    - Tu veux bien prendre les devants et installer le parasol, s'il te plaît mon chéri ? Prends aussi les draps de bain. Moi je prendrai le petit et ses affaires, d'accord ? 
    Alain était d'accord pour tout, du moment que ça faisait plaisir à Elsa... 
    Il s'exécuta donc, sortit ce qu'il devait du coffre de la voiture. Il enjamba le petit parapet qui délimitait le parking des marches qui menaient vers la plage. Avant d'entreprendre leur descente, il tourna la tête vers Elsa et, de sa main libre, lui envoya un bisou qu'elle attrapa au vol avec ravissement. 

    Alain avait pris son temps pour descendre les marches qui se terminaient dans un fin sable blond, pris son temps encore pour installer les draps de plage et le parasol, puis il avait attendu. Et attendu encore. Puis, comme un imbécile, il s'était dit qu'Elsa devait encore faire des milliers de papouilles à leur enfant, et, la torpeur le gagnant, il s'était assoupi...
    … Pour se réveiller en sursaut de longues minutes plus tard, lorsque des cris horrifiés lui parvinrent du parking. N'écoutant que son étrange frisson matinal, il se leva brusquement, monta quatre à quatre les marches pour s'arrêter, étourdi, devant une petite foule qui s'était formée devant sa voiture. Il eut une soudaine envie de vomir. Pourtant, comme au ralenti, il fendit la foule pour tomber sur Elsa, allongée par terre. Le haut à fines bretelles de sa compagne était tâché de sang ; les reflets d'un coutelas à longue lame lui firent comprendre que ce dernier avait été planté en plein coeur.

    En s'affalant, la jeune femme, qui tenait alors Nathan sur ses flancs, s'était fêlé le crâne sur le bitume. Du sang poissait ses beaux cheveux châtain. 

    Alain, les jambes flageolantes, tomba sur les genoux. Il regardait, ahuri, le corps inerte d'Elsa. Il n'eut pas, sur le moment, la présence d'esprit de se demander où était leur fils.
    Toujours est-il que plus personne ne le revit. Nathan avait-il été victime d'un enlèvement ? Ou pire encore ? A ce jour, nul ne peut le dire avec certitude. 

    Ce que l'on peut constater en revanche c'est qu'en été, visiblement, tout peut arriver...
    Pinceau le 20 août 2019

    Bonjour à tous
    Voici ma contribution estivale
    Bon été à tous :)


    Une pensée pour eux

    Depuis hier soir
    Dès qu'on a commencé à préparer les valises
    J'étais aussi excitée qu' une pucelle sous exta

    Comme le lendemain
    On descendait voir la mer avec Bob

    Comme depuis que je suis née
    J'ai guère bougé de mon quartier
    Je l'ai jamais vue de ma vie

    Comme je me languissais
    De sentir ce vent de liberté

    C'est dingue comme ma nuit a été agitée
    Peuplée de rêves azurés et ardents
    Flâneries les orteils en éventail sur le sable chaud

    Levés aux aurores
    Valises chargées dans la bagnole
    Et route taillée illico
    En direction de l'autoroute du soleil

    Pas très bavard
    Bob fumait clope sur clope
    Ses yeux cernés braqués sur la route
    Pendant que le décor défilait à toute vitesse
    A travers les vitres ouvertes

    Comme je trouvais le temps long
    Et les paysages monotones

    On arrive bientôt ?

    C'est loin sois pas si impatiente

    Et il a monté le volume de AC/DC
    Back in Black

    Bob est sympa
    Mais on n'a pas les mêmes goûts musicaux
    Lui kiffe le hard
    Et moi plutôt le ska

    D'ailleurs quand on y pense
    On est si différents
    Mais mon Bob je l'aime comme il est

    Alors que je commençais à m'ankyloser
    Somnolant sur le skaï poisseux des sièges kaki
    Bob a remarqué les keufs au péage

    Tu as l'air fatigué
    On va s'arrêter faire un break et le plein
    Et casser la croûte

    Et aussitôt tangente prise direct sur la bretelle de l'aire

    Pendant qu'assis au fond du parking
    A l'ombre d'un pin parasol
    Bob taquinait son flask de vodka
    En smokant son stick
    Ses pupilles écarquillées scotchées au ras des bikinis
    Tout en étant reluqué par un biker suçant un eskimo
    Je me suis tranquillement éclipsée aux toilettes


    Quand fraîche comme la rosée je reviens
    Bob est ailleurs

    Il a dû retourner au snack chercher un pack

    Je pars l'attendre à la caisse
    Penser à récupérer mes sudokus dans le coffre

    La place de parking est vide

    Je regarde partout
    Si Bob a déplacé la voiture
    Mais elle a disparu

    Non mais je rêve ou quoi ?

