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    CaptainNahamEricka le 22 août 2019
    J'ai dû rêver. C'est impossible ? La fatigue, un petit tremens qui délire ? C'est quoi ce bordel ? Non, j'ai halluciné, c'est sûr. Ça ne peut être que ça. Quand même… Ce dos… Il faut que je comprenne. La suivre, vite.

    Une trottinette électrique, parfaite pour la ville et ses bouchons. Je monte dessus, démarre, fonce, dans la seule direction qui compte, celle où a disparu la voiture noire. Cet engin met du temps pour arriver à sa vitesse de pointe. Alors, une fois atteinte, plus question de freiner. Slalom, piétons, voitures, virages serrés, têtes à queue, vent dans la face, cris des passants, klaxons, bus en travers, sauts. Je vois tout au ralenti, sous une lumière aveuglante. Il y a toujours une bande son. Écoute ça : PLAY !

    J'en profite pour essayer d'analyser les évènements depuis mon arrivée sur l'Île. Je ne me rappelle pas d'avoir pris une seule décision. Ça me saute aux yeux. Pourquoi seulement maintenant ? J'ai la sale impression de n'avoir été qu'un pantin qui se prenait pour un homme. Denis, tombé dessus à la sortie de l'aéroport et, tout le reste qui s'enchaine sans me demander mon avis. Même les épisodes Mélissa, honnêtement, c'était louche. Déjà, qu'une des plus belles filles du coin s'intéresse à moi, très rare. Mais deux ? Non, mon bonhomme, faut arrêter de te prendre pour un Dieu. On ne devient pas Dieu en descendant d'un avion. Soit on l'est depuis toujours, soit on le sera jamais. 

    Et puis, le minuscule bar de Mariette, comment pouvait-il générer autant de cash ? Non seulement, cette chemise hors de prix, mais tellement d'autres dépenses insensées qui n'ont rien allumé chez moi… Du coup, maintenant, trop de lumière. Aveuglé, je percute un car de flic, parfait !

    La tête contre le bitume, j'aperçois la devanture d'un marchand de journaux ; ma tête est partout… Je referme les yeux, je suis cuits.


    Deux ans que je me retourne le cerveaux, depuis la cellule où je croupis. Comment ai-je pu me mettre dans une merde pareille ? J'ai été nul à tous les niveaux mais, au tribunal, j'ai atteins des sommets d'auto sabotage. J'ai bien cru que même mon avocat d'office allait passer à l'accusation. Du coup, mon hébétude m'a permis d'en prendre pour vingt ans. Donc, dix-huit aujourd'hui. Pile. Champagne !

    J'étais en train de me préparer une bougie à souffler, quand un garde vient me chercher : parloir. Jamais une visite en deux ans. Mais, aucune inquiétude, je me suis habituer au pire alors, allons-y, voir…

    - Mariette ?
    - Absolument pas, monsieur Delgado. Je suis sa cousine. Vous ne seriez pas du genre à tous nous confondre ?

    Ok, effectivement, le pire est toujours certain. Après une condamnation pour meurtre, voilà qu'une inconnue me traite de raciste. Je me découvre tellement de facette, mais qui suis-je ?

    Elle me dit de garder espoir, que ne suis pas fou. Le cerveau est programmé pour aller au plus rapide, que ce soit dans les déductions comme dans la reconnaissance faciale. Rien n'aurait pu se passer autrement. Depuis le début, mon sort était scellé. Jane m'apprends que sa cousine n'en pouvait plus de sa vie. Sa mère omniprésente, sa famille d'ivrognes violent et possessif, son boulot pourri… Alors, elle a emprunté une très grosse somme à la mafia locale. Qu'elle n'a jamais compté rembourser. 

    Le cadavre est celui de Mélissa. Que les tueurs, chargés de la mortelle sanction, ont pris, eux aussi, pour elle. Lorsque je suis monté la voir, pour la dernière fois, je n'ai pas remarqué que toutes les portes étaient ouvertes. Mariette avait donné rendez-vous à Mélissa en se faisant passer pour moi. Et, ma panique pathétique a fait le reste.

    - Mais, pourquoi vous me dites tout ça ? À moi ?
    - Mariette se demande ce que vous seriez prêt à faire, par amour, pour elle ?
    - Mais rien ! Qu'elle crève en enfer, la garce !
    - Elle vous aimait bien. Et, maintenant, elle a les moyen de réduire votre peine.
    - Oh ! 
    - Tout à fait. Avec votre accord, on lance la procédure et, dans quelques années, c'est la belle vie à Hawaï qui vous attends pour tous les deux.
    - Banco ! Il dit Banco !
    Sflagg le 22 août 2019
    Salut !

    Pinceau, c'est un plaisir de retrouver ta plume. Magnifique texte, comme toujours.

    A+ !!
    Pinceau le 24 août 2019

    Merci Sflagg pour ton gentil compliment. Ça me fait plaisir.
    Bonne continuation à tous :)

    Rennath le 24 août 2019
    Suite du défi Littéraire de mai 2018. les liens du précédent texte.
    https://www.babelio.com/groupes/21/Le-Cafe-Litteraire/forums/21/Discussion-generale/17159/Defi-decriture-du-mois-de-mai-2018?pageN=2_370811

    https://www.babelio.com/groupes/21/Le-Cafe-Litteraire/forums/21/Discussion-generale/17159/Defi-decriture-du-mois-de-mai-2018?pageN=2_370814


    On retrouve les mêmes personnages ....

    Vacances à la Martinique

    Deux semaines dans un village vacances pour célibataires. Voilà ce que me paient le couple d’employés qui s’occupe de ma maison. C’est la honte, je n’ai pas d’amis, pas de famille et c’est mon personnel, oui mon personnel ! qui se cotise pour me payer des vacances. Je suis milliardaire, enfin je pense, et passe son temps à lire, à leur grand désespoir. A un moment, ils ont espéré quelque chose avec Alexis, mais il n’a pas été intéressé plus que ça ... C’est un séducteur invétéré et sortir au restaurant avec lui et le voir entouré de toutes ses admiratrices m’a refroidie, je ne fais pas le poids, en plus il ne lit jamais, il a bien mieux à faire. Mais il faut dire qu’un beau milliardaire célibataire, c’est quand même rare sur le marché et j’ai toujours un coup de coeur pour lui ....

    Je suis toujours vêtue de couleurs neutres, les beiges, les vieux roses sont mes teintes favorites. Et là incroyable, me voilà en Martinique, pour deux semaines. Comment refuser sans faire de la peine à mes employés que je connais depuis si longtemps ... J’ai pensé leur rembourser les vacances mais je me suis dit que ce serait maladroit et malvenu. Alors à court d’arguments me voilà à l’entrée de ce village. Une superbe fille bronzée et souriante l’accueille.
    - Vous allez partager votre hutte avec Mélanie.
    - Je partage ?
    - Oui c’est le concept, vous êtes à deux par hutte ... Mais de toute façon, normalement vous ne dormez pas souvent dans votre hutte, fit avec un clin d’oeil entendu l’hôtesse.

    Elle me conduit vers sa hutte sur la plage. C’est une pièce ronde avec deux lits et une salle de bain, les murs extérieurs sont recouverts de feuilles pour faire local. Ma colocataire est déjà installée.

    - Salut, moi c’est Mélanie, je viens d’arriver, je viens de Paris.

    Elle est mince pas très bronzée et très exubérante. J’ ouvre ma valise pour me changer et j’ai un choc, je vérifie le nom sur le bagage, c’est bien le mien. Des tenues multicolores bien rangées me brûlent les rétines. Au moins on m’a mis ma collection de livres.
    - T’en as une garde robe, on croirait pas quand on te voit ! Tu m’en prêteras, ils sont super tes vêtements et que de la marque ...
    C’est Maryse mon intendante qui l’a préparée. Visiblement ils veulent que je rencontre quelqu’un. Contrainte et forcée, après maints essais sous les cris enthousiastes de ma coloc qui teste avec moi les vêtements, j’enfile ce que j’ai trouvé de plus sobre, une robe courte noire qui dévoile mes jambes fines et blanches. Mélanie m’emprunte un maillot et un paréo assortis très décolletés.
    - Allez viens, c’est l’heure de la présentation des activités, il y a de trucs super ...
    Enfin super, peut-être pour Mélanie, mais pour moi, l’horreur ... On me présente des sports les plus inconnus et les plus inaccessibles. Le seul truc que je retiens ce sont les jeux apéro,  heureusement, il y a la mer, la piscine et mes livres !

    - Bonjour Eléonore, susurre une voix me faisant sursauter.
    - Tiens elle est là elle, fit une voix méprisante.
    Je me retourne stupéfaite, devant moi se tient Alexis et son meilleur copain Léandre, ainsi que deux jet-setteuses que je déteste Ivana et Sandra que j’ai surnommées Poison et Shiva en hommage à Batman. Mélanie écarquille les yeux devant le charme d’Alexis. Je me sens obligée de les présenter :
    - Ivana, Sandra, Léandre et Alexis qui passe son temps à dilapider la fortune de ses parents.
    - Comme toi ma chère, comme toi, nous n’avons pas les mêmes loisirs c’est tout, tu vois nous avons un point commun, commente-t-il en riant, Ravi de te revoir, nous allons pouvoir manger ensemble ce soir. Je parie que tu veux faire les jeux apéro.

    Les deux pestes partent à la recherche d’un mâle acceptable et nous laissent. Je pense m’amuser aux jeux apéro mais je déchante vite, toutes les questions tournent autour des chanteurs actuels et des stars de la téléréalité, pas une seule question de culture générale. Et bien, les activités seront réduites au minimum. Le repas se passe plutôt bien malgré toutes les filles maladroites qui se cognent sur Alexis, Mélanie faisant la conversation pour tout le monde.
    - Au fait, dit Alexis, je t’ai inscrit pour l’initiation à la plongée avec moi demain matin.
    - Mais tu sais plonger depuis longtemps et ça ne me dit rien.
    - J’ai envie de faire de la plongée avec toi, tu y prendras goût.
    - Oh dit Mélanie, je vais m’y inscrire aussi !
    Et elle s’élance suivie par Léandre qui a l’air hypnotisé par les seins de Mélanie.

