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    Tetrizoustan le 12 septembre 2019
    Oh mais citer le titre du conte n'était pas dans le cahier des charges.

    SALGRENN le 12 septembre 2019
    Vous avez raison...Et puis c'était facile...
    Rance ; beurre
    Naphtaline : vêtements de la grand-mêre
    Gueule ; gueule du loup bien sur
    La petite : le petit chaperon rouge (qui est une fille)

    Je découvre les haÏkus grâce à vous et c'est chouette ! merci !
    LisaMrz le 14 septembre 2019
    Bonsoir, réécriture de Riquet à la Houpe :)

    Il était une fois, dans une contrée fort lointaine, une femme donna naissance à son premier enfant, il s’agissait d’une petite fille à la beauté extraordinaire. Les jeunes parents étaient aux anges, ils n’avaient de cesse de vanter la beauté de l’enfant dans tout le village. La famille, bien qu’ayant de faibles revenus, ne privait la petite de rien, toutefois, la vantardise de la mère et, son exhubérance commencèrent à peser sur le moral des villageois. Partout où on allait, on entendait chanter la beauté de la petite fille, des peintres se déplaçaient de partout pour immortaliser son portrait.
    Néanmoins, il faut savoir une chose, cette contrée lointaine, était peuplée de créatures magiques qui vivaient dans l’harmonie, or, la grande beauté de cette enfant était sur le point de briser cet équilibre. Alors, une nuit, pendant que tous dormaient paisiblement, une fée s’introduisit dans la chambre de la fillette pour lui jeter un sort. Alertés par les cris de l’enfant, les parents coururent dans sa chambre, ainsi la fée les informa :
    - Votre exubérance face à la beauté de votre fille a corrompu l’équilibre du monde, pour le rétablir, je lui ai jeté un sort, votre enfant n’aura point d’esprit. Cependant, il est injuste de la punir pour un fait qu’elle n’a pas commis, pour éviter cela, sachez qu’elle sera dotée d’une grande volonté qui se révèlera à elle à l’âge adulte. Bientôt, vous tomberez de nouveau enceinte, sachez aussi que votre enfant à naître sera d’une extrême laideur, mais son esprit supplantera son défaut physique.
    Face à ces révélations, les parents s’effondrèrent de chagrin et, de désespoir. Cependant, juste avant que la fée ne quitte la chambre, la mère retrouva un peu de courage et demanda:
    - Ne peut-on prendre un peu de l’esprit du futur enfant pour le donner à l’aînée qui est si belle ?
    - Non Madame, je ne peux plus rien pour elle. Cependant, j’entends votre tristesse, je vais lui faire cadeau d’un autre don, celui de rendre belle la personne à qui elle tiendra le plus.
    Après cela, la fée disparut tout bonnement, personne n’entendit parler de cette histoire. La mère ne vanta plus les mérites de sa fille, à l’arrivée de son deuxième enfant, une fille aussi, elle n’en parla pas aux villageois, l’ordre était enfin rétablit.
    À mesure que les fillettes grandirent, leurs perfections crûrent aussi avec elles, et on ne parlait partout que de la beauté de l’aînée, et de l’esprit de la cadette. Il est vrai aussi que leurs défauts augmentèrent avec l’âge. La cadette enlaidissait à vue d’œil et, jalousait de plus en plus sa grande sœur qui était si belle, quant à cette dernière elle devenait de plus en plus stupide chaque jour. Sa stupidité l’empêchait de ressentir la moindre jalousie envers sa sœur cadette qu’elle admirait au contraire. Sa bêtise était telle qu’elle ne répondait rien à ce qu’on lui demandait, ou alors elle disait une sottise. Elle était avec cela si maladroite qu’elle n’eût pu ranger la vaisselle sans casser une assiette ou un verre. Sa beauté était certes un avantage, mais, lors de rassemblements les gens se détachaient très vite d’elle pour aller rencontrer sa cadette qui les éblouissait de par son intelligence. Avec l’âge et, malgré sa stupidité, l’aînée remarque l’attrait qu’avaient les gens du village pour l’esprit de sa sœur et, elle eût donner sans regret aucun, toute sa beauté pour avoir la moitié de son intellect. Pour ne rien arranger sa mère et son père lui reprochaient ce manque d’esprit, et sa trop grande maladresse.
    La tristesse et, le désespoir se glissèrent dans le cœur de la jeune fille, mais un trait de son caractère ne s’était pas encore révélé. Il fallu attendre encore toute une année de plus pour le voir apparaître, lors d’une magnifique journée de printemps. Pourtant, la splendeur de ce jour n’adoucit en rien les peines de la jeune fille. Après une journée entière de reproche, elle n’en put plus et, décida d’aller épancher son malheur dans la forêt qui bordait le village. Alors qu’assise contre un arbre, elle s’abandonnait à son malheur quand elle vit venir à elle un petit homme fort laid et fort désagréable, mais vêtu très magnifiquement. C’était le jeune Prince Riquet à la houppe, qui étant devenu amoureux d’elle sur ses portraits qui couraient par le monde, avait quitté le royaume de son père pour avoir le plaisir de la voir et de lui parler. Ravi de la rencontrer ainsi toute seule, il l’aborda avec tout le respect et toute la politesse imaginable.
    Néanmoins, la jeune fille ne répondit pas à ses charmes, les larmes continuèrent de couleur le long de ses joues, devant tant de tristesse le Prince ne put contenir son incompréhension :
    - Comment une personne aussi belle peut-elle être aussi triste ? J’ai pu voir une infinité de belles personnes, mais d’entre toutes, vous êtes la plus belle sur laquelle mes yeux se sont posés.
    - Cela vous plaît à dire Monsieur.
    La jeune fille leva des yeux malheureux vers le Prince, elle n’osait pas dire davantage de mots de peur que sa stupidité ne ressurgisse.
    - La beauté, reprit le Prince Riquet, est un si grand avantage qu’il doit tenir lieu de tout le reste ; et quand on le possède, je ne vois pas qu’il y ait rien qui puisse nous affliger beaucoup.
    -J’aimerais mieux, dit la jeune fille, être aussi laide que vous et avoir de l’esprit, que d’avoir de la beauté comme j’en ai, et être bête comme je le suis.
    - Il n’y a rien, Madame, qui manque davantage qu’on a de l’esprit, que de croire ne pas en avoir, et il est de nature de ce bien-là, que plus on en a, plus on croit en manquer.
    À ces mots, quelque chose commença à émerger dans l’esprit de la jeune fille et, alors que son esprit était ailleurs elle murmura ces paroles sans même y songer:
    - Je ne sais pas cela, mais je sais bien que je suis fort bête, c’est de là que vient le chagrin qui me tue.
    Le Prince sentit qu’il pouvait utiliser la détresse de cette jeune personne à son profit, elle ne pourrait refuser sa proposition :
    - Si ce n’est que cela, Madame, qui vous afflige, je puis aisément mettre fin à votre douleur.
    - Et comment ferez-vous ?
    - J’ai le pouvoir Madame, dit Riquet à la houppe, de donner de l’esprit autant qu’on en saurait à la personne que je dois aimer le plus, et comme vous êtes Madame, cette personne, il ne tiendra qu’à vous que vous n’ayez autant d’esprit qu’on en peut avoir, pourvu que vous vouliez bien m’épouser.
    La jeune fille en resta interdite, le sentiment qu’elle sentait poindre en elle depuis l’arrivée du Prince l’imprégna toute entière. Oui, elle était bête, cela, elle le savait, mais était-elle obligée d’épouser cet homme pour acquérir l’esprit qui lui manquait ? Face à son silence, le Prince enchaîna :
    - Je vois que cette proposition vous fait de la peine, et je ne m’en étonne pas ; mais je vous donne un an tout entier pour vous y résoudre.
    La jeune fille avait si peu d’esprit que l’offre du Prince semblait impossible à refuser, de plus il était un prince alors qu’elle, elle n’était qu’une simple villageoise. Pourtant, quand elle releva ses yeux trempés de larmes, aucun doute n’imprégnait sa réponse :
    - Je ne veux pas vous épouser.
    - Mais, madame, je suis un Prince et je peux vous donner ce que vous désirez tant.
    - Je le sais, mais si vous me le donnez, il faudra que je vous aime en retour et, je ne suis pas certaine de savoir vous aimer.
    Le Prince frustré par ce refus s’exclama ;
    - Alors, c’est vrai ce que les villageois racontent, vous êtes vraiment bête !
    Sans un regard en arrière le Prince Riquet à la houppe s’en alla, laissant là la jeune fille qui ne pleurait plus. Elle attendit encore un peu avant d’aller raconter ce qu’il venait de se passer à ses parents. Non loin, ayant assisté à toute la scène, une fée l’observait, un sourire de fierté sur les lèvres.
    Après avoir appris ce qu’il s’était passé avec le Prince, sa mère entra dans une colère noire :
    - C’est impossible d’être bête à ce point-là !
    La jeune fille ne répondit pas, cette phrase, elle l’avait entendu toute sa vie entière, elle s’était ancrée en elle, elle n’était plus que sa stupidité. Pourtant, aujourd’hui elle en était persuadée, elle avait pris la décision la plus intelligente de toute son existence.
    Pour la punir, sa mère l’envoya se coucher sans souper, la jeune fille ne s’en formalisa pas, ses pensées étaient accaparées par autre chose. À la tombée de la nuit, quand l’heure du repas fut passée, sa sœur cadette entra dans leur chambre, prête à aller dormir, mais avant sa sœur aînée lui demanda :
    - Pourrais-tu m’apprendre ?
    La cadette la regarda d’abord sans comprendre, alors elle insista :
    - Je sais que je suis bête, tout le monde le dit, mais personne ne me dit comment avoir de l’esprit.
    - Est-il vrai que tu as refusé la demande en mariage du Prince aujourd’hui ?
    - Oui.
    Sa sœur la regarda sans rien dire et alla se coucher. Impuissante face à ce refus, l’aînée fit de même jusqu’au lendemain matin.
    La journée du lendemain fût un véritable cauchemar, partout où elle allait les gens parlaient de son refus d’épouser le Prince et de sa bêtise, à bout de nerfs elle s’enfuit se réfugier dans sa chambre. Tout ce qu’elle voulait, c’était se retrouver seule, mais sa sœur l’attendait, assise sur son lit, un livre sur les genoux.
    - Je vais t’aider à avoir de l’esprit, se sera dur et, je ne pourrais pas tout t’enseigner, un jour, il faudra que tu apprennes seule.
    La jeune fille sauta au cou de sa sœur et l’embrassa sans retenue, après cette effusion d’amour elles se mirent au travail.
    L’enseignement était rude, plus d’une fois au cours de ces longs mois elle faillit abandonner, mais rappellez-vous, la fée avait doté cette enfant d’une grande volonté. Plus elle travaillait, plus sa volonté d’apprendre
    OrageBleu le 15 septembre 2019
    Variante sur le conte de Barbe Bleue - Le pays de l'éternel soleil couchant

    Il était une fois un homme étrange qui arborait une barbe d’un bleu phtalo, d’où son surnom de Barbe Bleue. Personne n’osait l’interroger au sujet de cette particularité étant donné la stature imposante de cet homme, que certains qualifieraient même d’effrayant, avec ses yeux comme tissés d’or enflammé, dont le regard perçant vous fendait l’âme. Un jour, cet homme tomba amoureux d’une jeune femme, au rire semblable à une rivière, et dont les cheveux foncés tombaient en cascades réjouissantes jusqu’à sa taille. Celle-ci hésita à accepter les avances de l’homme qui était déjà d’un âge avancé, et qui habitait dans une cité inconnue. Rapidement pourtant, Barbe Bleue su la convaincre par des belles paroles qui lui promettaient un château d’or, de soie et de marbre, qui reflétait si bien la lumière, qu’il y faisait jour même la nuit, à cause des rayons de lune pénétrant par les fenêtres et frappant les métaux précieux. Et puis, elle devait bien avouer que le regard brodé d’or de son prétendant était ensorceleur et d’un mystérieux attrait. Une fois mariée, elle goûta à tous les délices du luxueux château. Il était conçu comme un énorme labyrinthe dans lequel chaque porte s’ouvrait sur une pièce ou un couloir, ce dernier comportant aussi une porte menant à une autre pièce, et ainsi de suite, le tout dans une richesse excessive du sol au plafond. La jeune femme n’aimait pas vraiment Barbe Bleue, et cherchait n’importe quel prétexte pour rendre visite à sa famille, ce qui peinait beaucoup son mari, qui l’adorait.

    La jeune mariée avait d’innombrables pièces qui lui restaient explorer, et pourtant, sa partie préférée de la demeure était cette grande fenêtre en ogive qui laissait promener son regard sur de basses collines s’étendant, semblait-il, à l’infini. Celles-ci étaient rougeoyantes, comme enflammées de l’aube jusqu’au crépuscule, si bien qu’en ce lointain pays, il semblait régner un perpétuel coucher de soleil. Aussi la jeune femme passait-elle ses journées à contempler ce spectacle inexplicable, une incongruité de la nature. Elle soupirait d’envie de partir voir de plus près ces contrées ineffables qui lui étaient interdites par son mari. Selon les dires de ce dernier, si elle allait un jour voir ces coteaux çà et là parsemés d’arbres de jais, elle en serait à jamais changée pour le pire.

    Un jour, Barbe Bleue annonça à sa femme qu’il devait s’absenter pour une journée entière. La jeune fille cacha sa joie et son excitation sous un sourire contrit, mais ses mains tremblantes la trahissaient. Barbe Bleue, craignant que sa femme, par ennui, décide d’aller explorer les environs en dehors du château, lui donna cinq clés qui ouvraient cinq portes différentes disséminées dans le château, toutes s’ouvrant sur des salles remplies de merveilles qui charmeraient ses sens avides de nouveautés. Mais la jeune femme n’entendait qu’à aller voir de plus près les prés de feu qui brûlaient ses yeux, et dès que l’homme fut hors de vue, elle sortit sous le perpétuel soleil couchant. Courant désormais à toutes jambes, empruntant des sentiers étranges et sinueux, elle se sentait perdre tout contrôle d’elle-même. Au bout d’un demi mile ainsi parcouru, elle prit conscience qu’elle était en plein cœur du pays aperçu depuis sa fenêtre en ogive. Alors le sol se fit plus mou, et bientôt elle pataugea dans une boue rouge lui arrivant jusqu’au genou, et c’est alors que l’odeur ferreuse du sang monta à ses narines, puis à sa conscience. Le sang à ses pieds bouillonnait, et une brume rougeâtre s’en échappait vers le ciel. En regardant en l’air, elle vit que les arbres noirs dépourvus de feuilles suspendaient des corps pendus couvert de sang qui gouttait. Les longues herbes balayées par le vent étaient en fait des bras d’humains morts empilés par terre, figés dans leur dernière posture de demande à l’aide, la main tendue vers ce ciel qui les avait abandonnés. Derrière l’odeur de sang, il y avait l’odeur de pourriture qui attirait des millions de minuscules mouches aux ailes irisées reflétant la mer de sang sous elles en mille nuances de rouges.

