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    solenebabelio le 02 juillet 2020

    Qui n’a jamais voulu découvrir les mystères qui se cachent au plus noir des abysses ? Qui n’a jamais rêvé de conter ces splendeurs inconnues des hommes ? 

    Pour le défi d’écriture du mois de juillet 2020, nous vous proposons de réaliser un récit sur le thème des énigmes sous-marines. Embarquez en compagnie du Capitaine Nemo pour un huis-clos sous-marin, ou laissez libre cours à votre imagination en concevant la plus terrifiante des créatures abyssales à la manière de H.P. Lovecraft…  



    Comme d’habitude, la taille et la forme de votre contribution est libre et vous avez jusqu’au 31 juillet minuit pour nous soumettre votre texte en répondant ci-dessous. Le gagnant remportera un livre. À vos plumes !

    MarvinK le 03 juillet 2020
    Blop...
    Blop... Blop...

    Blop ! Blop... Blop ! Blop... Blop ! Blop...

    ...

    AAAAAArrrrrrr
                   rrrrrrrrggg
                                    gl
                                       l
                                        l
                                         l
                                          l
                                           l
                                            l
                                             l
                                              .
                                               .
                                                .
    Sflagg le 03 juillet 2020
    Salut !

    Ce coup-ci, le thème du mois m'a bien inspiré. Bonne lecture !


    On touche le fond                (03/07/20)
     
    Dans les profondeurs abyssales,
    Quelques marins en habits sales
    Recherchent des trésors,
    Des épaves remplies d’or,
    Au milieu des coraux et du plastique,
    En plein océan pacifique.
    Au cœur du triangle des Bermudes
    Ils veulent percer le mystère de ces latitudes,
    Mais n’y trouvent que les déchets de notre civilisation,
    Des tonnes de détritus et de pollutions.
    Même les poissons s’y font rares.
    Où sont les crustacés et les calamars ?
    Dans leur sous-marin, en nages,
    Ils observent une baleine sans âge,
    Un cétacé, un sage,
    Qui péniblement nage
    Au milieu d’une mer de pétrole,
    Résultat des pets de trolls,
    Du dégazage abusif des gros cargos
    Et des horribles paquebots
    Où s’entasse, dans les uns, tout notre consumérisme
    Et, dans les autres, tout notre tourisme.
    Tout cela les rend tristes,
    À nos navigateurs, nos navigatristes.
    Au tour d’eux, "c’est assez !" crient les dauphins.
    "Pour nous, c'est la fin
    Et pour vous, ce n'est pas mieux
    Si vous continuez à détruire notre milieu."
    Mais l'Humain est ainsi fait,
    Qu'il ne réagit qu'une fois le mal fait.
    Il est le cancer du poumon de notre planète
    Et dans nos océans, il fait place nette.
    Dans les profondeurs abyssales,
    Quelques marins en habits sales,
    Dans leur sous-marin, en nages,
    Observent le dernier poisson qui nage.

    S.Flagg !!

    Bonne chance à tous !
    franceflamboyant le 03 juillet 2020
    Ouh la la, ça démarre fort...Déjà deux textes...Je lis Lovecraft...
    Pippolin le 03 juillet 2020
    Trop fort Sfagg... Moi, pour l'instant, je seiche.
    lolo97 le 03 juillet 2020
    Énigme sous-marine (Sous forme de poème)

    Qu’est ce qui est éteint depuis des milliards d’années,

    Sans pour autant qu’il ne soit plus encré,

    Dans les mémoires de milliers de lecteurs,

    Passionnés de frissons et de peur,

    Cette créature imposante,

    Tant au niveau de sa longueur,

    Et de sa masse accablante,

    A impressionné par malheur,

    Des milliers de scientifiques à travers le monde,

    Pour sa flagrante ressemblance,

    A un animal tout aussi effrayant, et immense,

    Celui-ci est une célébrité non moribonde,

    Connu par les hommes,

    Pour son incroyable apparition au sein du roman, 

    Des dents de la mer, écrit par un écrivain hors norme,

    Nommé Peter Benchley, bien évidemment,

    Le requin blanc,

    Mais alors qui est cette créature à démasquer,

    Qui attire les hommes en accumulant,

    Ses apparitions dans de nombreuses œuvres acclamées,

    Eh bien avez-vous décelé l’énigme sous-marine,

    Ou faut-il vous la dévoiler,

    Pour la trouver, débutez par un préfixe démesuré,

    Puis continuez avec l’élément qui se trouve communément dans les bassines,

    Terminez, par votre talent caché.