    Je file me renseigner à la station
    Cernée par un flux de touristes bedonnants en short
    Aux débardeurs auréolés de sueur
    Et leurs gamins qui braillent se chamaillent et me bousculent

    J'ai toujours eu le feeling avec les mômes
    Ça me reste encore en travers de la gorge
    Qu'on m'ait retiré la garde des miens

    Mais j'ai beau sillonné le parking dans tous les sens
    Aucune trace nulle part
    Ni de Bob ni de la voiture

    Où es-tu Bob ?

    C'est un sketch ou quoi ?

    C'est vrai que Bob est souvent dans la lune
    Et qu'il a parfois un caractère de chien
    Mais de là à m'oublier sur le parking

    Pas encore une de ces blagues
    A la mords-moi le nœud ?

    Où est passé mon Bob ?

    Plus j'y songe
    Et plus je m'inquiète

    C'est pas possible
    On m'a kidnappé mon Bob

    Il me faut le retrouver

    Pas un rond pour un ticket de bus
    Ou même une bouteille d'eau

    Pieds nus en petite tenue aux poches vides
    Je cours vers l'autoroute faire du stop

    Mais je laisse vite tomber cette idée loufoque
    Car me faire klaxonner
    Siffler et frôler à plus de cent à l'heure
    Me fait vite déchanter
    Je tiens à ma peau

    Complètement seule et perdue
    Dans ce lieu inconnu
    Pas facile de garder mon sang froid
    Et maîtriser mes angoisses et émotions
    Sous ce soleil de plomb
    Tandis qu'au loin passe un train

    Trouver la gare la plus proche
    Et essayer de grimper en douce dans un wagon

    Dans quelle direction ?
    On avisera sur place

    M'aventurant à travers les champs de maïs
    Je me dirige vers le village au loin
    Avec un peu de chance
    Peut-être là bas
    Trouverai-je quelqu'un pour m'aider

    Pendant que le soleil cogne
    Comme un boxeur enragé
    Et que les cigales jouent des maracas
    Dans les branches des cyprès dressées vers le ciel
    J'engloutis les kilomètres la gorge aride

    Ma vision se trouble
    Et mon esprit se met à divaguer
    Puis la chaleur et la fatigue me font trébucher
    Et dégringoler dans un fossé

    J'ai dû m'assoupir un moment
    Car je suis réveillée en sursaut
    Par des gouttes de pluie sur mon front
    Et le ciel s'est étrangement obscurci

    Pas évident de se relever
    Un os est sûrement fracturé

    Boiteuse errant au gré des bourrasques de vent
    Parmi les senteurs fleuries de lavande et le grésillement des grillons
    Je poursuis difficilement mon chemin vers les lumières du village
    Alors que l'orage ronge son frein derrière la colline

    Soudain deux képis me foncent dessus
    Me neutralisent rapidement
    Et en m'aboyant dessus
    Me balancent dans le coffre d'une fourgonnette


    Depuis combien de jours
    Le cœur brisé comme une coquille de noix
    Et la patte arrière dans le plâtre
    Mes yeux mélancoliques fixent un petit bout de ciel bleu
    A travers les barreaux de ma cage ?

    Chaque soir
    Dans celle d'à côté
    Un pékinois joue du ukulélé

    Comme chaque été
    Plus de 60000 animaux de compagnie
    Sont abandonnés sans aucun scrupule
    Par des êtres sans cœur

    Bravo au soi-disant pays « des droits de l'homme »
    Qui peut se targuer de ce lamentable record

    CaptainNahamEricka le 22 août 2019
    15 jours que l'Airbus A 380 m'a lâché sur l'île de La Réunion.
    15 jours et, je plane encore.
    Réveillé ou encore endormis ? Qu'importe !
    Je ne suis pas vraiment sûr d'avoir atterri.
    Alors, si c'est un rêve, ma foi, soyez sympa et... Fermez-la !

    Ne me réveillez pas.