    C’est au milieu de la nuit que Léandre vient nous réveiller.
    - Alexis n’est pas avec vous ? Il est resté au bar à discuter et il devait rentrer tout de suite après ...
    Mélanie et moi émergeons peu à peu.
    - Non, il n’est pas passé ici, ce n’est pas une de tes blagues ?
    Léandre a l’air vraiment inquiet.
    - Tu ne l’as pas vu, dit-il en regardant Mélanie.
    Elle secoue la tête.
    - Je suis rentrée avec Eléonore et on s’est couchées immédiatement, et elle a lu pendant des plombes, alors elle le saurait si j’étais sortie ...
    J’échafaude à haute voix toutes les idées qui me passent par la tête.
    - Il s’est peut-être effondré dans un buisson, ou il est peut-être dans une autre hutte avec une fille, ou il a trop bu et il pense vraiment être dans sa hutte, ou on l’a kidnappé pour obtenir une rançon, il est très riche ... On va faire le tour du camp.

    Nous nous séparons et nous donnons rendez-vous dans une heure. Je visite les bâtiments communs et Mélanie et Léandre vont dans les huttes, ils feront semblant d’être ivres et de s’être trompés de hutte, si les vacanciers se réveillent. Au bout d’une heure, nous ne l’avons pas retrouvé et nous décidons d’aller réveiller Poison et Shiva qui sont restées à la soirée, la veille.

    Elles sont toutes les deux couchées avec un des animateurs du club et non-maquillées, elles sont pâles et en fait pas si belles que ça, je me trouve mesquine de penser ça à ce moment.
    - Non on n’a rien vu, on était au bar, et puis il est rentré, et nous on est restées avec ...
    - Comment tu t’appelles toi déjà, demande Ivana.
    - Victor, répond le garçon qui semble à peine majeur.
    - Bin on est restées avec Totor toute la nuit, toutes les deux. C’est qu’il a du tempérament le Totor.
    Le Totor en question rougit sous le compliment.
    - Bon maintenant, il faut que tu rentres, on a des choses à faire.
    Comme il est nu, il se dirige vers la salle de bains, mais Shiva lui lance une serviette.
    - T’as pas besoin dans la salle de bains, y’a tout plein de trucs de filles que t’as pas à voir et puis on a déjà vu tout ce qu’il y avait à voir.
    Honteux, il se rhabille à toute vitesse sous le regard des cinq paires d’yeux. C’est vrai qu’il est plutôt mignon et bien bâti !
    - C’est ton style ? demande Léandre à Mélanie.
    Malicieuse, elle répond :
    - Un très beau gars, un peu jeune pour moi, mais si il a un grand frère ou un cousin ...
    Léandre se renfrogne, serait-il un peu jaloux, celui-là. Poison et Shiva se mettent à bailler ostensiblement, nous comprenons le message et les laissons finir leur nuit.

    Le lendemain matin, à l’accueil, l’hôtesse, un clone de celle de la veille, ne s’inquiète pas, c’est courant les fugues amoureuses. Au commissariat, on n’est pas pris sérieux, pour eux, il est majeur, il a le droit de faire ce qu’il veut ... Bref personne ne semble concerné.

    En rentrant de nos pérégrinations sous une chaleur étouffante, je vais pour me changer. Mélanie est restée au bord de la piscine. Sur la petite table de chevet est posé le seul livre qu’elle a emmené «Misery», en voyant ma pile, Mélanie avait noté en riant qu’un seul livre lui suffirait pour le séjour. Et si c’était Mélanie qui l’avait kidnappé ? quand je lisais hier, je l’énervais, elle voulait peut-être ressortir. D’un autre côté, Alexis n’a rien d’un écrivain ...

    Inquiète, j’envoie un SMS à Léandre, et nous nous retrouvons à la piscine où se prélasse Mélanie.
    - Mélanie tu connais bien la Martinique, hier tu nous as dit que tu as de la famille dans le coin, demande soudainement Léandre.
    - Oui et alors ?
    - Tu as parlé d’un appartement de famille que vous avez à côté ...
    - Il n’est plus habité, en ce moment, il y a des travaux, mais comme c’est l’été, les ouvriers n’interviennent plus et c’est dangereux.
    - Si on allait voir si il n’y a rien ? je demande.
    Mélanie n’ose pas refuser et nous partons visiter le logement. Il est à l’abandon, des plastiques sont étalés partout pour protéger de la pluie. Pas un meuble ... ni un être humain.
    Rennath le 24 août 2019
    La suite ...
    Vacances à la Martinique

    De retour, nous entendons des hurlements, cela vient de la hutte de Poison et Shiva. Les deux filles sont en train de se crêper le chignon. Léandre essaie de s’interposer.
    - Laquelle des deux est la plus belle ? lui hurle Ivana, C’est moi, j’ai les plus beaux yeux.
    - Moi, j’ai les plus beaux seins, il l’a dit, réplique Sandra.
    - Qui l’a dit ? questionne Léandre.
    - Alexis, il a dit qu’il épouserait la plus belle des deux, merde, dit Sandra en mettant la main devant la bouche.
    Je pénètre dans la salle de bain pendant ce temps-là. Un Alexis hilare est attaché dans la baignoire. Il a un foulard de marque qui l’empêche de parler et a été attaché avec des draps, des menottes roses à fourrure blanche lui enserrent les mains.
    - Attends je prends une photo, dit Mélanie.
    Je me dépêche de lui enlever le bâillon et les draps, par contre, je ne trouve pas les clés des menottes.
    - Elles sont où les clés ? je demande aux 2 soeurs qui s’invectivent devant un public grandissant d’hommes.
    Les deux cruches se regardent, elles ne se rappellent plus où elles ont bien pu les mettre. Heureusement, Léandre vient à mon secours. Ce n’est pas le plus futé mais il est musclé et visiblement, Mélanie apprécie beaucoup.
    - On prévient la police, je propose.
    - Ça ne vaut pas le coup, répond Alexis, je me suis bien amusé, mais elles nous doivent une explication.
    Avec autorité, Mélanie et Léandre évacuent tous les touristes et font asseoir les deux cruches sur un tabouret.
    - Pourquoi me kidnapper ? finit par demander Alexis qui semble avoir bien récupéré.
    - On avait juste prévu de te séduire pendant les vacances, mais quand on a vu celle-là, elles me désignent d’un air méchant, on a su qu’on aurait aucune chance. On sait bien que quand un beau mec sort avec une moche c’est parce qu’il est amoureux. Alors on a trouvé une autres solution. On avait du GHB et on t’a mis dans ta boisson et dans celle de Totor.
    Je souris, ah il serait amoureux de moi mais je viens de me prendre le moche dans la figure ...

    - Tu comprends, notre père veut qu’on travaille, il en a assez de payer alors on s’est dit que si on trouvait un mari riche on serait tranquille et toi t’es riche et t’es pas laid, t’aurais dû tomber amoureux de nous quand on t’a kidnappés. On a lu ça dans un journal. Les prisonniers tombent toujours amoureux de ceux qui les prisonnent ...
    - Vous avez lu ça où ? je suis curieuse.
    -Dans "News mode et people", y’a des tas de truc intéressants dedans, c’est là qu’on a toutes les infos, c’est là qui nous ont dit de se méfier de toi, la moche, et puis pour les kidnappings ...
    Ivana brandit un article qu’elle a soigneusement découpé :
    - Regardez c’est écrit dedans ....
    - C’est un peu rapide pour que je tombe amoureux, suggère Alexis en me faisant un clin d’oeil.
    Les deux soeurs semblent vraiment perplexes.
    - Pourtant tu nous as dits qu’on était très jolies ... t’as menti ?
    - Vous êtes très jolies, mais je préfère heu ...
    Elles semblent déçues mais pleines d’espoir, elles se tournent vers Léandre :
    - Toi t’es moins riche et t’es moins beau, tu serais pas intéressé ? Tu peux choisir celle que tu veux.
    Désarçonné, Léandre rougit.
    - Il ne peut pas, dit Alexis, c’est un secret mais il aime mieux les hommes, il va avec des filles mais c’est juste pour faire semblant !
    Léandre est en colère, prêt à intervenir mais un geste d’Alexis le fait taire. Les deux filles sont déçues.
    - Qu’est ce qu’on va faire maintenant ? se lamente Poison.
    - Et bien travailler, dit Mélanie, on n’en meurt pas, c’est ce que je fais tous les jours ...
    - J’espère que père me donnera un métier de chef, je serai ton chef, je suis l’aînée, dit Ivana.
    - Ce sera moi ton chef, j’ai réussi mon BAC, toi t’as rien comme diplôme ...
    Et elles recommencent à se battre.

    - Bon on y va, je commence à avoir soif avec toutes ces histoires ... commente Alexis, et puis se tournant vers Léandre, tu vas pouvoir draguer Mélanie en paix, on sait bien que c’est pour la façade  ...
    - Crétin, répond Léandre bougon, ma réputation ... Et toi tu vas te décider avec Eléonore depuis le temps que ça dure !
    Big-Bad-Wolf le 26 août 2019
    Affaire classée : la disparue de l'hôtel Fantasia.


    J'avais toujours su compartimenter mon esprit pour me couper du monde extérieur. Ça m'aidait à me concentrer. C'était sans doute ce qui m'avait permis de faire mes preuves professionnellement. Et cela me servait toujours en ce moment même. Mon souffle était calme, serein. Exactement comme je l'avais appris pendant mon cours de yoga. J'étais dans ma bulle, dans mon petit univers de calme et de détente. Je sentais le soleil caresser délicatement ma peau malgré le parasol qui me protégeait. Le murmure lointain des vagues me parvenait à l'oreille. Le souffle du vent jouait dans les mèches de mes cheveux. Je savais cet océan de sérénité être un pur produit de mon esprit, mais je m'en fichais bien. Jusqu'au moment où la réalité me rattrapa de plein fouet.