    Alors ?...


    Toujours pas ?...


    Cette créature est le MÉGALODON, bien sûr !


     

    Éloïse

     
    Sflagg le 03 juillet 2020
    Merci Pippolin ! Pour toi, je m’inquiète pas trop, tu vas finir par trouver un truc, tu as le temps. La seiche c'est pas cette bestiole pleine d'encre ? Donc pas de souci, CQFD.
    Walex le 04 juillet 2020
    Voilà trois textes bien sympathiques ;)
    Encore un défi d'écriture qui s'annonce bien !
    lolo97 le 04 juillet 2020
    Merci beaucoup Walex !
    MarvinK le 05 juillet 2020
    Merci Walex     pour ton compliment. J'avoue ne pas avoir travaillé ce texte plus d'une semaine.
    Walex le 05 juillet 2020
    MarvinK c'était très visuellement très réussi :)
    karimamedebi le 05 juillet 2020
    La voir aussi près de lui le ravissait. Il ne savait comment se laisser emporter par cette splendeur physique qui le regardait. Etrangement. Il ressentait une telle paix qu’il souhaitait ne jamais en sortir. Sa foi lui disait qu’il devait suivre cette voie, se laisser porter, vivre l’instant présent et oublier tout le reste.

    Leur première rencontre avait eu lieu quelques jours plus tôt, et à sa grande surprise, pour lui qui n’avait rien fait pour la provoquer, elle s’était approchée … doucement … il lui avait semblé voir un sourire se dessiner, mais il n’en avait aucune certitude. Elle, elle était grande, mince, plutôt blanche, et même si elle ne correspondait pas à ses critères de beauté, elle était très attirante. Il s’était laissé subjuguer. Puis, elle avait disparu. Il n’avait pas cherché à la retrouver, à la retenir, elle l’avait déjà conquis et il savait qu’ils se reverraient.

    Ce matin, quand il avait décidé de revenir au même endroit, il n’était sûr de rien. Serait-elle là, était-elle revenue ? elle aussi, avait-elle senti cette attirance quasi irréelle mais tellement forte qu’elle en faisait oublier le temps ? Depuis le début de sa vie, il n’avait jamais ressenti ça, et la musique qui se dégageait de cet étrange état lui disait de se laisser aller, de ne pas réfléchir au pourquoi, au comment, mais de se laisser porter par l’instant, la magie créée. Et elle était venue … Il ne savait plus quoi faire, il ne voulait pas précipiter les choses, il ne voulait pas l’effrayer. Elle avait l’air si forte, et si fragile en même temps, sûrement son physique si doux, si romantique pour tout jeune homme qui l’aurait croisée avant lui. Mais lui, à son âge, avec son expérience, même s’il était encore au fond ce jeune poète, ne se laissait pas mener par cette image. Elle était forte, il en était convaincu. Mais elle avait ce petit regard nostalgique qui lui faisait penser qu’elle avait une histoire, une vie laborieuse peut-être et qu’elle n’avait besoin de personne pour résister.

    Cependant, lui, ce qui l’intéressait à ce moment de cette journée si particulière, c’était qu’elle était juste là … face à lui, elle le dévisageait et attendait, silencieuse, mystérieuse … Il leva la main vers elle, mais elle fut happée par un mouvement autour d’eux qui l’éloigna. Il fut surpris, il s’avança. Et la retrouva dans son champ de vision, là, juste là, retournée, en conversation ? Il attendit quelques secondes avant de prendre sa décision, à ne laisser quoi que ce soit lui voler cet instant magique. Il s’avança et la toucha. Elle se retourna et le toucha à son tour, attrapant sa main et hypnotisant son regard.

    Il voulut tout.

    Pour la première fois de sa vie, il décida d’ôter son masque, celui qui cachait qui il était vraiment. Elle l’encouragea d’un signe de tête. Il s’exécuta, plus aucune hésitation.

    L’air était doux, la créature en face de lui ouverte à tous ses désirs, et lui totalement conquis par cette atmosphère d’un soir de juillet.