    La jeune femme, hurlant de peur, couru vers le château, et s’empressa de prendre un bain, toute tremblante. Mais le sang ne voulait pas partir de ses longs cheveux noirs, désormais en mèches pleines de sang coagulé. C’est avec terreur qu’elle vit arriver le cheval de son mari au loin. Elle tenta de lui raconter un mensonge, mais son mari su immédiatement qu’elle n’avait pas écouté ses conseils, en voyant ses cheveux poisseux. Il barricada toutes les portes du château afin qu’elle ne puisse plus sortir, mais cela était inutile; celle-ci aurait préféré finir dans les flammes de l’enfer plutôt que de réitérer son expérience. Elle se rasa les cheveux, et garda une expression d’épouvante qui la rendit bien laide toute sa vie, tandis que Barbe Bleue, de son côté, cachait une joie secrète de savoir que sa femme resterait à jamais dans le château avec lui. Celle-ci fit éventuellement condamner toutes les fenêtres afin de fuir le spectacle macabre des collines de braises menaçant son regard, et plus un seul rayon, qu’il fut de lune ou de soleil, ne vint désormais illuminer l’or des murs ni le cristal des lustres du château.
    BVassord le 15 septembre 2019
    cheyenne-tala a dit :

    Blanche-Neige et la noix de coco : 


    Il était une nuit, dans un royaume aux mœurs étranges, une princesse à la peau très blanche et à la chevelure très noire.

    Elle fut baptisée Blanche-Neige par son père, le Roi.

    Dans ce pays, le critère de beauté était d’avoir un aspect fantomatique. Perpétuellement enveloppées de brouillard, les terres voyaient rarement le soleil, et les habitants avaient donc tout naturellement le teint blafard, un corps frêle et une vue de myope.

    Blanche-Neige n’échappa pas à la règle. A vingt ans, elle était menue comme une enfant de 12 ans, et pour comble de malheur, elle ne pouvait se nourrir que de pommes, contrairement aux autres habitants, qui eux pouvaient en plus consommer des navets et des choux-fleurs.

    A vingt ans donc, son père décida de la marier.

    Il envoya des messagers aux quatre vents, histoire de trouver un prétendant exotique qui soit digne de sa fille unique.

    Au fil des mois qui suivirent, certains messagers revinrent, porteurs de promesses de mariage.

    D’autres ne revinrent jamais.

    Après quelques semaines de tergiversations, les époux royaux, avec l’accord de leur fille, arrêtèrent leur choix sur un colosse blond, prince d’un royaume situé de l’autre côté de La Grande Bleue.

    Les préparatifs du voyage prirent quelques mois supplémentaires, et Blanche-Neige, impatiente, employa son temps à rêvasser de cet ailleurs plein de promesses et d’aventures.

    Enfin, le jour du départ arriva. La princesse embarqua, le pied léger, suivie de tous ses gens, et la cale du bateau pleine de pommes.

    Les premières semaines de ce voyage furent un ravissement, même si la princesse n’était autorisée à sortir de sa cabine que la nuit tombée, car il lui fallait absolument préserver son teint laiteux.

    Cependant, comme toutes les bonnes choses ont une fin, cette paisible traversée se mua une nuit de pleine lune en une terrible tempête.

    Au petit matin, Blanche-Neige se réveilla plus morte que vive, seule, presque nue, échouée sur une île déserte.

    Remise de ses émotions, elle fut stupéfaite par la lumière du jour, aveuglante, terrible, brulante. Elle découvrir les couleurs, la chaleur, une faune et une flore luxuriante. Bref, le jour et la nuit avec son royaume de la brume.

    Passé ce premier moment d’euphorie, elle avisa qu’il lui fallait organiser sa survie, en attendant les secours.

    Par chance, elle put ramasser quelques pommes, échouées comme elle sur la plage. Elle les entreposa à l’abri et résolut de sillonner son île, à la recherche de fruits de même nature.

    Il n’y en avait point.

    Elle économisa donc sa petite réserve de pommes, en espérant quitter cette île maudite avant de mourir de faim.

    Les jours passèrent et Blanche-Neige n’était plus tout à fait blanche, toute occupée qu’elle était à chercher des pommes, même sauvages. Son teint devint hâlé, et sa chevelure se para de mèches orangées, décolorées par un soleil implacable.

    Finalement, ne voulant pas rendre son dernier souffle si jeune, elle décida qu’il était temps de diversifier son régime alimentaire. Elle porta donc son choix sur les noix de coco, qui se trouvaient alors en abondance sur la plage.

    Après d’innombrables efforts, elle finit par en ouvrir une et se gorgea goulument de son eau.

    Il ne se passa rien. Blanche-Neige était toujours en vie. Était-elle réellement allergique à tout autre aliment que les pommes ? Lui avait-on menti toutes ces années ?

    Confiante, elle préleva un petit morceau blanchâtre de la noix de coco, le porta à sa bouche et mastiqua en fermant les yeux, savourant ce goût totalement nouveau, puis l’avala… et s’effondra.

    Telle aurait pu être la triste fin de la jeune princesse, mais le hasard voulu qu’une pirogue chargée de pygmées en voyage accoste sur cette île.

    Ces pygmées avaient l’habitude de venir sur ce bout de terre, afin d’y récolter des noix de coco, car il n’y avait pas de cocotiers dans leur royaume.

    Ils se dispersèrent donc sur la plage et commencèrent le ramassage des noix, lorsqu’un cri retentit.

    Un des leurs avait en effet découvert Blanche-Neige, étendue non loin.

    Tous s’agglutinèrent autour d’elle et cherchèrent à savoir pourquoi elle ne se réveillait pas, chacun y allant de sa théorie. Ils finirent par se disputer puis par se battre.

    Au cours de la bagarre, un des leurs, le plus lourd et qui se nommait Heimlich, perdit l’équilibre et tomba sur la malheureuse princesse, manquant de lui broyer la cage thoracique. Cela eu tout de même l’immense avantage d’exercer suffisamment de pression pour expulser le bout de noix de coco qui était resté coincé dans la gorge de la jeune fille.

    Elle se réveilla donc à la vie, suffocante, cherchant l’air, et découvrit en demi-cercle autour d’elle sept pygmées la regardant, subjugués par sa beauté.

    Après avoir pesé le pour et le contre, elle décida de les suivre et vécut dans leur royaume, heureuse d’y découvrir de nouvelles variétés de pommes, toutes plus juteuses les unes que les autres.
    L’histoire raconte même qu’elle y épousa le prince…
    SALGRENN le 15 septembre 2019
    Et de trois...! Cette fois c'est "Pinocchio"...

        Jay Petto venait tout juste de finir de se rouler un tarpé...
        Affalé sur son vieux canapé complètement défoncé il n'attendait plus rien de la vie.Le matin même on lui avait retiré son permis de conduire.Un couloir de bus à contre-sens c'est quatre points de moins.C'était surtout quatre points de trop lorsqu'il ne t'en restait déjà plus un seul depuis belle lurette...
        Il tire une taffe.Et cela lui fait du bien tout de suite.
        Sur la table basse devant lui s'étalent des dizaines de lettres.Des recommandés pour la plupart d'entre elles.Ces derniers temps Il en recoit quasiment tous les jours.Le chom'du n'arrange jamais les choses lorsqu'il te faut payer les factures.
        Un huissier de justice, Maître Renard, était passé aussi ce matin.Décidemment ce n'était vraiment pas son jour.
        "Menace d'expulsion, huit jours pour payer !" qu'a dit ce pingouin en brandissant son papier bleu.Ce n'était pas le premier qui venait lui rendre visite ainsi mais cette fois cela semblait beaucoup plus sérieux.Foutu...Foutu...Tout est foutu.
        On frappe à la porte.Il est vingt-trois heures trente...n'est-ce pas un peu trop tard pour une expulsion...?!
       -Ouais...c'est pour quoi...?
       -C'est moi...
       Jay reconnait cette voix tout de suite...Madonna...La revoilà...
       Il pose son pétard dans un cendar, se lève et ouvre la porte.Et c'est bien elle.
       -Mais...Qu'est-ce que tu fais là...Je croyais que tu étais retournée aux States...Changé d'avis...?!
       -Non...Je pars demain matin de Roissy.
       -...Ah...
       -Tiens...Maintenant faut que tu t'en occupes parce que moi je ne pourrai plus...
       Elle lui montre un couffin avec un marmot dedans qui chiale...C'est surement pas bon du tout, ça...Une tuile de plus...
       Madonna elle est danseuse.
       Danseuse, mais avec de l'ambition car elle veut devenir chanteuse maintenant.Alors retour aux USA d'amérique, son pays natal, parce que c'est beaucoup mieux là-bas finalement pour réussir dans le show-bizz.En tout cas c'est ce qu'elle croit dur comme fer la gamine de l'Ohio...
       -Mais qu'est-ce que tu veux que j'en fasse moi de ce...
       -C'est ton gosse aussi que je sache...Non...?!
       Le mioche dans son couffin, c'est seulement la seconde fois qu'il le voit.La première fois c'était à la maternité lorsqu'elle lui avait dit de se barrer d'ici tout de suite parce qu'elle ne voulait plus le voir ce raté...Pourtant il était prêt à l'aimer ce gamin.Et puis la Madonna aussi il l'avait beaucoup aimer...beaucoup trop même...
       -Tu te démmerdes...! Moi j'peux pas l'emmener avec moi...j'aurai plus le temps de m'en occuper que j'te dis !
       Elle pose son fardeau par terre, juste devant ses pieds...Et puis se tire aussi sec en dévalant les escaliers...
       -Mais...attends...tu ne m'as même pas dit son prénom...!
       -Pinocchio...! Pinocchio...! qu'elle crie alors qu'elle est déjà presque arrivée tout en bas.
       Et Jay reste là.Pendant un petit moment.Devant le couffin et devant ce gosse, son gosse, qui s'est d'ailleurs calmé maintenant, et qui le regarde, lui, son père, ce père qu'il ne connait pas...
        Il n'a même pas eu envie de lui courir après.Pourquoi faire...Cela aurait servi à quoi ? A rien, à rien du tout...

        Vingt-cinq ans plus tard...

        Demain on rase gratis...Baisse des impôts, augmentation du SMIC, aides mirobolantes pour changer de bagnole,  constructions de crêches et d'hôpitaux, revalorisation de trois points de la retraite des vieux, éxonérations tout azimut, etc, etc...Il avait menti sur toute la ligne mais Pinocchio Petto était vraiment fier de lui, car ses nombreuses promesses lui avait permis de se faire élire et c'était cela le principal.Président de la république a seulement 25 ans et demi...Quelle réussite incroyable !
        -Viviane apportez-moi donc un café s'il vous plaît...
        Viviane Faiblou elle fait le café comme personne, mais tout le reste aussi...Et c'était un peu grâce à elle que Pinocchio en était arrivé là.Fallait avouer qu'elle était rudement douée la jolie Viviane pour vous propulser en moins de deux tout en haut de l'affiche électorale.Un master en marketing ça aide bien pour ces choses là...
        Elle revient assez rapidement, une tasse à la main.
        -Alors ma petite Vivi...On les a bien baisés hein ?!
        -Ah oui monsieur le président...bien baisés...!
        Pinocchio lui tapote les fesses dès qu'elle est à portée.
        -...Oh...monsieur le président...!
        -Allez...ne fait donc pas ta mijorée...! Et viens donc plutôt t'asseoir sur mes genoux...
     
        Au même moment, et pas très loin de là, Jay Petto se prépare.Ce soir, c'est décidé, il se pend.Haut et court comme on dit dans les westerns...
        Sur l'écran de téloche y'a encore son fiston qui parade.Il le passe en boucle sur BFM depuis son élection.Lui et toute sa bande de faux-culs.Ce sale gosse est un menteur de première et une belle ordure ça c'est sur.Depuis qu'il est petit il est comme ça et voilà le résultat.Jay ne peut s'empêcher de penser à toutes ces années pendant lesquelles il l'a élevé, seul et contre tous.Il s'est tellement battu pour le garder ce gamin...Il a même arrêté de picoler et de fûmer sa marijuana...!
        Mais marre du mensonge maintenant, trop duré, cela suffit...La corde est déjà en place, reste plus qu'à faire le noeud.Et cette fois-ci il ne reculera pas...
    capitaine-ad-doc le 17 septembre 2019
    Dada voit rouge.

    Il était une fois une histoire contée depuis des générations. Dada se propose de vous en faire sa propre lecture, en respectant les règles qui sont déjà établis. Vous trouvez ça logique? Alors commençons. 

    Il était donc une fois, dans une ville dont le nom n'a que peu d'importance, une femme qui chérissait son enfant plus que tout au monde. La jeune fille venait d'atteindre le bel âge, mais sa mère la voyait toujours comme son tout petit et vivait constamment dans la peur qu'il lui arrive quelque chose. Cette nuit là n'allait rien arranger : la matrone devait se rendre à l'autre bout du pays pour affaire. Il était donc hors de question que sa fille reste seule toute une nuit dans leur grande maison. Comme convenu, elle irait dormir chez sa grand mère qui habitait quelques rues plus loin. Tout en brossant les cheveux de sa protégée, elle lui donnait ses dernières recommandations: "Sois bien sage mon enfant, ne traîne pas en route, ta grand-mère n'est pas très bien en se moment, elle a besoin de ton aide."  Au moment de la laisser sortir des griffes, elle déposa délicatement sur la tête du chérubin un dernier baisé. "Et surtout, ne te fais pas remarquer sur le chemin. Si tu ne veux pas que l'on vienne t'embêter, rappel toi de ne pas faire de vague!" Pendant toute la préparation, la jeune fille n'avait prononcé presque aucun mots, tout juste quelques monosyllabes pour acquiescer le jugement de sa génitrice, comme d'habitude. Incontestablement, la logique maternelle faisait fois.

