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    Mahautbabelio le 01 février 2021
    Bonjour à tous, 

    Pour le défi du mois de février et pour relancer l’année en couleur, nous vous proposons de livrer un texte sur le thème suivant : “La couleur tombée du ciel”. 

    Si le célèbre roman SF de H.P Lovecraft “La couleur tombée du ciel” est un roman noir, la “couleur” peut faire référence à une infinité de nuances et de teintes, dans la mesure de votre créativité. De la violence du rouge, à la pureté du bleu, en passant par la douceur du orange, la couleur revêt de multiples visages, tous analysés et décryptés en profondeur par Michel Pastoureau. Mais pourquoi cette couleur vient-elle du ciel ? De ce lieu inatteignable, étranger, ce lieu de l’ailleurs, de l'extra-terrestre

    Laissez libre court à votre inventivité et emportez-nous, dans le genre que vous voulez, au-delà de l’imaginable !

    Comme d’habitude, la taille et la forme de votre contribution est libre et vous avez jusqu’au 28 février minuit pour nous soumettre votre texte en répondant ci-dessous. Le gagnant remportera un livre. À vos plumes !


    karmax211 le 01 février 2021
    Bonjour, comme le mois dernier j'ouvre le ban... avec un sonnet ( pour les puristes, un sonnet marotique ).

    J'en profite pour féliciter les lauréats de janvier !


    LES COULEURS DE L'ORAGE




    Égaré sous un ciel en Achromatopsie,
    Oreilles assourdies sous les coups de Vulcain,
    Iris étincelés par des éclairs hautains,
    J'attends de cet Onyx qu'il dégoutte sa pluie.

    Ah ! crève enfin l'abcès et le ciel s'écartèle,
    De la gueule asséchée coulent ses délivrances
    Sur les terres amères et dans nos vies d'errances,
    Que cesse cette soif, espérance idéelle !

    Les plaies enfin lavées, revoilà l'éclaircie ;
    Les ténèbres ont fui, et vaincues par la vie,
    Tous peuvent s'abreuver à ces couleurs nouvelles.

    On se sent apaisé, délivré, libéré
    Du courroux de l'Olympe et sa méchanceté :
    La vie est de retour et brille l'arc-en-ciel !

    PP
    glegat le 03 février 2021
    Bonjour à tous. J'ai le plaisir de vous informer que depuis le 2 février 2021, Mon recueil de nouvelles « Passerelles vers l’imaginaire » est publié chez BOD (Book On Demand) en auto-édition. Il s’agit d’une version différente de quelques-uns de mes textes publiés sur Scribay et sur Babelio avec de nombreuses corrections compléments et ajout. Je remercie ma fille d’avoir mis son talent de dessinatrice au service de mes textes. Chacune de ses illustrations apporte un supplément d’âme aux histoires et nourrit les rêveries du lecteur.
    Mon livre sera également bientôt disponible sur toutes les librairies en ligne (Amazon, Fnac, Decitre etc...), en version papier et en ebook.
    Voici l’un des liens actuellement disponibles :
    https://www.bod.fr/librairie/passerelles-vers-limaginaire-gerard-legat-9782322180301




    franceflamboyant il y a 4 semaines

    Martin LUTHER KING
    Des couleurs qui tombent du ciel

    Est-ce qu'il faisait beau, ce jour-là ? L'enfant qui venait de naître l'ignorait. Mais Alberta, elle, avait chaud au cœur et du temps relativement froid qui régnait à Atlanta ce 15 janvier 1929, elle ne se souciait pas. Christine et Albert Daniel, les deux premiers nés du couple qu'elle formait avec Martin Luther senior, non plus. Ils n'avaient à se plaindre, non, ils étaient même relativement privilégiés au sein de la communauté noire. Lui, pasteur, elle, organiste. Une jolie maison .Deux enfants studieux ; Une respectabilité certaine dans le milieu baptiste où ce ministre du culte était estimé pour sa probité et ses talents d'orateur.
    L'enfant à peine né attirait les regards. Vulnérable, touchant (pour sa famille), appartenant d'office à une communauté jugée inférieure et vivant ses premiers instants dans un monde ségrégationniste.

    A six ans, Martin Luther, enfant calme, intelligent et attentif, fit un rêve perturbant. Il rêva d'un monde qui était un terrain nu, dévasté. Un ciel terrible l'éclairait d'une lueur blanchâtre veinée de jaune. La terre se craquelait, des déserts se formaient, des mers s'asséchaient. Les quelques formes de vie qui se manifestaient là périclitaient et mouraient peu à peu : cactus pourtant résistants, baobabs totémiques, herbes rares. Le ciel devenait plus lumineux soudain et paraissait chargé d'une étrange substance laiteuse qui semblait prête à couler du ciel. L'enfant avait peur. Peur de ce paysage immobile, peur de ce ciel prêt à se répandre sur terre. Mais c'était pire maintenant : la couleur tombait du ciel. Blanche, laiteuse, crayeuse, épaisse. Elle repeignait tout, changeant l'impitoyable désert en paysage spectral. Plus tard, la vie y renaissait sous des formes toujours blanches : maisons, villages et villes, champs et forêts, eaux des mers et des rivières, bêtes et hommes. Un monde blanc qui se voulait souverain et au pourtour des zones sombres que nul n'identifiait. Pourquoi le faire ? Il y avait des hommes dans cet univers sur lequel s'était répandue la lumière blanche venue du ciel. Ils avaient tous les pouvoirs . Quand ils riaient, ils renversaient la tête en arrière en ouvrant la bouche pour montrer sans doute leurs dents carnassières. Leurs femmes avaient souvent des cheveux jaunes qui les rendaient étranges. Leurs enfants ne regardaient que le monde précieux pour lequel ils semblaient faits.
    Avec ce rêve, Martin Luther avait rencontré le poids de la lumière extrême, celle qui fait qu'on oublie que tout autour d'un monde, il en existe d'autres, chargés d'ombres, de misère, de rejet et d'abrutissement.
    franceflamboyant il y a 4 semaines
    Martin LUTHER KING
    Des couleurs qui tombent du ciel


    A Atlanta, il avait suivi des cours dans diverses écoles puis était allé en faculté de théologie. En Pennsylvanie, il avait poursuivi ses études. Docteur en théologie en juin 1955 : université de Boston.