    « Jack ! Jack, debout, Jack ! Y a une urgence !

    Je rouvris les yeux d'un seul coup, comme piqué par le pire des insectes, et abattis ma main sur le Familier. Celui-ci poussa un glapissement et disparut dans un petit nuage de fumée. Il lui faudrait sans doute quelques minutes avant d'oser réapparaître devant moi. Avec un grognement de mauvaise humeur, je me rassis dans ma chaise longue, mes oreilles soudain agressées par le vacarme environnant. C'était le plein été, et naturellement l'hôtel était bondé. Les enfants sautaient dans la piscine et couraient partout en criant, pendant que le brouhaha des conversations des parents installés sur les chaises longues complétait la symphonie. Force était toutefois de constater que Moustique avait raison. Il y avait une sorte d'effervescence qui n'avait rien à voir avec l'habituelle euphorie des vacances.
    Je retins à grand-peine une flopée de jurons tandis que mon instinct se mettait en marche et me disait que quelque chose d'anormal était en train de se tramer. Je me refusai pourtant à l'écouter. Nom d'un chien, que je sois damné si après vingt cinq ans de bons et loyaux services je n'avais pas le droit de m'octroyer deux semaines de vacances bien méritées. Décidé à rester simple spectateur de tout cela, je tirai une cigarette du paquet posé sur la petite table à côté de moi, et l'allumais avant de croiser les bras. Une fillette passa à côté de moi en courant, non sans m'adresser un regard en coin. C'est vrai que je devais avoir l'air engageant, avec les bras croisés, le front bas et les sourcils froncés. Heureusement, la cigarette eut très vite sur moi l'effet que j'escomptais. J'avoue ne pas connaître ce qu'elle contenait. Une de ces herbes elfiques à la mode, mais qui avait l'avantage de détendre sacrément le corps et l'esprit. Assez pour que je me sente le courage de m'intéresser un minimum à tout cela. Je hélais donc un serveur qui passait avec un plateau remplis de mojitos glacés.

    - Garçon ! C'est quoi tout ce grabuge ?

    L'intéressé, un Elfe tiré à quatre épingles, fit volte-face avec la grâce et l'aisance propres à son espèce. Cela me tira presque un rictus exaspéré. Ils étaient toujours si parfaits, si... guindés. Des employés de choix pour les hôtels d'un certain standing.

    - Monsieur, vous n'êtes pas au courant ? Une petite fille a disparu. Ses parents l'ont quittée des yeux une minute, et elle n'était plus là. La police vient d'arriver.

    Tiens donc. Je le congédiais avec un geste de la main, me retenant de faire remarquer qu'ils ne faisaient que ça, les gosses. Disparaître. Quoi de nouveau sous le soleil, me direz-vous ? Après avoir tiré encore quelques bouffées de ma cigarette avec un air résolument maussade, je finis par me la sortir du bec pour mieux l'écraser dans le cendrier avec quelques-unes de ses consœurs. Je m'extrais ensuite de ma chaise longue avec tous les regrets du monde, puis me drapais dans ma serviette de bain comme d'une toge pour me donner un minimum de dignité avant de prendre le chemin de l'attroupement. Après tout, c'était plus fort que moi. J'étais exactement ce que l'on peut appeler un limier. Du genre plutôt connu dans le milieu. Moi qui m'étais juré de ne jamais emmener de boulot en vacances...

    - C'est le boulot qui vient directement à toi !

    Je levais les yeux au ciel avec un grognement. Moustique venait de réapparaître prudemment sur mon épaule, mais il avait bien du mal à refréner ses manières de petite peste. Un regard en coin vers lui me suffit pour voir qu'il était l'image même de l'innocence. Le Familier ressemblait fort à une sorte de chat bleu miniature, qui tenait dans la paume d'une main, avec de petites ailes duveteuses, des yeux brillants comme des émeraudes, de petites cornes oranges qui ornaient son front et un pelage rayé et doux. La bestiole avait sa sensibilité. Au début, il avait bien tenté de conserver les apparences, de me seriner qu'il s'appelait Mephisto et qu'il y tenait. Grand bien lui fasse. Pour moi, c'était Moustique. Ils étaient exactement pareils. Petits et agaçants.
    Je fendis finalement la petite foule de vacanciers curieux qui s'était amassée autour du drame, avec autant de confiance en moi que si j'avais été vêtu de mon sempiternel long manteau brun qui claquait au vent, et non pas d'un caleçon de bain rayé aux couleurs criardes et décoré de palmiers. Mon regard se posa alors sur le couple de victimes qui parlait aux policiers en uniforme. Avec cette chaleur, ils avaient du mérite, les gars... Il s'agissait d'un couple de Fées, à l'air totalement désemparé. La femelle était tellement en état de stress que ses ailes ne cessaient d'être agitées de battements nerveux, au point que je manquais de suggérer de lui attacher un poids aux pieds pour être sûr de ne pas la voir s'envoler en pleine déposition. Quant au mâle... Ma foi, je révisais mon point de vue sur le côté tape-à-l’œil et ridicule de mon propre caleçon de bain. Tandis que je dévisageais le couple tout en plissant les yeux, les reflets du soleil sur leur peau opalescente me vrillant la rétine, l'un des officiers prit conscience de ma présence et se gonfla d'indignation.

    - Monsieur, je vais vous demander de reculer et de nous laisser faire notre travail, c'est... débuta-t-il avec le ton de celui qui avait l'habitude d'être obéi.
    - Inspecteur Jack Levinski, répondis-je simplement.

    J'aurai pu y ajouter toutes les informations de grade, d'appartenance et tout le tintouin, mais je vis bien aux yeux ronds comme des billes avec lesquels il me regarda soudain que c'était inutile. C'est qu'il n'y avait pas beaucoup d'inspecteurs avec un pedigree comme le mien, et même un peu plus loin de chez moi, ça avait son petit effet. Et puis, avec un nom issu des pays de l'est, merci à un lointain arrière grand-père, j'avais tendance à détonner dans le paysage. Visiblement, mon patronyme n'était pas inconnu au couple éploré, puisque la mère m'attrapa les mains après avoir fait un seul grand bond en voletant, alors même que je n'avais pas eu le temps d'ouvrir la bouche.

    - Inspecteur, il faut faire quelque chose ! Notre petite fille a disparu, impossible de la retrouver. Mais vous... Vous en êtes capable, non ?

    Je croisai le regard des deux officiers, et y lus un assentiment. J'avais carte blanche. Avec un petit soupir, je tâchais de fixer mon regard sur la brillance de la Fée.

    - C'est mon boulot, Madame, assurais-je non sans songer que la phrase devait être du plus bel effet dans ma tenue actuelle. Calmez-vous, et racontez-moi tout ce qui s'est passé.

    Je ne perdis pas une miette de son récit, gravant chaque détail dans ma mémoire. Près de moi, les deux officiers continuaient à griffonner sur leur calepin, au cas où cela leur serait d'un quelconque secours. Ainsi, la petite jouait au bord de la piscine, jusqu'au moment où ses parents l'avaient quittée des yeux pour prendre les cocktails qu'un serveur leur apportait. Et deux secondes plus tard, pouf, envolée ! D'ailleurs, est-ce que ça volait déjà, une Fée, à cet âge-là ? En tout cas, ils n'avaient vu personne de suspect, n'avaient rien entendu, en bref, rien d'utile. À la fin du récit, l'un des policiers eut ce qu'il prit pour une idée de génie.

    - Attendez deux secondes... Vous n'avez pas le moyen de pister sa magie ? Sa poudre de Fée ?
    - Vous avez l'air d'oublier que les Fées peuvent disparaître. Littéralement. Donc, pas de poudre de Fée à suivre. L'idée aurait pu être bonne. Est-ce que vous avez un objet appartenant à votre fille ? ajoutais-je en changeant d'interlocuteur. N'importe quoi qui lui appartienne et qui puisse me mettre sur la voie.

    La mère balbutia que oui, tout en s'empressant de voleter jusqu'à son sac pour y prendre une petite serviette de plage rose ornée d'une licorne. Je me fis violence pour garder un air d'intérêt poli, et saisis l'objet lorsqu'elle me l'apporta. D'un geste, je le portais à mes narines et inspirais un grand coup, laissant l'odeur de la fillette imprégner mes cellules olfactives. J'expirais ensuite longuement avant de considérer le couple avec une assurance conférant à la lassitude.

    - Vous en faites pas. Je vais vous la retrouver, votre gamine.
    Big-Bad-Wolf le 26 août 2019
    ***

    - Oui, je vais la retrouver. Non, je ne compte pas faire mon rapport avant mon retour. Je suis en VA-CAN-CES nom d'un chien ! Et non Barbara, laissez Vladimir où il est. Pour le moment, je m'en sors très bien tout seul. Vous n'aurez qu'à me l'envoyer quand il y aura des traces de sang à pister. Et de toute façon, vous savez qu'il ne travaille que de nuit. Bien sûr. Au revoir Barbara. Bonne soirée. »

    La communication mentale s'interrompit, et Moustique retira sa tête de ma tempe. Non pas qu'il en ait besoin pour mettre la liaison en place, mais cela avait l'avantage d'éviter les interférences et les parasites sur la ligne. Avec un soupir, je m'assis sur le rocher et observais la mer. J'avais passé une bonne part de l'après-midi à chercher la petite Fée disparue, sans succès. C'était comme si elle s'était volatilisée. Pensif, je tordais et roulais la serviette de la gamine entre mes mains. J'avais remonté sans trop de peine son odeur jusqu'à la plage. Un truc de lycan, même avec toutes les odeurs dues aux touristes dans l'hôtel, on était encore capables de démêler l'écheveau des effluves. Sauf que la piste s'était brutalement interrompue au niveau d'un amas de rochers, à quelques centaines de mètres de la plage. J'avais forcément cherché un corps, en vain. Et il n'y avait pas de kraken signalé dans la région qui aurait pu s'emparer de l'enfant, morte ou vive.
    Le pire dans cette histoire, c'était sans doute que je n'étais guère plus avancé que les parents. L'odeur de la gamine était isolée, seule. De toute évidence, elle n'avait jamais été approchée par qui que ce soit. Les enfants étaient étranges, c'était acquis. Mais de là à fausser compagnie à ses parents pour se... suicider ? Par noyade ? Le courant était-il assez fort dans les parages ? Je me mis à grommeler dans ma barbe, furieux contre moi-même. C'était plus fort que moi, il fallait que je me mêle de tout. Voilà qui allait m'apprendre, tiens... Je pouvais m'en mordre les doigts.