    Une fois sortie, elle se mit en chemin, guidée par la pleine lune. Perdu dans ses pensées, l'enfant ne distingua pas tout de suite, les formes de l'homme qui venait à sa rencontre. D'une grandeur vertigineuse, son corps laissait deviner une musculature fine et robuste,  sous un long manteau noir. Elle ne put discerner les traits de son visage qu'au moment où le mystérieux inconnu se pencha pour lui parler; il portait un magnifique loup en feutre rouge sang. "Où va tu comme ça ma douce?" Il employait les mêmes mots rassurant que la chère maman. "Je vais chez ma grand-mère pour ne pas passer la nuit toute seule." Il sauta sur l'occasion. "Tu as bien raison, il ne faut pas rester isolée chez soi, on ne sait pas ce qu'il pourrait t'arriver. Mais ta place est avec les jeunes filles de ton âge qui justement, sont toutes au bal pour ne pas rester seules cette nuit. Ne pas y aller, ce serait se marginaliser. Suis-moi, je vais t'y conduire." La belle ne put se résoudre à contredire le discours si persuasif de l'étranger et se laissa guider au hasard des rues.

    À peine avaient-ils franchi le portique de sécurité de la salle, qu'ils furent entraînés par un tourbillon de danseurs. Ce n'était que volants, tulles, froufrous dans un camaïeux  de rouge, enlacées par de grands bras noirs. Tous les hommes portaient eux aussi un loup, si bien que l'on aurait pu croire qu'un seul couple se reflétait dans de nombreux miroirs. Le tumulte de la foule déporta notre héroïne loin de son accompagnateur. Ainsi désemparée, elle alla trouver refuge dans les commodités. La pièce bien que colossale paraissait minuscule ; tout un troupeau se pressait devant une gigantesque glace. On se bousculait, on se montait dessus, pour espérer entrevoir son reflet et ainsi se repoudrer. Quand la demoiselle, devant ce tableau, remarqua qu'au milieu de toutes ces jeunes filles au visage bariolée de milles et une couleurs, qu'elle faisait tâche. Ne voulant pas devenir le mouton noir de la soirée, elle se raccrocha aux mots de sa mère : "fond toi dans la masse". Alors quand l'une des jeunes filles lui tendit son rouge à lèvre "passion dévorante", la belle prit délicatement l'instrument entre ses doigts et appliqua la mixture sur ses lèvres. Immédiatement, son vœu s'exauça : elle était devenu comme les autres. La fillette devenu femme en apparence retourna alors dans la salle du bal, se mêlé à tous ces âmes qui se tournaient autour. Soudain, elle sentit une présence presque aussi imposante que celle de sa mère. Le charmeur avait retrouvé sa piste. Un sentiment de sécurité l'empara, anesthésiant toute volonté personnelle. Aucune contestation ne fut émise quand il lui prit la main et l'emmena vers la sortie de secours. 

    La ruelle éclairée d'un simple néon de la salle de concert, offrait un espace suffisant pour ceux qui ne souhaitaient pas être dérangé. L'homme rusé, la poussait lentement mais fermement contre le mur de la bâtisse. Il approcha sa tête de sa nuque si tendre et respira les parfums qui en émanaient. Des frissons parcoururent le corps de la belle, qui se senti obligé de prononcer quelque chose au moment où leur regard se croisèrent : "Que tu as de grands yeux noirs". "C'est pour mieux te voir mon enfant". À ce moment précis, d'un mouvement bestial, il lui pressa les hanches. Elle continua, de plus en plus troublée : "Que tu as de grandes mains". "C'est pour mieux te toucher ma grande". Et un rire fracassant sorti de sa gueule. Ne sachant plus où donner de la tête, elle lâcha dans un dernier souffle : "Que tu as de grandes dents". "C'est pour mieux te manger !". Le monstre colla ses lèvres contre les siennes et rentra dans son corps. La pucelle ferma les yeux, en attendant que le cauchemar se termine. Pas un cri ne sortie de sa bouche. Seul des larmes coulèrent le long de ses joues.

    Quand la victime rouvrit les yeux, l'horrible personnage avait disparu. La passion dévorante s'était emparée d'une grande partie de son visage et se son cou. La petite chose n'osait plus bouger et s'évanouit dans les bras d'un agent de la sécurité. "Encore une qui vient de voir le loup".

    Avez-vous compris ce qui s'est passé? Et bien Dada va vous l'expliquer. Notre héroïne a suivi la logique maternelle et lupine parce que, bien présentés, elles semblaient réelles. Mais il n'en était rien. Ne faites pas les mêmes erreurs, ne vous laissez pas bercer par les mots des autres. Car la logique est toujours fausse, c'est la danse des impuissants. Dès que quelqu'un prononce ce mot, levez-vous et fuyez mes enfants. N'écoutez que votre propre instinct, il est salvateur.​
    SALGRENN le 17 septembre 2019
    Bravo capitaine-ad-doc pour ce lupin (e) sorti de votre chapeau !
    SALGRENN le 17 septembre 2019
    Bon cette fois-ci  c'est la der des der...! J'ai également un bouquin à terminer...!

    Le petit Poucet...

    L’inspecteur Colombo n’en croyait pas ses yeux fripés de cocker…Les huit cadavres étaient pourtant bel et bien là devant lui, soigneusement alignés par ordre de taille…Le père tout d’abord, puis la mère suivie de ses six enfants, du plus grand au plus petit.Il manquait simplement le dernier dans la mare de sang déjà coagulée.Et pour cause, car d’après les premiers constats il n’y avait aucun doute ; c’était surement lui qui avait fait le coup…
    -On va le retrouver ce p’tit enfoiré…On va le retrouver ça vous pouvez en être certain Barnaby !
    Car Barnaby était là aussi.Pour cette affaire hors du commun on avait appellé du renfort d’un peu partout.Et devait pas rester grand monde au 36 quai des orfèvres ou bien à Scotland Yard.Même cette grande folle dingue avec sa chapka constamment visée sur la tête avait fait le déplacement pour voir ce massacre.Le célèbre Sherlock Holmes relevait déjà des indices précieux…
    -Chausses du 36 le saligaud…! Very funny but it’s not usual du 36 pour un serial killer !
    -Mais…C’est pas normal à dix ans et demi…?!
    -Ouais…Perhaps…
    On avait fait venir des chiens aussi.
    Toute une floppée qui vous reniflaient dans tous les coins en remuant frénétiquement la queue.Des bergers belges malinois qui sont toujours les meilleurs pour cela, et tous les spécialistes des chiens-chiens à sa mémère seront entièrement d’accord là dessus.Très intelligents les bestiaux, et bien souvent beaucoup plus que leurs maîtres d’ailleurs d’aprés les statistiques…
    -Chef…L’est surement parti par la forêt…! Je crois que les chiens ont flairés quelque chose…
    Nous voilà donc qu’on se barre tous aussi sec et à fond de train dans les bois.Et dans la cabane reste plus que deux ou trois sbires, tout habillés de combinaisons blanches et qui passent des grandes serpillères humides sur le parquet pour nettoyer toute la scène de crime.
    Dans la forêt profonde, les gars décident de faire une pause car cela fait déjà trois bonnes heures que l’on courre ainsi, à en perdre haleine, derrière ces putains de clébards.Maigret s’allume une pipe, Barnaby sort sa fiole de whisky old Glenmore et Sherlock son violon pour nous jouer une sérénade tandis que cap’tain Marleau pisse derrière un arbre recouvert de mousse.
    -Vous croyez qu’il a déjà réussi à passer en Suisse ?
    -Possible…
    Le chocolat étant très certainement le mobile du crime-on avait retrouvé des boulettes de papier d’alu qui emballe les Kinder-surprise disséminé tout le long du sentier-fallait donc bien se douter que le gamin chercherait forcément à se planquer là-bas, pays de cocagne de la chocolaterie s’il en était.
    -Galope drôlement vite ce salopiot…! Merde…Ils ont la santé à c’t’âge là !
    S’il ralentissait un peu la clope maïs le commissaire Bourret cracherait peut-être un peu moins ses poumons aussi…
    Vl’a qu’on repart.Faudrait se magner le rondin parce qu’il ne va pas tarder à faire nuit maintenant.
    -Z’avez pas entendu…?
    -Quoi…?
    -…Les loups…! Pas entendu les loups qui hurlaient là…?!
    -Canis lupus…Le loup gris commun d’europe…
    Notre ami Sherlock, il ne peut jamais s’empêcher de ramener sa science à tout bout de champ.Il en deviendrait presque chiant à force.
    Finalement on s’est arrêté dans une petite auberge qui était située au beau milieu d’un clairière.Recommandée par le guide du routard ce qui ne gâchait rien.L’établissement, tenu par un vieux couple très propres sur eux, ne payait pas de mine mais on a bien bouffé quand même.Et on a bien picolé aussi.Peut-être même un peu trop pour certains car ça s’est terminé en bagarre générale juste aprés le dessert…Columbo qui saignait fort du nez a fini par sortir son flingue, un remington calibre 38 avec une crosse en nacre véritable qu’est toute jolie, et nous a tiré une salve en l’air pour que le calme revienne.De vrais gamins.
    Aprés on est tous allés se coucher dans le foin.Ca grattouille un peu quand on n’est pas habitué mais on s’y fait assez rapidement surtout lorsque l’on est bien crevés comme nous l’étions.Un sacré roupillon que l’on s’est payé même parce le lendemain matin à neuf heures personne n’était encore debout.Il est vrai que dans notre boulot on a rarement le temps de faire la grasse mat’ alors on en a profité un peu.Et puis l’air de la campagne nous avait fait du bien à tous, qui sommes le plus souvent enfermés dans des bureaux à taper des rapports criminels ennuyeux au possible.Alors aprés tout c’était l’occasion ou jamais de décompresser un peu.
    Bref…On s’est remis en route vers quinze heures- quinze heures trente, aprés avoir petit-déjeuner et déjeuner dans la foulée.La patronne de l’auberge nous avait préparé une daube aux morilles, qui était sa spécialité, et il aurait été idiot de ne pas en profiter.
    Dés le début, on a vu tout de suite que les chiens n’avaient plus du tout la gnaque…Ils commençaient à en avoir plein les pattes surement.Et nous aussi quelque part.
    Alors, comme les pauses devenaient de plus en plus nombreuses et longues, le commissaire Navarro, qui était le plus agé d’entre nous mais aussi le plus ancien dans le grade le plus élevé, a décidé de tout arrêter.Mais à vrai dire un peu la mort dans l’âme tout de même parce que c’est malgré tout un sacré professionnel le père Navarro quoi qu’on en dise dans le télé Z.
    -Bon…Je crois qu’on va laisser tomber les gars…Parce que sur la tête de ma mère, la vérité que ce n’est pas humain de faire endurer ça à ces pauvres chiens…!
    Un bus bien climatisé est venu nous chercher rapidement pour ne pas avoir à se retaper toute la traversée de la forêt profonde.Sur le retour on a chanté tous en choeur « Plus vite chauffeur ! » et l’ambiance était vraiment au top.Sherlock a joué de son instrument et la Marleau, qu’est pas bégueule pour un sou celle-ci, nous a fait un strip dans les règles de l’art.Alors vrai que l’on s’était bien marré, et comme a dit Barnaby, lui qui se fait toujours drôlement chier à la maison avec sa femme qui n’en rate pas une pour lui casser les pieds, pour ne pas dire autre chose de beaucoup plus vulgaire ; -il faudrait que l’on recommence l’expérience plus souvent non…?!
    Retour donc à la cabane sanglante en fin de journée où pendant notre absence, les petits gars de la propreté scientifique avaient bien bossé et tout nettoyé du sol au plafond.Sur qu’on y voyait beaucoup plus clair maintenant dans cette histoire.Et surtout qu’ils avaient finalement retrouvé le petit criminel bien caché dans un placard à balais…
    -L’aurait fallu peut-être mieux fouiller le baraque…qu’a sorti l’inspecteur Harry que l’on n’avait pas entendu encore jusque là mais qui cause pas très bien le français non plus il faut le dire.
    Le petit chose de mes deux a avoué tout de suite ses horribles crimes ce qui nous a permis de gagner pas mal de temps pour résoudre l’affaire surtout que l’on était un vendredi soir et qu’évidemment personne ici n’avait envie de faire des heures sup’ une veille de week-end.On a tout de suite fêté ça comme de bien entendu en ouvrant quelques bonnes bouteilles de champagne millésimées que l’on a trouvé dans la cave et où il y avait également un ogre qui se planquait dans le noir et depuis pas mal de temps…
    Mais ceci est une autre histoire…
    Pippolin le 18 septembre 2019

    UN MONDE SI PETIT (Le Petit Poucet)


    RICHARD

    Nous sommes six à la file indienne, bâtons à la main, le long d'un étroit et sinueux chemin forestier. Henri et Gaëtan en tête puis viennent Gratien, Hugues, moi légèrement décalé au milieu, Hercule derrière, dans l'alignement. Partis de l'extrémité droite de la photo, nous nous dirigeons vers l'objectif, sans nous soucier de lui, suivant une trajectoire incurvée au rythme de tambours imaginaires. C'est la fin d'une matinée d'automne, les arbres sont maigres et nus, le ciel pâle mais beau. Instantané d'une excursion à la Pointe de Ryon, semblable à beaucoup d'autres de ce temps-là, cette photo clôt le deuxième album. Et nous avançons donnant rendez-vous au lecteur pour un troisième album, l'invitant à suivre ce train bon enfant et cadencé. Rendez-vous manqué ! En fait de transition, la procession du sentier de la Voue marque la fin d'une époque, l'éclatement de notre groupe et le début de mes problèmes de santé. Il n'y aura pas de troisième album.  Et tout cela à cause d'un personnage qui ne figure pas sur la photo, en plus du photographe : Petit Poucet.
     

    PETIT POUCET

    Mes frères et moi nous avons bien des motifs d'en vouloir à nos parents. Lorsque je  fais l'inventaire des gens qui m'ont joué le plus de crasses sur cette terre, ils viennent toujours en tête et je ne sais qui, de ma mère ou de mon père, chacun à sa manière, a été le plus malfaisant. Des parents tels que les nôtres - un ivrogne, une tarée - avec leur système éducatif aberrant, ne pouvaient espérer une progéniture brillante. Et de fait, nous étions mes frères et moi, d'une nature ingrate : Henri, l'ainé, sournois et buté , Gaëtan mystique et violent, Gratien hystérique, Hugues voleur, Hercule obsédé, Richard parano et menteur et, moi, qu'on surnommait Petit Poucet, rancunier. La paresse et l'égoïsme comme dénominateurs communs. Au physique nous avions tous les yeux fuyants - ou trop fixes pour Gaëtan -, le teint blafard, la poitrine creuse. Sept avortons brimés par une hérédité malveillante.