    Paris m'avait volé mon sommeil, sans rien m'offrir en échange. Mais, je lui ai bien dit, les yeux dans les yeux, de ce que j'en pensais : "Paris, ville de merde, tu pues ! Je t'aime mais, je te quitte !"

    Paname, je sais, pourtant, qu'un matin, tu viendras en douce, me réclamer ton tribut. Et, j'entends d'ici ton appel implacable. Tu mentiras en me promettant des merveilles, tout ce que peut nous offrir le monde moderne, des solutions à tous mes problèmes, la pointe de l'art, le mouvement pur. Et, je te croirai. Et, je renoncerai à tout, pour toi, abandonnant dans l'instant la plus belle des perles de l'Océan Indien. Pour toujours addicte à l'oxygène délétère de ta surface capitale.

    Pour l'instant, sur cette île, je dors et je bois. Je rêve que je dors. Et, je bois, en rêvant, dans un cercle parfait d'abandon éternel. Oui, je suis le Roi !

    Mariette, débitrice de son état, me sert en ne buvant, elle, que mes paroles. Pendant que je tente sans succès de ne pas me noyer dans ses yeux, étoiles océanes, cascades de lumière. Qu'elle déverse, l'air de rien, directement de son sourire vers mon cœur, pas prêt pour ça. Mais, qui le serait ? Pour l'instant, je tiens le cap, diluant son amour sous des litres de cette bière âcre qu'elle me tire sans trop rechigner.

    Régulièrement, elle insiste pourtant, me prévient :

    - Un jour, mes cousins, mes frères, et tout ce qu'ils comptent comme connaissances dans l'Ovalie, viendront, sans chichis, se saisir de tes poignets, de tes chevilles. Et, ce jours là, il sera trop tard pour m'appeler "ma chérie" !


    Puis, dans un sourire vertigineux, me promet la soupe aux requins, si je persiste encore longtemps à hésiter pour l'épouser.

    - Putain, le mariage, ils font encore ça, ici ?
    - C'est pas la mer à boire, me dit Denis, son frère cadet.
    - J'avoue, qu'on se pende ici, qu'on se pende ailleurs... Comme disait Brassens !
    - Hé ! C'est de ma sœurette dont tu causes, con d'ivrogne métropolitain !

    J'adore ce gars. Le compagnon parfait pour mes descentes liquides. Il se fout de tout mais n'autoriserait personne à l'exprimer à sa place, surtout en public. Persuadé que ses deux mètres d'épaules suffisent à rendre ses propos indiscutables, il éclate pourtant d'un rire violent et communicatif lorsqu'il me découvre incapable de m'effrayer de ses menaces.

    - Crétin de parisien, tu sais pas ce que tu perds. C'est une perle, Mariette !
    - Et moi, un poulpe à l'encre impénétrable.
    - C'est l'air vicié de ta capitale qui l'a tout dissout, ton petit os de seiche !
    - Gros malin, commande-nous donc une tournée de rhum gingembre, et tu verras c'que tu verras. Conjurons, mon ami, conjurons !

    Alors, on boit. Ce ne sont pas vraiment des vacances, plutôt une fuite. Mais, la puissance du décors, la température et, ce je ne sais quoi, la course des planètes, font que ça ressemble à l'endroit parfait pour ne plus jamais dé-saouler. Alors, on boit et on re-boit. Offrant godets aux compagnons de zinc, sans trop vérifier les pedigrees. Avec cette impression rassurante d'avoir la terre entière pour amis de croisière.

    Pourtant, hier, j'ai essuyé un sévère refus. Un rugbyman, qui se fait appeler Reno, m'a bien envoyé chier, alors que je lui tendais le pichet pour remplir son verre. Bravant le torticolis, j'ai croisé le regard du géant, une seconde à peine. C'était pas très chaleureux. Ça sentait le fait divers, le cadavre dans les poubelles ou, au mieux, le baume du tigre sur os brisés.

    - C'est quoi, son soucis, au Reno ? T'as une idée de ce que je lui ai fait, Denis ?
    - Il est amoureux de Mariette, depuis la maternelle. C'est plus clair pour toi ?
    - Who ! La lose. Elle ne le calcule pas d'un pet. Dis, niveau violence, on est comment ? Force 5 ?
    - 10
    - Bien… Bien, bien, bien… Et, tu me conseilles quoi, pour finir mon séjour en un seul morceau ?
    - Épouse-la !
    - Super conseil… T'es bourré ou quoi ?
    - Quoi ?
    - T'es con !