    Sur mon épaule, Moustique émit une sorte de miaulement surpris, avant de se redresser. Du coin de l’œil, je cherchais l'origine de son trouble avant d'apercevoir un curieux miroitement dans les flots. Fronçant les sourcils, je me relevais sans quitter l'apparition des yeux. Il y avait quelque chose dans l'eau, c'était certain. Un corps brillant, comme un poisson. Ce n'était pas la brillance opalescente des Fées, donc ça ne pouvait pas être la gamine noyée. On aurait dit des écailles. Décidé à en avoir le cœur net, je me laissais descendre dans la mer jusqu'à la taille, prenant un certain plaisir sadique à entendre le feulement apeuré de mon Familier. L'eau lui faisait toujours cet effet là. Je n'avais pratiquement pas pied sur le fond, aussi n'avançais-je que d'un pas. À quelques mètres devant moi, quelque chose sauta hors de l'eau. Pas un dauphin, non. La silhouette était pourvue d'une queue de poisson et d'un buste de femme. Une sirène.
    Celle-ci fit encore quelques acrobaties avant de s'approcher de moi. Elle était jeune encore, peut-être pas tout à fait arrivée à l'âge de l'adolescence, sans doute pas plus de deux ou trois cents ans. Rieuse, elle avisa la serviette de la petite Fée que je tenais toujours dans mon poing serré, puis elle porta deux doigts à ses lèvres pour produire un sifflement curieusement mélodieux. Ni une ni deux, le dos fuselé d'un marsouin creva les vagues. Et il n'était pas seul. Juste derrière son aileron était installée une petite Fée, trempée mais rayonnante. Elle semblait parfaitement heureuse et en bonne santé, et la tête abasourdie que je devais présenter, mâchoire tombante, avait l'air de beaucoup l'amuser. Avec l'impression que la gamine s'était bien payé la tête de tout le monde, j'échangeais quelques mots avec la sirène et son étrange amie pour avoir le fin mot de l'histoire. Elle se résumait à peu de choses : la petite avait fugué jusqu'à la mer pour jouer, elle était tombée sur la jeune sirène qui s'ennuyait, et elles avaient choisi de passer l'après-midi à s'amuser dans les vagues. Conclusion : les gosses étaient vraiment les pires emmerdeurs de la terre. Et si cette petite Fée avait passé le meilleur après-midi de sa vie, elle ne pouvait que maudire ses parents de l'avoir doté d'une paire d'ailes et non d'une queue de thon, pour faire bonne mesure.

    ***

    Attablé à la terrasse du bar de l'hôtel, je faisais machinalement tournoyer mon mojito dans mon verre. Le soleil s'était couché depuis quelques heures. Tout est bien qui finit bien, dit-on. Cela pouvait s'appliquer à notre cas. J'avais ramené la petite à ses parents, qui en avaient pleuré d'émotion et m'avaient grassement remercié. En plus d'un plein flacon de poussière de Fée, le couple avait annoncé à la réception de l'hôtel que toutes mes consommations pour le reste de mes vacances devaient aller sur leur note. Peut-être que leur gratitude était légitime. Ou alors était-ce parce que j'avais un brin forcé le trait sur les circonstances dans lesquelles j'avais retrouvé la petite. D'ailleurs, celle-ci avait bien trop peur de se faire gronder pour oser me contredire quand j'avais enjolivé. La vérité sur ce crime, qui n'en était pas un, resterait enfoui dans les flots à proximité de la plage. C'était sans doute l'affaire la plus étrange et la moins sérieuse que j'avais eue à traiter, et encore, j'en avais vu. Mais je n'en ressortais pas perdant. Près de ma main, Moustique ronronnait, les yeux clos, roulé en boule à côté d'une coupelle de lait de coco vide. Ça me ferait toute une histoire assez drôle à hurler aux copains à la prochaine pleine lune.
    Sflagg le 27 août 2019
    Salut !

    Participation tardive, un peu hors sujet (pour changer) et qui risque de faire grincer des dents certains, mais c'est comme ça.


     Enquête au soleil                  (26/08/19)


    Qui a volé, a volé, a volé
    L’orange du soleil couchant ?
    Qui a voté, a voté, a voté
    Pour aux touristes le vendre ?
    J’ai décidé de mener l’enquête,
    Pour en avoir le coeur net.
    Je vais commencer par interroger monsieur le maire.
    Lui demander pourquoi notre ville est devenue station balnéaire ?
    Et s’il en a quelque chose à foutre
    Que ces administrés soufrent
    De ces estivales surpopulations
    De ces étouffants étés aux multiples pollutions ?
    Puis, si ça ne suffit pas,
    Je mènerai plus haut mes pas.
    Jusqu’à chez monsieur le préfet
    Histoire de voir ce que dans cette affaire il a fait.
    Voir s’il s’est sali les mains
    En les trempant dans des eaux devenues troubles
    D’une trop grande concentration d’humains,
    D’une trop grosse et folle foule.
    Et si ce n’est toujours pas suffisant,
    Je ferai alors mon médisant,
    En accusant faussement notre député
    Dans l’intention de le débusquer ;
    De faire sortir le loup du bois,
    Et enfin savoir d’où viennent ses voix.
    Est-ce bien celles des lobbies du tourisme
    Ou dois-je encore montrer du scepticisme ?
    De toute façon qu'est-ce que cela peut-il faire ?
    Étant donné qu’à la fin, quelqu’un d’encore plus haut placé
    Viendra et fera en sorte d’étouffer toute l’affaire
    Vu que lui aussi, dans cette magouille, il a des billes de placées.
    Qui a volé, a volé, a volé
    L’orange du soleil couchant ?
    Qui a voté, a voté, a voté
    Pour aux touristes le vendre ?

    S.Flagg !!

    Bonne chance à tous !!
    vibrelivre le 30 août 2019
    Terminus Plage : mystère




    1


    E. reposa le livre. Elle eut du mal à revenir à la réalité. L'histoire dont elle venait de finir la lecture accaparait son corps et son esprit. Elle frissonna. Elle aperçut Maria qui l'observait, et levait son verre en signe d'amitié et d'une certaine inquiétude. Le Bolivien lui jetait des regards en coin. Elle était au bord de la piscine. Des vacanciers somnolaient sur les transats. Trois ou quatre autres nageaient. La prof de gym bien sûr était dans l'eau. Elle mettait ce temps à profit pour parfaire son entraînement. Elle crawlait de manière splendide.
    Elle se leva. Maria se leva à son tour. Merde, elle n'avait pas envie de lui parler, il lui faudrait encore supporter son anglais approximatif, avec des r roulés à la Polonaise, et des petites expressions qu'elle croyait françaises, et qu'elle avait dû lire dans son livre de Maupassant. Non, elle n'était pas d'humeur à être gentille. Elle était tourneboulée. Le regard du Bolivien la suivit dans ses déplacements. Elle n'avait qu'une échappatoire : la mer.
    La résidence de vacances se situait sur un rocher. Il était possible de sauter de celui-ci dans la Méditerranée, c'était haut, impressionnant, des enfants du coin faisaient des exhibitions moyennant quelques piécettes. Mais la tête lui tournait, le visage brûlé de soleil de la fillette les yeux crevés lui restait dans le crâne. L'affaire n'avait pas été élucidée. Elle était venue en vacances avec ses parents sur les plages thaïlandaises, elle s'était perdue, la police l'avait retrouvée quelques jours plus tard aux trois quarts enfouie dans le sable dans sa robe rose avec des motifs de fleurs sur son plastron, une jambe sectionnée au niveau de la cuisse, et posée à côté de l'enfant. Elle n'avait pas subi de violences. Elle avait une marque bizarre à la gorge. La police ne comprit pas le mobile du crime. Elle ne trouva pas non plus l'auteur ou les auteurs du crime, ou d'un rituel de sacrification. E. avait espéré tout au long du livre qu'on la retrouverait saine et sauve.
    Elle prit le sentier tortueux qui descendait à la mer. Elle entendit du bruit derrière elle. C'était le Bolivien. Quel toupet ! Quelle excuse aurait-il à lui dire si elle l'attendait ? De colère, elle pressa le pas, et dès qu'elle le put, elle se jeta sans réfléchir dans l'eau. Le contact avec celle-ci la saisit, elle voulut retourner immédiatement à la surface, mais un corps qui tombait lui frappa douloureusement le sein, elle en eut le souffle coupé, et des bras solides l'arrimèrent et la portèrent vers une crique minuscule et solitaire. Elle savait que c'était le Bolivien, le sauveteur. Qui d'autre ? Elle reprit son souffle.
    -Je suppose que je dois vous remercie de m'avoir suivie, lui dit-elle.
    -Je ne vous ai pas suivie, le manège des gamins plongeurs m'intriguait, je ne me suis pas trompé, leur but premier est d'effrayer les vacanciers.
    -Vous observiez leur manège depuis la piscine ? lui répondit-elle avec une pointe de sarcasme qu'elle avait été incapable de réprimer.
    -J'ai l'ouïe très fine, et j'entends très bien l'espagnol de la rue et des petits voyous.
    Elle se tut. Les jeunes plongeurs étaient des voyous ? Les pauvres, les ados, étaient des voyous ? Forcément ?
    -C'est plutôt moi qui vous remercie de vous avoir à mes côtés. Pour moi tout seul ! ajouta-t-il avec un sourire qui découvrit ses belles dens blanches, son visage cuivré s'illumina et ses rides se défroissèrent. « Ainsi vous aimez les romans policiers . »
    Ce n'était pas même une question. Il s'imaginait qu'il la cernait. Il la regardait. Elle avait terriblement mal au sein, et prenait soin de ne pas le laisser paraître.
    -L'histoire de cette petite fille est terrible, reprit-il, et ne laisse pas indifférent. Peut-être a-t-on voulu masquer sa mort sous une pratique animiste ?
    -Une pratique animiste ? Elle a une jambe coupée, et comme une croix cousue sur la gorge...
    -Elle a une robe rose, avec des fleurs sur le plastron...
    -Vous êtes l'auteur du roman ?
    -Je suis flic, et j'étudie l'intrigue comme s'il s'agissait d'une enquête...
    -Ah, c'est là votre lien avec les petits voyous...
    -J'ai dit petits voyous parce qu'ils sont de mèche avec des crapules finies. Les plongeons ne sont pas très lucratifs. Les vacanciers ont déjà payé très cher leur hôtel de luxe.
    -Et donc, la robe rose, ou la jambe coupée...
    -Moquez-vous, dites que cette histoire ne vous a pas retourné les tripes ?
    -Les tripes, je ne sais pas, mais...
    -Faites de l'esprit, c'est facile, en attendant le plongeur n'est pas tombé sur vous par hasard, et il est heureux qu'il ait manqué sa cible, et s'il l'a manquée...
    -C'est grâce à vous, il vous a aperçu, et il a dévié sa trajectoire...
    -Vous devez avoir un bleu énorme, et ça joue sur votre humeur. Si vous voulez, nous rentrons.
    -Comment ? Par la mer, ou vous connaissez un passage...
    -A votre choix. Je connais un passage, naturellement, et je connais aussi un médecin.