    RICHARD

    Edith et Pierre n'ont jamais été tendres avec nous mais ils nous aimaient intensément et se révélaient justes, équitables. Lorsque Pierre décida d'organiser l'excursion à la Pointe de Ryon, il y a eu un grand conciliabule autour du Petit Poucet et Gaëtan m'a collé une beigne pour me tenir à l'écart. Mais je devinais bien qu'ils préparaient un sale coup.
     

    GAETAN


    J'ai jamais compris pourquoi ce demeuré de Richard était le préféré de Papa et Maman. C'était un faux-cul de première, un frimeur, toujours à la ramener, à nous dire ce qu'il fallait faire ou pas. En plus c'était qu'une loppe. Il tenait pas debout ce trouillard. Pour l'énerver je l'appelais le Schtroumpf à lunettes. Il ressemblait  au Schtroumpf à lunettes. C'est pas grave s'il avait pas de lunettes : il était comme le Schtroumpf à lunettes. C'était un fayot, un menteur et un con.

     
    RICHARD

    En y réfléchissant bien, il paraît évident que tout avait été manigancé depuis plusieurs jours. J'aurais dû mettre en garde Edith et Pierre. Dans le dortoir, on entendait beaucoup de chuchotements et des bruits de mouvements à l'heure où il aurait fallu dormir. Du côté du Petit Poucet. Comme une conspiration ourdie par celui-ci.

     
    PETIT POUCET

     Je n'ai jamais supporté mes frères, sauf peut-être Henri et  Gaêtan, par épisodes, et Hugues naturellement. Les autres, il suffit de les voir pour comprendre. Gratien, la tête à claques, regard goguenard au-dessus de ses lunettes rondes, bout de langue passée en travers d'un sourire baveux. Quand il riait on aurait dit une chèvre, le pire c'est que bien vite après, il poussait des cris et finissait par beugler sous les coups d'Henri ou de Gaêtan. Hercule, lui, passait ses journées à se tirer sur le bout et ne parlait que de ça. Il était fier de son grand nez, signe de sa virilité hypertrophiée. Il était maigre comme un clou, les oreilles écarlates, la bouche généralement béante et la main fourrée dans le pantalon quand il ne l'agitait pas devant lui en un geste éloquent. Mais les deux réunis m'indisposaient moins que ce benêt de Richard, ses joues pleines, ses taches de rousseur et ses cheveux gominés.
     

    RICHARD

    L'ascendant du Petit Poucet sur le reste du groupe était effarant, inexplicable. A jurer qu'il détenait un pouvoir surnaturel. Il les avait fait entrer dans son monde et  leur avait dicté sa vérité. Et tous, même cette tête de lard d'Henri, adhéraient à ses idées, le suivaient aveuglément, devenus en sa présence comme de dociles soldats autour d'un général visionnaire. Comment était-il parvenu à ce tour de force de les fédérer derrière sa personne ? Comment avait-il réussi à leur faire croire que nous étions tous frères, alors que plusieurs d'entre nous avaient le même âge et que nous ne nous ressemblions pas ?
     

    HENRI

    Les corvées c'était toujours pour ma pomme. Parce que j'étais le plus costaud et que j'aimais pas la lecture et la dictée, Papa m'envoyait ramasser les cailloux et défricher le jardin au lieu d'aller en classe. Si le jardin était beau, c'était grâce à moi. Mais ça, Papa l'oubliait. Des fois, Hercule me rejoignait parce que Maman en avait eu assez de le voir se triturer la queue pendant la leçon de morale ou le Catéchisme. Mais Hercule, il m'aidait pas beaucoup. Quand y avait des visiteurs, Papa les emmenait faire un tour dans le jardin et montrait fièrement les allées bien tracées et ses beaux légumes et puis il demandait à Richard de donner le nom de toutes les plantes. Et l'autre qui n'avait rien foutu, récitait sa leçon en se pavanant. A la fin, Papa disait à Maman que ça méritait une récompense et Maman lui donnait un paquet de bonbons en disant de bien les cacher pour pas qu'on lui vole. Elle le disait très fort de sa voix aigüe, pour bien qu'on l'entende. Fallait voir comment Hugues serrait les poings dans ces moments-là.
     

    RICHARD   

    Pourquoi Pierre était-il resté insensible aux mauvais présages ? Ils s'étaient pourtant amoncelés.  Dans les jours précédant l'excursion, le temps était devenu très lourd. L'orage qui menaçait ne se déclarait pas et les autres se montraient nerveux. Hercule multipliait les obscénités malgré le bromure, Gratien  hurlait à tue-tête, Gaêtan avait martyrisé le chien de chasse de la ferme voisine. La veille du départ, Edith avait été prise de vomissements et s'était alitée. Le docteur lui avait intimé l'ordre de se reposer au moins une semaine. Comme un fait exprès, Geneviève et Denis, des amis d'Edith et Pierre qui nous accompagnaient d'habitude, s'étaient désistés au dernier moment. Malgré ces défections, Pierre avait maintenu l'excursion. Edith  jugeait que ce n'était pas raisonnable. Il avait répliqué que les enfants étaient agités, qu'il ne pouvait pas doubler les doses d'Aldol et que l'exercice physique ferait à tous le plus grand bien. Son ton était péremptoire. Pierre manquait d'intuition.
     

    PETIT POUCET

    Je n'aurais pas aimé être à la place de Richard. Il vivait dans un monde de complots permanents, de menaces imminentes. Sa prétendue sympathie n'était qu'un leurre. Il essayait de se concilier tout le monde car il redoutait tout le monde. Au-dessus du sourire, ses yeux furetaient partout, inquiets, prêts à donner le signal de la fuite. Nos parents qui le jugeaient fragiles avaient beaucoup d'attentions pour lui et stupidement le tenaient au maximum à l'écart de nous, l'isolaient.  Avant l'excursion, j'avais bien senti sa peur, palpable. J'avais bien vu comment il était à l'affût du moindre signe négatif. Et le voir observer mes frères avec une telle méfiance -surtout Hugues- m'indignait. Nous étions tous logés à la même enseigne, la suspicion ne devait pas exister entre nous. La maladie n'excuse pas tout.

     
    RICHARD

    Et nous voilà arrivés à la photo, cette photo que je vous décrivais, l'ultime photo de l'album numéro deux. L'avez-vous bien en tête ? Bien. Alors imaginez, imaginez le craquement des branches sous les pas, le froissement des  foulées, le marmonnement des bavardages. Imaginez la Voue, quelques centaines de mètres en dessous,  qui gronde entre les rochers. Imaginez la chaleur qui augmente et les mouches à vaches qui bourdonnent. Pierre range son appareil photo et reprend la tête du groupe. En arrière, Petit Poucet casse des branches pour marquer son passage. On ne l'appelle pas Petit Poucet pour rien. Dans quelques instants nous arriverons au promontoire du Rostre, qui surplombe la Voue et offre un joli panorama. Pierre a prévu d'y faire une halte. Après, la forêt changera de nature, le sous-bois sera avalé par la masse imposante des sapins et nous commencerons sept cents mètres d'une rude ascension.   

    HERCULE

    Petit Poucet, c'est lui le plus petit mais sa biroute, elle est plus grosse qu'on dirait quand on le voit. Elle est plus grosse en tout cas que celle de Gratien qui a un zoziau tout petit comme ça. Il peut même pas le prendre dans ses doigts tellement qu'il est minuscule sous son gros ventre plein de plis. Tandis que Petit Poucet, ça va. Il est moyen. Un à qui on voit jama
    Pippolin le 18 septembre 2019

    Un monde si petit (suite...)

    ...Un à qui on voit jamais sa biroute, c'est Richard. Il la montre jamais. Sous les douches, il se la cache avec un gant de toilettes ou se retourne et on voit que son cul tout rond. Il doit avoir une petite biroute. Moins grande que la mienne en tout cas parce que c'est moi qui ai la plus grande biroute, et de loin. Vous voulez que je vous montre ?  
     
    RICHARD

    Au promontoire du Rostre, Pierre a dit à Henri et à Gaêtan  de poser les sacs près d'un tas de pierres qui avaient servi pour un feu de camp et à commencer à les vider en vue du pique-nique pendant qu'il allait admirer le paysage avec Gratien, Hercule et moi. J'étais heureux de l'accompagner mais j'aurais aimé rester avec les autres, de façon à les surveiller. Quelques lambeaux de nuages gris s'étaient infiltrés dans la vallée. Pierre ne semblait pas s'en soucier.  De temps en temps, je risquais un coup d'œil du côté des autres. Henri et Gaëtan s'activaient aidés d'Hugues et de Petit Poucet. Ils formaient un quatuor très complémentaire qui avançait vite en besogne. Puis ce fut leur tour de profiter du panorama. Pierre prit son couteau pour couper de grosses tartines et, muni de papier, je m'éclipsai satisfaire un besoin naturel. Aujourd'hui encore, je ne sais si cette envie me sauva ou fut la cause de tous les problèmes qui suivirent.

    PETIT POUCET

    Au Rostre, Richard était dans un tel état d'affolement que Papa décida de le garder près de lui, au même titre que Gratien et Hercule, toujours turbulents. Il escomptait sans doute que la vue de la Voue et des monts qui la bordent l'apaiserait. Cela ne fonctionna pas. Richard regardait dans tous les sens, le ciel, Papa, le vide et, bien sûr, mes frères et moi. Il était en plein délire paranoïaque. La seule véritable menace qui planait sur l'excursion, c'était toute la bibine que Papa avait ingurgitée le long du chemin. A peine midi et il était déjà éméché. Et Papa avait le vin mauvais...   

    RICHARD

    En revenant vers le promontoire, j'ai vu que Pierre était penché sur Hugues. J'ai pensé que ce dernier avait encore eu une syncope. Gaêtan et Gratien se tenaient de chaque côté de Pierre, Hercule et Petit Poucet lui faisaient face. Manquait Henri. Il apparut bien vite et, à son allure décidée, je compris qu'Hugues simulait et que le piège se refermait. Je remarquai que tous, hormis Henri et Hugues, avaient gardé leur bâton,  qu'ils s'étaient disposés de façon à entourer Pierre. Je remarquai aussi la grosse pierre pointue qu'Henri tenait à la main.   Ma stupéfaction fut telle que j'en demeurais muet. La barbarie d'Henri et de Gaëtan  m'a toujours dépassé. Je ne pus alerter Pierre d'un cri. Un certain fatalisme participait peut-être à ce mutisme inopportun. Je restais là, immobile, à contempler l'enchaînement des évènements. Henri fonça droit sur Pierre et frappa l'arrière de son crâne. La violence du choc étourdit Pierre. Il redressa la tête, déjà groggy, et les bâtons de Gaëtan et de Gratien s'abattirent sur lui avec un bel ensemble, vite remplacés par ceux d'Hercule et de Petit Poucet, puis ce fut à nouveau Henri et sa pierre. Pendant ce temps, les bras malingres d'Hugues s'accrochaient au col de Pierre de façon à l'empêcher de se relever. Mais était-ce la peine ? Sous la pluie de coups, Pierre s'était écroulé. Il gisait inerte qu'Henri, Gaëtan et Gratien continuaient à frapper. Puis Petit Poucet hurla à plusieurs reprises de cesser. Hugues se dégagea et tous, parfaitement synchronisés, se répartirent autour du corps de Pierre, se saisirent de ses bras et de ses jambes et le conduisirent vers le précipice.      

    HUGUES

    Un jour Papa s'est approché de moi et, tout à trac, m'a dit :

    "Dans les laboratoires, vois-tu, on étudie le comportement des rats. On en met une trentaine dans des grandes caisses avec tout un jeu de labyrinthes et des sortes de niches dans chaque coins et on observe comment ils se débrouillent. Rapidement, les quatre mâles les plus forts chassent les autres, s'approprient les femelles du groupe et vont chacun de leur côté établir leur camp dans les niches. Ces rats dominants, on les appelle les rats de première zone. Ils constituent l'élite. Parmi vous, je n'en vois pas un qu'on pourrait définir comme un rat de première zone. Henri et Gaëtan ont la force physique mais il leur manque la tête, la constance et chez les rats dominants la tête compte autant que la force. Les autres mâles se soumettent. Ils se révèlent passifs, inoffensifs sexuellement et se contentent des restes. Ces rats peureux sont les rats de deuxième zone. On pourrait bien classer Gratien dans cette catégorie et même Hercule malgré sa zigounette en feu. Si l'on prolonge l'expérience en augmentant le nombre de rats, la surpopulation aboutit à la naissance de la troisième zone, des rats dégénérés, maigres et détraqués qui se comportent comme des délinquants, se groupent en bandes, agressent les dominants, violent les femelles jusque dans leurs nids ou les mâles de la deuxième zone, tuent et dévorent les petits. Et bien voilà ce que vous êtes tous les sept : des rats de troisième zone."

    RICHARD

    A peine le corps avait-il basculé dans le vide, que Petit Poucet se retourna à ma recherche. Je n'avais qu'un seul salut : la fuite. Je pris aussitôt mes jambes à mon cou et, heureusement pour moi, je cours vite. En outre j'avais une bonne avance : le temps qu'ils se retournent, qu'ils partent tous, qu'ils traversent le terre-plein du promontoire. Rien à craindre de Gratien et de son gros cul. Rien à craindre d'Hercule, peu endurant ou de Petit Poucet et de ses petites jambes. Mais il y avait Henri et Gaëtan. Et Hugues, rapide comme une flèche.  Il me fallait rentrer de toute urgence, prévenir Edith de l'horreur qui s'était déroulée, du danger qui nous menaçait. Je fonçais d'une traite jusqu'à la maison, sans jamais tourner la tête, indifférent aux points de côté.... Oui, heureusement, je cours vite. Je n'ose penser à ce qui serait arrivé si l'un d'eux m'avait rattrapé.

    PETIT POUCET

    Que s'est-il passé dans la tête de ce timbré de Richard pour qu'il se dégage du bras de Papa et détale comme s'il avait le diable à ses trousses ? L'autre, qui se tenait au bord du promontoire, en fut déséquilibré et tomba dans la vallée après avoir battu des bras en un geste désespéré pour se rattraper ou peut-être pour voler. J'ai revu bien des fois cette scène, effectué des tas de retours-arrêts sur images-ralentis : le bras de Papa qui part en arrière quand Richard démarre en trombe, Papa qui se retourne, dérape, se cambre regarde mi- hébété, mi- horrifié dans notre direction en battant des bras puis plus rien, juste les Sapins du Mont Tranche dans notre horizon et les silhouettes figées de Gratien et d'Hercule penchés vers le vide.