    Il le savait, il le savait bien plus qu'à l'époque de son rêve, alors qu'il n'était qu'un garçonnet, la couleur blanche qui était tombée du ciel avait donné toute sa suprématie à la race blanche. Les autres avaient eu droit à d'autres couleurs qui n'étaient pas venues d'en haut...

    Cham. Les fils de Cham. Oui, il savait cela, Martin Luther Junior. Sem et Japhet, les fils de Noé qui, apprenant qu'après l'épisode de l'arche, leur glorieux et altier père s'est enivré au point de s'endormir nu, vont le couvrir d'un manteau pour lui éviter toute honte. Cham, l'autre fils, le premier qui a découvert Noé, lui, s'est contenté de remarquer la nudité paternelle. Une fois éveillé, le père tout puissant le maudit. Toi et tes descendants serez esclaves de vos frères...Ceux qui sont mauvais par nature et irrespectueux, les Noirs, esclaves des Blancs...Une interprétation erronée de la Bible ? Oui. Une réalité quotidienne en Amérique, cette ségrégation ? Bien sûr, oui, chaque jour.
    franceflamboyant il y a 4 semaines
    Martin LUTHER KING
    Des couleurs qui tombent du ciel

    De 1954 à 1968, il le saurait, Martin Luther, que la couleur qui tomberait le plus souvent du ciel, pour les siens, serait noire...
    Emmet Till, 14 ans, serait assassiné à Montgomery en 1955.
    Rosa Park, en janvier 1955, refuserait de céder sa place à un Blanc dans un bus et déclencherait une vraie tempête.
    En janvier 1956, une bombe incendiaire serait lancée sur la maison du pasteur .Conjointement des églises réservées aux Noirs seraient visées...
    Ne ménageant pas sa peine, le charismatique pasteur parlerait partout, luttant pour les droits civiques, admirant Gandhi et rêvant d'un monde transformé. Une autre couleur qui se déverserait soudain sur cet univers si déchiré ou, par bêtise, peur ou cruauté, on s'armait de fusils, de bâtons, de couteaux et de pierres pour lyncher tout ce qui a la peau noire...
    Le vert qui emplirait le ciel avant de tomber sur la terre. Le vert, oui, couleur de la foi et de la prospérité...
    Le safran qui, soudain, le remplacerait, tombant sur terre en longues coulées. Le safran, couleur du courage en Inde.
    Le blanc....Comment cela, le blanc ? Elle s'était déjà déversée du ciel cette couleur là, assurant à ceux dont la peau en avait été teinte, la suprématie...Oui, bien sûr. Mais il y avait un autre blanc, d'une texture plus secrète, d'une luminosité plus feutrée. Le blanc de la paix et de la vérité. Le blanc du Christ quand il renaît d'entre les morts et vous bénit.
    Martin Luther scrutait le ciel : ces couleurs là finiraient par en tomber. Un cataclysme qui ne détruirait pas l'humanité comme pouvaient le faire les guerres, le racisme et l'injustice mais le restructurerait. Il y croyait à ces couleurs qui tomberaient dans le cœur des hommes et les feraient marcher ensemble.
    franceflamboyant il y a 4 semaines
    Martin LUTHER KING
    Des couleurs qui tombent du ciel

    Jusqu'en 1963, il se démultiplierait pour les droits civiques puis, fort de nombreux appuis, il marcherait sur Washington. Il y aurait plus de deux cent cinquante mille personnes devant le mémorial de Lincoln, le 28 août 1963 et Martin Luther s'élancerait : Je fais un rêve...
    Mais il faudrait encore Selma, en mars 1965, pour que le rêve du pasteur et de milliers d'autres prenne une nouvelle consistance. Trois mille deux cents marcheurs. Vingt kilomètres par jour. De Selma à Washington.
    Et les droits civiques qui arrivaient...6 août 1965 : le vote pour tous.
    Il y aurait encore des combats, des marches, des discours, des luttes et des rêves. Il y aurait la peur mais aussi la foi et le courage.
    Il y aurait le rêve de l'enfant de six ans que venait supplanter un autre rêve : celui des couleurs nouvelles qui tombaient du ciel pour changer le monde. Le rouge de la colère, de la violence et de la mort entachait souvent la pureté du jaune safran, du vert et du blanc, ces couleurs qu'aimait le pasteur ...Il y aurait aussi les souillures qui entacheraient le drapeau américain. Mais Martin Luther ne s'arrêterait pas. Une force le soutenait depuis l'origine et le soutiendrait toujours.
    En 1965, il ferait campagne contre la guerre du Vietnam qui prenait à la terre américaine tant de forces vives, de jeunes hommes qui ne voulaient pas mourir. En 1967, il lutterait contre la pauvreté. Des droits, toujours des droits. Une attention de l'état. Des emplois, des aides. Une vie décente. Une parole enfin, une de celle qu'on écoute.
    franceflamboyant il y a 4 semaines
    Martin LUTHER KING
    Des couleurs qui tombent du ciel


    Et puis, sur la fin, ces prémonitions. Tiens, en regardant le ciel pur et légèrement nuageux d'un de ces jours où tout va mieux, imaginer qu'il tombe du ciel un déluge de sang...Image terrible et glaçante.