    2


    Le soir, il était à la table. Il avait revêtu une chemise blanche, qui l'éclairait de la même lumière que ses dents qu'il découvrait volontiers, et un pantalon orange qui lui seyait très bien, elle était obligée de le reconnaître. Elle alla vers lui.
    -Que diriez-vous d'une virée sur la plage des Trois Géants en guise de digestif et en manière de remerciement ?
    -Figurez-vous que je me proposais de vous y inviter pour effacer toute mauvaise impression .
    -Bon appétit donc, et à bientôt.
    La soirée fut splendide. La mer était calme. C'est à peine si on l'entendait. Un trompettiste au loin sonnait des airs martiaux, et l'on croisa quelques promeneurs. Il était agréable de mettre les pieds dans l'eau. Le Bolivien ne parlait pas. Quand ils passèrent devant une sympathique terrasse, il lui demanda si un verre de ce qu'elle voudrait lui ferait plaisir. Elle acquiesça.
    -Des nouvelles rassurantes du médecin ?
    -Oui, rien de cassé, des antalgiques pour apaiser. Mais pourquoi le plongeur me voulait-il du mal ?
    -Le plongeur, non, mais ceux qui se sont décrétés les vrais propriétaires de la zone.
    -La zone, l'hôtel et ses jardins ?
    -Le rocher sur lequel il est bâti, sa végétation, la mer. Ils ont déclaré une guerre larvée contre les usurpateurs, comme ils disent. Et ils s'en prennent aux riches Blancs qui profitent de l'usurpation. Et plus précisément aux riches Blanches. Et surtout si elles portent des vêtements roses.
    -Comment dois-je le comprendre ?
    -Comme la vérité. Une femme a été retrouvée enterrée dans le sable habillée d'un maillot de bain rose. Sa jambe coupée était placée à côté de son corps. Son sexe était couturé d'une croix.
    Elle renversa son verre.
    -C'est une pratique animiste ?
    -Son maillot était orné de fleurs.
    -Qu'est-ce que ça veut dire ?
    -Que la plage est dangereuse. Qu'il faut faire attention.
    -Mais c'est quoi cette pratique animiste ? Quelle importance ont les fleurs ?
    -Et si l'on goûtait la douceur du soir, le temps présent ?
    -Vous avez raison. A cette douce heure du soir.
    vibrelivre le 30 août 2019
    3


    Le lendemain, Maria l'attendait. Elle avait coupé un petit bouquet de fleurs qu'elle avait posé sur la table du petit-déjeuner.
    -Vous aviez l'air prrréoccupè, hhierr...
    -Non, les histoires policières ne me valent rien. J'étais restée dans l'intrigue.
    -Et aujourrd'houi, plus de livrres ? On peut faire tour dans mer, ou autre part, comme vous voulez, s'il vous plaît, à votre gré.
    Elle sourit. Elle avait soixante et un ans, en paraissait tout juste quarante-cinq, et se comportait comme une ado. Quelque chose en elle dérangeait E. énormément, et lui enlevait toute confiance et toute sympathie.
    -Je ne sais pas. Déjeunons d'abord.
    Maria déborda de sollicitude envers elle. Elle n'y couperait pas. Il lui fallait subir sa compagnie.
    -J'aimerais me promener par la roseraie.
    -A votre guise, dit Maria en souriant, fière du mot qu'elle avait employé.
    -Connaissez-vous le langage des fleurs, Maria ?
    -Hibisqueus, beauty délicate, lierre, love éterrrnel, laurrrièrr-rrose, joy, rrrose rrose, tenderrrness, horrtensia , indifférence, lavanda, rrépondez-moi, et elle colla son regard dans ses yeux.
    -Mais vous me recomposez votre bouquet, Maria, et celui des couleurs, vous connaissez le langage des couleurs, le rose de la rose, par exemple ?
    -Le rrose, c'est féminitè. C'est vous.
    -Moi ?
    -Oui, rregarrrdez jeunes boys. Ils vous hhave à l'oeil.
    Elle regarda dans la direction indiquée. Un groupe de jeunes garçons l'observait. Ils ne s'en cachaient pas. Elle avait pris soin de passer une robe noire unie, sans rien de provocant. Le T-shirt de Maria était orné de dauphins, et son short, qui lui descendait aux genoux, était blanc.
    -Partons, Maria. Ils ne m'inspirent pas. Pourquoi me regardent-ils avec insistance ?
    -Vous, jolie.
    -Merde, Maria. Merde, merde, merde. Dépêchons-nous.
    Maria sortit alors son appareil et prit une photo des jeunes gens.
    -Mais Maria, qu'est-ce que...
    Les garçons se ruèrent sur elles, s'emparèrent de l'appareil de Maria, leur mirent les bras derrière le dos et leur intimèrent l'ordre de se taire. L'un d'entre eux passa son bras autour du cou de E. tandis que sa main se tenait à proximité de sa bouche. Elle se rassurait en pensant que le Bolivien ne devait pas être loin. Elles arrivèrent au port. Les garçons les jetèrent dans un petit bateau de pêche et les ligotèrent dans la cabine. Maria ne semblait pas effrayée. On démarra. Elle vit par le carreau des gamins qui sautaient dans l'eau, et un corps vêtu de rose, elle l'aurait juré. Inutile de regarder vers Maria. On aurait dit qu'elle ne comprenait rien à la situation... ou qu'elle jouait à celle qui ne comprenait rien. Le bateau s'arrêta. On emmena Maria. Le Bolivien entra dans la cabine. Il fit enlever les liens. Il avait un couteau à la main.
    -Je ne comprends pas.
    -Elle est du côté des usurpateurs. Les Slaves, les nouveaux riches, qui s'arrogent propriétaires des plages, des paradis indigènes.
    -Maria est une pauvre fille.
    -Taisez-vous. Je ne supporte pas le mépris. Elle vous aime.
    Elle se tut. Elle était complètement désorientée. Son cœur battait à se rompre. Elle n'arrivait pas à poursuivre une idée. Elle entendit le moteur du bateau. On repartait ? Et Maria ?


    4


    Ils gagnèrent une grotte. Le Bolivien la fit descendre. Trois jeunes gens les accompagnèrent. Le bateau continua sa route. Elle était sans forces. Le Bolivien la soulevait presque.
    -Pensez au sort de Maria. Comment seriez-vous, si vous étiez à sa place ? La petite fille du roman policier, vous espériez qu'elle sortît vivante de l'affaire. Espérez en autant pour Maria.
    -Mais où est-on ? Qui êtes-vous ?
    -Je vous l'ai dit. Un flic. Et on est dans une grotte. Mais pas n'importe laquelle. Vous allez voir quelque chose qui va vous surprendre.
    Ils marchèrent un bon moment. Ses jambes ne la portaient pas. Ils avançaient de roche en roche, l'eau affleurait jusqu'à mi-mollet. Ils arrivèrent dans une cavité toute ronde. L'air y était particulier. Le son ne circulait pas. Si l'on marchait, les pas ne s'entendaient pas. Les souffles étaient estompés. Le Bolivien, et l'un des jeunes gens sortirent une lampe électrique, qu'ils allumèrent et braquèrent vers le haut. Dans une niche, elle distingua un visage qui semblait être féminin, auréolé de fleurs roses. Elle tenait un sceptre droit, un sceptre ou … une jambe. Oui, une jambe. On voyait la coupure au niveau de la cuisse. Elle avait une croix cousue au milieu du front. Elle regarda le Bolivien.
    -C'est l'esprit de la grotte. La légende raconte que des envahisseurs blancs l'ont vue sur la plage, l'ont violée. Comme elle tentait de s'échapper, ils lui ont coupé la jambe. Ils lui ont cousu une croix sur le front, pour qu'elle soit folle et ne puisse rien dire qui soit compromettant pour eux. Ils l'avaient revêtue d'une robe rose légère qui laissait voir ses formes, et ils avaient mis dans son décolleté un collier de fleurs.
    - ?
    Elle plissait le front. Elle cherchait à comprendre.
    -Les salauds l'accablaient. Ils signifiaient qu'elle était une putain et avait eu ce qu'elle cherchait. Ils l'ont laissée sur le sable. La mort viendrait à son heure.
    -Et Maria ?
    -Il faut attendre.