    Elle s’approcha pour l’embrasser, et c’est là qu’il eut de la peine à respirer. L’eau le retenait, la gravité l’empêchait de remonter. La créature si divine contre lui, il faisait un effort pour se contenir, mais elle commença à lui serrer le corps, ses mains si douces sur sa peau, il les sentait.

    Ses mains … quand il se pencha pour en attraper une afin de l’embrasser, puis de respirer à nouveau, il vit des pinces, des pinces au bout de longs tentacules. Il releva la tête et vit ce sourire si magnifique. Ce sourire prédateur, qui s’apprêtait à le happer et ce fut sa dernière vision d’homme.

    Elle, elle jubilait. Encore un … encore un bon repas plein d’énergie. Son âme, elle l’avait à sa disposition, quand elle en aurait besoin, pour le moment, elle pouvait se contenter de son corps. Le corps des hommes est ce qu’elle préférait. Ils étaient si tendres, plus agréables que ce qu’elle avait l’habitude, ou parfois l’obligation de manger pour survivre. Un crabe, une baleine, voire un petit d’homme. Mais un homme d’âge mur lui était le plus beau des festins. Non seulement le corps était à parfaite maturité pour son goût, mais son âme avec toutes ces certitudes, ces savoirs, ces erreurs la nourrissaient pendant des années. Elle n’avait pas à en consommer beaucoup, elle qui venait des abysses, d’un autre monde autrefois supérieur et qui s’était oublié dans ses valeurs premières, ce qui l’avait mené à sa perte et à son oubli. Cet oubli, pour cette déesse qui se battait à nouveau pour renaître sur cette planète, l’arrangeait on ne peut plus. On avait bien évoqué parfois la légende des sirènes, les légendes celtes des sorcières, qu’elle avait entretenues, c’était si facile. Mais rester cachée était sa meilleure chance. Et venir si près de la terre pour se sustenter n’était pas si fréquent qu’on l’aurait remarquée, voire chassée.

    Elle apprécia les os de cette proie naïve, insensible aux cris intérieurs de son âme, qu’elle torturerait pendant un temps, le temps de son envie, le temps de décider quand elle la consommerait, le temps dont il avait encore conscience et qui allait durer à son échelle à lui, des années. Le temps de ne jamais oublier le regard magique de cette étrange créature qui lui avait fait oublier le monde dont il venait, au-dessus des abysses.
    Denleclerc le 06 juillet 2020
    L’éprouvette
     
    Robert n’en croit pas ses yeux. Après tout ce temps.  Des études, des analyses, du lobbying. Il a enfin réussi. La quête de sa vie, la quête de toute une vie, de toute une population. Ça lui a pris des décennies de planification, de persuasion, de frustrations et enfin, le gouvernement a dit oui! Le Saint-Graal se matérialiserait. Il ne peut le croire.
     
    Robert ingénieur architecte a toujours milité pour faire construire un pont pour traverser le fjord du Saguenay, pour éliminer le traversier qui relie la Côte-Nord et la région de Charlevoix, au Québec. Ses parents avant lui aussi. Son champs d’étude a été choisi en fonction de ce rêve qui DOIT devenir réalité.
    Robert est visionnaire, non seulement il veut envoyer ces bateaux vétustes à la retraite, il veut concevoir un projet novateur, jamais vu, unique au monde; après tout, cette partie de la province  n’est-elle pas la plus belle au monde? Pourquoi ne pas créer un attrait touristique par la même occasion?
    Il garde ses idées de plans cachés jusqu’au jour où il se décide enfin à révéler le tout aux dirigeants politiques.
    Ils sont ébahis! Ils encensent cette idée qui enivrera la planète entière. Le chantier pourra commencer. Il faut tout planifier. Des centaines d’hommes et de femmes, choisis parmi tous les plus grands génies de l’architecture, se penchent sur les plans. Il faut tout prendre en compte,  ne rien oublier; protéger les villages, la faune, la flore, tout en devenant la destination touristique numéro un au monde! Ce ne sera pas une mince tâche.
     