    RICHARD

    La Voue devait encore être en train de concasser le corps de Pierre quand quatre gendarmes d'Orchamps sont arrivés à la pension. Edith, folle de douleur, les avait appelés sitôt mon récit achevé. J'étais allé me cacher sous son lit, terrorisé à l'idée du retour des autres. Je m'attendais à entendre à tout moment la porte claquer, leurs cris furieux, leurs courses dans toute la maison. Quand les grosses voix des gendarmes retentirent, je fus soulagé, mais à peine, et c'est tremblant que je sortis de ma cachette à la demande d'Edith pour raconter une fois encore la scène dont j'avais été le témoin. Les gendarmes m'écoutèrent attentivement. Ils me posèrent de rares questions, précises, sur des détails insignifiants et ordonnèrent à Edith de se calmer. Puis je vis celui qui semblait être le chef regarder ses collègues avec gravité et s'entretenir avec eux à voix basse. Je compris les mots "affaire sérieuse". Petit Poucet et les autres n'arrivaient toujours pas.     

    GRATIEN

    Le dernier jour qu'il a plu à la maison,  Petit Poucet m'a prévenu que Papa avait reçu des nouveaux appareils et qu'il voulait les essayer sur nous. Petit Poucet m'a expliqué que c'étaient des appareils électriques qui brûlaient. Petit Poucet m'a dit de pas m'inquiéter car jamais, jamais il laisserait Papa les essayer sur nous.  Il m'a dit de lui faire confiance. Peut-être que Petit Poucet voulait les casser ou les cacher. De toutes façons Papa a pas pu les essayer sur nous.

    RICHARD

    Quand nous avons enfin tous été réunis, on nous a conduits à la gendarmerie. Nous avons tous été interrogés plusieurs fois par différentes personnes. J'ai entendu qu'on parlait de choc psychologique à mon sujet.  Puis nous avons été séparés et là, cela devient confus. Je me souviens d'interminables années d'instituts austères, de couloirs sentant le chou et le vieux médicament, de compassion feinte, des années de salles et de blouses blanches et de visages anonymes. Je me souviens de journées calquées les unes sur les autres, de foyers propices à l'ennui, d'horizons clos derrière des baies immenses et froides. Je me souviens de mes terreurs nocturnes, des piqûres et des gélules. Edith est venue me voir les premières années. Elle m'a dit que nous avions été placés à droite, à gauche et qu'elle n'avait pas eu le courage de reprendre d'autres enfants. Elle m'a paru vulgaire, vieille et triste. A sa dernière visite, elle m'a donné les deux albums de photos. Le temps a passé, les permissions se sont allongées, rapprochées et un jour
    Pippolin le 18 septembre 2019

    Un monde si petit (suite et fin)


    ..on a décidé que j'étais rétabli et j'ai pu sortir dans le monde. J'étais adulte.


    PETIT POUCET

    Les années qui ont suivi n'ont pas été plus dures que celles vécues chez mes parents. Certes, il a fallu jouer des coudes et savoir se taire au bon moment. Mais au moins, c'était cohérent. L'injustice et les foucades ne servaient pas de lignes directrices. A ma sortie, je suis parti à la recherche de mes frères. J'ai rapidement retrouvé Henri et Hugues qui semblaient m'attendre puis Gaëtan, quelques mois plus tard. Quand Gratien et Hercule nous aurons rejoints, quand nous serons enfin réunis tous les six, nous partirons ensemble, rendre une visite à Richard, notre cher et infortuné frère. Je ne me fais pas de souci. Nous nous retrouverons tous.


    RICHARD

    Voilà. Je vis seul à présent. Indépendant et responsable. J'occupe un emploi au sein du service comptabilité d'une imprimerie. J'y suis apprécié et espère une promotion. Depuis peu je fréquente l'hôtesse d'accueil de l'entreprise. Une fille plutôt jolie, drôle et douce à la fois et qui semble savoir ce qu'elle veut dans la vie. Nous avons évoqué la possibilité de nous installer ensemble. Le Promontoire du Rostre, la Pointe de Ryon, La Voue, Edith et Pierre sont bien loin maintenant, enfouis dans la gibecière de ma mémoire. Pourtant, certains soirs, lorsque je ferme les volets, je scrute l'obscurité, redoutant de voir apparaître au fond du jardin six silhouettes dans la nuit,  six silhouettes unies, avides de vengeance, dont une, plus petite, darde dans ma direction un regard lourd de menaces. Le monde est si petit.
    CaraT le 19 septembre 2019
    Bonjour à tous. Voici mon humble contribution.

    Vacances au soleil

    La jeune Ingeborg s'ébroua avec ravissement, et sortit de l'eau turquoise telle Shakira dans son clip « Whenever, wherever » : avec une sensualité et une grâce étourdissantes. Elle secoua ses cheveux bruns ondulés qui lui arrivaient tout juste aux épaules. Au regard assuré qu'elle jeta autour d'elle, on devinait aisément que la jeune femme se savait sauvagement attirante ; elle jouait d'ailleurs de ce pouvoir de séduction avec insolence. De fait, ses quinze ans ne l'empêchèrent pas d'adopter une démarche digne d'une tigresse en chasse, alors qu'elle regagnait son moëlleux drap de bain griffé d'une grande marque parisienne, dernier cadeau en date de son père adoré.
    Elle s'allongea sur le dos, non sans avoir jeté une oeillade insistante au bellâtre qui se prélassait sur le transat d'à côté, et qui semblait l'archétype du dragueur à la petite semaine. Bronzé, musclé et le sourire ultra brite, ce jeune homme-là ne tarderait pas à jeter son dévolu sur la sublime sirène installée sous un cocotier, à quelques pas de lui.
    Pour le moment, la bombasse offrait son visage lisse au soleil des Barbades, et ne tarda pas s'assoupir.

    La fillette était installée dans une rue de Copenhague, il faisait un froid de gueux : c'était la veille de Noël et les passants pressés ne lui prêtaient aucune attention ; ils serraient leurs sacs que la petite devinait chargés de cadeaux mais personne ne lui accordait le moindre regard. Le cœur de la petite se serrait de la peine et de la peur que lui inspirait la situation : si elle ne vendait pas sa marchandise avant ce soir, son père allait encore la battre. Férocement. Et maintenant que sa douce grand-mère était montée au ciel, elle n'avait plus personne pour la défendre. Elle avait beau hausser la voix, essayer de trouver les meilleurs arguments possibles pour se défaire de ce qu'elle avait pour mission de vendre, mais rien à faire : nul ne faisait attention à cette souillon qui traînait dans la rue un soir de Noël. Quelle sorte de parents était capable de cela ?
    La pauvrette avait de plus en plus froid ; elle pensait à sa grand-mère disparue trop tôt et des larmes lui piquaient les yeux. Elle leva la tête vers les étoiles qui lui semblèrent plus brillantes que jamais et cela la rasséréna un peu ; elle se voyait autour d'un bon feu avec sa douce parente qui lui caressait affectueusement les cheveux en lui racontant des histoires merveilleuses. Cette pensée lui amena un peu de chaleur au fond du cœur mais malheureusement, ses doigts étaient de plus en plus gourds et bientôt, tout son corps ne serait plus que... Que les étoiles sont donc belles ce soir... si accueillantes... grand-mère ! Je...

    Ingeborg se réveilla en sursaut, le cœur battant à vive allure. Quel rêve débile ! En y repensant, elle se dit qu'elle avait une chance inouïe de vivre sa vie actuelle : un père absent mais qui la couvrait de cadeaux, des vacances régulières dans des endroits paradisiaques. Pour le coup, même sa grand-mère, cette vieille pouf' aigrie qui jalousait sa jeunesse et sa beauté, lui sembla aimable.
    S'il y avait bien quelque chose qu'Ingeborg voulait flamber, c'était le fric que lui allouait son cavaleur de père, pas des allumettes à la con. Oui, décidément, vive la vie et ses jouissances brûlantes !
    TaggMind il y a 4 semaines
    Bonjour à tous ! Je me lance aussi pour la première fois ! Je suis désolée par avance de la longueur du texte et je remercie ceux qui prendrons le temps de lire :) Bonne journée !

    La Belle ingénue et la Bête malicieuse (La Belle et la Bête)

         Il était une fois dans une contrée depuis longtemps oubliée, un noble marchand qui avait trois filles. Sa femme était morte en couche, de sorte qui les éleva seuls dans un village reculé, loin du monde. Elles grandirent dans une demeure aisée effleurant la lisière des bois, passant des journées entières à en parcourir les sombres sentiers. Elles y jouaient avec une crainte mêlée d’excitation d’y croiser un jour une créature monstrueuse ou bien féérique. En grandissant les deux aînées perdirent goût à ces jeux et on ne les entendaient plus que parler de mariage et de partir vivre à la grande ville. La cadette, loin de ces préoccupations, avait à coeur d’aider son père a tenir la maison et dès que le temps le lui permettait on la voyait s’enfuir à travers les bois avec un livre sous le bras. Tous les villageois adoraient Belle qui n’hésitait pas à les aider dès que l’un d’eux se trouvait dans le besoin. Elle était aussi bien capable de raccommoder une pièce de tissus pour la vieille Marte qui n’y voyait plus très bien que d’aider au vêlage des vaches à la ferme des Dubois. Les nombreuses mères du village qui avaient un fils à marier ne manquaient pas une occasion de proposer leur garçon comme prétendant à la charmante demoiselle. Toujours en riant, elle déclinait ces propositions en avançant les arguments qu’elle voulait prendre soin de son père et qu’elle était encore bien trop jeune pour se marier.
         Chaque samedi, elle se rendait à la bibliothèque du village dans l’espoir d’y trouver de nouveau roman à dévorer. C’était toujours le jeune Gaston qui l’accueillait car il aidait son père vieillissant à s’occuper de la librairie. Il vouait à la belle depuis son plus jeune âge un amour passionné qui n’était malheureusement pas réciproque. Elle ne manquait jamais de se moquer gentiment de ses inventions farfelues, qu’il bricolait dans la grange de son père, et qui, disait elle, finiraient par détruire tout le village.


         Un beau jour de printemps, le marchand se préparait à un voyage de trois jours qui devait l’amener à la ville la plus proche afin d’y vendre des marchandises et il promit à ses filles de leur ramener de somptueux cadeaux. Ses deux ainées exigèrent de recevoir de nouvelles robes pour les bals d’été qui allaient bientôt débuter et Belle, moins superficielle que ses soeurs, souhaita que son père lui ramena une rose bleue, sa fleur préférée, une variété qui ne poussait pas dans la vallée où il vivait. Le marchand embrassa ses filles avant de prendre la route en leur recommandant de bien faire attention aux étrangers et de veiller les unes sur les autres.
    Il prit la route avec son vieux cheval de trait, Philibert, et un charriot remplit de tissus. Il tenait, caché sous son manteau, un pistolet à deux coups car des rumeurs circulaient dans la région sur des bandits qui avaient dévalisés plusieurs chariots récemment.
    Après des jours passés sur les routes sans incidents et à quelques kilomètres seulement de la ville, alors qu’il s’était arrêté au bord d’un ruisseau pour faire boire son cheval, cinq hommes armés l’encerclèrent. Avant d’avoir eu le temps de sortir son pistolet un grand gaillard se jeta sur lui. Il lui prit son pistolet et le maîtrisa facilement pout lui lier les mains dans le dos.
    - Alors vieillard on ne t’as jamais dit qu’il était imprudent de se promener seul dans la forêt ? 
    L’homme qui venait de parler, sans aucun doute le chef de la bande, s’approcha de lui pour lui faire les poches et le soulagea de sa bourse.
    C’est impuissant que le marchand vit les voleurs décrocher le charriot du dos de Philibert, qui ,une touffe d’herbes dans la gueule, n’avait pas bronché.
    - Chef, il est trop vieux ce cheval on en fera rien.
    - Tant pis, laisse le au vieux qu’il puisse rentrer dans son village de bouseux et les prévenir que sur ces routes c’est nous qui faisons la loi.
    En riant, ils remontèrent à cheval, non sans avoir préalablement délié les mains du pauvre marchand. Leur chef le salua d’un signe de tête avant de faire volter son cheval et de disparaitre dans la forêt.
         Le marchand, transi d’effroi, resta prostré pendant plusieurs heures, se demandant ce qu’il allait bien pouvoir faire. L’argent qu’il devait retirer de la vente de cette marchandise devait les nourrir tout l’année à venir. Il n’avait maintenant plus aucun moyen de subvenir aux besoins de sa famille. C’est la pluie qui, quelques heures plus tard, le sortit de sa torpeur. Un violent orage s’annonçait et il lui fallait absolument trouver un abris pour lui et son cheval. Il prit le chemin du retour alors que de violents éclairs tombaient sur la forêt. Soudain, la foudre s’abattit sur un arbre proche le faisait violemment basculer. Il ne put retenir son cheval terrorisé qui s’enfonça au galop dans la forêt. Il s’accrocha de toutes ses forces à la crinière de Philibert afin de ne pas se faire désarçonner. Quand enfin son vieux cheval ralentit, la nuit était tombée sur la forêt. En regardant autour de lui, il découvrit qu’il se trouvait près d’un sombre manoir. Caché dans l’obscurité de la forêt, il n’avait pas vu immédiatement les grandes grilles de fer forgé qui s’ouvraient sur une vaste allée menant à la demeure. Il avisa une grange près des jardins et, grelottant de froid, décida de s’y réfugier pour la nuit. La nuit étant bien avancée, il décida de prévenir les propriétaires du domaine le lendemain. Il eût l’agréable surprise de trouver la grange ouverte et y fit entrer rapidement son cheval. Il se permit de lui donner un peu de foin et se servit de quelques ballots afin de s’en faire un lit. Epuisé par la folle chevauchée à travers la forêt, il s’endormit presque instantanément.