    5


    Elle se retrouva à l'hôpital.
    -Ah, vous voilà réveillée. Vous nous avez fait une sacrée peur, ma petite dame. Ils vous avaient largué un chapelet de somnifères. A part ça, vous êtes intacte.
    L'infirmière noire s'activait, et bavardait de manière à ne pas lui laisser la parole. Elle quitta la chambre. Depuis combien de temps l'occupait-elle ?
    Sur la table de chevet, un journal attendait. Un titre accapara son attention : Terminus plage : mystère. La police, appelée sur les lieux, a trouvé cinq cadavres. Il s'agit de trois jeunes garçons qui travaillaient pour le compte d'un chef d'une tribu indigène, d'un indigène de cette tribu, sans doute l'un des lieutenants du chef, d'un policier Bolivien, obsédé par la disparition de sa femme et de sa fille restée inexpliquée, et d'une femme dont elle n'a pu retrouver l'identité. En effet, son visage avait été lissé de telle manière qu'aucun de ses traits distinctifs n'existait plus. L'une de ses jambes avait été sectionnée. Le corps reposait dans un berceau de sable, dans lequel on avait jeté des fleurs. Il y avait une photo. Elle la scruta avec minutie. Elle sut avec certitude que ce n'était pas Maria.
    On frappa à la porte. Une doctoresse entra. Elle ne voyait pas bien son visage. Elle portait un masque sur la bouche. D'épaisses lunettes noires lui mangeaient le visage. Une charlotte lui couvrait les cheveux.
    -On m'a dit que vous were rréveillée. Good.
    Elle sortit de la poche de sa blouse un petit miroir. Elle le lui tendit.
    -Emprreinte ange. Elle sourit.
    E. se regarda et vit une croix cousue sur la fossette au-dessus de sa lèvre.
    EricCASAHOUSE le 30 août 2019
    Vague disparition




    - 1 -
    Sa peau si douce. Les pores serrés invisibles comme si sa douce amante avait grandi dans une peau de bébé. Son sexe au goût d’amande salée sans écœurement.
    -          Une dernière fois, souffla Yna.
    Yna, son amour, sa compagne, Yna sa déesse. Jacques s’étonnait toujours de découvrir sur le territoire de son corps, des zones méconnues ou changeantes. Qu’il s’agisse du moment de la journée avec l’éveil, l’énergie ou la fatigue qui transformaient ses magnifiques volumes. Qu’il s’agisse des périodes de l’année, à l’abri des morsures du froid ou exposée au soleil, sa peau présentait des teintes toujours nouvelles. Jamais il ne serait lassé. Sa forte main droite englobait sa fesse gauche menue alors que son autre main lui tenait délicatement le poignet droit. Yna était sur le dos, cambrée à l’extrême. Il lui embrassait l’aisselle et le muscle de l’épaule. Il ne savait plus s’il embrassait, léchait, mordait. Sa bouche glissait sur ses seins, soufflant et aspirant les tétons étrangement roses pour cette peau cuivrée de métisse des îles. Sa main droite avait glissé pour permettre à ses doigts de pénétrer son intimité à la pilosité duveteuse. Il avait monté ses belles jambes de part et d’autre de son cou, reposant sur ses épaules. Ses propres cuisses s’appuyaient sur ses fesses. Il l’embrassait à pleine bouche. Leurs langues se connaissaient si bien.

    Pourquoi une dernière fois ? Cette question venait d’apparaitre. Il n’y avait pris garde lorsqu’Yna l’avait prononcée. Pour cette nuit, quoi d’autre. Il chassa l’idée aussi vite qu’elle était apparue.
    Sa langue parcourait la zone de son nombril parsemée de taches de rousseur et de minuscules poils blonds qui brillaient lorsqu’ils s’enlaçaient sous la lumière du matin.
    Ses lèvres intimes et le trésor gonflé qu’elles entouraient s’offraient à lui.
    C’était une période de bouleversement hormonal et les liquides se mélangeaient sans qu’elle n’en fut jamais gênée ni lui perturbé.
    Son goût amer cette fois était devenu métallique. Très. Trop. Pourquoi ce goût si prononcé. Sa bouche était tiède, remplie. Trop de sang. Il étouffa avant de cracher.

    Il ouvrit les yeux. Tout d’abord tout était noir. Puis il discerna des formes. Des rochers et une lumière nocturne. Il prit conscience qu’il avait froid et qu’une forte douleur à l’arrière de la tête se rythmait à chaque battement de son cœur trop fort. Il était seul sur un rocher de la pointe du Talud.
    Trop de sang. C’est ce dont il prit conscience d’abord. Le sien en fait lorsqu’il le vit sur le bout de ses propres doigts et paumes des mains après avoir l’arrière de son crâne.
    Il l’imaginait rouge car la lumière de la lune pleine ne pouvait en dire plus.

     

    - 2 -
    - Rouge, la rouge te va mieux, je t’assure.
    - C’est un peu voyant tout de même.
    Yna avait demandé à Jacques de l’accompagner choisir une robe dans une petite boutique. Le plaisir de dénicher une perle à prix modique était en partage entre eux. Un de leurs infinis et infimes liens depuis dix années. Si longtemps déjà qu’ils étaient unis. Jacques lui avait à plusieurs reprises demandé de l’épouser mais tout en lui assurant le plus grand et sincère amour, elle préférait qu’ils soient libres d’entrave inutile. Il avait à la longue, respecté ce choix. Mais pour lui, ils étaient unis plus fort que tout autre couple marié. Il en était certain. Au moins il s’en était persuadé si fort qu’aucun doute ne l’effleurait.
    -          C’est une fête tout de même et tu peux tout te permettre. Tu rendras fade toutes les autres mères présentes à cette soirée.
    -          Je la prends uniquement parce que je la trouve jolie et qu’elle me plait. Rien d’autre.

    Elle avait depuis quelques temps l’habitude de le recadrer parfois sèchement en s’arrangeant pour mentionnait qu’elle n’obéissait qu’à ses envies. Au début il l’avait systématiquement contrée en lui indiquant combien elle était belle, bien plus belle que les autres femmes de leur entourage.
    Elle se fâchait alors trouvant cela puéril et lui disant qu’elle n’avait pas besoin de se comparer et encore moins de chercher à être mieux que d’autres.
    Il riait, la trouvant encore plus belle. Pauvre aveugle.

    La fête était l’anniversaire de leur fille Luna. En fait sa fille à elle. Mais il la considérait comme la sienne après ces années. D’ailleurs Luna n’avait pas connu son père biologique, décédé accidentellement alors qu’elle n’avait que deux ans.
    Elle en avait dix quand sa mère avait choisi de répondre positivement à la première invitation à déjeuner de Jacques. Sa mère était restauratrice de bijoux anciens et créatrice d’accessoires de mode pour la haute couture mais aussi pour les marques haut de gamme plus accessibles.
    Jacques avait eu connaissance de sa boutique par ouï-dire. Il avait été immédiatement conquis. Divorcé depuis plusieurs années et sans enfant, il avait toujours su que ce jour viendrait.
    Le temps avait créé un champ de naïveté et d’espoir dans lequel son nouvel amour n’avait eu qu’à grandir et s’enraciner si profondément dans son corps qu’il en avait parfois mal. Mal d’être heureux. Quelle idiotie. Comme si le bonheur peut faire souffrir.
    Quelle idiotie aussi de vouloir trop lui montrer, lui prouver en s’en rendre parfois ridicule.

    Luna considérait Jacques que son père ou le grand grand ami de Maman, disait-elle petite.
    Ils habitaient à Rennes. Lui devenu restaurateur, pâtissier de formation. Toujours dans l’exigence de la perfection. Sur le pont du matin au soir. Le pont des cuisines car celui des bateaux lui était étranger avant de connaitre Yna. Elle était fille des parents aux professions libérales installés en métropole depuis longtemps. Leurs moyens et leurs loisirs avaient fait qu’ils avaient donné les bases de la navigation à leur fille. Les bases étaient devenues de réelles connaissances et pratiques de marin.

    Elle naviguait d’ailleurs souvent avant de rencontrer Jacques et parfois encore lorsqu’il était trop occupé, elle s’évadait pour quelques jours en équipage ou seule. Loin de lui, sans savoir vraiment que cela était fait sciemment.


    - 3 -
    Son compagnon était trop prévenant, trop présent surtout. Au point de s’en rendre désagréable surtout lorsque qu’il souhaitait qu’elle fasse plus et mieux. Son talent de créatrice méritait d’être reconnue au-delà du commun. Elle devait se montrer, exposer, disait-il. Chez elle, aucune de ces envies. Bien au contraire. Cette pression prenait le visage de la toxicité. Comme un souffle charmant enivrant mais chargé de poison. D’un poison qui ankylosait sa création naturelle, la faisait douter d’elle-même.
    De l’oxygène. L’image lui était venue. Au-delà d’une bouffée d’air. Oui réellement de l’oxygène vital. Elle en avait besoin. Mais même si elle était certaine de l’amour de Jacques pour elle, elle doutait qu’il comprenne. Un aveuglé d’amour ne voit pas.
    Son amour à elle pour lui ? Jamais il ne lui posait la question, ancré dans sa certitude que le sien ne pouvait être qu’unique et fusionnel. S’il avait fait l’effort de la laisser parfois.
    Elle avait progressivement ressenti le besoin, la nécessité de s’échapper de ce quotidien.

    Sa fille venait d’avoir vingt ans et lancée sur la voie des études qu’elle avait désirées, elle allait être autonome et fort probablement épanouie dans peu d’années. Les années. Elles avaient transformé ses attitudes jusqu’à son physique même si Jacques martelait qu’elle était belle, belle, belle. Comme une chanson ancienne surannée. Elle voulait autre chose d’indéfinissable. Pour le savoir elle était persuadée qu’elle devait partir. Seule.
    Mais cela Jacques ne le comprendrait jamais.