    Le matin, qui arrive souvent aux alentour de 15h, je vais retrouver Mariette, pour me glisser auprès d'elle, pendant sa sieste . Elle accepte, ravie de laisser mon corps se frotter contre sa peau sombre. Sacrifie son repos à nos étreintes. Et, sous ses lèvres violettes, le bonheur n'est plus ce fantôme irréel qui me pousse, le jour, vers l'abîme.

    - Mariette, tu sais... Je…
    - Chut !     Pas maintenant. Caresse-moi, doucement. 
    - Là ?
    - Oui, là, comme ça… À cet endroit, c'est vraiment… Hummm ! Vraiment trop bon !

    Pour l'entendre ronronner dans mes oreilles, je ferai n'importe quoi. Je ne sais pas de quoi sont faites ses cordes vocales, mais c'est du domaine de la toxicologie. Interdit à la vente. Fermez les labos ou, on est bon pour l'émeute générale ! À chacun de ses gémissements, elle déploie, dans de tendres volutes aériennes et complices, l'empreinte de toute son intimité. Et je reçois cette onde, bandé comme un âne. Elle vient se plaquer sur mon tympan, remonte, pour validation, vers mon crâne halluciné, pour finir par irradier chacunes de mes cellules. Tout devient clair, brillant, encore plus chaud... Et pas mal humide.

    C'est toujours à ce moment-là que sa mère l'appelle. Prescience, instinct maternel, diplôme de Mme CasseKouye de première, que sais-je ? Même au téléphone, la Monique, elle en impose.

    - Me dit pas que tu es encore avec ce petit blanc ? Tu sais ce qu'il te veut ? Tu veux que je te le dise, ce qu'il te veut ?
    - Maman, arrête, s'il te plait. C'est pas du tout ce que tu imagines.
    - Ce que j'imagine ...? Je vais te dire, ce que j'imagine ; c'est qu'il est beaucoup trop près de toi, avec vraiment pas assez de vêtements pour être honnête. Voilà, ce que j'imagine !

    Prescience, c'est ça ! Avec, quand même, une bonne dose de délire. Cette femme me hait sans me connaître. Elle ne m'a jamais vu. Pour elle, nous sommes tous pareils. C'est un peu agaçant. Des comme moi, y'en a qu'un. Et, c'est moi !

    En plus, la vieille peau ne lâche jamais l'affaire, tant qu'elle n'a pas largué son dernier missile Scud :

    - Et, savais-tu que ton cousin François l'a vu avec une autre. Ah ! Il ne te dit pas tout, le petit français !
    - Nous aussi, sommes français, Maman. Et notre intimité ne te regarde d'aucune manière. Bisous !

    Touché-coulé !

    Je lui avait déjà fait un survol de mes problème de libido, à Mariette. Ils ont commencé depuis que j'ai mis un pied sur cette île ; je suis en feu. Qu'est-ce que j'y peux ? Ici, la réalité est augmentée naturellement ! Et, tout le reste suit. Alors, oui, si je croise Mélissa, y'a moyen que ça finisse dans la catégorie "amateur vérifié" d'un site spécialisé. J'aurais envie de dire que c'est elle qui a commencé mais, mes souvenirs sont flous. De toutes façons, on se croise pas tant que ça.

    Bon, ça serait quand même cool que j'arrête mes conneries. Déjà, me mettre à la place de Mariette ; comment je le prendrais, si je la trouvais à genou, devant un autre, tentant de calmer le feu d'un baobab par quelques coups de langue bien placés ? J'ai beau admirer son puissant désir de sauver l'humanité, cette abnégation à vouloir régler les problèmes de toutes et tous, là, ça piquerait un peu ma jalousie à vif, j'avoue. 

    - Je ne te reproche rien, dit-elle. Simplement, ne m'oublie pas trop longtemps !