         Il fût réveillé aux aurores par les rayons du soleil. Les domestiques ne manqueraient pas de s’affairer dans la demeure à cette heure, il décida d’aller les informer de sa présence et de demander quelques provisions pour le chemin du retour. Il s’étonna de ne pas voir âme qui vive lorsqu’il s’approcha  de la sinistre bâtisse. Il frappa à la porte et comme personne ne se présentait, il tenta d’ouvrir le battant. Le lourd battant coulissa dans un chuintement à peine audible et il se retrouva dans un somptueux hall d’entrée, décoré avec soin ce qui dénotait avec l’aspect extérieur du domaine.
    - Il y a quelqu’un ? Je suis un voyageur, je me suis perdu dans la forêt et je souhaiterais vous demander mon chemin. 
    Comme personne ne se manifestait, il se dirigea vers le salon qui se trouvait à sa gauche. De profonds fauteuils étaient dispersés dans toute la pièce et de grands portraits tapissaient les murs. Des rideaux épais offraient une ambiance feutrée. Il vit sur un secrétaire proche de lui un petit coffre, curieux il en souleva le couvercle et fut stupéfait devant la quantité de bijoux et pierres précieuses qu’il contenait. Une idée odieuse s’immisça dans son esprit. La demeure semblait vide ou du moins personne ne semblait l’avoir entendu entrer. Il allait avoir besoin d’argent s’il voulait que sa famille puisse manger cet hiver et il savait qu’en se présentant les mains vides il perdrait un peu de l’estime de ses filles. Elles étaient tout pour lui et il les chérissait comme la prunelle de ses yeux. Très vite avant que le courage ne lui  manque, il prit la petite boite et la cacha sous son manteau. Il décida de sortir par la grande fenêtre au cas ou un domestique ce serait enfin présenté à la grande porte. Il se glissa à l’extérieur et se retrouva dans de magnifiques jardins. Des dizaines de buissons et d’arbuste d’espèces qu’il n’avait encore jamais vu grandissaient avec harmonie. Alors qu’il le traversait, enivré par tous ces parfums entêtants, il se retrouva devant un buisson de roses bleues, la fleur de Belle. Il ne put résister à s’arrêter un instant pour cueillir une de ces fleurs. Fasciné par le bleu lumineux de la plante, il n’entendit pas la créature se glisser derrière lui et, quand il se retourna, il tomba nez à nez avec bête immense qui le dépassait d’au moins deux têtes. Elle se tenait curieusement uniquement sur ses deux pattes arrières, qu’elle avait énormes et griffus. Son poitrail puissant se soulevait au rythme de sa respiration qu’elle avait haché comme si elle venait de courir à toute vitesse. Deux prunelles étincelantes de rage étaient profondément enfoncées au dessus d’une gueule garnie de crocs luisants aussi long que l’avant bras du pauvre marchant.
    TaggMind il y a 4 semaines
    - Comment oses tu pénétrer dans ma demeure sans invitation et me voler ainsi petit homme ?
    Les mots dans la bouche de la bête était étrangement clairs et c’est tremblant que le marchand se jeta à genou aux pieds du monstre.
    - Je vous en supplie monseigneur ! Epargnez moi ! Je ne suis qu'un pauvre marchand que l'on vient de voler. Je suis maintenant ruiné et j’avais promis à mes filles de merveilleux cadeaux.. C’est ce désespoir qui m’a poussé à commettre ce crime odieux. Je vous rends tout, mais par pitié, laissez moi la vie sauve.
    Terrorisé, il tendit le petit coffret qu’il cachait sous son manteau. La bête regarda à peine la boîte et se pencha plus près encore.
    - Et la rose ? Les bijoux ne te suffisait pas ? Il fallait aussi que tu défigures mon beau jardin ! 
    - Elle… Elle est pour ma cadette, Belle. Seule cette fleur peut rendre justice à sa beauté. Elle est si gentille et si douce que je mourrais de la décevoir. 
    La bête, qui était si près que le marchand pouvait sentir son haleine fétide, prit la rose entre ses griffes. Le petit homme la tête basse et n'osant pas la regarder dans les yeux, ne vit pas la lueur malsaine qui brilla à cette instant dans ses yeux écarlates. Il se mordit la pulpe du pouce et étala délicatement un peu de son sang sur un pétale. La fleur absorba le liquide écarlate et redevint d’un bleu plus éclatant encore. Avec stupeur, le marchand vit la bête lui rendre la rose.
    - Va maintenant. Je te laisse emporter ces bijoux et cette rose pour les offrir à tes filles que tu aimes tant. J’espère que tu vois à quel point je fais preuve de bonté en t’épargnant. Si tu tiens à la vie ne parle à personne de cette rencontre et ne reparait plus jamais devant moi, quelque soit les circonstances. » 
    Fou de joie de se voir ainsi épargné, le marchand s'en fut à toutes jambes sans demander son reste.


         Après deux jours de voyages où il dormit à peine, il rentra enfin chez lui et retrouva ses filles. Il ne souhaita pas leur parler ni du vol, ni de sa rencontre avec le monstre. ll leur offrit les beaux présents qui avait bien faillit lui coûter la vie et il fût ravi de voir la joie se dessiner sur leurs traits. Ses aînés, qui lui avait demandé de nouvelles robes, oublièrent bien vite leur récrimination quand elles virent le coffret rempli de bijoux étincelants. Belle fut tellement heureuse de recevoir la magnifique rose bleue qu’elle prit la fleur à pleine main et se piqua profondément avec les épines acérées de la fleur. La plaie fut vite panser et elle se mit au travail pour organiser un repas de fête pour le retour de son père. Elle invita tout leurs amis, ce qui équivalait à la quasi totalité du village, et le festin se prolongea jusque tard dans la nuit. Sans savoir pourquoi, la jeune femme si heureuse de voir toutes les personnes qu’elle aimait réunis, ne pouvait se défaire d’un vague sentiment de malaise, si bien qu’elle fut ravie lorsque vint le moment de se coucher. Elle glissa rapidement dans l’inconscience et dormi d’un sommeil profond, sans rêves.
         Le soleil se levait à peine lorsqu’elle fût réveillé en sursaut par un tambourinement à la porte. Elle enfila rapidement sa robe de chambre et alla ouvrir le battant. Sur le perron se tenait Gaston, débraillé et l’air affolé.
    - Vite il faut que vous m’accompagniez tous sur la place du village ! Le maire souhaite faire un recensement de tout le monde ! Il y a eu un massacre cette nuit !
    - Un massacre ? De qui s’agit il ?
    Son père et ses soeurs parurent dans l’entrée les traits encore bouffis de sommeil.
    - Le fils et la belle fille de cette pauvre Yvette. C’est en se rendant ce matin chez eux pour leur apporter le lait qu’elle les a trouvés. Elle est venu frapper chez nous car nous étions voisins, elle avait les yeux révulsés. Elle nous a assuré que seul une bête sauvage pouvait être a l’origine de ce carnage. Je suis tout de suite venu trouver le maire qui m’a chargé de réunir tout le monde.
    Belle qui connaissait très bien le couple était sous le choc. Elle avait partagé ses jeux d’enfants avec Agnès, la belle fille d’Yvette, qui avait à peu près son âge. Elle vit son père devenir blême et de grosses gouttes de sueur perlèrent à son front.
    - C’est affreux !  Une bête sauvage dis tu ? Mais … mais c’est impossible !
    Il se précipita à l’extérieur tremblant. Ses filles se vêtirent en hâte et le rejoignirent sur la grande place. Tous les villageois y étaient rassemblé, hagard, dans l’attente du discours du maire. Celui ci parût quelques minutes plus tard la mine sombre.
    - Je pense que vous êtes maintenant tous au courant de la tragédie survenue cette nuit. Etant dans l’incapacité de faire venir la police de la ville dans un délai convenable, Mr Jacquard, notre cher médecin, et moi même nous chargerons de l’examen des corps. A première vu, comme vous avez pu l’entendre, il s’agirait de l’attaque d’une bête sauvage qui rode dans les bois. Nous savons que la saison a été particulièrement difficile et la faim l’aura poussée jusqu’a nos portes. Je souhaiterais donc m’entretenir avec tous les hommes possédant une arme afin que nous puissions organiser une battue ainsi qu’une surveillance nocturne tant que la bête n’aura pas été attrapée. A la tombée de la nuit, je ne souhaite plus voir personne à l’extérieur. Fermez vos maisons et veillez bien sur vos enfants. Je vous garantis que nous réglerons rapidement cette situation. 
    L’inquiétude se lisait sur tous les visages, les femmes firent rapidement rentrer leurs enfants tandis que chaque homme partait chercher son fusil afin de rejoindre le maire qui s’entretenait déjà avec les chasseurs. Le père de Belle ne pouvait s’empêcher de penser à la bête terrible qu’il avait croisé à peine quelques jours plus tôt. Mais il ne pouvait confier à personne cette terrible rencontre car il était terrifié par la mise en garde de la bête et par les conséquences que sa désobéissance entrainerait. Désireux de ne rien laisser paraître, il emprunta un fusil à son voisin et tenta tant bien que mal de cacher ses tremblements.
    - Ma chère Belle, je souhaiterais que tu veilles sur tes soeurs pendant mon absence. Elles sont affolées et je sais que toi seule possède le courage nécessaire pour affronter cette situation.
    - Père, j’aimerais pouvoir vous accompagner. Je ne servirais à rien ici, je connaissais bien Agnès et je voudrais tellement me rendre utile ! 
    Le pauvre marchand était très ému de voir sa cadette au bord des larmes, mais il était terrifié à l’idée que ses filles puissent subir le même sort que ces deux pauvres gens.
    - Non Belle je refuse. Reste bien enfermée à la maison avec tes soeurs et ne te rends en aucun cas dans la forêt !
    Il sortit à contrecoeur, laissant sa fille sangloter doucement.
    TaggMind il y a 4 semaines
    Belle regardait la lueur des torches éclairer, dans le jour déclinant, les sentiers sombres de la forêt. Les hommes semblaient dépités. Ils rentraient bredouille de leur chasse et se préparaient à une nuit de veille dans le village pour assurer la protection des foyers. Gaston faisait partie de la colonne et il ne manqua pas de lui adresser un signe lorsqu’il passa près de sa maison auquel elle ne répondit pas. Lorsque la jeune fille repéra son père dans la masse des chasseurs elle se précipita dehors. Il semblait vieillit de dix ans et de profonds plis soucieux ridaient son front.
    - Père, vous voila enfin ! Rentrez vite vous reposez, je vais faire chauffer un peu de soupe.
    Il la suivit à l’intérieur comme absent et s’installa devant le poêle. Elle lui apporta un bol fumant et s’installa près de lui. Ses soeurs n’étaient pas sortie de leur chambre de la journée, trop apeurée pour même se risquer dans le reste de la maison.
    - Père avez vous trouvez quelque chose dans la forêt qui puisse indiquer où se trouve l’animal ?
    - Non je ne pense pas que l’on trouvera quoique ce soit dans la forêt. Elle est beaucoup trop intelligente mais je sais qu’elle reviendra car c’est moi qu’elle est venue chercher c’est certain.
    - Pourquoi dites vous une telle chose ?
    Il la regarda comme s’il venait tout juste de se rendre compte qu’elle se trouvait là. Il reposa son bol de soupe sans y avoir touché et se leva. Il tenta de lui sourire.
    - Non rien, ne t’en fais pas. La fatigue me fait divaguer. Tu devrais aller te coucher Belle. Je vais rejoindre les hommes pour les rondes de la nuit. Ferme bien la porte derrière moi. 


         Gaston tenait son fusil de manière mal assurée. Il n’avait jamais vraiment tenu une arme jusqu’à aujourd’hui et se sentait un peu ridicule avec cet instrument de mort dans les mains. Mais il ne voulait pas paraître lâche à rester en arrière comme son père le lui avait suggéré alors il faisait de son mieux. Il savait que Belle aurait participé aux recherches si sont père le lui avait autorisé, il devait se montrer à la hauteur de la femme qu’il courtisait depuis de si nombreuses années. On lui avait confier avec Egmond, le fils du boulanger, la surveillance des champs près des fermes de blés. D’après les chasseurs, la bête se rendrait plutôt vers les enclos à bétails et avait peu de chance de s’approcher de cette zone. Son compagnon ne s’était jamais distingué par sa conversation et les minutes s’engrenaient avec lenteur. Tandis que la nuit s’approfondissait, Gaston était de plus en plus nerveux. Le moindre frémissement des feuilles le faisait sursauter, il avait l’impression que dans cette obscurité son ouïe était décuplée. Malgré la noirceur presque totale de la nuit, une couverture nuageuse empêchant la lumière des étoiles de les atteindre, il avait refusé qu’Egmond allume une torche un peu plus tôt afin que ses yeux puisse s’accoutumer à l’obscurité. Ce fût assurément ce qui lui sauva la vie. Alors qu’il scrutait avec attention un buisson qu’il était persuadé d’avoir vu bouger, il vit soudain ce même buisson grandir pour atteindre la taille d’un cheval de trait. Pétrifié de peur, la gorge sèche il se tourna vers Egmond qui n’avait rien remarqué.
    - Egmond … Il faut courir …, dit il dans un souffle la gorge serré.
    - Quoi ? 
    La forme massive bondit vers eux en rugissant.
    - Cours ! 
    Egmond, ne sachant pas d’où le danger approchait, hésita et la bête se jeta sur lui. Elle prit sa tête dans sa gueule immense et ses crocs gigantesques transpersèrent aisément le crâne du pauvre garçon. Gaston ne s’attarda pas pour voir le sort de son ami et pris ses jambes à son cou. Derrière lui, un horrible bruit de lacération humide lui appris rapidement le sort que le monstre lui réservait quand ce serait son tour. Il courait comme si des ailes lui avaient poussées dans le dos et au milieu de l’océan de terreur qui courait dans ses veines une infime part d’exaltation lui permit d’échapper de peu aux griffes de la bête qui le talonnait. Conscient qu’il ne pouvait pas la battre en vitesse, Gaston zigzaguait entre les chaumières afin de faire perdre l’avantage au monstre qui le poursuivait. Il savait exactement où il devait se rendre et seulement quelques mètres le séparait de son objectif. Il arriva enfin devant les portes de la grange de son père. Ayant pris un peu d’avance sur le monstre dans une allée étroite, il réussit à ouvrir le battant et à s’engouffrer dans l’obscurité de la bâtisse. Folle de rage de voir sa proie lui échapper ainsi, la monstrueuse créature se jeta férocement à la suite du jeune homme. A peine passa t’elle l’entrée que de lourdes chaînes lui tombèrent sur la tête et l’immobilisèrent au sol. La bête sonnée resta immobile un instant ce qui laissa le temps à Gaston de se précipiter afin de fixer les chaines au sol dans les anneaux qu’il avait installés à cet effet. Lorsqu’il fut certain d’avoir terminé, il récupéra en hâte son fusil, le doigt crispé sur la détente, et observa le monstre prisonnier. Rugissant de frustration car incapable de se dépêtrer de ses chaînes, celui ci le transperçait de ses prunelles écarlates luisantes de rage. Il n’osait pas les quitter du regard, hypnotisé par leur lueur malsaine. Soudain, en claquant de la mâchoire, la créature se tendit pour tenter d’échapper à son piège. Gaston eut un sursaut et ne sentit pas le coup partir. Lorsque la fumée se dissipa, il vit la bête affalée, une large plaie suintante à l’épaule droite. Devant retrouver le reste des hommes, il quitta en toute hâte la grange et verrouilla le battant, conscient de la futilité de ce geste. C’est à toute jambe qu’il regagna le village.