    Après presque vingt ans de travail acharné, le rêve se concrétise, le ruban est coupé! Les premières voitures, dont celle de Robert s’apprêtent à passer dans le tunnel sous le fjord. La fébrilité est palpable. Ce tunnel hors du commun est en fait transparent. Il ne passe pas sous le sol, mais bien dans l’eau. Le cylindre repose sur des piliers arrimés au fond marin et aux berges ouest et est. Quatre voies carrossables sur 3 kilomètres, et des bretelles de part et d’autre donnent accès à des aires de stationnement courte durée pour l’observation de la faune marine. Des requins du Groenland, des bélugas, des rorquals communs et combien d’autres espèces, qui seront  désormais protégées des hélices de bateaux qui pouvaient mutiler et même  tuer ces bêtes magnifiques.
     
    C’est inouï! L’invention de Robert est le buzz de la décennie et probablement du siècle. Tous les utilisateurs sont charmés par ce tunnel futuriste. Cette éprouvette géante qui fait maintenant  la renommée du Québec.                   
     
    Un groupe terroriste a bien suivi le déroulement du projet. Ses membres attendent le moment propice pour lancer une torpille sous-marine pour faire exploser l’éprouvette. Le chef appuie sur le bouton, la fusée s’élance et parcourt des milliers de kilomètres dans l’atlantique, s’infiltre dans le fleuve St-Laurent et se dirige tout droit vers la cible cylindrique! Plus qu’un kilomètre, huit cent mètres, cinq cents, quatre, trois, deux, BOOM! La paroi de protection invisible a tenu bon.
     
     
     
     
    Darkhorse le 08 juillet 2020
    Très bon récit glegat . Au-delà de l'exotique aventure proposée, c'est une histoire très agréable à lire !
    glegat le 08 juillet 2020
    Merci Darkhorse  !
    Pippolin le 08 juillet 2020
    Très bonne nouvelle glegat..   Très agréable à lire et dans la lignée des textes que tu nous proposes dans ces Défis.. Je trouve qu'il y a une continuité, un univers...

    Une petite réserve, j'aurais préféré que le récit s'achève à  "Nightingale, printemps 1882". La dernière partie immisce un doute sur la véracité d'une aventure hors du commun à laquelle le lecteur ne demande qu'à croire...  Mais quoi qu'il en soit une très bonne nouvelle. Bravo !
    glegat le 08 juillet 2020
    Merci Pippolin  pour ta lecture et ta suggestion, elle est pertinente, cet épilogue peut effectivement  semer un trouble chez le lecteur, il serait intéressant d'avoir d'autres avis sur ce point.
    mfrance le 08 juillet 2020
    Très agréable à lire.
    Quant à l'épilogue, je le trouve tout à fait bienvenu ; le doute qu'il instaure ajoute un piment supplémentaire à l'histoire ... canular ? vérité ? le lecteur reste dans l'expectative !
    glegat le 08 juillet 2020
    Merci mfrance   tu me réconforte dans mon choix !
    Darkhorse le 08 juillet 2020

    Terre orpheline

              La nuit déploie ses longs bras implacables, gagnant ainsi son défi inlassable avec le jour. Telle une marée, elle grignote morceau par morceau les bouts de terre encore éclairés par des soupçons diurnes de plus en plus exténués. Elle atteint sa forme définitive, son imago totale, en recouvrant absolument tout ; ne laissant poindre que de minuscules étincelles fragiles et impuissantes. Les vivants s’accommodent ou non de cet enlisement dans les ténèbres, mais toujours ils se tiennent aux aguets pour parer à une éventuelle invasion corruptrice, le viol de leur âme affaiblie et contrite.