    Dans une église, à Memphis, le 3 avril 1965, devant une foule colossale , le pasteur King s'avance. « Quelque chose est en train d'arriver à Memphis, oui, quelque chose ! Nous sommes arrivés au sommet de la montagne, oui, nous avons vu la terre promise, oui ! Mes amis, ne soyons pas dans la crainte. N'ayons aucune hésitation. Avançons ! C'est la volonté de Dieu ! ».
    Le blanc devant les yeux de King, l'or aussi.
    Et un ciel d'un bleu immuable dont rien de mal ne peut jaillir.

    4 avril 1968. Lorraine Motel. Memphis. Tennessee. Une balle qui parcourt l'espace. Martin tombe. A Ben Branch, qui devait se produire ce soir là, il réussit à dire : « Ben, prévois de Jouer Seigneur, prends ma main ce soir et joue-le de la plus belle manière. »Certainement, il regarde le ciel. Il pense à sa femme Coretta, à leurs enfants, à tous ceux avec qui il a lutté puis il est ébloui. Les couleurs dont il rêvait animent le ciel. Elles tombent en volutes autour de lui, l'apaisent et le magnifient. Il a toute sa dignité.
    Pas la peine de fermer les yeux...Elles sont si belles !
    mfrance il y a 4 semaines
    franceflamboyant  Bel hommage à Martin Luther King !

    "Certainement, il regarde le ciel. Il pense à sa femme Coretta, à leurs enfants, à tous ceux avec qui il a lutté puis il est ébloui. Les couleurs dont il rêvait animent le ciel. Elles tombent en volutes autour de lui, l'apaisent et le magnifient. Il a toute sa dignité. "

    Oui,il a toute sa dignité. Mais plus de 50 ans après son lâche assassinat, il y a encore tant et tant de choses à faire pour que chaque homme noir aux Etats-Unis  puisse aller, sa dignité en avant, sans craindre la bêtise et l'agression des blancs, descendants des esclavagistes ou des crétins kkk  !!!
    vibrelivre il y a 4 semaines
    Composition française