         Il retourna à l’endroit où il avait laissé Egmond et, déjà, un petit attroupement d’homme entourait le corps du pauvre garçon. Il vit du coin de l’oeil son père soutenir et emmener à l’écart le vieux boulanger sanglotant qui venait de découvrir les restes déchiquetés de son fils unique. Le soulagement se peignit sur son visage lorsqu’il vit apparaître Gaston trempé de sueur après sa course.
    - On a entendu un coup de feu, tout va bien mon fils ? 
    Il acquiesça en direction de son père avant de rejoindre les hommes.
    - Vous avez vu la taille des sillons dans sa poitrine ? Quel animal pourrait infliger de telle blessures ?
    - Une bête monumentale comme on en a jamais vu. 
    Ils se tournèrent vers Gaston qui contemplait blême ce à quoi il avait échappé de justesse.
    - Je sais où elle se trouve. J’ai réussis à l’enfermer dans la grange de mon père. 
    Il tourna les talons et pris la direction de la bibliothèque. Les hommes, stupéfaits, lui emboitèrent le pas sans un mot. Lorsqu’ils arrivèrent aux abords de la vieille bâtisse, Gaston vit tout de suite que quelque chose n’allait pas. Les deux battants étaient grand ouvert. Il s’approcha lentement de l’ouverture, passa prudemment la tête dans l’encadrement de la porte et constata qu’elle était vide. La bête avait réussit à force de contorsion, à se glisser sous les chaînes et à s’échapper. Dépité, il expliqua sa découverte aux chasseurs qui firent très vite le tour de la grange. Ils découvrirent des empreintes et des traces de sang qui menaient dans la forêt. Ils organisèrent de nouveaux groupes de recherche et, dans les premières lueurs de l’aube, repartirent à la recherche du monstre qu’ils savaient désormais blessé et affaibli.
    TaggMind il y a 4 semaines
    Le père de Belle était exténué et terrifié. Gaston avait rapidement raconté ce qu’il avait vu et sa description concordait en tout point avec la vision de cauchemar qui ne cessait de le hanter. Il eut besoin de s’asseoir un moment et se laissa distancer par le groupe. Il n’était pas prêt à affronter de nouveau la créature et décida de rebrousser chemin. Alors qu’il allait prendre le chemin du retour, il entendit un faible gémissement provenant de derrière un rocher. D’abord sur ses gardes, il s’approcha lentement le fusil bien en main. Quand il fut certain que les geignements étaient humains, il se précipita pour aider le blessé. Lorsqu’il découvrit ce qui était à l’origine des plaintes, le choc le fit tomber à genou. Son adorable fille, Belle, se trouvait là entre deux bosquets, nue et couverte de sang. Il reprit très vite ses esprits et s’élança pour la couvrir de son manteau.
    - Ma petite, toute petite fille ! Que fais tu dans ces bois sans rien sur le dos ? Je t’avais bien dis de rester à la maison avec tes soeurs. Pourquoi ne m’as tu pas obéis ? Paniqué, il cherchait frénétiquement l’origine du saignement. Où est ce qu’elle t’a blessée ? Aidez moi s’il vous plaît !
    Belle, qui avait perdue beaucoup de sang, ne put répondre au flot de questions du marchand.  Faible et au bord du malaise, elle s’évanouit dans les bras de son père.

         Gaston était resté en arrière, encore haletant de sa course folle pour échapper à la bête. Si bien que lui seul entendit les appels de détresse provenant de la forêt. Il se rua dans la direction d’où provenait les cris et aperçu bientôt le marchand tenant sa fille dans ses bras. Belle était blême et du sang couvrait les parties nues de son corps qu’il pouvait apercevoir.
    - Que s’est il passé ? Oh mon dieu Belle ! Que faisait elle dans les bois ? Où est le monstre ? Où est elle blessé ?
    - Je n’ai pas vu la créature mais j’ai besoin de toi pour la ramener à la maison. Je suis trop faible pour la porter aussi loin. Elle est blessée à l’épaule mais j’ai réussis à lui faire un bandage de fortune. Dépêchons nous avant que la bête ne revienne ! 
    Gaston pris sa bien aimée dans ses bras, confiant son fusil au vieux marchand, et pris la direction de la maison du marchand. Ils installèrent Belle dans le salon et Gaston, qui avait lu un certain nombre d’ouvrage de médecine, demanda au vieil homme de lui apporter des linges humide et un nécessaire à couture pour suturer la plaie. Il défit le bandage de fortune afin de nettoyer et étudier la blessure. Il fût stupéfait de découvrir non pas une large lacération comme il s’y attendait, à l’image de celles qu’il avait pu observer sur le corps déchiqueté d’Egmond, mais une plaie circulaire, identique à celle que ferait une arme à feu. A l’épaule droite comme celle qu’il avait infligé à la monstrueuse bête quelques heures plus tôt. Sonné, il n’entendit pas le marchand revenir dans la pièce. Celui ci se pencha près de sa fille pour étudier la blessure à son tour.
    - Ça ne ressemble pas à un coup de griffe. On dirait plutôt la blessure infligée par un fusils. Horrifié, il ne pût s’empêcher de se demander: Quelqu’un du village aurait eu peur en la surprenant dans les bois et lui aurait tiré dessus en la prenant pour la bête ?
    - Non c’est impossible nous n’avons pas entendu de coup de feu.
    - C’est vrai, le seul que l’on ai entendu à vrai dire est le tien.
    Le marchand empoigna le jeune homme à la gorge.
    - Serais ce toi qui aurais blessé ma fille !?
    - Impossible ! J’ai seulement tiré sur la bête quand je l’ai enchainée ! Je le jure ! Jamais je n’aurais pu faire le moindre mal à Belle, vous le savez ! 
    Le vieil homme, comme l’ensemble du village, en avait tout à fait conscience. Perdu, il lâcha le jeune homme qui tomba à genou en toussant. C’est alors que ses yeux tombèrent sur la magnifique rose bleu qu’il avait ramené à sa fille et qui paraissait encore plus éclatante que le jour ou il l’avait cueillit dans le jardin du monstre. Il se tourna vers sa fille, sa blessure et l’horreur le frappa de plein fouet.
    «  Impossible ! Impossible ! » Malheureusement l’explication se tenait et il raconta à Gaston sa rencontre avec le démon.
    - Vous pensez que …
    - La rose qu’il m’a donné est ensorcelé. Un sortilège qui prend possession de Belle la nuit tombée et qui la transforme en terrible créature comme lui. J’aurais du me douter qu’il ne me laisserait pas vivre sans aucun prix à payer.
    Il prit les mains de son enfant chérie qu’il avait condamnée à un sort terrible et sanglota devant l’effroyable destin qui attendait Belle. Gaston était encore abasourdi parce qu’il venait d’entendre.
    - Si c’est lui qui à créé ce sortilège ne pourrait il pas le défaire ? 
    Un fol espoir naquit dans le coeur du marchand. Mais il était tout autant terrifié de laisser sa si belle enfant aux griffes de la bête. Néanmoins il se rendit très vite à l’évidence que c’était là l’unique chance pour sa fille de se libérer de cette malédiction.
    - Il faut à tout prix qu’elle quitte ce village avant ce soir. Nous serons incapable de la cacher ou de la contenir pour toujours et si les autres la trouve, ils la tueront. Il faut qu’elle se rende chez le démon le plus vite possible c’est son seul espoir. Je ne peux néanmoins pas l’accompagner, je serais mort avant d’avoir franchi les grilles du domaine.
    - Si vous m’expliquez le chemin pour s’y rendre, je l’y emmènerais. Elle ne sera pas capable de faire le voyage seule. 
    - Que feras tu quand, le soir venu, elle se transformera ?
    - J’ai fabriqué des chaînes si solide qu’elles pourraient retenir un ours. Je les utiliserais pour l’entraver à un arbre, elle ne pourra faire de mal à personne ainsi. 
    Gaston avait terminé de laver et de suturer la plaie. Belle semblait encore très faible mais son souffle était régulier. Il ne put s’empêcher de remarquer que sa beauté n’était que plus flagrante avec ce teint de porcelaine. Malgré ce qu’il avait découvert, Gaston n’en était que plus disposé à aider sa belle.
    - Personne ne doit savoir qu’elle est partie. Je ne veux pas que quiconque puisse faire le rapprochement entre elle et la bête que tous recherche. Je dirais à tout le monde que la disparition d’Agnès l’a plongée dans la dépression et qu’elle ne sort plus de sa chambre. Que diras tu à ton père ?
    - Je lui dirais que je dois partir quelques jours pour m’éloigner de l’horreur que j’ai vécu cette nuit. Il faut partir tout de suite avant que les hommes ne rentre. Je vais préparer mes affaires et je vous rejoins au chariot derrière votre maison dans une heure. 
    Ainsi fut fait.
    TaggMind il y a 4 semaines
    Lorsque Belle se réveilla, elle était balloté en tout sens à l’arrière d’un charriot. Elle se sentait épuisée et quand elle tenta de se redresser une violente douleur à l’épaule la transperça. Surprise elle vit que son torse était enveloppé de bandage, certaine partie tachée de sang. La dernière chose qu’elle se rappelait c’est qu’elle s’était mise au lit, l’angoisse au creux du ventre pour son père qui allait passer la nuit à traquer la bête sanguinaire. Alors qu’elle se tournait vers le conducteur, elle fut une fois de plus surprise de découvrir Gaston qui, alerté par son hoquet de douleur, l’observait avec une lueur inquiète dans le regard.
    - Gaston ? Mais où va t’on ? Pourquoi suis je blessée ? Je ne me souviens de rien…
    - Je t’expliquerais tout lorsque nous serons arrivé. Tu as dormi pendant deux jours. Ne t’inquiète pas ton père et tes soeurs vont bien. 
    - Mais où m’emmène tu ? Je veux rentrer voir mon père s’il te plaît.
    - Je suis désolé mais c’est impossible.
    Il se retourna pour mettre fin à la conversation. Loin d’être rassurée mais trop fatiguée pour le forcer à parler, elle se renfonça dans les couvertures et ne mit pas longtemps à se rendormir.
    Cela faisait maintenant deux jours que Gaston cherchait la bonne manière pour expliquer à la jeune femme ce qu’elle était devenue et son esprit fatigué peinait à trouver une solution. Chaque soir il somnolait le fusil à portée de main, incapable de sombrer dans le sommeil, les grognements et les hurlements de la bête enchaînée tentant de s’échapper l’en empêchant. Il en était venu à la conclusion que seul le monstre qui était à l’origine du sortilège pourrait lui apporter une vérité qu’elle croirait.

         En fin d’après midi, Gaston aperçut enfin le sombre manoir entre les arbres. Il arrêta la charriot devant la grille et en descendit afin de réveiller Belle.
    - Belle nous sommes arrivés. Réveilles toi. 
    La vision de cette vieille bâtisse lugubre la fit frissonner. Encore une fois elle s’inquiéta du silence de Gaston sur la raison de leur venue et elle sentait confusément qu’un drame était sur le point d’arriver.
    - Où sommes nous ?
    - Je dois te présenter quelqu’un. Il prit les mains de la jeune femme dans les siennes et la regarda droit dans les yeux. Belle, quoique tu entende ou que tu vois, sache que je resterais près de toi pour t’aider et que ton père t’aime, qu’il est terriblement désolé de t’infliger cette épreuve.
    Elle se dégagea brusquement avec colère.
    - Ça suffit maintenant ! Je veux savoir ce qu’il se passe !
    Au même moment, un violent coup de vent fit voler sa jupe et ses cheveux tandis que le grand portail s’ouvrait en grinçant. Des flambeaux s’allumèrent comme par magie dévoilant une allée encadrée de buisson de fleurs qui menait jusqu’à la porte aux battants massifs du manoir. Gaston lui prit la main et l’entraîna dans l’allée. Son coeur battait à se rompre. Sa colère envolée, une peur viscérale lui tordait maintenant l’estomac. Arrivés sur le perron, Gaston frappa au lourd battant de bois qui s’ouvrit immédiatement sans un bruit sur un gigantesque hall d’entrée. Belle ne remarqua pas les lourdes tentures richement décorées qui ceignaient les murs de la pièce pas plus que le magnifique lustre de cristal qui brillait de mille feux car leur hôte les attendait au pieds de l’escalier central en bois sculpté. Belle ne put s’empêcher de hoqueter de frayeur devant la silhouette massive et difforme qui lui faisait face. Pétrifiée, elle détailla la monstrueuse bête qui s’approcha lentement des deux jeunes gens afin de les voir de plus près. Dans son dos, la grande porte claqua avec fracas.
    - Vous voilà enfin. Je vous attendais.

          La cellule où Belle se trouvait était vétuste et inconfortable. Mais la nuit tombait et si elle croyait les sombres révélations que lui avait faite la créature, toutes confirmées par Gaston qui avait été envoyé par son propre père, alors elle aurait besoin de ces solides barreaux de métal pour l’empêcher de faire du mal autour d’elle. Elle se sentait vidée par les torrents de larmes qu’elle avait versés. L’horreur et la culpabilité se mêlait en son coeur, elle ne pouvait croire qu’elle était l’auteur du triste carnage de ses amis. Après lui avoir conté l’origine de son mal, la bête avait congédié Gaston, lui interdisant l’accès au manoir. Celui ci n’était sorti qu’a contrecoeur, poussé hors du domaine par un vent violent crépitant de magie. Elle avait ensuite conduit la jeune femme, sonnée par les révélations qu’on venait de lui faire, à travers de nombreux couloirs et escaliers pour la mener dans les catacombes où se trouvaient les cachots. Elle se désespérait maintenant, attendant la tombée de la nuit, priant pour que toute cette tragédie ne soit qu’un cauchemar. Bien qu’elle soit au comble de l’agitation, elle se sentie irrémédiablement glisser dans une torpeur écrasante et elle s’effondra sur la couchette. Elle ouvrit les yeux quelques temps plus tard sur ce qu’elle pensait être le petit jour, car sa cellule lui semblait beaucoup plus clair qu’auparavant. Mais elle se souvint qu’il n’y avait aucune fenêtre dans ces cachots. Elle se leva d’un bond et c’est avec horreur qu’elle vit ses jambes désormais couvertes de fourrure et ses pieds transformés en une masse de griffes acérées. Sa gorge sèche et son estomac vide lui criaient son besoin de sang et de chair fraîche. Impuissante face à son triste sort, elle ne pût que hurler sa détresse avec la gorge de la bête qu’elle était devenue.