              Yaasir aimait tremper ses doigts de pieds dans l’océan, être assis seul sur les rochers de la côte de Kismaayo. Il aimait se perdre ainsi, laisser naviguer ses pensées dans l’immensité bleue, écouter le clapotis rebondir et regarder l’eau salée aller et venir. Il se délectait des langues tièdes lui léchant les orteils alors que le flot gagnait en amplitude ; plus haut, toujours plus haut, l’inexorable ascension d’une force sans commune mesure. Une attirance intime l’exhortait à entamer un voyage onirique, une plongée euphorique dans des abysses silencieux synonymes de délivrance. Mais il avait à chaque fois résisté, tenu en laisse par ses obligations et sa peur, victime du jusant qui le ramenait à la réalité.
    Les intégristes avaient de nouveau repris le dessus, réinstauré la charia contraire à ses envies de liberté, d’émancipation de sa personne dans un contexte moins rigide. Sa propre famille l’avait dénoncé en révélant ses inclinations immorales aux dirigeants inflexibles de la ville. Ils avaient lapidé Ahmed et lui était devenu esclave. Sa vie n’avait plus de sens. Il ne lui restait plus que ces brefs moments propres à une contemplation évasive où se disputaient un ravissement empoisonné par l’effrayant venin d’une expectative illusoire.
    L’eau lui arrivait maintenant jusqu’aux chevilles et il commençait à sentir le froid des profondeurs s’emparer de sa peau. Un murmure ancien accompagnait cette marée, une voix oubliée dont les échos s’insinuaient lentement comme un parasite. Son âme vacilla.
    Abûurat.
    Yaasir tenta en vain de se ressaisir mais c’était trop tard. Il fut possédé par un infâme désir.

              Quand il revint en ville, il n’alla pas directement chez son maître, mais il se rendit au domicile familial. Et là, il les tua tous, un par un, sans témoigner la moindre compassion. Sa folie soudaine le fit trancher, lacérer, étrangler et poignarder tout être humain se présentant devant lui. Car il ne s’arrêta pas au meurtre de ses proches ; sa cavalcade homicide dura un long moment sans que rien n’arrive à le stopper. Quand il rendit son dernier souffle, son corps n’était plus qu’une silhouette éclaboussée de sang et avant de s’éteindre totalement, ses yeux contemplèrent le ciel matinal ; à leur surface, miroitait le vide céleste abandonné par la nuit qui ne laissa à l’aube que des flaques pourpres luire au soleil.

              C’est ainsi que tout commença. L’humanité eut bien du mal à comprendre cette soudaine frénésie de violence. Puis ils firent le rapprochement avec les marées qui ne cessaient de croître, d’élever toujours plus le niveau de l’eau, plongeant les plus grands experts dans le plus total désarroi. Yaasir fut certainement le premier, c’est ce qu’en conclurent les premières enquêtes. Quelque chose semblait affecter ceux s’étant baignés lors de ces coefficients anormaux et les rendaient fous, meurtriers. Bien des chercheurs se penchèrent sur l’étude de ces étranges phénomènes mais aucun ne fut à même d’enrayer la montée des eaux et des comportements agressifs. Bientôt, en seulement deux ans, les continents avaient perdu trente pourcents de leur superficie et l’humanité fut amputée d’un quart de sa population.
    Les avis les plus extrêmes se perdaient en hypothèses fumeuses, en suppositions et superstitions nées de l’impuissance et de la fascination morbide d’une telle apocalypse. La menace était inconnue, inarrêtable et opiniâtre. Seul un nom émergeait, éructé par ceux épris de folie au seuil de la mort : Abûurat.

              Les océans continuèrent à tout avaler, engloutissant les terres et pervertissant les âmes, annihilant une civilisation désespérée, forcée de survivre tant bien que mal aux assauts de la marée déréglée et d’êtres humains aliénés. L’inéluctable montée des eaux ne laissa, au bout de sept courtes années, que les points les plus culminants affleurer à la surface d’une planète inondée, réduisant le territoire vivable d’hommes et de femmes en proie à une terreur fataliste et à une réduction drastique de leurs effectifs et de leurs ressources.
    Le monde avait coulé aussi sûrement qu’un navire avarié à la dérive et luttait vainement pour maintenir ses ultimes nids-de-pie hors de l’eau.

               Du haut du Mont Blanc, là où je partage les quelques derniers mètres carrés d’une Europe immergée avec deux compagnons, je tente de relater avec le plus de sincérité possible les événements malgré l’évident trouble qui aspire toute ma raison. Il est là, tout autour de nous, Abûurat, et rien ne l’empêchera de se repaître des derniers survivants. Je n’ai plus rien à perdre et c’est pour cela que je suis allé à sa rencontre, afin d’essayer de saisir l’absconse motivation de la créature responsable de l’extermination de l’humanité.
    Je me suis rendu sur le rivage escarpé, sur ces rochers placides devant leur inéluctable noyade, je me suis assis et j’ai attendu. J’ai attendu qu’il s’empare de moi ; je voulais savoir, tenter d’entrevoir ce que je ne pourrais sûrement pas concevoir, et qui me mènerait immanquablement par-delà les limites déjà égratignées de mon sens commun.