    C'était un lundi matin, un retour de vacances scolaires. Le prof en avait profité un max, il reprenait le sourire aux lèvres et sans avoir préparé son premier cours. On lui ferait la grâce de passer sous silence les suivants.
    Un lundi gris, sans lumière, une de ces journées qui grossirait le tas des longs jours de routine, un temps sans surprise, grinche, qui n'attaquait pas la semaine, qui la fondait plutôt dans un ensemble fadasse, éteint, rampant.
    J'étais dans un monde vide, et lourde de mes dix-sept ans comme une jument morte, c'est grave prosaïque comme expression, ça m'allait mieux qu'une robe à une vache, la robe que je portais et que ma mère m'avait confectionnée, ah, l'amour d'une mère, ce que ça peut être tarte parfois et si souvent, terriblement, impossible à digérer, et la vache que j'étais, vous savez, celle des sept grasses. C'est qu'elle est ingratement pubère, et nubile pour sûr, et pour se dégoter le mari, c'est pas gagné du tout, grognait le père. Une fille de cet âge sur les bancs de l'école, c'est … contre-nature, finissait-il par exploser, la preuve, elle est ronde de partout, et elle n'en finit pas d'enfler.
    Doukelpudonktan. J'étais seule sur mon banc, au fond de la classe, ramassée dans mon tablier d'un gros bleu, on était en semaine 2, un gros bleu comme l'était mon corps difforme, et mon âme meurtrie. C'était ma période romantique. Moi aussi je voulais que les wagons m'emportent, que m'enlèvent les frégates, mais j'avais les bottes collées dans la terre argileuse. Je n'étais même pas maudite, juste le vilain petit canard qui finirait en vilain grand canard, et qui continuerait à chanter faux.
    Le prof souriait. Il était jeune. Les belles, et les moins belles, filles de la classe le badaient. Il pouvait bien ne pas préparer son cours. Et puis il jouait si bien de la batterie. On me l'avait dit. Des cœurs étaient tombés. Ça avait saigné entre les poumons, du vermillon, même chez les garçons. Quand ça percute, tchac, boum, vlan, ça enfonce, ping, schlak, ça défonce, ouch, schlonk. Une tuerie, la batterie. Le premier cours du lundi, ouille, aussi.
    -Pour bien commencer la semaine, un petit travail d'écriture. Vous imaginez qu'une couleur tombe du ciel. Je n'en dis pas plus. A vous de vous débrouiller avec ça. A vos plumes ! Vous avez une heure.
    Tranquille, le mec. Soixante minutes à glander. Quant à nous, nous pisserions de l'encre à tort et à travers. Quelle couleur pourrait donc tomber du ciel ? Le blanc, bien sûr, et la féerie de la neige, mais des puristes diraient que ce n'est pas une couleur. Le blanc, ouste, éliminé. Du gris, du noir, comme un ciel de pluie et de brouillard. Sans imagination. Un terril d'avant la reconversion, couleur d'tierre et caillots. Ben ch'est nin biau. A jeter. Du jaune, un bout de soleil joyeux, ou une épée d'orage, une excalibur réinventée, fichée dans son rocher, toute dorée de ses super-pouvoirs . Facile. Ou du rouge, comme les feux du soir, ou de ces oranges qui galvanisent. Trop vu. Et qu'on ne me parle pas de bleu, encore moins d'azur. Mais alors, quelle couleur ? Pas de rose fifille, ni l'incroyable palette des dragons, noir, rouge, violet, or, vert. Non, non, non. Et puis d'espoir, je n'en avais pas. Même s'il tombait du ciel, je ne le ramasserais pas.
    Fallait trouver une couleur qui n'existe pas. Après tout, le ciel en réservait des promesses et des mensonges. Et puis, qu'on n'aille pas resservir les créatures monstrueuses, les aliens de toutes sortes. J'étais mon propre Alien. J'en avais soupé.
    Puisqu'elle n'existait pas, la couleur serait sans couleur. Comme moi. L'horreur. Du biographique, pire, de l'auto. Poubelle.
    Et pourtant, qu'est-ce qui m'emplissait ? Qu'est-ce qui m'étouffait ? Cette espèce de boa très constrictor qui me serrait très fort dans ses replis et me privait d'oxygène ? Tiens, et pourquoi pas la peau d'un boa avec ses écailles qui renvoient et réfractent la lumière, ses taches irisées qui chatoient et qui changent dans des ondulations fascinantes ? Soit, mais un boa, ça peut tomber d'un arbre, même d'un arbre très, très, haut, et il se saisit la nuit du dernier homme de la colonne, quand les autres poursuivent leur marche noire trouée de feux qui vacillent, mais du ciel, ça serait un sacré scoop.
    vibrelivre il y a 4 semaines
    Et le prof, avec ses belles dents, ne manquerait pas de faire rire à mes dépens. Prudence !
    Donc, l'homme invisible. Mais c'est bien sûr. Gare, pour la couleur, à part le nez, si rouge que It semble le lui avoir piqué, pour d'autres effets, bernicle ! Et le rôle du ciel, pas clair du tout, un double hors-sujet, faudrait pas en rajouter dans le martyre.
    Bon, tombé du ciel, comme Icare, un noyé, ou comme Adam et Eve, chassés du paradis, que LE péché avait rhabillés. Et l'autre-là, l'extra-terrestre sorti de la soucoupe, qui n'avait qu'une envie, rentrer chez lui, ET téléphone maison. Rien d'exaltant dans ces exemples. De quelle(s) couleur(s) étaient donc mes rêves ? J'avais bien retenu la leçon du kelvin. Il me fallait du chaud, du voyant, du qui tape, du qui crie. J'avais le rêve scandaleux, moi qui vivais étriquée.
    Le temps passait. Il fallait me décider. Ce serait l'arc-en-ciel. Non, c'était banal, le clin d'oeil après la pluie, le parasol d'une aiguière versée. Mieux, un soleil qui s'éclate dans un nuage, et une giclée de particules inonde le paysage qui s'ébroue sous une douche de lumière. Des escadrilles de fusées, à l'étendard d'un jaune passé, décollent ensemble de l'exosphère pour se poser en douceur sur la plaine marine. Les bateaux de plaisance regardent impassibles les étoles d'hermine ourlée de vermeil qu'elles y abandonnent. Les moments oniriques sont sans histoires. Des gratte-ciel se dressent et flottent, mystère et majesté, dans un camaieu de bleus, liquides et solides, entre deux couches de nuées. Ou des chutes célestes ouatées, rosées, d'un mauve très doux, plongent dans l'eau du soir que des îles ridées caressent. Elles laissent un sillage incandescent. C'est un pied-de-vent. Dieu descend sur terre. Dieu dans une école laïque ! Oublions.
    -Il vous reste un quart d'heure.
    Ça serait la couleur de la mousse, en suspension aérienne, portée par un vent nostalgique. D'un lichen vert clair, qui laisse passer la lumière, et qui s'accroche, qui tire un peu sur le jaune, comme un sourire d'encouragement, car la lutte est âpre, il faut vaincre les éléments, le froid, le gel, les railleries. Il a aussi des taches de blancheur, voire de transparence, il ne triche pas, il sait le pourquoi du combat. Il a aussi quelques mèches foncées, d'un vert plus sombre, peut-être même menaçant. Après tout, elles sont de cette terre des glaces, issue des volcans qui se réveillent à leur heure.
    Mais la mienne était passée.
    - Posez les stylos.
    Cet orseille était mon bouclier qui sur un coup d'aile venait me booster dans un souffle généreux et bourré d'énergie. Hissée sur ce pavois, je trouvais ma place.
    -Lebrac, Pergaud, Malot, ramassez les copies.
    L'heure était vite passée. Estompé le gris. Une rêverie solitaire avait emporté l'écolière dans un pays qui lui ressemblait. Cette couleur tombée du ciel était une invitation au voyage. Je regardais le prof. Il souriait. Sans doute au songe qui l'habitait. Moi aussi, je savais en jouer de la batterie.
    SarM il y a 4 semaines
    La petite silhouette frêle se découpe à peine dans le couchant brûlant. Elle ondule telle un mirage à l'horizon. Mānav traîne des pieds et chacun de ses pas soulève un nuage de poussière qui ne semble pas vouloir retomber. Ce soir, comme tous les soirs, il est chargé d'aller poser le piège à eau. Il n'aime pas ça.
    A chaque fois c'est pareil, il se lamente :
    – Pourquoi toujours moi ?
    Amma soupire et lui répond :
    – C'est toi l’aîné.
    Il implore sa mère :
    – Admi est assez grand pour le faire maintenant.
    Alors elle le gifle et après, lui répond l'air fatigué :
    – C'est comme ça, c'est ta charge.
    Alors il y va, en traînant des pieds.
    Il fait encore très chaud mais bientôt, quand le soleil sera complètement tombé derrière la montagne, le froid piquant s'installera pour la nuit. C'est le meilleur moment pour capturer l'eau mais il faudra revenir avant l'aube sinon les gouttes attrapées disparaîtront et Amma le frappera.
    La structure du piège se profile sur les contreforts rocailleux. Ce sont les anciens qui l'ont installé ; Mānav n'était pas né. Heureusement il n'y a que le « filet » à tendre entre les poteaux chaque soir et à retirer chaque matin.
    Un jour, le garçon a menti. Il en avait assez de ces allers-retours, tous les jours, pour faire toujours la même chose. Il ne comprenait pas pourquoi il ne pouvait pas laisser le filet en place et se contenter de récolter l'eau à l'aube. Alors il a fait croire à sa mère qu'il allait tendre le piège comme d'habitude, mais en réalité, il s'amusait à faire des ricochets dans la poussière. Le troisième matin, quand il a raclé les précieuses gouttes, le filet avait perdu toute sa souplesse et se craquelait comme une vielle peau sèche... Le soleil l'avait cuit. C'était un grand malheur au village et Amma l'a frappé, avec un bâton parce que c'était très grave.
    Mānav ne sait pas où les hommes ont trouvé le nouveau filet, il a juré sur la tête des dieux de ne plus jamais recommencer.
    Avec soin, il tend l'étrange matière souple aux reflets chatoyants entre les poteaux de la structure. Une pause pour inspecter son travail puis il dévale la pente friable à toute allure. Il ne doit pas traîner sinon il va manquer le début du spectacle.