    Après, je ne sais plus. Je me réveille encore saoul de la veille, sous un palétuvier, les pieds dans l'eau. Et, il fait toujours beau. C'est à cette heure que Mariette me manque. À cette heure que je me remets en quête de sa présence. Parfois, c'est assez compliqué. Les locaux, perfides, m’envoient vers la montagne, alors que, le « Milles fleurs de houblon », le bar où elle officie, avec, au premier étage, la chambre où elle vit, sont tout près de la plage.
    CaptainNahamEricka le 22 août 2019
    Mais, ce jours-là, je reconnu tout seul le chemin du salut, sans me tromper une seule fois. Le bar, fermé, elle ne pouvait être qu'à l'étage, à cette heure. Nue sous un drap, si fin qu'il ne saurait nuire à aucunes de mes caresses, elle semblait n'attendre que moi. Je ne voyais que sa chevelure et le haut de ses épaules. Mais, c'était déjà trop, pour rester digne... Trop pour garder son bermuda. Je ne gardais, coquet, que la chemise à fleures locales, qu'elle m'avait offerte et, me glissais derrière elle, en cuillère. Elle ne bougea pas d'un pouce.

    Je ne la quittais pour ainsi dire jamais, cette superbe chemise. D'après Mariette, elle n'était pas donnée. Je devrais en prendre grand soin. Je n'y connais rien en fringue. Et ne l'imagine pas assez riche pour m'offrir de la haute couture. Mais, c'est vrai qu'elle était très agréable à porter, douce et légère tout en gardant un maintien parfait.

    Ivre de toute cette volupté, je me laissais aller, en la dorlotant, à de présomptueuses rêveries. Nous voyagions partout, main dans la main. Dinions près d'un lagon, dans le soleil couchant. Quelque chose me disait qu'il fallait que je freine au plus vite ces extrapolations exagérées. Mais, j'étais parti trop loin. Croisières, voyages, ascensions, spectacles, mon imagination s'emballait au rythme de mes caresses. Curieusement, elle ne régissait pas. Elle m'avait pourtant habitué à un ton des plus énergique si, d'aventure, mes plans brûlaient quelques comètes trop lointaines :

    - Oui, oui, bien sûr... Une pierre de lune en collier ? Mais, tu entends ce que tu dis ? N'importe quoi, gros nigaud !

    Mais là, rien… Un minuscule pincement au cœur. Je devais me l'avouer, je commençais à m'inquiéter.
    Jamais elle n'avait résisté aussi longtemps, sans un soupir, à mes baisers affamés ?
    Pour mettre un coup de fouet à son immobilité, beaucoup trop longue et, à mon angoisse qui grandissait, nourrie par toutes sortes d'idées paranoïaques, je la retournais, un peu violemment, par les épaules.

    - Hé alors, c'est comme ça qu'on accueille son guerrier ?

    Le choc !
    Horrible...
    Tellement de sang…
    Insupportable plaie béante, mettant sa gorge à vif.

    J'ai hurlé. Une éternité. Brûlé la totalité de mes cordes vocales. À la fin, je ne parvenais plus qu'à grogner, d'un souffle sourd, rauque, abyssal et gras, aussi long que le permettait le peu d'air capable de franchir les marais de larmes et de glaires que je déversais en continu.

    Des coups de poings, sur la portes, me réveillent. J'étais enlacé au corps de Mariette. Son sang, mêlé à mes larmes, imbibait ma chemise. C'était Denis, qui s'inquiétait de son absence. J'allais ouvrir, sage décision, quand une petite voix me rappela que la sagesse, souvent, elle se fout royalement de la justice. Et moi, je n'avais plus qu'une obsession, retrouver son bourreau. L'affection insensée qu'elle me portait était très mal vue par ses compatriotes insulaires. Seul, Denis s'en amusait. Mais, les amis font les meilleurs ennemis. Le groupe s'avère être le seul réconfort face à l'inacceptable, comme la mort violente d'une sœur adorée. Et, de mon côté, je me trouvais une bonne grosse tête de bouc émissaire. Toujours bourré, inconséquent, tonitruant. Un étranger, qui vous balance son bonheur dans la gueule, avec la violence de l'uppercut. Les milles raisons de me haïr m'apparurent d'un coup !