    Elle détestait voir souffrir les gens. Encore moins être à l’origine de leurs souffrances. Et pas du tout de celles assurément de son compagnon si elle lui annonçait qu’elle partait. Même sans raison sentimental. Même sans une liaison physique aussi brutale que soudaine. Rien de tout cela.

    A quarante sept ans, même en paraissant moins, elle n’éprouvait aucune envie de partager la vie d’une autre personne même occasionnellement. Seulement vivre pour elle, à son rythme, selon ses pulsions, sans compromis incessant.
    Elle devait partir.
    Il ne la laisserait jamais faire.
    Elle le connaissait sanguin, colérique et au-delà de la jalousie. Cela la rongeait insidieusement.
    Comment ne pas le voir ?


    - 4 -
    - Si j’ai le vague à l’âme ? Non peut-être une vague qui m’emporte ailleurs parfois. Ou que j’aimerai prendre. Un vague salutaire.
    - De quoi parles-tu Yna ? L’emploi par Jacques de son prénom, révéla une tension brutale.
    - D’un besoin de faire autre chose, de faire les choses différemment. Le temps de la vie qui ne peut être gaspillé.
    - Sans moi ? Tu mets trop de temps à répondre. Dis-moi !
    - Mais non, laisse tomber. Juste un mauvais moment : Luna qui n’est plus une enfant et qui s’envole du nid et des questions sur la nécessité de préserver malgré tout ce nid désert la plupart du temps. Tempéra Yna. Des idées de mère et de poussins, sans plus. Laisse tomber.
     
    Jacques lui proposa de partir sans prévenir la famille et les proches, pour une escapade au Festival Interceltique de Lorient dans quelques jours. Des musiques celtes et la Celtikup surtout pour elle, adepte de la mer.
    Il espérait chasser ainsi ces idées nouvelles et dérangeantes pour lui.
    Ils n’avaient rien réservé car ils pensaient n’y rester qu’une journée et rentrer dans la nuit.
    Arrivés tôt, sur le port, ils décidèrent après le départ des voiliers, d’assister à quelques concerts. Il lui acheta un polo blanc
    RogerRaynal le 30 août 2019
    Un morceau de tissu noir


    La proue du navire fendait sans se hâter les flots sombres de l’Adriatique au commencement de cette nuit de novembre. Quelques dizaines de mètres plus haut, les passagers emplissaient la salle du restaurant lors du second service, chacun retrouvant sa tablée et son équipe de serveurs. Les occupants de la table 85 n’allaient pas tarder à voir leur attention attirée par un incident mineur dont, sur l’instant, bien peu remarqueraient l’importance, mais qui n’allait pas tarder, sans que nous nous en doutions, a prendre une certaine tournure dramatique.

    À la suite de la défection de deux des passagers, les occupants de la table étaient assis en arc de cercle. Réunis là par les hasards de la programmation de la compagnie, ils constituaient un confetti d’humanité mélangeant les peuples, les continents et les langues, et chacun des convives ne connaissait finalement que fort peu ceux et celles qui partageaient sa table.

    Il y avait là Lorna, une femme brésilienne qui avait dû être très belle et qui, ayant depuis peu dépassé l’apex de sa beauté, attirait encore facilement les regards masculins, ce dont elle jouait habilement. Elle voyageait de concert avec une femme bien plus âgée dont on savait uniquement qu’elle était sicilienne et qu’elle se nommait Cordélia. Toutes deux vivaient en Suisse, ce qui était aussi le cas d’un sympathique couple, Norbert et Cécile, qui eux aussi, en apparence, travaillaient dans une banque tout aussi helvétique. Bien plus énigmatique, un couple russe, ne parlant en apparence de cette langue. Il se composait d’une femme au regard bleu, Irina, dont toute la personne signalait l’origine slave. De par ses manières soigneusement étudiées, l’élégance de son comportement et le luxe discret de ses robes et de ses bijoux, elle manifestait un statut social bien supérieur en apparence à celui de son compagnon, un homme bien plus jeune qu’elle, qui semblait perdu à ses côtés et ressemblait davantage, par sa mise comme par son comportement, à un domestique qu’à un compagnon. Par la suite, nous nous sommes rendu compte, signe supplémentaire de son insignifiance, que personne parmi nous n’avait retenu son nom.

    Ma compagne, et moi même bouclions le demi-cercle, si l’on exceptait, à ma droite, une charmante vieille dame, miss Marble, des plus observatrices, qui avait quitté sa maison de Patagonie pour pénétrer les subtilités de la langue italienne, et qui concluait son apprentissage par cette croisière d’automne sur l’Adriatique.

    Tous virent, même du coin de l’oeil, ou regardèrent plus directement l’étrange manège du couple assis, de dos, devant eux, à la table voisine. 

    L’homme, massif, vêtu d’une chemisette bleue à rayures, ne décollait pas la main de la nuque de sa compagne, ou de sa femme. Cette énorme main allait et venait sur ce cou qu’enserrait un bandeau de satin noir, accessoire qui constituait la bretelle retenant la robe sombre de cette inconnue. J’appris plus tard que certaines de mes voisines avaient pensé qu’elle avait présumé de la capacité de sa robe à contenir une opulente poitrine qui n’avait plus vingt ans, cédant en cela à un travers féminin qui n’était pas rare, mais la main de l’homme ne s’attardait pas sur le bandeau de satin, sur ce morceau de tissu noir, mais sur le cou, la nuque de sa femme. De plus, sa peau blanche n’était zébrée d’aucune marque rouge, comme en aurait créé un lien qui aurait appuyé trop fortement sur le cou.

    Au bout d’une dizaine de minutes, le couple se leva et disparut.

    C’était exceptionnel. Le plus souvent, en croisière, les passagers, même ceux qui ne possèdent qu’un appétit d’oiseau, restent à table jusqu’à la fin du repas, et souvent bien après, jusqu’à ce que les serveurs, en allumant toutes les lumières, leur fassent comprendre qu’ils aimeraient bien continuer leur travail et que les salons du navire les attendent pour poursuivre tout à loisir leurs discussions.

    Le soir suivant, les passagers se retrouvèrent, mais, devant eux, les chaises du couple énigmatique restèrent vides. Il arrivait que des passagers ne viennent pas manger le soir, mais c’était exceptionnel, d’autant plus que ce navire, relativement petit, ne disposait que d’un seul restaurant. Peut-être avaient ils tout simplement changé de table ?

    Ce fut Miss Marble qui, a première, verbalisa l’idée qui trottait dans la tête de certains passagers.

    - vous pensez qu’il s’est débarrassé de sa femme ? me demanda t’elle.

    - cela me semblerait difficile.

    - Pourtant, il suffirait qu’il l’ait poussée par-dessus bord, et ce serait un «suicide» parfait.

    - Dans ce cas, sa disparition ne tarderait pas à devenir gênante, et nous aurions déjà vu les officiers s’agiter à son annonce.

    - peut-être même que d’autres que lui auraient pu profiter de l’occasion pour occire son épouse , il ferait alors un coupable idéal, car de nombreux témoins les ont vu quitter mystérieusement la table.

    Je souris avant de lui répondre, «pensez-vous qu’il y ait pléthore de meurtriers à cette table» ?

    - Et pourquoi pas? Tout n’est qu’une question de regard. Presque chacun de nous pourrait être un meurtrier, ou une meurtrière, en puissance.

    - chacun de nous ?

    - Ou presque. Prenez notre énigmatique voisine russe... Mais j’en parlerai plus tard.

    Irina et son compagnon nous avaient fait comprendre qu’ils ne comprenaient ni ne parlaient, un  seul mot de français. Du moins, c’est ce que nous pensions. Toutefois, lorsque nous prononcions le mot «russe», elle comprenait très bien, trop bien peut être, que nous parlions d’elle. Il convenait donc d’être, sinon prudent, du moins respectueux. Miss Marble poursuivit alors en réalisant un tour de table qui eut réjoui la grande Agatha Christie:

    - «prenez notre amie brésilienne, en face de nous, qu’en savons-nous ? Elle voyage seule, alors qu’elle est plus que séduisante, dit travailler en Suisse et est le plus souvent accompagnée de son amie sicilienne, avec qui elle partage des relations que nous ignorons. Cette dernière nous a affirmé que «la mafia, on ne s’en occupe pas, cela n’existe pas», mais tout de même... Tous les parrains ne sont pas des hommes, et ne serait-il pas possible que l’un d’entre eux puisse voyager ainsi, accompagnée d’une insoupçonnable «garde du corps» aussi ravissante que potentiellement mortelle ? Après tout, des dictateurs ont déjà eu leur garde d’amazones. Si nous imaginons que, pour une raison inconnue, la dame à la robe noire, ou son mari, ait eu un différent avec l’honorable société, alors une disparition motivée par des représailles, ou un désir de discrétion, serait possible...»

    - «vous devriez écrie des romans, miss Marble, je prends tout cela en note.» Comme a son habitude, Irina et son compagnon nous avaient poliment salués avant de quitter la table. Plus libre de ses paroles, et lors que les autres discutaient des mérites comparés de la Suisse et de l’Italie, miss Marble reprit ses suppositions:

    - « Irina me semble des plus mystérieuses : c’est une femme d’un âge certain, mais qui le cache par tous les moyens. Il est évident que, dans son couple, c’est elle qui dirige, c’est elle qui a l’argent: son compagnon, à côté d’elle, est fagoté comme un paysan du Danube. Hier, je les ait vu, tous deux, à l’escale. Alors que, sous le soleil d’automne, il faisait bien 20°C, elle portant une magnifique veste de fourrure noire. Son compagnon, lui, trainait une poche en plastique remplie de bouteilles vides. Je me demande s’il s’agit réellement d’un couple, ou s’il n’y a pas autre chose... Alors qu’Irina change de robe chaque soir, et porte du sur mesure, lui porte depuis le début de la croisière les mêmes vêtements. La mafia russe n’est pas un mythe, vous savez.»