    Tout le village est réuni autour du feu. Le patriarche domine l'assemblée, juché sur un tas de pierres, pour que tous puissent le voir et l'entendre. Son visage ridé est dissimulé par la capuche qui couvre sa tête. Ce soir, il va raconter l'Histoire grâce aux couleurs qui tombent du ciel.
    Dans le silence de l'attente, le brasier crépite et libère une nuée de lucioles dorées qui partent à l'assaut du ciel nocturne. Le bol en terre cuite passe de mains en mains et chacun se sert en criquets grillés qui croquent sous les dents. Tout à coup, une lueur intense perce l'obscurité et file en un long trait de lumière vive. Les yeux s'écarquillent et chacun retient son souffle. A peine apparue, la traînée se dissipe et le patriarche parle :
    – Vert.
    Sa voix grave et profonde est à la fois tonnante et enveloppante, elle ne tremble ni ne faiblit lorsqu'il reprend :
    – Avant le grand cataclysme, du sol gorgé d'eau poussait l'herbe grasse. Le vert était sa couleur. L'eau perlait au matin sur chacun des brins tendres. Les arbres aux puissantes racines puisaient profondément l'eau qui nourrissait feuilles ou aiguilles à l'extrémité de chaque branche. Le vert était leur couleur. Quand la terre ne parvenait plus à absorber l'eau qui tombait du ciel, la mousse et les algues proliféraient. Le vert était leur couleur.
    Les sages paroles sont toujours suivies d'une profonde et intense réflexion. Dans l'attente qui se prolonge, chacun tente à sa façon d'imaginer à quoi pouvaient ressembler l'herbe, les feuilles, la mousse et les algues dont il est question. Mānav ne parvient pas à se représenter le vert dans son environnement familier teinté d'ocre, de gris et de brun. Il finit par reporter son attention sur le feu et laisse les autres scruter le ciel pour lui. Le temps s'étire, parfois rien ne tombe et le lendemain des myriades de traînées illuminent la nuit. Alors que le garçon commence à espérer la fin de la veillée, une femme lève silencieusement un doigt fébrile vers le firmament. Un nouveau trait lumineux déchire l'obscurité.
    – Bleu, clame la voix puissante du très ancien.
    Cette fois, l'assemblée ne peut retenir ses gémissements d'exaltation : le bleu est la couleur préférée du village. Le patriarche reprend alors :
    – Avant le grand cataclysme, quand l'eau tombait du ciel, elle ruisselait sans disparaître dans le sol en de larges cours d'eau qui serpentaient un peu partout sur les terres. Tous s'écoulaient jusqu'à d'immenses étendues d'eau salées. Là où n’apparaît plus que le blanc aveuglant des cristaux, l'eau demeurait à perte de vue. Le bleu était sa couleur. Le ciel, territoire infini des êtres volants, était parfois investi de masses blanches vaporeuses aux formes arrondies qui semblaient y flotter. Le bleu était sa couleur.
    Mānav trouve dommage que plus aucun être vivant, hormis des nuées bourdonnantes d'insectes, ne vienne évoluer dans son ciel ambré et laiteux. Quand à cette fable sur le bleu de l'eau... Il est bien placé pour savoir que l'eau n'a pas de couleur sinon il la verrait chaque matin en récoltant les précieuses gouttes tremblantes.
    Comme il est déjà tard, le patriarche met fin à l'attente solennelle et professe les dernières paroles rituelles :
    – Avant le grand cataclysme, quand les dieux vivaient sur Terre, ils étaient maîtres des éléments : ni l'eau mouvante, ni les montagnes, ni le ciel, ni même les étoiles ne parvenaient à les arrêter. Partout, ils se déplaçaient aussi vite que le vent. Ils avaient chaud là où il faisait froid et pouvaient avoir froid quand il faisait trop chaud. L'eau coulait à leur demande pour que l'herbe reste verte et ils chassaient l'obscurité de la nuit avant même qu'elle ne tombe. Peu importe où ils se trouvaient car sans se voir ils pouvaient se parler. Dans les immenses temples qu'ils avaient érigés, à loisir ils allaient se sustenter. Si les dieux sont partis, ils ne nous ont pas oubliés. Remercions-les de faire tomber pour nous les couleurs du ciel afin que nul n'oublie la beauté du monde qu'ils avaient créé.
    Puis le très ancien jette sur le feu une poignée de terre orange et poussiéreuse et clôt par ce geste la veillée du soir. Tous partent se coucher, un peu déçus de ne pas avoir vu ni le rouge du coquelicot, ni le jaune de la guêpe, ni le violet du raisin, ni l'indigo du passerin.
    Mānav s'en moque, le patriarche a beau les décrire, le garçon n'arrive pas à se représenter le coquelicot, la guêpe, le raisin ou le passerin et encore moins leur couleur car il ne voit rien d'autre que le jaune orangé semblable aux flammes du foyer quand les couleurs tombent du ciel. Il ne comprend pas pourquoi les dieux envoient toute cette ferraille, car il est allé voir, lui, ce qui tombait du ciel.
    Un soir, une couleur est tombée dans les montagnes, non loin du village. La panique avait grandi à son approche à cause de la lumière aveuglante et du bruit de tonnerre. Malgré sa peur, Mānav s'y était secrètement rendu. Toute la nuit durant, il avait marché et jamais ses pas ne l'avaient porté aussi loin. Là où la lumière était tombée, un grand cratère gris et noir s'était creusé. Au fond, un amas de ferraille fumait et rougissait comme brûlé par le feu. Du promontoire rocheux où il se trouvait, il avait une vue plongeante sur la vallée aride constellée de cratères semblables.
    Parfois, Mānav trace dans la poussière le drôle de dessin qui était figuré sur la carcasse fumante :
    brigittelegendretridard il y a 3 semaines
    La semaine a été rude, tellement triste et si agitée, ponctuée de sanglots et de moments forts.