         Gaston entendit un hurlement lugubre provenant du manoir. N’ayant rien pu faire pour rester auprès de sa belle, il avait installé un campement à la lisière de la forêt non loin du manoir. Il attendrait son heure, celle à laquelle il pourrait porter secours à la femme qu’il aimait.
    TaggMind il y a 4 semaines
    Au petit matin, la bête vint chercher Belle, prostrée dans les lambeaux de sa robe, pour la conduire à l’étage où il lui avait fait préparer une chambre. Ils traversèrent de long couloirs somptueusement décorés. De nombreux portraits en ornaient les murs tandis que de riches tapis étouffaient le bruit de leur pas. Son hôte s’arrêta enfin devant une porte, au quatrième étage de la maison. Quand il l’ouvrit, Belle découvrit une immense chambre où trônait un gigantesque lit à baldaquin, des fauteuils confortables et une grande cheminée en pierre.
    - Je vous ai fais apporter des vêtements neufs. Vous les trouverez dans le placard. Je souhaiterais que vous descendiez plus tard pour déjeuner avec moi.
    - Vous plaisantez j’espère ?
    Après une nuit interminable à hurler sa douleur, Belle était maintenant folle de rage.
    - Vous m’ensorcellez pour me transformer en une monstruosité à votre image, vous m’enfermez dans votre demeure et maintenant vous souhaitez que je vous serve de compagnie pour déjeuner ? Si c’est là ma prison je souhaiterais que vous m’y laissiez seule afin que je puisse y pleurer en toute tranquillité.
    Elle se tourna vers la porte en refusant de le regarder dans les yeux, lui faisant ainsi comprendre qu’elle le congédiait.
    Sans un mot la bête sortie, laissant la jeune femme à sa détresse. Lorsqu’elle eu refermé la porte, elle se jeta sur le lit et déversa sur l’édredon toutes les larmes de son corps.


         Pendant deux jours elle refusa de sortir, terrorisée à l’idée de tomber sur son gardien. Maintenant qu’elle avait pris conscience de ce qu’elle était, elle n’avait plus besoin d’être enfermée car elle arrivait désormais à contrôler la bête qui sommeillait en elle. Les nuits étaient rudes et interminables car une terrible soif de sang nécessitait toute son énergie pour la contrôler. Elle découvrait chaque jour, le midi et le soir, un plateau repas devant sa porte qu’elle touchait à peine. Elle avait fouillé les moindres recoins de la pièce qui lui servait de prison afin de trouver une arme. Mise à part les vêtements qu’elle avait trouvé dans le placard et quelques livres dans la bibliothèque, rien dans cette pièce ne lui aurait été utile face à son monstrueux hôte. Le soir du troisième jour, elle décida de sortir et de s’aventurer dans le manoir à la recherche d’une issue. Elle se perdit très vite dans le méandre des couloirs avant de réussir à trouver le grand escalier principal. Evidemment, son hôte qui paraissait au fait du moindre de ses gestes, l’attendait au pieds de celui ci.
    - Avez vous décidez de m’accorder le plaisir de votre compagnie ?
    Décidant qu’il valait mieux endormir tout soupçon quand à son projet de fuite, la Belle décida qu’elle ne risquait plus rien à accorder un diner à la bête qui lui avait déjà tout pris. Il les conduisit dans une vaste salle à manger dans laquelle une table immense était dressée. Sur la table de très nombreux plats dispensaient dans la pièce leur délicieux fumets si bien que Belle se rendit compte à quel point elle était affamée. Oubliant toute prudence, ainsi que son geôlier, elle se jeta sur la nourriture.
    - Je suis très content que la cuisine vous plaise.
    Belle s’arrêta de dévorer dans l’instant, la bouchée lui restant en travers de la gorge.
    - Que voulez vous de moi ?
    - Eh bien je me dois d’être franc avec vous. Voyez vous, je possède tout ce qu’il me plaît ici. Plus d’argent que je ne pourrais en dépenser en une vie, une magnifique demeure et tant de livre que je ne pourrais jamais tous les lire. Néanmoins je souffre de solitude n’ayant pour seule compagnie que les très nombreux portraits exposé dans la galerie.
    - Vous avez donc jugez que piéger un brave homme et une pauvre jeune fille était le bon moyen pour obtenir cette compagnie.
    - Allons c’est votre cher père qui vous a condamnez. S’il n’était pas venu me voler, jamais vous n’auriez mis les pieds dans cette maison.
    - Mon père a peut être commis une erreur de jugement mais c’est bien vous qui me retenait maintenant prisonnière ici. Et je peux vous assurer que jamais vous n’obtiendrez ma sympathie.
    - Malheureusement je le vois bien … Je crois avoir moi aussi commis une erreur en espérant que devenue à moitié comme moi vous comprendriez assez ma douleur pour vouloir la partager.
    Une lueur d’espoir grandit dans le coeur de la jeune femme.
    - Dans ce cas me laisseriez vous partir ? Je ne désire rien d’autre que rentrer chez moi.
    - Je pourrais en effet vous laissez rentrer chez vous. Néanmoins je ne peux le faire en l’état actuelle des choses. Vous êtes bien trop dangereuse pour autrui car vous êtes incapable de vous contrôler. Je me sens désormais responsable des accidents que vous pourriez causer.
    - Dans ce cas brisez le sort je vous en conjure !
    - J’aimerais que cela soit aussi simple croyez moi. Malheureusement comme pour jeter ce sort j’ai eu besoin d’utiliser quelques gouttes de mon sang, pour le rompre j’aurais besoin de sang humain.
    Horrifiée, Belle devint aussi blanche que la nappe immaculée sur laquelle trônait les plats qui refroidissaient. Elle refusait que quelqu’un meurt encore par sa faute.
    - Vous avez besoin de tuer quelqu’un pour rompre ce sortilège.
    La bête éclata de rire.
    - Mais non rien d’aussi radicale ! J’aurais seulement besoin de quelques gouttes appartenant à une jeune femme.
    - Ne pourriez vous pas prendre le mien ?
    - Vous n’êtes plus tout à fait humaine je le crains.
    Elle prit d’une main tremblante son verre de vin pour en avaler une gorgée.
    - Dans ce cas à qui allez vous prendre ce sang ?
    - Pas moi mais vous ma chère. Voyez vous je ne peux décemment pas sortir en plein jour. Je pense que vous comprenez.
    Effectivement elle ne comprenait que trop bien ayant elle même fait l’objet de la terreur et de l’hostilité des villageois.
    - Mais je ne peux retourner dans mon village pour demander à une de mes amies de s’entailler pour que je récupère son sang ! Elle ne manquerait pas de me questionner et que lui dirais je ?
    - Non vous ne pouvez décemment pas retourner chez vous. La ville ne se trouve qu’a une heure d’ici. Un cochet vous y emmènera demain matin. Vous devrez trouver un moyen pour récupérer ce dont vous avez besoin.
    - Mais comment dois je m’y prendre ?
    - Ça c’est à vous de le trouvez. Enfin seulement si vous voulez redevenir entièrement humaine.
    La bête se leva de table et sortit, laissant la jeune femme affligée de se voir confier une si odieuse tâche.
    TaggMind il y a 4 semaines
    Le charriot s’arrêta à quelques mètres de l’entrée principale de la ville. Le conducteur sans un mot fit signe à Belle de descendre. Elle savait qu’il l’attendrait. Elle s’exécuta se remémorant les paroles de la bête : «  Si jamais il vous prenait l’envie de ne pas reparaître ce soir, n’oubliez pas que je sais où vit votre famille. Il serait regrettable que j’accueille chez moi un nouvel invité afin de vous faire revenir. »
         C’était la première fois que Belle contemplait les hautes murailles qui encadraient la cité fortifiée. Elle se joignit à la foule qui se massait pour passer sous la herse et se retrouva bientôt dans une grande rue très animée en cette fin de matinée. Elle ne savait pas du tout ce qu’elle allait bien pouvoir faire pour trouver ce que son hôte lui avait commandé mais était terrifiée de rentrer ce soir pour se transformer en monstre sanguinaire encore une fois. Elle erra un moment d’étal en étal avec l’impression de se trouver dans un cauchemar jusqu’à ce que, inconsciente de ce qui l’entourait, un cheval manque de la renverser. Elle s’écarta d’un bond en trébuchant et s’étala de tout son long dans les eaux nauséabondes du caniveau.
    - Mademoiselle ! Vous allez bien ?
    Une paire de main robuste lui agrippa les bras et l’aida à se remettre sur pieds. Une jeune femme robuste qui devait avoir son âge lui fit face.
    - Vous êtes trempée ! Je suis désolée pour Willis, mon cheval, il est bien vieux et il ne verrait pas une carotte si je la lui agitait sous le nez ! Venez chez moi je vais vous prêter des affaires, vous ne pouvez pas rester dans cet état. Je m’appelle Lison.
    Lison la conduisit de l’autre côté de la route dans une boutique de couture.
    - C’est ma mère qui tiens cette boutique. Ce sera surement aussi mon cas un jour ! Tu ne m’as pas dis ton nom. Tu n’es pas muette au moins ?
    - Non … Non, désolée, je suis peut être un peu secouée par la chute. Je m’appelle Belle.
    - Je suis enchantée de te rencontrer Belle. C’est la première fois que je te vois en ville. Tu habites dans le coin ?
    - J’habite à l’extérieur de la ville. C’est la première fois que je met les pieds ici.
    - Oh dans ce cas ça doit te paraître bien grand et bruyant !
    Elle l’a fit asseoir à une table dans la cuisine et lui mit d’office une tasse de thé fumante dans les mains.
    - Bois ! Je vais allez te chercher des affaires. Elles seront peut être un peu grande pour toi mais je suis sûre que ça ira.
    Elle sortit laissant Belle seule siroter son thé. Elle jeta un coup d’oeil par la fenêtre et fût surprise de voir le soleil si bas. Elle avait erré sans but bien trop longtemps et n’avait toujours pas l’ombre d’une solution à son problème. Elle envisagea de rentrer bredouille pour aujourd’hui mais elle ne pouvait pas être sure que la bête l’a laisserais quitter de nouveau son domaine. Elle pouvait très bien se contenter de la garder prisonnière même si il lui avait semblé qu’elle n’était pas sans coeur en s’étant montrer compréhensive. Dans un état proche de la transe, elle se leva et saisi un couteau qui reposait sur l’évier. Elle monta lentement l’escalier par lequel Lison avait disparu. Elle se répétait qu’elle avait juste besoin d’une petite entaille, qu’elle pourrait ensuite s’enfuir et retrouver le charriot à l’exterieur. Elle entendait son hôtesse ouvrir et fermer des placards dans la pièce se situant sur la gauche du palier. Elle tenta de s’approcher sans bruit dans le dos de la jeune femme mais une lame du parquet craqua et Lison se retourna d’un bond.
    - Tu m’as fais peur ! Que fais tu là ? Pourquoi as tu ce couteau à la main ?
    Elle remarqua ensuite l’air égarée de Belle et la peur s’insinua en elle.
    - Je te donnerais ce que tu veux mais s’il te plaît lâche ce couteau.
    Tout en parlant d’un ton apaisant elle reculais dans la pièce tandis que Belle, ne sachant plus ce qu’elle faisait, s’approchait d’elle.
    - J’ai … J’ai besoin d’un peu de ton sang. Seulement quelques gouttes.
    - Quoi ? Non !
    Alors qu’elle était acculée au fond de la pièce, elle jeta un panier remplie de tissus à la tête de Belle et se jeta vers la porte. Belle écarta le panier d’un revers et attrapa la jeune femme par le bras. Elle tenta de lui couper le bras avec le couteau mais Lison lui bloqua le bras avec son autre main. Elles lutèrent un moment mais Belle étant la moins forte des deux, son adversaire réussis à la jeter à terre avant de se ruer sur la porte. Dans un élan pour la retenir, Belle lança le couteau qu’elle tenait encore. Il finit sa course dans le dos de la pauvre couturière. Elle s’effondra, la bouche gargouillante, s’étouffant dans son propre sang. Horrifiée, Belle sembla se réveiller d’un long cauchemar et l’horreur de ce qu’elle venait de faire la frappa brutalement. Elle tomba à genou dans la marre de sang grandissante tandis que Lison expirait dans un flot écarlate son dernier souffle. La jeune femme, tétanisée, contempla son oeuvre macabre sans arriver à croire son geste malheureux. Quand elle se rappela l’urgence de la situation, elle collecta fébrilement un peu du sang encore chaud qui maculait le plancher dans une petite éprouvette qu’elle avait apporté, avant d’échanger ses vêtements maculés de sang contre ceux restés propre qu’avait sortie Lison. Elle descendit ensuite l’escalier en trombe et, avant de quitter la maison, vomit le peu de chose contenu dans son estomac dans l’évier de la cuisine. Essayant de reprendre contenance pour ne pas éveiller les soupçons, elle se glissa dans la rue par la porte de derrière puis se mêla à la foule pour sortir de la ville. De grosses gouttes de sueurs perlaient à son front et des tremblements incontrôlables secouaient son corps frêle. Elle jetait continuellement des regards derrière elle de peur qu’on la prenne en chasse mais elle réussit à rejoindre le charriot sans encombre. Alors qu’il s’éloignait de la ville, elle éclata en sanglot pour la si gentille Lison et pour le reste d’humanité qu’elle venait de sacrifier.

         A l’orée du manoir, Gaston avait allumé un feu et dépeçait un lapin. Il n’avait pas réussis à s’approcher de la maison, les grilles étaient beaucoup trop haute, les pointes trop acérées et restaient résolument fermées. En début de journée alors qu’il faisait sa toilette dans un ruisseau proche, il avait cru entendre le grincement du portail. Il était revenu à toute vitesse mais les grilles étaient closes. Plus le temps passait, plus il se décourageait de pouvoir venir en aide à Belle. Il allait mettre à rôtir l’animal quand il entendit le bruit des cahots d’un chariots sur la route et il semblait approcher. Il se précipita, le fusil à la main, et se cacha dans un buisson qui longeait le chemin. Au détour d’un virage le charriot lui apparu et il fut surpris de voir que Belle était assise à l’intérieur. Elle avait la mine défaite et les yeux gonflés comme si elle avait pleurer pendant des jours. Son coeur se serra et il voulut la rejoindre, mais une idée le retint. Alors que le véhicule le dépassait lentement, il se glissa derrière lui et le suivit aussi silencieusement que possible. Les grilles s’ouvrirent en grinçant devant le charriot et dès qu’il les eût franchit il se cacha dans les arbustes bordant l’allée. L’espoir lui revint car il avait enfin réussit à pénétrer dans l’enceinte du domaine.





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