    Je m'éloignais donc de la porte, sonné par trop de questions. Assis sur le carrelage, dans l'angle face à l'entrée, j'essayais de trouver quoi faire. Les pas lourds de Denis se firent enfin de plus en plus sourds, il descendait les escaliers. Puis, la porte d'entrée grinça, elle m'en avait fait voir, lorsque j'essayais de surprendre Mariette. Pour une fois, elle pouvait bien m'aider. Après, le bruit du verrou, je su que j'étais seul, avec ce qui restait de l'amour, un corps inutile. Alors, venait le temps des idées de merde ; il ne fallait pas qu'on la retrouve. Pas avant que j'ai pu démêler son meurtre, en tout cas. Pas de corps, pas de meurtre, pas de coupable… Ma vie parisienne remontait en surface. Il fallait à tout prix gagner du temps. Préparer aussi quelques arguments pour le juge.

    En ces latitudes, le frais d'un congélateur s'impose. J'ai caché ma crevette sous les tapas surgelés, voilà ce que j'ai fait. Je ne sais même pas comment. Mes gestes semblaient autonomes, mon esprit spectateur. Il me disait, entre deux vagues pensées brumeuses, que je n'étais probablement pas en train de me bâtir un avenir radieux. Mais, l'avenir, honnêtement, c'est bien un truc complètement surévalué. Je crois que je perdais la tête, ricanant tout seul, murmurant sur un air de comptine :

    - Ma p'tite crevette congelée, je vais te garder au frais, et tilali et tilala !

    J'empochais la clé du cadenas de la chaîne entourant le congélo. Dire que j'avais éclaté de rire en le voyant pour la première fois…

    Et me voilà parti, avec en tête ma solution favorite, lorsque surviennent les embrouilles : courir se cacher. Souvent, j'entends dire que ce n'est ni judicieux, ni courageux. Je sais surtout que c'est ça qui fait les bonnes histoires. Sinon, l'affaire aurait été réglée dans l'instant : je dis tout, personne ne me crois, au fers pour vingt ans… Et, bonsoir M'sieurs Dames. Alors que là, 

    Y'a un type à moitié nu,
    Qui rase les murs incongrus
    D'une ville inconnue.
    Gares au passants malvenus
    Verrues aux coins des ses rues
    Qui surveillent le gars fourbu.

    Si ça rime, c'est du slam, non ? Dans l'urgence, j'ai cette manie de faire des rimes. Ça m'aide. Comme ces urgentistes hilares devant la dame morte. C'est la vie. Et, c'est pas toujours très joli. Dans mon malheur, ma petite pause poésie m'a remis les idées en place, je note les faits : je n'ai nulle part où aller et ma carte de retrait a glissé de mon short. Il faut faire des bilans, de temps en temps. C'est important. Même si ça pique.

    Mon habileté à échouer dans des endroits solitaires pour cuver m'aura au moins permis de savoir où aller me cacher. À la faveur de la nuit, je réussi à rejoindre une petite crique de ma connaissance, toujours accueillante. Je compte bien y passer le temps qu'il faudra pour me faire oublier. Et, qu'importe mon régime de crabe et de noix de coco. Ici, je ne mourrais pas de faim. Alors, rassuré sur le moment, je m'endors dans le sable, la tête contre une motte d'herbes, le regard dans les étoiles et, un nom sur les lèvres : Mariette…

    Au réveil, mon premier réflexe est de pleurer comme un con. Puis, très vite, l'étonnement, dû à l'absence de mal aux cheveux : je n'ai rien bu hier soir. Alors, pleurer à nouveau, cette fois-ci comme pénitence pour avoir trouvé, quelle horreur, un bien dans la tonne de mal de cette histoire sordide. Je reconnu là, mon vieux cercle vicieux. Une action, n'importe laquelle, s'impose, vite. Je retournais donc vers la ville. On félicite les courageux, mais c'est bien la situation qui permet la chose. Jamais auparavant, je n'avais eu à faire preuve de courage, bien au chaud dans mes certitudes et mon confort. Là… Obligé !

    En arrivant, prudemment, à un carrefour peuplé, une image me fige : je crois reconnaître Mariette, de l'autre côté de la rue ? Elle est de dos, et, ce dos… Ça ne peut être qu'elle ! Je le connais si bien, ce dos, d'avoir passé avec elle le plus clair de nos ébats agrippé, d'une main, à la liane de ses cheveux roulés dans l'urgence. Et de l'autre, agaçant de gifles l'une ou l'autre de ses fesses. 

    Deux pupilles me fixent, de l'obscurité de l'habitacle d'une voiture, garée près d'elle. Une main en sort, agrippe le bras de Mariette et la tire à l'intérieur. La voiture démarre aussitôt. Et disparaît au coin de la rue.





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