    Le ciel n’a aucune couleur depuis mardi. Je ne le vois pas, je ne le regarde pas, pas le temps, pas envie, les yeux plutôt plongés dans ceux de ma mère.

    Mardi, très tôt dans la dernière nuit d’un mois de mars tragique, le cœur de mon père a explosé.

    Il courait comme un fou dans le couloir de son Ehpad pour chercher la sortie. Il voulait échapper à cet endroit de malheur, dans lequel il était séquestré depuis le début du confinement, sans la présence de l’amour de sa vie. Des interdits plus imbéciles les uns que les autres le privaient de présence et de tendresse. Dans un immense et dernier effort et pris d’une folie inouïe, cette nuit-là, il a couru, couru dans ce couloir triste et moche pour tomber, on ne sait comment, sur le bout du lit d’une pauvre dame, qui n’a pas dû comprendre ce qui lui arrivait.

    Il est mort seul, sans une main, sans un regard, sans un baiser. Personne ne saura jamais ce qu’il a pu vivre à cet instant-là, ses dernières minutes, sa dernière seconde.

    Comment était le ciel cette nuit-là ? Était-il étoilé ou noir de nuit ? Je n’ai pas cherché à savoir si des étoiles brillaient. Et pourtant, le mardi 31 mars à l’orée de l’aube, une heure et demie avant le lever du Soleil, Saturne accueillait Mars dans le Verseau. D’après les astronomes la beauté de Saturne était à couper le souffle. Mon père était mort depuis deux heures du matin, sous un ciel prodigieux.

    Ce mardi-là, je n’ai eu que le temps de jeter quelques affaires dans une valise et griffonner des inepties sur une attestation de déplacement. J’ai quand même réussi à appeler mes enfants pour leur annoncer la mort de leur grand-père. Je me souviens de ce temps mort à chaque fois, comme si à l’autre bout du fil, il fallait quelques secondes interminables pour absorber le choc. J’ai roulé sur une autoroute absolument déserte sous un grand ciel bleu, gris, noir, je ne sais pas, je n’ai pas regardé à ce moment là non plus.

    Quelle couleur peut bien avoir le ciel alors que le cœur d’un homme vient d’exploser de chagrin ?

    Mercredi, jeudi, pas mieux. Le ciel, paradoxalement, n’est pas le sujet.

    Il nous faut trouver des fleurs dans un pays confiné, dans lequel les fleuristes sont fermés. Nous trouvons. Une femme de cœur coupera des fleurs sur les terres de sa pépinière pour composer des bouquets. Nous prendrons le temps de passer la voir plus tard, avec ma mère pour lui envoyer des baisers du bout de nos doigts, de loin, derrière une grille fermée.

    Le jeudi soir, nous filons vers la mer, dans un petit village, celui de mon enfance, le lieu où va reposer mon père dorénavant.

    De la mer et du ciel, je ne vois rien. Mais je ne vois plus rien du tout, je crois.

    Dans ce village, une curiosité perdure depuis des siècles. Auprès de l’église, une lanterne des morts se dresse. C’est une petite tourelle en pierres percée d’une minuscule fenêtre. Quand un décès survient dans la commune, une lumière est allumée. Je sais qu’elle va briller toute la nuit et le lendemain encore.