    - «nous nous retrouverions donc, sur ce navire, dans une réunion de parrains digne des films de gangsters ?

    - «pas obligatoirement, mais les choses ne sont pas toujours ce qu’un rapide regard nous montre. Il y bien plus de possibilités de vérité que ce que nous supposons. Nous ne voyons que la surface des choses. Tenez, par exemple, ne trouvez vous pas étrange qu’à notre table même, réunis par le hasard, on trouve autant de Suisses travaillant dans la banque ?»

    Pendant la journée suivante, je repensais aux idées de mis Marble. Après tout, pourquoi pas. J’étais dans la petite bibliothèque du navire. C’était une pièce divisée en deux parties, meublée d’armoires vitrées contenant quelques dizaines de livres classés selon leur langue. Les passagers pouvaient les emprunter à leur guise, selon les langues qu’ils connaissaient. Je repensais alors à notre couple russe : ils nous avaient dit qu’ils ne comprenaient ni le français, ni l’espagnol, ni l’anglais, et encore moins l’allemand. Il n’y avait presque pas de livres russes dans la bibliothèque, et je me demandais comment ils faisaient pour comprendre les diverses annonces sur le déroulement de la croisière, qui ne comprenait aucun responsable russophone. Qui aurait l’idée de s’embarquer sur un navire ou personne ne parle sa langue alors que lui même n’en comprend aucune autre ? Je me demandais si, finalement, tous deux ne nous avaient pas menti.

    Alors qu’une pièce de la bibliothèque était meublée de quelques fauteuils censément confortables, l’autre contenait les ordinateurs constituant la «salle informatique», que des passagers venaient utiliser pour communiquer avec leur famille, rester en contact avec leur entreprise ou régler des problèmes bancaires. Je me demandais pourquoi ils ne préféraient pas utiliser leur propre ordinateur ou leurs tablettes, après tout le navire intégrait une totale couverture WiFi. Cela me donna une idée. La croisière tirant vers sa fin, je me résolus à en parler à miss Marble le soir même.
    RogerRaynal le 30 août 2019
    Un morceau de tissu noir : suite et fin


    Je repensais encore aux différents éléments de mon idée pendant que nous attendions l’ouverture du restaurant, au moment ou les femmes présentes comparaient silencieusement leurs tenues. J’étais vaguement distrait par l’amusant commerce des vanités féminines lorsque, brusquement, les diverses pièces de mon raisonnement me semblèrent s’ajuster un peu trop bien.

    Une fois installé, je m’adressais à miss Marble:

    - J’ai repensé à vos idées, et j’ai réussi à les intégrer à un amusant ensemble qui pourrait tout expliquer.»

    - «Et qu’avez-vous trouvé ? J’adore les histoires policières!» me dit-elle.

    - - «Supposez que sur ce navire se retrouvent effectivement différents dirigeants des mafias russe et italienne, comme vous l’aviez supposé...»

    - «Et pourquoi ici ?»

    - «Nous sommes sur l’Adriatique, juste entre l’Italie et des pays comme la Croatie ou le Monténégro, que l’on peut considérer comme faisant partie, pour le crime organisé, de l’orbite slave... Un lieu de rencontre idéal. Outre cette raison géographique, il y en a une autre, plus stratégique, que je vais vous préciser.»

    - «Et pourquoi ces personnes de «l’honorable société» se réuniraient elles ?»

    - Pour le motif le plus important: l’argent. C’est pour cela qu’il ne serait pas étonnant qu’ils voisinent avec les envoyés de nombreuses banques suisses, qui sont les dépositaires des fonds de ces clients d’un genre particulier...

    - Mais vous pensez que tout ce monde se retrouverait ici uniquement pour être à mi-chemin de leurs pays d’origine, en zone neutre ?

    - Nous sommes bien davantage, sur ce navire, qu’en zone neutre. C’est la raison «stratégique» de leur présence: pourquoi pouvons-nous, selon vous, trouver des magasins détaxés qui n’ouvrent que quelques heures après que nous ayons quitté le port, ainsi qu’un casino, aux horaires similaires ?

    - Les eaux internationales!

    - Précisément! Tout ce qui peut être réalisé dans ces eaux échappe aux législations nationales des différents pays limitrophes, que ce soit des opérations financières ou tout autre type d’activités réglementées...

    - mais comment feraient-ils des opérations bancaires à bord ?

    - Par internet. L'accès est disponible partout, vous même vous avez pu utiliser votre iPad pour entrer en contact avec votre famille! Si les personnes présentant les garanties et autorisations nécessaires se trouvent réunies en un lieu jouissant d’une sorte d’extraterritorialité, tout devient possible!

    - «j’adore cette idée, mais que devient la femme à la robe noire, qui n’est toujours pas là ce soir, tout comme son mari ?»

    - Elle aura peut être vu ce qu’elle ne devait pas voir, ou entendu ce qu’elle ne devait pas...

    Notre voisine russe, Irina, nous jeta à ce moment un regard curieux. Nous avons alors changé de sujet de conversation, mais nos idées ne nous abandonnèrent pas.

    Le lendemain, nous devions effectuer un débarquement en chaloupe. Je ne me suis donc pas étonné de voir de nombreux hommes d’équipage aller et venir à l’extérieur, nettoyant, vérifiant les mécanismes, et préparant sans doute le débarquement. Il me sembla, toutefois qu’il y avait davantage d’officiers que d’habitude pour une opération aussi basique. En prenant le café dans un des salons, j’entendis qu’un couple, qui était descendu en excursion lors de notre dernière escale, avait raté le bateau et avait ainsi vu s’achever sa croisière. Sur le moment, je n’y prêtais pas attention. 

    Le jour suivant, nous partions en excursion en empruntant les fameuses chaloupes. Précisons, pour ceux qui n’ont jamais approché un navire moderne, qu’il s’agit là de petits bateaux couverts pouvant contenir environ soixante-dix personnes. 

    La chaloupe avait été descendue à la mer par deux vérins comportant à leur extrémité des treuils électriques, qui manoeuvraient des câbles d’acier reliés aux embarcations par des mousquetons ou des crochets. Au repos,  l’ensemble était replié contre la coque. Alors que nous partions, je levais les yeux vers la coque immaculée du paquebot. Et là, flottant au vent, je vis, coincé entre le filin d’acier et le crochet qui retenait il y a peu la chaloupe sur le bord du navire, un petit objet, comme un drapeau qui battait au vent. Lorsque notre embarcation décrivit un arc de cercle pour se diriger vers la côte, je pris une photos de cette partie de la coque, car voir le navire sans ses chaloupes était assez inhabituel.

    Le dernier soir ne notre croisière, miss Marble m’apprit que le couple que nous surveillions depuis le début était justement celui qui avait été retardé à terre et n’avait pu rejoindre le bateau à temps. L’explication était des plus simple, et nous pouvions ranger nos idées de complots et nos visions d’un homme étranglant sa compagne dans la nuit, sur le pont déserté, avant de la jeter à la mer lestée de quelques poids constitués, par exemple, de bouteilles vides consciencieusement collectionnées à terre et remplies  par exemple de billes de verre... 

    Nous avons célébré la fin de cette croisière en nous amusant de nos délires policiers, puis, une fois rentré, le temps a commencé son travail de lente érosion des souvenirs.

    Je ne pensais plus à nos amusantes hypothèses quand, il y a quelques jours, en classant mes photos, j’ai retrouvé le cliché que j’avais pris de la coque du bateau, au moment où la chaloupe s’en éloignait. J’en ai sélectionné la partie ou l’on voyait ce curieux petit drapeau sombre, et je l’ai agrandie. Ce que j’ai vu alors m’a laissé interdit et heureux d’avoir terminé ce voyage.

    Là, devant moi, sur l’écran de mon ordinateur, se découpant sur le blanc de la coque, je distinguais clairement, battant au vent, coincé entre le câble d’acier et les crochets, constellé sur un bord de taches rouge sombre, un petit morceau de tissu noir.
    mailys_babelio le 02 septembre 2019
    Bonjour à tous,

    Qui dit septembre dit retour au travail et rentrée des classes mais dit aussi résultats du défi d’écriture ! 

    Je tenais déjà à tous vous remercier pour vos participations très inspirées ! Voici les textes que nous avons particulièrement appréciés : tout d’abord la contribution poétique de Pinceau et son style très original et touchant. Le texte de Orazy nous a également fait frissonner avec une histoire de fait divers à la plage littéralement glaçante. Enfin, la gagnante de ce mois-ci est Big-Bad-Wolf qui nous a régalé avec ses personnages de fantasy dans son enquête policière.

    Bravo à tous et rendez-vous pour le défi d’écriture de septembre qui vous plaira je l’espère ! A vos plumes !
    Darkhorse le 02 septembre 2019
    Bravo Big-Bad-Wolf, fantasy power !! Félicitations aux nominés et à tous les participants.
    À bientôt !
    Sflagg le 02 septembre 2019
    Salut !

    Félicitation Big-Bad-Wolf et les autres aussi.

    A+ !!
    Big-Bad-Wolf le 02 septembre 2019
    Oooh, merci beaucoup ! Contente que ça vous ait plu ! Félicitations aux autres nominés et bravo à tous pour vos textes qui étaient un vrai régal à lire !
    Orazy le 02 septembre 2019
    Merci à @mailys_babelio ainsi qu'à tous les participants, et bien sûr aux lecteurs !

    Et félicitations à Big-Bad-Wolf  et à Pinceau  pour leurs textes !  

    A bientôt :)
    Pinceau le 03 septembre 2019

    Merci, je suis contente que mon texte vous ait plu.
    Bravo à tous les participants.
    Bonne continuation à tous :)

    SALGRENN le 17 septembre 2019
    PINCEAU
    Je lis aujourd'hui votre texte...et j'ai beaucoup apprécié votre style.





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