              Et il m’a attrapé. J’ai cru mourir. Mais j’ai constaté alors avec effroi ce que Yaasir et les autres ont contemplé avant de revenir dépravés à la surface. Je pouvais respirer et me tenir debout, là, tout au fond des abysses. Les eaux formaient une immense voûte scintillante de nuances bleues et turquoises. Le bruit d’un roulement incessant grondait comme une nuit plombée d’orages et l’odeur saline de la mer se mariait à celle plus dérangeante de poissons putréfiés. Devant moi, un temple imposant à l’architecture invraisemblable s’étirait jusqu’à aller se perdre dans les bas-fonds marins flottant tel un ciel chargé, prêt à s’abattre sur moi et me noyer. De nombreuses tours, en forme de spirales élancées et vertigineuses, s’entrecroisaient pour dessiner un édifice insensé qu’aucune main humaine n’eût été en mesure de construire. Une magnificence irréelle se dégageait de l’ensemble, à m’en donner le tournis. Une lueur palpitait le long des parois, des ombres d’un pourpre profond qui glissaient et serpentaient, rendant le temple étrangement vivant, capable de se mouvoir d’un coup comme un effroyable léviathan. Je sus que c’était de là qu’était née la vie, les premiers êtres vivants qui ont évolué à en devenir si différents, si uniques. Nous sommes tous des enfants issus de ce lieu, gisant sous les abysses ; ce cœur fertile.

              Mais le plus déroutant, le plus indicible, était cette silhouette humaine contenue dans un cercle sur la façade surplombant une sorte d’entrée perdue dans un brouillard noir. À la manière de l’homme de Vitruve, la silhouette écartait des bras et des jambes couverts de plaies sanguinolentes dont se repaissaient les ombres pourpres et, alors même qu’une consternation affolante arriva à percer mon bouleversement, je constatai avec horreur que le visage de la silhouette changeait, se transformait à l’infini. Les différents traits de l’humanité semblaient batailler pour tenter de se fixer, de rendre une image constante. Mais ceux-ci s’avalaient, se surmontaient ou se repliaient, se piétinant comme une multitude prise de panique.
    Puis soudain, dans une douleur manifeste, un visage distinct se forma. Mon visage.

    Pendant que j’attendais, perturbé par cette vision, incapable de réagir, j’entendis une voix me susurrer des mots tout d’abord incompréhensibles, un débit de paroles comme autant de coups de tambours tribaux. Une certaine cadence arythmique rendait ce monologue particulièrement dérangeant mais en même temps irrésistible. Je l’écoutai, attentif et soumis, puis le rythme se fit plus régulier, la parole se fit plus intelligible :
              — Sauve-les, enfant. Sauve-les avant mon départ. C’est l’unique geste magnanime que j’accorde à ceux de ton espèce.
    Toute l’impériosité d’Abûurat s’exprima dans ces quelques mots qui me frappèrent d’une splendeur révélatrice, d’un irrésistible attrait adorant.
              — Où partez-vous ? Puis-je vous accompagner ?
    Abûurat ricana.
              — Si faibles, si déments, si inachevés…
    Le visage, mon visage, s’effaça et la valse reprit sur cette figure tressautant de bouches, d’yeux et d’oreilles emmêlés. Je fus ramené à la surface.

               J’égorgeai Marie et Paul dans leur sommeil. Je leur épargnai l’insensée vérité qui allait se faire jour. Je les sauvai.
    Et je m’allongeai, encerclé du clapotis m’effleurant le corps, toute mon attention dirigée vers le ciel teinté d’un crépuscule améthyste, vers les océans en train de se rassembler dans les airs. Les eaux m’entourant se retirèrent à mesure qu’elles quittèrent mon éminence et furent appelées par Abûurat qui s’unifia là-haut tel un colosse amorphe et dégoulinant, ramassant son être : les rivières, les fleuves et les mers de notre planète. Titanesque, incommensurable, rien n’est semblable à la créature aqueuse qui couvrit la Terre exsangue, privée de ce qui l’avait nourrie pendant si longtemps.





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