    Je laisse maman au crépuscule pour prendre une photo du petit édifice.

    C’est là que je le vois enfin, pour la première fois depuis le début de cette semaine maudite. Il est strié par les branches des arbres qui cerne la place de l’église et a des reflets de miel. Par endroits, des trainées de violine dramatisent l’atmosphère. Quelques nuages encore laiteux s’étirent vers le haut. Le ciel enveloppe comme un écrin la minuscule lumière. Debout sur un muret, je prends plusieurs photos, seule au monde, seule sous le ciel, seule avec mon père et son âme qui brille encore un peu, jusqu’à demain.

    Je rentre lorsque la nuit est complètement tombée, éperdue de chagrin.

    Il faut dormir maintenant. Gavée d’anxiolytique, je sombre.

    Je ne rêve pas. Pourtant, dans ce que je crois être la nuit, je sors d’une maison dans un jardin inconnu. Il y a une table en plastique blanc et des chaises. Les arbres sont très sombres mais le ciel explose de couleurs et de matière. Rouge et orange, violet, gris anthracite, gris clair, je crois même qu’il y a du vert comme dans les aurores boréales. Les nuages sont moutonneux, lourds, menaçants et s’enroulent comme dans une toile de Van Gogh.

    Ce ciel m’impressionne, c’est une folie qui se déroule à l’horizon.

    Je suis totalement bouleversée.

    Je me retourne, mon père est là.

    Je lui parle d’une toute petite voix que je ne reconnais pas : « Tu sais papa, je voudrais te dire quelque chose, cette nuit j’ai fait un rêve. J’ai rêvé que tu étais parti ».

    Je m’approche de lui et il me prend dans ses bras. Il m’enveloppe complètement pour me consoler, me sert sous ce ciel magique et ne me répond pas.

    C’est à cet instant précis que mon réveil sonne.

    Je me retrouve assise, toute droite dans mon lit, essoufflée, stupéfaite par l’intensité de ce que je viens de vivre.

    Aujourd’hui, je dois enterrer mon père mais j’ai pu à lui dire au revoir, cette nuit, sous un ciel de roi.

     

     

    franceflamboyant il y a 3 semaines
    Très beau texte écrit dans une langue précise et troublante. Je suis admirative.
    Emmamillefeuille il y a 3 semaines
    LE JOUR DES COULEURS

    Dans le village, c’était une légende aussi vieille que les premières maisons. C’était une légende détenue par les plus grands et Ouni en était jalouse. C’était un secret dont on ne parlait pas avec les plus jeunes du village. La mère d’Ouni lui avait expliqué que c’était pour garder la surprise. Mais Ouni ne voulait rien entendre. Alors elle sortait dans les rues, elle marchait dans le sable, enfonçant ses pieds nus dans les grains ocres. Ses petites mains couraient sur les murs de terre des huttes qui longeaient le chemin. Il y avait quatorze cabanes dans le village, arrangées en un double cercle autour de la maison communale qui était plus grande que les autres. Cette dernière était entourée de terre labourée mais presque stérile. De maigres tiges cassantes sortaient dix centimètres beiges. Il y avait un puits en pierre qu’Ouni contourna. Elle arriva au parc des animaux. Six chèvres, quelques poules. Il y avait une abreuvoir dans un coin et elle y trempa les mains. La surface se teinta d’un rougeoiement issue de la terre décollée des mains de l’enfant. Elle en ressortit dix doigts humides qu’elle roula dans la poussière du sol avant de repartir. Du haut de ses cinq ans, elle était une gamine indépendante. Il y avait peu d’enfants au village et presque tous étaient plus âgés qu’elle. Au loin, elle les voyait courir après un ballon sale qui soulevait un nuage dense de poussière rousse. Ils rentraient toujours de ces jeux avec les yeux rougis et pleins de sable. Elle les ignora pour rejoindre son arbre : l’acacia le plus haut aux abords du village. Son tronc était couvert de poussière orangée, ses mains laissaient des traces dans cette couche et on apercevait alors l’écorce noire. Mais celle-ci ne restait jamais longtemps, la poussière reprenait toujours ses droits. Ouni s’assit à califourchon sur une grosse branche et s’adossa au tronc noueux avant de balancer ses yeux vers l’infini. Le ciel était aussi ocre que le sol. Un épais nuage de poussière et de sable, immobile au dessus des têtes. L’air était chaud et si sec qu’il attaquait la peau, les yeux et la gorge. Et le désert s’étendait, aride, jusqu’aux confins de l’horizon. À perte de vue, c’est tout ce que l’on voyait : de la terre craquelée. Parfois, on apercevait les contours sombres d’un acacia solitaire. Ouni resta longtemps, ainsi assise, immobile comme les feuilles. Elle gardait un œil sur un groupe d’habitants qui creusaient la terre un peu plus loin, pour fabriquer un nouveau puits. Lorsqu’ils quittèrent leur travail, alors que la lumière commençait à diminuer, elle les imita. La couche de poussière qui s’était déposée sur sa peau se mit en suspension quand elle bougea et sauta au bas du tronc. Elle courut jusqu’à la maison communale où tout le village se regroupait pour le repas du soir. La poussière du ciel s’était teintée de rouge à mesure que le soleil touchait l’horizon. Pourtant il régnait une chose étrange, une odeur dans l’air, un grondement lointain. La mère d’Ouni l’interpella quand elle arriva sur la place. Elle se rapprocha et s’agenouilla devant elle.

    Ma puce, Ouni, c’est ce soir.

    Ce soir, elle grandirait. Un sourire immense s’étala sur son visage et elle alla s’asseoir avec les autres enfants. Les tout-petits furent mis au lit, on ferma les portes des huttes. Il ne restait que le ciel orange, le feu et les visages où dansaient les flammes. La nuit était tombée. Il y avait du mouvement dans le ciel, les particules dansaient mais pas une brise ne caressait les visages. Ouni regardait l’horizon où le soleil avait disparu, tous avaient posé les yeux dans cette direction. Soudain, une ombre se déplaça, appuyée sur une canne en bois, une silhouette noueuse et recroquevillée. C’était la personne la plus âgée du village, elle s’éloignait. Ouni l’observa mais ne bougea pas, tous les souffles s’étaient alignés d’un coup. La vieille marcha un moment jusqu’à n’être plus qu’un point à l’extérieur du village. Et là, un éclair fendit le ciel. Ouni cria mais la main de sa mère se posa sur son épaule en signe d’apaisement. Le ciel s’ouvrit et déversa un rideau de pluie. La vieille fut la première touchée, les gouttes roulèrent sur son visage de parchemin. Puis les gouttes immenses s’écrasèrent sur le sol, soulevant les poussières. Il pleuvrait une partie de la nuit. C’était une grande fête. On dansait, on criait, on chantait, les bras levés vers les nuages noirs. Puis les gouttes s’arrêtèrent presque d’un coup, ne laissant qu’un sol détrempé et des visages humides aux cheveux collés sur les joues. Là, un disque gigantesque, d’un blanc parfait.

    C’est la lune.

    La mère d’Ouni s’était arrêtée à ses côtés. Elle désignait le ciel. Il n’y avait plus aucune poussière, laissant le ciel entièrement dégagé, libéré des nuages menaçants et de la poussière étouffante. Pour la première fois, Ouni vit le ciel, elle vit la lune, les étoiles, le soyeux velours bleuté du ciel. Mais la véritable surprise la frappa au matin. Elle avait les yeux presque clos, épuisée de cette nuit sans sommeil. L’odeur de la pluie flottait encore dans l’air frai et purifié. Elle fut secouée par une main et elle ouvrit pleinement les yeux sur un paysage incroyable. Le village était baignée de la lumière blanche du matin qui dévoilait les couleurs éclatantes des lieux. Ouni se libéra de la main et arpenta la place. Le rouge violent du sol encore humide et des huttes de terre. Le noir profond des troncs d’acacia, le vert puissant des feuilles. Et enfin, infini, le bleu pur du ciel.

    Déjà, la chaleur montait du sol et dégoulinait du ciel, harassante. La poussière commençait déjà à voler à nouveau et à couvrir les visages, la peau, tout sur son passage. Mais le temps d’une nuit, Ouni avait connu la couleur. Cette couleur tombée du ciel.
    franceflamboyant il y a 3 semaines
    Merci pour votre commentaire, mfrance !
    darkon31 il y a 3 semaines
    LA COULEUR TOMBÉE DU CIEL


    La couleur du dehors

    Ce qui vient de l'espace
    Émergence de l'ailleurs

    Présence d'un mystère incarné
    Météorite

    Pierre étrangère plantée dans le sol de notre monde
    Décoloré, affolé, plus à soi pareil
    Dépareillé

    Ombres qui passez près de nous
    Effleurant nos épaules, nos flancs douloureux
    Ombres invisibles, voyageuses de l'espace aérien
    Devinées à peine, soupçonnées

    Douleur tombée du ciel, pierre rouge incandescente
    Appel d'un monde sans lumière, insupportable
    Effroyable horreur indicible

    Ce monde, la vie

    « La vie n'est qu'une ombre qui marche ; un pauvre acteur,
    Qui se pavane et se fait mousser un moment sur la scène,
    Et puis qu'on n'entend plus : c'est une histoire
    Racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur,
    Et qui ne signifie rien » (W. Shakespeare – Macbeth)

    Quelque chose d'au-delà du ciel,
    D'au-delà du bon dieu

    Flèche, éclair et foudre
    Une chance peut-être de renaître enfin au monde
    Chair et esprit
    Conscience et infini

    Comment vivre ?
    Appel, écoute

    À nos cœurs brûlés
    Poésie monstrueuse
    Amour

    Un trou d'amour
    Parole
    Lande foudroyée

    Veillons les uns sur les autres
    vibrelivre il y a 3 semaines
    Bonjour Mahaut, je vous souhaite d'effectuer à Babelio un stage instructif et dont vous garderez un beau souvenir. Je vous remercie de la rapidité avec laquelle vous avez annoncé les résultats de janvier. Ainsi les amateurs de défis n'ont pas à attendre, et savent quels textes ont été distingués. Voir son texte élu est une bonne chose, savoir pourquoi il est choisi ajoute au plaisir de tous, nommé, nominés, candidats. 
    Pourriez-vous, pour le défi suivant, dire en quelques mots ce qui a motivé votre choix? 
    Je vous remercie de prêter attention à ma demande qui, je le sais, est partagée. 
    Sympathiquement à vous, vibrelivre.
    franceflamboyant il y a 3 semaines
    Comme c'est dit avec adresse vivelibre...Vous relayez les pensées de beaucoup avec un tact souverain...
    OSOLEMIO il y a 3 semaines
    Même question que celle posée par vivelibre : le thème est tellement vaste  ! La contrainte de couleurs venues du ciel est elle restrictive ?

    Merci Mahaut de donner plus de précisions sur ce que vous attendez du ciel  ) ) )





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